Numéro 87
THE ENGLISH EXPERIENCE
Son relevé dans les premiers livres imprimés Publié en fac-similé
(FRANCESCO COLONNA)
HYPNEROTOMACHIA
Londres 1592
Da Capo Press Theatrum Orbis Terrarum Ltd. Amsterdam 1969 New York
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Les éditeurs expriment leur gratitude aux conservateurs de la Bodleian Library, Oxford, pour leur permission de reproduire l'exemplaire de la bibliothèque.
S.T.C. N° 5577 Collation : A-Z (4o.), Aa-Cc (4o.)
Publié en 1969 par Theatrum Orbis Terrarum Ltd., O. Z. Voorburgwal 85, Amsterdam & Da Capo Press : une division de Plenum Publishing Corporation :
227 West 17th Street, New York. 10011 Imprimé aux Pays-Bas
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HYPNEROTOMA- CHIA.
La Querelle d'Amour dans un Rêve.
À Londres, Imprimé pour Simon Waterson, et en vente à sa boutique, dans le cimetière de S. Paul, près de Cheape-gate.
1592.
AUX TRÈS HO- NORABLES ET ÉTERNELLEMENT VIVANTES VERTUS DE SYR PHILLIP SYDNEY, CHEVALIER ; ET AUX TRÈS HONORABLES ET AUTRES QUELS- CONQUES, QUI, VIVANT, L'AIMÈRENT, ET, ÉTANT MORT, LUI RENDENT SON DÛ.
Au très honorable Robert Devereux, comte d'Essex et d'Eu, vicomte Hereford et Bourchier, lord Ferrers de Chartley, Bourchier et Louaine, maître de la cavalerie de Sa Majesté la Reine, et chevalier du très noble ordre de la Jarretière : Sont souhaités, la perfection de tout bonheur, et une félicité triomphante en cette vie, et dans le monde à venir.
Lorsque j'eus décidé (très honorable seigneur) de dédier ce livre aux vertus éternellement vivantes de ce chevalier sans égal, Syr Phillip Sydney, il me sembla que je ne pouvais trouver personnage plus noble que votre seigneurie, ni plus apte à patronner, protéger et défendre mon devoir envers le défunt, que vous dont la grandeur est telle, et les vertus d'une telle puissance, que quiconque les loue ne mérite point d'être tenu pour un flatteur, mais que celui qui ne le fait pas peut être considéré comme malveillant. Comment votre seigneurie accueillera ceci, je n'en doute point, car la courtoisie accompagne la vraie noblesse ; mais ma humble requête est que votre seigneurie ne pense pas de moi (par le titre du livre et quelque partie du discours) comme si j'étais amoureux, et parlais selon mes propres passions, car étant privé de ma liberté, et maintenu dans la tombe de l'oubli, où je demeure encore, accablé de mélancolie et lassé d'études plus profondes, je fus heureux de tromper le temps avec ces inventions, disséquant en elles la vanité de cette vie et l'incertitude de ses plaisirs, dans le Rêve de Poliphile ; ce que, s'il plaît à votre seigneurie de parcourir à loisir, en pardonnant ce que vous trouverez d'inapproprié et en pesant ma bonne volonté, je me tiendrai pour très heureux.
Et ainsi je prends humblement congé, jusqu'à ce que je puisse présenter à votre seigneurie une matière plus digne d'elle.
Dévoué à votre seigneurie,
R. D.
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Élégie d'un anonyme au Lecteur.
Candide lecteur, écoute Poliphile racontant ses songes, Songes envoyés du plus haut des cieux, Tu ne perdras pas ta peine, tu ne regretteras pas d'avoir entendu ceci, L'ouvrage abonde en choses si variées et merveilleuses. Si, grave et austère, tu dédaignes l'érotisme, Connais, je t'en prie, la suite des faits si bien ordonnée. Tu refuses ? Pourtant, le style, la langue nouvelle et le nouveau Discours grave, la sagesse, te demandent de regarder. Si cela aussi t'ennuie, contemple les merveilles géométriques antiques, Apprends-en beaucoup, remplies de notes milliaires. Ici sont les Pyramides, les thermes, les immenses Colosses, Et la forme antique des Obélisques apparaît. Ici brille la base diverse, et les colonnes variées, Leurs arcs, leurs frises, leurs architraves, Et les chapiteaux et les poutres, et avec le quadrant la couronne, La symétrie, et tout ce qui fait les superbes demeures. Ici tu verras les palais cultivés des rois, le culte Des Nymphes, les fontaines et les banquets éminents. Ici est la danse bicolore des voleurs, et toute la vie des hommes Exprimée dans les ténèbres du Labyrinthe. Lis ici ce qu'il dit de la triple majesté du tonnant, Et ce qu'il a fait lui-même aux trois portes. Vois quelle fut la forme de Polia, combien cultivée, Observe ensuite les quatre triomphes éthérés de Jupiter. Outre cela, il raconte les divers affects de l'amour, Et ses œuvres, et combien ce Dieu est cruel.
Fautes échappées à l'impression.
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+------+-------+-------+--------------------+---------------------+ | Fol. | page. | ligne.| fautes. | correction. | | | | | | | | 21 | 1 | 38 | subuaging, | suruaighing | | | | | [sub-/vaging | | | | | | at line break] | | | 21 | 2 | 2 | sardins, [Sardins] | sardius. | | 22 | 1 | 7 | vanubraces, | vaumbraces. | | | | | [Vanubraces] | | | 22 | 1 | 12 | coronie, [Coromie] | coronice. | | 22 | 2 | 18 | Daphus, | Daphne. | | 22 | 1 | 28 | chanifered, | chamfered. | | 22 | 1 | 30 | contract, | contrast. | | 22 | 2 | 29 | Aehanthis. | Achanthis. | | | | | [Aehanthus] | | | 23 | 1 | 12 | hapies, [Hapies] | Harpies. | | 23 | 1 | 15 | fishen, | fishie. | | 23 | 2 | 4 | did Anaglipts, | did y^e Anaglipts | | 23 | 2 | 5 | Briapis, | Briaxes. | | 24 | 2 | 22 | Andraene, | Andracine. | | | | | [Andraeme] | | | 24 | 2 | 32 | bel flowred | bell flowre. | | | | | fox gloue, | | | | | | [bell flowered | | | | | | Foxgloue] | | | 26 | 2 | 2 | menifis, | memphis. | | | | | [Meniphis] | | | 26 | 2 | 34 | which my, | which with my | | 28 | 2 | 8 | vastus, [vastues] | vastnes. | +------+-------+-------+--------------------+---------------------+
[Décoration]
Poliphili hypnerotomachia, Où il montre que toutes choses humaines et mondaines ne sont qu'un rêve, et ne sont que la vanité elle-même. Dans l'exposé de quoi, maintes choses sont figurées, dignes de mémoire.
L'auteur commence son Hypnerotomachia pour exposer l'heure et le temps où, dans son sommeil, il lui sembla être dans un calme et solitaire désert, une plaine inhabitée, et comment, de là, il entra ensuite, sans y prendre garde et avec une grande peur, dans un bois sombre, obscur et peu fréquenté.
La description du matin.
À l'heure où Phébus [a] s'élançant embellit de sa clarté le front de Leucothée [b], et apparaissant hors des vagues de l'Océan, sans montrer pleinement ses roues tournantes qui avaient été suspendues, mais hâtant rapidement sa course avec ses chevaux rapides Pyrous et Éous [c], et donnant une teinture aux toiles d'araignées parmi les feuilles vertes et les tendres épines des Roses vermillon, dans la poursuite desquelles il se montra très rapide et étincelant, maintenant sur les vagues sans repos et toujours en mouvement, il crêpa ses cheveux irradiants.
[Note latérale a : Phébus le Soleil.]
[Note latérale b : Leucothée le matin.]
[Note latérale c : Pyr et Éo, les chevaux du Soleil.]
À son lever, à cet instant précis, la Lune sans cornes descendit, détachant de son char ses deux chevaux, l'un blanc et l'autre brun, et se dirigea vers l'horizon [d], différent de l'hémisphère [e] d'où elle était venue.
[Note latérale d : Horizon, un cercle divisant la demi-sphère du firmament de l'autre moitié que nous ne voyons pas.]
[Note latérale e : Hémisphère est la moitié de la circonférence du ciel visible.]
Et quand les montagnes et les collines furent belles, et que les vents du nord-est eurent cessé de rendre stériles par l'âpreté de leurs souffles les tendres rameaux, de troubler les roseaux mouvants, le jonc des marais et le faible cyprès, de tourmenter les vignes pliantes, de contrarier le saule penché et de briser les branches fragiles du sapin sous les cornes du taureau lascif, comme ils le font en hiver.
À cette heure précise, alors que les fleurs aux couleurs diverses et les verts prés, à l'arrivée du soleil d'Hypérion [f], ne craignent point sa chaleur brûlante, étant rosés et aspergés des larmes cristallines du doux matin, quand les Alcyons [g], sur les ondes planes des mers calmes, tranquilles et au flux paisible, bâtissent leurs nids en vue du rivage sablonneux, là où la douloureuse Éro, avec des soupirs brûlants, contemplait le départ dolent et ingrat de son Léandre nageur [h].
[Note latérale f : Hypérion le Soleil.]
[Note latérale g : Les Alcyons sont certains oiseaux qui, bâtissant près du rivage sur les ondes, font qu'il n'y aura point de tempête jusqu'à ce que les petits soient éclos.]
[Note latérale h : Léandre, jeune homme d'Abydos, qui, en nageant à travers l'Hellespont (mer étroite près de Byzance, qui sépare l'Europe de l'Asie) pour aller à Sestos, se noya sous les yeux de son amante Éro de Sestos ; ce qu'elle voyant, se jeta dans la mer et mourut avec lui.]
Moi, couché sur mon lit, ami opportun et convenable pour un corps las, aucune créature ne m'accompagnant dans ma chambre, hormis celle qui prend soin de mon corps et les lumières habituelles de la nuit, qui, après avoir prononcé divers discours afin de me réconforter, ayant compris auparavant de moi la cause originelle de mes soupirs creux et profonds, s'efforça au mieux de modérer, si du moins elle le pouvait, mon état perturbé et pitoyable. Mais quand elle vit que j'étais désireux de dormir, elle prit congé pour s'en aller.
Alors, resté seul avec les hautes cogitations de l'amour, ayant passé une longue et fastidieuse nuit sans sommeil, par ma fortune stérile et ma constellation adverse, tout à fait inconsolé et triste, par le moyen de mon amour précoce et non prospère, pleurant, je racontais point par point quelle chose inégale est l'amour : et combien justement l'on peut aimer celui qui n'aime pas : et quelle défense on peut faire contre les assauts inaccoutumés, mais quotidiens, de l'amour : pour une âme nue et tout à fait sans armes, la lutte séditieuse, surtout étant intestine : une attaque toujours fraîche par des pensées instables et nouvelles.
Ainsi conduit à un état si misérable, et pendant longtemps plongé dans un profond gouffre d'amers chagrins, à la fin, mes sens errants étant lassés de se nourrir encore de plaisirs insipides et feints, mais directement et sans tromperie, du rare objet divin : dont l'idée révérende est profondément imprimée en moi, et vit gravée dans le secret de mon cœur, d'où procède cette si grande et incessante lutte, renouvelant continuellement mes cruels tourments sans intermission. Je commençai les conditions de ces misérables amants qui, pour les plaisirs de leurs maîtresses, désirent leur propre mort, et dans leurs meilleurs délices se pensent les plus malheureux, nourrissant leurs passions façonnées non autrement qu'avec des imaginations fidèles. Et alors, comme un corps las après un dur labeur, moi, quelque peu qualifié en apparence extérieure dans la douleur de mes pensées tristes, et ayant cloîtré et enfermé le cours de mes larmes distillantes, dont les gouttes avaient arrosé mes joues pâles par chagrin amoureux, je désirai quelque repos nécessaire.
À la fin, mes yeux humides étant clos à l'intérieur de mes paupières injectées de sang et rougeâtres, soudain, entre une vie amère et une douce mort, je fus envahi et vaincu par un sommeil lourd, alors que mon esprit et mes facultés vigilantes n'étaient pas participants d'une si haute opération.
Il me sembla que j'étais dans un grand lieu plat et champêtre, tout vert et diversement tacheté de fleurs de maintes sortes, dont il semblait passablement orné. Dans lequel, en raison de l'air doux et léger, il y avait un calme tranquille : si bien que mes oreilles attentives n'entendaient aucun bruit, et aucun discours formé ne perçait en elles, mais avec les gracieux rayons du soleil, le temps glissant passait.
Dans ce lieu, avec une crainte admirative, regardant autour de moi, je dis ainsi à moi-même : Ici n'apparaît aucune créature humaine à ma vue, ni bête sylvaine, oiseau volant, maison de campagne, tente de champ ou cabane de berger : ni sur l'herbe je ne pouvais percevoir, paissant, troupeau de moutons, ou troupe de bétail, ou berger rustique jouant de la flûte d'avoine une mélodie pastorale, mais seulement prenant le bénéfice du lieu et la tranquillité de la plaine, ce qui m'assura d'être sans crainte, je dirigeai ma course toujours en avant, regardant de chaque côté les feuilles tendres et l'herbe épaisse, qui restaient immobiles, sans le spectacle d'aucun mouvement.
À la fin, mes sommeils ignorants m'amenèrent dans un bois épais, où, étant entré d'une jolie façon, je ne savais comment en sortir. Sur quoi, une soudaine peur envahit mon cœur et se diffusa dans chaque jointure, si bien que ma couleur commença à devenir pâle, et d'autant plus que j'étais seul, sans armes, et que je ne pouvais trouver aucune trace ou chemin, soit pour me diriger vers l'avant, soit pour me conduire en arrière. Mais un bois sombre de buissons épais, d'épines acérées, de grands frênes haleinés par la Vipère, d'ormes robustes aimés des vignes fécondes, d'ébène dur, de chênes forts, de hêtres doux et de coudriers bruns, qui, entrelaçant leurs branches, avec une bienveillance naturelle s'opposaient pour résister à l'entrée de la gracieuse clarté du soleil, avec la couverture verte de leurs feuilles innombrables. Et de cette sorte, je me trouvai dans une ombre fraîche, un air frais et un fourré solitaire.
Sur quoi ma raison me persuada de croire que ce vaste bois était seulement un réceptacle pour les bêtes sauvages et nuisibles, comme le sanglier aux défenses, l'ours furieux et assoiffé de sang, le serpent siffleur et le loup envahissant, contre lesquels j'étais dépourvu pour opposer une résistance, mais plutôt comme une proie envoyée parmi eux, misérablement pour avoir ma chair et mes os déchirés et rongés en pièces.
Et ainsi, prévoyant le pire qui pût suivre, je résolus de ne pas y demeurer, mais de chercher à sortir, afin de mieux éviter de tels événements suspects, et me mettant sur mes pieds, j'errai tantôt par ci, tantôt par là, parfois vers la main droite, parfois vers la gauche : maintenant en avant, puis en arrière, ne sachant comment aller parmi les branches épaisses et les épines déchirantes, portant sur mon visage, déchirant mes vêtements, et me tenant parfois suspendu à eux, ce par quoi ma hâte à sortir était fort entravée. Dans ce labeur inaccoutumé, et sans autre aide que seulement le maintien du soleil toujours d'un côté pour me diriger droit en avant, je devins extrêmement chaud et faible, ne sachant que faire, si ce n'est, dans un corps las, contenir un esprit distrait par des pensées troubles, exhalant des soupirs creux et profonds, désirant l'aide de la pitoyable Ariane crétoise, qui, pour la destruction de son monstrueux frère le Minotaure [A], donna au trompeur Thésée un peloton de fil pour le conduire hors de l'intriqué labyrinthe, afin que moi aussi, par quelque moyen, je puisse être délivré de ce bois obscur.
[Note latérale A : Minotaure, un monstre en Crète, né de Pasiphaé, qui, étant enfermé dans le labyrinthe, se nourrissait de chair humaine, que Thésée tua et sortit du labyrinthe par un peloton de fil donné par Ariane, fille du roi Minos, après femme de Thésée, qui l'abandonna et la laissa dans une île inhabitée, nonobstant qu'elle eût sauvé sa vie.]
[Décoration]
Poliphile étant ainsi décontenancé dans ce bois dangereux et obscur, à la fin en sort, et étant arrivé à une belle rivière, s'efforçant de se reposer et de refroidir sa chaleur, il entendit une harmonie des plus délicieuses, qui lui fit oublier de boire, et suivre la voix, ce qui le conduisit dans une pire perplexité.
La peur et le désir de liberté occupant ainsi mes sens, mon entendement était aveuglé, et je ne savais s'il valait mieux pour moi souhaiter la mort haïe ou espérer la vie désirée dans un lieu si effroyable. Ainsi mécontent de toute façon, je m'efforçai de toute force et diligence de sortir, où plus je m'efforçais, plus je me trouvais empêtré, et si affaibli par la lassitude que de chaque côté je craignais que quelque bête cruelle vienne et me dévore, ou bien, sans y prendre garde, de tomber dans quelque fosse profonde ou lieu creux.
C'est pourquoi, tremblant plus qu'en automne mustulent ne le sont les feuilles jaunies, ayant perdu leur humidité, étant fouillées par le vent furieux du nord, j'élevai mon cœur à Dieu, désirant, comme Achéménide craignant les horribles Cyclopes, plutôt être tué par les mains d'Énée son ennemi plutôt que de souffrir une mort si odieuse.
Et ma prière dévote, sincèrement unie à un cœur contrit, versant une fontaine de larmes avec une foi ferme d'être délivré, je me trouvai en peu d'espace mis en liberté, comme un jour nouveau rampé hors d'une nuit sombre et tempétueuse. Mes yeux, avant habitués à une telle obscurité obombrée, pouvaient à peine supporter de contempler la lumière, par tristesse aqueuse. Néanmoins, j'étais heureux de voir la lumière, comme quelqu'un mis en liberté, qui avait été enchaîné dans un donjon profond et une obscurité obscure. Très assoiffé j'étais, mes vêtements déchirés, mon visage et mes mains griffés et ortiés, et avec cela si extrêmement échauffé, que l'air frais semblait me faire plus de mal que de bien, et ne soulageait en rien mon corps, désireux de garder son nouveau champ et liberté recouvrés.
Et après que j'eus un peu réveillé mon esprit et convoqué mes sens d'une meilleure façon, je cherchai un moyen d'étancher ma soif inordonnée, procurée et accrue par d'innombrables soupirs et le labeur extrême du corps. Ainsi jetant mes yeux avec un regard diligent autour de la plaine, pour trouver quelque fontaine où je puisse me rafraîchir : une source plaisante ou tête d'eau s'offrit à moi, avec une grande veine bouillonnant, autour de laquelle croissaient diverses herbes douces et fleurs d'eau, et de celle-ci coulait un courant clair et cristallin, qui, divisé en diverses branches, courait à travers le bois désert, avec un corps tournant et serpentant, recevant en lui d'autres petits canaux qui s'y déchargeaient.
Dans le cours desquels les pierres soulevées par la nature, et les troncs d'arbres refusant plus longtemps d'être soutenus par leurs racines, causaient une entrave à leur courant et à leur chute bruyante, qui, encore augmentée par d'autres torrents dissonants, depuis les hautes montagnes fertiles dans la plaine, montrait une belle clarté et un cours coulant doucement, vers lequel arrivant à bout de souffle, par le moyen de ma fuite effrayée, je vis une petite lumière obscure, à travers le sommet des grands arbres, se divisant quelque peu sur l'eau, et avec le reste de leurs corps et branches, séparant pour ainsi dire les cieux de mes yeux levés. Un lieu horrible à être, sans être accompagné d'aucune créature.
Et entendant soudain la chute des arbres, par la force d'un tourbillon, et le bruit des branches brisées, avec un son redoublé et rauque au loin, et pourtant apporté à l'écho de l'eau à travers le bois épais, je tombai dans un nouvel étonnement.
Et en cet instant, ainsi terrifié et affligé, et pourtant sans avoir reçu aucune blessure, étant à genoux, courbé vers la terre, et refermant le creux de ma main, décidé à en faire un récipient nécessaire pour boire : je n'eus pas plus tôt porté celle-ci à l'eau, offrant à ma bouche la fraîcheur tant désirée, pour ainsi réfrigérer et refroidir l'extrême chaleur de mon cœur brûlant, qui en ce temps-là m'eût été plus acceptable que l'Hypanis et le Gange ne le sont aux Indiens, le Tigre ou l'Euphrate aux Arméniens, ou le Xeylus à la nation éthiopienne, ou aux Égyptiens son inondation, imbibant leur terre brûlée et rôtie, ou encore le fleuve Pô aux Liguriens.
Alors même, il advint que je n'eus pas plus tôt pris l'eau dans le creux de ma main, l'offrant à ma bouche ouverte, prête à la recevoir, que j'entendis un chant dorique, dont je fus aussi grandement ravi que si j'avais entendu le Thrace Thamiras, lequel, par mes oreilles, se présenta à mon cœur inquiet, avec un débit si doux et délectable, d'une voix non terrestre, avec une telle harmonie et une stridence feinte incroyable, et une proportion inhabituelle, qu'il est impossible à imaginer et que nulle langue ne saurait suffisamment louer. La douceur duquel me ravit si grandement que j'en fus dépouillé de ma mémoire, et mon entendement si ravi de moi, que je laissai tomber mon eau désirée à travers les jointures desserrées de mes mains fébriles.
Et alors, tout comme un oiseau qui, par la douceur de l'appel, oublie de se souvenir de la tromperie de l'oiseleur, ainsi, laissant échapper ce dont la nature avait besoin, je me hâtai avec toute la vitesse possible vers cette mélodie attractive, laquelle, plus je la côtoyais, plus elle semblait s'éloigner, tantôt ici, tantôt là, et à mesure que je changeais de lieu, elle changeait également, avec une voix délectable et un consentement céleste. Courant ainsi vainement de long en large, je ne savais après quoi, je devins plus las, faible et assoiffé, et si défaillant que mes jambes ne pouvaient qu'avec grande peine soutenir mon corps altéré. Et mes esprits tourmentés, incapables de supporter cela plus longtemps, tant par la peur que j'avais eue, que par l'extrême soif, que par le voyage long et pénible, et que par la crainte du pire qui pourrait s'ensuivre. Ainsi chaud, faible et assoiffé, je ne savais que faire sinon de procurer du repos à mes membres las. Je m'émerveillai d'abord de cet étrange accident, et fus stupéfait de cette harmonie inhumaine, mais surtout du fait que j'étais dans un pays étrange et inhabité, étant seulement fertile et beau à contempler, outre que je m'affligeais grandement de la perte du beau fleuve que j'avais tant peiné à trouver, et que j'avais maintenant si légèrement et négligemment perdu le bénéfice. De la sorte, j'étais tenu dans un esprit embrouillé de doutes, finalement vaincu par toutes sortes de chagrins, mon corps tout entier tremblant et languissant sous un large et puissant chêne plein de glands, se tenant au milieu d'une spacieuse et grande prairie verte, étendant ses bras épais et feuillus pour faire une ombre fraîche, sous le corps duquel je me reposai en respirant sur les herbes rosées, et couché sur mon côté gauche, je tirai mon souffle dans l'air frais plus brièvement entre mes lèvres sèches et ridées, que le cerf las, épuisé par la course, pincé au flanc et frappé à la poitrine, ne pouvant plus longtemps porter sa tête pesante, ou soutenir son corps sur ses genoux fléchissants, mais mourant se prosterne. Et couché ainsi dans une telle agonie, je pensai aux luttes de la faible fortune, et aux enchantements de la malicieuse Circé, comme si j'avais été privé de mes sens par ses charmes et ses plaintes quadrangulées. Dans de tels et si grands et excessifs doutes : Ô malheur, où pourrais-je, parmi tant de sortes diverses et variées d'herbes, trouver le Moly mercurial avec sa racine noire, pour mon aide et remède. De nouveau, il me sembla qu'il n'en était pas ainsi avec moi. Quoi donc ? Une dure nomination pour retarder ma mort désirée. Et restant ainsi dans ces pensées pernicieuses, ma force débilitée, je n'attendais aucune autre aide, sinon de tirer et recevoir de l'air frais dans cette poitrine qui haletait avec un petit reste de chaleur vitale, prenant dans mes mains à demi-vivantes, comme mon dernier refuge, les feuilles humides et couvertes de rosée, préservées dans l'ombre fraîche du chêne vert, les portant à mes lèvres pâles et sèches, avec un désir avide de les lécher pour satisfaire ma bouche altérée avec leur humidité, souhaitant un tel puits que Hypsipyle montra aux Grecs, craignant qu'à mon insu, alors que j'avais bruissé dans le bois, je fusse mordu par le serpent Dipsa, ma soif était si insupportable. Puis, renouvelant mes vieilles cogitations, alors que je gisais sous ce puissant chêne, je fus opprimé par un sommeil éminent sur tous mes membres, où, de nouveau, je rêvai de la sorte.
Poliphile montre qu'il crut dormir à nouveau, et dans son rêve, qu'il était dans une vallée, environnée de montagnes et de collines, dont l'extrémité était fermée de façon merveilleuse par une puissante pyramide digne d'admiration, au sommet de laquelle se trouvait un haut obélisque, qu'il contemplait avec grand plaisir et décrivait diligemment.
Sorti de ce bois effrayant et épais, et oubliant les lieux susmentionnés par ce doux sommeil, occasionné par mes membres las maintenant étendus, il me sembla que j'étais dans un nouveau lieu plus délectable, surpassant de loin le précédent, qui ne consistait pas en montagnes fertiles et rochers escarpés et tortueux contenant de vastes grottes, mais étant une vallée délicate dans laquelle s'élevait une petite éminence de peu de hauteur, parsemée ici et là de jeunes chênes, frênes, palmiers à larges feuilles, aesculus, yeuses, châtaigniers, sucrerets, peupliers, oliviers sauvages et oppies, disposés les uns plus haut que les autres selon la montée ou la descente du lieu, dans la plaine duquel se trouvait une autre sorte de fourré de simples médicinaux comme de petits jeunes arbres, tel le genêt fleuri environné de diverses herbes vertes, trèfle, laîche, chèvrefeuille, angélique musquée, renoncule, élaphium et bugle, avec d'autres herbes et fleurs profitables et inconnues ici et là diversement disposées. Un peu plus loin dans la même vallée, je trouvai une plaine sablonneuse ou graveleuse, mais tachetée de touffes vertes, en quel lieu poussait un beau palmier avec ses feuilles comme le coutre d'une charrue, et abondant en fruits doux et agréables, certains placés haut, d'autres bas, certains à mi-hauteur, d'autres au sommet même, un signe élu et choisi de victoire. Il n'y avait en ce lieu aucune habitation ou créature quelle qu'elle fût. Marchant ainsi solitairement entre les arbres, poussant à distance les uns des autres, je me persuadai qu'à cela aucune situation terrestre n'était comparable, dans quelle pensée j'aperçus soudainement sur ma main gauche un loup affamé et carnivore, béant sur moi la gueule ouverte.
À la vue duquel, immédiatement, mes cheveux se dressèrent, et j'aurais voulu crier, mais ne pus, et présentement le loup s'enfuit, sur quoi, revenant à moi-même et jetant mes yeux vers les montagnes boisées qui semblaient se rejoindre lorsqu'on les regardait de loin, je vis la forme d'une tour d'une hauteur incroyable, avec une flèche apparaissant imparfaitement, tout cela étant d'une forme et d'une facture très anciennes.
Et m'approchant de ce bâtiment, je contemplai les montagnes gracieuses qui semblaient petites de loin, en venant de plus en plus près, petit à petit, se soulever de plus en plus, me semblant au début qu'elles s'étaient jointes au bâtiment qui était une clôture ou une fin de la vallée entre montagne et montagne, chose que je crus digne d'être notée, et sans plus attendre, je me dirigeai plus près de là. Et d'autant plus que je m'en approchais, d'autant plus l'excellence de l'œuvre se montrait, augmentant mon désir de la contempler. Car il n'apparaissait plus une substance de forme inconnue, mais un rare obélisque sur une vaste structure et une fondation pierreuse, dont la hauteur sans comparaison dépassait les sommets des montagnes adjacentes, bien que je crusse qu'elles eussent été le renommé Olympe, le célèbre Caucase, et non inférieur au Cyllène.
Vers ce lieu solitaire, venant ainsi avec désir, avec un délice indicible, je contemplai à loisir l'étrange manière de l'art, l'énormité de la structure et la merveilleuse excellence de la main-d'œuvre. M'émerveillant et considérant la circonférence et la largeur de cet objet brisé et délabré, fait du pur marbre étincelant de Paros. Les pierres équarries jointes ensemble sans aucun ciment, et les pierres d'angle quadrangulées et pointues ajustées étroitement et polies avec douceur, dont les arêtes étaient d'une couleur vermillon exquise, aussi possible qu'il soit d'en concevoir, et si justement posées qu'entre les joints, même l'ennemi de l'œuvre (s'il en fut jamais) n'aurait pu concevoir de cacher la pointe de la plus petite aiguille espagnole utilisée par les meilleures ouvrières. Et là, dans une pièce d'œuvre si noble, je trouvai une substance proportionnée à chaque forme et ressemblance que l'on puisse imaginer et rappeler à la mémoire, en partie délabrée, et quelques-unes restant entières, avec des piliers petits sur grands, avec leurs têtes excellentes d'une fermeture exacte et très parfaite, des créneaux couronnés, des sculptures en relief, portant en avant comme de la broderie, des poutres arquées, de puissantes images métalliques, renversées et brisées en morceaux, le tronc de leurs membres exacts et parfaits apparaissant creux de cuivre. Des esquifs, petits bateaux et vaisseaux de pierre de Numidie et de porphyre, et de marbre de diverses couleurs. De grands bassins, conduits et autres fragments infinis de notable main-d'œuvre, bien différents et inférieurs à ce qu'ils étaient dans leur perfection, mais maintenant ramenés pour ainsi dire à leur première difformité, étant tombés et renversés, les uns ici, les autres là, sur la terre de laquelle ils furent tirés. Parmi les lieux brisés et délabrés, dont de grandes et diverses herbes de mur, spécialement l'anagyre immobile, le lentisque des deux sortes, l'hellébore, la gueule-de-loup, le glaïeul vert, le lierre tacheté, la centaurée et plusieurs semblables. Et dans les lieux croulants des murs brisés poussaient la joubarbe et la cymbalaire suspendue, des ronces et des épines piquantes, parmi lesquelles rampaient des lézards que je vis se traîner parmi les pierres envahies par la végétation, ce qui, au premier regard en ce lieu silencieux et solitaire, me fit me méfier d'eux avec crainte. De chaque côté gisaient des morceaux lisses et ronds de marbre tacheté de serpent, pourpre et rouge de diverses couleurs. Des fragments d'histoires étranges, panglyphiques et hémiglyphiques, caractérisés succinctement, montrant l'excellence de ceux-ci, accusant sans aucun doute notre âge, que la perfection d'un tel art est oubliée.
Puis, arrivant à la fronture du milieu de la grande et excellente œuvre, je vis un seul grand et merveilleux porche digne de grande estimation, proportionné selon l'énorme quantité du reste de toute l'œuvre, qui était placé entre les montagnes et continué en construction depuis l'une et l'autre des montagnes, à lèvres fendues, et au-dessus arqué, dont l'espace entre, comme je le conjecture, était en mesure de six stades et douze pas. Le sommet de ces montagnes était perpendiculairement égal, touchant chacune le ciel azuré. À la vue duquel j'imaginai avec moi-même et conçus de penser avec quels instruments de fer, avec quel labeur de mains humaines, et quel nombre d'ouvriers, une telle pièce d'œuvre pourrait être encadrée par grande force, assemblée avec beaucoup de peine, et un long temps à finir. Là, donc, cette merveilleuse structure joignit volontiers, pour ainsi dire, les mains et s'unit avec l'une et l'autre des puissantes montagnes, moyen par lequel la susdite vallée y avait une fin, que nul homme ne pouvait aller plus avant ou en arrière, sinon pour entrer par ce porche large, grand et largement ouvert.
Sur cette structure massive et cette puissante main-d'œuvre, que je prends pour être en hauteur, du toit ou sommet jusqu'au pied, cinq parties d'un stade, était placée une haute et merveilleuse pyramide, à la mode d'un diamant pointu carré, et d'une main-d'œuvre si incroyable qu'elle ne pourrait jamais être conçue et érigée sans une dépense inestimable, une grande aide et un long temps. De sorte que je pensai que l'excellence de celle-ci, non pensée, était un miroir, dont la vue était capable d'éblouir tous les yeux humains et d'abattre le reste des sens spirituels. Que dirai-je de plus ? Car autant que l'étendue de ma capacité m'en accorde la permission, de cette sorte je la décris brièvement.
Chaque côté ou quartier de cette structure carrée, sur laquelle le pied de la pyramide se tenait, s'étendait en longueur sur six stades, ce qui, en circonférence autour de chaque côté équilatéré de même largeur, multiplie jusqu'à 24 stades. Puis, levant les lignes en haut depuis les quatre coins, autant que chaque coin est distant en longueur d'un autre, se rencontrant au sommet, de sorte que la ligne perpendiculaire puisse tomber juste sur le centre de la diagonale, s'étendant depuis les deux coins des plinthes ou pied carré, justement et convenablement jointes ensemble, font une figure pyramidale parfaite. Laquelle forme immense et merveilleuse, avec une symétrie merveilleuse et exquise et une proportion due, montant laborieusement pied par pied, contenait 1410 degrés ou marches, enlevant 10 degrés pour constituer la tête et le gracilement de la pyramide, à la place de laquelle était mis un cube énorme ou pierre carrée de forme comme un dé, saine et ferme d'une épaisseur monstrueuse et d'un poids incroyable à être porté si haut. Et de la même pierre de Paros que l'étaient les marches, lequel cube et pierre carrée était la base et le pied mis sous l'obélisque, que j'ai en main de décrire.
Cette puissante grosse pierre au sommet pointu, glissant vers le bas la partie extrême de coin en coin, à côtés plats par le diamètre, était de quatre pas, à chaque coin équidistant de laquelle était le pied d'une harpie de métal fondu, leurs serres et griffes armées. Fermement et fortement scellées avec du plomb, dans chaque coin du cube, ou tête carrée de la pyramide, se rencontrant ensemble sur la ligne diagonale. D'une épaisseur proportionnée en hauteur de deux pas. Ce qui, ainsi se fermant et se rencontrant ensemble, faisait le socle du grand obélisque, lequel socle était embelli de feuilles, fruits et fleurs, de métal fondu brillant, et d'une grandeur convenable. Sur quoi le poids de l'obélisque était porté. La largeur duquel était de deux pas, et sept en hauteur, aiguisant artificieusement la pierre de Thébaïde appelée Pyrus. Sur les plaines lisses de laquelle, pure et brillante comme un miroir, étaient très excellemment taillés des hiéroglyphes égyptiens.
Sur la pointe de quel obélisque, avec grand art et diligence, était fixée une base de cuivre, dans laquelle il y avait aussi un dispositif tournant infixe, sur quoi se tenait la forme d'une belle nymphe encadrée de la matière susdite, capable d'étonner le spectateur continuellement diligent. D'une telle proportion que la stature commune pourrait être considérée et parfaitement vue, malgré l'excédent de hauteur de celle-ci dans l'air. Outre la grandeur de la figure ou image, c'était une merveille de penser comment un tel poids devrait être porté et mis en un tel lieu et si haut. Couverte d'un habit soufflé au vent, et montrant une partie de la substance nue des jambes et des cuisses, avec deux ailes poussant des omoplates, et étendues au large comme si elle était prête à voler, tournant son beau visage et sa douce contenance regardante vers ses ailes. Les tresses de ses cheveux volant au large, la partie supérieure ou couronne nue et dénudée. Dans sa main droite, elle tenait hors de sa vue une copie ou corne farcie de beaucoup de bonnes choses, bouchée, et la bouche vers le bas, sa main gauche attachée et tenue fermement à sa poitrine nue. Cette image et statue était à chaque souffle de vent tournée, et mue autour avec un tel bruit et tintement dans le creux du dispositif métallique, comme si la monnaie de la Reine d'Angleterre avait été en activité là. Et quand le pied de la girouette ou image en tournant autour, frottait et grinçait sur la base de cuivre, fixée sur la pointe de l'obélisque, cela donnait un tel son, comme si la cloche de la tour du Collège de Saint John dans la célèbre Université de Cambridge avait été sonnée, ou celle dans les pompeuses étuves du puissant Hadrien, ou celle dans la cinquième pyramide se tenant sur quatre. Cet obélisque, à mon jugement, était tel, que ni celui du Vatican à Alexandrie ou Babylone, ne peut lui être également comparé, mais plutôt estimé bien inférieur. Il contenait en lui un tel tas de merveilles, que je ne pouvais sans grand étonnement le regarder. Comme aussi considérer l'énormité de l'œuvre, la somptuosité excessive, l'étrange invention, la rare performance, et l'exquise diligence de l'ouvrier. Avec quel art inventé ? avec quelle puissance, force humaine, et moyens incroyables, enviant (si je puis le dire) la main-d'œuvre des cieux, de tels et si puissants poids devraient être transportés et portés dans les cieux ? avec quelles grues, poutres tournantes, moufles, poulies rondes, chèvres portant des dispositifs, et polyplases, et cadres de traction, et treuils cordés, y étant incompétent, je le passe sous silence.
Et ici de l'autre côté suit la figure.
Retournons donc à l'énorme pyramide, se tenant sur une plinthe forte et saine ou pied carré, quatorze pas en hauteur, et en longueur six stades, qui était la fondation et le fondement de la pesante pyramide, que je me persuadais n'avoir pas été apportée d'aucun autre lieu, mais même avec un labeur et une main-d'œuvre simples taillés hors des montagnes mêmes, et réduits à cette figure et proportion dans son propre lieu.
Laquelle grande œuvre de quadrant et carrée, non jointe fermement aux rochers collatéraux et adjacents, mais était entre-espacée et séparée des deux côtés de dix pas. Sur la main droite, comme j'allais de ladite plinthe ou assise carrée, il y avait très parfaitement sculptée la tête vipérine de la redoutable Méduse, sous une forme des plus furieuses et rigoureuses à regarder, et comme si elle hurlait, avec des yeux terribles caverneux, et creux sous leurs sourcils surplombants, avec un front ridé et sillonné et une bouche largement ouverte béante, laquelle étant creusée avec un chemin direct depuis la base, et sur la pierre par une ligne médiane perpendiculaire au centre de la pyramide au loin, faisait une large entrée et accès vers elle, à quelle ouverture de bouche, compassée avec des cheveux pliés d'une curiosité inénarrable, d'une habileté artificielle et d'une main-d'œuvre coûteuse, les escaliers tournants ascendants se montraient, et au lieu de tresses de cheveux tressées avec des lacets, je vis des vipères effrayantes et des serpents tournants poussant hors du cuir chevelu de la tête monstrueuse, se tordant confusément ensemble et sifflant, si vivement portraiturés et mis en avant, qu'ils me firent peur de les contempler. Dans leurs yeux étaient placées des pierres très brillantes, de telle sorte que si je n'avais été persuadé et su qu'elles étaient des pierres en effet, je n'aurais osé m'en approcher.
Et cette entrée susdite, taillée dans la pierre ferme, menait au passage en spirale et circulaire au centre, avec des marches en tournant tendant vers la partie la plus haute des majestueuses Pyramides, et s'ouvrant sur l'extérieur du catille ou cube : sur lequel l'obélisque brillant était fondé. Et parmi le reste des parties si notables que je contemplai, il me sembla que ce dispositif était digne d'être noté, car l'architecte artificieux et très habile, avec une invention exquise et perspicace, avait fait aux escaliers certaines lucarnes ou petites fenêtres, embrassant les généreux rayons du soleil de manière correspondante sur trois parties, la basse, la moyenne et la suprême : la basse prenant la lumière de la plus haute, et la plus haute de la catabase ou inférieure, avec leurs réflexions opposées montrant une lumière merveilleusement belle, elles étaient si adroitement disposées par la règle calculée du mathématicien artificieux, vers les parties orientale, méridionale et occidentale de l'air, qu'à chaque heure du jour le soleil brillait à l'intérieur, et donnait de la lumière à tout l'escalier, ces mêmes lucarnes ou petites fenêtres étant symétriquement et nettement dispersées et placées en divers endroits.
Vers l'entrée susdite, à travers la bouche ouverte de Méduse, je parvins par une longue galerie à un escalier descendant ou en pente, s'ouvrant au pied et au pavement du bâtiment sur ma main droite, contre l'une des montagnes collatérales et adjacentes, entre lesquelles il y avait, taillé dans la pierre et l'espace ouvert, un passage de dix pas vers le haut, dans lequel je montai hardiment sans résistance, et étant parvenu au début de l'escalier dans la bouche susdite par d'innombrables marches et degrés, non sans une grande fatigue et étourdissement de tête, à force de tourner sur moi-même, j'atteignis une hauteur si incroyable que mes yeux ne me permettaient pas de regarder vers le sol, à tel point qu'il me semblait que toute chose en bas sur la plaine avait perdu sa forme et semblait imparfaite. Dans l'ouverture et la sortie de cette ascension circulaire et tournante, plusieurs piliers de métal fondu et coulé étaient adroitement disposés et solidement fixés : l'espace entre chacun étant d'un pied, et en hauteur d'un demi-pas, avec une rambarde et joints ensemble au sommet par une couronne crénelée tout le long dudit pilier, et du même métal encerclant l'ouverture de l'escalier, de peur que quiconque en sortant par mégarde ne tombât la tête la première, car la hauteur immodérée de celui-ci causerait un vertige dans la tête et apporterait un trébuchement aux pieds : sur la plaine de l'obélisque était fixée une table de bronze scellée et soudée à hauteur d'homme, avec une inscription ancienne en latin, grec et arabe, par laquelle je compris clairement que le tout était dédié au Soleil, et la mesure de l'ouvrage entièrement consignée et décrite, le nom de l'architecte étant noté sur l'obélisque en lettres grecques.
+LICHA SOLIBIKOS LIOODOMOS O:RTHOSEN ME+ Lichas Libiicus architectus me erexit. Lichas, architecte libyen, m'a érigé.
Retournons et revenons à la considération du but et du tesselle ou carré, sujet et soutien des Pyramides, sur le front et la face avant duquel je vis gravée une Gigantomachie et un combat entre des Géants, le seul ennemi du souffle vital, supérieurement bien taillé, avec les mouvements vifs et les agilités pleines de vie de leurs corps larges et grands, impossibles à décrire correctement, le maniement artificiel de ceux-ci enviant pour ainsi dire l'œuvre de la nature elle-même, comme si leurs yeux et leurs pieds s'étaient mus ensemble, et avaient couru d'une partie à l'autre, avec un passage expéditif et une course rapide. De telle sorte semblaient-ils sur leurs chevaux forts et puissants, certains étant jetés à bas, d'autres trébuchant et tombant : beaucoup blessés et meurtris, rendant leurs vies désirées : certains piétinés et mis à mal sous les pieds des chevaux féroces et déchaînés. D'autres jetant leurs armures, luttant et se tiraillant les uns les autres : certains la tête en bas, tombant sans toucher le sol depuis leurs chevaux. D'autres gisant sur la terre, tenant leurs boucliers et targes, offensant d'une main et se défendant de l'autre. Beaucoup avec leurs cimeterres et coutelas, certains avec de longues épées à deux mains à la manière perse ancienne, d'autres avec diverses armes mortelles de forme étrange et fatale : certains portant des haubergeons et des casques, avec divers dispositifs sur leurs crêtes : d'autres nus et sans armes, sautant et se précipitant parmi les plus épais, montrant par là leurs courages hautains, invincibles et intrépides, résolus à la mort. Certains avec des visages effrayés criant, d'autres montrant des visages obstinés et furieux, bien qu'ils fussent assurés de mourir, endurant fortement l'épreuve de leur douleur et la coupure de leur fil fatal, d'autres tués devant eux, avec divers instruments de guerre étranges, inconnus et mortels. Montrant leurs membres vigoureux, leurs muscles gonflés saillant, offrant à la vue et aux yeux du spectateur le devoir de leurs os, et le creux dans les endroits où leurs tendons forts sont tendus. Leur conflit et combat semblaient si effrayants, sanglants, mortels, cruels et horribles, comme si Mars lui-même avait combattu avec Porphyrion et Alcyon, qui faisaient un bruit semblable au braiment des ânes.
Cette imagerie cataglyphique dépassait une stature et une proportion naturelles et communes d'hommes, sculptée dans du marbre blanc privé, le fond étant aussi noir que le jais, un contraste parfait pour embellir et mettre en valeur avec du cristal pâle et de l'argent ciselé, d'innombrables corps énormes, leurs derniers efforts, leurs actions présentes, la mode de leur armure, la diversité de leurs morts, et la victoire incertaine et douteuse. L'accomplissement de la description que j'en ai entreprise s'avère estropié et boiteux, en raison de ce que mon entendement est fatigué, ma mémoire confuse par la variété, et ma vue obscurcie par une contemplation continuelle, de sorte que mes sens ne m'accordent pas, comme il est dû, de manifester convenablement, et encore moins de décrire en détail toute la manière de leurs curieux lithoglyphes.
