PLUS DE LETTRES DE CHARLES DARWIN
Par Charles Darwin
CHRONIQUE DE SES TRAVAUX DANS UNE SÉRIE DE LETTRES JUSQU’ICI INÉDITES
ÉDITÉ PAR FRANCIS DARWIN, MEMBRE DU CHRIST'S COLLEGE, ET A.C. SEWARD, MEMBRE DE L’EMMANUEL COLLEGE, CAMBRIDGE
EN DEUX VOLUMES
Notes du transcripteur :
Toutes les notes biographiques figurent à la fin du volume II.
Toutes les autres notes des éditeurs de Charles Darwin figurent dans le texte, entre crochets () avec un numéro de Chapitre/Note ou de Lettre/Note.
VOLUME I.
DÉDIÉ AVEC AFFECTION ET RESPECT, À
SIR JOSEPH HOOKER
EN SOUVENIR DE SON AMITIÉ DE TOUTE UNE VIE AVEC CHARLES DARWIN
« Vous ne saurez jamais ce que je vous dois pour votre constante bonté et vos encouragements »
CHARLES DARWIN À SIR JOSEPH HOOKER, 14 SEPTEMBRE 1862
PRÉFACE
La « Vie et Lettres de Charles Darwin » fut publiée en 1887. Depuis cette date, grâce à la bonté de divers correspondants, des lettres supplémentaires ont été reçues ; parmi elles, on peut citer celles écrites par M. Darwin à M. Belt, Lady Derby, Hugh Falconer, M. Francis Galton, Huxley, Lyell, M. John Morley, Max Muller, Owen, Lord Playfair, John Scott, Thwaites, Sir William Turner, John Jenner Weir. Mais le matériau pour notre ouvrage consistait en grande partie en une masse de lettres qui, faute d’espace ou pour d’autres raisons, n’avaient pas été imprimées dans la « Vie et Lettres ». Nous attirerions une attention particulière sur la correspondance avec Sir Joseph Hooker. À lui, M. Darwin écrivait avec une liberté totale, et cela a conféré un charme personnel aux plus techniques de ses lettres. Il existe également une importante correspondance, à peine inférieure en intérêt biographique, avec Sir Charles Lyell, Fritz Muller, M. Huxley et M. Wallace. À partir de ce matériau inutilisé, nous avons pu compiler une chronique presque complète des travaux de M. Darwin dans une série de lettres publiées ici pour la première fois. Nous avons cependant, dans quelques cas, répété des paragraphes, ou dans un ou deux cas des lettres entières, tirés de la « Vie et Lettres », lorsque cette répétition semblait nécessaire pour la clarté ou la continuité.
Nos deux volumes contiennent pratiquement toute la matière qu’il semble aujourd’hui souhaitable de publier. Mais à l’avenir, d’autres pourraient trouver des données intéressantes dans ce qui reste non imprimé ; c’est certainement vrai pour une courte série de lettres traitant des Cirripèdes, qui sont omises uniquement par manque d’espace. (Préface/1. Celles adressées au regretté Albany Hancock sont déjà apparues dans les « Transactions of the Tyneside Nat. Field Club », VIII., page 250.)
Nous avons la chance d’être autorisés, par Sir Joseph Hooker et par M. Wallace, à publier certaines lettres qu’ils ont adressées à M. Darwin. Nous avons également pu donner quelques lettres de Sir Charles Lyell, Hugh Falconer, Edward Forbes, Dr. Asa Gray, Professeur Hyatt, Fritz Muller, M. Francis Galton et Sir T. Lauder Brunton. Aux deux derniers cités, ainsi qu’à Mme Lyell (la biographe de Sir Charles), Mme Asa Gray et Mme Hyatt, nous souhaitons exprimer nos remerciements reconnaissants.
Les présents volumes ont été préparés de manière à donner une idée aussi complète que possible du cours des travaux de M. Darwin. Les volumes contiennent donc nécessairement de nombreuses lettres d’un caractère hautement technique, mais aucune, nous l’espérons, qui ne soit essentiellement intéressante. Dans le but d’économiser de l’espace, nous nous sommes limités à élucider les lettres par des annotations complètes, et avons pour la même raison — bien qu’avec quelque regret — omis dans la plupart des cas les débuts et les fins des lettres. Pour les faits principaux de la vie de M. Darwin, nous renvoyons nos lecteurs au résumé de son Journal privé, donné dans le présent volume.
M. Darwin écrivait généralement ses lettres lorsqu’il était fatigué ou pressé, ce qui conduisait souvent à l’omission de mots. Nous avons habituellement inséré les articles, et ce sans aucune indication de leur absence dans les originaux. Là où il semblait y avoir une possibilité de produire une altération du sens (et dans bien des cas où une telle possibilité n’existe pas), nous avons placé les mots introduits entre crochets. Nous pouvons dire une fois pour toutes que, dans tout le livre, les crochets indiquent des mots non trouvés dans les originaux. (Préface/2. Sauf à quelques endroits où des crochets sont utilisés pour indiquer des passages précédemment publiés. Dans tous ces cas, le sens du symbole est expliqué.) Les points indiquent des omissions, mais de nombreuses omissions sont faites sans être ainsi indiquées.