Après cela, je me mis à réfléchir à ce qui pouvait pousser et causer une telle fierté et un désir ardent chez un homme, d'aller chercher de loin et de rassembler des pierres si puissantes avec un tel labeur : avec quel transport, qui étaient les convoyeurs et porteurs, avec quel genre de roues, de dispositifs roulants et de supports de maintien, une telle multitude de pierres grandes, larges et innombrables avait pu être apportée là, et de quelle matière était fait leur ciment qui les joignait et les tenait ensemble, la hauteur de l'obélisque et la majesté des Pyramides dépassant la conception imaginée de Dimocrate proposée à Alexandre le Grand, au sujet d'un ouvrage à accomplir sur le mont Athos. Car l'étrangeté de la construction égyptienne pourrait céder la place à celle-ci. Les célèbres labyrinthes lui étaient bien inférieurs, Lemnos n'est pas à citer, les théâtres du temps passé n'étaient en comparaison que des loges de garenniers, et le fameux Mausolée n'en approchait en rien. Ce qui me persuade absolument que celui qui a écrit les sept merveilles du monde n'entendit jamais parler de celle-ci : et qu'en aucun âge n'a été vue ni imaginée chose pareille, pas même le sépulcre de Ninus.
Enfin, je me demandais quelles fondations et quelles arches étaient capables de supporter un poids si monstrueux, si les piliers étaient hexagonaux ou tétragonaux, et quelle variété de colonnes, et quel nombre pouvait suffire, et de quelle manière ils étaient proportionnellement disposés et placés. Pour une meilleure compréhension et une connaissance plus parfaite, je me glissai dans le porche ouvert et spacieux, à l'intérieur duquel se trouvait un creux obscur et vaste : lequel porche, ainsi que le fier et majestueux bâtiment (choses dignes de mémoire), sera en quelque sorte décrit comme suit.
*Poliphile, après la description des énormes Pyramides et de l'Obélisque, discourt dans ce chapitre d'œuvres merveilleuses, à savoir d'un cheval de Colosse, d'un éléphant, mais surtout d'un porche des plus rares et étranges.*
À juste titre et légitimement, puis-je avoir la permission d'écrire que dans le monde entier, il n'y en eut jamais un autre semblable, une œuvre si pompeuse, glorieuse et magnifique, vue par des yeux humains ou rapportée de manière crédible. L'excellence merveilleuse et l'étrangeté rare de celle-ci, tandis que je la contemplais, tant avec plaisir qu'avec admiration, mes sens étaient si captivés et liés à elle, qu'aucun autre réconfort ou plaisir ne survenait ou ne prenait place dans ma pensée au vol rapide.
Sinon que lorsque j'appliquais mes sens à considérer, et que je dirigeais mes yeux avec une observation diligente, pour examiner curieusement chaque partie particulière de cet objet composé avec douceur, et de cette imagerie la plus rare et belle, et ces corps semblables à ceux de vierges, sans fissure ni défaut, avec une longue respiration, et ouvrant quelque peu la bouche, je poussai un profond soupir. Si bien que ma respiration amoureuse et sonore, en raison de l'épaisseur de l'air dans ce lieu solitaire et désert, donna un écho, et me rappela mon angélique et extrêmement désirée Polia.
Hélas pour moi, qu'une si petite ou quelque interruption que ce soit puisse causer que son idée et sa forme célestes et aimables ne fussent pas constamment imprimées dans mon esprit, et ne continuassent pas d'être une compagne quotidienne, dans le sein de laquelle ma vie est résolue à demeurer, et à reposer comme sous la protection d'un bouclier très sûr et éprouvé et d'une défense sûre.
Et par ce chemin, je fus conduit à un endroit où se trouvaient divers et différents genres excellents de dispositifs et d'ouvrages anciens : tout d'abord, je contemplai un porche des plus beaux, impossible à décrire par le sens (pour l'incroyable curiosité de celui-ci, tel qu'il en fut jamais construit ou conçu) et d'autant plus que notre langue maternelle et notre parler vulgaire ne peuvent fournir des mots aptes et particuliers pour une telle œuvre d'artifice.
Devant ce porche magnifique et glorieux, vous comprendrez qu'en plein air se trouvait une cour carrée de trente pas de diamètre, pavée de marbre pur et fin, pointée en carré, travaillée en damier de diverses façons, et de couleurs diverses les mieux assorties : mais en plusieurs endroits, par suite de la ruine de l'ancienne promenade et des vieux piliers, brisée en morceaux et envahie par la végétation.
Et dans les parties les plus extrêmes de la cour susdite, à la main droite et à la gauche, vers les montagnes, il y avait deux rangées droites de piliers, avec un espace entre elles pour l'aréostyle interjecté, comme les quantités des deux colonnes le requéraient, la première course ou ordre de disposition des piliers commençant des deux côtés à égalité avec le limbus ou partie extrême du front du porche, l'espace entre pilier et pilier étant de quinze pas. Desquelles colonnes ou grands piliers, certains, et la plus grande partie ou nombre, étaient entiers. Avec leurs chapiteaux ou têtes, travaillés avec un travail de coquille ondulée, et une cillerie ou draperie, leurs coins saillant et inanulés ou tournés comme une mèche de cheveux frisée, ou la tête supérieure d'une basse viole au-dessus des chevilles, qui tendent les cordes de l'instrument vers une concorde musicale ; avec leurs astragales sujets, se tordant et pendant ici et là, rendant le chapiteau trois fois plus gros que le fond de la colonne, sur lequel était placée l'épistyle ou poutre droite, la plus grande partie étant délabrée, et beaucoup de colonnes veuves et privées de leurs chapiteaux, enterrées dans les ruines tant pour les astragales que pour les fûts des colonnes et leurs bases ou pieds.
*Une colonne consiste en son chapiteau qui est la tête. Astragalus qui est le sujet du chapiteau à côté de la colonne. Hypotrachelion, le fût de la colonne. Et Hypobase, qui est le pied sur lequel la colonne se tient, excédant la taille de la colonne.*
Joignant étroitement à cet ordre ou rangées de piliers, poussaient de vieux platanes, des oliviers sauvages, des pins et des ronces piquantes. Je conjecturai que cela était fait pour monter à cheval, pour trotter et galoper, pour le manège, la carrière et la courbette, ou bien quelque galerie ouverte, couverte par-dessus, soutenue par des piliers, et d'une largeur suffisante pour marcher au sec et prendre un air tempéré, non trop subtil.
En haut dans cette grande cour pavée comme susdit, dans le passage vers le porche, à quelques dix pas, je contemplai un prodigieux cheval ailé voltigeant, de bronze fondu, d'une grandeur excessive, ses ailes déployées. Ses sabots se tenant sur une base ou cadre lisse, de cinq pieds de large et neuf pieds de long, en hauteur proportionnelle à la largeur et à la longueur : avec sa tête en liberté et sans bride : ayant ses deux petites oreilles, l'une se tenant en avant, et l'autre tirée en arrière, avec une longue crinière ondulée, tombant de sa crête sur le côté opposé : sur le dos duquel divers jeunes garçons essayaient de monter, mais pas un n'était capable de se tenir fermement, en raison de sa rapidité et de ses bonds élevés, desquels certains étaient tombés, gisant largement ouverts à l'air, certains aplatis, d'autres tombant la tête la première, entre le cheval et la terre, les autres tenant en vain par les poils de sa crinière, certains forçant pour monter sur lui, et d'autres s'efforçant de se relever de dessous ses pieds.
Sur la partie supérieure du cadre et de la base, était fixée et attachée avec du plomb, une assise ou croûte épaisse, du même métal que le cheval, et sur laquelle il se tenait, et ceux qui étaient renversés gisaient, un peu plus courte et plus étroite que la base ou cadre sujet, la masse entière ou composition coulée d'une seule pièce et du même métal, merveilleusement fondue. Enfin, vous ne pouviez percevoir que quiconque fût content de sa rudesse, comme il apparaissait par leurs visages formés, montrant un mécontentement qu'ils ne pouvaient exprimer étant des images sans sens, ne différant pas autrement, grâce à l'excellente habileté de l'artisan, des créatures vivantes, et par son imitation surpassante de la nature.
Péryllus pourrait là aller ranger ses flûtes, et rougir de son taureau inventé, et Hiram le Juif doit ici céder la place, ou quels que soient les autres fondateurs.
Le pægma, base ou sujet pour que cette machine métallique se tînt dessus, était d'une seule pièce solide de marbre (d'une largeur, hauteur et longueur convenables et proportionnées en conséquence pour cet usage), plein de veines ruisselantes, diversement colorées et diversement tachetées, merveilleusement agréables à l'œil, dans d'infinis mélanges, confusément disposés.
Sur la poitrine ou partie avant, et l'extrémité de la base de marbre qui était opposée au porche, il y avait une guirlande de marbre vert, comme les feuilles de maceron, mélangées avec des feuilles mortes de mélisse, de couleur de cheveux, à l'intérieur de laquelle il y avait une pierre ronde et lisse, d'un blanc pur, dans laquelle étaient gravées ces lettres capitales romaines.
À l'extrémité arrière, de la même manière, il y avait une guirlande d'aconit mortel, avec cette inscription, _Equus infælicitatis_. Et sur le côté droit étaient gravées certaines figures, formes et représentations d'hommes et de femmes dansant ensemble, biformes ou bifaces, les premiers souriant, les derniers pleurant : et dansant en rond, avec leurs bras étendus, et main dans la main homme avec homme et femme avec femme. Un bras de l'homme sous celui de la femme, et l'autre au-dessus, et ainsi se refermant ensemble, et se tenant par les mains, ils voltigeaient l'un après l'autre, de sorte que toujours en un même lieu, un visage souriant rencontrait un triste qui le précédait. Leur nombre était de sept et sept, si parfaitement et doucement contrefaits avec des mouvements pleins de vie, leurs vêtements frémissant et volant au vent, que l'ouvrier ne pouvait être accusé d'aucune imperfection, si ce n'est que l'un n'avait pas une voix vivante pour exprimer leur joie, et l'autre des larmes saumâtres pour manifester leur douleur : ladite danse était en forme de deux demi-cercles, avec une cloison de séparation mise entre les deux.
*Personne ne vit en ce monde dans ce plaisir, sans qu'il n'ait aussi ses douleurs en son temps.*
Sous laquelle figure hémiale, était inscrit ce mot TEMPVS. Sur le côté opposé, je contemplai beaucoup de jeunes gens d'une proportion semblable à la précédente, et dans un tel cadre ou espace, les fonds des deux étant embellis et mis en valeur avec un feuillage ou travail de feuilles et de fleurs exquis, cette compagnie cueillait et ramassait les fleurs de diverses herbes, et de tendres tiges et branches buissonnantes ; et avec eux diverses belles nymphes s'amusant agréablement, et saisissant en jouant leurs fleurs cueillies, et de telle sorte que, comme susdit sous la figure, étaient gravées certaines lettres capitales, pour montrer ce seul mot AMISSIO, contenant la neuvième partie du diamètre ou de la quadrature.
*Don vainement offert, en temps follement dépensé, est une grande perte, et engendre le repentir.*
À la première vue de ceci, je fus stupéfait et étonné, mais avec une meilleure attention et un grand plaisir, examinant curieusement la machine aux énormes fondations, la forme et la figure d'un cheval fait par l'industrie et l'habileté humaines des plus louables, car chaque membre sans défaut avait son harmonie parfaite, et chaque membre sa proportion désirée, je me rappelai immédiatement le cheval infortuné de Scion.
Et ainsi je m'attardai à contempler ce même mystère artificiel, un autre spectacle et objet non moins digne d'être regardé que le précédent, s'offrit à ma vue, qui était un éléphant puissant, vers lequel, avec une intention pleine de désir, je me hâtai de m'approcher et de venir près.
Pendant ce temps, d'un autre côté, j'entendis un bruit plaintif et un gémissement humain, comme procédant d'un corps malade jusqu'à la mort : à quoi je restai immobile au premier abord, mes cheveux se dressant tout droit, mais immédiatement sans plus attendre, je dirigeai mes pas vers l'endroit d'où j'entendais ce bruit lugubre et cette lamentation douloureuse, me forçant à monter sur un tas de marbres ruinés, brisés et tombés. Allant ainsi volontairement de l'avant, je parvins à un vaste et merveilleusement grand colosse, les pieds nus, leurs plantes creuses, et les jambes comme si leur chair avait été gaspillée, consommée et tombée. De là, avec horreur, je vins à regarder la tête, où je conjecturai et imaginai que l'air et le vent entrant et sortant de sa bouche largement ouverte, et des tuyaux creux de sa gorge, par une invention divine, causaient ce bruit modéré et ces gémissements cadencés : il gisait le visage vers le haut, tout de métal fondu, comme un homme d'âge moyen, et sa tête levée comme avec un oreiller, avec la ressemblance de quelqu'un qui serait malade, exhalant par sa bouche des soupirs et des gémissements, béant, sa longueur était de soixante pas. Par les poils de sa barbe, vous pouviez monter jusqu'à sa poitrine, et par les morceaux déchirés et lacérés de celle-ci jusqu'à sa bouche toujours lamentante, qui restait gémissante, largement ouverte et vide, par laquelle, provoqué par l'éperon du désir curieux, je descendis par divers degrés dans sa gorge, de là dans son estomac, et ainsi de suite par des voies secrètes, et petit à petit vers toutes les différentes parties de ses entrailles intérieures, ô conception merveilleuse. Et chaque partie du corps humain ayant écrit sur elle son appellation propre en trois idiomes, chaldéen, grec et latin, afin que vous puissiez connaître les entrailles, tendons, os, veines, muscles et la chair incluse, et quelle maladie est engendrée en eux : la cause de cela, le remède et la guérison, vers lequel tas aggloméré et tournant d'entrailles, il y avait un accès et une entrée convenables : avec de petites lucarnes et des guichets disposés diversement en divers endroits, donnant à travers eux une lumière suffisante pour contempler les différentes parties de l'anatomie artificielle, ne manquant d'aucun membre qui se trouve dans un corps naturel.
Quand je parvins au cœur, je vis et lus comment l'Amour à sa première entrée engendre la douleur, et en continuant envoie des soupirs, et là où l'Amour offense le plus grièvement : avec quoi je fus ému de renouveler ma passion, envoyant du fond de mon cœur des soupirs profonds et gémissants, invoquant et appelant Polia, de telle sorte que tout le colosse et la machine de bronze résonnèrent, me frappant d'une peur horrible : un art exquis au-delà de toute capacité, pour un homme de façonner son semblable n'étant pas une anatomie en fait.
Ô l'excellence des esprits passés, et l'âge d'or parfait où la Vertu luttait avec la Fortune, ne laissant derrière lui en héritage à notre monde, aveugle, ignorant et avare, qu'un désir de biens mondains.
De l'autre côté, je perçus, d'une dimension semblable au colosse précédent, le sommet de la tête d'une femme, en partie découverte, le reste enseveli sous les ruines délabrées, à ce que je crus, d'un ouvrage de même facture que l'autre ; et, empêché par des amas incohérents et désordonnés de pierres tombées et dégradées de contempler davantage, je retournai vers un autre objet qui m'était apparu (et non loin du cheval, droit devant), un immense Éléphant fait d'une pierre plus noire que l'obsidienne, poudrée de petites taches d'or et de lueurs d'argent, aussi denses que la poussière scintillante au soleil. L'extrême dureté de cette matière en manifestait d'autant mieux la claire et vive brillance, de sorte que chaque objet approprié s'y reflétait, hormis dans les parties où le métal portait une couleur opposée. Sur son large dos était posée une selle ou harnachement de bronze, avec deux sangles passant sous son vaste ventre ; entre ces deux-là, étroitement bouclées avec des boucles de la même pierre, était inséré un quadrilatère correspondant à la largeur de l'obélisque placé sur la selle, et si justement posé qu'aucune ligne perpendiculaire n'aurait pu tomber de part et d'autre du diamètre. Sur trois des faces de l'obélisque quadrangulaire étaient gravés des caractères égyptiens. La bête était proportionnée avec une telle exactitude et une telle adresse que l'invention pouvait le concevoir et l'art le réaliser. Ladite selle et le harnachement étaient agrémentés et embellis de clous, de joyaux pendants, d'histoires et de devises, soutenant, pour ainsi dire, un puissant obélisque de pierre de Lacedemone de couleur verte, sur la place unie, large de deux pas et haute de sept jusqu'à la pointe acérée, allant en se rétrécissant, sur laquelle était fixée un trigone ou boule ronde d'une substance brillante et étincelante.
Cette bête énorme se tenait droite sur ses quatre pattes, d'un ouvrage exquis sur le niveau plat, et la partie supérieure de la base, taillée et façonnée avec art, était en pierre de porphyre. Avec deux grandes et longues défenses de pierre d'un blanc pur, claires, compactes et fixées. Et à la sangle avant, de chaque côté, était bouclée une poitrail riche et magnifique, embelli de divers ornements et d'une variété de joyaux, dont la matière était de la même substance que la selle ; au milieu de laquelle était gravé en latin : Cerebrum est in capite. Et, de la même manière, amené autour de l'extérieur de son cou jusqu'au sommet de sa tête large et volumineuse, il y était fixé par un nœud artificiel : d'où pendait un ornement curieux et très remarquable, œuvre d'orfèvre, recouvrant son visage spacieux ; cet ornement étant deux fois plus long que large, bordé tout autour, et sur le tableau duquel je vis certaines lettres, ioniques et arabiques, de cette sorte.
Sa trompe dévorante ne reposait pas sur le niveau de la base, mais pendait quelque peu, retournée vers son visage. Ses grandes oreilles dentelées, pendantes comme celles d'un chien courant, dont la vaste stature était peu inférieure à celle d'un éléphant très naturel. Et dans le pourtour et les longs côtés de la base étaient gravés certains hiéroglyphes ou caractères égyptiens. Étant décemment et régulièrement polis, avec un rabattement requis, une moulure en gorge, une perle, des astragales ou neptrules, avec une cymaise renversée au pied de la base, et en haut avec des trachiles tortillés et des denticules, agréables et conformes à la juste proportion d'une substance si large, de 12 pas de long, cinq de large et trois de haut, dont la partie superficielle et extérieure était taillée en forme d'hémicycle.
Dans la partie arrière de cette base et de cette pierre, sur laquelle se tenait cette bête puissante, je trouvai un lieu d'ascension de sept marches, pour monter à la surface plane de la base sur laquelle se tenait l'éléphant. Et dans le quadrilatère réservé, perpendiculairement droit sous ladite selle de bronze, était découpée et pratiquée une petite porte et une entrée creuse, un travail merveilleux dans une substance si dure, avec certaines marches de bronze, en manière d'escalier, par lequel une montée commode dans le corps de l'éléphant m'était offerte.
À cette vue, je désirai extrêmement voir tout le dispositif et, entrant, je montai jusqu'à la hauteur de la base sur laquelle se tenait le monstre caverneux, creux, vaste, large et prodigieux, excepté cette partie de l'obélisque qui était contenue dans le corps vide de la bête, et passant ainsi jusqu'à la base. Laissant vers les deux côtés de l'éléphant assez d'espace pour permettre à tout homme de passer, soit vers la tête, soit vers les hanches arrière.
Et à l'intérieur, depuis la courbure de l'échine ou du dos de la bête, pendait par des chaînes de cuivre une lampe éternelle et une lumière incarcérée, à travers laquelle, dans cette partie arrière, je vis un ancien sépulcre de la même pierre, avec la forme parfaite d'un homme nu, de toutes ses parties naturelles. Ayant sur sa tête une couronne de pierre noire comme du jais : ses dents, ses yeux et ses ongles argentés, et se tenant sur un sépulcre couvert comme une arche, de travail en écaille et autres linéaments exquis, pointant avec un sceptre doré et tenant son bras en avant pour donner la direction vers la partie antérieure.
Sur son côté gauche, il tenait un bouclier en forme de quille de navire, ou d'os de tête de cheval, sur lequel était inscrite, en lettres hébraïques, attiques et latines, cette sentence qui est placée de l'autre côté avec la figure.
À cette vue insolite et étrange, je restai non peu stupéfait et quelque peu hésitant sur ce qu'il fallait imaginer ; tournant mes yeux vers la partie opposée, je vis de la même sorte une autre lumière brûlante, et passant à travers entre le côté de la bête et la partie de l'obélisque qui y était enclose, je vins vers la partie avant de l'éléphant, où je trouvai de la même manière un sépulcre façonné comme le précédent, avec une statue ou image se tenant dessus comme l'autre, si ce n'est que c'était une reine qui, levant son bras droit avec son doigt le plus avancé, pointait vers cette partie derrière ses épaules, et de l'autre elle tenait une petite table fermement dans sa main, dans laquelle était écrit en trois langues cet épigramme.
Cette nouveauté digne d'être manifestée, et cette énigme secrète souvent à relire, ne m'étaient pas connues, de sorte que je restai dans le doute sur ce que la signification de ce sophisme pouvait être, n'osant pas en tenter la conclusion. Mais frappé de crainte dans ce lieu sombre et sans lumière, malgré la lampe brûlant faiblement, j'étais plus désireux de contempler et d'examiner ce porche et cette porte triomphaux comme étant plus licite d'y demeurer qu'ailleurs. Sur quoi, sans autre forme de procès, je résolus de quitter ce lieu jusqu'à une autre fois, afin de pouvoir plus tranquillement et à loisir le regarder, et de me préparer à contempler le merveilleux ouvrage de la porte : et descendant ainsi, je sortis du monstre éviscéré, une invention dépassant l'imagination, un travail excessif et une entreprise hardie que d'évider une substance si dure par rapport aux autres pierres, le travail à l'intérieur étant aussi curieux que celui à l'extérieur. Enfin, redescendu tout à fait, je contemplai dans le porphyre disposé le long des côtés ces hiéroglyphes notablement sculptés et gravés.
Premièrement, le crâne cornu d'un bœuf, avec deux outils d'agriculture attachés aux cornes.
Un autel se tenant sur des pieds de chèvre, avec un feu brûlant au-dessus, sur le devant duquel il y avait aussi un œil et un vautour.
Après cela, un bassin et une aiguière.
Un fuseau plein de fil, un vieux vase façonné avec l'ouverture bouchée et attachée fermement.
Une semelle et un œil dans la balle de celle-ci, et deux branches croisées, l'une d'olivier, l'autre de palmier.
Une ancre et une oie.
Une vieille lampe, et une main la tenant.
Une rame de forme ancienne avec une branche d'olivier fructueuse attachée au manche.
Deux grappins ou crochets.
Un dauphin et une arche fermée.
Ces hiéroglyphes étaient excellemment bien taillés de cette manière.
Cette ancienne manière d'écrire, à mon sens, doit être ainsi comprise.
_Ex labore Deo naturae sacrifica liberaliter paulatim reduces animum Deo subiectum. Firmam custodiam vitae tuae, misericorditer gubernando tenebit, incolumemque seruabit._
Laissant de côté ce dispositif et ce travail très excellents, rares, étranges et secrets : retournons encore au cheval prodigieux, dont la tête était maigre et petite, d'une petite proportion et pourtant convenant au corps, qui semblait continuellement fixe, féroce et impatient, la chair de ses muscles tremblant et frémissant, de telle sorte qu'il semblait plutôt vivant qu'une imitation feinte, avec ce mot grec sur son visage +GENEA+. Il y avait aussi d'autres grandes pièces et fragments de divers et variés linéaments parmi les ruines brisées et délabrées, que je ne regardai pas, courant et glissant toujours, le temps ne me donnant la permission de considérer et d'examiner que ces quatre rares merveilles : le porche ou porte, le cheval, le colosse et l'éléphant.
Ô révérends artistes des temps passés, quel dépit a pris le dessus sur votre habileté pour que celle-ci soit enterrée avec vous, et qu'il ne reste rien pour nous à hériter en cet âge.
Enfin, étant arrivé à ce porche ancien, un travail digne d'être regardé, merveilleusement composé selon des règles exquises, et par l'art notablement embelli, avec diverses et variées sortes de tailles, qui enflammèrent en moi le désir de comprendre et de découvrir les linéaments et la pratique de l'architecte. Je commençai de cette manière, en faisant un carré à partir des deux colonnes de chaque côté d'une manière parfaite, dans lequel je pris la juste proportion de tout le porche.
Une figure tétragonale A. B. C. D. divisée par trois lignes droites, et trois transversales également distantes l'une de l'autre, fera seize carrés, puis ajoutez à la figure la moitié en plus dans une proportion semblable, en divisant l'adjonction, vous trouverez vingt-quatre carrés. Cette figure servira de crédence pour faire l'inlepturgie et la brève démonstration qui suit.
Tracez donc dans la première figure A. B. C. D. deux diagonales, faites aussi dans la même deux lignes, et droites vers le bas, et l'autre transversalement, ce qui fait quatre carrés s'intersectant mutuellement.
Puis, dans le vide au-dessus des isopleures, faites quatre points médians, en tirant des lignes de l'un à l'autre, et ils feront le losange.
Quand j'eus tracé cette figure de cette manière, je méditai aussitôt avec moi-même, quelle raison pourrait pousser beaucoup de nos ouvriers de nos jours soit à bien penser d'eux-mêmes, soit à prendre en main l'art de bâtir, sans savoir ce qu'il est ? Faisant de si grossières fautes dans les églises et les maisons des grands, diffamant l'art, et si ignorants, qu'ils semblent ne pas pouvoir considérer ce que la nature elle-même nous enseigne en contemplant ses œuvres.
Et quelle partie que ce soit qui n'est pas d'accord avec son principe est vile et mauvaise. Car enlevez l'ordre et la règle, et quelle chose peut un homme faire, soit belle à l'œil, ou de proportion recommandable et durable : alors il doit nécessairement s'ensuivre que la cause de telles erreurs inopportunes procède de l'ignorance, et a son commencement dans l'illettrisme. Et cela nonobstant, bien que la perfection de cet art ne varie pas et ne tombe pas de sa rectitude, l'architecte discret et habile, pour agrémenter l'objet aux spectateurs, peut légitimement, soit par adjonction, soit par diminution, embellir son travail, en gardant entière la partie solide, avec sa composition universelle.
J'appelle solide ce qui est le corps de la charpente, qui est l'intention principale, l'invention, l'établissement préalable, et la symétrie, ou due proportion du bâtiment sans aucun ajout, justement examiné, et parfaitement composé, ce qui manifestera l'habileté de l'ouvrier, et le même ensuite à orner et embellir, ces adjoints étant une chose facile. Où il faut aussi considérer la due ordonnance et le placement de chaque chose, et ne pas mettre une couronne sur les pieds, mais sur la tête, et ainsi ovaler et denticuler, et autres tailles de diverses sortes dans leurs places séparées et les mieux adaptées, l'invention principale et la disposition dont le repos repose dans l'architecte rare et habile, mais le travail et l'exécution d'icelui aux gens vulgaires et communs, manuels et serviteurs de l'architecte, qui, s'il veut bien faire, ne doit en aucun cas être sujet à l'avarice.
Et outre son habileté, il doit être honnête, non bavard plein de mots, mais courtois, doux, bénin, traitable, patient, joyeux et plaisant, plein de nouvelles inventions, curieux chercheur dans tous les arts, et bien avisé dans sa procédure, de peur qu'avec témérité il ne commette une faute ou une absurdité dans son ouvrage, et ici ceci suffira.
Après que Poliphilus eut fait une large démonstration de la due proportion de la porte, il procède à décrire ses ornements et leur excellence.
Ayant été quelque peu prolixe et ennuyeux dans mon propos précédent, il se peut que cela ait causé quelque offense à ceux qui s'efforcent quotidiennement d'occuper leurs sens dans les discours plaisants de l'amour. Mais il ne sera pas moins désagréable si, avec un peu de patience, ils se retiennent de se rassasier de la douceur fade des plaisirs trompeurs, et essaient le goût d'une nourriture contraire.
Et pour autant que les affections des hommes sont naturellement variables et différentes les unes des autres : à cette occasion, je peux être excusé. Car bien que le pain parfois refusé et retenu au corps affamé puisse causer une opinion dure, quand il est aussitôt offert à lui, la malice est oubliée, et le don très gracieusement reçu.
Maintenant, ayant en quelque sorte parlé du bon usage de l'architecture, et de la voie directe et des moyens par l'ordre et la règle, pour découvrir le dispositif établi, et le corps solide ou fondement de l'ouvrage, avec facilité, cela étant trouvé, l'architecte peut user de diverses divisions en diverses perfections, non dissemblable à un habile musicien, qui ayant conçu sa basse fondamentale en juste mesure, avec des coups pleins, ensuite proportionnera celle-ci en divisions, par des minimes, croches et doubles croches chromatiques et délicieuses, reportant curieusement sur son plain-chant. De même après l'invention, la règle principale et spéciale pour un architecte est une quadrature, celle-ci divisée en petites parties, l'harmonie et le doux consentement du bâtiment se manifestent, et les adjoints convenables, agréables à leur principal.
En tout ce que ce porche était très excellent, tant pour l'invention rare et la merveilleuse composition d'icelui, que pour les ajouts étranges pour embellir le même, de telle sorte, si exquis, si convenablement placé, et si curieusement taillé et gravé, que la plus petite partie d'icelui ne pouvait être accusée d'aucune faute, mais l'ouvrier loué pour la perfection de son habileté.
Premièrement, sur ma main droite en bas, je contemplai un stilipode ou pierre carrée, comme un autel sous les bases des colonnes, qui ayant sur la partie supérieure une corniche convenable et appropriée, et courbée en conséquence, le fond et la partie la plus basse était façonné de la même manière, de sorte que le carré et le stilipode susdit n'était pas plus large que long, mais un quadrangulaire droit. Lequel autel (comme je peux le nommer) sur le côté, travaillé avec des feuilles, évidé dessous avec une gorge, et enveloppé avec la même foliation et travail de feuilles, bordant la face lisse ou table du stilipode d'albâtre blanc brillant, poli et uni, la partie extérieure du quadrangulaire, entourant équilatéralement le même, sur quoi, avec une curiosité merveilleuse, était gravé un homme proche de son âge mûr, d'une physionomie bourrue et basanée, avec une barbe informe, épaisse, et tournant vers son menton, par la rudesse de la peau dure, et la pousse difficile du poil.
Il était assis sur une pierre avec un tablier de peau de chèvre, les parties arrière entourant sa taille, et attachées derrière avec un nœud, et la partie du cou, avec le côté poilu contre lui, pendait entre ses jambes. Devant lui, dans l'interstice de ces mollets gros et tumoraux, il y avait une enclume fixée sur un morceau d'arbre noueux, sur quoi il façonnait une brigandine ou haubergeon de métal brûlant, levant son marteau, et comme s'il frappait sur son ouvrage.
Et là, devant lui, était une femme très noble, ayant deux ailes emplumées fixées sur ses épaules délicates et tendres, tenant son fils, un enfant nu, qui était assis avec ses petites hanches sur les cuisses larges et de belle proportion de la belle déesse sa mère, et jouant avec elle, tandis qu'elle le tenait, et mettant ses pieds sur une pierre, comme si c'était une petite colline, avec une fournaise dans un trou creux, où il y avait un feu brûlant extrêmement chaud.
Cette dame avait ses belles tresses curieusement arrangées sur son front large et haut, et de la même sorte entourant avec abondance sa tête d'une manière si rare et délicate que je m'émerveillais pourquoi les forgerons qui étaient là occupés à leur travail ne cessaient pas de regarder encore un si bel objet. Il y avait aussi tout près, d'un travail d'aussi excellente facture, un chevalier au visage féroce, ayant sur lui une armure de bronze, avec la tête de Méduse sur la cuirasse ou plastron, et tout le reste exquisément travaillé et embelli, avec un baudrier en travers de sa poitrine large et forte, tenant avec son bras musclé une demi-pique, et élevant la pointe d'icelle, et portant sur sa tête un casque haut cresté, l'autre bras ombragé et non vu en raison de la figure précédente : Il y avait aussi un jeune homme en vêtement de soie, derrière le forgeron, que je ne pouvais percevoir que de la poitrine vers le haut, au-dessus de la tête déclinante du forgeron susnommé. Cette histoire répétée, pour le meilleur et plus doux plaisir de l'œil, l'ouvrier l'avait agrémentée de cette sorte. Le fond plat qui était creux et lisse dans chaque découpe d'un membre ou d'un corps, sur la table du stilipode, était comme du corail rouge et brillant, ce qui faisait une telle réflexion sur les corps nus, et leurs membres entre eux, et les entourant, qu'ils semblaient comme une couleur de rose carnation.
Sur le côté gauche de la porte, dans l'autel ou stilipode semblable, sur la table d'icelui, était gravé un jeune homme de physionomie avenante, en qui apparaissait une grande célérité : il était assis sur un siège carré orné d'une manière ancienne de sculpture, ayant sur sa jambe une paire de demi-brodequins, ouverts depuis le mollet de la jambe jusqu'à la cheville, d'où poussait sur chaque cheville une aile, et à qui la déesse susdite, avec une forme céleste, ses seins se touchant ensemble et poussés en rond et fermes sans trembler, avec ses larges flancs conformes au reste de sa proportion susmentionnée, avec une physionomie douce offrait son jeune et tendre fils prêt à être instruit : le jeune homme se penchant courtoisement vers l'enfant, qui se tenait devant lui sur ses jolis petits pieds, recevant de son précepteur trois flèches, qui étaient délivrées de telle sorte qu'on pouvait facilement conjecturer et deviner de quelle manière elles devaient être utilisées : la déesse sa mère tenant le carquois vide et l'arc non tendu, et aux pieds de cet instructeur gisait son caducée vipérin.
Là, je vis aussi un écuyer ou porte-armure et une femme avec un casque sur la tête, portant un trophée ou signe de victoire sur une lance de cette manière. Une ancienne armure de corps suspendue, et sur le sommet d'icelle ou crête, une sphère sur deux ailes, et entre les deux ailes cette note ou dicton : Nihil firmum, Rien de permanent : elle était vêtue d'un vêtement mince emporté par le vent, et ses seins nus.
Les deux piliers droits de porphyre de sept diamètres sur chacun des stilipodes et autels carrés susnommés s'étendaient vers le haut d'une couleur ponce ou fauve, les extérieurs brillant clairement et poliment, chanfreinés et cannelés avec vingt-quatre rabattements ou canaux dans chaque colonne entre les astragales ou cordels.
De ceux-ci, la troisième partie était ronde, et la raison de leur coupe de telle sorte (c'est-à-dire deux parties chanfreinées, et la troisième ronde) était, à ce que je crus, celle-ci : la charpente ou temple était dédiée aux deux sexes, c'est-à-dire à un dieu et à une déesse, ou à la mère et au fils, ou au mari et à la femme, ou au père et à la fille, et ainsi de suite. Et par conséquent, les ouvriers experts et habiles au temps passé, pour le sexe féminin, usaient de plus de chanfreinage et de cannelure et de double variété que pour le masculin, à cause de leur nature glissante et inconstante.
La cause de tant de chanfreinages était de montrer qu'il s'agissait du temple d'une déesse, car le chanfrein met en valeur les plis de la parure féminine, sur lesquels ils plaçaient un chapiteau avec une moulure saillante, semblable à des cheveux tressés et bouclés, et à la coiffure féminine, et parfois au lieu d'un chapiteau, une tête de femme aux cheveux crépus.
Ces colonnes remarquables et belles susmentionnées s'élevaient en longueur sur leurs bases de soutien en airain, avec leurs tores et leurs scoties travaillés d'un feuillage de feuilles de chêne et de glands s'enroulant autour de leurs chapiteaux, reposant sur leurs plinthes subordonnées.
Les chapiteaux, de la même matière que leurs bases, avec la proportion requise, convenable et conforme à l'harmonie de l'œuvre entière. Tels que Callimaque, le maître sculpteur de Calathus, fils de Jupiter, n'en réalisa jamais ni n'en approcha dans le sépulcre érigé de la Vierge corinthienne, embelli par la draperie de la double acanthe.
Les plinthes sur lesquelles les chapiteaux reposaient étaient travaillées avec des ouvrages sinueux et tournants, et au milieu, décorées d'un lys, la coupe ornée de deux rangées de huit feuilles d'acanthe, à la manière romaine et corinthienne, d'où sortaient de petites tiges menues, se rejoignant au milieu de la coupe, faisant apparaître un beau et doux lys composé dans le creux de l'abaque ou plinthe, d'où les tiges tendres se tournaient ensemble, sous le cercle de l'abaque carré, tout comme l'ouvrage qu'Agrippa fit réaliser dans le porche de son merveilleux Panthéon.
Venons-en maintenant au linteau et à la partie la plus basse de la porte, pour l'entrée, qui était d'une grande, large et dure pierre, poudrée de taches de sortes variées, blanches, noires et de couleur argileuse, et diverses autres mélanges : sur celle-ci se dressaient les montants droits et les côtés de la porte, avec un aspect interstitiel, sculptés intérieurement avec autant d'habileté que le reste. Sans aucun signe de gonds ou de charnières, ni en bas ni en haut.
L'arc de cette porte, se courbant comme un demi-cercle, était travaillé curieusement et cintré, et comme lié autour avec des lacis semblables à des perles d'airain, certaines rondes, et d'autres ressemblant à des baies d'églantier d'une couleur rougeâtre, pendantes à l'ancienne mode, et pliées et tournées parmi les tiges tendres.
Le rapprochement et le renforcement de cet hémicycle ou arc, digne d'admiration, d'un dessein rare et subtil, et d'une politure exquise, s'objectait et se présentait ainsi à ma vue.
J'y contemplai, dans une pierre dure et très noire, un aigle déployé, dépassant la taille d'un aigle naturel, qui avait amoureusement saisi et pris dans sa patte un doux bambin dans ses langes, le tenant délicatement, soigneusement et doucement, de peur que ses serres fortes, acérées et crochues, ne percassent par quelque moyen la peau tendre du jeune enfant.
Ses pieds étaient fixés autour de la poitrine saillante de l'enfant, qu'il avait dénudé du nombril vers le haut et vers le bas, de sorte que les hanches nues pouvaient être vues entre les cuisses emplumées de l'aigle. Ce petit enfant et très beau bambin (digne et convenable pour celui pour qui il fut saisi) montrait par son visage comme s'il avait été effrayé de sa fortune.
Et ainsi couché dans la patte de l'aigle, il étendait ses deux bras au large, et de ses petites mains grasses saisissait fermement les os remigiaux des ailes de l'aigle déployées, comme susmentionné. Et serrant ses jolies jambes gonflées et ses pieds autour de sa traîne déployée et étendue, qui reposait derrière la montée de l'arc.
Cet enfant était taillé dans la veine blanche de l'agate ou de l'onyx, et l'aigle dans l'autre veine de la même pierre appelée sardoine, qui est de couleur noire, par certains appelée cornaline, se joignant toutes deux dans une seule et même pierre. Devant quoi je restai songeur, louant en moi-même l'invention ingénieuse et appropriée de l'artiste, dans l'usage d'une telle pierre, qui par sa nature offrait des couleurs contraires à des proportions contraires, et de telle sorte que par le soulèvement de son petit plumage au-dessus de sa cire, son bec à demi ouvert, et sa langue apparaissant au milieu de celui-ci, comme s'il avait été résolument intentionné et avidement porté à se gorger de lui.
L'hémicycle ou arc s'élevant en rond depuis la partie supérieure du montant droit de l'entrée, selon son épaisseur, était disposé en losanges ou carrés, dans lesquels étaient sculptées des roses, leurs feuilles et leurs branches pendant dans un ordre curieux et délicieux à contempler, au-dessus de l'entrée de la porte.
Dans les deux triangles occasionnés par l'arc, il y avait deux belles nymphes de proportions et de formes excellentes, leurs vêtements qui couvraient leurs corps de vierges, laissant place à leurs jambes, seins et bras pour être nus, leurs cheveux lâchés et flottants, et vers le renfort et le nouage de l'arc au-dessus, elles tenaient un trophée victorieux.
Le fond de ce triangle était de pierre noire, pour mieux montrer la perfection et la vérité des métaux dans les trophées, et les beaux corps des délicates vierges.
Au-dessus de ces parties mentionnées, se trouvait le zophore, au milieu duquel je contemplai une table d'or, où se trouvait cet épigramme en lettres capitales grecques d'argent. Rapportant en cette sorte.
THEOIS APHRODITIKAI TO: O: EROTI DIONISOS YKAI DE: ME:TRA EK TO:N IDIO:N MYTRI SUMPATHESTATE:
Diis veneri filio amori, Bacchus, & Ceres de propriis, S. substantiis matri pientissimae.
Les deux côtés de cette table étaient retenus et soutenus par deux bambins ou esprits ailés aux formes parfaites et vives, comme s'ils avaient été des corps célestes, sur un fond de jaspe ou de saphirs bleus pour rehausser les métaux et l'imagerie.
Sur la face du zophore, s'étendant et s'allongeant au-dessus des colonnes de pierre de porphyre, étaient gravées certaines dépouilles ou cuirasses, gorgerins de mailles, avant-bras, gantelets, boucliers, cibles, casques, masses, haches d'armes, éperons, carquois, flèches, dards, lances brisées, coutelas et autres instruments de guerre anciens. Aussi bien aériens et marins, que pour le champ de bataille, singulièrement bien sculptés, et manifestant au spectateur à la fois victoires, force et triomphes, après une mortelle effusion de sang.
Sur ce, en ordre, se dressait la corniche, travaillée avec des linéaments tels qu'ils concouraient décemment et répondaient à l'excellence du reste de l'ouvrage : car autrement, comme dans le corps d'un homme une qualité étant contraire à une autre, la maladie s'ensuit, les humeurs s'opprimant l'une l'autre en abondance : ainsi dans la construction, si les accessoires sont inaptement disposés et indécemment distribués, il en résultera une vile difformité.
Car une ossature et un bâtiment deviennent faibles et inesthétiques là où l'on ne peut trouver une douce harmonie et un ordre et concent commodulés.
Ce que beaucoup d'idiots modernes confondent, étant ignorants de la distribution locale. Car un maître artisan habile montrera dans son œuvre une allusion ou ressemblance à une forme et proportion humaine, magnifiquement ornée de vêtements.
Au-dessus de la corniche, par une gradation inversée, il y avait quatre quadratures ou tables carrées, deux juste au-dessus des colonnes chanfreinées et piliers cannelés, et deux à l'intérieur de celles-ci. Dans une autre division, entre lesdites deux tables contrastées et intérieures, se tenait une nymphe dans son anaglyphe, très rare et excellente, d'orichalque ou laiton jaune, tenant dans chaque main une torche, l'une renversée et tournée vers le bas, étant éteinte et mise dehors, et l'autre brûlant vers le soleil. La torche brûlante dans sa main droite, et l'éteinte dans sa gauche.
Dans la quadrature sur le côté droit, je contemplai la jalouse Clymène, avec ses cheveux transformés en une herbe appelée capillaire de Vénus, ou herbe des dames, et Phoebus dans une cruelle indignation et courroux, elle le poursuivant en pleurant, de qui il s'enfuyait hâtant en avant ses chevaux rapides, comme quelqu'un qui fuit son mortel et fatal ennemi.
Sur la table au-dessus des colonnes du côté gauche, dans une sculpture curieuse et rare, inhabituelle, il y avait la ressemblance historiée du triste et toujours pleurant Cyparissus, tenant ses mains et ses bras vers le soleil, et faisant sa plainte à Apollon pour la biche blessée.
Dans la troisième table, à côté de la dernière mentionnée, dans un ouvrage conforme au précédent, je contemplai Leucothoé, méchamment tuée par son propre père, changeant et transformant sa belle chair jeune et tendre en écorce lisse, feuilles tremblantes et rameaux pliants.
Dans la quatrième table était représentée la mécontente et déplaisante Daphné, aux désirs brûlants du Delius aux cheveux bouclés, rendant peu à peu son corps de vierge immaculé, vers les cieux brûlants, étant métamorphosée très pitoyablement en un laurier vert.
Maintenant, successivement en ordre au-dessus des tables et quadratures susmentionnées dans le zophore, où ces histoires étaient représentées en formes, il était étendu et posé au-dessus une corniche denticulée et ovalée avec des stralets intercalés, entre les jets des ovales, et le travail en feuilles et les imbrices avec le reste qui appartient à la mise en valeur de la même (au-delà de mon habileté à rapporter) sans aucune faute ou défaut : et enfin, la cimaise était ornée çà et là de feuilles d'acanthe.
Et pour revenir à la vue de l'ensemble de la structure, dans la disposition de celle-ci comme susmentionné, les corniches par une ligne perpendiculaire étaient correspondantes et en accord avec la retombée de l'ensemble de l'œuvre, la stillicide ou périmètre, ou partie extérieure de la corniche la plus haute exceptée.
Il reste à montrer et à parler de la table ou partie intérieure du trigone : à l'intérieur duquel, selon ce que les extrémités de ce même triangle permettaient, était présentée à ma vue une couronne ou guirlande de diverses feuilles, fruits et tiges, pliées et enveloppées ensemble d'une pierre verte, nouée en quatre parties, les liens de ces mêmes tiges tenus par deux sirènes, les parties supérieures de celles-ci d'une forme humaine, et celle sous le nombril comme un poisson, leur main une en haut et l'autre en bas sur la guirlande, leurs queues écailleuses s'étendant aux coins les plus bas du triangle, sur le sommet de la corniche ayant à leurs parties extrêmes leurs ailes ou nageoires de poisson. Leurs visages comme des vierges, leurs tresses de cheveux, en partie bouclées sur leurs fronts, certaines tournées autour de leurs têtes et enroulées, certaines pendant sur leurs tempes, et se crispant et s'annelant près de leurs oreilles. D'entre leurs épaules poussaient leurs ailes comme des harpies, s'étendant vers le bas et se prolongeant jusqu'au pliage et aux tours de leurs queues, sur leurs flancs monstrueux poussaient leurs nageoires pour nager, leur commencement, leur substance poissonneuse et écailleuse, et de là continuant leurs parties inférieures vers le bas.
À l'intérieur de ladite guirlande, je contemplai une chèvre laitière rugueuse, qu'un petit enfant tétait, assis sous son flanc sur ses jeunes jambes charnues, l'une étendue, et l'autre rétractée et ployée sous lui. Avec ses petits bras se tenant par les mèches poilues et rudes, son visage et ses yeux sur la mamelle grosse et pleine, tétant ainsi. Et une certaine nymphe, comme si elle prononçait des paroles, et donnait des voix de contentement à la chèvre, se penchant vers le bas avec la main gauche, soulevait l'un des pieds, et avec la main droite mettait la mamelle aux baisers claquants du nourrisson, et sous elle se trouvaient ces lettres, Amalthée.
Une autre nymphe se tenait contre la tête de la chèvre, avec un bras entourant soigneusement le cou, et avec l'autre elle la tenait par la corne.
Au milieu se tenait la troisième nymphe avec des feuilles de branches vertes dans une main, et dans l'autre une coupe à boire à l'ancienne mode, plus longue que large, comme un bateau par une petite anse. Sous ses pieds était écrit, Mélissa.
Entre l'une et l'autre des trois nymphes susmentionnées, il y avait deux autres ayant des cymbales dans leurs mains, comme si elles jouaient et dansaient, chacune habillée selon la perfection de leurs beautés, avec une exécution artificielle de travail dans les proportions entreprises, qu'elles semblaient plutôt les substances elles-mêmes qu'une lithoglyphie ou imagerie, soit par Polyclète, Phidias ou Lysippe, et les anaglyphes pour Artémise, reine de Carie, Scaphas, Bryaxis, Timothée, Léocares et Théon, n'approchaient en rien, car le travail d'ici semblait exceller la ruse de tout lapicide, sculpteur, graveur ou tailleur humain quel qu'il fût.
Au-dessus de ce triangle susmentionné, et sous la corniche supérieure dans une plaine lisse, se trouvaient ces deux mots attiques en lettres capitales, DIOS AIGIOCHION.
Ce porche et cette porte conspicue, très digne d'être contemplée, se tenaient ainsi d'une composition merveilleuse, excellemment disposée. Si je n'avais pas expliqué la commodulation et l'harmonie de ceci particulièrement, j'aurais pu être blâmé pour ma prolixité et ma lassitude, et pour le manque de mots appropriés dans la description. Et ainsi pour cette fois, de ceci, tant.
Il doit nécessairement s'ensuivre que tout le reste de la cour susmentionnée de chaque côté était beau à voir, et d'un travail majestueux par ce qui restait encore debout : comme dans la partie intérieure les nefs et les colonnes portant et supportant un poids incommensurable et monstrueux, et les corinthiens d'une moindre sorte, une œuvre divine et inconnue abondant en variété de perfections comme la proportion le requérait et la nécessité le désirait pour supporter le fardeau qui était posé sur eux. Leur ornementation et décoration avec des travaux et des desseins imitant l'habillement des corps princiers doués comme d'une raison artificielle. Car comme pour un corps large, gros et corpulent, des jambes fortes et des pieds larges sont nécessaires pour supporter et porter le même : ainsi dans un bâtiment modulé et bien composé, pour soutenir de grands poids, des nefs sont nommées, et pour la beauté, des colonnes, des corinthiens, et des ioniques minces sont posés sur eux. Et toute cette œuvre, même de telle sorte qu'il était requis pour l'harmonie de celle-ci, ainsi se tenait-elle dans une excellence approuvée.
Avec une diversité de couleurs, doucement mises, et aptement disposées, le reflet de l'une embellissant l'autre, et toutes ensemble faisant un gracieux objet. De porphyre, ophite, numidien, albâtre, pyropécile, vert lacédémonien, et marbre blanc, diversement veinés, et d'andracine avec des taches blanches, et beaucoup d'autres de sortes étranges et diverses commixtions.
Je trouvai une forme rare de base, en façon semblable à un coussin, sur la plinthe duquel se tenaient deux trochiles ou torules, avec une interposition d'hypotracheliums ou fûts, et astragales, avec un tore suprême.
Divers endroits étaient cachés et couverts de lierre sinueux, feutré et étendu, plein de baies noires, et de feuilles vertes et douces, croissant çà et là, et empêchant l'objet intérieur de l'œuvre ancienne, avec d'autres mauvaises herbes murales et de mur venant des fentes et des crevasses, comme la campanule, le nombril de Vénus, et l'érogénète, par certains appelée amour, à qui il est reconnaissant, se buissonnant à nouveau vers le sol, dans d'autres failles croissaient la piloselle, le polypode, l'adiantum ou capillaire, le cithracus dentelé et bouclé, la lunaire mineure nouée, le sedum, le polytricon, ou boucles dorées et semblables, qui ont l'habitude de croître dans les bâtiments délabrés, et les vieux murs de pierre, de sorte que beaucoup de pièces dignes étaient investies et cachées de moi, avec de telles mauvaises herbes et olives vertes, les garnisseurs de ruines.
Il y avait en divers endroits des chutes énormes et inestimables de beaucoup de colonnes ou plutôt des piles confuses de pierres brisées, et des culpines informes montant de la terre.
Parmi ces pièces tombées, je pouvais voir les restes de diverses formes d'hommes de sortes variées, beaucoup nus, d'autres ayant leurs membres couverts d'induments pliés et plissés, collant fermement à leurs proportions nues. Certains se tenant sur le pied gauche, d'autres sur le droit dans une sorte droite, avec leurs têtes perpendiculairement, au centre entre leurs talons, et certains regardant de côté en hauteur, quatre coudées de six pieds.
D'autres se tenant sur les deux pieds, quelque peu distants l'un de l'autre, et chacun dans une majesté assis sur leurs trônes, et le reste avec une grâce rare et modeste dans leurs sièges les plus plaisants et désignés.
Là aussi je contemplai d'innombrables trophées, dépouilles d'armures, et ornements infinis, avec les têtes de bœufs et de chevaux de taille convenable, et autour de leurs cornes une partie de leurs guirlandes de feuilles, fruits, brindilles, branches et fleurs, et certaines autour d'une partie de leurs corps, avec des petits enfants chevauchant dessus et jouant, dans une sorte si parfaite et ordre souhaité, que le plus habile maître ouvrier plein de variété, travail, étude et industrie, pouvait concevoir et réaliser. Avec quel soin et quelle peine son habileté débordante se manifestait clairement, et avec quel plaisir l'effet de son dessein ne l'obscurcissait en rien.
Et avec une telle eurythmie ou proportionnement apte des membres, il montra la subtilité de l'art du lapicide, comme si les substances n'avaient pas été du marbre le plus dur, mais de la craie douce ou de l'argile de potier, et avec quelle conjonction les pierres étaient couchées, et par quelle artillerie, règle et mesure elles étaient composées et posées, c'était merveilleux à imaginer.
C'était le véritable art énucléant et découvrant l'ignorance dans laquelle nous travaillons, notre détestable présomption, et les erreurs publiquement condamnées.
C'est cette lumière claire et parfaite, qui doucement et avec nos volontés non contraintes attire nos yeux à la vue basse pour contempler et voir le même. Car personne (à moins que ce ne soit celui qui, par dessein arrêté, refuse de le voir) sans que ses yeux ne s'éblouissent d'un désir continuel de le voir.
C'est ce qui accuse l'horrible convoitise, le dévorateur et consommateur de toute vertu, un ver toujours mordant et éternellement avide dans le cœur de celui qui est captivé et sujet à la même, l'obstacle maudit et empêchement aux esprits bien disposés, l'ennemi mortel de la bonne architecture, et l'idole exécrable de ce monde présent, si indignement adoré, et damnablement vénéré. Toi, poison mortel pour celui qui est infecté par toi, quels somptueux ouvrages sont renversés, et par toi interdits.
Avec cela, étant ravi et emporté par un délice et un plaisir indicibles dans la considération de ce rare et ancien monument vénérable d'une telle grâce et admiration, que je ne savais vers quelle partie me tourner d'abord, çà et là regardant volontiers autour, et émerveillé devant cela, parcourant considérablement ce que les histoires gravées me présentaient, comme je me déplaçais de lieu en lieu, avec un délice inconnu, et un plaisir inracontable de voir le même, béant devant eux avec la bouche ouverte, m'oubliant moi-même comme un jeune enfant, ne satisfaisant jamais mes yeux avides et mon désir insatiable de regarder et de regarder par-dessus la perfection exquise de l'ouvrage ancien, j'étais dépouillé et volé de toutes pensées quelles qu'elles soient, le souvenir de ma désirée Polia, souvent survenant, excepté seulement. Mais avec un soupir extrême et profondément ancré, laissons-la un peu, et retournons encore à notre propos continu.
C'eût été sans aucun doute une chose grande et louable que de décrire véritablement, et point par point, de consigner l'œuvre incroyable et la composition inimaginable d'un cadre si vaste, d'une telle énormité, d'un si grand édifice avec l'excellence de son entrée, située dans un lieu remarquable et plaisant, où mon plaisir à les contempler dépassait la grandeur de mon admiration, engendrant en moi une telle idée que je me persuadai que Jupiter n'oserait entreprendre pareille chose devant le reste des dieux, croyant certainement qu'aucun ouvrier, ni aucun esprit humain, ne pourrait concevoir un cadre si immense, exprimer des idées si notables, ou imaginer et inventer des dispositifs si rares et les garnir si somptueusement, les disposer dans un ordre et une symétrie si singuliers, et, sans ajout ni correction, les achever parfaitement. Une fierté rare et insolente dans un bâtiment. À cette occasion, je doutai quelque peu, et non sans raison, que si l'historiographe naturel avait vu ou entendu parler de ceci, il aurait méprisé celui d'Égypte, ainsi que l'habileté et l'industrie de son exécution, car ici, les divers ouvrages accomplis par de nombreux ouvriers semblaient, dans la perfection de leurs justes proportions, avoir été réalisés par un seul homme.
Il aurait tout aussi légèrement considéré l'habileté ingénieuse de Satirus l'architecte et d'autres de renom, surtout Simandrus, pour l'œuvre de Memnon, qui tailla les trois statues de Jupiter dans une seule pierre, dont les pieds mesuraient plus de sept coudées de long.
À cela, la représentation de la magnanime Sémiramis sculptée dans la montagne Bagistanus doit céder la place.
Et omettant de parler de l'insolente grandeur des Pyramides de Memphis, ces auteurs se seraient longuement étendus sur cette description. Et laissant sans mention les célèbres théâtres, amphithéâtres, bains, bâtiments sacrés et profanes, aqueducs et colosses, et celui d'Apollon transporté par Lioculus. Ou le temple dédié à Jupiter par Claude César. Ou celui de Lysippe à Tarente, ou la merveille de Carélindius à Rhodes, et de Xénodore en France et à Rome. Et le colosse de Sérapis, long de neuf coudées, fait de smaragde ou d'émeraudes, ou le célèbre Labyrinthe d'Égypte. Ou la représentation d'Hercule à Tyr.
Ils auraient accommodé leurs styles aimables à la louange de ce qui, comme dit plus haut, est le plus excellent de tout, bien que l'Obélisque de Jupiter, composé de quatre tronçons, haut de quarante coudées, large de quatre coudées et épais de deux coudées, dans son délubre à l'intérieur du temple, se manifeste comme un merveilleux miracle.
Insatiable, jetant ainsi mes yeux, et tournant mon visage tantôt par-ci, tantôt par-là, vers ce cadre immense et puissant, je pensai en moi-même : si les fragments et les restes d'une antiquité si sacrée, et si la poussière d'un tel monument délabré peuvent engendrer une stupeur dans l'admiration de celui-ci, et causer un si grand délice à le contempler, qu'en aurait-il été dans sa plus grande splendeur ?
Après ce discours, la raison me persuada de supposer qu'à l'intérieur pouvait se trouver l'Autel de Vénus pour ses sacrifices mystiques et ses flammes sacrées, ou la représentation de sa divinité, ou l'Aphrodisie d'elle-même et de son petit Archer, et donc, avec une dévote révérence, mon pied droit étant posé sur le seuil sacré de la porte, une Horix blanche vint vers moi en volant.
Mais je pénétrai soudain, sans autre considération ni prévoyance curieuse, là où l'entrée spacieuse et lumineuse m'en donnait la permission, m'offrant de telles vues qui méritent et sont dignes d'une mémoire éternelle, sur les côtés tapissés de marbre lisse et poli, dans la partie centrale duquel était enchâssée une table ronde, enclavée et entourée d'une pierre verte très précieuse et associée en conséquence avec un travail curieux. Et à l'opposé, une pierre très noire, dédaignant et méprisant la dureté du fer, claire et brillante comme un miroir. Par ce moyen, en passant par là (sans m'en apercevoir), je pris peur de ma propre ombre ; néanmoins, je fus aussitôt réconforté par un plaisir inattendu, car le lieu qui avait causé mon inquiétude m'offrait maintenant le fondement de toutes les sciences, historié dans une peinture visible, manifeste et experte.
Et des deux côtés, sous ces mêmes tables belles et très nobles, étaient placés tout le long des sièges de pierre. Le pavé, net et exempt de poussière, était fait d'Ostracus.
Et de la même manière, le plafond coloré était pur et dépourvu d'araignées et de toiles d'araignées, en raison de l'air frais continuel entrant et sortant.
Le revêtement des murs, comme dit précédemment, montait jusqu'à la courbure de l'Arche, depuis les chapiteaux qui reposaient sur leurs antes strictes et droites jusqu'à l'extrémité de l'entrée, ce qui représentait, à mon jugement de perspective, douze pas.
Depuis cette ligature parfaite et ces joints scellés, le toit de l'entrée, sur toute sa longueur, marchait avec une courbure hémicirculaire, répondant aux antes et aux côtés droits du porche décrit ci-dessus, plein de variétés et de représentations exquises, rarement gravées, et de petits monstres marins, comme dans l'eau elle-même, dans leurs plemmyrules bien disposées, mi-hommes et mi-femmes, avec leurs queues de poisson : certains s'embrassant les uns les autres avec un consentement mutuel, certains jouant de la flûte, et d'autres d'autres instruments fantastiques.
Certains assis dans des chars aux formes étranges, et tirés par des dauphins rapides, couronnés et ornés de nénuphars, assortis au mobilier des sièges garnis : certains avec divers plats et vaisseaux remplis de nombreuses sortes de fruits. D'autres avec des cornes d'abondance, certains accouplés ensemble avec des liens, et d'autres luttant comme ils le faisaient, chevauchant des hippopotames et d'autres bêtes diverses et étranges, avec une défense chilonéale.
Certains disposés à la luxure, d'autres à la variété des jeux et des festins, avec des efforts vivants et des mouvements rapides, très singulièrement bien mis en valeur, et remplissant tout le soffite arqué susmentionné.
Le long de la courbe montante de l'entrée, je contemplai un ouvrage singulier de représentations diverses et de contrefaçons, dans une excellente tessellature, brillant comme de l'or, et de diverses autres couleurs, avec une bordure large de deux pieds, entourant la couverture tournante du toit, en dessous et au-dessus, et les séparant de l'ouvrage, sur les côtés plats, de couleurs si parfaites et fraîches comme si elles avaient été nouvellement posées, avec un travail de feuillage naturel d'un vert émeraude, sur un fond ponce ou fauve, avec des fleurs de géantes et de phénix adultérées avec des nœuds et des entrelacs curieux, et dans l'espace contenu des côtés susmentionnés, je vis cette histoire ancienne peinte.
Europe, une jeune dame, nageant vers la Crète sur un taureau prestigieux. Et l'édit du roi Agénor à ses fils Cadmus, Phénix et Cilix, pour retrouver leur sœur déflorée, ce qu'ils ne purent faire, mais après avoir vaillamment tué le féroce dragon écailleux qui gardait la belle fontaine, et consulté Apollon, ils décidèrent avec leurs partisans, et convinrent de bâtir une cité, là où la génisse mugissante l'indiquerait, sur quoi ce pays, jusqu'à ce jour, porte le nom du mugissement d'une vache, Europe. Cadmus bâtit Athènes. L'autre frère, la Phénicie. Le troisième, la Cilicie.
Cet ouvrage et cette peinture mosaïque étaient placés en ordre, comme le début et la fin de l'histoire l'exigeaient, avec des fictions dans leurs couleurs naturelles, leurs actions et leurs degrés étroitement exprimés.
Sur le côté opposé, je contemplai de la même manière la lascive et lubrique Pasiphaé brûlant d'un désir infâme, couchée dans une machine ou un cadre de bois, et le taureau sautant sur ce qu'il ne connaissait pas.
Après cela, le monstrueux Minotaure avec sa forme hideuse fermé et enfermé dans le labyrinthe complexe. Et après cela, l'emprisonné Dédale, fabriquant artificiellement des ailes pour lui-même et son jeune fils Icare, qui, malheureusement, n'observant pas la règle de son père, tomba tête la première dans la mer profonde, laissant à ces mêmes mers son nom après sa noyade. Et son discret père, étant sauf selon son vœu, suspendant ses ailes dans le temple d'Apollon.
Sur quoi je restai la bouche ouverte, regardant attentivement avec mes yeux, et ravi dans mon esprit par la beauté de l'histoire, si bien disposée, si parfaitement ordonnée, si artificiellement peinte et curieusement exprimée, entière et saine, sans aucun signe de décomposition, la force de la substance glutineuse qui joignait et tenait la tessellature ou les carreaux ensemble était telle et si parfaite. Car l'ouvrier y avait pris grand soin et montré une habileté rare.
Et ainsi, pas à pas, j'avançai hardiment, examinant et contemplant quelle direction et quel art de peinture il avait observés avec une distribution au pinceau pour créer des proportions entières sur un plan lisse et plat. Certaines lignes semblant proches de mon objet, et d'autres semblant, comme si elles avaient été de loin, difficilement discernables, et pourtant les deux d'une même proximité. Et cette même chose, qui était difficile à voir, s'offrant de plus en plus au jugement de l'œil, avec une parergie exquise et des ombres, des eaux, des fontaines, des montagnes, des collines, des bois et des bêtes, dans leurs couleurs naturelles, et distants les uns des autres, avec une lumière opposée. Et pour les vêtements, les plis et les replis si habilement perfectionnés et ombragés que, tout autant dans cela que dans le reste, l'art semblait envier la nature elle-même, et ce n'était pas peu, ce dont je m'émerveillais grandement.
De cette manière, je parvins à l'extrémité, là où les belles histoires se terminaient, et au-delà, plus à l'intérieur, l'obscurité était telle que je n'osai entrer, et en revenant, j'entendis parmi les ruines un bruit continu comme le craquement d'os ou leur cliquetis, ce pourquoi je m'arrêtai, oubliant mon plaisir préconçu, en étant interrompu par la douceur des objets. Enfin, je pus entendre un bruissement comme si un bœuf mort avait été traîné sur le sol, le bruit s'approchant encore et venant de plus en plus près du porche par lequel je devais sortir, où j'entendis un grand sifflement d'un énorme serpent : la peur soudaine dans laquelle j'étais me fit oublier de crier à l'aide, et je ne voyais pas comment m'échapper, sinon en courant dans l'obscurité et l'immensité obscure dans laquelle j'avais eu peur d'entrer auparavant.
Ô malheureux misérable opprimé par une fortune adverse et triste, je vis à l'entrée de la porte venant vers moi, non pas un lion blessé se blottissant devant Androdus, mais un dragon effrayant et horrible secouant sa langue trisulque et divisée en trois contre moi, grinçant des dents, et faisant un bruit strident ou criard, sa peau squameuse et écailleuse traînant sur le pavé fleuri, battant ses ailes sur son dos ridé, avec une longue queue se pliant et se tortillant comme une anguille et ne se reposant jamais. Ah moi, la vue était suffisante pour avoir effrayé Mars lui-même dans l'assurance d'une armure guerrière, ou pour avoir fait trembler le fort et puissant Hercule, malgré sa massue. Et pour rappeler Thésée de son entreprise commencée et de son audacieuse tentative, et pour terrifier le géant Typhon, et pour faire trembler et ployer le cœur le plus fier et le plus robuste. Je souhaitai avoir la rapidité d'Atalante, étant jeune et sans armes, nullement capable d'affronter une telle force empoisonnée, et percevant son souffle noir et infect fumer hors de sa bouche. Étant sans espoir de lui échapper, je criai pieusement pour une aide divine. Et tournant soudainement le dos, aussi vite que je pouvais courir, je transportai mon corps craintif, avec l'aide de mes pieds rapides, dans la partie intérieure des lieux sombres, pénétrant à travers divers tourments tortueux, passages ambigus et voies inconnues.
De sorte que je pensai être dans le cadre inextricable du prudent Dédale, ou de Porsenna, si plein de chemins et de détours sinueux, l'un entrant dans l'autre, pour tromper l'intention de celui qui sort, ou dans l'antre spacieux de l'horrible Cyclope, ou la grotte creuse du voleur Carus. De telle sorte que, bien que mes yeux fussent quelque peu habitués à l'obscurité, je ne pouvais voir absolument rien. Mais j'étais heureux d'étendre mes bras devant mon visage, tâtonnant autour de moi (comme quelqu'un qui jouait à colin-maillard) de peur de heurter mon visage contre quelques piliers, et sentant avec mes pieds doucement avant de reposer dessus, de peur de tomber dans quelque voûte sous ces puissantes pyramides.
Et regardant en arrière, si ce dragon effrayant me suivait encore ou non, la lumière avait complètement disparu. Et moi restant dans un lieu sombre, plein de divers détours et passages transversaux, dans une terreur plus grande et une lourdeur d'esprit plus mortelle que Mercure. Se faisant Ibis et Apollon, Threicia, Diane, dans le petit oiseau Cholomène. Et Pan sous deux formes. Moi et plus effrayé que ne le furent jamais Œdipe, Cyrus, Crésus et Persée. Et plus tremblant que le voleur Thracilius dans sa peau d'ours. En douleur plus abondante que le pauvre Pscyphes. Et dans des dangers plus pénibles que Lucius Apulée, quand il entendit les voleurs consulter pour lui fracasser la tête et le tuer.
Oppressé et chargé de toutes ces frayeurs et terreurs susnommées, je commençai à imaginer que le dragon volait autour de ma tête, et avec le bruit de ses dents stridentes et de ses griffes déchirantes, de m'attraper avec ses mâchoires dévorantes : mon cœur me donnant à comprendre que le loup carnivore dont j'avais rêvé était un présage de cette fin redoutée. Et ainsi courant de haut en bas comme une petite fourmi pauvre, quand la perdrix gratte sur leurs tertres et les ramasse. Avec mes oreilles attentives et aux aguets, écoutant si le monstre horrible avec son poison visqueux et immonde et son odeur puante s'approchait de moi. Et craignant tout ce qui me passait par la tête.
Me trouvant sans armes, dépourvu de toute aide, dans ce danger mortel et cette misérable perplexité, bien que la mort soit naturellement amère et haïe, néanmoins à ce moment-là, je l'estimai avec grâce, ce que je pensai pouvoir souffrir volontiers, mais cette volonté était insuffisante : l'espoir regardant toujours, et me persuadant d'une vie incertaine, effrayante et inquiète.
Hélas, comme mon âme et mon corps étaient peu désireux de se quitter l'un l'autre, le chagrin de cela me rendait réticent à divertir un ennemi aussi cruel que la mort : sur quoi, reprenant bon courage, je pensai ainsi.
La grandeur de mon amour si doucement enflammé doit-elle maintenant dépérir, frustrée de tout effet, car si à présent j'avais seulement été gratifié d'une vue de cela, j'aurais pu être d'autant plus satisfait.
Mais aussitôt, retournant à l'impression intérieure de mon objet le plus doux, demeurant toujours dans le secret de mon cœur, je tombai en larmes sanglotantes, pour la perte de deux joyaux si dignes. C'était Polia et ma précieuse vie. L'appelant continuellement avec de profonds soupirs et des sanglots sanglotants, résonnant dans l'air épais, encloîtré sous les immenses arches et la couverture sombre et secrète, me disant ainsi à moi-même.
Si je meurs ici si misérablement, tristement et inconfortablement, tout seul, qui sera un digne successeur d'un joyau si précieux ? Et qui sera le possesseur d'un tel trésor d'une valeur si inestimable ? Et quel beau ciel montrera une lumière si claire ? Ô très misérable Poliphile, où vas-tu, infortuné ? Où hât-tu tes pas ? Espères-tu jamais contempler de nouveau quelque bien désiré ? Regarde, toutes tes gracieuses idées et tes plaisirs élevés construits dans tes pensées appréhensives, à travers la douceur de l'amour, sont mortellement secoués, et abruptement précipités et jetés à bas ? Regarde comment tes hautes cogitations amoureuses sont secouées en pièces et annihilées. Ah moi, quel sort injurieux et quelles constellations malveillantes t'ont si pernicieusement conduit, et trompeusement attiré dans cette misérable obscurité obscure ? Et maintenant t'ont conduit par dépit dans un tas de peurs mortelles, et noyé dans une mer profonde de chagrins indicibles. À la dévoration impitoyable et à l'engloutissement soudain d'un monstre si immonde, et à être pourri et digéré dans les entrailles puantes d'une bête si hideuse, et à être jeté dans un lieu si vil. Ô mort lamentable et inaccoutumée. Ô misérable fin de ma vie désirée. Où sont mes yeux ? Que sont-ils stériles ? Leur humeur est-elle partie ? N'y a-t-il plus de larmes à faire couler sur mes joues baignées de larmes ? Eh bien alors, je perçois que la mort est à mes trousses, qui a jamais vu un tel changement de fortune ? Regarde la mort malheureuse et capricieuse, et la dernière heure, et la minute maudite de celle-ci à portée de main, dans cette ombre sombre, où mon corps et ma chair sont désignés pour être une nourriture pour une bête si hideuse. Quelle furie ? quelle cruauté ? quelle misère plus monstrueuse une créature mortelle peut-elle souffrir ? Que la douce et plaisante lumière soit ravie à ceux qui sont en vie, et la terre refusée à ceux qui sont morts. Quelle calamité de pourceau, et quel accident déformé, si gravement et inopportunément abandonneront de moi ma très désirée et florissante Polia, adieu le miroir de toute vertu, et vraie perfection de beauté, adieu.
Et ainsi, outre mesure ballotté et culbuté dans de si grandes afflictions, mon âme même était vexée en moi, luttant pour être mise en liberté de mon infortuné et faible corps, passant de haut en bas, je ne savais où. Mes jambes faibles, fragiles et chancelantes sous moi, mes esprits languissants, et mes sens en quelque sorte partis de moi. Sauf que j'appelai dévotement le Dieu omnipotent d'avoir pitié de moi, et qu'un bon Ange puisse être désigné pour me conduire hors d'ici. Et avec cela, voici que je découvris une petite lumière. Vers laquelle, avec quel empressement je me hâtai, que chacun juge ce qu'il ferait dans une telle perplexité.
Je vis une lampe éternelle, brûlant devant un autel qui était haut de cinq pieds et large de dix, avec les images d'or se tenant dessus, que je ne pouvais pas très parfaitement contempler, malgré la lampe brûlante, l'épaisseur de l'air était telle et si grande ennemie à la lumière.
Et toujours avec des oreilles attentives, j'écoutai diligemment, n'étant pas encore débarrassé de la peur, et je vis quelque chose, les images ternes et les larges fondations, et les voûtes effrayantes, et les contreforts ou soutiens et forces souterraines, ici et là distribués en des lieux infinis, et beaucoup de piliers énormes et puissants, certains carrés, certains hexagonaux, certains octogonaux, aptement placés dessous et proportionnés pour soutenir la vaste grandeur des lourdes pyramides.
Là, ayant peu de plaisir à faire un long séjour, j'eus l'intention de prendre un chemin inconnu plus avant, dans lequel cours entrepris, j'aperçus une lumière que j'avais souhaitée depuis si longtemps, venant par un petit guichet aussi petit que je pouvais voir.
Oh avec quelle joie, et avec quel cœur joyeux, je la contemplai, et avec quelle allégresse je hâtai mes pas vers elle. Peut-être plus vite que Canistius ou Philonides, ma joie débridée et mon désir extrême de m'en approcher étaient tels, que je révoquai et ramenai encore le divorce de ma vie mécontente et ennuyeuse, réconfortant successivement mon esprit perturbé et mon cœur abattu. Me rafraîchissant et me rassurant quelque peu : remplissant à nouveau mon cœur évacué et vide, et le remplissant à nouveau de ses anciennes cogitations.
Maintenant, je m'installai plus vers ma charmante Polia, et liai mes affections plus sûrement à elle. Étant persuadé et fermement convaincu que cette vue était une transe dans l'amour, pour montrer que je devais mourir et perdre mon amour. Oh comme cela m'exaspéra extrêmement ! Ni ne refusa-t-il ou ne fit-il résistance à aucun assaut vif et nouveau de l'amour, qui, dans mon cœur frappé et douloureusement blessé, resterait en train de suppurer et de se nourrir de lui-même.
Et à ce moment-là, tous les obstacles et empêchements passés, une sortie spacieuse et large s'offrit à moi. Puis, grâce à la lumière claire, je fus quelque peu réconforté, et reprenant et rassemblant de nouveau mes pensées errantes, et restaurant ma force prostrée, mon voyage suspect et inconnu me fit me mettre à courir : de sorte que plus je m'approchais de la porte, plus elle me semblait grandir. Vers laquelle, enfin, par la volonté de Dieu, Polia portant dans mon sein amoureux une vigueur prédominante, j'arrivai, ne cessant de poursuivre ma course rapide : mes mains qu'auparavant je tendais en tâtonnant, pour m'empêcher de courir contre des piliers, je les utilisais maintenant comme une paire de rames pour me hâter.
Ainsi voyageant en sécurité, j'arrivai dans une vue et une contrée très agréables, dans lesquelles je n'étais pourtant pas sans crainte, et n'osant pas m'asseoir, l'impression du monstre horrible était si fraîche dans mon esprit, qu'il me semblait encore l'entendre derrière moi, et par conséquent je ne pouvais pas si facilement l'oublier. Mais j'étais plutôt persuadé de continuer plus avant : premièrement parce que la contrée était si fertile, plaisante et belle. Deuxièmement, afin que je puisse m'éloigner suffisamment de l'endroit où j'avais été si récemment effrayé. Qu'alors, m'asseyant, je puisse me reposer, et rassembler mon esprit, et oublier cette terreur conçue, à mon entrée de la porte, l'apparition du Sorix blanc revenant gracieusement dans ma mémoire persistante, une provocation exhortatoire, et une bonne occasion pour m'animer et me réconforter, car pour les Augures c'était un signe agréable et propice de bonne chance.
À la fin, je fus résolument persuadé de me confier à la bénignité de ma bonne fortune, qui parfois pouvait m'être une servante officieuse et généreuse d'événements prospères. Et avec cela, piqué et provoqué à continuer ma marche, là où mes jambes fatiguées et faibles voudraient me conduire et m'amener. Et pourtant, j'étais (comme il convenait en bonne forme) quelque peu hésitant à entrer dans un tel endroit (étant inconnu pour moi) où par hasard il ne m'était pas permis de venir. Bien que je fusse ici beaucoup plus audacieux et hardi, qu'à l'entrée du magnifique Porche. Et ainsi mon sein battant vite, et mon esprit perplexe, je me dis à moi-même.
Il n'y a aucune cause qui devrait me conduire à retourner en arrière, tout bien considéré : n'est-ce pas un endroit plus sûr, et plus apte à fuir le danger ? N'est-il pas meilleur de risquer la vie d'un homme dans la lumière et le Soleil clair, que de mourir et de dépérir dans une obscurité aveugle ? Et ainsi, résolu à ne plus me retourner : avec un profond soupir, je rappelai en mémoire le plaisir et le délice que mes sens avaient presque perdus : car l'œuvre que j'avais vue était pleine de merveilles merveilleuses, et pensant par quel moyen j'en avais été privé, je rappelai les Lions d'airain, dans le Temple de Salomon, qui étaient d'un visage si féroce, qu'ils amèneraient les hommes à l'oubli.
Et dans un tel état, je craignais que le dragon ne m'eût mis, que des œuvres si excellentes et merveilleuses, et rares en inventions, d'une manière impossible pour toute créature humaine à accomplir, dignes d'être manifestées, et par moi-même diligemment parcourues, devraient maintenant s'enfuir de ma mémoire absorbante, de sorte que je ne serais pas capable d'en faire un vrai rapport : mais en cela je me contredisais moi-même : ni je ne trouvai que j'étais dans une passion de léthargie : mais que je me souvenais très bien et tenais sans aucun défaut en ordre et proportion tout ce que j'avais vu et contemplé. Et que la bête monstrueuse et cruelle était une substance très vivante, et non une fiction, telle que rarement vue par aucun homme mortel, non, pas même par Regulus. Le souvenir même de cela faisait dresser mes cheveux sur la tête, et aussitôt me poussa à presser le pas.
Ensuite, revenant à moi-même, je pensai ainsi. Ici sans aucun doute (car ainsi je l'imaginais en raison de la glorieuse bonté du beau sol) n'est point d'habitation que pour des gens civils, ou plutôt pour des Anges et de nobles personnages, et un lieu pour les Nymphes à fréquenter, ou pour les Dieux et les Anciens, Monarques et princes, si bien que mon désir persuasif provoquait mon pas retenu, causant une persévérance dans mon voyage récemment commencé. Et ainsi comme un captif et sujet à l'éperon aigu d'un désir insatiable, je résolus de continuer là où la beauté de ma fortune me conduirait, encore indifférente et plutôt languissante.
Maintenant arrivé à contempler une contrée belle et pleine, des champs fertiles, et des terrains productifs, je louai excessivement le désir qui m'avait poussé d'abord à y entrer. Mais surtout à rendre grâces à celui qui m'avait amené hors de l'endroit effrayant, que maintenant je considérais peu étant assez loin de lui.
Poliphile montre la commodité de la contrée dans laquelle il était arrivé, en voyageant dans celle-ci, il arriva à une belle Fontaine, et comment il vit cinq belles Demoiselles venant vers lui, et leur étonnement de sa venue ici, l'assurant contre le mal, et l'invitant à prendre part à leurs solaces.
Ainsi sorti de cet enfer effrayant, de ce creux obscur et de cet endroit redoutable (bien que ce fût une Aphrodise sacrée et un Temple révérend :) et étant arrivé dans une lumière désirée, un air charmant, et une contrée plaisante, pleine de contentement : je me retournai pour regarder en arrière vers l'endroit d'où j'étais sorti, et où ma vie, ma vie que dernièrement j'estimais si peu, était si grandement perplexée et mise en danger, où je contemplai une montagne peu naturelle, avec une ascension modérée et une montée raide, envahie et ombragée par des feuilles vertes et tendres de Chênes, Hêtres, Chênes de menuiserie, Yeuses, Cerries Aesculies, Lièges, Ifs, Houx, ou Acilon.
Et vers la plaine, elle était couverte de Hamberries, Noisetiers, Coudriers, pruniers, troènes, et blanchie par leurs fleurs : par des Xeapie colorées, étant rouges vers le nord, et blanches contre le Sud, Platanes, Frênes, et autres semblables, étendant et déployant leurs branches : pliées et embrassées par la course des Chèvrefeuilles ou des bois, et Houblons, qui faisaient une ombre plaisante et fraîche. Sous laquelle croissaient le Sceau de Salomon ou Violette, nuisible pour la vue, le Polypode dentelé et le Triental et la Scolopendre de quatre pouces, ou langue de cerf, Hellébore noir, ou Mélampode, Trèfles, et autres herbes umbriphiles et fleurs des bois, certaines ornées d'elles, et d'autres sans.
De sorte que la bouche de l'endroit obscur, d'où je m'étais échappé, était en quelque sorte à l'intérieur de la haute Montagne, toute envahie d'arbres.
Et comme je pouvais conjecturer, c'était juste contre la structure dont j'ai parlé, et selon mon jugement, c'était quelque pièce d'ouvrage rare, plus ancienne que l'autre, et par le temps usée et consommée, portant maintenant du Lierre et d'autres arbres de muraille, et ainsi était devenue un bois envahi, que je pouvais à peine apercevoir une sortie, ou une bouche pour un passage facile, si ce n'est par nécessité, car il était tout autour entouré et environné d'arbres touffus et étendus, de sorte que je n'étais jamais déterminé à y entrer de nouveau.
Dans le passage étroit de la vallée entre les rochers étendus et hauts, l'air était sombre en raison des vapeurs retenues, et pourtant j'en étais aussi satisfait qu'Apollon à sa naissance divine.
Mais laissant passer ce trou, duquel je sortis en me courbant, venons-en de l'avant aux douces libertés que je vis ensuite et c'était un bois épais de Châtaigniers au pied de la colline, que je supposai être un sol pour Pan ou quelque Dieu Sylvain avec leurs troupeaux nourriciers et leurs fléaux, avec une ombre plaisante, sous laquelle je passai, j'arrivai à un pont ancien de marbre avec une arche très grande et haute, sur lequel, le long de chaque côté des murs, il y avait des sièges convenables pour se reposer, lesquels bien qu'ils fussent les bienvenus pour mon corps fatigué, pourtant j'avais plus de désir d'aller de l'avant, sur lesquels côtés du pont, juste au-dessus du sommet de l'arche, était placée une table de porphyre avec une bordure magnifique de travail curieux, une table sur un côté et une autre sur l'autre côté, mais celle sur le côté gauche était d'Ophite.
Sur la table à ma main droite comme j'allais, je contemplai des hiéroglyphes égyptiens de cette sorte, Un ancien Casque couronné d'une tête de Chien.
Le crâne osseux d'un bœuf avec deux branches vertes d'arbres liées fermement aux cornes. Et une vieille lampe. Lesquels hiéroglyphes, les branches exceptées parce que je ne sais pas si elles étaient de Sapin, de Pin, de Mélèze ou de Genévrier, ou autre semblable : j'interprète ainsi.
PATIENTIA EST ORNAMENTVM, CVSTODIA ET PROTECTIO VITAE.
De l'autre côté était gravé un cercle, puis une Ancre avec un Dauphin s'enroulant autour de la tige de celle-ci, ce que je conjecturai devoir signifier ceci, AEI SPEU DE BRADEOS, Semper festina tarde.
Sous lequel ancien, sûr et beau pont, coulait une eau très claire et rapide, se divisant en deux courants séparés, l'un d'un côté et l'autre d'un autre, qui coulaient très froids, faisant un doux bruit continu et immobile, dans leurs canaux gelés, brisés et grignotés, par leur rive mangée et sillonnée, pleine de pierres, couverte et ombragée par des arbres, leurs racines étendues apparaissant à nu, et autour d'elles pendantes des Trichomanes, Adiantus et Cimbalaria, et barbus aussi de divers petits poils comme il en pousse autour des rives des Rivières.
Le bois dont j'ai parlé était, à regarder, très plaisant, ni trop épais ni plus large en circonférence qu'un homme ne le voudrait, mais bâtissant une ombre délicieuse, les arbres pleins de petits oiseaux et de volailles.
Tout droit, le Pont s'étendait, et menait vers une large plaine, résonnant partout des doux gazouillis, enregistrements mélodieux, et chants bruyants de ceux-ci. Où sautaient et couraient de petits Écureuils, et le Loir somnolent, et d'autres bêtes inoffensives.
Et de cette manière, comme il est dit, cette Contrée boisée se montrait, environnée de hautes montagnes autant qu'un homme pouvait voir, et la plaine couverte partout d'une fine variété de diverses herbes douces, et les canaux clairs de courants cristallins, glissant le long des collines avec un bruit murmurant dans la vallée nivelée.
Ornée et embellie par l'Olivier amer, le Laurier, le Peuplier blanc, et la Lysimachia, le Peuplier noir, les Aulnes, et le Frêne sauvage.
Sur les collines croissaient de hauts Sapins sans épines, et le Mélèze pleureur, sur lequel la Térébenthine est faite, et autres semblables.
Quand j'eus bien considéré cet endroit si fertile et si commode pour que le bétail et les bêtes y soient nourris et gardés, (car il semblait qu'il désirerait la compagnie d'un berger et une chanson pastorale) je m'interrogeai sur ce qui pouvait être l'occasion qu'un lieu si commode soit inhabité. Et jetant mes yeux plus loin devant moi, et laissant cet endroit décrit, je pus apercevoir une construction de Marbre, montrant son toit au-dessus des sommets tendres des arbres environnants. À la vue de quoi, je fus merveilleusement joyeux et plein d'espoir, qu'ici encore je trouverais quelque habitation et refuge. Vers lequel sans délai je me hâtai. Et étant arrivé à celui-ci, je trouvai une construction à huit pans, avec une fontaine rare et merveilleuse : qui n'était pas tout à fait malvenue. Car jusqu'alors je n'avais pas étanché et apaisé ma soif.
Cette construction était à huit coins, petite vers le sommet et couverte de plomb. Sur un côté était placée une belle pierre de pur Marbre blanc à quatre coins, moitié plus longue qu'elle n'était large, laquelle latitude comme je supposai était de quelque six pieds.
De cette belle pierre étaient exactement deux petits demi-piliers, chanfreinés avec leurs bases, soutenant une Syme droite, avec une gorge et une dentelure ajoutée et des cordicules, ou travail de cœurs, avec leurs chapiteaux sous une Architrave, une Frise et une Corniche, sur laquelle était contenu un trigone, dans la quatrième partie de la pierre lisse et plane sans aucun travail dans la table de celle-ci, si ce n'est une petite guirlande, à l'intérieur de laquelle étaient deux Colombes buvant dans un petit vaisseau.
Tout l'espace non mentionné inclus était coupé et évidé, entre les Piliers, la Goulotte et l'Architrave transversale, contenait une élégante Nymphe sculptée. Et sous la Syme il y avait un autre quartier travaillé avec des Tores, des Torques, des Ballons et une Plinthe.
Laquelle belle Nymphe gisait endormie sur un tissu plié, posé, et enroulé sous sa tête. Une autre partie convenablement amenée sur elle, pour cacher ce qui était nu, féminin et digne d'être gardé secret. Gisante sur son côté droit avec ce bras sujet rétracté, et sa paume ouverte sous sa belle joue, sur laquelle elle reposait sa tête.
L'autre bras en liberté, gisant tout le long sur sa hanche gauche, s'étendant jusqu'au milieu de sa belle cuisse. Par ses petits tétons (comme ceux d'une jeune fille) dans ses seins ronds jaillissaient de petits ruisseaux d'eau pure et claire, fraîche, du sein droit comme si cela avait été un fil, mais du sein gauche très véhémentement. La chute des deux reçue dans un vaisseau de pierre de Porphyre, avec deux Réceptacles joignant ensemble dans le même vaisseau, séparés et distincts de la Nymphe de six pieds, se tenant sur un cadre convenable de pierre à fusil. Entre chaque réceptacle, il y avait un autre vaisseau placé, dans lequel les eaux luttaient ensemble et se rencontraient, coulant par les endroits coupés et désignés, dans le limbe médian de leurs Réceptacles, lesquelles eaux mélangées hors de ce vaisseau, se déchargeaient dans un petit canal glissant au loin, et avec l'un et avec l'autre, toutes les herbes et fleurs avoisinantes, et autour, étaient généreusement bénéficiées.
Celle du sein gauche tournait si haut, qu'elle ne mouillait ni n'empêchait quiconque voudrait sucer ou boire de l'eau qui ruisselait et jaillissait du sein droit.
Et cette excellente Image était si définie qu'il me semble que Praxitèle n'en accomplit jamais une semblable pour Vénus, à Nicomède, Roi de Carie, laquelle idole il désigna pour être adorée de ses sujets, bien que la beauté de celle-ci fût telle qu'elle émut ce peuple impur à la concupiscence charnelle.
Mais j'étais persuadé que la perfection de l'image de Vénus n'était rien à côté de celle-ci, car elle semblait comme si une très belle Dame dans son sommeil avait été changée en pierre, son cœur battant encore et ses lèvres douces prêtes à s'ouvrir, comme si elle ne voulait pas être traitée ainsi.
De sa tête ses mèches lâches gisaient ondulant sur la couverture supprimée, pliées et plissées, et comme dédaignant les cheveux du tissu ingloméré, ses cuisses d'une grosseur convenable et ses genoux charnus quelque peu pliés vers le haut, et rétractés vers elle.
Montrant ses orteils droits comme s'ils suppliaient ses doigts de les manipuler et de les serrer, le reste de son corps répondant aux perfections de ces différentes proportions.
Et derrière elle, l'ombrage du Memerill ou Arbousier feuillu plein de petites pommes douces et de fruits, et de jolis oiseaux comme s'ils gazouillaient et chantaient pour elle endormie.
À ses pieds se tenait un satyre en luxure prurigineuse sur ses pieds caprins, sa bouche et son nez se joignant ensemble comme ceux d'une chèvre avec une barbe poussant de chaque côté de son menton, avec deux pointes et courte au milieu comme des poils de Chèvre, et de même manière autour de ses flancs et de ses oreilles, poussaient des poils, avec un visage adultéré entre celui d'un homme et d'une chèvre, d'une manière si rare que si l'excellent ouvrier dans sa sculpture avait eu présenté à lui par la nature l'Idée et la forme d'un Satyre.