La sélection et l’agencement des lettres n’ont pas été faciles. Notre plan a été de classer les lettres selon le sujet — en celles traitant de l’Évolution, de la Distribution géographique, de la Botanique, etc., et dans chaque groupe de placer les lettres chronologiquement. Mais dans plusieurs des chapitres, nous avons adopté des titres de section, qui, nous le croyons, seront d’une aide pour le lecteur. La grande difficulté résidait dans la décision de savoir dans quel groupe principal une lettre donnée devait être placée. Si le manuscrit avait été découpé en paragraphes, il n’y aurait pas eu de telle difficulté ; mais nous sentons fortement qu’une lettre doit, autant que possible, être traitée comme un tout. Nous avons en fait permis à ce principe d’interférer avec une classification précise, de sorte que le lecteur trouvera, par exemple, dans les chapitres sur l’Évolution, des questions examinées qui auraient pu tout aussi bien relever de la Distribution géographique ou de la Géologie, ou des questions dans le chapitre sur l’Homme qui auraient pu être placées sous la rubrique Évolution. De la même manière, pour éviter toute mutilation, nous avons permis à des références à une branche de la science de demeurer dans des lettres principalement consacrées à un autre sujet. Pour ces irrégularités, nous devons demander la patience du lecteur, et le prier de croire que quelques efforts ont été consacrés à l’agencement.
M. Darwin, qui était soigneux dans d’autres choses, omettait généralement la date dans la correspondance familière, et ce n’est souvent qu’en traitant une lettre comme un détective étudie un crime que nous pouvons nous assurer de sa date. Heureusement, cependant, Sir Joseph Hooker et d’autres correspondants de Darwin avaient l’habitude d’ajouter la date à laquelle les lettres étaient reçues. Cela conduit parfois à une inexactitude qui nécessite un mot d’explication. Ainsi, une lettre que M. Darwin datait « Mercredi » pourrait être intitulée par nous « Mercredi [3 janvier 1867] », la seconde moitié étant la date à laquelle la lettre a été reçue ; si elle avait été datée par l’écrivain, elle aurait été « Mercredi, 2 janvier 1867 ».
En remerciant ces amis — spécialement Sir Joseph Hooker et M. Wallace — qui ont examiné certaines de nos épreuves, nous souhaitons clarifier le fait qu’ils ne sont en aucune manière responsables de nos erreurs ou omissions ; le poids de nos lacunes repose sur nous seuls.
Nous désirons exprimer notre gratitude à ceux qui nous ont si volontiers fourni des informations, spécialement à Sir Joseph Hooker, Professeur Judd, Professeur Newton, Dr. Sharp, M. Herbert Spencer et M. Wallace. Et nous avons le plaisir de mentionner M. H.W. Rutherford, de la Bibliothèque de l’Université, dont le travail consciencieux en tant que copiste nous est très précieux.
Enfin, c’est un plaisir d’exprimer notre obligation à ceux qui nous ont aidés en matière d’illustrations. Les portraits du Dr. Asa Gray, de M. Huxley, de Sir Charles Lyell, de M. Romanes, sont tirés de leurs Biographies respectives, et pour la permission de les utiliser, nous devons remercier Mme Gray, M. L. Huxley, Mme Lyell et Mme Romanes, ainsi que les éditeurs des ouvrages en question. Pour la reproduction du portrait précoce de M. Darwin, nous sommes redevables à Mlle Wedgwood ; pour les portraits intéressants de Hugh Falconer et Edward Forbes, nous devons remercier M. Irvine Smith, qui a obtenu pour nous les négatifs ; ceux-ci étant sur papier, et vieux de près de soixante ans, ont rendu leur reproduction un travail quelque peu difficile. Nous remercions également MM. Elliott & Fry de nous avoir très aimablement mis à disposition un négatif du beau portrait qui forme le frontispice du Volume II. Pour l’opportunité de faire des fac-similés de diagrammes contenus dans certaines lettres, nous sommes une fois de plus redevables à Sir Joseph Hooker, qui a très généreusement donné les lettres originales à la famille de M. Darwin.
Cambridge, octobre 1902.
TABLE DES MATIÈRES.
CONTENU DU VOLUME I.
Esquisse de la vie de Charles Darwin, etc.
CHAPITRE 1.I.--Un fragment autobiographique, et lettres précoces, 1809-1842.
CHAPITRE 1.II.--Évolution, 1844-1858.
CHAPITRE 1.III.--Évolution, 1859-1863.
CHAPITRE 1.IV.--Évolution, 1864-1869.
CHAPITRE 1.V.--Évolution, 1870-1882.
CHAPITRE 1.VI.--Distribution géographique, 1843-1867.
ILLUSTRATIONS DU VOLUME I.