Le même Satyre, avait de force avec sa main gauche courbé un bras de l'Arbousier sur la nymphe endormie, comme s'il voulait lui en faire une ombre favorable, et avec l'autre main tenant un rideau par l'un des côtés qui était attaché au tronc de l'arbre.
Entre le Memerill ou Arbousier et le Satyre, étaient deux petits Satyres, l'un tenant une bouteille dans ses mains et l'autre avec deux serpents s'enroulant autour de ses bras.
L'excellence, la délicatesse et la perfection de ce figement et travail ne peuvent être suffisamment exprimées.
Ceci aidant aussi à orner la douceur de cela qui est la blancheur de la pierre, comme si c'eût été de l'ivoire pur.
Je m'émerveillais aussi du travail de la couverture comme s'il avait été tissé : et des rameaux, branches, et feuilles, et des petits oiseaux, comme s'ils avaient chanté et sauté de haut en bas sur leurs jolis pieds, chaque articulation unique et griffe rendues parfaites, et ainsi le Satyre de même. Sous ce rare et merveilleux travail sculpté entre les goulottes et les ondulations dans le lisse plat était gravée en caractères attiques cette poésie PANTA TO KADI.
La soif que j'avais contractée le jour précédent était si accrue, que j'étais provoqué maintenant à l'apaiser, ou plutôt attiré par la belle beauté de l'instrument, dont la fraîcheur était telle que, entre mes lèvres, il me semblait qu'elle remuait et tremblait.
Et tout autour de cet endroit plaisant, et près des canaux gazouillants, croissaient le Vaticinium, le Muguet, et la Lysimachia fleurie ou herbe aux os, les Roseaux douloureux, les Menthes, le Persil d'eau, le Baume, l'Hydrolapathos, ou Oseille d'eau, et autres herbes approuvées, et fleurs fines, un petit Canal venant par une écluse du Pont, entrant et se déchargeant, était la cause d'une belle mare, large et grande, en très bon ordre, garnie tout autour et embellie par une clôture de douces Roses et de Jasmin. Et de là courant par-dessus, il se dispersait, nourrissant et visitant les champs et terrains voisins, abondant en toutes sortes d'herbes, fleurs, fruits, et arbres.
Il y poussait aussi grande quantité de Cynaire agréable à Vénus, de Tanaisie sauvage, de Colocasia, avec des feuilles comme un bouclier, et des herbes de jardin.
Et de là contemplant les champs de la plaine, c'était merveilleux de voir la verdeur de ceux-ci, saupoudrée d'une telle variété de couleurs de sortes diverses, et de fleurs de formes différentes, comme la Renoncule jaune, ou bouton d'or, l'Œil-de-bœuf, le Satyrion, la Centaurée mineure, le Mélilot, la Saxifrage, la Primevère, le doigt de la Vierge, le Cerfeuil sauvage, ou Peigne de Vénus, le Navet gentil, la Quintefeuille, l'Euphraise, les Fraises, avec fleurs et fruits, les Colombines sauvages, l'Agnus Castus, la Millefeuille, Achillée, avec laquelle Achille guérissait Télèphe, et la rouille du fer de lance qui l'avait blessé. Avec le Muscarioli blanc, fleurs d'abeilles et Pensées d'une manière si belle et plaisante, qu'elles me réconfortaient grandement (m'étant perdu) ne serait-ce qu'en les regardant. Et çà et là dans une distance et un espace mesurables et bien disposés. Dans un ordre convenable et une sorte doucement disposée par une ligne juste, croissaient les Orangers, Citronniers, Cédratiers, Grenadiers verts et odorants, leurs branches d'eau se penchant jusqu'à un pas du sol, couvertes de feuilles d'une couleur de verre vert, d'une grande hauteur et tournant à nouveau leurs sommets, chargés de l'abondance de leurs fleurs et fruits, exhalant une odeur odoriférante des plus douces et délicieuses. Avec laquelle mon cœur consterné ne se ranimait pas très légèrement (cela pourrait être dans un air pestilentiel et une saveur contagieuse et mortelle).
Pour quelle cause je restais stupéfait et dans un grand doute quoi penser ou faire, et d'autant plus parce qu'en cet endroit j'avais vu une fontaine si merveilleuse, la variété des herbes, les couleurs des fleurs, le placement ordonné des arbres, la disposition belle et commode du siège, les gazouillis doux et le chant tranquille des Oiseaux, et l'air tempéré et sain. Et ce dont j'aurais pu très bien me contenter, et le pire d'entre eux aurait bien pu me contenter, si j'avais trouvé quelque habitant là. Et j'étais quelque peu peiné de ne pouvoir rester plus longtemps dans un tel endroit où tant de vues délicieuses se présentaient à moi. Ni ne fus-je avisé pour ma meilleure sécurité et contentement de quel côté me tourner.
Ainsi, plongé dans cette incertitude d’esprit, rappelant à ma mémoire le danger auquel j’avais tout juste échappé, le lieu où je venais d’entrer, et songeant aux hiéroglyphes que je vis sur le côté gauche du pont, je craignais de me hâter vers quelque accident imprévu et malheureux. Et qu’un tel monument et avertissement, digne de lettres d’or, ne fût point posé en vain pour ceux qui passaient, lequel était : *Semper festina tarde*. Soudain, derrière moi, j’entendis un bruissement, semblable au vent ou au battement des ailes d’un dragon. Hélas, je ne savais ce que ce pouvait être. Et tout à coup, interloqué, me retournant, je pus apercevoir sur l’un de mes côtés de nombreux siliquiers d’Égypte, dont les gousses longues et mûres pendaient et se heurtaient les unes contre les autres sous l’effet du vent, et s’étaient détachées ; ce que constatant, je fus bientôt apaisé et commençai à plaisanter de ma propre sottise.
Je n’étais point resté longtemps ainsi que j’entendis une troupe de damoiselles galantes chantant et venant vers moi (à en juger par leurs voix, d’un âge jeune et tendre) et belles (selon mon estimation), se divertissant et s’ébattant parmi les herbes fleuries et la fraîche ombre, à l’abri du soupçon de tout regard humain, et faisant, dans leur démarche, un grand épanouissement parmi les fleurs plaisantes. L’incroyable douceur de leur voix musicale et consonante, portée par l’air rorifère, se répandait au loin avec le son harmonieux et le rappel délicieux d’une harpe gazouillante (pour l’épreuve de laquelle nouveauté, je me couchai sous les basses branches des buissons adjacents, et les vis venir vers moi avec des gestes gracieux), leur tête virginale parée et liée par des bandelettes d’or étincelant, instrophiée et redimite, garnie et ornée de myrte en fleurs, et sur leur front neigeux se ramifiaient leurs mèches bouclées et tremblantes, et sur leurs épaules très belles flottaient leurs longues tresses, disposées selon une mode nymphale et artificielle.
Elles étaient vêtues d’habits carpantiques de soie fine aux couleurs variées, et de tissages de trois sortes, l’un plus court et distinct de l’autre. Le plus bas de pourpre, le suivant de soie verte et d’or ou tissu, et le plus haut de sendal blanc bouclé, serré autour de leur taille menue par des ceintures d’or sous la partie inférieure de leurs seins ronds. Leurs manches, du même sendal bouclé, souvent doublées, ce qui améliorait et embellissait la couleur du sujet. Et nouées autour de leurs poignets par des rubans de soie, munis de ferrets d’orfèvrerie. Et certaines d’entre elles portaient des pantoufles sur leurs souliers, la partie supérieure de la pantoufle faite d’or et de soie pourpre, en travail de feuilles, laissant paraître entre les espaces vides des feuilles la fine proportion de leurs jolis pieds entravés et contenus. Leurs souliers venaient étroitement sous leurs chevilles, avec deux pans se rejoignant sur leur cou-de-pied, et fermés fermement soit par des boutons, soit par des agrafes d’or d’une manière fine. Au-dessus des ourlets de leurs vêtements inférieurs, au lieu de gardes et de travail brodé, couraient des cœurs qui, de temps à autre, soulevés par le doux air, faisaient découvrir leurs belles jambes.
Et sitôt qu’elles furent conscientes de ma présence, elles cessèrent leur chant et arrêtèrent leurs démarches nymphales, étant stupéfaites de cette découverte et de mon arrivée en ce lieu, s’émerveillant ensemble, et s’enquérant de moi à voix basse l’une de l’autre, car je leur semblais une chose rare et inhabituelle, étant un étranger et un inconnu venu par hasard dans un pays si célèbre et renommé. Ainsi restèrent-elles immobiles, regardant parfois vers moi, et marmonnant de nouveau l’une à l’autre, tandis que je restais immobile comme une image. Oh, malheur à moi, car je sentais toutes mes articulations trembler comme les feuilles d’un peuplier dans un vent amer. Et j’étais effrayé par la poésie présageante que j’avais lue, m’avertissant du contraire, dont je pensais maintenant qu’il était trop tard pour en faire l’expérience, et n’attendant point d’autre issue, je demeurai aussi douteux de cette vision divine, et tout aussi trompé que Sémélé par la forme feinte de Béroé d’Épidaure. Hélas, je tremblais et frissonnais comme les faons craintifs à la vue des lions fauves rugissant de faim.
Combattant et luttant avec moi-même pour savoir s’il valait mieux m’agenouiller avec soumission, ou bien me retourner et fuir devant elles (car elles me semblaient, par leur comportement, de courtoises jeunes femmes, et outre leur humanité, d’une bénignité divine), ou rester immobile. À la fin, je déterminai de tenter l’épreuve et de m’avancer vers ce qui s’ensuivrait, étant fort assuré que je ne trouverais en aucune façon d’inhumanité ou de traitement cruel de la part de l’une d’elles, et particulièrement parce que l’innocence porte toujours sa protection avec elle. Et ainsi, réconfortant quelque peu mon esprit craintif, et pourtant retenu par la pudeur, sachant que j’étais indignement venu dans ce lieu ombrageux et en cette compagnie solitaire de nymphes divines et délicates, mon esprit coupable et troublé me disant que c’était fait avec témérité et trop d’audace, et qu’il s’agissait, peut-être, de lieux interdits et d’un pays prohibé pour un étranger. Et pensant ainsi avec moi-même, l’une parmi les autres, d’un esprit plus hardi et audacieux, parla très fermement à moi, disant : « Ho, qui es-tu ? » À son discours, je fus à moitié effrayé et honteux de moi-même, ignorant tant ce qu’il fallait dire que comment répondre : ma voix et mon esprit étant interdits, je restai immobile comme une image morte. Mais les belles demoiselles et nymphes magnifiques, s’avisant bien qu’il y avait en moi un personnage et une forme réelle et humaine, quoique troublé et effrayé, s’approchèrent toutes plus près de moi, disant :
« Jeune homme, qui que tu sois, et d’où que tu viennes : que nos aspects présents ne t’épouvantent aucunement, ni ne causent ton découragement, et ne sois point effrayé, car ici tu ne trouveras point de coutumes cruelles ni de cause de mécontentement, mais seras exempt de déplaisirs ; c’est pourquoi ne crains point de te découvrir et dis-nous qui tu es. »
Par cette motion, ayant rappelé mes sens oubliés et perdus, réconforté par leurs aspects beaux, plaisants et favorables, et me remettant par leurs doux discours, je leur fis cette réponse de très bon gré :
« Je suis l’amant le plus disgracié et le plus malheureux que le monde entier puisse offrir. J’aime, et celle que j’estime tant et que je désire si ardemment, je ne sais ni où elle est, ni où je suis moi-même. »
« Et par le plus grand et le plus dangereux hasard qui puisse être imaginé, je suis venu ici. » Et maintenant, avec des larmes provoquées tombant de mes yeux larmoyants le long de mes joues pâles, et incliné vers la terre, me prosternant à vos pieds virginaux, je sollicite humblement et demande vos grâces favorables ; à quoi leurs cœurs doux et tendres, émus de pitié envers moi, et pleurant à moitié avec moi par compassion, et s’efforçant comme par devoir, avec leurs bras, de me relever de terre, me parlèrent courtoisement avec des discours doux et réconfortants :
« Nous sommes certainement persuadées et savons fort bien (pauvre malheureux) que peu ou personne ne peut échapper par le chemin d’où tu viens, et c’est pourquoi ne sois point ingrat envers ce pouvoir divin qui t’a ainsi préservé. Et maintenant, ne sois point douteux ou effrayé par quelque accident adverse ou chagrin qui puisse t’assaillir. Par conséquent, apaise, réconforte et établis ton cœur pour le repos. Car maintenant tu es venu, comme tu peux l’apercevoir évidemment et le voir clairement, dans un lieu de plaisir et de délices, abandonnant la lutte et le mécontentement. Car nos âges uniformes, le siège immuable, le temps qui ne dérobe rien, la bonne opportunité, la gracieuse et sociable familiarité nous y attirent avec séduction, et nous accordent un loisir continuel. Et cela, tu dois aussi le comprendre, que si l’une de nous est joyeuse et plaisante, l’autre se montre d’autant plus contente et agréable, et notre amitié délectable et partagée est, avec une attention réfléchie, perpétuellement unie et liée ensemble. L’une de nous augmentant le contentement de l’autre, jusqu’au plus haut degré de plaisir et de consolation la plus convenable. »
« Tu vois aussi que l’air est sain, les limites et les bornes de ce lieu très vastes, pleines d’herbes variées. De plantes abondant diversement, et chargées de fruits, environnées et défendues par d’énormes montagnes et rochers, bien pourvues de bêtes inoffensives, et propres à tous les passe-temps et plaisirs, remplies de toutes sortes de fruits et de grains poussant universellement, et pleines de bonnes fontaines. »
Une autre dit : « Comprends, inconnu (et pourtant hôte assuré), bon ami, que ce territoire est plus fertile que la montagne fertile du Taurus dans l’aspect aquilonal, dont la structure gonfle tant que leurs grappes de raisins font deux coudées de long, et qu’un seul figuier portera soixante-dix boisseaux. »
La troisième : « Ce pays célèbre et spacieux excède la fertilité de l’île hyperboréenne dans l’Inde occidentale, ou celle des Portugais de Lusitanie, maintenant usurpée et tyrannisée par l’insolent Espagnol. »
« Ni Talga dans la montagne caspienne. » La quatrième affirma, dans son éloge de ce pays, que l’abondance de l’Égypte ne devait être comptée que pour une rareté par rapport à celui-ci, bien qu’il fût pensé être le jardin du monde.
Et la dernière, d’une contenance choisie et d’une douce prononciation au-dessus des autres, ajouta ceci, en disant :
« Dans ce beau pays, tu ne trouveras point de grands sols fangeux, ou d’airs offensifs et malsains, ou de mousses escarpées et stériles, mais de beaux et plaisants coteaux, environnés et murés par des rochers escarpés et inaccessibles, et, par ce moyen, sûrs et exempts de tous dangers et craintes ; il ne nous manque rien qui puisse engendrer le plaisir et causer un doux contentement. Outre tout cela, nous sommes au service d’une reine renommée et très excellente, d’une grande bonté et d’une libéralité extrême, appelée Euterilyda, de grande pitié et de clémence merveilleuse, régnant avec une grande sagesse, et avec un gouvernement royal, avec une grande pompe, dans un monceau accumulé de toute félicité, et elle sera grandement ravie quand nous te présenterons à sa présence sacrée et à son aspect majestueux. Et c’est pourquoi rejette, secoue et oublie tout chagrin affligeant, et prépare-toi, toi et tes esprits effrayés, à accueillir nos conforts, nos consolations et nos plaisirs. »
*Poliphile, se sentant sous l’assurance des cinq nymphes, alla avec elles aux bains où ils eurent grand rire dans l’artifice de la fontaine, et aussi par son onction. Ensuite, étant amené à la reine Eutherillida, il vit beaucoup de choses dignes de considération, mais principalement l’ouvrage d’une fontaine.*
Étant ainsi courtoisement traité par ces gracieuses et pitoyables nymphes, et ayant ma sécurité par elles suffisamment garantie avec de doux conforts, ranimant mes esprits déchus. À tout ce qui pouvait sembler reconnaissant et plaisant pour elles, autant qu’il était convenable pour moi, je me disposai à offrir mon service. Et parce qu’elles avaient des boîtes de parfums doux, des flacons d’or et de pierre précieuse, des miroirs dans leurs mains délicates et belles, et des voiles blancs purs de soie plissés et pliés, et d’autres nécessités pour être utilisés au bain, que j’offrais de les aider à porter, elles refusant dirent ceci à moi : que leur venue en ce lieu était pour se baigner, et me montrèrent ainsi que c’était leur plaisir que je vinsse avec elles, car (dirent-elles) la fontaine est ici tout près, ne l’avez-vous pas vue ? Et je leur fis révérencieusement cette réponse :
« Très belles nymphes, si j’avais mille langues et savais comment les utiliser toutes, pourtant je ne pourrais rendre des remerciements suffisants pour vos gracieux mérites, et faire réparation de vos grandes faveurs, parce que vous m’avez rendu la vie. Et c’est pourquoi, si je ne devais consentir et céder à vous mon service et ma compagnie, je pourrais bien être tenu pour un homme de disposition grossière. Pour quelle cause, parmi vous, je préférerais être un serviteur, plutôt qu’en un autre lieu un seigneur et commandant, car (autant que je puisse conjecturer) vous êtes les locataires et compagnes de chambre de tout délice et de toute vraie félicité. »
« Vous saurez que j’ai vu une merveilleuse fontaine d’un ouvrage rare et admirable, comme jamais auparavant mes yeux n’en contemplèrent, et mon esprit était tellement occupé à l’égard de l’étrangeté de celle-ci, et à étancher ma grande soif, que je n’attendais point de bénéfice ultérieur. »
Une nymphe plaisante parla ainsi gaiement à moi, disant : « Donne-moi ta main, tu es le très bienvenu. Tu vois à présent ici que nous sommes cinq compagnes, et je suis appelée Aphea, et celle qui porte les boîtes et les linges blancs, Offressia. Cette autre avec le miroir brillant (nos délices), son nom est Orassia. Celle qui porte la harpe sonore est appelée Achol, et celle qui porte le flacon de liqueur précieuse est appelée Genshra. Et nous allons toutes maintenant ensemble à ces bains tempérés, pour nous rafraîchir et nous délecter. C’est pourquoi vous aussi (voyant que c’est votre bonne fortune d’être parmi nous) serez disposé à faire de même, et ensuite, avec très bon gré, nous ferons notre réparation au grand palais de notre souveraine. »
Qui est la plus miséricordieuse, bienfaisante et libérale, et disposée à vous aider et vous favoriser dans vos amours intentionnelles, vos désirs brûlants et vos hautes conceptions. Prenez bon cœur, homme, venez, allons-y.
Avec des actions plaisantes, des gestes de demoiselles, des comportements suaves, des jeux de jeunes filles, des regards enjoués, et avec des mots doux, elles me menèrent là, étant bien contentes de chaque action présente, si ce n’est que ma Polia n’était point là pour le supplément de ma félicité, et pour avoir été la sixième personne dans la composition d’un nombre parfait.
De plus, je me trouvais peiné que mon vêtement ne fût point conforme à ce confort délicieux, mais grandissant dans une certaine familiarité domestique, je me disposai à être affable avec elles, et elles avec moi, jusqu’à ce qu’à la fin nous arrivions au lieu.
Là, je contemplai un merveilleux bâtiment de bain à huit côtés, et à chaque angle extérieur, il y avait deux piles doublées ensemble, en façon de pique, depuis le niveau de la fondation, l’aérobate sujet ceint et nervuré autour. Et après eux suivait l’extrémité de même grandeur depuis le sol de l’autre, avec leurs chapiteaux placés sous la poutre droite, avec une bordure au-dessus, sous une corniche faisant le tour. Laquelle bordure était embellie d’un excellent travail sculpté, de petits enfants nus fort bien présentés, et également distants les uns des autres, avec leurs mains inextricablement liées et enveloppées, et tenant dans celles-ci de petits paquets de petites branches vertes instrophiées ensemble. Et au-dessus de ladite corniche, montait (par une voussure élégante) une flèche à huit côtés, imitant le sujet. Laquelle, d’angle en angle, était coupée à travers avec une merveilleuse exécution de mille façons diverses, et refermée avec des carreaux de cristal, que de loin je pris pour du plomb. Sur le sommet de laquelle flèche voûtée était placé un trigone, et du centre supérieur de celui-ci, ascendait un montant solide, dans lequel était joint un autre montant qui était tourné, et à celui-ci était attachée une aile, qui, à chaque souffle de vent, tournait autour, le montant tubulaire qui avait sur le sommet une boule, sur laquelle se tenait un garçon nu, droit sur son pied droit, et le gauche tendu. Sa tête était creuse jusqu’à la bouche comme un entonnoir, avec l’orifice évacué vers sa bouche, à laquelle était soudée une trompette, tenant de sa main gauche l’embouchure à sa bouche, et sa main droite s’étendant vers l’articulation médiane, juste au-dessus du pignon de celle-ci, l’aile ou girouette. Tout cela était de cuivre fin, excellemment bien coulé et doré. Laquelle aile, boule, et garçon, avec ses joues et sa contenance comme s’il sonnait, avec la partie postérieure de sa tête évacuée vers le vent bruyant, à mesure qu’il soufflait, ainsi il sonnait, et comme le vent causait un étrange bruit parmi les tiges des siliques d’Égypte, ainsi l’entendait-on dans la trompette. Pour quelle cause je pensai joyeusement en moi-même qu’un homme étant seul dans un lieu inconnu et hors de calme, peut facilement être effrayé par de tels bruits étranges.
Dans cette partie du bâtiment qui était de l’autre côté de la nymphe, l’entrée dans le bain était exécutée, comme je crus, par le même lithoglyphe qui couvrait la nymphe endormie, sur la frise duquel étaient certains caractères grecs, signifiant +ASAMINTHOS+.
À l’intérieur, il y avait quatre sièges qui faisaient le tour, l’un sous l’autre, et étroitement liés ensemble, travaillés avec de la pierre de jaspe et de calcédoine, de toutes sortes de couleurs. Deux des sièges faisant le tour étaient couverts par l’eau, et jusqu’à la marge supérieure du troisième. Dans les angles, et dans chaque angle se tenait une colonne corinthienne de diverses couleurs, ondulée avec des jacinthes aussi pures et belles que la nature pouvait en fournir, avec des bases convenables et leurs chapiteaux curieusement faits sous la poutre, au-dessus de laquelle était un zophore, où étaient sculptés de petits garçons nus jouant dans l’eau, avec des monstres marins, avec des luttes et des querelles enfantines, avec des ruses habiles et des agilités propres à leurs années, en mouvements et jeux vivants. Tout cela était magnifiquement compassé autour avec une corniche. Au-dessus de laquelle, selon l’ordre des petites colonnes, depuis le point perpendiculaire au sommet de la coupole ou suffite et couverture du bain, allait un tore modérateur, augmentant de plus en plus, de feuilles de chêne, l’une se pliant et reposant sur l’autre, de diaspre vert, pendant sur leurs tiges branchues dorées, lesquelles montant ensemble se rencontraient et se joignaient en rond dans la coupole susdite : où était placée une tête de lion, avec ses cheveux se dressant autour de son visage, et tenant un anneau dans ses mâchoires, auquel étaient attachées certaines chaînes d’orichalque ou de cuivre, qui tenaient un large et beau vaisseau, avec un grand bord ou lèvre, et sillonné de la substance brillante susdite, et pendant deux coudées au-dessus de l’eau, le bol du vaisseau, qui était de cristal seulement excepté, le reste, comme les nervures de celui-ci et les lèvres, était d’azur bleu, avec des bulles d’or et brillant saupoudré ici et là.
Non loin de là, il y avait une fente dans la terre, qui jetait continuellement de la matière brûlante, et en prenant de celle-ci, et remplissant le fond du vaisseau, ils mettaient certains engins et bois doux qui faisaient une suffumigation inestimable, comme de la pâte la plus douce, fermant ensuite celle-ci, et abaissant le couvercle, les deux parties étant creuses, et le bord et les nervures perforés et percés à travers le cristal transparent, clair et brillant, ils rendaient une lumière plaisante et de couleurs diverses, par laquelle, à travers les petits trous, les bains étaient éclairés, et la chaleur toujours incarcérée et interdite.
Le mur également interposé entre colonne et colonne était de pierre très noire, d’une dureté extrême et brillante, cloisonné autour et bordé d’une bordure convenable de diaspre rouge comme du corail, orné d’un linéament et travail de doubles gargouilles ou verticules. Dans la partie moyenne de laquelle table, entre les colonnes, était assise une élégante nymphe nue, comme si elle avait été en attente et en surveillance de la pierre galatite, de couleur comme l’ivoire, les parties inférieures de chacune desdites bordures circulant justement avec les bases des colonnes.
Oh, comme ces images étaient exécutées de façon exquise, que souvent mes yeux vagabondaient des formes réelles et vivantes pour regarder ces représentations feintes.
Le sol pavé sous l’eau étant d’une emblémature diverse de pierre dure, en damier, où l’on pouvait voir de merveilleux graphismes à travers la diversité des couleurs. Car l’eau claire et non sulfureuse, mais douce et modérément chaude, non comme une étuve ou un bain de vapeur, mais naturellement se nettoyant elle-même au-delà de toute croyance, il n’y avait aucun moyen d’empêcher l’objet de la vue de l’œil. Car divers poissons sur les côtés des sièges, et au fond par une découpe muséale exprimés, qui imitaient si bien la nature comme s’ils avaient été vivants en nageant. Comme des barbeaux, des lamproies, et beaucoup d’autres, dont la curiosité du travail je regardais plus que leurs noms et natures.
La pierre noire des murs était gravée avec un travail de feuilles, comme si cela avait été une composition entrelacée de feuilles et de fleurs, et les petits coquillages de cythériaces, aussi beaux à l’œil qu’il était possible de concevoir.
Sur la porte, dont l'interstice était d'une pierre appelée Galactite, je vis un Dauphin nageant dans les vagues calmes, et portant sur son dos un jeune homme jouant de la harpe ; et du côté contraire, sur la froide Fontaine, nageait un autre dauphin, monté par Posidonius, une pointe d'épieu à anguilles à la main.
Ces histoires étaient accomplies dans l'enceinte d'une seule et même pierre, et détachées sur un fond très noir. Alors, à juste titre, je louai l'architecte et le statuaire. D'un autre côté, la plaisante dignité des belles et charmantes nymphes s'ébattant me contenta hautement, de sorte que je ne pouvais décider si l'excès de ma douleur passée ou la consolation présente était le plus grand. Et il s'en exhalait une si douce odeur que l'Arabie n'en produisit jamais de semblable.
Sur les sièges de pierre, en guise d'Apodyterium, elles dépouillaient leurs vêtements richement enveloppés, en les rejetant de leurs corps célestes. Leurs belles tresses étaient liées dans des résilles d'or, tissées de la manière la plus curieuse. Et sans aucune retenue, elles me permirent de contempler leurs fraîches et délicates personnes, leur honnêteté et leur honneur préservés. Une chair sans doute semblable aux roses pures et
aux lys éclatants, sans nulle ride, sans nulle tache, d’une blancheur si vive qu’elle eût fait paraître la neige sombre et terne. Leurs membres, d’une proportion si juste et si déliée, semblaient avoir été formés par le tour de la nature, sans le moindre défaut, avec une grâce et une élégance qui ravissaient l’esprit. Elles se mouvaient avec une telle aisance que chaque pas était une harmonie, une danse muette qui célébrait leur beauté. Nulle mortelle n'aurait pu égaler ce spectacle ; c'était comme si les Déesses elles-mêmes, quittant le séjour des astres, étaient descendues pour se baigner dans ces eaux cristallines, dont la limpidité surpassait celle des sources les plus pures. Je restais interdit, les yeux fixés sur cette nudité divine qui, loin d'exciter des pensées impures, m'emplissait d'une vénération quasi religieuse, tant la perfection de leurs formes semblait refléter la splendeur d'un monde supérieur. Leurs regards, empreints d'une innocence souveraine, ne semblaient nullement troublés par ma présence, comme si elles ignoraient le trouble profond qui agitait mon cœur, et que, dans la transparence de cet Eden, le voile de la honte n'eût jamais trouvé sa place.
Poliphilus, sois rassuré, reprends courage, et dis-moi comment tu es venu ici, par quels moyens, et comment tu as échappé à ce Dragon mortel et horrible ? Et comment as-tu trouvé le chemin hors de cette ténébreuse et odieuse obscurité, j'en ai entendu parler. Mais je ne m'en étonne pas outre mesure, car peu ou nul n'ose s'aventurer par cette voie. Mais voyant que la grâce t'a conduit sain et sauf jusqu'à nous, je ne te refuserai pas (quelles que soient les circonstances) un accueil gracieux et favorable.
À cette invitation généreuse, à ces paroles royales et à cet accueil, meilleurs que je n'aurais pu espérer le désirer, avec de dévots et honorables remerciements, exprimés abondamment point par point, je racontai comment j'avais échappé et fui le Dragon, monstre effrayant. Et par conséquent, avec quel labeur et quelle peine je suis arrivé au lieu désiré. Et comment les cinq Nymphes m'avaient trouvé errant et effrayé. Lorsque j'eus amplement déclaré et terminé mon discours, je commençai avec un grand désir à me préparer à être le participant de leurs plaisirs solacieux et magnifiques.
Après quoi, elle me dit avec un visage souriant et plaisant : C'est une chose digne de considération qu'un commencement mauvais et mécontent aboutisse souvent à un succès heureux et bon à la fin : et avant que quoi que ce soit ne te soit confié à accomplir, touchant ta ferme et amoureuse conception, c'est notre plaisir, pour l'apaisement et la mitigation de tes louables chagrins, que dans cette compagnie tu t'associes spécialement avec Philotesia, puisque les beaux cieux t'ont montré de ton divertissement, et t'ont amené en notre triomphante demeure. Et donc mon Poliphilus, sans plus de cérémonies, prends ta place là et assieds-toi, car tu verras (de très bon gré) une partie de notre somptueuse et majestueuse manière de servir, la plantureuse diversité et le nombre de mes mets plus que princiers, l'honorable assistance de ma maisonnée, et l'excellente ordonnance de celle-ci, l'inestimable préciosité de ma grande abondance, et les larges effets de ma munificence.
À cet impérieux commandement, son discours éloquent et favorable terminé, humblement, et avec un peu plus d'audace qu'auparavant, je m'assis sur l'un des bancs à ma droite (rabattant devant moi ma robe déchirée avec certaines feuilles de ronces qui y étaient encore accrochées) entre les cinq Nymphes qui m'avaient amené, et parmi elles à côté d'Offresia et Achoe, placées derrière la Reine, et six autres de la chambre sur l'autre main, et au milieu en hauteur sur un trône siégeait la Reine dans une majesté impériale.
Le dais au-dessus du trône était d'une coloration émaillée contenant en lui une belle image sans aucune barbe, la tête buissonnante de cheveux jaunes, une partie de sa poitrine couverte d'un linge fin sur les ailes déployées d'un Aigle, sa tête se tournant vers le haut, et le contemplant. La tête de cette image était redimie d'un diadème azuré, orné de sept rayons, et au pied de l'Aigle deux branches de Laurier vert, l'une d'un côté, l'autre au contraire vers chaque côté. Et dans chaque guirlande je contemplais la figure propre à sa planète, et derrière à mon dos était le joyau, contenant l'histoire du Mercure ailé, et comment la bénignité de sa bonne disposition est dépravée, quand il est dans la queue maligne du Scorpion venimeux. Et me regardant moi-même, j'eus honte de voir mon habit vil parmi de tels somptueux vêtements, qu'il me semblait n'être rien d'autre que semblable à cette vile et mortifère bête parmi les plus nobles signes du Zodiaque. Les belles et honorables damoiselles étaient assises en ordre sur les bancs, entourées tout le long par les côtés des murs sur le côté droit, et le meilleur de la Cour, avec un genre rare et étrange de coiffure féminine, telle qu'il en est au monde, avec les tresses de leurs cheveux enveloppées et courbées dans des coiffes d'or.
Certaines avec leurs cheveux de couleur ambre, bouclés et habillés avec des fleurs de même sur un fil de fer, avec les extrémités se tournant vers le bas et ondulant sur leurs fronts neigeux et leurs tempes lisses, embellies de Rubis et de Diamants piqués dans les cheveux.
D'autres de la couleur de l'Obsidienne d'Inde, noire et brillante, ornées de fleurs de Perle d'Orient, et de colliers de même. Elles se tenaient toutes dans l'attente avec une attention si vénérée, que lorsque le service était apporté à la table, elles faisaient toutes en un même instant leurs révérences en inclinant les genoux, et de même manière lorsqu'elles se levaient de leurs sièges, chacune vêtue de drap d'Or, mais elles ne s'asseyaient pas et ne mangeaient pas à la même table.
Juste devant la triomphante Reine était l'ouverture du troisième Rideau, couvrant une grande et belle porte, non de Marbre, mais de rare et dur Jaspe d'Orient, d'un ouvrage artificiel et ancien, merveilleusement beau à contempler. Sur chaque côté de cette porte, de jeunes damoiselles Musiciennes, sept de chaque côté dans un habit de Nymphe, notable pour la façon et très riche : qui à chaque changement de service, modifiaient leur Musique et leurs Instruments, et durant le banquet, d'autres avec un consentement angélique et sirénique, accordaient le même à leurs mains. Puis soudain furent placés des cadres d'Ébène, avec trois pieds, et d'autres tables temporaires, sans aucun bruit ni brouhaha. Chacune prête à son Office assigné, avec un effort soigneux, diligent, et affectueux, totalement à ce service qui lui était enjoint.
Et d'abord devant la Reine, fut placé un cadre à trois pieds de cette forme, sur un rond de fin Jaspe, avec des linéaments curieux. Auxquels étaient trois supports, dont les parties inférieures finissaient en forme de griffe déchirante de Lion, avec un feuillage exquis, entourant les tiges des supports, ayant au milieu de chacun, fixé la tête d'un enfant entre deux ailes, desquelles entre l'un et l'autre des supports, pendait en manière de Guirlande un paquet de feuilles et de fruits liés ensemble, et plus gros vers le milieu, et sur le haut des supports ou tiges, était mise une projection pour supporter la table ronde devant la Reine.
Ce cadre était inamovible, mais la table ronde pouvait être rapidement enlevée et remise, selon la substance des vaisseaux à chaque changement de table.
Et aussitôt comme en un clin d'œil et tour de main, fut mis sur ce cadre à trois pieds une table ronde d'Or, de trois pieds de Diamètre, et d'une épaisseur indifférente, et de cette forme et grandeur étaient toutes les autres.
Sur cette table était posé un Tapis parfumé, de drap d'Hormisine d'une couleur verte, uniformément étendu large et long jusqu'au pavé : frangé sur les côtés avec du fil torsadé du même, et mélangé avec de l'Argent et de l'Or, pendant sous une bordure de broderie de Perle et pierre précieuse, avec une largeur de main du pavé de chaque côté pendant vers le bas. Et de cette sorte étaient tous les Tapis bordés et frangés.
Ensuite suivit une belle jeune Damoiselle et vive, avec un grand Bassin d'Or rempli des fleurs de Violettes, tannées, bleues et blanches, et sentant bon, comme au premier printemps, et les répandant sur les tables, sauf que devant la Reine.
Sa majesté sacrée, ayant ôté sa robe si magnifique que Lolia, femme de Paulus Aemilius n'en vit jamais dans les triomphes de son mari, et elle resta dans une robe de Velours pourpre, ayant tissé en elle des oiseaux, petites bêtes, feuilles et fleurs en nœuds, l'ouvrage quelque peu relevé avec perle et pierre, avec un voile fin couvrant le tout en soie de Chypre, montrant à travers les ouvrages couverts et le drap en raison de la claire subtilité et finesse de celui-ci, et un habit impérial et gracieux.
Après entrèrent deux belles Damoiselles apportant une fontaine artificielle coulant continuellement avec de l'eau, et reassumant la même, qui était d'or fin, et dans un vaisseau d'un travail curieux, qui fut apporté devant la Reine, et après la présentation de celui-ci sur la table d'or elles inclinèrent leurs genoux jusqu'au pavé, et semblable révérence au même instant firent toutes les autres Dames assistantes, tant à la présentation de chaque chose, qu'au retrait. Trois autres belles Damoiselles suivirent de près après elles, l'une portant une Aiguière d'or, la seconde un bassin, et l'autre une serviette de soie blanche.
La Reine pendant qu'elle se lavait les mains, celle qui portait le bassin d'or, recevait dedans l'eau, afin qu'elle ne retombât pas dans la fontaine reassumante : et l'autre avec l'Aiguière, versait autant d'eau douce qu'il en était emporté, parce que la fontaine ne devait pas être vide, et entravée dans son cours. La troisième essuyait et séchait ses mains.
Le large et grand Réceptacle de cette fontaine était porté sur quatre petites roues, qu'elles tiraient sur chaque table pour laver les mains de tous ceux qui étaient assis.
Le bord du vaisseau où la fontaine montante se tenait, était orné de bulles de perles se tenant debout, et sous le même en fut mis un autre d'une autre sorte, et tous deux joints ensemble avec deux fermoirs d'une dipoliture exquise, travail fin, et précieusement garni. Car parmi d'autres joyaux de prix inestimable, sur le sommet même dans une fleur, était mis un Diamant en façon de poire, scintillant et pétillant d'une grosseur énorme et invisible.
Et autant que mon odorat pouvait me le dire, je jugeai l'eau être de Roses, mélangée avec le jus d'écorces de Citron, et un peu d'Ambre artificiellement composé, qui rendait une odeur douce et plaisante.
Au milieu de cette admirable et stupéfiante Cour, était mis un merveilleux vaisseau parfumeur, non tant pour l'excellente et parfaite substance de celui-ci, qui était d'or pur et fin : mais pour la mode conspicue, rare, et ancienne de la base, se tenant sur trois pieds de Harpies, lesquels dans un feuillage faisaient un liement triangulé à la base, plein de devises, comme le métal le requérait, sur chaque Angle ou coin duquel se tenaient trois formes nues d'esprits volants ordonnément mis, de deux coudées de haut, avec leurs épaules tournées l'une vers l'autre, et quelque peu près ensemble.
Ils se tenaient sur la base avec le pied droit vers le coin, et le gauche s'étirant vers le pied fixé de l'autre garçon. Leurs coudées se courbant vers le haut, et tenant la poignée du poêlon à parfumer, très mince dans la tige, et vers le haut en façon de bol, quelque peu rainuré et à large lèvre.
Il y en avait six dans un circuit rond, l'un vers l'autre : Et entre leurs épaules au point central de la base triangulée, montait une tige comme un Chandelier à l'ancienne mode, tenant sur le sommet de celui-ci un tel bol ou vaisseau comme susdit, et si large qu'il remplissait la place vide au milieu entre les six autres.
Lesquels bols étaient remplis de charbons ardents couverts de braises, et dans chaque vaisseau sur les cendres bouillait un petit pot d'or, qui contrairement aux liqueurs infusées avec des odeurs douces.
Et comme je le suspectais, chaque pot avait de l'eau séparée, comme il était, l'une avec de l'eau de Rose, une autre avec de l'eau de fleurs d'Oranger, une autre de myrte, feuilles de Laurier vert tendre, fleurs de sureau, et divers tels semblables simples sociables. Et ceux-ci bouillant ensemble, ils rendaient une odeur des plus plaisantes et fragrantes.
En présence de la magnifique Reine attendaient et servaient toujours trois honorables Nymphes, leur appareil étant d'or et de soie, merveilleusement tissé et orné, et mis avec perle et pierre. Les doublures de leurs robes allant autour de leurs épaules neigeuses, et descendant sur leurs petits seins ronds jusqu'à la partie inférieure de leurs tailles, de telle couleur que les serviettes, laissant voir les plaisantes vallées entre leurs beaux seins, un délice extrême et une nourriture désirée à un regard étroit et un œil avide, avec mille petites chaînes, jolis joyaux et fleurs d'or en une sorte féminine, un doux appât pour emporter un homme tête baissée dans l'oubli de lui-même, étant enchanté avec des regards choisis et amoureux, dépassant de loin le désir de tout autre mets délicat. Leurs chaussures d'or coupées avec des demi-Lunes, et fermées au joint des cornes ou coins avec des boutons et fleurs d'ouvrage d'orfèvre en une sorte curieuse, et les trames de leurs beaux et plantureux cheveux au-dessus de leurs fronts et tempes instrophiées avec de larges et rondes perles d'Orient.
Elles se tenaient ainsi de chaque main et devant la Reine avec un regard singulier et révérencieux, attendant et accomplissant prestement cette charge à laquelle elles étaient appointées. Et celles-ci ne servaient qu'à une Table : laquelle étant changée, elles se retiraient par, et se tenaient toujours sur leurs pieds bras dessus bras dessous, trois autres ayant suppléé leurs places : Et les trois qui attendaient, celle au milieu était écuyer tranchant.
L'autre sur le côté droit tenait sous une assiette si quelque chose venait à tomber : et la troisième sur la main gauche tenait une très blanche et propre serviette de soie pour sécher ses lèvres, et dans chaque action une révérence.
La serviette n'était utilisée qu'une fois, et puis jetée sur le pavé, et emportée par celle qui se tenait près. Et autant de morceaux qu'elle mangeait, autant de douces serviettes de soie parfumées et propres, pliées et finement ouvragées étaient utilisées.
Et le semblable était fait pour chaque invité, car pas un à ce banquet ne touchait quoi que ce soit sauf seulement la coupe.
Après que la Reine se fut lavée, et eut son premier service, alors tous les autres se lavaient à la même fontaine, jetant de l'eau d'elle-même, et reassumant la même en une manière merveilleuse par deux petits tuyaux de chaque côté, et courant vers le haut tout droit au milieu depuis le fond du vaisseau, la devise duquel quand je la compris, j'en fus fort content.
Après le lavage de la Reine d'abord, et successivement de tous les autres, fut délivrée à chacun des serveurs une boule ronde de fil d'or pleine de petits trous, et dedans rembourrée avec pâte d'Ambre d'une composition la plus parfaite, mise avec pierres précieuses, afin que leurs mains, yeux, et sens ne soient pas oisifs.
Puis là à chaque changement de service, deux Édéabries qui avaient l'ordonnance de la viande de la Reine, apportaient au milieu de la Cour royale sur quatre roues tournant un majestueux répositoire ou dressoir, en façon comme un navire, et le reste comme un Chariot triomphant, du plus fin or, avec beaucoup de poissons et monstres d'eau, et une infinité d'autres formes exquises merveilleusement ouvragées, et mis plein de riches pierres, dont les scintillements et brillants brillaient tout autour des côtés de la Cour, et rencontraient sur les rondelles des autres joyaux précédemment parlés, de chaque côté adroitement placés, comme si Phoebus avait été mis par une Nymphe pour agrémenter son œil et visage avec sa splendeur brillante.
À tout ce scintillement continuel d'ineffable ouvrage, il ne pouvait y avoir plus de devisé d'égale comparaison, bien que ce fût le Temple à Babylone avec les trois statues d'or.
Dans lequel était mis tout ce qui était nécessaire et parfumé, comme il était idoine et convenable pour le changement des tables, comme nappes, fleurs, coupes, serviettes, et vaisseaux, pour verser, pour boire, et assiettes pour manger sur.
Et ces deux Nymphes plaustraries, les prenaient vers le bas, et les délivraient (comme le besoin le requérait) aux serveurs.
Et la première Table étant changée, chaque chose était ramenée vers le bas aux plaustraries, au départ desquelles les Trompettes sonnaient en telle sorte, que Piseus Therrenus n'en approcha jamais, ni le Trompettiste de Maletus au Roi d'Hetrurie.
Et alors elles sonnaient de leurs Cornets, faisant ainsi chaque fois que le répositoire était tiré dehors, jusqu'à ce qu'il rentrât, moment où elles cessaient.
Et quand la Table était changée, elles modifiaient leurs instruments musicaux, lesquels ayant cessé, les chanteurs commençaient si célestement, que cela aurait fait dormir les Sirènes, ayant mélangé avec leurs voix toujours des instruments à vent de bois, tels que le Troezien Dardanus n'en inventa jamais.
Et par cet ordre appointé, on entendait continuellement des sons mélodieux, et plaisantes harmonies, doux accords avec Musique délectable présentée, parfum odoriférant senti, et mets majestueux plantureusement mangés. Et chaque chose quelle qu'elle fût, sans aucun défaut de grâce ou délice répondant, selon la dignité du lieu.
À cette première table princière, tous les vaisseaux et instruments ensemble avec la table elle-même, étaient d'Or fin et pur. Sur quoi fut présentée une confection Cordiale, et comme je pouvais conjecturer, elle était faite du grattage de corne d'Licorne, noyaux de Dattes et Perle, souvent chauffés, et trempés et pilés menu, Manne, amandes de Pomme de pin, eau de Rose, Musc et Or liquide, en une précieuse composition au poids, et faite en Losanges avec sucre fin et Amidon.
Ceci était mangé sans boire par-dessus, et c'était une Confection pour prohiber toutes Fièvres, et pour chasser la lassitude Mélancolique.
Ceci étant fait en un moment, toutes choses furent ramassées et enlevées, les Violettes jetées sur le sol, et la table nue. Et aussitôt que ceci fut fait, la table fut mise de nouveau couverte avec drap de Talasike, et aussi les serveurs, et comme à la première, il y fut jeté les douces fleurs de Cèdres, Oranges, et Citrons, et sur cela, ils présentaient dans des vaisseaux de Béryl, et de cette pierre précieuse était la table de la Reine (sauf les pots à boire qui étaient tous d'Or pur et fin) cinq Beignets de pâte de couleur de Safran, et croûtés par-dessus avec de l'eau de Rose extrêmement chaude, et sucre fin pilé, et puis de nouveau jetés par-dessus avec de l'eau musquée, et avec du sucre fin comme du givre sur la Glace. Ces Services d'un goût des plus plaisants et de diverses façons étaient mis dedans ainsi. Le premier, dans l'huile des fleurs d'Oranges. Le second, dans l'huile de Giroflées. Le troisième, dans l'huile des fleurs de Jasmin. Le quatrième, dans l'huile pure de Benjamin.
Et le dernier, dans l'huile de Musc et Ambre. Et quand nous eûmes bien goûté et mangé de la même viande délectable, nous fut délivrée une bonne coupe du Béryl susnommé, avec son couvercle, et couvert par-dessus cela aussi avec un fin Voile de soie et Or curieusement plié en forme de Canopée, les extrémités jetées sur les épaules des porteurs, et pendant le long de leur dos.
Et en cette sorte ils présentaient tous les vaisseaux à boire et autres, avec viandes et sauces couvertes. Dans la coupe à boire ils avaient infusé un vin précieux, si bien qu'il me semblait que les Dieux des champs Élyséens, avaient transformé leur puissance en la douceur de la liqueur : dépassant le vin de Thassus.
Sans délai (après notre boisson cette table étant enlevée, et les douces fleurs jetées sur le pavé), fut incontinent étendue une nappe de soie murie et carnation : avec Roses blanches, rouges, Damassées, Musquées, et jaunes jetées sur la même. Et présentement de nouveaux serveurs apportèrent (habillés des mêmes couleurs) six morceaux de pain coupés pour chacun, lancés et apprêtés avec moelle raffinée, saupoudrés par-dessus avec eau de Rose, Safran, et le jus d'Oranges, tempérant le goût et doré par-dessus, et avec eux six morceaux de pur pain blanc furent posés. Et ensuite une confection, du jus de Citrons tempéré avec sucre fin, les graines de Pins, eau de Rose, Musc, Safran, et Cannelle choisie, et ainsi étaient toutes les sauces faites avec une gradation et livraison convenable. Les vaisseaux étaient de Topaze et la table ronde.
Cette troisième magnifique table étant enlevée comme dit précédemment, il y en eut présentement une autre innovée, avec une nappe de soie lisse, et d'une couleur jaune, (les serveurs assortis) et jonchée de Muguet, et Jonquille, immédiatement ce service fut présenté, sept morceaux de la chair d'une Perdrix dans un bouillon piquant, et autant de morceaux de pur pain blanc. La sauce Acceres, hachée et dissoute dans du Sucre trois fois bouilli, Amidon, Santal, Musc et eau de Rose. Les vaisseaux et la table ronde de Chrysolithe. Enfin, ils offrirent une précieuse coupe à boire, et ainsi observé dans le reste.
La quatrième table étant retirée, la cinquième fut demandée avec une nappe de soie, de couleur cramoisie, et de même sorte l'habillement nymphique. Les fleurs de pourpre, jaune, blanc et fauve. Le service, huit morceaux de la chair d'un faisan rôti baignant dans son jus, et avec cela autant de morceaux de fin pain blanc. La sauce était celle-ci : eau de fleurs d'oranger, jus de grenades, sucre, clous de girofle et cannelle. Les vaisseaux d'émeraude, et la table de la Souveraine Reine.
Ceci étant retiré très solennellement, il fut étendu une autre nappe de soie de couleur pourpre, et ainsi l'habillement des serveurs.
Les fleurs étaient de trois sortes, de jasmin, fauve, jaune et blanc. Le service était de neuf morceaux de la chair d'un paon restaurateur, humecté dans son jus. La sauce était très verte et aigre, avec des pistaches, des noix pilées, du sucre, du cypricium, de l'amidon et du musc, du thym, de la marjolaine blanche et du poivre. Les vaisseaux de saphir, et la Table Princière.
Au septième changement, ils apportèrent une somptueuse table d'ivoire blanc, bordée, festonnée et finement ouvragée avec de nombreuses petites pièces sur du précieux bois d'aloès, et jointes et collées ensemble, et d'un côté à l'autre, travaillée avec des nœuds et des feuillages, des fleurs, des vaisseaux, des monstres, de petits oiseaux, et les traits et sculptures remplis d'une pâte noire et d'un mélange d'ambre et de musc. Cela me sembla être une chose très excellente et somptueuse, exhalant une odeur très délicieusement suave. La nappe blanche et subtilement ouvragée avec du travail à fils tirés et de la soie satinée, le fond poudré et rempli, et le travail blanc et uni, avec la représentation de formes, d'oiseaux, de bêtes et de fleurs, et de même sorte l'habillement des serveurs. Les fleurs, la dame, le colza, la violette et toutes sortes de giroflées odorantes. Et ainsi variait partout une telle diversité de senteurs, apportées séparément, et si délicieuses aux sens, que je ne saurais suffisamment l'exprimer.
Puis il fut donné à chacun une confiserie en trois morceaux de la coquille, le mollusque dactyle, avec des pistaches, des cerneaux de noix pilés et mis dans de l'eau de rose et du sucre des îles, et du musc et de la feuille d'or, battus et adultérés avec cela, de sorte que chaque morceau pris semblait avoir été tout d'or.
Les vaisseaux étaient de jacinthe, et la table circulaire. Une pierre apte et convenable à une si excellente disposition et table royale et banquets étranges, tels qu'on n'en avait jamais entendu parler auparavant.
Après le retrait de ces merveilleuses confiseries, et les fleurs jetées sur le pavé dans une magnificence princière, il fut aussitôt apporté un grand vaisseau d'or plein de charbons ardents, dans lequel les nappes, serviettes et torchons de soie furent jetés, lesquels brûlèrent aussitôt brillamment, et après cela étant retirés et refroidis, ils étaient entiers, indemnes et propres, comme au premier jour. Et c'était là le plus merveilleux et le plus étrange de tout le reste. Et alors les tables et les structures furent démontées et emportées.
Cet ordre et ces spectacles très excellents, plus je m'efforçais avec soin de les considérer, plus je me trouvais ignorant et émerveillé.
Mais en toutes choses, certes, je pris un grand plaisir avec mon admiration voulue, à voir une telle, si grande, abondante et triomphante somptuosité, d'un banquet si incroyablement coûteux, qu'il vaut mieux que je me taise plutôt que de ne pas parler suffisamment dans le rapport de celui-ci. Car les banquets de Sicile ne sont en comparaison que mendiants, et ainsi l'étaient les majestueux ornements d'Attale. Les vaisseaux corinthiens, les friandises de Chypre, et les soupers saliaires.
Pourtant, malgré une telle suprême et excessive allégresse, et délectation cordiale, et ce seul et extrême plaisir (occasionné par de tels et si inattendus délices), par l'une de ces trois qui, au dernier changement, servaient, fut abattu, renversé, interrompu, estropié, intercepté et rendu vain. Car elle représentait dans son comportement le doux geste et la ressemblance de Polia, éveillant par eux en moi des regards furtifs.
Ce fut là pour moi une non petite entrave dans la prise de ces agréables friandises et de cette réfection princière. Pourtant, mes yeux voulaient de temps à autre, non sans peine, être détournés pour contempler la beauté des joyaux et des pierres précieuses, étincelant et brillant en tout lieu, dans de telles diversités de glorieuse et invisible splendeur et d'ornements remarquables, comme s'ils avaient tous une dette envers elle, ce qui me fit, avec un désir immodéré, contempler la correspondance de son excellente beauté.
Enfin, en tel ordre et sorte, comme susdit, les tables étant retirées, je baissai la tête, parce que je ne pouvais suivre les dernières douceurs que j'avais perdues en pensant à celle qui servait.
Alors, d'abord devant la sacrée Majesté et personne royale de la Reine, et ensuite devant nous, cinq belles Nymphes vêtues de soie bleue et d'or curieusement tissés ensemble en ouvrages, se présentèrent toutes ensemble.
Celle du milieu portait une branche de corail, comme un arbre, tel qu'on n'en trouve pas parmi les îles Orcades, d'une coudée de haut, qui se dressait comme sur une petite montagne, laquelle était le couvercle d'un vaisseau de style ancien en or pur, en forme de calice, haut deux fois plus que le couvercle et l'arbre de corail, plein d'un travail curieux et de feuilles, jamais fait à notre époque, ni pareil vu.
Entre la gracilité du pied et la coupe, il était joint avec une anse d'une exécution inestimable, et de même sorte le pied et la vasque étaient d'une excellente anaglyphe de feuillages, de monstres et de Scyllules biformes, si exquisément exprimés qu'ils pouvaient être bosselés, ciselés ou gravés par une circulation proportionnée.
Et le couvercle mordant de celui-ci était richement orné de joyaux incomparables ; et de même sorte toute la base et l'anse là où la convenance le requérait, et brillant tout autour.
Sur les branches du corail, étaient artificiellement placées certaines fleurs ouvertes à cinq pétales, quelques-unes de saphir, quelques-unes de jacinthe et de béryl, et au milieu d'elles une petite graine ronde d'or, fixant les feuilles à la tige de corail.
Laquelle jeune femme s'inclinant révérencieusement jusqu'à terre avec son genou droit, réservant l'autre toujours levé, sur lequel elle tenait ce couvercle de corail, qui aussi, outre les fleurs, avait sur les pointes et sommets d'autres brindilles ou pousses curieusement fixées des perles monstrueusement grandes. Une autre d'entre elles avait une coupe pleine d'une liqueur précieuse, meilleure que celle que la fière Cléopâtre donna au Capitaine romain : les autres accomplirent leurs offices comme susdit, et en cueillant un après l'autre, avec un petit instrument à deux dents d'or, elles nous offrirent ces fruits, pour moi inconnus, car je n'en avais jamais vu de tels, nous les goûtâmes.
Mais le plaisir inattendu de ceux-ci, et la douceur de leur goût, n'étaient pour moi rien d'autre qu'une substance gracieuse manquant de sa forme désirée.
Et les boules d'or susmentionnées furent rétablies.
Sur ce, apparut une autre œuvre merveilleuse, qui était une fontaine à course perpétuelle artificiellement conçue de la matière susdite, mais d'une autre mode et exécution notable, fondée sur un essieu immobile, sur lequel deux roues tournaient.
Au-dessus de laquelle se dressait une quadrature inégale de trois pieds de long, deux pieds de large, et six pieds de haut.
En chaque partie angulaire siégeait une Harpie avec ses deux ailes étendues et étirées jusqu'à la largeur d'un vaisseau plus haut, se dressant au milieu du quadrangle mesuré, couronné aux parties extrêmes et supérieures, et embelli de cannelures et de feuillages, circonscrivant la partie inférieure.
Et sur chaque côté, celle-ci divisée en trois, la partie médiane entre la chute des eaux interceptée contenait, en demi-corps sculptés, un triomphe de Satyres et de Nymphes, avec des trophées et des actions exquises, excepté la partie antérieure et la partie postérieure modérément sinuées et ployées vers l'intérieur. Laquelle, au lieu d'un lignement carré, contenait une rondeur ondulée entre deux, dans laquelle était merveilleusement gravé un petit sacrifice avec un vieil Autel de chaque côté, avec beaucoup de figures et d'actions, le reste qui était vide, les queues des Harpies susdites se rejoignant ensemble, et se tournant ici et là en feuilles, le recouvrait excellemment.
Hors du centre médian de l'équateur et du quadrangle susmentionné et décrit, hors d'un feuillage antique, s'élevait un vaisseau de style ancien, et très beau, dont le circuit n'excédait pas le contenu du plan quadrangulé, et ceci avec tout le reste de l'ouvrage, et chaque enquête, essai et examen proportionné, tant dans la largeur et l'épaisseur les plus hautes, avec des lignements de vaisseau très convenables, diligemment délimés et limés, puis finis avec une déformation absolue et polie.
Duquel, hors de l'orifice supprimé, montait un autre vaisseau creux, dont le compas excédait le vaisseau sujet susdit, sillonné et cannelé tout autour, d'une grande largeur et de larges bords si bien façonnés qu'il est possible pour tout orfèvre de battre avec son marteau.
Au point central duquel montait et se haussait un autre vaisseau d'une exécution incroyable.
Au fond duquel troisième se trouvaient de petites arêtes gonflées vers l'extérieur, les sommets d'elles entourés d'une rangée de diverses pierres inestimables, dépassant et différant en couleurs, comme il pouvait le mieux contenter l'œil d'un lapidaire curieux et d'une intelligence habile.
Sur celui-ci, de chaque côté, était faite une tête de monstre, de laquelle, des deux mains, procédait la garniture de celui-ci en un ouvrage exquis et très rare de feuilles, investissant celui-ci autour avec le congrès de la tête opposée, et ornant finement cette partie du vaisseau.
Et dans la saillie de la lèvre du vaisseau au-dessus du point perpendiculaire de la tête, était fixé un anneau, duquel, de chaque côté, pendait une guirlande de branches, feuilles, fleurs et fruits, devenant plus gros vers le milieu, avec une fixation parfaite à chaque anneau.
Sur la courbure moyenne de la guirlande, et sous la projection de la lèvre du vaisseau, était fixée et placée la tête d'un vieil homme, avec sa barbe et les cheveux de sa tête transformés en feuilles d'ortie, et de la bouche duquel jaillissait l'eau de la fontaine par art continuellement dans le creux du large vaisseau sous celui-ci.
Sur l'ouverture de ce dernier vaisseau décrit montait une colline précieuse merveilleusement amassée, et formée d'innombrables pierres de roche précieuses rondes se fermant l'une avec l'autre inégalement, comme si la nature les avait jointes en croissant, faisant une colline composée ronde, magnifiquement scintillante de diverses sortes et couleurs dans une grandeur proportionnée.
Et en haut, sur le sommet de cette petite colline, poussait un fin grenadier, le corps, les branches et le fruit faits tout d'or, les feuilles d'émeraude verte. Le fruit de leur grandeur naturelle ici et là adroitement placé, leurs côtés coupés, et à la place des grains, ils étaient pleins de rubis les plus parfaits, aussi gros que les grains.
Après cela, l'ingénieux Artificier ne manquant d'aucune invention, il sépara les grains au lieu de la membrane avec une feuille d'argent.
Et de plus, dans d'autres pommes, ouvertes, mais non mûres, il redoubla l'épaisseur de la feuille, faisant les grains d'une couleur orientale, ainsi fit-il aussi les fleurs de corail parfait, dans les calices pleins d'abeilles d'or.
Outre cela, hors du sommet de la tige creuse, comme un tuyau, sortait une tige tournante, la partie la plus basse de laquelle reposait dans une tête, formée du tronc médian ou tuyau juste au-dessus de l'essieu.
Laquelle tige ou stipite étant fortement fixée, elle portait un vaisseau de topaze d'une forme ancienne, la vasque duquel au fond était large, et se gonflant avec des arêtes dans l'ouverture, rarement embelli d'une corniche, et mis sous une autre.
Dans ce rapprochement et cette liaison ensemble en quatre divisions égales, il y avait quatre têtes ailées d'un petit enfant, avec quatre tuyaux dans leurs bouches.
Le reste montait autant que la grandeur inférieure du vaisseau, étant fermé à l'orifice avec un feuillage inversé. Sur lequel était placé un autre vaisseau comme s'il s'agissait d'un couvercle circulaire d'un ouvrage de feuilles des plus curieux, avec une petite corniche, et un orifice artificiel.
Du fond duquel commençait une queue fleurie de dauphin fixée et soudée à la gracilité du vaisseau, descendant avec sa tête ailée de feuilles, vers le bord circulant du vaisseau où les têtes d'enfants étaient fixées. Et avec un gonflement modéré autour de la tête, et un resserrement vers la queue, ils s'ajustaient pour les oreilles d'une manière belle. Et toute cette partie inclinante avec un polissage exquis faisait une montre expresse des lignements les plus curieux.
Le vaisseau supérieur était si parfaitement ouvragé que, lorsque la roue était mue, la tige avec le vaisseau au sommet de celle-ci tournait et versait de l'eau à travers l'arbre, et lorsque la roue restait immobile, alors cela cessait de tourner.
Les roues étaient à moitié couvertes de deux ailes, les pointes tournant l'une d'un côté, et l'autre d'un autre côté, ornées d'un ciselage de sirènes ou de Scylles.
Cette excellente pièce d'ouvrage courant ainsi devant chacun, et mouillant nos mains et nos pieds d'une douceur incroyable, telle que je n'en avais jamais senti auparavant, nous séchâmes nos mains, et il fut emporté.
Et étant ainsi aspergés de cette eau rare et majestueuse, les serveurs avec grande révérence présentèrent à la Reine d'abord une grande coupe d'or, et son altesse nous saluant affablement, but du Nectar, et ensuite chacun de nous après l'autre, avec des honneurs révérencieux, mutuels et solennels faits, but un très plaisant adieu et clôture de toutes les friandises précieuses que nous avions goûtées et dont nous nous étions nourris.
Enfin, les fleurs odorantes étant diligemment retirées, et toutes choses qui avaient été utilisées portées de là, le pavé resta pur et brillant comme un miroir d'acier très clair, et comme rivalisant avec les joyaux précieux tout autour.
Et chacun étant assis à sa place assignée, la haute et puissante Princesse commanda à une compagnie de venir, et de se tenir sur les damiers de jaspe, jamais pareils auparavant vus ou imaginés par aucune créature mortelle.
Poliphile suit pour montrer outre ce grand banquet une danse ou jeu très excellent, et comment la Reine le confia à deux de ses Nymphes, lesquelles le menèrent et conduisirent à la vue de maintes choses merveilleuses, et comme ils parlaient, montrèrent à lui les secrets de telles choses dont il était en doute. Finalement, comment ils vinrent aux trois portes, au milieu desquelles, il resta parmi les Nymphes amoureuses.
Ayant parlé quelque chose de l'excédente et incomparable gloire, triomphe, trésor inconnu, abondants délices, banquet solennel, et du boire le plus honorable et somptueux de cette très heureuse et riche Reine, si je n'ai pas distinctement et parfaitement exprimé sa plus haute dignité, que la curieuse compagnie ne s'en étonne, car tout esprit mûr, vif et prêt, orné d'une langue franche, éloquente et abondante, n'est pas capable d'accomplir la moindre partie de son devoir.
Et bien moins moi, qui souffre continuellement en chaque lieu secret de mon cœur brûlant, une lutte incessante malgré l'absence de Polia ma maîtresse, la propriétaire de tout mon savoir, et l'emprisonneuse de mes perfections.
Outre cela, en vérité, les maintes merveilles en excellence, et variété inouïe, si inaccoutumées, rares et étranges, inestimables et non humaines, ont si oppressé, chargé et accablé mes sens, avec la gourmande et excessive contemplation et observation de leurs variables diversités, que de point en point je ne suis aucunement capable de les décrire, et bien moins digne de les publier.
Tout et le plus que je peux faire, est de penser à l'habillement riche, la provision exquise, les apprêts curieux, les beautés ambitieuses et blessantes parfaites sans imperfections, leurs jugements profonds, l'éloquence émilienne, et la bonté plus que princière, la notable disposition et ordre d'Architecture, la durable Symétrie et proportion du bâtiment, parfait et absolu, la noblesse de l'Art de maçonnerie et de lapidarie, les directions et le placement des Colonnes, la perfection des statues et représentations, l'ornement des murs, la diversité des pierres, l'entrée majestueuse et le porche princier, la grande Galerie, les pavés artificieux, nul homme ne pensera avec quel coût et quelle charge embellis et pendus avec des Arras précieux et de la Verdure. La spacieuse et haute Cour intérieure, les bonnes chambres à coucher, les chambres de retrait intérieures, les salons, les bains, la bibliothèque et le pinacle, où les armoiries, écussons, tables peintes, et les contrefaits d'étrangers étaient gardés, et avec une majestueuse convenance et ordre placés et solennellement distribués.
Dans laquelle capacité de conception, performance merveilleuse, charge incroyable et haute recommandation de l'excellent Artificier, dignement alloué en chaque partition et convention élégante d'exquis Lignements. Je contemplai aussi une merveilleuse conlignation ou couverture torsadée d'ouvrage d'orfèvre, sur une Cour plate carrée, croissant également, sans comparaison comme un ciel, avec une distance disposée de maintes sortes de proportions, avec diverses Dimensions libellées, faisant de l'ombre sur la Cour, avec une Éminence Arquée, qui était au-dessous, ornée de Lignements couronnés et de gravures, y étant convenables, comme Fasceoles, Gululles, et Ovalling, et les feuilles d'Achanthus, léchant pour ainsi dire dans les coins de la Cour quadrangulée. Avec des Roses et l'ordre croissant de leurs feuilles, la feuille supérieure moindre, leurs dentelures autour des feuilles, et l'espace entre feuille et feuille. Toutes choses couvertes d'or pur fin et de couleur Azur, avec diverses autres proportions et contrefaits de substance, égaux avec leur exécution. La toiture de Salances Roi de Colchide, ne peut se comparer avec ceci.
Puis la délicieuse fertilité des haies, Vergers, Jardins arrosés, Fontaines jaillissantes, courants de ruisseaux dans des Chenaux de Marbre, contenus, formés et tenus, avec un Art incroyable, les Herbes vertes, toujours fraîches et fleurissantes, un air suave, des vents chauds et printaniers, avec un charme confus d'oiseaux chantant et gazouillant, un air pur, beau et clair, et toujours continuant tempéré et sain, pays libre de danger et propre, ni lieux escarpés ni rocheux, pincés et soufflés par des vents aigus, ni brûlés par un Soleil chaud intempéré, mais sous une température suave et plaisante, se réjouissant dans un moyen modéré, entre deux extrêmes, les champs fertiles et sans labourage et fumure, donnant toutes commodités, collines chaudes, bois verts et douces ombres fraîches.
Aussi le mobilier inestimable, le ménage attendant et grand nombre, leur excellent service, la diversité des jeunesses, et tous dans la fleur de leurs années. La délicieuse présence des Nymphes, tant attendant au dehors en la présence et les chambres, sa sorte la plus basse, leurs comportements honorables et gracieux, leur diversité d'habillement, atours et apprêts mis avec Perles et pierre, en une sorte permise, plaisante et aimable, comme toute personne peut imaginer ou exprimer. Avec ces richesses infinies, délices suprêmes, et trésor immesurable, ni Darius, Crésus, ou tout autre état humain, quel qu'il soit, ne pouvait aucunement se comparer.
Et ainsi pour conclure, étant vaincu par la gloire d'eux, je ne sais quoi dire de plus, sinon que je restai émerveillé, et pour ainsi dire sans sens, et pourtant dans un grand plaisir et sans lassitude, contemplant ces objets présents, et calculant avec moi-même quel destin et quelle destinée devraient me conduire et mener dans un tel lieu.
Mais ensuite me trouvant dans une telle accumulation de gloire, siège plaisant, heureux Pays, grand contentement et compagnie triomphante, tels que Clodius le Joueur de Tragédies n'avait jamais vus. J'étais modérément converti, malgré la promesse de la Reine, de favoriser mon désir amoureux, comptant tout, sinon comme des plaisirs de l'œil que jusqu'ici j'avais vus et m'avaient été présentés, désirant toujours un plus grand bonheur.
Pour quelle cause, et pour la plus grande mise en évidence de l'excès et de l'excellence abondante, au-delà de tout le reste de sa royale magnificence, chacun étant assis à sa place après le banquet miraculeux, merveilleux et somptueux, sans aucun délai, elle commanda un jeu d'être joué par des personnages, non seulement digne de la contemplation, mais d'éternelle mémoire, qui était un jeu d'Échecs, en cette sorte comme suit.
Par l'entrée du rideau entrèrent trente-deux Nymphes, dont seize étaient vêtues de drap d'or (huit uniformément sans différence de degrés) ensuite une de ces seize était vêtue de robes princières comme un Roi, et l'autre comme une Reine, avec deux gardiens de tour ou Rooks, comme nous les nommons, deux gardiens de conseil ou Secrétaires, que nous nommons Évêques, et deux Chevaliers. De même sorte étaient huit autres en drap d'argent, sous le même gouvernement et magistrature que susdit.
Chacune d'elles, selon ses devoirs, prit place sur les carreaux du pavé, c'est-à-dire seize en or d'un côté, en deux rangées, et seize en argent du côté opposé.
La Musique commença soudain, avec une invention rare, à sonner une charge d'une plaisante concorde, partageant ensemble une mélodie douce et tonnante, possédant en elle une fureur divine.
Au son mesuré et à la cadence de la Musique, sur leurs carreaux, ainsi qu'il plut au Roi de commander, les pions se tournant avec une révolution décente, honorant le Roi et la Reine, sautèrent sur un autre carreau devant eux.
Le Roi des hommes blancs, sa musique résonnant, commanda à celle qui se tenait devant la Reine d'avancer, et celle-ci, avec un comportement tout aussi révérencieux, fit avancer son continent et demeura immobile. Et selon la mensuration du temps musical, dans cet ordre, ils changeaient de place ou poursuivaient leur danse sur les carreaux, jusqu'à ce qu'ils fussent pris ou commandés d'avancer par le Roi.
Si la musique gardait toujours la même mesure, ces huit pions uniformes employaient le temps à avancer sur un autre carreau, ne revenant jamais en arrière jusqu'à ce que, dignement et sans toucher ni abattement de courage, ils eussent sauté sur la ligne de ce carré où se trouvait la résidence de la Reine, poursuivant tout droit, à moins qu'elle ne prît un prisonnier par une ligne diagonique.
L'Évêque allait en ligne diagonique, gardant toujours ce carreau coloré sur lequel il se tenait d'abord.
Le Chevalier, par-dessus deux carreaux devant lui, prend le suivant de l'une ou l'autre main, et d'une couleur contraire à celle sur laquelle il se tenait immédiatement auparavant.
Les gardiens de château ou Tours pouvaient passer par-dessus maints carreaux tout droit, comme il leur plaisait sur commande, de sorte qu'ils pouvaient aller d'un, deux, trois, quatre ou cinq carreaux, gardant une mesure et ne s'arrêtant point dans leur marche.
Le Roi pouvait aller sur n'importe quel carreau si nul ne s'y trouvait, ou en arrière, et faire bouger tout autre pour lui, et lui faire place.
La Reine pouvait aller en toute direction, mais il est préférable qu'elle soit près de son époux de tous côtés.
Et toutes les fois que les officiers de l'un ou l'autre Roi trouvent l'une sans garde ni aide, ils la prennent prisonnière, et toutes deux s'embrassant, celle qui est vaincue et prise s'en va et se tient à l'écart.
Ainsi continuaient-ils à jouer et à danser selon le temps de la musique, avec grand plaisir, solace et applaudissements, jusqu'à ce que le Roi des Nymphes d'argent fût vainqueur et conquérant.
Ce sport solennel, entre résistance en reculant et secondement les uns des autres, avec une telle circulation mesurée, révérence, pause et modeste continence, dura l'espace d'une heure, ce dont je tirai un tel plaisir et une telle délectation que j'imagine (et non sans raison) que je fus soudain ravi du goût des sports de l'Olympe vers une félicité nouvelle.
Ce premier jeu terminé, et la conquête obtenue, tous retournèrent à leurs places accoutumées, et de la même manière qu'au premier, ainsi la seconde fois chacun à ses carreaux assignés, la Musique changeant sa mesure, les mouvements et gestes des joueurs furent altérés.
Et observant le temps de la musique dans un ordre convenable, et geste et art approuvés, qu'il ne fut besoin de commander ni de dire aucune chose.
Mais les Nymphes rusées et expertes, avec leurs tresses abondantes répandues sur leurs délicates épaules, pendaient en ondulant, et dans leur mouvement vers l'avant, elles s'écoulaient en longueur, montrant quelque peu leur dos, portant autour de leurs têtes des guirlandes et des couronnes de violettes. Et quand l'une était prise, elles levaient leurs bras et frappaient des mains. Ainsi jouant et courant de long en large, le premier demeura toujours conquérant.
Au dernier jeu et danse, étant tous retournés à leurs places distribuées, la Musique sonna de nouveau une mesure phrygienne, avec une fureur aussi parfaite et provocatrice que jamais Marsyas de Phrygie en inventa.
Le Roi en robes d'or fit avancer la jeune Damoiselle qui se tenait devant la Reine jusqu'au troisième carreau, direct au premier mouvement, sur quoi immédiatement on vit une bataille et un Tournoi, avec des forces si vives et soudaines, se penchant jusqu'au sol comme s'ils se tenaient tapis sur leur garde, et soudainement après, cabriolant avec un tour deux fois au-dessus du sol, l'un juste à l'opposé de l'autre, et à leur retour au sol, avec tout cela, un tour sur la pointe des pieds trois fois sur soi-même.
Toute cette Action, ils la firent en un même temps, avec une telle grâce et agilité que rien ne pouvait être meilleur, avec leurs basses inclinaisons, hautes cabrioles et tournures, sans affectation d'effort, comme il semblerait avec facilité et insouciance à loisir et gestes doux, comme en une telle chose on peut imaginer, et nulle part ailleurs à voir. Jamais l'un ne troublant l'autre, mais quiconque était fait prisonnier embrassait aussitôt son Conquérant, et vidait la place. Et plus le nombre était réduit, plus grand était le plaisir de percevoir les politiques de chaque côté pour vaincre l'autre.
Et un tel ordre et mouvement était utilisé par chacun, en une sorte louable sans faute, comme la mesure et le temps de la Musique l'ordonnaient, remuant même ceux qui regardaient pour avoir un mouvement dans leurs nerfs et leurs esprits pour faire de même, tant il y avait de concorde et d'accord entre la nature et la Musique, surtout en voyant l'exécution de celle-ci dans les actions des autres.
À cette occasion, je fus ému de rappeler la force de Timothée, le plus rusé musicien, qui avec sa voix et sa mesure sur son Instrument pouvait provoquer le grand Alexandre de Macédoine à prendre violemment les Armes, et soudainement, changeant sa voix et son air, à oublier celle-ci et à s'asseoir avec contentement. En ce troisième jeu, ceux vêtus d'or triomphèrent dans la victoire.
Ainsi honorablement, avec un plaisir excessif et une grande solace, ce somptueux festin étant achevé, chacun s'apprêta à s'asseoir. Et moi, me levant, fis révérence devant le siège Royal de sa sacrée majesté, et m'agenouillant sur mon genou, elle me dit ainsi.
Poliphile, oublie maintenant, et efface de ta mémoire tous chagrins passés, ennuis survenants, pensées pensiveuses et dangers surmontés, car je suis assurée de ton futur plein contentement de désir.
Et voyant que ta détermination est de persévérer résolument dans les flammes amoureuses et l'amour de Polia, je juge convenable que pour le recouvrement de celui-ci, tu te rendes aux trois Portes, qui sont les lieux résidents de la haute et puissante Reine Telosia, en quel lieu sur chacune de ces Portes et Portails, tu verras son titre et nom inscrit. Lis-le diligemment, mais pour ta meilleure direction et sauvegarde, tu auras pour t'accompagner deux de mes servantes, qui connaissent très bien le chemin, et ainsi va en avant sans doute avec un heureux succès.
Et là-dessus, avec une princière bonté, elle retira de son doigt un Anneau d'or, ayant serti en lui un Anchite, et me le remit pour me souvenir de sa bonté.
À cet avis et ce précieux don, je devins aphasique, ne sachant que dire ou faire, en reconnaissance ou en rendant grâces. Ce que son Altesse percevant, maternellement et avec une prompte nature dans une gravité majestueuse, tourna son visage vers deux nobles et belles Nymphes, attendant près de son Trône Royal et impérial, disant ainsi à l'une d'elles sur son côté droit.
Logistica, tu seras celle qui accompagnera notre invité Poliphile, et avec une grâce sacrée et honorable, elle se tourna vers la main gauche disant, Thelemia, tu iras aussi avec lui. Et vous deux, montrez-lui et instruisez-le à quelle Porte il doit demeurer, et alors Poliphile, elles t'amèneront à une autre puissante et majestueuse Reine, qui si elle est libérale envers toi en divertissement, tu es heureux, si au contraire, alors mécontent.
Néanmoins, nul ne connaît son intention par son visage, car parfois elle se montre pleine de faveur, d'amour et de dispositions plaisantes. Une autre fois elle est maligne, revêche, dédaigneuse, avec des passions instables et incursives. Et c'est elle qui détermine de tels événements que tu recherches. Et pour sa condition obscure, elle est à juste titre appelée Thelosia.
Sa résidence n'est pas dans un tel palais majestueux que tu me vois habiter.
C'est pourquoi je voudrais que tu comprennes que le principal ouvrier dans la création de la nature ne fit rien de comparable à moi, ni la terre ne peut te montrer plus grand trésor que de venir en ma présence et goûter de ma bonté, obtenir ma faveur et participer de ma qualité.
Et donc estime-le selon sa valeur, car ce que tu trouves en moi est un Talent céleste au-dessus de tous joyaux terrestres, car je n'ai pas eu ma résidence en l'homme depuis sa chute.
Ils peuvent imaginer de moi, mais ils ne me connaissent pas, ni n'exerçai-je aucune règle avec eux pour mon propre bien.
Maintenant, la Reine Telosia, elle demeure dans un lieu de ténèbres nuageuses, sa maison est tenue close et fermée, car elle ne veut pas se montrer à l'homme, ni anatomiser, découvrir et mettre à nu ce qu'elle est, et pour cette cause l'événement de sa détermination variable est gardé secret.
Mais d'une merveilleuse façon, elle se transforme, avec circonspection, à contre-poil, en diverses modes, ne se manifestant pas, bien que désirée.
Et quand les antiques Portails te seront ouverts, en chacun sera écrit ce qui t'arrivera, mais tu ne percevras point cela, à moins qu'en quelque partie ton entendement et ta sagesse, énigmatiquement et avec un jugement droit et sincère, n'y regardent, et n'y considèrent rapidement, car elle se change ambiguëment en habit et visage, et par cette douteuse animadversion, un homme demeure déçu de son attente sans remède.
Et donc Poliphile, ce que ces mes servantes consignées, dignes de confiance et appointées, te conseilleront par suggestion, et à quelle Porte tu devras entrer et demeurer, celle de ces deux-là à laquelle il te plaira le mieux de prêter l'oreille, fais-le : car elles ont quelque entendement d'elle.
Et ayant ainsi parlé, elle fit un signe ou un geste de la tête aux deux Nymphes Logistica et Thelemia, qui aussitôt sans délai furent obéissantes à son commandement. Et moi étant prêt à parler, ne savais ni que dire, ni n'osais à une si haute majesté, et pour de si grandes bontés, donner un mot.
Les deux compagnes appointées de mon voyage, très favorablement, et avec une familiarité empressée et des gestes virginaux, me saisirent, l'une par la main droite, et l'autre par la gauche, et révérencieusement obtenant licence, d'abord de la Reine, et prenant congé du reste, sortirent par le chemin même par lequel j'étais entré.
Et moi étant désireux et non satisfait, je me tournai vers le porche conspué, pour contempler diligemment le palais artificieux, merveilleux et parfait de l'Art de bâtir.
La subtilité duquel nulle excogitation humaine n'est capable d'imiter.
Et donc je pensai que la nature avait fait cela pour une merveille de toutes ses œuvres pour commodité, usage, grâce, beauté, air et durabilité continuelle.
Pour quelle cause, j'étais excessivement désireux de rester et de le regarder, mais mes meneuses et guides ne voulaient me le permettre, et pourtant par le vol de mon œil dans le Zophore, au-dessus de la porte, je notai cette inscription, +HO TE:S PHUSEO:S OLBOS+.
Et autant qu'avec mes sens vifs je pus emporter, je pris en sortant, avec autant de plaisir et de délectation qu'il est possible d'exprimer. Ô heureux serait celui qui pourrait n'être qu'un larbin ou esclave de cuisine en un tel Paradis.
Maintenant étant venu dans la basse cour, entourée et parée d'orangers, Thelemia avec grande courtoisie me dit ainsi, outre et au-dessus de toutes les choses merveilleuses et étonnantes que tu as encore vues et contemplées, il en reste encore quatre derrière que tu verras.
Et sur le côté gauche de l'incomparable palais, elles m'amenèrent dans un beau Verger d'une dépense, d'un temps et d'une subtilité d'ouvrage excogitables, dont le continent et le circuit étaient autant que le plan du Palais, où était la résidence et demeure de la Reine.
Autour, tout près des murs du Verger, étaient disposés des pots de jardin convenables dans lesquels, au lieu de plantes croissantes, chacune était de pur verre, dépassant l'imagination ou la croyance d'un homme, taillée en forme de buis, les racines et les tiges d'or, dont les autres provenaient.
Entre l'un et l'autre, était placé un cyprès, n'excédant pas deux pas de haut, et le buis un pas, empli de maints simples merveilleux, avec une imitation très excellente de la nature, et une plaisante diversité dans les modes de fleurs en couleurs distinctes très délicieuses.
Le plan labial entourant le verger quadrangulaire, sortant des murs comme un siège pour que ces pots de jardin et arbres susdits se tiennent dessus, était subcoronisé d'or par d'excellents linéaments ouvragés et ornés. La face supérieure de celui-ci, et sur laquelle ces pots et arbres se tenaient, était couverte d'un plâtre de verre doré, et une historiographie curieuse à voir en celui-ci, et entourée et maintenue par des fils et des filets d'or.
Le mur qui entourait le Verger à une distance convenable, était bombé avec des colonnes de la même matière, et investi de liens fleuris naturellement proportionnés, et çà et là étaient des colonnes quadrangulaires d'or chanfreinées, se cambrant de l'une à l'autre, avec une poutre, un Zophore et une corniche requis, avec une projection convenable et appropriée sur le chapiteau de verre sur le rond.
La substance de laquelle cette projection de matière fragile était de faux jaspe diversement coloré et brillant. Laquelle substance fragile avait quelque espace vide entre elle et l'autre.
L'ouverture des arches était arrêtée par des rhombs de verre clair en forme de triangle, et les tuyaux embellis par toute une peinture Encaustique, très gracieuse à la vue du spectateur.
Le sol était çà et là couvert de grandes balles rondes de verre ressemblant à des boulets de canon, et d'autres belles proportions fort plaisantes, avec un consentement mutuel inamovible comme des perles brillant sans aucune adultération par des foliatures. Des fleurs respirait une douce fragrance par quelque lavage clair avec de l'huile à cet effet.
Là, fort rusément, Logistica fit, tel un orateur, un discours en louange physiquement de cette excellente confection de la noblesse de la substance, du secret de l'art et de l'étrangeté de l'invention. Le semblable n'est point à trouver.
Et après, elle dit, Poliphile, allons et montons ce mont près du Jardin, et Thelemia restant au pied de l'escalier, nous montâmes au sommet plat. Où elle me montra, avec une éloquence céleste, un Jardin d'une large circonférence, fait en forme d'un Labyrinthe complexe d'allées et de chemins, non à fouler, mais à naviguer autour, car au lieu d'allées à fouler, il y avait des rivières d'eau.
Lequel lieu mystique était d'un terreau fort vigoureux et fructueux, rempli de toutes sortes de fruits, embelli par de belles sources, et d'herbes et de fleurs vertes, plein de toute solace et délice. Sur quoi elle parla ainsi.
J'imagine (Poliphile) que vous ne comprenez pas l'état conditionné de ce merveilleux exploit, et donc soyez attentif à mes paroles.
Quiconque entre ne peut revenir, mais comme vous voyez ces montagnes çà et là distribuées, sept circuits et les allées et venues distantes l'une de l'autre.
Et l'extrême molestation et douleur de ceux qui entrent est celle-ci : dans la montagne du milieu, au centre de celle-ci et à la bouche ouverte de la même, se cache invisiblement un vieux Dragon dévorant et mortel, il est une destruction totale pour certains, et d'autres ne sont pas blessés à mort par lui. Il ne peut être vu ni évité, ni ne laisse-t-il aucun inassailli, mais soit à l'entrée, soit dans leur voyage, il détruit ou blesse. Et s'il ne les tue pas entre une montagne et une autre, ils passent les sept circuits jusqu'au mont suivant.
Et ceux qui entrent par la première tour ou mont (sur lequel est ce titre inscrit +DOXA KOSMIKE:O:S POMPHOLYS+.) naviguent dans un petit navire avec un vent prospère, et sûrement à plaisir : les fruits et fleurs tombent sur leurs écoutilles, et avec grande solace et plaisir ils coupent à travers les sept révolutions avec un vent joyeux, jusqu'à ce que le second mont soit découvert et atteint. Et marquez et contemplez (Poliphile) combien clair et brillant est l'air à l'entrée, par rapport à ce qu'il est dans le centre, autour duquel est une obscurité épaisse.
Dans le premier mont ou tour, il y a toujours résidente une matrone pitoyable et généreuse, devant laquelle se tient un ancien vaisseau appointé appelé Vrna, en état de préparation, ayant sur lui sept lettres Grecques comme ceci +THESPION+, plein de miel appointé, et à chacun qui entre, très courtoisement et avec bonne volonté, elle en donne un sans respect d'état et condition, mais selon leur entrée.
Ceux-ci étant reçus, ils sortent, et commencent à naviguer dans le Labyrinthe, l'eau étant environnée de chaque côté de roses, arbres et fruits.
Et ayant navigué les premières sept révolutions du Bélier, et étant venus au second mont, là ils rencontrent d'innombrables troupes de jeunes femmes de diverses conditions, qui demandent à chacun la vue de leur miel, qui étant montré à elles, elles connaissent aussitôt la propriété du miel, et la bonté de celui-ci, et l'embrassant comme leur invité, elles l'invitent avec elles à passer à travers les sept révolutions suivantes, et avec divers exercices selon sa promptitude inclinée, elles les accompagnent jusqu'au troisième mont.
En ce lieu, celui qui veut aller en avant avec sa compagne, elle ne l'abandonnera ou ne le laissera jamais : car il y a beaucoup plus de femmes voluptueuses plaisantes. Et beaucoup refusent les premières et font choix de celles-ci.
En s'éloignant du second mont, pour venir au troisième, ils trouvent le courant de l'eau quelque peu contre eux, et ont besoin de rames, mais étant tombés du troisième mont, faisant leur cours vers le quatrième, ils trouvent la marée et le flux plus contre eux, et en ces sept cours obliques leur plaisir est variable et inconstant.
Étant venus au quatrième mont, ils trouvent d'autres jeunes femmes combattant et se battant, et celles-ci examinant leurs pots de miel, elles les attirent à leur exercice, mais ceux qui refusent de quitter leurs premières compagnes, elles les laissent passer ensemble, et dans ce circuit l'eau est encore plus contraire et troublante, où il y a besoin de grande étude et de labeur pour passer en avant.
Et étant venus au cinquième mont, ils le trouvent spéculable, comme un miroir dans lequel ils voient leurs représentations, et en cela ils prennent grand délice, et avec un désir fervent ils poursuivent leur cours laborieux. Dans ce mont ils voient cette sentence et dicton doré manifesté, Medium tenuere beati : non linéaire, ni local, mais temporel, où par un examen sincère et parfait il discerne ce moyen avec lequel il a joint sa félicité, sagesse et richesses : ce qui, si ce n'est bien, dans le reste de son cours il faiblit d'autant plus.
Et se détachant de là, les Eaux en raison des cercles brisés commencent à être fort glissantes vers le Centre, de sorte qu'avec peu ou point de rame, ils sont amenés au sixième Mont. Et là ils trouvent d'élégantes Femmes, avec un air de modestie céleste et culte divin, de la vue et du visage desquelles les Voyageurs sont pris dans leur amour, condamnant leurs précédents avec dépit et haineuse abhorrence. Et avec celles-ci ils font connaissance, et passent les sept révolutions.
Ceux-ci étant venus avec un air obscur et brumeux, avec maintes pertes et un voyage grief, ils commencent à se souvenir de ce qu'ils ont passé et perdu : car plus le compas de la révolution tire près de la découverte de la Figure du Centre, plus tôt ils sont passés, toujours plus courts et plus courts, et plus rapide est la course du flux dans l'avaleuse gorge du Centre.
Et puis, avec une affliction extrême et une angoisse amère, se souvenant de l'abus de leurs plaisirs, et des compagnons qu'ils ont délaissés, et des lieux doux, ce qui augmente d'autant plus leurs chagrins, pour le fait qu'ils ne peuvent retourner ni revenir en arrière avec leur Navire, une telle compagnie continue de les suivre à la poupe avec leurs gaillards d'avant. Et ce qui les consterne le plus, c'est la lourde sentence au-dessus du Centre médian, Theonlykos Dys Algetos.
Et là, considérant le titre déplaisant, ils maudissent le temps de leur entrée dans le Labyrinthe, qui a en lui tant de délices variés, et dont la fin est sujette à une telle misérable et inévitable nécessité.
Et puis elle, souriant, dit : Poliphilus, au-dessus de la gorge dévorante de ce Centre, siège un juge sévère, qui balance les actions de chacun, et aide celui qu'il veut aider. Et parce qu'il serait fastidieux de te tout dire, que ceci suffise ici. Descendons vers notre compagne Thelemia, qui demandant la cause pour laquelle ils demeuraient si longtemps en haut, Logistica répondit : il ne suffit pas à notre Poliphilus de seulement contempler, mais aussi de comprendre par moi le secret de ces choses, qu'il ne pouvait aller savoir, en quoi je l'ai satisfait. Et quand elle eut fini, Thelemia dit.
Allons un moment vers un autre jardin non moins plaisant, joignant au jardin de verre, sur le côté droit du Pallas : et quand nous y fûmes entrés, je fus stupéfait d'un étonnement excessif, de voir la curiosité de l'ouvrage ; aussi malaisé à rapporter qu'incroyable à croire : équivalent à celui de verre, avec une disposition semblable de bancs ou de tertres ; leurs lèvres ornées de corniches et de fonds dorés, et de tels arbres, sinon que les buis et les cyprès étaient tous de soie, hormis les corps et les branches plus grandes, ou la force des bras : le reste, comme les feuilles, les fleurs et l'écorce extérieure, était de fine soie, ne manquant pas de perles pour embellir le tout : et la couleur parfaitement fine, sentant comme les fleurs de verre susmentionnées, et de même, sinon que les murs qui les entouraient, d'une somptuosité merveilleuse et incroyable, étaient tous recouverts d'une croûte de perles, étroitement jointes et assemblées : et vers le sommet, jaillissait du lierre vert, les feuilles s'épaississant et buissonnant à partir des perles, avec les tiges et les veines d'or courant en divers endroits entre les perles, d'une manière fort rare et curieuse, comme si ç'avait été du lierre croissant, avec des baies de pierres précieuses serties dans les tiges en petits bouquets : et dans les buissons, il y avait des tourterelles de soie, comme si elles s'étaient nourries des baies, tout le long des côtés des murs du jardin en carré : au-dessus desquels, dans un ordre magistral et requis, s'étendaient la poutre et le Zophore d'or.
Le plat uni des bancs, sur lesquels se tenaient les buis, était recouvert d'Histoires d'amour et de vènerie, dans un ouvrage de soie et de fils d'or et d'argent, dans une proportion imaginaire et une imitation si parfaite que personne ne saurait faire mieux. Le sol du jardin nivelé était fait de feuilles, d'herbes et de fleurs de soie, comme une belle et douce prairie : au milieu de laquelle se trouvait une large et belle tonnelle ronde, faite avec du fil d'or, et recouverte de roses du même ouvrage, plus belles à l'œil que si elles eussent été des roses vivantes, sous laquelle couverture, et à l'intérieur de laquelle tonnelle, sur les côtés, se trouvaient des sièges de jaspe rouge, et tout le pavé rond en jaspe jaune, selon la largeur du lieu, avec des taches de diverses couleurs, s'accordant confusément dans une plaisante union adultérée, et si clair et brillant que chaque objet y était représenté. Sous cette tonnelle, la belle et plaisante Thelemia, s'asseyant avec délectation, prit son Luth qu'elle portait avec elle, et avec une mélodie céleste et une douceur inouïe, elle commença à chanter à la louange et aux délices de sa Reine. Et voyant quelle grâce donnait à sa compagnie sa camarade Logistica, je m'étonnai qu'Apollo ne vînt pas écouter l'Harmonie faite par elles : elle était si mélodieuse, que pour le moment présent on aurait pu penser qu'il n'y avait pas de plus grande félicité. Et après qu'elle eut terminé ses divins Poèmes, Logistica me prit par la main et me mena hors de la tonnelle, me disant.
Poliphilus, tu comprendras que le dessein de ces objets est plus plaisant à comprendre qu'à contempler, et c'est pourquoi entrons ici, pour être satisfait en les deux.
Et de là, elle et sa compagne m'amenèrent de ce jardin à un autre, où je contemplai un arceau aréostyle, courbé du sol jusqu'au sommet, de cinq pas de haut et trois de large, et ainsi continué tout autour du pourtour du jardin, dans une proportion ordonnée et requise, tout investi et recouvert de lierre vert, de sorte qu'aucune partie du mur n'était visible. Et il y avait cent Arches pour le pourtour de ce jardin.
Près de chacune des Arches, se trouvait un Autel de porphyre rouge, curieusement proportionné avec des linéaments exquis ; et sur chacun d'eux était placée une image d'or, semblable à une Nymphe, de rares et belles apparences, diversement vêtue, et variant dans leurs atours et leurs coiffures, chacune tournant ses yeux vers le Centre du jardin.
Dans lequel lieu central, il y avait une Base, faite d'une pierre de calcédoine claire comme du cristal, de forme cubique : c'est-à-dire, carrée de la même manière de tous côtés. Et au-dessus était posée une pierre ronde, mais plate des deux côtés, haute de deux pieds, et par le diamètre, d'un pas et demi, du plus pur jaspe rouge. Sur laquelle se dressait une pierre très noire, en forme triangulaire, et en quantité pour la largeur, s'adaptant au rond, et en hauteur d'un pas et demi. Les coins de ce triangle coïncidaient avec les côtés et le limbe de la plinthe ou pierre ronde sous-jacente.
Dans les fronts polis et lisses de ce triangle, était fixée une belle Image, d'un aspect céleste, grave et modeste, dont les pieds ne touchaient pas la pierre, mais se tenaient en saillie juste au-dessus de la pierre ronde supprimée et placée dessous. Leurs statures étaient aussi hautes que le trigone pouvait le supporter, auquel elles adhéraient par leurs dos. Leurs bras étaient étendus, à la fois à droite et à gauche vers les coins du triangle, où elles tenaient une Corne d'abondance, remplie et attachée aux coins du Trigone, la longueur de chacune de ces Cornes d'or fin était de sept pieds.
Et les Images, les Cornes d'abondance, et leurs liens avec lesquels elles étaient attachées au milieu et tenues, étaient tous brillants, et leurs mains enchevêtrées avec les diverses cordes, s'éparpillant sur le plat uni de la pierre noire.
Leurs habits étaient de style nymphe, d'un travail très rare et excellent. Le Sépulcre de Tarnia, Reine des Scythes en Asie, n'était en rien comparable.
Dans la Figure Cubique inférieure, sur le plat uni de chaque carré, étaient gravées des Lettres Grecques, trois, une, deux et trois, de cette sorte. +DYS A LO: TOS+.
Dans la circulaire, il y avait trois Caractères Hiéroglyphiques, perpendiculairement sous les pieds de chaque Image. Pour le premier, était imprimée la forme du Soleil. Ensuite, sous un autre, la figure d'un sablier à l'ancienne.
Troisièmement, un plat avec une flamme brûlante dedans.
Sur la tête de la pierre noire trigonale, vers chaque coin, je contemplai un Monstre Égyptien d'or, couché à quatre pattes. L'un d'eux ayant un visage tout à fait semblable à celui d'un homme. L'autre, mi-homme et mi-bête. Et le troisième, comme une bête. Avec un voile de lin sur chacune de leurs têtes, avec deux pans pendant sur leurs oreilles, et le reste descendant et couvrant leurs cous et leurs dos, avec des corps de Lions. Leurs regards fixés droit devant.
Sur le dos de ces trois, se dressait une massive Flèche d'or, triangulaire, s'effilant vers le sommet, cinq fois plus haute que large à la base. Et sur chaque front ou face, était gravé un cercle, et au-dessus d'un cercle une Lettre Grecque, +O+. au-dessus d'un autre, une Lettre +O:+. et au-dessus du troisième, un +N+ Grec.
Là, Logistica commença à me parler, disant, par ces Figures est décrite, autant que la raison humaine peut le montrer, l'harmonie céleste. Et comprends Poliphilus, que ces Figures, avec une affinité et une conjonction perpétuelles, sont d'anciens Monuments, et des Hiéroglyphes Égyptiens, signifiant ceci, _Diuinæ infinitæque trinitati vnius essentiæ_. Ce qui est maintenant, par son saint mot, manifesté de façon très aimante au monde entier, selon sa volonté : et pourtant il ne sera pas mauvais de voir les antiquités, et de considérer quel plus grand bénéfice est obtenu par le précieux Évangile.
La Figure inférieure était consacrée à la Divinité, parce qu'elle est de toute façon semblable, et ne fait qu'une : et de chaque côté, et tournée de toute façon, d'une stabilité semblable, sur chaque base, constante et permanente.
Le cercle Circulaire se tenant sur celle-ci, est sans commencement ni fin. Sur les côtés circonférentiels duquel, ces trois linéaments sont contenus, directement sous chaque Image, selon la propriété attribuée.
Le Soleil avec sa lumière confortable, donne la vie à chaque chose, et sa nature est attribuée à DIEU.
Le second est le Sablier, qui est une direction providentielle, et le gouvernement de tout avec une sagesse infinie.
Le troisième est un Vaisseau de Feu, par lequel est entendue une participation d'Amour.
Et bien qu'ils soient trois choses distinctes, ils sont pourtant contenus et unis en un éternellement, communiquant leurs bénédictions avec un grand amour, comme vous pouvez le voir par les Cornes d'abondance à chaque coin de la pierre trigonale.
Et continuant son discours délectable, elle dit, sous la forme du Soleil, note ce mot Grec, Adiegetos. Près du Sablier, regarde ceci, Adiachoristos. Et près du Vaisseau de feu, était gravé, Adiereynes.
Et à cette fin, les trois Monstres sont placés sous l'Obélisque doré, parce qu'il y a trois grandes opinions semblables à ces Monstres : et comme celui au visage humain est le meilleur, ainsi les autres sont bestiaux et monstrueux.
Dans la Flèche, il y a trois côtés plats, lignés avec trois cercles, signifiant un pour chaque temps. Le passé, le présent et le futur ; et aucune autre figure ne peut contenir ces trois cercles, si ce n'est dans celle-ci, invariable. Et nul homme mortel ne peut, à un instant, discerner et voir parfaitement ensemble deux côtés de la même figure, sinon un intégralement, qui est le Présent : et c'est pourquoi, avec une grande connaissance, ces trois Caractères furent gravés, +O. O:. N+.
Pour quelle cause Poliphilus, non pas que je m'excuse d'être trop prolixe et fastidieuse, mais pour brièvement t'enseigner, et te remettre droit. Dans la connaissance de ceci, tu comprendras que la première Figure basale n'est connue que de lui-même, et d'un seul Fils de l'homme, qui a un corps humain glorifié et sans péché : et nous en voyons la clarté seulement comme dans un verre, et non clairement comme elle est, car elle est incompréhensible pour une substance finie.
Mais celui qui est doué de sagesse, qu'il considère sa glorieuse clarté. Mais pour la troisième Figure, qui est d'une couleur sombre et noire, où sont les trois Images dorées : _La Pierre Noire est la Loi : les Cornes d'abondance la nourriture : les trois Femmes la préservation du Genre Humain._
Maintenant, ceux qui veulent regarder plus haut, ils voient une Figure sous un aspect trin, et plus ils vont vers le sommet, où est l'union des trois, aussi sages soient-ils, leur entendement est imparfait : et bien qu'ils le voient, ils ne savent pas ce qu'ils voient, sinon qu'il existe une telle chose, en comparaison de laquelle ils sont des fous, leur pouvoir faible, et eux-mêmes rien.
Et là, Logistica ayant terminé son discours permis, procédant d'une connaissance absolue, d'un jugement profond, et d'une finesse d'esprit dans les matières Divines, et inconnue aux faibles capacités, je commençai ici à prendre un plus grand plaisir que dans toute autre œuvre merveilleuse, quelle qu'elle soit, que j'avais gracieusement contemplée avec mes yeux avides. Considérant en moi-même l'Obélisque mystique, l'ineffable égalité stataire, inamovible pour la durabilité et la perpétuité, et endurant incorruptible.
Où soufflait un air doux du ciel, avec des vents invariables, dans ce Jardin tout autour rempli de fleurs, d'un large et circulaire terrain permanent : entouré de toutes sortes de fruits, plaisants au goût et pleins de santé ; avec une verdeur perpétuelle, disposés et plantés selon un ordre régulier, à la fois beau, plaisant et commode ; avec le parfait travail et l'effort de la Nature pour l'amener à ce point, et embelli avec de l'or précieux.
Et Logistica se taisant, elles me prirent toutes deux par les mains, et nous sortîmes par l'ouverture de l'une des Arches, hors de l'enceinte du clos de lierre. Et en étant sortis, passant très contentement entre elles deux, dit Thelemia, hâtons-nous maintenant vers nos trois Portes où nous sommes envoyées.
Sur quoi, nous passant à travers un lieu abondant et une plaisante Contrée, avec un pas raisonnablement commode, je contemplai les cieux très clairs et brillants, et trompai le temps avec des discours joyeux, doux et délicieux. Et moi, désireux de comprendre chaque détail des richesses inestimables, des délices indicibles et du trésor incomparable de la Reine sacrée, (auquel Osyris le bâtisseur des deux Temples d'Or, l'un à Jupiter, et l'autre au royaume, doit céder la place,) je soulevai cette question.
Dites-moi je vous prie, belles Nymphes, (si ma curiosité n'est pas à votre mécontentement) parmi toutes les pierres précieuses que je pouvais parfaitement contempler de grande estimation et de prix, l'une m'a semblé inestimable, et sans comparaison la plus précieuse ; le Jaspe qui avait l'effigie de Nero gravée, il n'était pas beaucoup plus gros. Ni la Coruscante ne pouvait passer, dans la statue d'Arsinoe la Reine Arabe, son égale. Après elle, d'une telle valeur était le Joyau, dans lequel était la représentation de Nonius le Sénateur, comme ce Diamant étincelant et brillant, d'une rare et invisible beauté et grandeur, qui pendait à un riche carcan autour du cou neigeux de la Reine sacrée, quelle taille y avait-il dans celui-ci, que je ne pouvais percevoir à cause de la clarté et de mon éloignement. Et donc moi, étant ignorant en cela, désire le savoir.
Logistica, considérant ma demande honnête, me répondit incontinent. Sache ceci Poliphilus, dans le Joyau était gravé un trône impérial, et sur le trône le nom puissant de Iehouah en Lettres Hébraïques, et devant ce trône sont jetés et foulés aux pieds les Géants qui se sont fièrement élevés contre son mot, et ont résisté à sa volonté : sur le côté gauche du trône est une flamme de feu, sur la main droite une corne de salut, ou Corne d'abondance pleine de toute bonne bénédiction, et c'est tout ce qui est contenu dans le Joyau.
Alors je présumai davantage de savoir, que devaient signifier ces deux choses de chaque côté du trône, qui étaient tendues dans deux mains. Thelemia me répondit prestement, Dieu de son infinie bonté, propose à l'humanité sa miséricorde et son jugement, qu'ils choisissent ce qu'ils veulent.
Car ceci étant satisfait, je dis de plus. Puisque, très gracieuses Nymphes, mes discours ne vous sont pas déplaisants, et que je ne suis pas encore satisfait de tout ce que j'ai vu, je vous prie, laissez-moi comprendre ceci.
Avant l'horrible peur dans laquelle j'ai été jeté par le Dragon, je contemplai un énorme Éléphant de pierre, avec une entrée dans son ventre, où étaient deux Sépulcres, avec une écriture, dont la signification est trop mystique pour moi, qui était, que je ne devais pas toucher le corps, mais enlever la tête.
Logistica me fit aussitôt réponse. Poliphilus, je comprends très bien votre doute, et donc vous comprendrez que cette forme monstrueuse et cette machine ne furent pas faites sans une grande et merveilleuse sagesse humaine, beaucoup de travail, et une incroyable diligence, avec une perplexité d'entendement pour connaître la conception mystique. Tu te souviens que sur le visage pendait un ornement, avec certains Ideonix ioniques et Arabiques, ce qui, dans notre Langue maternelle, revient à dire, travail et industrie. Signifiant par là, que dans ce monde, quiconque veut obtenir une bénédiction qui lui soit bonne, il doit laisser le corps, qui est l'aisance et l'oisiveté, et s'adonner au labeur et à l'industrie, qui est la tête.
Elle n'eut pas plus tôt terminé ses mots à la fois plaisants et pénétrants, que je le compris très bien et lui rendis de grands remerciements. Et pourtant désireux d'être résolu en tout ce dont je doutais, et voyant que je pouvais parler hardiment, je fis cette troisième question. Très sage Nymphe, dans ma sortie du lieu souterrain vaste et sombre, alors que je passais, j'arrivai à un bon pont, et sur celui-ci, dans une pierre de Porphyre d'un côté, et une Ophite de l'autre, je contemplai gravés certains Hiéroglyphes, que tous deux j'interprétai, mais je restai dans le doute concernant certaines branches, qui étaient attachées aux cornes du crâne du Bœuf, et d'autant plus parce qu'elles étaient dans la pierre de Porphyre, et non dans l'Ophite de l'autre côté.
Elle me répondit sur-le-champ. Les branches, l'une est du Chardon ou épine de Judée, et l'autre de la Térébinthe. La nature desquels Bois est que l'un ne prendra pas facilement feu, et l'autre ne pliera, ne pourrira, ne consommera, ni ne sera mangé par les vers. Et ainsi est louée la patience, qui n'est pas allumée par la colère, ni domptée par l'adversité.
La nature de la pierre de Porphyre est de ce secret, qu'au fourneau elle ne brûlera pas elle-même, mais cause aussi aux autres pierres avoisinantes qu'elles ne brûlent pas. Et d'une telle nature est la patience, qu'elle ne sera ni altérée elle-même, ni ne souffrira aucune autre chose dans laquelle elle règne de tomber en furie. Et la pierre Ophite est d'une telle nature aussi.
Maintenant Poliphilus, je vous loue grandement, en ce que vous êtes désireux de comprendre de tels secrets : car contempler, considérer et mesurer ceux-ci, est une vertu louable, et le chemin vers la connaissance : sur quoi j'eus l'occasion donnée de rendre d'innombrables remerciements, pour ses grandes et favorables courtoisies.
Et ainsi avec des discours permis et délicieux, nous arrivâmes à une belle Rivière, sur la rive de laquelle, outre d'autres beaux Arbres verts et florissants, et des herbes aquatiques, je contemplai un fin Bosquet de Platanes, dans lequel il y avait un excellent beau pont sur la Rivière fait de pierre, avec trois Arches, avec des piles portant en avant contre les deux fronts, pour préserver l'ouvrage du pont, les côtés étant d'une excellente exécution.
Et dans la courbure du milieu de celui-ci, de chaque côté, il y avait une pierre carrée de Porphyre posée, ayant en elle un Cataglyphe, gravure de Hiéroglyphes.
Sur la main droite, alors que je passais, je contemplai une femme, jetant ses bras, assise seulement sur une fesse, mettant en avant une de ses jambes comme si elle voulait se lever ; Dans sa main droite, du côté où elle était assise, elle tenait une paire d'ailes, et dans l'autre main, du côté où elle se levait, une Tortue.
Droit contre elle, il y avait un Cercle, dont le centre deux petits Esprits tenaient, avec leurs dos tournés vers la circonférence du Cercle.
Et alors Logistica me dit, Poliphilus, je suis sûre que tu ne comprends pas ces Hiéroglyphes, mais ils font beaucoup pour ton dessein : et donc ils sont placés comme un Monument et une chose à considérer, pour ceux qui passent.
Le Cercle Medium tenuere beati.
L'autre, tempère ta hâte par le séjour, et ta lenteur par le lever, considère ceci comme tu en vois la cause.
Ce pont fut construit avec une courbure modérée, montrant la fine disquisition, l'essai, l'examen, l'art et la discrétion de l'excellent ouvrier et inventeur, loué dans la continuation et la durabilité de celui-ci, que beaucoup de nos Idiots modernes semblables à Bayard, sans connaissance, mesure et art bourdonnant, n'observent ni proportion ni linéaments, mais tout est hors d'ordre.
Ce pont était tout de pur Marbre.
Une fois le pont franchi, nous marchâmes dans l’ombre fraîche, ravis par les notes variées et les gazouillements des petits oiseaux, jusqu’à un lieu rocailleux et pierreux, où des montagnes hautes et escarpées se dressaient, continuant ensuite vers des sites abrupts et sauvages, pleins de pierres brisées et grignotées, s’élevant dans les airs aussi haut que l’œil pouvait porter, et dépourvues de toute herbe ou verdure ; là furent taillées les trois portes, à même la roche elle-même, aussi nettes qu’il est possible. Un ouvrage fort ancien et hors de mémoire, en un siège fort déplaisant.
#Tif'eret Ha'el# #Gidul Ha'a'hava# #Tif'eret Ha'olam#
+THEODOXIA+ +ERO:TOTROPHOS+ +KOSMODOXIA+
GLORI DEI MATER AMORIS GLORIA MVNDI
Au-dessus de chacune desquelles, je vis en lettres ioniques, romaines, hébraïques et arabes, le titre que la sainte reine Eleutherillida m’avait prédit que je trouverais. La porte sur ma droite portait ce mot, Theodoxia. Celle sur ma gauche, Cosmodoxia. Et la troisième, Erototrophos. Vers lesquelles, aussitôt arrivés, les damoiselles commencèrent à m’instruire des titres, et frappant sur les vantaux retentissants des portes, elles ouvrirent celle de droite, couverte de mousse verte.
Et là, une vieille femme se présenta à nous, d’une contenance honorable, sortant d’une vieille maison crépie et enfumée, munie d’une pauvre et basse petite porte, au-dessus de laquelle était peint Pilurania. Elle vint avec une modestie et une honnête pudeur ; sa demeure était située en un site solitaire et sur un rocher ombragé, délabré et friable, ses vêtements étaient en lambeaux, son visage maigre, pâle et pauvre. Ses yeux regardant vers le sol, son nom était Thende. Elle avait à son service six servantes, bassement et pauvrement vêtues. L’une se nommait Parthenia, la deuxième Edosia, une autre Hypocolinia, la quatrième Pinotidia, la suivante Tapinosa, la dernière Prochina. Laquelle révérende matrone, le bras droit nu, pointait vers les cieux.
Elle habitait un lieu fort difficile d’accès, et rempli de tribulations sur le chemin, entravé de ronces et d’épines, fort rude et déplaisant, un nuage brumeux jeté par-dessus, et très ardu à gravir.
Logistica, percevant par mon regard que ce lieu ne me plaisait guère, et quelque peu chagrine de cela, dit : Ce rocher ne se connaît qu’à la fin. Et alors Thelemia dit : Poliphilus, je vois que vous faites peu de cas d’une femme si pénible. À quoi, acquiesçant par mon visage, nous partîmes, et la porte étant fermée, nous arrivâmes à la suivante.
Où, frappant, elle fut aussitôt ouverte, et en entrant, nous rencontrâmes une femme brune, aux yeux farouches et roulants, et d’une contenance vive, levant une épée nue et étincelante, au milieu de laquelle se trouvait une couronne d’or et une branche de palmier en traverse.
Ses bras étaient musclés comme ceux d’Hercule, en labeur et en actes magnanimes et noblement pensés. Son ventre était plat. Une petite bouche, des épaules fortes et voûtées, sa contenance semblant être celle d’un esprit indompté, ne craignant d’entreprendre aucune tâche, si ardue fût-elle.
Son nom était Euclelia, très honorablement servie par six jeunes femmes. La première s’appelait Merimnasia, la deuxième Epitide, une autre Ergasilea, la quatrième Anectea, la cinquième se nommait Statia, la dernière s’appelait Olistea.
La situation et le lieu me semblèrent pénibles, et Logistica, percevant mon inclination, prit aussitôt en main le luth de Thelemia, et commença à jouer un air dorique, et chanta sur celui-ci fort doucement, disant : Ô Poliphilus, ne sois pas las de prendre peine en ce lieu, car quand le labeur et le voyage seront surmontés, il y aura un temps de repos. Et son chant était d’une telle force que j’étais presque consentant à y rester, malgré le fait que l’habitation semblât laborieuse. Sur quoi, Thelemia dit de manière séduisante : Je pense qu’il est fort raisonnable, mon Poliphilus, qu’avant de vous reposer ici, vous deviez en tout cas voir la troisième porte.
À quoi je consentis de très bonne volonté, et partant donc d’ici, nous arrivâmes à l’autre porte, où Thelemia, frappant à un anneau de bronze, elle fut aussitôt ouverte, et quand nous fûmes entrés, une femme remarquablement belle vint vers nous, et son nom était Philtronia.
Ses regards étaient lascifs, luxurieux et inconstants, sa grâce merveilleusement plaisante, si bien qu’au premier coup d’œil, elle m’attira violemment à son amour.
Ce lieu était le manoir de la volupté. Le sol orné de petites herbes et paré de toutes sortes de fleurs diverses, abondant en plaisir et en calme repos. Sortant et faisant jaillir en divers lieux de petits courants d’eau, pétillants et glissant sur le gravier d’ambre dans leurs canaux sinueux, çà et là, par quelque chute soudaine faisant un bruit continu et tranquille, humectant avec grand plaisir les champs ouverts, et rendant les lieux ombragés sous les arbres feuillus frais et frais.
Elle avait avec elle six jeunes femmes de stature semblable, extrêmement belles, aux contenances plaisantes, amoureusement parées et habillées comme peut le désirer une beauté et une allure ambitieuses.
La première s’appelait Rastonelia. La deuxième Cortasina. La troisième Idonesa. La quatrième Triphelia. La cinquième Epiania. Et la dernière se nommait Adia.
Celles-ci et leur compagnie étaient fort délicieuses à mes yeux scrutateurs et admiratifs. Sur quoi Logistica, avec une contenance triste et chagrinée, me voyant m’abandonner abruptement à leur amour servile, me dit : Ô Poliphilus, les beautés alléchantes et tentatrices de celles-ci sont vaines, trompeuses et contrefaites, insipides et déplaisantes, et donc si tu voulais avec discernement regarder leurs dos, tu haïrais, mépriserais et abhorrerais leur dégoûtante saleté, abondant en puanteur et en odeur nauséabonde au-delà de n’importe quel fumier, qu’aucun estomac ne peut supporter.
Et donc, ce qui est glissant et transitoire, fuis-le et évite-le, méprise ce plaisir qui apporte honte et repentance, vaines espérances, une joie courte et petite, avec des plaintes perpétuelles, des soupirs douteux et une vie douloureuse sans fin.
Ô plaisir adultéré et contre nature, chargé de misère, contenant une telle amertume, tel le miel, et pourtant de la bile tombant des feuilles vertes.
Ô vie pire que la mort, et pourtant mortelle, se délectant d’un doux poison, avec quel souci, quelle tristesse, quelles pensées pensives, quels efforts mortels et désespérés, es-tu recherchée par des amants aveugles, qui, sans égard ni réflexion, se précipitent la tête la première dans un gouffre de douleurs.
Elles sont présentes devant tes yeux, et pourtant tu ne les vois pas. Ô quelles et combien grandes douleurs, quelle amère et aiguë peine et vexation portes-tu, méchant, exécrable et maudit appétit.
Ô folie détestable, ô sens bernés, par votre faute, avec ce même plaisir bestial, les misérables mortels sont terrassés.
Ô luxure immonde, absurde furie, désir désordonné et vain, bâtissant des nids avec des erreurs et des tourments pour les cœurs blessés, le destructeur absolu et le laisser-aller oisif de toutes les bonnes bénédictions.
Ô monstre aveugle, comment aveugles-tu, et de quelle tromperie couvres-tu les yeux, et déçois-tu les sens de compréhension des malheureux et misérables amants avec des voiles et des brumes.
Ô monstrueux et servile, qui, entouré de tant de maux, te hâtes vers un si petit plaisir empoisonné et feint.
Logistica, prononçant avec véhémence ces mots et d’autres semblables, le front plissé, se ridant de tristesse, et les veines gonflées dans une grande rage, jeta son luth sur le sol et le brisa.
Sur quoi Thelemia, avec une contenance souriante, me fit un signe de tête, comme pour dire : laisse Logistica dire ce qui lui plaît, mais fais comme tu le juges bon toi-même.
Et Logistica, voyant mon intention mauvaise et ma détermination résolue, s’étant enflammée de dédain, tourna le dos et, avec un grand soupir, s’éloigna en hâte.
Et je restai avec ma compagne Thelemia, qui, avec une grâce flatteuse et souriante, me dit : Poliphilus, c’est le lieu où tu ne resteras pas longtemps, mais tu trouveras la chose la plus chère que tu aimes au monde, et que tu as dans ton cœur, sans intermission déterminé à chercher et désirer.
Et alors, discourant avec doute en moi-même, je fus résolu que rien ne pouvait engendrer le calme ou apporter le contentement à mon pauvre cœur chagriné, sinon ma plus désirée Polia. La promesse et la garantie de Thelemia quant à l’obtention de celle-ci engendrèrent en moi quelque confort.
Et elle, percevant que la maîtresse de ce lieu, le siège lui-même et ses femmes me plaisaient fort et m’accueillaient courtoisement, m’embrassa, prit congé et me dit adieu.
Les portes métalliques étant fermées, je restai cloîtré parmi ces belles et splendides nymphes, qui commencèrent très agréablement et lascivement à deviser avec moi ; et, étant cerné par leur compagnie lascive, je me trouvai provoqué par leurs séduisantes tentations à une concupiscence illicite, sentant en moi un désir brûlant, enflammé par leurs aspects gracieux, une provocation croissante d’un feu lubrique. Je doute que si Phryné avait été de cette faveur et de cette force dans le geste et la parole, le froid Xénocrate eût consenti à ses avances, et n’eût pas été accusé par elle d’être une image de pierre. Leurs contenances étaient si lascives, leurs seins nus et tentateurs, leurs yeux flatteurs, étincelants et roulants dans leurs fronts rosés, leurs formes très excellentes, leur habillement riche, leurs mouvements enfantins, leurs regards mordants, leurs ornements doux et précieux, rien de contrefait, mais tout perfectionné par la nature d’une excellente façon, rien de déformé, mais toutes les parties répondant l’une à l’autre.
Leurs têtes jaunes, leurs tresses belles, et les cheveux doux et fins, arrangés et roulés en tramails, avec des lacets de soie et d’or, surpassant toute joie qu’un homme puisse voir, tournés autour de leurs têtes d’une manière excellente, entrelacés et liés ensemble, leurs fronts entourés et ombragés de boucles onduleuses, pendantes de façon merveilleuse, merveilleusement plaisantes, parfumées et douces, exhalant un parfum inconnu. Leurs discours si persuasifs et plaisants qu’ils pourraient dérober la faveur d’un cœur indisposé, et attirer violemment à eux tout esprit, fût-il satirique ou brutal, pour dépraver la religion, pour lier toute pensée libertine, pour rendre n’importe quel paysan rouillé amoureux, et pour mollir toute disposition revêche. À quelle occasion, mon esprit, tout enflammé d’un nouveau désir, et dans l’extrême chaleur de la concupiscence, provoqué à tomber la tête la première dans un appétit lascif, et noyé dans un amour luxurieux débridé : dans l’extrême invasion et la contagion infectieuse de celui-ci, les damoiselles m’abandonnèrent et me laissèrent tout seul dans une plaine fertile.
*En ce lieu, Poliphilus étant laissé seul, une nymphe très belle (lorsqu’il fut abandonné par la compagnie lascive) vint à lui, dont Poliphilus décrit amoureusement la beauté et l’habillement.*
Mon cœur tendre ainsi excessivement blessé par une provocation amoureuse, je crois que j’étais fou, je restai si stupéfait, ou aveugle au moins, parce que je ne pouvais percevoir de quelle manière ou comment cette compagnie désirée et délicieuse m’avait échappé ; et à la fin, ne sachant ce que je faisais, mais jetant mes yeux droit devant moi, je vis devant moi une fine tonnelle de jasmin doux, quelque peu haute, s’élevant et se courbant par-dessus, toute peinte et ornée des plaisantes et odoriférantes fleurs de trois sortes mélangées, et j’entrai sous celle-ci. Merveilleusement perplexe de la perte de ma compagnie, je ne savais comment ni de quelle manière, et rappelant à ma mémoire les choses diverses, rares et merveilleuses passées, et par-dessus tout la grande espérance et confiance que j’avais conçue de la promesse de la reine, que je trouverais mon amour Polia.
Hélas, dis-je, avec un profond soupir, ma Polia, que la tonnelle verte résonna à nouveau avec cela, mes respirations amoureuses étaient telles, formées au-dedans et envoyées depuis mon cœur brûlant. Et je n’étais pas plus tôt entré dans cette agonie, et submergé dans cette passion, que comme je passais à l’autre extrémité de la tonnelle, je pouvais apercevoir de loin un grand nombre de jeunes gens, se divertissant et jouant fort bruyamment avec divers sons mélodieux, avec des jeux plaisants et divers passe-temps, en grande joie, et réunis dans un plaisir extrême, dans une vaste plaine. Sur cette nouveauté reconnaissante et désirée, je m’assis, m’émerveillant de cela, avant de faire un pas de plus.
Et voici, une nymphe très noble et belle, avec une torche brûlante à la main, partant de la compagnie, dirigea sa course vers moi, si bien que je pouvais bien percevoir qu’elle était une réelle jeune fille en effet et non un esprit, sur quoi je ne bougeai pas d’un pouce, mais attendis joyeusement sa venue, qui avec une hâte virginale, un accès modeste, une contenance étoilée et une grâce souriante, s’approcha de moi avec une telle majesté, et pourtant amicale, si bien que je doute qu’Idalie l’amoureuse ne se soit jamais montrée ainsi à Mars, ni à elle le beau berger Adonis. Ni le délicat Ganymède à Jupiter, ou la belle Psyché à son époux Cupidon.
Pour laquelle cause, si elle avait été la quatrième parmi les trois déesses en lice, si Jupiter avait été juge, comme dans les bois ombragés de Mensunlone le fut le berger phrygien, sans aucun doute elle aurait été jugée d’une beauté bien plus excellente, et sans équivalence, plus digne de la pomme d’or, que toutes ou n’importe laquelle des autres. Au premier coup d’œil, j’étais persuadé qu’elle avait été Polia, mais le lieu inaccoutumé et son habillement me firent penser le contraire, et donc mon jugement douteux resta en suspens, n’ayant qu’une révérende suspicion de cela.
Cette nymphe honorable avait son corps virginal, divin et petit, couvert d’une fine et subtile étoffe de soie verte, saupoudrée d’or, sur une chemise de linon blanc pur, couvrant son corps le plus délicat et tendre, et sa peau neigeuse, aussi fine et bonne qu’aucun jamais Pamphila, fille de Platis dans l’île de Cos, n’inventa d’en tisser. Laquelle chemise blanche semblait avoir couvert des roses de Damas.
La cotte qu’elle portait par-dessus n’était pas comme nos petticoats à la mode avec des tailles à la française, car son corps doucement proportionné n’avait besoin d’aucun pincement de ce genre, et d’un port malsain, entravant la procréation et ennemi de la santé : mais plutôt comme un gilet, avec de petits plis et fronces sous ses seins ronds et joliment saillants, sur sa taille fine et petite, au-dessus de ses flancs largement proportionnés et son petit ventre rond, fermement ceint d’une ceinture d’or ; et par-dessus, une robe ou vêtement descendant jusqu’au sol, et bordé en bas.
Ce vêtement étant fort long, était relevé tout autour de la hauteur de ses hanches, et devant sur son ventre, et lié avec la ceinture de mariage cloutée de Cythérée, le relevé du vêtement portant par-dessus la ceinture autour d’elle comme un vertugadin français, et la partie la plus basse tombant autour de ses pieds en plis et replis, instable et soufflé par l’air doux et le vent frais, faisant parfois, par la finesse de celui-ci, sa forme être vue à travers, ce à quoi elle semblait résister et faire obstacle avec une prompte promptitude. Sa beauté et sa grâce étaient telles que je restais en doute si elle était engendrée par une génération humaine : ses bras s’étendant vers le bas, ses mains longues et fines, ses doigts petits et beaux, et ses ongles fins et rougeâtres, et brillants, comme si elle avait été Minerve elle-même. Ses bras étant vus à travers la claire finesse du linon, les ailes autour de la taille de son vêtement d’où sortaient ses bras, étaient d’or, d’une excellente sorte et façon bordées, et serties de perles et de pierres ; et de même, tout l’ourlet de sa vesture, avec des paillettes d’or, et des perles, et des sequins d’or en divers lieux, disposés à distance d’une manière curieuse et plaisante à voir.
De chaque côté, sous les bras jusqu’à la taille, son vêtement de dessus était décousu et ouvert, mais attaché avec trois boutons de grande perle d’Orient (telle que Cléopâtre n’en eut jamais à dissoudre dans une potion) dans des boucles de soie bleue, si bien que vous pouviez voir sa chemise entre la distance d’une perle à l’autre, couvrant sa délicate, douce et neigeuse peau fine : excepté son petit cou et la moitié supérieure de son sein spacieux et délicieux, plus désiré et contentant mes yeux que les ruisseaux d’eau et les rivières fraîches pour le cerf poursuivi et chassé, plus plaisant que le bateau de pêche d’Endymion pour Cynthia, et plus plaisant que Cythérée pour Orphée.
Les manches de sa chemise d’une largeur convenable, et autour de ses poignets plissées et liées avec des bracelets d’or, doubles et unis avec des perles d’Orient. Et outre tous ses ornements et gestes gracieux, elle s’efforçait de temps en temps avec des regards dérobés et affectés, d’une manière douce et plaisante, de jeter ses yeux sur ses petits seins ronds et gonflés, impatients de la suppression de son habillement doux et fin : si bien que je jugeai après bonne considération, et pensai que dans la dignité et le cadre honorable de son personnage, le Créateur avait formé et uni ensemble toute la violence de l’amour. Les quatre nourrices du royaume royal de Babylone, appelées la langue des Dieux, n’avaient pas ce pouvoir de gagner la faveur et l’amour du Roi, qu’avait cette nymphe fort douce.
Autour de son beau cou, plus blanc que la neige scythienne, elle portait un collier de perles d’Orient : Cerna, la femme de César, n’en eut jamais de semblable, et je doute que celui d’Ériphyle, qu’elle prit à Amphiaraos, ne lui fût nullement comparable. Et dans le penchant vers le bas sur la division de ses seins, entre deux grandes perles, était lacé un rubis rond coruscant, et sur les côtés collatéraux desdites perles, deux saphirs étincelants, et deux perles, à côté d’eux deux émeraudes, et deux perles, et après eux deux beaux jacinthes : toutes ces perles et pierres étaient lacées dans un travail en losanges, d’une manière rare et belle.
Sa belle tête, laissant descendre et se déployer un épanouissement lâche de cheveux abondants, comme les plus petits fils d’or, ondulant avec le vent, et sur son sommet, une guirlande de violettes fauves sentant doucement, et couvrant celle-ci presque jusqu’à son front : du point supérieur médian de laquelle, en forme de deux hémicycles jusqu’à la moitié de ses oreilles, cela montait en tramails bouclés, retombant de nouveau sur ses belles tempes, ondulant de façon mouvante et ombrageant celles-ci, et cachant la moitié supérieure de ses petites oreilles, plus belles que ce qui fut jamais rapporté de Mimoria.
Le reste de ses cheveux jaunes descendait sur son beau cou, ses épaules bien disposées, et son dos droit, jusqu’aux mollets de ses jambes fines, ondulant modérément et soufflés au loin, en plus grande beauté que les plumes aux yeux fiers de l’oiseau de Junon. De tels cheveux que Bérénice n’en fit jamais vœu dans le temple vénérien pour son Ptolémée, ni Conus le mathématicien ne vit jamais pareils placés dans le triangle.
Sur son front, sous deux subtils hémicycles noirs et des sourcils distincts, tels qu’Abacsine en Éthiopie n’en avait pas à se vanter, ou à comparer avec, ni Junon elle-même, regardaient et se présentaient deux yeux plaisants, radieux et étincelants, qui forceraient Jupiter à pleuvoir de l’or, d’une vue claire, vive et perçante, avec un cercle brun entre la prunelle et le blanc laiteux ; près desquels étaient ses joues pourpres et cerises, embellies de deux fossettes souriantes et rondes, agrémentant le plaisir de sa contenance, de la couleur des roses fraîches cueillies au lever du soleil, et déposées dans un vase de cristal de Chypre, et paraissant à travers celui-ci, me semblait-il.
Sous son nez jusqu’à ses lèvres, passait une petite vallée jusqu’à sa petite bouche d’une forme très douce, ses lèvres non baveuses ou gonflées, mais indifférentes, et d’une couleur rubis, couvrant deux ensembles uniformes de dents, comme de l’ivoire, et petites, pas une plus longue et plus pointue que l’autre, mais en ordre uniformément disposées et placées : d’entre lesquelles, l’amour avait composé une respiration douce éternelle, si bien que je présumai penser que les dents blanc neige entre ses lèvres gracieuses n’étaient autre chose que des perles d’Orient, et son souffle doux du musc chaud, et par sa voix délicieuse, qu’elle était Thespis avec ses neuf filles.
Par toute cette vision, je fus grandement ému et mes sens ravis par un appétit embrasé, causant parmi eux une grande discorde et une amère contention, telle que je n'en avais jamais ressenti auparavant, par aucune autre présence ou spectacle excellent quel qu'il soit. Mes yeux scrutateurs en louaient une partie au-dessus d'une autre, la jugeant plus belle : mais mon appétit, ravi par une autre partie de son corps céleste, estimait celle-ci supérieure à l'autre. Et ainsi, mes yeux insatiables et lubriques furent le mauvais commencement de toute cette agitation perturbatrice et contentieuse, que je trouvai être les séminaires et les moteurs de tant de discorde et de trouble dans mon cœur blessé et ulcéré. Par leur obstination, j'étais maintenant hors de moi, et néanmoins, je ne pouvais être satisfait par eux. Mon appétit avide exaltait son sein délicat par-dessus toute comparaison, mes yeux consentant délicieusement à cela, disaient : au moins par cela nous pouvons découvrir ce qu'est le reste ; et eux, jetant un coup d'œil de là vers l'égard de sa grâce et de son geste, y mettaient tout leur plaisir : et mon appétit, fortifié et non aisément délogé de là, je me persuadai que la plénitude et la beauté de sa tête et de ses cheveux, et la coiffure d'iceux, et la beauté de son front, ne pourraient jamais être comparées à celles de quiconque, pareilles aux copeaux d'or se tournant toujours en petits ronds.
Avec deux yeux semblables à des étoiles du matin dans un ciel clair, ornant plus magnifiquement sa tête qu'aucun de ceux que le belliqueux Neco contempla jamais parmi les Acitaniens, blessant mon cœur comme l'une des flèches de l'irascible Cupidon. Et ainsi pour conclure, j'ose dire hardiment qu'aucun mortel n'a vu des lumières si gracieuses, si brillantes, si claires et si plaisantes que celles qui étaient placées sur le front de cette créature céleste ; de sorte que par elles mon cœur fut fait prisonnier, et fut rempli de telles controverses continuelles de désir, comme si une feuille du Laurier du Tombeau du roi de Bibria avait été placée entre deux, et que cette lutte ne dût jamais cesser tant qu'elle y était : si bien que je pensais que cette lutte ne cesserait jamais, jusqu'à ce que le plaisir fût enlevé, en raison de quoi je ne pouvais percevoir comment je devais obtenir la plénitude de mon désir, ou comment il pouvait s'accorder avec l'un ou l'autre. Tel un homme extrêmement affamé parmi nombre de mets préparés, désireux de tout, ne se nourrit d'aucun, son brûlant appétit ne demeurant satisfait par rien, mais restant toujours affamé.
*La très belle Nymphe étant venue à Poliphilus, portant une Torche dans sa main gauche, de l'autre le prit et l'invita à marcher avec elle, et là Poliphilus par son amour fut plus enflammé.*
Voyant ainsi devant moi un objet réel et visible d'une représentation très excellente, d'une présence aimable et d'un aspect céleste, d'une réserve abondante et d'un rassemblement universel de beauté invisible et de grâce inhumaine, je fis peu de cas, à cet égard, de toutes les délices inestimables, des richesses et de la grande pompe que j'avais auparavant contemplées et vues, jugeant leur valeur insignifiante en comparaison de celle-ci. Oh, heureux celui qui peut jouir d'un tel et si grand trésor d'amour ; et je ne le considère pas seulement comme un heureux possesseur, mais comme le plus heureux celui qui possédera et obtiendra son obéissance, à son désir et à sa règle. Mais si Zenes avait contemplé cette substance, il l'aurait louée au-dessus de toutes les vierges agrigentines, chaque proportion lui aurait fait une démonstration opportune de la perfection la plus absolue dans le monde entier.
Laquelle belle et céleste Nymphe venant maintenant près de moi, avec un visage joyeux, incontinent sa beauté très rare, auparavant regardée de loin par mes yeux, mais maintenant, par eux contemplée de plus près et plus attentivement, je fus ravi et émerveillé.
Et son aspect amoureux et sa présence aimable ne furent pas plus tôt portés par le message de mes yeux jusqu'à mes parties intérieures, que mon souvenir enregistreur et vigilant, remuant et éveillant mon cœur, la présentant et l'offrant à celui-ci : il est devenu son atelier ; le carquois pour ses flèches perçantes et ses regards blessants, et la demeure et la maison de conservation de sa douce image. Sachant que c'était elle qui avait fastidieusement consumé mes tendres années, dans son amour ardent et premier, auquel on ne peut résister. Car je le sentais sauter et battre contre ma poitrine, sans cesse, comme quelqu'un qui frappe sur un tambourin rauque. Et il me semblait toujours, par son visage aimable et délicieux, par ses belles tresses, et les cheveux bouclés et onduleux, jouant de haut en bas sur son front, que ce devait être Polia, que j'avais tant aimée et désirée, et pour qui j'avais enduré tant de chagrins divers, sans intermission, envoyant des soupirs brûlants, les rapporteurs extérieurs de mes flammes intérieures. Mais son riche habit de Nymphe, inaccoutumé, et le lieu inconnu et étrange, me rendaient toujours douteux et suspicieux.
Elle (comme il a été dit) portait dans son bras gauche blanc comme neige, près de son corps, une torche allumée et brûlante, un peu plus haute que sa tête de beaucoup, et l'extrémité inférieure devenant de plus en plus petite, elle la tenait dans sa main : et étendant celle qui était libre, plus blanche que jamais ne le fut Pelopea, où apparaissait la fine douceur de la peau, et la bleueture des veines comme des ruisseaux d'Azur, sur le plus beau et le plus blanc papier. Elle me prit par la main gauche avec un visage doux et aimant et une grâce souriante, et avec un discours éloquent, elle dit plaisamment de cette manière.
Poliphilus, je pense que je viens en sécurité, mais il semble que vous soyez dans le doute. À cela je fus plus émerveillé, et mes sens en quelque sorte partis pour imaginer comment elle pouvait savoir mon nom ; et toutes mes parties intérieures vaincues, et entourées de brûlantes flammes amoureuses, ma parole me fut ravie par la peur et une révérencieuse timidité.
Restant de cette sorte, je ne savais soudainement quelle bonne réponse je pouvais faire, ou autrement lui faire révérence, qu'en lui offrant ma main indigne et inapte ; laquelle, quand elle fut serrée dans la sienne, il me sembla qu'elle était dans de la neige chaude et du lait caillé, et il me sembla en vérité que je touchais et manipulais quelque chose qui était plus qu'humain ; ce que quand j'eus fait, je restai ému d'esprit, troublé et douteux, inaccoutumé à une telle compagne, ne sachant que dire, ou s'il fallait la suivre, dans mon simple habit et mon éducation rustique, non agréables avec les siens : et comme un fou, indigne et inapte à sa compagnie, me persuadant qu'il n'était pas licite à une créature mortelle et terrestre de jouir de tels plaisirs. Pour quelle cause, ma couleur rouge et rougissante, avec une révérencieuse admiration, étant affligé de ma bassesse, je m'installai à la suivre.
Enfin, et pourtant non avec un esprit parfaitement rappelé, je commençai à réduire et à rassembler mes esprits craintifs et dérangés : me persuadant que je devais nécessairement avoir un bon succès, étant près d'un objet si beau et divin, et dans un tel lieu ; et ainsi je la suivis avec un cœur palpitant, plus tremblant que l'oiseau Sisura, ou un Agneau porté dans la bouche d'un Loup.
Et ainsi touchés très ardemment par des chaleurs plaisantes, grandissant et augmentant de plus en plus, ils commencèrent à bouillir et à allumer ma froide peur, et à adopter dispositionnellement ma chaleur altérée à un amour sincère. Ce qui étant ainsi amené à ce point, par un désir intérieur provoqué, pourtant intérieurement comme je raisonnais avec moi-même, il était merveilleusement variable et douteux. Oh, le plus heureux Amant de tous les Amants, qui, en retour du sien, pourrait être sûr de participer au sien.
D'un autre côté, je me persuadais que si je devais lui offrir mon cœur amoureux et mon amour, n'ayant pas meilleure chose à lui accorder, ou à lui présenter, il pourrait se faire qu'elle ne le refuserait pas : comme Artaxerxès, le Roi des Perses ; qui, ayant de l'eau présentée à ses mains, l'accepta en s'inclinant. Avec ceci, il me sembla pourtant qu'un tremblement craintif et froid m'envahissait, s'infusant sur tout mon corps et ma poitrine, renouvelant la force du feu extrême, tout comme un roseau sec : qui, étant une fois allumé, est enflammé et nourri par l'air frais, jusqu'à ce qu'à la fin il soit augmenté si puissamment, qu'il consume tout en cendres.
Et de même sorte, je trouvai pleinement en moi-même, une augmentation et un jaillissement de mes flammes intérieures, dans leur sujet préparé, si effectivement, que ses regards amoureux me donnèrent des blessures mortelles et fatales : tout comme la foudre et le tonnerre, parmi les chênes forts et puissants, soudainement avec une grande force, les brûlant et les déchirant. Et donc je n'osais pas regarder ses yeux brillants, parce qu'en faisant ainsi, (étant vaincu par l'incroyable beauté de son aspect gracieux) si par aventure ses rayons radieux rencontraient mutuellement les miens, pour un petit moment tout me semblait double, jusqu'à ce que j'eusse fermé les paupières ensemble, et les eusse restaurées à leur lumière précédente.
Sur quoi, et en raison de ces choses captivé, dépouillé et vaincu, je déterminai à cet instant de cueillir quelques fleurs fraîches, et de toute humble sorte de les lui offrir, et il arriva que tandis que mes pensées secrètes y consentaient, consignant un libre moyen et une large entrée pour la découverte de mon désir. Mais mon cœur brûlant l'ayant humblement ouverte, tout comme une Pomme mûre étant soit mordue soit secouée, ainsi elle tomba et me manqua. Et recevant dans son estuation blessée et familière, dans quelque interposition de temps, immédiatement sa chaleur et sa ferveur accoutumées augmentèrent, perçant les parties intérieures avec ses aspects virginaux, excessivement embellis d'une grâce avenante et d'une élégance inexcogitable ; Parce que, dans cette douce introduction dans mon esprit, de ces premières flammes amoureuses, (comme le cheval de Troie, plein d'armes et de tromperie) l'entrée fut faite pour une peste éternelle, inconnue et incessante, ulcérant profondément mon tendre et pauvre cœur, y demeurant perpétuellement : lequel facilement vaincu par un seul regard doux, inconsidérément sans délai, hâte son propre mal, et se met entièrement ouvert aux incursions amoureuses, et se brûle lui-même avec de douces pensées, allant dans les flammes de son propre accord.
À tous lesquels brûlants désirs sa compagnie présente m'obligeait grandement, laquelle j'estimais me donner plus de confort, que l'étoile du Nord dans une nuit tempétueuse pour le Marin troublé : plus acceptable que celle de Melicta à Adonis, ou à Phrodites, la Nymphe obséquieuse Peristera : et plus délicieuse que le Dittander à la fille de Dydo, avec la fleur Pourpre pour la blessure de Pius Æneas : Et trouvant mon cœur frappé et piquant intérieurement, secrètement rempli et compressivement bourré ; enregistrant et rassemblant en lui, des pensées variables et le travail de l'Amour, ma blessure immedicable grandissait de plus en plus. Mais rassemblant le reste de mes sens, comme quelqu'un qui osait, je m'assurai de manifester et de mettre à découvert devant elle, mes désirs intentionnés et mes pensées amoureuses. Et ainsi me perdant dans une folie aveugle. Je ne pouvais m'empêcher de donner place à mes désirs envahissants, bouillonnant ardemment et m'obligeant à dire ainsi.
Oh délicate et céleste Demoiselle, quiconque tu sois, ton amour puissant m'a mis en feu, et consume mon cœur attristé ; je me trouve tout entier, brûlant dans une flamme incessante, et un dard tranchant jeté au milieu de ma poitrine, où il reste fixé, ayant fait une blessure mortelle incurable. Et ayant parlé ainsi, afin que je pusse découvrir à elle mon désir caché, et modérer par ce moyen l'extrémité de mes amères passions : lesquelles je sentais, plus elles étaient cachées, plus elles augmentaient et s'accroissaient, je gardai patiemment le silence : et par ce moyen toutes ces agitations ferventes et douloureuses, pensées douteuses, désirs lubriques et violents, furent quelque peu supprimés ; avec ma Robe mal faite, qui avait encore quelques feuilles de Ronce et des épines des Bois accrochées dessus, et tout comme un Paon dans la fierté de ses plumes, contemplant la saleté de ses pieds, rabat sa traîne : ainsi moi, considérant l'inégalité de moi-même, avec un tel objet céleste, j'apprivoisai les provocations de mes désirs obstinés et élevés, regardant dans les vanités de mes pensées.
Et puis je m'efforçai sérieusement par tous les moyens que je pouvais, de soumettre, cloîtrer, et garder en moi, mon appétit errant sans bride, mon esprit vagabond, et mon désir immodeste, ayant l'intention maintenant qu'il ne fût jamais plus proféré.
Enfin je commençai à penser dans la profondeur secrète de mon cœur blessé, que sans doute ce chagrin continuel présent, était égal à celui du méchant Tantale, aux lèvres chaudes et assoiffées duquel, l'eau fraîche et claire s'offrait, et à son appétit affamé, les fruits doux pendaient au-dessus de sa bouche béante s'offrant, mais il n'en goûta jamais ni de l'un ni de l'autre.
Ah, malheur à moi, de même sorte, une très belle Nymphe d'une excellente forme, d'un âge florissant, d'un comportement angélique indicible, et d'un honneur rare et d'une courtoisie extrême comme mes yeux pouvaient contempler, dont la compagnie surpassait tout contenu humain exquis ; et moi, juste à côté d'elle, plein de toute provocation quelle qu'elle fût, forçant avec sollicitude l'amour et le désir, entassant en elle-même les perfections entières de la joie, et pourtant mon désir béant et voluptueux, jamais plus satisfait par cela.
Eh bien, de cette sorte ma concupiscence brûlante nullement apaisée, autant que je pouvais, je réconfortai mon cœur languissant, démesurément tourmenté, en le mettant en mémoire d'espérance solacieuse et amoureuse : et avec cela, il n'y avait jamais un charbon si près d'être éteint, qu'il ne fût présentement renouvelé et mis en feu, par la compagnie du suivant. Et mes yeux débridés, plus ils étaient désarmés pour résister à son pouvoir, plus ils étaient enflammés avec le désir insolent et l'inclination pour sa merveilleuse et céleste beauté ; semblant toujours plus belle, plus excellente, plus aimable, plus à désirer, extrêmement apte et préparée pour l'amour : montrant évidemment en elle-même, une augmentation merveilleuse de douce joie.
Ensuite je pensai avec moi-même, il peut être qu'elle est quelque créature que je ne peux désirer, et il peut être que le lieu n'est pas convenable pour de telles pensées, et alors il peut être que j'ai fait un sage travail, et filé un beau fil, si je devais être puni pour mon impudence, comme Ixion. De même sorte, le Thrace n'aurait jamais trouvé le siège profond de Neptune, s'il n'avait pas touché à Tethis ; et Gallantide, la servante de Lucina, n'aurait pas mis au monde dans sa bouche, s'il n'avait pas trompé. Il peut être que cette Nymphe est épousée à quelque haut et puissant Prince, et moi, offrir cet déshonneur, de quoi suis-je digne ?
Et ainsi raisonnant avec moi-même, je pensai que ces choses qui n'avaient que mince assurance, glisseraient légèrement, et qu'il ne serait pas dur de tromper, là où n'était aucun regard vigilant : et pour les esprits hardis, la Fortune ne manquait pas tout à fait : et de plus, qu'il était dur de connaître la pensée d'un homme. Sur quoi, tout comme Calistone, ayant honte de son ventre gonflé, se retira de la présence de Diane ; ainsi je me retirai, rougissant de ma tentative, et bridant mes désirs inconvenants. Pourtant avec un œil libidineux, je ne cessai jamais d'examiner, avec grand plaisir, la beauté extrême de l'excellente Nymphe, me disposant à son doux amour, avec une résolution infaillible, obstinée et ferme.
*Polia, encore inconnue à son Amant Poliphilus, elle l'assure gracieusement : qui pour sa beauté extrême, il s'efforce son esprit à aimer. Et tous deux allant aux triomphes, ils voient d'innombrables jeunes gens et Demoiselles, faisant du sport avec grand plaisir.*
L'Archer Cupidon, dans mon cœur blessant ayant sa résidence, comme un Seigneur et roi, me tenant lié dans les liens de l'Amour, je me trouvais piqué et grièvement tourmenté, dans son tyrannique et pourtant plaisant régiment. Et abondant en douteuse joie, soupirant démesurément, j'arrosais mes plaintes ; et puis la Nymphe surmontante, avec une grâce plaisante, incontinent me donna du confort, et avec ses lèvres vermeilles et bien parlantes, formant des mots violents et attractifs, elle me donna assurance : abandonnant et enlevant de mon cœur, toute pensée craintive, avec ses aspects olympiques, et refroidissant avec ses discours éloquents, mon cœur brûlant ; et avec un regard amoureux et amical, et un jet de ses yeux, et une grâce souriante, elle dit ainsi à moi.
Poliphilus, je voudrais que tu entendes et saches ceci, que le vrai et vertueux amour n'a aucun respect des choses extérieures, et donc ne laisse pas la bassesse de ton habit diminuer ou amoindrir ton esprit, si peut-être noble et doux, et digne de ces lieux, et propre à contempler ces triomphes merveilleux ; Donc ne laisse pas ton esprit être consterné par la peur, mais contemple diligemment quels Royaumes possèdent ceux qui sont couronnés par Vénus. Je veux dire, tels qui sont fortement agonisés et pourtant persévèrent encore, servant et attendant à ses Autels amoureux et flammes sacrées, jusqu'à ce qu'ils obtiennent sa faveur légitime. Et puis faisant une fin de son court et doux discours, tous deux allant de l'avant, notre allure ni trop rapide ni trop lente, mais en mesure ; je pensais ainsi, et ainsi discourant avec moi-même.
Oh très vaillant Persée, tu aurais plus farouchement combattu avec le cruel Dragon, pour la faveur de celle-ci, que pour l'amour de ta belle Andromède. Et après.
Oh Jason, si le mariage de celle-ci avait été offert à toi, avec une plus grande et plus dangereuse aventure, que l'obtention de la toison d'or, tu aurais laissé aller celle-là, et entrepris celle-ci, avec un plus grand courage, l'estimant par-dessus tous les joyaux et précieux trésors du monde entier ; moi, plus que ceux de la riche et puissante Reine Eleutherillida. Semblant continuellement plus belle, plus magnifique, et plus aimable. Hippodamie, et tous les avides gratteurs et douteux Usuriers, ne prirent jamais un tel plaisir à obtenir de l'or. Un Havre tranquille ne fut jamais si bienvenu à un Marin en détresse, dans une nuit d'hiver orageuse, sombre et tempétueuse : ni la chute souhaitée et opportune de pluie, à la prière de Crésus, que le consentement amoureux de cette délicate Nymphe : plus bienvenue pour moi, que les broilles sanglantes au belliqueux Mars, ou les premiers fruits de Crète à Dionysius : ou la Harpe chantante à Apollon : et encore plus reconnaissante, que la terre fertile, les épis pleins, et le rendement abondant, au Laboureur travailleur.
Et ainsi en sorte très contentée, passant et pressant l'herbe épaisse, verte et fraîche : parfois mes yeux scrutateurs et occupés, auraient un coup d'œil sur ses jolis et petits pieds, passant bien ajustés avec des chaussures de cuir Rouge, grandissant plus larges depuis le cou-de-pied, étroits à l'orteil, et serrés autour du talon ; et parfois ses jambes fines et mouvables, (sa vêture de soie étant soufflée par le vent, sur ses parties virginales) se découvraient. Si j'avais pu les voir, j'imagine qu'elles ressemblaient à la plus fine fleur du Péloponnèse, ou au plus pur lait, coagulé avec du Musc.
Par toutes lesquelles choses très délectables, liées et attachées dans les nœuds durs et inextricables d'un amour véhément, plus difficiles à défaire que celui d'Hercule, ou celui qu'Alexandre le grand coupa en deux avec son épée : et amoureusement masqué dans des filets roulés, et mon cœur soumis, tenu en bas avec des cogitations affligées et des désirs brûlants, me menant où ils voulaient, j'y trouvai plus de tourments piquants que le fidèle Regulus en Afrique. De sorte que mes esprits souffrants exacerbés avec un désir amoureux et une vexation extrême, brûlant continuellement dans ma poitrine palpitante, ne pouvaient par aucun moyen être apaisés, qu'en avalant des sanglots continuels, et en exhalant leur perte volante. Et ainsi noyé dans une brume de doutes, et me voyant violemment pris dans son amour, je dis ainsi à moi-même.
Ô Poliphilus, comment peux-tu délaisser à quelque moment que ce soit ton amour inséparable, allumé vers ta douce Polia, pour un autre quel qu’il soit ? Et avec cela, de cette Nymphe, ainsi étroitement et fermement liée, plus fortement que dans les pinces d’une écrevisse ou d’un homard, m’efforçant de me détacher, je trouvai que ce n'était pas chose aisée, de sorte que je ne pouvais m’empêcher de lier douloureusement mon cœur troublé à l’amour et à l’affection de celle qui, selon toute vraisemblance, avait la vraie forme, la douce ressemblance et le comportement gracieux de ma très aimée Polia. Mais par-dessus tout, ceci me touchait de plus près et me chagrinait le plus, de savoir comment je pouvais être assuré qu'elle fût Polia. Sur quoi, de mes yeux larmoyants, les larmes salées ruisselant immédiatement, il me sembla chose dure et méprisante de bannir de mon pauvre cœur délaissé son ancienne souveraine Dame et Maîtresse, pour en accueillir une nouvelle, étrange et inconnue tyranniseuse.
Ensuite, je me consolai de nouveau en pensant que peut-être était-ce elle, selon l’Oracle sacré et le vrai discours de la puissante Reine Eleutherillida : et par conséquent, que je ne devais pas fléchir ni ployer sous mon fardeau ; car si je ne me trompais grandement, c'était bien elle en effet. Et ayant formé cette pensée amoureuse, discursive et persuasive, abandonnant tous autres désirs quels qu’ils soient, je déterminai seulement avec mon cœur et mon esprit de revenir vers cette noble et excellente Nymphe ; dans l’amour de qui étant ainsi pris, avec une extrême compulsion, je fus hardi, avec une admiration inhabituelle, de regarder diligemment sa forme rare et ses traits charmants, mes yeux se faisant les tourbillons engloutissant son incomparable beauté : et ils ne furent pas sitôt ouverts pour prendre avidement le doux plaisir de sa présence si bénigne et remarquable, qu’ils furent fortifiés pour toujours, pour tenir avec eux, solacieusement d’accord, l’assemblée de tous mes autres sens captifs, afin que d’elle et de nulle autre, je cherchasse l’atténuation et l’extinction de mes flammes amoureuses. Et c'est ainsi que nous vînmes, tandis que j'étais si cruellement blessé par l’Amour exaspérant, quelque peu sur le côté droit du champ spacieux.
En ce lieu étaient plantés des arbres verts, épais de feuilles et pleins de fleurs, portant des fruits tout autour de l’endroit et du siège, de sortes si variables et diverses, ne se flétrissant jamais mais toujours verts, donnant grand contentement au spectateur ravi.
La galante et plaisante Nymphe s'y arrêta ; et je restai aussi immobile : où, regardant alentour, par la bénignité de la plaine fertile, avec la moitié de ma vue, car je ne pouvais pas tout à fait la retirer de l’objet amoureux ; je contemplai tout près de nous une certaine apparition d'une troupe environnante, triomphant et dansant autour de nous, composée de très braves et beaux jeunes gens, sans barbes et aux cheveux non tondus, mais ceux de leurs têtes touffus, bouclés et tournoyants, sans aucun art ou frisure efféminée : couronnés et parés de guirlandes et de couronnes de fleurs diverses, et de Roses rouges, de Myrte feuillu, d'Amarante pourpre ou fleur de velours, et de Mélilot : et avec eux une grande compagnie de jeunes filles, plus belles et délicates qu'il n'en soit à trouver à Sparte ; les deux genres vêtus très richement, de soies aux couleurs changeantes, cachant la couleur parfaite ; certains en Pourpre et Mûre, et d'autres en Sendal blanc frisé, tel qu'Égypte n'en offrit jamais, et de diverses autres couleurs : certains Fauve, certains Cramoisi, d'autres en Vert, certains en Violet, certains en Bleu, couleur Pêche, couleur Paon, parfaitement engrénés, comme Corica pouvait en produire : et poudrés et tissés d'or, et bordés et ourlés de Perles orientales et de pierres serties en or pur ; certains en robes, et d'autres en habits de chasse.
Et la plupart des belles Nymphes avaient leurs beaux cheveux doucement liés ensemble, et trois fois roulés autour, avec un excellent nœud final ; d'autres avaient leurs tresses instables et onduleuses, s'épandant sur leurs beaux cous. Quelques-unes, avec une abondance de cheveux jetés sur leurs fronts, les extrémités tournant en boucles et ombrageant la blancheur de ceux-ci : si bien que la Nature et non l'Art s'y montrait en maîtresse magnifique ; avec des bandeaux et des lacets d'or, bordés de Perle orientale, et d'autres en résilles d'or, portant autour de leurs cous graciles de riches et précieux carcanets et colliers de Perles et de pierres, et des bijoux pendants. Et à leurs petites oreilles pendaient diverses pierres précieuses, et sur les coiffures variables de leurs têtes, devant en deux Hémicycles, étaient disposées des ombres de Perle orientale et de pierre, en fleurs de cheveux.
Tous ces excellents ornements, joints à leurs personnes très élégantes, étaient aisément capables d'altérer tout cœur grossier, vil ou obstiné.
Leurs beaux seins, d'une manière voluptueuse et lascive, étaient nus jusqu’au milieu : et sur leurs jolis pieds, certaines portaient des sandales, selon la manière antique, étant des semelles, et le pied nu attaché à celles-ci avec une petite chaîne d'or, passant entre le gros orteil et le milieu, et le petit orteil et le suivant, autour du talon sur le cou-de-pied, et se fixant sur la partie supérieure, entre les orteils et le cou-de-pied, dans une fleur. D'autres ayant des chaussures droites, fermées sur le cou-de-pied avec des fleurs d'or. Leurs bas de soie ; certains de Pourpre, certains de Carnation, certains de couleurs disparates : tels que Caius Galicola n'en introduisit jamais. D'autres portant des brodequins, sur les blancs mollets gonflés de leurs jambes, et lacés de soie ; certains boutonnés d'or et de pierre précieuse.
Leurs fronts très beaux, et embellis par les ondoiements mobiles de leurs cheveux crêpés, couverts d'un voile mince, tel qu'une toile d'Araignée. Leurs yeux mordants et attirants, plus brillants que les étoiles scintillantes dans un air clair, sous leurs sourcils circulaires : avec un petit nez, entre leurs joues rondes et cerises : leurs dents ordonnées, petites et bien rangées, de la couleur de l'argent raffiné : sur le reste, entre leurs douces et tendres lèvres : de la couleur du Corail.
Plusieurs d'entre elles portant des instruments de Musique, tels qu'on n'en vit jamais en Ausonie, ni dans les mains d'Orphée : rendant dans la prairie fleurie et la plaine unie, des sons très délectables, avec des voix douces et des bruits de joie et de triomphe : et pour accroître la gloire, luttant amoureusement et rivalisant les unes avec les autres, avec des actes solacieux et plaisants, accompagnés de beaux discours et d'aspects amicaux. Et en ce lieu, avec une délectable acclamation, je contemplai quatre Triomphes, si précieux et somptueusement mis en scène, que jamais œil mortel n'en a vus.
Poliphilus, en ce lieu prescrit, contempla quatre Chars triomphants, tous sertis de pierres précieuses et de joyaux, par un grand nombre de jeunes gens, en l'honneur de Jupiter.
Le premier des quatre merveilleux Chars triomphants avait quatre roues rondes, d'Émeraudes parfaites de Scythie ; le reste du Char m'émerveillait à voir, étant fait tout de Diamants en table : non pas d'Arabie ou de Chypre, de la nouvelle Mine, comme les appellent nos lapidaires : mais des Indes, résistant aux coups durs du fer et de l'acier, endurant le feu ardent et luttant avec lui, mollifiés seulement par le sang chaud de Boucs, reconnaissants dans l'art Magique ; lesquelles pierres étaient merveilleusement taillées selon une explicature cataglyphique, et serties très curieusement dans de l'or fin.
Sur le côté droit du Char, je vis exprimée la représentation d'une noble Nymphe, avec plusieurs l'accompagnant dans un Pré, couronnant des Taureaux victorieux de guirlandes de fleurs, et l'un restant près d'elle très apprivoisé.
La même Nymphe, sur l'autre côté, était aussi représentée, qui, étant montée sur le dos du Taureau, qui était doux et blanc, il la transportait sur la mer.
Sur le devant, je contemplai Cupidon, avec un grand nombre de gens blessés et de Nations, s'émerveillant de le voir tirer dans les airs. Et dans la partie arrière, Mars se tenant devant Jupiter, pleurant parce que le garçon avait transpercé son armure impénétrable, et montrant la blessure, et de l'autre main, tendant son bras, il tenait ce mot Nemo.
La forme de ce Char était quadrangulaire, de deux carrés parfaits, en longueur, de six pieds de long et trois pieds de hauteur, avec une corniche saillante au-dessus et au-dessous de la plinthe : et autour de celle-ci un plan, en largeur deux pieds et demi, et en longueur cinq pieds et demi, portant vers la Corniche, tout écailleux, avec des pierres précieuses, avec un congrès et un ordre de couleurs altérés, disposés de manière variable. Et sur les quatre coins étaient fixés quatre cornes, inversées, et la bouche tournée vers le haut sur le coin en saillie de la Corniche, pleines de fruits et de fleurs taillés dans des pierres précieuses, comme poussant hors d'un feuillage d'or. Les cornes étaient ciselées près de leur embouchure, avec des feuilles de Pavot, et tordues dans le ventre : le gracilament et la courbure extérieure, se joignant fermement à l'extrémité du plan, et se brisant en un travail de feuilles déchiquetées à l'ancienne mode, s'étendant le long du dos de la Corne, et du même métal. Sur chaque coin de la Plinthe, depuis la Corniche vers le bas, il y avait un pied comme celui d'une Harpie, avec une excellente conversion et tournant sur les deux côtés des feuilles d'Acanthe.
Les roues, au-dessus des moyeux et des essieux, étaient fermées à l'intérieur du Char, et les côtés de celui-ci sous les pieds des Harpies, se courbaient quelque peu vers le haut et diminuant, tournaient rond vers le bas, où les meubles ou traits pour le tirer étaient fixés : et là où était l'essieu, sur le côté du fond du Char, au-dessus du moyeu de la roue, descendait une prépention se joignant à la Plinthe, deux fois plus longue que profonde, de deux feuillages, l'un s'étendant dans une direction et l'autre dans une autre ; et sur le milieu de celle-ci et sa partie la plus basse, était une Rose à cinq feuilles, dans la graine de laquelle reposait l'extrémité de l'essieu.
Sur le Plan susmentionné, je contemplai l'image d'un beau Taureau blanc et apprivoisé, orné et habillé de fleurs, à la manière d'un Bœuf pour un Sacrifice. Et sur son dos large et étendu, était assise une vierge princière, aux bras longs et minces, à demi nue ; avec ses mains elle se tenait à ses cornes. Son vêtement était exquis, de soie verte et d'or, merveilleusement tissé, et d'une mode Nymphale, couvrant son corps et serré autour de sa taille, bordé de Perles et de pierres, et une couronne d'or étincelant sur sa belle tête.
Ce Triomphe était tiré par six Centaures lascifs, qui descendaient de la semelle tombée de l'insolent et présomptueux Ixion : avec un harnachement d'or sur eux, et le long de leurs flancs forts, comme des chevaux, excellemment formés et enlacés à la manière d'une chaîne de flacon, par laquelle ils tiraient le Triomphe ; tel qu'Ericthonius n'en inventa jamais, pour la vitesse.
Sur chacun d'eux montait une belle Nymphe, avec leurs épaules l'une vers l'autre : trois, avec leurs beaux visages vers le côté droit du Triomphe, et trois vers la gauche, avec des Instruments de Musique, faisant ensemble une harmonie et un concert célestes. Leurs cheveux jaunes, tombant sur leurs beaux cous, avec des guirlandes pancarpiales de toutes sortes de fleurs sur leurs têtes. Les deux plus proches du Triomphe étaient vêtues de soie bleue, comme la couleur du cou d'un Paon.
La médiane en Cramoisi brillant : et les deux premières en vert Émeraude, ne manquant d'aucun ornement pour les mettre en valeur, chantant si doucement avec de petites bouches rondes, et jouant de leurs instruments, d'une manière si céleste, que cela empêcherait un homme de mourir jamais.
Les Centaures étaient couronnés de lierre, qui est appelé Dendrocyssos. Les deux plus proches du triomphe portaient dans leurs mains, deux vases d'une ancienne mode, en Topaze d'Arabie, d'une couleur dorée brillante, agréable à Lucine, et auxquels les vagues sont calmes : minces à la base, se gonflant dans le ventre, et se rétrécissant vers l'Orifice ; en hauteur deux pieds, sans anses : desquels montait une épaisse fumée ou vapeur, d'une fragrance inestimable. Le médian sonnait des Trompettes d'or, avec des bannières de soie et d'or, fixées aux Trompettes en trois endroits.
Les deux autres premiers, avec des Cornets à l'ancienne mode, s'accordant en consort avec les Instruments de la Nymphe.
Sous lequel Char triomphal, les Essieux étaient convenablement placés, sur lesquels les roues tournaient, et d'un lignement balustrique, croissant petit vers l'extrémité et rond : lesquels Essieux étaient d'or pur fin et massif, ne rouillant ni ne s'usant jamais ; ce qui est le poison mortel et le destructeur de la vertu et de la paix tranquille.
Ce triomphe était solennellement célébré, avec des sauts et des danses modérés autour, et une grande acclamation : leurs habits étaient serrés avec des écharpes, les extrémités volant au vent.
Et de la même sorte, ceux qui étaient assis sur les Centaures, louant dans leur chant l'occasion et le mystère du Triomphe, en voix consonantes et en vers cantionnels ; plus plaisants que je ne suis capable de l'exprimer, mais que ceci suffise.
Le second Triomphe.
Le Triomphe suivant n'était pas moins digne d'être contemplé que le premier. Les quatre roues, les rayons et les moyeux étaient tous en Agate de Fulk, et en divers endroits des veines blanches : telles que le Roi Pyrrhus ne pouvait en montrer, avec la représentation des neuf Muses, et Apollon jouant au milieu d'elles de son Luth.
Les Essieux et la forme de celui-ci étaient comme l'autre : mais les Tables étaient de Saphir bleu oriental, ayant en elles, aussi petites que des grains de poussière au Soleil, certaines lueurs d'or, agréables à l'Art Magique, et de Cupidon aimé dans la main gauche.
Sur la Table du côté droit, je contemplai gravée, une belle Matrone couchée dans un lit princier, étant délivrée de deux œufs dans un Palais majestueux : ses Sages-femmes et autres Matrones et jeunes femmes étant grandement étonnées à la vue. De l'un desquels jaillit une flamme de feu : et de l'autre œuf deux étoiles brillantes.
De l'autre côté étaient gravés les Parents curieux, ignorants de cette étrange naissance, dans le Temple d'Apollon, devant son image, demandant par Oracle la cause et la fin de ceci, ayant cette réponse obscure. *Vni gratum Mare. Alterum gratum Mari.* Et pour cette réponse ambiguë, ils furent réservés par leurs Parents.
Sur le devant du Chariot, était représentée très vivement la figure de Cupidon, en haut dans les cieux, avec les pointes acérées de ses flèches dorées, blessant et faisant saigner les corps de diverses bêtes à quatre pieds, Serpents rampants, et Oiseaux volants. Et sur la terre, se tenaient diverses personnes, s'émerveillant de la force d'un si petit esclave, et de l'effet d'une si faible et mince Flèche.
Dans l'extrémité arrière, Jupiter nommant à sa place un Berger prudent et subtil comme Juge, éveillé par lui, comme il gisait dormant près d'une très belle Fontaine, laquelle des trois plus belles Déesses il estimait la plus digne. Et lui, étant séduit par le Cupidon inventif, donna la Pomme à la Vénus plaisante.
Ce Chariot triomphal était tiré par six Éléphants blancs, accouplés deux à deux, tels qu'on en trouvera difficilement en Agesinua, ni parmi les Gandars des Indes. Pompée n'en eut jamais de semblables dans ses Triomphes en Afrique : et les pareils ne furent vus dans les Triomphes de la conquête des Indes ; leurs trompes armées de dents mortelles d'ivoire, passant sur leur chemin et tirant ensemble, faisant un braiment ou bruit plaisant. Leurs harnachements et traits de pure soie bleue, torsadés avec des fils d'or et d'argent : les attaches dans le harnachement, toutes faites avec des nœuds carrés ou d'amour, comme des épis de maïs carrés de la Montagne Garganus. Leurs Poitrails d'or, sertis de Perle et de pierre différentes en couleurs ; la beauté de l'un luttant pour exceller la beauté de l'autre. Et ainsi était tout leur harnachement ou armements jusqu'aux traits, de soie comme susdit.
Sur eux aussi montaient (comme précédemment) six jeunes et tendres Nymphes, de la même sorte, mais leurs Instruments différents des précédents, mais s'accordant en concert : et tout ce que faisaient les premières, ces dernières le faisaient.
Les deux premières étaient vêtues de Cramoisi : les deux médianes en fine couleur de cheveux : et les premières en violet. Les Caparaçons des Éléphants étaient de drap d'or, bordés de grandes Perles et de pierres précieuses : et autour de leurs cous étaient des ornements de grands joyaux ronds, et sur leurs faces, de grosses boules de Perles, enguirlandées de soie et d'or, instables et tournoyantes.
Au-dessus de ce majestueux Chariot triomphal, je contemplai un Cygne très blanc, dans l'étreinte amoureuse d'une noble Nymphe, la fille de Thésée, d'une beauté incroyable : et sur ses genoux, siégeant le même Cygne, sur ses cuisses blanches. Elle était assise sur deux coussins de drap d'or, finement et doucement tissés, avec tous les ornements nécessaires pour eux.
Elle-même vêtue d'une manière Nymphale, en drap d'argent, ici et là poudré d'or, sur un et sous trois, sans défaut ni manque de quoi que ce soit requis pour l'ornement d'une si honorable représentation, qui peut occasionner au spectateur un plaisir délicieux. En toute sorte accompli avec autant d'acclamation que le premier.
Le troisième Triomphe.
Puis suivit le troisième Triomphe, avec quatre roues de Chrysolithe éthiopienne, faisant étinceler de l'or : ce qui a été tenu en celle-ci, a été cru autrefois bon pour chasser les esprits malins. Les roues couvertes vers le haut, comme susdit, et les moyeux et rayons de la même mode, en Héliotrope vert de Chypre : dont la vertu est de garder secret à la lumière du jour, aux dons divins, pleins de gouttes de sang.
Cette Histoire était gravée sur le côté droit de la Table de celui-ci, comme suit : *Un homme de grande Majesté, demandant à savoir ce qui arriverait à sa belle fille : son Père comprenant que par ses moyens il serait dépossédé de sa Couronne et dignité ; et afin qu'elle ne fût pas emportée ou volée par qui que ce soit, il construisit une Tour puissamment forte, et là, avec une garde vigilante la fit garder : et elle restant là de cette sorte avec grand contentement, vit tomber dans son giron virginal, des gouttes d'Or.*
Sur l'autre côté était chassé un vaillant jeune homme, qui avec grande révérence recevait une protection d'un bouclier de Cristal, et avec son épée coupant ensuite la tête d'une femme terrible, et portant ensuite fièrement sa tête en signe de victoire ; du sang chaud de laquelle s'éleva un cheval volant : qui frappant sur une Montagne avec l'un de ses sabots, fit jaillir une étrange source d'eau.
Sur le devant je contemplai le puissant Cupidon, tirant sa Flèche dorée, et tirant celle-ci en haut dans les cieux, les faisant pleuvoir du sang : où un nombre se tenait merveilleusement étonné, de toutes sortes de gens. Sur l'autre extrémité, je vis Vénus dans un déplaisir merveilleux, ayant pris son fils par un Chevalier dans un Filet, et le tenant par les ailes, elle était sur le point de lui arracher ses plumes : en ayant arraché une poignée, qui volait alentour, le petit elfe criant pitoyablement ; et un autre envoyé par Jupiter, le prit et le sauva de sa mère, et le présenta à Jupiter : contre la bouche divine duquel, étaient en Lettres Attiques ces mots écrits, +SUMOIPL UKUSTEKAIPKROS+ et il le couvrit dans le giron de sa robe céleste.
Ce Chariot triomphal était pompeusement tiré par six Licornes féroces : leurs têtes comme des Cerfs, révérant la chaste Diane. Les poitrails et le harnachement autour de leurs poitrines fortes étaient d'or, sertis de pierre précieuse, et frangés d'argent et de soie couleur de cheveux, liés en nœuds, à la manière d'un filet, et enguirlandés à chaque point pendant, leurs caparaçons comme les autres dont il a été parlé précédemment.
Sur ceux-ci montaient, six vierges belles, dans une telle pompe et manière que précédemment, vêtues de drap d'or, tissé de soie bleue en diverses feuilles et fleurs ; celles-ci avaient un consort d'instruments à vent lunciers, pleins d'esprit. Et sur le sommet du Chariot, était placé un tabouret de Jaspe vert, serti en argent : nécessaire à la naissance, et médicinal pour la chasteté ; au pied il était à six pans, et croissant plus petit vers le siège, et du milieu au pied, chanfreiné et sillonné, et vers le haut travaillé avec des nextrulles : le siège duquel était quelque peu creusé, pour plus facilement s'asseoir dessus. Les Lignements de celui-ci des plus excellents.
Au-dessus de celui-ci, siégeait une Nymphe singulièrement belle, richement vêtue de drap d'or et de soie bleue, parée comme une vierge, et ornée d'innombrables sortes de perles et de pierres ; elle montrait une joie affectueuse à contempler des gouttes d'or tomber du ciel dans son giron. Elle était assise en pompe solennelle comme l'autre, et sous de grands applaudissements, ses cheveux beaux et abondants se répandant sur son dos, couronnée d'un diadème d'or, serti de diverses pierres précieuses.
Le quatrième Triomphe.
Le quatrième Triomphe était porté sur quatre roues, aux jantes de fer, forgées à la force du bras sans le secours du feu ; tout le reste du Char, à la mode du précédent, était de carboucle ardent, brillant dans les endroits les plus sombres, d'une taille exquise : il dépassait toute raison de concevoir comment ou où il fut possible de le fabriquer, ou par quel ouvrier.
Le côté droit de celui-ci contenait cette Histoire : Une femme honorable enceinte, à qui Jupiter se montra (comme il avait coutume de le faire avec Junon) dans le tonnerre et les éclairs : si bien qu'elle tomba tout en cendres, desquelles fut recueilli un jeune enfant.
De l'autre côté, je contemplai Jupiter, ayant ledit enfant entre ses mains, et le remettant à un jeune homme, aux bottines ailées, et muni d'un bâton autour duquel s'enroulaient deux serpents : qui livra l'enfant à certaines Nymphes dans une Grotte, pour être élevé.
À l'avant, je pouvais voir comment Cupidon, ayant décoché sa flèche malicieuse vers le ciel, avait contraint Jupiter à contempler une Nymphe mortelle : et un grand nombre de personnes blessées s'en émerveillant.
À l'arrière, Jupiter était assis sur un tribunal en guise de juge, et Cupidon apparaissait en boitant devant lui, et proférant de douloureuses plaintes contre sa mère aimante, parce que, par son entremise, il s'était grièvement blessé par l'amour d'une belle damoiselle, et que sa jambe était brûlée par une goutte d'une lampe, présentant aussi la jeune Nymphe et la lampe dans sa main. Et Jupiter, d'un visage souriant, s'adressant à Cupidon,
Perfer scintillam qui coelum accendis & omnes.
Ce monostiche était gravé en lettres latines sur une table carrée devant les visages de leurs suprêmes majestés, le reste étant tel que décrit.
Ce triomphe mystique était tiré par six bêtes tachetées, d'une couleur jaune brillante, et rapides comme les tigres d'Hyrcanie appelés Léopards, attelées ensemble avec des liens de vignes entrelacées, pleines de tendres feuilles vertes, et de tiges chargées de grappes verdoyantes. Ce char était tiré très lentement.
Au milieu de cette plaine était placé un socle d'or, selon le diamètre le plus bas, haut d'un pied et trois poignées ; le lataster ou bord inférieur rond et évidé, au milieu sous le bord supérieur ou rebord, en forme de palie avec des nextrubs, des règles et des cordelettes : le plan supérieur de ce socle était évidé, où reposaient les traînes des quatre aigles debout sur le plan, surface lisse du socle, qui étaient d'Aétite précieuse de Perse, de la couleur du plumage d'un faucon sacré. Et ceux-ci se tenaient les épaules l'une opposée à l'autre, et leurs serres d'or fixées et fichées dans ledit socle, chacun observant avec ses ailes, et les pointes fleuries de leurs sarcellettes se touchant les unes les autres. Au-dessus de ces derniers, comme sur un nid, était placé ce merveilleux vase d'Hyacinthes d'Éthiopie, clair et brillant, Celso inimicus, Comiti gratiosus. Ce vase était incrusté d'émeraudes et de veines de diverses autres pierres précieuses, un ouvrage incroyable. Sa hauteur de deux pieds et demi, la forme à peu près ronde, la largeur par le diamètre d'un pied et demi, et la circonférence consistait en trois diamètres. Depuis les têtes des aigles, le fond ou pied du vase s'élevait d'un tiers, et une bordure faisait le tour de l'épaisseur d'une main, de laquelle bordure jusqu'au commencement du ventre du vase, et jusqu'au fond du pied avec cette largeur de main, il y avait un pied et demi. Sur cela se tenait la forme du vase susmentionné, d'une poignée et demie plus large, laquelle demi-poignée était distribuée à la bordure, autour du rebord de feuilles pliantes et de fleurs sortant de l'hyacinthe. Le diamètre de deux quarts et demi. Sous cette bordure saillaient tout autour certaines proportions semblables à des coquilles de noix, ou à la quille d'un navire, quelque peu épaisses et larges à l'extrémité supérieure, et diminuant jusqu'à rien en bas. De là jusqu'à l'orifice, il s'élevait de deux quarts et demi, sillonné de chanfreins tournants, et d'un rebord excellent : et au lieu d'oreilles pour soulever le vase, il avait deux lèvres saillantes et se repliant en rond comme la tête d'une basse de viole.
Sous et au-dessus des bordures, le vase était travaillé avec des boules tournées, des ondulations et des bosselages, et c'est avec de tels linéaments qu'étaient travaillées les bordures, tant au-dessous qu'au-dessus. Sur la bordure, dans le col du couvercle, se trouvaient deux demi-anneaux, supprimés dans la bordure par transversale, l'un juste contre l'autre, qui étaient tenus dans les dents mordantes de deux Lézards, ou Dragons mordants d'émeraude verte, faisant saillie depuis le couvercle. Ils se tenaient avec leurs pieds serpentins sur la partie inférieure du couvercle sous le cou, entre lequel et le vase inférieur, il y avait une quantité, et depuis son gracilament supérieur descendant, il se joignait au rebord tourné du limbe ou bord circonférent, où ils se mordaient étroitement. Ce couvercle jusqu'au col était fait en ouvrage écailleux d'Hyacinthe, à l'exception des veines d'émeraude, pour les petits dragons, leurs ventres et leurs pieds se fixant au couvercle écailleux. Ces petits dragons l'un contre l'autre, leurs poitrines et leurs gorges se creusant depuis la bordure et le couvercle, et leurs queues se retournant vers le haut, servaient d'oreilles au couvercle, juste au-dessus de celles du vase inférieur.
Le bas tournant autour, là où le couvercle se fermait avec le vase, étant en deux parties, jointes ensemble avec un feuillage excellent, d'un demi-pied de large, comme s'ils avaient été inséparables.
Le corps de ce vase était tout parcouru par une Vigne, dont les cordes et les veines, et les petites torsades bouclées, étaient de Topaze, bien meilleure que celle que l'on trouve dans l'île d'Ophiadis, les feuilles d'émeraude fine, et les branches d'Améthyste, à la vue très belles, et à l'entendement merveilleusement contemplables. Le vase sujet apparaissant à travers le même, d'Hyacinthe si rond et poli qu'aucune roue ne peut en produire de semblable : excepté que, sous les feuilles, était laissée une substance qui retenait le feuillage sur le vase d'Hyacinthe, passant par-dessus et séparé du sujet. Les feuilles creusées et courbées avec tous les autres linéaments lapidaires, étaient exécutées avec une telle émulation de la nature que c'était merveilleux.
Retournons maintenant au bord circonférent du précieux vase. Dans les parties lisses de celui-ci, de chaque côté des queues des Lézards, je contemplai deux historiographies dignes de remarque, gravées de cette sorte. Sur la face avant du vase, la représentation de Jupiter, tenant dans sa main droite une épée scintillante, de la veine des Chrysolithes d'Éthiopie ; et dans l'autre main un foudre de Rubis brillant. Son visage respirait la veine des Gallatites, et couronné d'étoiles comme des éclairs, il se tenait sur un autel de Saphir. Devant sa majesté redoutable, se trouvait une troupe de Nymphes, au nombre de sept, vêtues de blanc, proposant de leurs voix douces de chanter, et se transformant ensuite en arbres verts tels que des émeraudes pleines de fleurs azurées, et s'inclinant avec dévotion devant sa puissance : non pas qu'elles fussent toutes transformées en feuilles, mais la première en arbre, ses pieds en racines, leurs bras et leurs têtes en branches, certains plus que d'autres, mais dans une démonstration qu'elles devaient toutes suivre de même, comme il apparaissait par leurs têtes.
Sur l'autre Anaglyphe, je contemplai un personnage majestueux, joyeux et plaisant, comme un jeune garçon grassouillet, couronné de deux serpents repliés, l'un blanc et l'autre noir, noués en un nœud. Il se reposait délicieusement sous une vigne abondante pleine de raisins mûrs, et sur le dessus du cadre il y avait de petits garçons nus, grimpant et s'asseyant en haut pour cueillir les grappes mûres : d'autres les offrant dans un panier au Dieu, qui les recevait agréablement : d'autres encore gisaient profondément endormis sur le sol, ivres du doux jus de la grappe. D'autres s'adonnant au travail de l'automne moût : d'autres chantant et jouant de la flûte : toute cette expression était perfectionnée par l'ouvrier en pierres précieuses, de telle couleur que la vivacité naturelle de chaque veine, feuille, fleur, baie, corps, proportion, forme et représentation le requérait. Et dans cette imagerie, bien qu'elle fût très petite, il n'y avait aucun défaut à trouver dans la moindre partie s'y rapportant, mais parfaitement discernable.
De ce vase précédemment décrit jaillissait une vigne verte et florissante, ses branches tortueuses chargées de grappes de raisins, les baies fauves d'Améthyste indienne et les feuilles de Sélénite verte de Perse : non sujette au changement de la lune, dont Cupidon se délecte. Cet arbre ombrageait le char : à chaque coin de ce char triomphal, sur le plan où se trouvait le vase, était placé un chandelier, d'une excellente facture, sur trois pieds de corail rouge, fort apprécié des gens du commun, résistant à la foudre et aux tempêtes, favorable et préservatif pour celui qui le porte : on n'en trouvait pas de semblables sous la tête de la Gorgone de Perse, ni dans l'Océan Érythréen. Le fût de l'un des chandeliers était de corail blanc, cher à Diane, d'une longueur convenable, avec des nœuds ronds et des articulations, haut de deux pieds. Un autre était de la plus fine pierre Dionisias, ayant des taches passant d'un noirâtre à un rouge pur, qui, pilé, sent agréablement. Le troisième était de Médée parfaite, de la couleur de l'or sombre et ayant l'odeur du Nectar. Le quatrième de précieuse Nébritide, allant d'un noir croissant vers un blanc et vert. Des fûts creusés de ceux-ci, s'élevait une flamme pyramidale de feu éternel, brûlant continuellement. La clarté des ouvrages exprimée par le reflet des lumières, et l'étincellement des pierres précieuses étaient tels que mes yeux étaient éblouis de les contempler.
Autour de ce triomphe céleste, avec une pompe merveilleuse et solennelle, d'infinies troupes de Nymphes, leurs tresses belles et abondantes tombant librement sur leurs épaules, certaines nues avec des tabliers de peaux de chèvres et de chevreaux, d'autres avec des tympanons et des flûtes, faisant un bruit très plaisant, comme dans la danse appelée Thiasus, lors de la triétérie de Bacchus, avec des rameaux verts feuillus et des branches de vigne, enroulés autour de leurs têtes et de leurs tailles, sautant et dansant devant les triomphes : immédiatement après les triomphes suivait un vieillard sur un âne, et après lui était menée une chèvre parée pour un sacrifice : et une qui suivait, portant sur sa tête un éventail, faisant un rire immodéré, et usant de gestes furieux et outrageants. Tel était l'ordre de ces Mimallones, Satyres, et serviteurs de Bacchus, entremetteuses, Thyades, Naïades et ceux qui suivaient.
La Nymphe montre à Poliphile la multitude des jeunes Amants, et leurs Amours, quels ils étaient, et de quelle sorte ils étaient aimés.
Il est très difficile pour un homme d'adapter son discours à des termes appropriés, par lesquels il puisse exprimer expressément la grande pompe, le triomphe incessant, la joie continuelle et les bonds délicieux autour de ces chars rares et invisibles, et, une fois entrepris, il est tout aussi malaisé de s'arrêter : outre la notable compagnie de jeunes gens, et les troupes croissantes d'innombrables Nymphes belles et plaisantes, plus vives d'esprit, sages, modestes et discrètes qu'on ne le voit ordinairement en des années si tendres, devisant agréablement avec leurs Amants barbus, ayant à peine les joues duvetées, de matières d'Amour. Beaucoup d'entre eux ayant leurs torches allumées, d'autres des pastophories, certains avec des dépouilles antiques aux extrémités de bâtons droits, et d'autres avec diverses sortes de Trophées sur des lances, curieusement suspendus, portés devant les triomphes mystiques, avec des cris résonnant dans l'air. Certains avec des instruments à vent de diverses façons et manières de volutes, saqueboutes et flûtes. D'autres avec des voix célestes chantant avec des délices ineffables, et un soulagement excessif, passant la raison humaine à imaginer : en leur sein passaient les glorieux triomphes, tournant sur le sol florulent, et le gazon vert, un lieu dédié aux heureux, sans aucune souche ni arbre, mais le champ était comme une prairie unie, coéquate, d'herbes douces et de fleurs plaisantes, de toutes sortes de couleurs, et de diverses façons variées, dégageant une odeur aussi parfumée qu'il est possible de dire, non brûlée par la chaleur extrême du soleil, mais modérée, le sol humecté par de douces rivières, l'air pur et propre, les jours tous semblables, la terre continuellement verte, le printemps ne déclinant jamais mais se renouvelant, l'herbe fraîche avec des fleurs variables comme une peinture, restant toujours intacte, avec leur fraîcheur rosée, réservant et gardant leurs couleurs sans interdiction du temps. Là poussaient les quatre sortes de Violettes, Primevères, Mélilots, Rose de persil ou Passe-fleur, Bleuets, Nielle, Sceau de Salomon, Vatrachium, Aquilégia, Muguet, Amarante, Amaranthe, Ideosmus, toutes sortes d'œillets doux, et de petites herbes fleuries d'une fragrance et d'une odeur odoriférantes, Roses de Perse, ayant l'odeur du musc et de l'Ambre, et d'innombrables sortes d'autres sans plantation, mais croissant naturellement dans une merveilleuse distribution, pointant le bout de leur nez de leurs feuilles vertes et barbes très plaisantes à contempler.
En ce lieu, je pouvais voir de belles et braves femmes comme l'Arcadienne Callisto, fille de Lycaon, avec l'inconnue Diane. La Lesbienne Antiope, fille de Nyctée, et mère d'Amphion et Zétos qui bâtirent Thèbes, avec son satyre. Issa, fille de Macharée, avec son berger. Antichie, fille d'Éaque, et la jeune Danaé. Astérie, fille de Cée, et Alcmène avec son mari feint. Ensuite, je contemplai l'agréable Égine se délectant du flot clair et du feu divin. La fille de Fullus et celle de Menemphus, avec son faux père, et celle de Diodes avec son giron plein de fleurs et un serpent tournoyant, et la belle jeune fille ne s'affligeant plus de la pousse de ses cornes. Astiochie et Antigone, fille de Laomédon, se délectant délicieusement dans ses plumes de cigogne, et Lurisile la première inventrice des roues. Garamantide la Nymphe dansante se tenant par son petit doigt, et lavant ses pieds délicats et jolis de la sueur dans la rivière Bagrada. Après cela, je contemplai une caille volant, et un faucon la poursuivant : Érigone ayant son beau sein brillant piqué de raisins doux, et la fille du roi Chollus avec son taureau, Ériphile et son mari changé : La fille d'Alpes et la vierge Mélantho avec son dauphin, Phyllira la fille du vieux Océan avec le père de Chiron. À côté d'elle, Cérès, la tête entourée d'épis de blé mûrs, embrassant l'Hydre écailleuse : et la belle Nymphe Lara s'accordant avec Argiphonte : et la douce Juturne de la rivière Numicus.
Et tandis que je me tenais avec un délice excessif, contemplant seulement en ignorant cette rare compagnie et ces triomphes mystiques, entouré de telles sortes, et de même les délicieux champs, mais qu'il me semblait que c'était un spectacle charmant à contempler, et ainsi j'aurais dû continuer : alors la gracieuse Nymphe m'associant et me menant, voyant ma simplicité et mon insouciance, avec un visage prêt et des mots doux et plaisants, sans demander, elle me dit ainsi : Mon Poliphile, vois-tu ceux-ci ? (me montrant ceux de l'ancien monde) ceux-ci furent aimés de Jupiter, et celle-ci, et celle-ci fut telle, et ceux-ci étaient amoureux de lui, par ce moyen me montrant leur lignée haute et puissante, et ne connaissant pas leurs noms, elle me les dit avec une grande courtoisie. Ensuite, elle me montra un grand nombre de petites vierges, sous le gouvernement de trois matrones sobres et discrètes, les guides vers un si grand délice : Ajoutant à cela très plaisamment (changeant son visage angélique) Mon Poliphile, tu sauras qu'aucune créature terrestre ne peut entrer ici sans une torche allumée comme tu me vois, soit avec un amour extrême et de grandes douleurs, soit pour la faveur et la compagnie de ces trois matrones. Et de son cœur poussant un profond soupir, elle dit : Cette torche, je l'ai apportée ici pour ton amour, ayant l'intention de l'éteindre dans le temple là-bas.
Ces discours percèrent mon cœur, ils étaient si délicieux et désirés, et d'autant plus qu'elle m'appelait son Poliphile. Sur quoi je m'assurai qu'elle était Polia, et de haut en bas je trouvai une altération extrême dans un délice suprême, mon cœur volant seulement vers elle. Lesquelles pensées furent trahies par mon visage, et en chuchotant de petits soupirs.
Ce qu'elle percevant finement, rompit sur cet accident nouveau avec ces mots : Oh, combien sont-ils ceux qui voudraient très volontiers contempler ces triomphes, et par conséquent Poliphile, adresse tes pensées à d'autres matières, et contemple quelles nobles et dignes Nymphes se montrent dignement assorties à leurs amants amoureux, courtoises et affables : qui avec des notes douces et plaisantes en vers mesurés, se louent et se recommandent sans lassitude, célébrant incessamment leurs tours avec un délice excessif, et exaltant les triomphes, l'air aussi plein des gazouillements de divers jolis oiseaux, produisant un charme diffus.
Autour du premier triomphe parmi la compagnie réjouissante, les neuf Muses chantaient, avec leur chef le divin Luteur Apollon.
Après le triomphe suivait la belle Parthénopéenne Leria, avec une couronne de laurier, accompagnée de Mélanthia, dont les habits et les voix représentaient la fierté de la Grèce, sur laquelle le grand Macédon posa sa tête : Elle portait une lampe splendide, communiquant la lumière de celle-ci avec sa compagne, puis le reste plus excellent tant en voix qu'en chant.
Là, la belle Nymphe me montra l'antique Iphianassa, et après le vieux père Himérinus, ses filles et leur breuvage, et une entre les deux frères Thébains : Ceux-ci avec des bruits plaisants, une douce musique et de fines agilités, passaient autour du premier triomphe.
Autour du second triomphe se trouvait la noble Némésis avec la Lesbienne Corinna, Délia et Nééra, avec diverses autres Nymphes amoureuses, faisant des sons plaisants sur des instruments à cordes de bois jaune.
Autour du troisième triomphe, les glorieuses Nymphes me montrèrent Quintilia et Cynthea Nauta, avec d'autres, dans un grand soulagement, faisant de douces harmonies, et chantant des vers plaisants : là aussi je contemplai la vierge Violantilla avec sa Colombe, et l'autre s'affligeant pour son Moineau.
Autour du quatrième triomphe, devant il allait la Lydienne Chloé, Lydé, Néobolé, la douce Phyllis, et la belle Lycé Tyburte & Pyra, avec leurs harpes chantant et faisant un bruit très plaisant. Après ce quatrième triomphe parmi les Ménades et les sacrificateurs à Bacchus, suivait une damoiselle amoureuse chantant à la louange de la tête de son amant Plaon, elle désirait des cornes. Et après eux tous, elle me montra deux femmes, l'une d'entre elles vêtue de blanc, et l'autre de vert, qui venaient derrière chantant ensemble.
Et ainsi ils marchaient autour d'une manière très plaisante et délicieuse sur la plaine fraîche, verte et florissante : Certains couronnés de laurier, certains de myrte, et d'autres d'autres sortes de fleurs et de guirlandes, incessamment sans aucune lassitude ou intermission dans une perfection de la félicité de ce monde, jouissant mutuellement de l'aspect et de la compagnie les uns des autres.
La Nymphe ayant longuement déclaré à Poliphile les triomphes mystiques et l'amour extrême, ensuite elle le pria d'aller plus loin, où aussi avec grand délice il contempla d'innombrables autres Nymphes, avec leurs amants désirés, en mille sortes de plaisirs se délectant sur l'herbe verte, les ombres fraîches, et près des rivières fraîches et des fontaines claires. Et comment Poliphile y avait presque oublié lui-même par folie dans les passions du désir, mais l'espoir avait apaisé sa fureur, le calmant dans la contemplation de la douce saveur de la belle Nymphe.
Non seulement heureux mais au-dessus de tous les autres le plus heureux serait celui à qui il serait accordé continuellement par faveur spéciale de contempler la glorieuse pompe, les hauts triomphes, les beaux lieux, les douces situations, ensemble avec les déesses, demi-déesses, belles Nymphes de délice et de plaisir incroyables, mais surtout d'être secondé et accompagné d'une Nymphe si honorable d'une beauté si rare et excellente. Et cela, je ne pensais pas que ce fût le moindre et le plus petit point de ma félicité. Maintenant, ayant regardé ces spectacles, je restai un grand espace à les enregistrer, en étant outre mesure abondamment contenté.
Ensuite, la belle et douce damoiselle ma guide me dit ainsi : Poliphile, allons maintenant un peu plus loin. Et alors immédiatement nous tendîmes notre marche vers les fontaines fraîches et les rivières ombragées, contournant les champs florissants avec des courants cristallins et des ruisseaux gracieux.
Dans laquelle eau claire croissait la fleur pourpre, fils de la nymphe Liriope, levant les yeux de ses tendres tiges et feuilles. Et toutes les belles rivières étaient pleines d’autres fleurs croissant doucement parmi leurs feuilles vertes et fraîches. Ce lieu délicieux était d’un circuit vaste et large, entouré et environné de montagnes boisées, d’une hauteur modérée, de lauriers verts, de mûriers fruitiers, de pins chevelus et hauts, et, à l’intérieur, de chenaux clairs aux rives gravillonnées, et en certains endroits le fond était de beau sable jaune et doux, là où l’eau coulait vivement, et où croissait la driope à trois feuilles.
Il y avait une grande compagnie de délicates et belles nymphes d’un âge tendre, avec une fleur odorante de pudeur, et belles au-delà de toute croyance, continuellement accompagnées de leurs amants imberbes. Parmi lesquelles nymphes, certaines très plaisamment, avec des mines folâtres, se montraient dans les eaux claires en jouant et s’ébattant, ayant finement relevé leurs minces vêtements de soie de diverses couleurs, et les tenant dans le creux de leurs bras blancs, la forme de leurs cuisses rondes était visible sous les plis, et leurs belles jambes étaient révélées jusqu’aux genoux nus, les courants venant si haut : c’était un spectacle qui aurait préparé quiconque à ce qui serait inopportun, et si lui-même en avait été incapable. Et là où l’eau était plus calme, penchant leurs beaux visages d’une beauté extrême, et courbant leurs corps d’une rare proportion, elles pouvaient, comme dans un large et beau miroir, contempler leurs formes célestes, brisant le même reflet par le mouvement de leurs jolis pieds, faisant un bruit avec le contraste de l’eau en circulation. Certaines s’efforçant solacieusement de dépasser les cygnes apprivoisés, et jetant joyeusement de l’eau les unes sur les autres avec le creux de leurs paumes : d’autres, debout hors de l’eau sur l’herbe douce et fraîche, confectionnant des bouquets et des guirlandes de diverses fleurs odorantes, et les donnant à leurs amants comme gages de leur souvenir favorable, ne refusant pas leurs doux baisers et leurs aimantes étreintes, avec les regards amoureux de leurs yeux étoilés.
Et quelques-unes étaient assises sur les rives vertes, non pas envahies de roseaux et de joncs, mais finement embellies d’herbes douces et de fleurs, parmi lesquelles les tendres nymphes, sortant humides de l’eau plus claire qu’Axius en Mygdonie, sous les arbres ombrageux, s’asseyaient en s’ébattant et en devisant l’une avec l’autre dans de délicieuses étreintes avec leurs amants révérencieux, ne les méprisant ni ne les rejetant cruellement, mais avec un amour sociable et une bénigne affabilité, se disposant à la même démonstration de véritable affection, leurs doux gestes et leurs plaisants comportements étant bien plus gracieux à l’œil que ne le sont les larmes coulantes pour le Cupidon hargneux et impitoyable, les douces fontaines et les rosées humides pour les champs verts, et la forme désirée pour la matière informe.
Certaines chantaient des sonnets amoureux et des vers d’amour, exhalant dans ceux-ci, de leurs poitrines enflammées, des soupirs brûlants pleins de doux accents, capables d’énamourer les cœurs de pierre : et de lisser la rugosité de l’inaccessible montagne Caucase, d’arrêter toute furie que la harpe d’Orphée susciterait, et le visage hideux et mal famé de Méduse, de rendre tout monstre horrible apprivoisé et traitable, et d’arrêter la provocation continuelle de la dévorante Scylla. Certaines reposaient leurs têtes sur les chastes genoux de leurs beaux amants, racontant les plaisantes aventures de Jupiter, et eux tressant leurs boucles frisées avec des fleurs odorantes.
D’autres parmi elles feignaient d’être délaissées, et semblaient fuir et s’éloigner de ceux qu’elles affectionnaient chèrement, et alors c’était une course les unes après les autres avec de grands rires et des cris efféminés, leurs belles tresses se répandant sur leurs épaules neigeuses comme des fils d’or, liés par des lacets de soie verte : certaines détachées à la manière des nymphes, d’autres attachées avec des parures d’or serties de perles. Ensuite, s’approchant, elles se penchaient, et cueillant les douces fleurs avec leurs doigts beaux et tendres, les jetaient aux visages de leurs amants poursuivants avec grand plaisir et solas, maintenant leurs feints dédains.
D’autres, avec grande courtoisie, glissaient des pétales de roses l’un après l’autre dans leurs seins lacés, ajoutant après eux de doux baisers, certaines donnant à leurs amants (s’ils étaient trop hardis) de petites tapes sur les joues avec leurs paumes innocentes, les rendant rouges comme les roues de Phébus par un beau matin clair : avec d’autres contentions nouvelles et inédites, telles que l’amour pouvait en concevoir. Elles étaient toutes plaisantes, joyeuses et disposées au plaisir : leurs gestes et mouvements enfantins, et d’une virginale simplicité, revêtant l’amour sincère sans l’offense de l’honorable vertu : libres et exemptes de l’occurrence du chagrin ou de l’émulation de la fortune adverse : assises sous l’ombre de la sœur pleurante du blanchi Phaéton, et de l’immortelle Daphné et du pin chevelu aux petites feuilles pointues, du droit Cyprès, des orangers verts et des grands Cèdres, et d’autres excellents, abondant en feuilles vertes, fleurs douces et plaisants fruits, toujours fleurissant d’une manière inestimable, également disposés sur les gracieuses rives, et croissant avec ordre à une distance modérée sur le sol herbeux, revêtu de pervenche verte ou de laurier. Quel cœur est si froid et glaçant qu’il ne serait pas incité à la chaleur, contemplant manifestement les devoirs délicieux de l’amour réciproque, tels que j’étais persuadé qu’ils auraient embrasé Diane elle-même ?
Sur quoi je fus hardi de montrer cette folie qui tourmentait mes esprits intérieurs, enviant de voir ce que les autres possédaient, qui était un plaisir continuel dans la joie et le solas sans aucune lassitude dans le rassasiement total, et ainsi, maintes fois mon cœur étant mis en feu par mes yeux, et brûlant extrêmement, mon esprit toujours fixé sur les plaisirs délicieux et leurs baisers savoureux, et regardant avec un œil curieux les abondants présents du dieu ailé, il me sembla à cet instant que je contemplais l’extrême perfection du plaisir. Et par ce moyen, je restai chancelant et outre mesure étonné, et comme celui qui avait bu une potion amoureuse, rappelant à ma mémoire les onguents de la malicieuse Circé, les herbes puissantes de Médée, les chants nuisibles de Byrrhéna, et les vers mortels de Pamphile, je restai dans le doute que mes yeux eussent vu quelque chose de plus qu’humain, et qu’un corps vil, déshonorable et fragile ne devrait pas être là où demeurent les créatures immortelles.
Après que je fus tiré de ces longues et douteuses pensées et imaginations fantastiques, et me rappelant toutes ces merveilleuses formes divines et corps que j’avais personnellement vus de mes yeux, je sus alors que ce n’étaient pas des ombres trompeuses, ni des illusions magiques, mais que je n’avais pas correctement conçu à leur sujet.
Et maintenant, avec une considération sérieuse parmi celles-ci, contemplant l’excellente nymphe tout près de moi, mes yeux remplis de dards amoureux ne cessaient de blesser mon cœur passionné, par le moyen duquel incontinent toutes mes pensées errantes furent excitées, compactées et fixées sur elle, leur objet désiré, rappelant mon âme mortifiée à être tourmentée à nouveau dans ses premières flammes, ce que je souffrais très cruellement, en ce que je n’osais être hardi de demander si elle était ma Polia désirée, car elle m’avait mis en quelque doute à ce sujet auparavant, et craignant maintenant de l’offenser en étant trop hardi, et trop importun avec ma langue rude et inculte, maintes fois, quand ma voix s’apprêtait à éclater entre mes lèvres, à cette occasion je la supprimais. Mais ce qu’elle pouvait être, il était hors de ma portée de l’imaginer, et j’en restai aussi suspicieux que le Socia trompé avec le feint Atlantiade. Ainsi, avec des regards diligents et des recherches cordiales examinant ses traits célestes envahis d’un désir brûlant outre mesure, je me dis à moi-même : Oh, si je pouvais être, si c’était possible, un homme libre en un tel lieu, car aucun chagrin ne m’affligerait, ni aucun danger imminent ne me ferait peur : bien que la fortune hargneuse s’opposât à moi, je dépenserais ma vie sans aucune considération de cela, ne refusant pas d’entreprendre la laborieuse et grande entreprise des deux portes montrées au fils d’Amphitryon.
Dépenser la fleur de ma jeunesse et le plaisir de mes années dans les dangers mortels des mers impitoyables, et dans les lieux effrayants de la Trinacrie, avec les travaux excessifs et les terreurs d’Ulysse, dans la sombre caverne de l’horrible Polyphème, fils de Neptune, être transformé en la compagnie de Calypso, bien que j’y perdisse ma vie, ou endurasse la plus dure et longue servitude d’Androdus, car toute lassitude est oubliée là où l’amour est véhément. Entreprendre avec l’amoureux Minalion et Ileus de courir avec Atalante, ou de venir seulement en telle sorte que le fort et puissant Hercule pour son amour Déjanire, le fit avec l’énorme Achelous, pourvu que je puisse obtenir une si gracieuse faveur, et atteindre à un si haut plaisir, que le fait de demeurer dans ces lieux solacieux, et par-dessus tout de jouir de l’amour précieux et de l’inestimable bienveillance de celle, plus belle sans comparaison que Cassiopée, de meilleure grâce que Castiamira. Hélas pour moi, ma vie et ma mort sont en son pouvoir ! Et s’il se trouve que je semble indigne de sa compagnie et de ses amours, plût à Dieu qu’il me fût accordé comme une récompense et un privilège spécial de la regarder : et alors je me dis à moi-même, oh Poliphile, si ces lourds et pesants fardeaux de pensées amoureuses t’oppressent, la douceur du fruit t’y attire ; et si les dangers péremptoires te frappent de terreur, l’espoir du soutien et de l’aide d’une si belle nymphe t’animera à être résolu. Ainsi, ma pensée étant diverse, je dis : Ô Dieu, si c’est cette Polia désirée que je vois à présent, et dont l’impression précieuse, sans intermission, j’ai toujours portée dans mon cœur brûlant et blessé, depuis les premières années de mon amour jusqu’à ce jour, je suis content de tous les chagrins, et outre elle, je ne désire aucune autre requête sinon celle-ci, qu’elle puisse être attirée à mon amour fervent, que ce soit égal entre nous, ou que je puisse être en liberté, car je ne suis plus capable de dissimuler mon chagrin, ou de cacher l’extrémité de ma douleur, je meurs en vivant, et en vivant je suis comme mort : je me délecte de ce qui est mon chagrin : je vais en pleurant : je me consume dans la flamme, et pourtant la flamme me nourrit, et brûlant comme l’or dans le ciment fort, pourtant je me trouve comme de la glace froide. Ah, malheur à moi, que l’amour doive m’être plus grief que le poids de l’Iuarime pour Typhon. Il me disperse plus que les vautours voraces les entrailles agglomérées de Tityus : il me retient plus que le labyrinthe tortueux : il me secoue plus que les vents du nord-est les mers calmes : il me déchire pire que les chiens d’Actéon leur maître en fuite : il trouble mes esprits plus que l’horrible mort ceux qui désirent vivre : il est plus funeste à mon cœur vexé que les entrailles des crocodiles pour l’Ichneumon. Et d’autant plus est mon chagrin, qu’avec tout l’esprit que j’ai, je ne sais pas penser en quelle partie du monde je devrais être, sinon droit devant le doux feu de cette demi-déesse, qui sans aucune substance corporelle me consume : ses abondants et beaux cheveux jaunes, un piège et un filet pour mon cœur où se masquer : son large et flegmatique front, semblable aux lys blancs, me lie comme avec une hart : ses regards perçants m’enlèvent la vie comme de douces provocations pour m’affliger : ses joues rosées exaspèrent mon désir, ses lèvres vermeilles continuent le même, et ses seins délicieux comme la neige d’hiver sur les montagnes hyperboréennes, sont les éperons aigus et le fouet mordant de mes passions amoureuses : ses gestes aimables et sa plaisante contenance attirent mon désir vers un plaisir imaginatif, accumulant mon chagrin. Et à tous ces martyres insultants et vexations grieves de cet impie et trompeur Cupidon je m’ouvre, m’efforçant puissamment de les porter, et n’étant nullement capable d’y résister, mais de me laisser vaincre : ni ne pouvais-je les éviter, mais je restais toujours comme quelqu’un perdu à l’improviste dans le marais babylonien.
Ô Tityus, tu ne peux pas me persuader que ta douleur est égale à la mienne, bien que les vautours déchirent ta poitrine, et tirant dehors ton cœur fumant et chaud, le mettent en pièces avec leurs becs crochus, et pincent le même avec leurs serres acérées, mangeant aussi le reste de ta chair, jusqu’à ce qu’ils se soient engorgés, et quelque temps après que tu sois renouvelé à nouveau, ils commencent à te dévorer de frais. Tu as un temps pour être revivifié à nouveau, et rendu sain comme tu l’as toujours été : mais deux yeux sans aucune pitié ou intermission m’ont blessé, dévorent et consument, ne me laissant aucun temps de repos, ou espace pour être réconforté.
Et ayant eu ces discours avec moi-même, je commençai secrètement à pleurer et gémir, et à désirer une voie pour que je puisse mourir, poussant de profonds soupirs comme si mon cœur s’était déchiré en morceaux avec chacun d’eux. Et maintes fois j’avais résolu avec une voix lamentable de demander son aide, car j’étais au point de mourir : mais comme quelqu’un de noyé et submergé, je jugeai cette voie vaine, et sans but, et donc furieusement, et comme quelqu’un d’esprit rageur, je pensai ainsi : Pourquoi doutes-tu, Poliphile ? La mort pour l’amour est louable, et donc ma fortune grieve et maligne, mon accident douloureux et mon dur sort dans l’amour d’une si belle nymphe, seront écrits et rapportés quand je serai mis en terre. Le même sera chanté sur des airs dolents sur de doux instruments de musique, manifestant la force de l’amour nuisible.
Et ainsi continuant la folie de mes pensées, je dis : Il se peut que cette nymphe, selon toute vraisemblance, soit quelque déesse révérée, et donc mes discours ne seront que comme les roseaux craquants d’Arcadie sur les côtés humides et fangeux de la rivière Labdone, secoués par le vent d’est aigu, avec le nord impétueux, le sud nuageux et le sud-ouest pluvieux. Outre cela, les dieux seront des vengeurs sévères d’une telle insolence, car les compagnons d’Ulysse auraient été préservés de la noyade et du naufrage, s’ils n’avaient pas volé les bestiaux d’Apollon gardés par Phaétuse et sa sœur Lampétie. Orion n’aurait pas été tué par un scorpion, s’il n’avait pas attenté à la froide et chaste Diane, et donc si je devais user d’une quelconque indécence contre l’honneur de cette nymphe d’une quelconque manière, une telle vengeance ou pire serait exercée sur moi. À la fin, sortant de ces pensées changeables, je me réconfortai grandement en regardant et contemplant l’excellente proportion et la douce saveur de cette ingénue et très rare nymphe, contenant en elle tout ce qui peut provoquer des pensées amoureuses et un doux amour, donnant de ses beaux yeux des regards si gracieux et favorables, qu’ainsi je tempérai quelque peu mes pensées troubles et effrénées. Et mes soupirs retentissants réfléchis avec un espoir flatteur (oh la nourriture amoureuse des amants et la sauce des larmes salées) par ces rênes et nullement d’autres je dirigeai mes pensées véhémentes, et les fis s’arrêter dans un espoir conçu, fixant mes yeux avec un plaisir excessif sur son beau corps et ses membres bien disposés, par tout quoi, mes désirs mécontents furent doucement atténués et rachetés de cette furie et de ce feu amoureux, qui si près avaient engendré l’extrémité de mes passions.
La nymphe conduit l’amoureux Poliphile vers d’autres lieux plaisants, où il contempla d’innombrables nymphes s’ébattant, ainsi que le triomphe de Vertumne et Pomone.
Par nul moyen je n’étais capable de résister à la force violente de l’artillerie de Cupidon, et donc l’élégante nymphe ayant amoureusement acquis une domination irrévocable sur moi, pauvre amant, je fus forcé de suivre toujours ses pas modérés, qui me menèrent dans une plaine spacieuse et large, la limite contermine de la vallée fleurie et odorante, où finissaient aussi les montagnes ornées et les collines fructueuses, fermant l’entrée de ce pays doré, plein d’un délice incroyable avec leur jonction, couverts d’arbres verts d’une épaisseur et d’une distance remarquables, comme s’ils avaient été plantés à la main, tels que les ifs, les pins sauvages, infructueux mais dégouttant de résine, les grands pins, le sapin droit, les pins à poix brûlants, le mélèze spongieux, la tède aérienne aimée des montagnes, célébrée et préservée pour les Oréades festives. Là, tous deux nous marchâmes dans la plaine verte et fleurie, elle étant mon guide à travers les hauts cyprès, les hêtres à larges feuilles, les chênes frais et ombragés pleins de glands, et autres charmes, le genièvre piquant, le faible noisetier, le frêne fendu, le laurier vert, et les esculus humifères, les platanes noueux et les tilleuls mus par le doux souffle du plaisant Zéphyre, sifflant à travers leurs tendres branches, avec une impulsion bénigne et favorable.
Tous ces arbres verts n’étaient pas étroitement entremêlés, mais à une distance convenable les uns des autres, et tous si adroitement distribués qu’à l’œil la vue en était un grand délice.
Ce lieu était fréquenté par des nymphes champêtres et des Dryades, leurs tailles petites et élancées étant ceintes d’un tressage de tendres corolles de rameaux, feuilles et fleurs, et sur leurs têtes leurs cheveux montants étaient entourés comme de guirlandes. Parmi eux étaient les faunes cornus, et les satyres lascifs, solennisant leurs fêtes faunales, étant assemblés de divers lieux, à l’intérieur de ce pays fertile et plaisant : portant dans leurs mains des branches si tendres, vertes et étranges, qu’on n’en trouve pas dans le bois de la déesse Feronia, quand les habitants portent son image au feu.
De là, nous entrâmes dans une large enceinte carrée entourée de larges allées, droites d’un coin à l’autre, avec une haie vive sur les deux côtés, en hauteur d’un pas, de genièvre piquant serré ensemble, et mêlé de buis, entourant la prairie carrée verte. Dans les rangées de laquelle haie vive étaient plantés symétriquement les palmiers victorieux, dont les branches étaient chargées de fruits, apparaissant hors de leurs enveloppes, certains noirs, certains cramoisis, et beaucoup jaunes, les pareils ne se trouvent pas dans la terre d’Égypte, ni à Dabulam parmi les Scénites arabes, ou à Hiéraconta au-delà des Sauromates. Tous lesquels étaient entremêlés de citronniers verts, d’orangers, d’hippomélides, de pistachiers, de grenadiers, de méligotons, de dendromirtes, de néfliers et de sorbiers, avec divers autres arbres fructueux.
En ce lieu, sur le gazon vert de la prairie fleurie, et sous les ombres fraîches et froides, je pouvais voir une grande assemblée réunie de gens étranges, et tels que je n’en avais jamais vu auparavant, pleins de joies et de passe-temps, mais bassement vêtus, certains en peaux de faunes, peintes de taches blanches, certains en peaux de lynx, d’autres en léopards : et beaucoup avaient attaché ensemble diverses larges feuilles, les tressant avec diverses fleurs, couvrant ainsi leur nudité, chantant, sautant et dansant avec grand applaudissement.
Ceux-ci étaient les nymphes Hamadryades, entourant plaisamment sur les deux côtés le fleuri Vertumne, ayant sur sa tête une guirlande de roses, et le pan de sa robe plein de belles fleurs, aimant la station du bélier laineux. Il était assis dans un char de mode ancienne, tiré par quatre faunes ou satyres cornus, avec sa bien-aimée et belle épouse Pomone, couronnée de fruits délicats, ses cheveux pendant sur ses épaules, d’une couleur de lin, et ainsi elle était assise participant au plaisir et au calme de son mari, et à ses pieds gisait un vase appelé Clepsydre. Dans sa main droite, elle tenait une corne d’abondance pleine de fleurs, fruits et feuilles vertes, et dans sa main gauche une branche de fleurs, fruits et feuilles.
Avant le char et les quatre satyres attelés, marchaient deux belles Nymphes, dont l'une portait un trophée avec une table suspendue, sur laquelle était écrit ce titre,
_Integerrimam corporis valetudinem & stabile robur castasque mensarum delitias, & beatam animi securitatem cultoribus me offero._
Et l'autre portait un trophée de certains rameaux verts liés ensemble, et parmi eux divers instruments rustiques attachés. Elles avançaient ainsi à la manière ancienne, avec de grandes cérémonies et beaucoup de solennité, entourant une grande pierre carrée semblable à un autel, située au milieu de cette belle prairie, suffisamment humectée par des courants de ruisseaux venant de belles fontaines.
Cette pierre carrée ou autel était de pur marbre blanc, curieusement taillée par un habile lapicide, sur chaque face de laquelle se trouvait une expression merveilleusement belle, d'une image élégante, si exacte que l'on en trouve difficilement de semblable ailleurs.
La première était une belle déesse, ses tresses flottant au vent, ceinte de roses et d'autres fleurs, sur un fin vêtement supérieur couvrant sa belle et plaisante proportion. Elle tenait sa main droite au-dessus d'un ancien récipient, en manière de réchaud, appelé Chytropodus, dégageant une flamme de feu, dans laquelle elle jetait des roses et des fleurs, et dans l'autre main elle tenait une branche de myrte doux, pleine de baies. À ses côtés se tenait un petit garçon ailé souriant, avec son arc et ses flèches. Au-dessus de sa tête se trouvaient deux pigeons. Et sous le pied de cette figure était écrit
Florido veri S.
Sur l'autre face, je contemplais dans une excellente sculpture la représentation d'une demoiselle au visage virginal, dont la majesté imposante rendait un grand hommage au curieux dessein de l'artisan. Elle était couronnée d'une guirlande d'épis de blé, ses cheveux flottant au vent, et son habit était celui d'une Nymphe. Dans sa main droite, elle tenait une corne d'abondance pleine de grain mûr, et dans l'autre main trois épis de blé, sur leurs tiges de paille. À ses pieds gisait une gerbe de blé liée, et un petit garçon avec des glanures de blé dans chaque main. La souscription était celle-ci.
Flauae Messi S.
Sur le troisième côté se trouvait la ressemblance, dans un aspect divin, nue, d'un jeune garçon, couronné de feuilles de vigne, et d'une contenance folâtre, tenant dans sa main gauche certaines grappes de raisins mûrs, et dans l'autre une corne d'abondance pleine de raisins qui pendaient par-dessus l'ouverture. À ses pieds gisait un bouc poilu avec cet écrit en dessous.
Mustulento Autumno S.
Le dernier carré portait une image royale fort bien taillée, sa contenance désagréable et austère, dans sa main gauche il tenait un sceptre levé vers les cieux, l'air nuageux, troublé et orageux, et de l'autre main atteignant les nuages pleins de grêle. Derrière lui, l'air était aussi pluvieux et tempétueux. Il était couvert de peaux de bêtes, et sur ses pieds il portait des sandales, sous lesquelles était écrit,
Hiemi Aeoliae S.
De là, la très belle et plaisante Nymphe m'emmena vers le bord de la mer et le rivage sablonneux, où nous arrivâmes à un vieux temple délabré, devant lequel, sur les herbes fraîches et fraîches, sous de doux arbres ombragés, nous nous assîmes et nous reposâmes, mes yeux contemplant très attentivement, avec un désir insatiable, en une seule perfection et un corps virginal, l'accumulation et l'assemblage de toutes les beautés ; un objet interdisant à mes yeux d'en contempler aucun autre gracieux, sauf celui-ci, ou d'un si grand contentement.
Là, me rafraîchissant dans une joie secrète avec de nouvelles pensées bourgeonnantes, mon cœur brûlant, et laissant de côté les folies vulgaires et communes, je commençai à considérer l'effet intelligible de l'honnête amour, et avec cela la clarté des cieux, l'air doux et tempéré, le site délicieux, la plaisante contrée, l'herbe verte ornée d'une diversité de fleurs, les belles collines parées d'épaisses forêts, le temps calme, les vents frais, et le lieu fertile, magnifiquement enrichi de ruisseaux diffluents, glissant le long des vallées humides entre les collines tortueuses dans leurs canaux graveleux, et dans les mers voisines, avec un cours continu, se déchargeant doucement.
Un sol très sain, l'herbe fraîche et douce : et des arbres résonnaient les doux concerts de petits oiseaux gazouillants. Les fleuves et les champs de Thessalie doivent céder le pas à cela.
Et là, assis ainsi ensemble parmi les douces fleurs et les roses odorantes, je fixai mes yeux sur cette forme céleste d'une si belle et rare proportion, à laquelle mes sens étaient si appliqués, attirés et adonnés, que mon cœur était submergé de délices extrêmes, si bien que je restais sans sens, et pourtant jeté dans un curieux désir de comprendre et de savoir quelle pourrait être la raison et la cause pour laquelle l'humidité pourpre au toucher de son corps, dans la douceur de sa main, devrait être aussi blanche que du pur lait : et par quels moyens la nature avait accordé à son beau corps la douce fragrance de l'Arabie. Et par quelle industrie, dans son front étoilé pampiné de fils d'or adroitement disposés, elle avait fixé la plus belle partie des cieux, ou la splendide Heraclea.
Ensuite, laissant tomber mes yeux vers ses jolis pieds, je les vis enfermés dans du cuir rouge découpé sur du blanc, attaché sur le cou-de-pied avec des boutons d'or dans des boucles de soie bleue. Et de là, je retournai vers le haut mon regard impudique vers son cou droit entouré d'un collier de perles orientales, luttant mais incapable d'égaler la blancheur de la douce peau. De là descendant vers sa poitrine brillante et son sein délicieux, d'où poussaient deux pommes rondes, telles qu'Hercules n'en vola jamais du jardin des Hespérides. Ni Pomone ne vit jamais rien de semblable à ces deux-là, se tenant immobiles sur son sein rosé, plus blanches que les collines de neige au coucher du soleil. Entre lesquelles passait une délicieuse vallée, où se trouvait le délicat sépulcre de mon cœur blessé, dépassant les célèbres Mausolées.
Je fus alors content, avec un cœur blessé, comprenant fort bien que mes yeux l'avaient entraîné, mourant, vers toutes ces parties élégantes. Pourtant néanmoins, je ne pouvais pas si bien brider et supprimer mes soupirs amoureux enflammés, ou les couvrir si étroitement, qu'ils ne dussent exprimer mon désir intérieur.
Par le moyen de quoi elle fut changée de l'amour contagieux, et frappant avec ses regards dérobés (l'envoyant de même), elle le tourna vers moi, si bien que je perçus un feu incendiaire se diffusant de façon prurigineuse à travers mes parties intérieures et mes veines creuses : et durant la contemplation de sa plus rare et excellente beauté, un délice melliflu et un doux réconfort m'y contraignirent. Ainsi désordonnément battu par l'éperon importun du désir insatiable, je me trouvai assailli par la mère de l'amour, environné tout autour par son fils flamigère, et envahi par une si belle forme, que j'étais, par ces circonstances et d'autres si excellentes, amené dans une telle agonie d'esprit et maladie de corps, et de telle sorte affaibli, que le moindre cheveu de sa tête était un lien assez fort pour me retenir fermement, et chaque mèche enroulée une chaîne et une entrave pour m'enchaîner, étant nourri par la douceur de sa beauté, et accroché par les plaisants appâts de ses délices amoureux, que je n'étais capable, par quelque dispositif ingénieux que ce soit, de résister aux chaleurs envahissantes et aux désirs provocateurs venant toujours sur moi, que je déterminai plutôt de mourir que d'endurer cela plus longtemps, ou d'offrir en ce lieu solitaire quelque déshonneur.
Alors de nouveau je fus déterminé, avec d'humbles requêtes et d'humiliantes supplications, à dire ceci :
Hélas, très délicieuse Polia, mourir en ce moment par toi est une chose que je désire, et ma mort, si elle était effectuée par ces tes petites, sveltes et belles mains, la fin en serait plus tolérable, douce et glorieuse pour moi, parce que mon cœur est entouré de telles flammes tourmentantes, augmentant toujours de plus en plus cruellement, et brûlant celui-ci sans pitié ni intermission, si bien que par le moyen de cela je suis privé de tout repos.
Et ici avec cela, ayant l'intention de mettre en exécution un autre dessein déterminé, voilà mon cœur qui était tourmenté par des flammes plus aiguës, qu'il me semblait que j'étais tout en feu. Ah, malheur à moi, qu'étais-tu avisé de faire, Poliphilus ? Souviens-toi de la violence faite à Deianira et à la chaste dame romaine. Considère ce qui leur suivit pour récompense, et à divers autres.
Rappelle à ton esprit que de puissants princes ont été rejetés par leurs inférieurs, combien plus alors une personne basse et abjecte, mais le cours du temps cède la place à ceux qui attendent sa bonté. Le temps fait que les lions féroces deviennent apprivoisés, et n'importe quelle bête furieuse : la petite fourmi, par un long travail, entrepose sa nourriture d'hiver dans l'arbre dur, et une forme divine cachée dans un corps humain ne prendrait-elle pas l'impression d'un amour fervent, et alors, tenant celle-ci, secouerait-elle toutes les passions ennuyeuses et vexantes, espérant jouir des fruits amoureux, des effets désirés, et des agonismes triomphants.
La Nymphe Polia, percevant bien le changement de ma couleur et le sang venant de manière plus étrange que le Tripolion ou le Teucrion, changeant trois fois par jour la couleur de ses fleurs, et mon effort à envoyer des soupirs brûlants profondément tirés du fond de mon cœur, elle tempéra et atténua ceux-ci avec ses doux et amicaux regards, apaisant la rage de mes passions oppressantes, si bien que, nonobstant mon esprit brûlant dans ces flammes continuelles et ces aiguës provocations d'amour, je fus avisé d'espérer patiemment, même avec l'oiseau d'Arabie dans son doux nid de petits rameaux, enflammé par la chaleur du soleil, d'être renouvelé.
+QUI QUE TU SOIS, PRENDS DE CE TRÉSOR AUTANT QU'IL TE PLAIRA. MAIS JE T'ADMONESTE, LORSQUE TU PRENDRAS LA TÊTE, DE NE PAS TOUCHER AU CORPS.+
+QUELQUE QUANTITÉ QU'IL TE PLAISE DE CE TRÉSOR, PRENDS ; JE T'ADMONESTE...
+AUX DIEUX APHRODITE ET À SON FILS ÉROS, DIONYSOS ET DÉMÉTER, DE LEURS PROPRES MESURES, TRES COMPATISSANTS+
+HÂTE-TOI TOUJOURS LENTEMENT+
+TOUT EST DESTIN+
+DE TOUT, LE DESTIN+
+POUR MOI, DOUX ET AMER À LA FOIS+