CHARLES ET CATHERINE DARWIN, 1816. D’après un dessin à la craie colorée de Sharples, en possession de Mlle Wedgwood, de Leith Hill Place.
MME DARWIN, 1881. D’après une photographie de Barraud.
EDWARD FORBES, 1844 (?). D’après une photographie de Hill & Adamson.
THOMAS HENRY HUXLEY, 1857. D’après une photographie de Maull & Fox. (« Vie » de Huxley, Volume I.)
PROFESSEUR HENSLOW. D’après une photographie.
HUGH FALCONER, 1844. D’après une photographie de Hill & Adamson.
JOSEPH DALTON HOOKER, 1870 (?). D’après une photographie de Wallich.
ASA GRAY, 1867. D’après une photographie. (« Lettres d’Asa Gray », Volume I.)
VOLUME II
CHAPITRE 2.VII.--Distribution géographique, 1867-1882.
CHAPITRE 2.VIII.--Homme, 1860-1882. 2.VIII.I. Descendance de l’Homme, 1860-1882. 2.VIII.II. Sélection sexuelle, 1866-1872. 2.VIII.III. Expression, 1868-1874.
CHAPITRE 2.IX.--Géologie, 1840-1882. 2.IX.I. Vulcanisme et mouvements terrestres, 1840-1881. 2.IX.II. Action glaciaire, 1841-1882. 2.IX.III. Les routes parallèles de Glen Roy, 1841-1880. 2.IX.IV. Récifs coralliens, fossiles et récents, 1841-1881. 2.IX.V. Clivage et foliation, 1846-1856. 2.IX.VI. Âge du monde, 1868-1877. 2.IX.VII. Action géologique des vers de terre, 1880-1882. 2.IX.VIII. Divers, 1846-1878.
CHAPITRE 2.X.--Botanique, 1843-1871. 2.X.I. Divers, 1843-1862. 2.X.II. Melastomaceae, 1862-1881. 2.X.III. Correspondance avec John Scott, 1862-1871.
CHAPITRE 2.XI.--Botanique, 1863-1881. 2.XI.I. Divers, 1863-1866. 2.XI.II. Correspondance avec Fritz Muller, 1865-1881. 2.XI.III. Divers, 1868-1881.
CHAPITRE 2.XII.--Vivisection et sujets divers, 1867-1882. 2.XII.I. Vivisection, 1875-1882. 2.XII.II. Sujets divers, 1867-1882.
ILLUSTRATIONS DU VOLUME II.
CHARLES DARWIN, 1881. D’après une photographie de Elliott & Fry.
ALFRED RUSSEL WALLACE, 1878. D’après une photographie de Maull & Fox.
GEORGE J. ROMANES, 1891. D’après une photographie de Elliott & Fry. (« Vie » de Romanes.)
CHARLES LYELL. D’après une photographie de Maull & Fox. (« Vie » de Lyell, Volume II.)
CHARLES DARWIN, 1854 (?). D’après une photographie de Maull & Fox.
FRITZ MULLER. D’après une photographie.
FAC-SIMILÉS DE CROQUIS DANS LES LETTRES.
FIGURE 1. Section hypothétique illustrant l’élévation continentale.
FIGURE 2. Diagramme de la jonction entre dyke et lave.
FIGURE 3. Contour d’un cratère elliptique.
FIGURE 4. Section hypothétique montrant la relation des dykes avec les évents volcaniques.
FIGURE 5. Carte illustrant l’arrangement linéaire des îles volcaniques en relation avec les lignes côtières continentales.
FIGURE 6. Croquis montrant la forme et la distribution du quartz dans une roche foliée.
FIGURE 7. Croquis montrant l’arrangement du feldspath et du quartz dans une série métamorphique.
FIGURE 8. Diagramme floral d’une orchidée.
FIGURE 9. Fleur disséquée de Habenaria Chlorantha.
FIGURE 10. Diagramme d’une fleur crucifère.
FIGURE 11. Section longitudinale d’une fleur crucifère.
FIGURE 12. Section transversale de l’ovaire d’une crucifère.
FIGURE 13. (Contenu/1. Pas un fac-similé.) Feuille de Trifolium resupinatum. (Dessinée par Mlle Pertz.)
PLUS DE LETTRES DE CHARLES DARWIN.
VOLUME I.
ESQUISSE DE LA VIE DE CHARLES DARWIN.
BASÉE SUR SON JOURNAL, DATÉ D’AOÛT 1838.
Les références aux journaux dans lesquels les articles de M. Darwin ont été publiés se trouvent dans sa « Vie et Lettres » III., Annexe II. Nous sommes très redevables à M. C.F. Cox, de New York, d’avoir attiré notre attention sur des erreurs dans l’Annexe, et nous saisissons cette occasion pour les corriger.
Annexe II., Liste ii.--M. Romanes a parlé de l’essai de M. Darwin sur l’Instinct lors d’une réunion de la Linnean Society, le 6 décembre 1883, et un compte rendu en est donné dans « Nature » à la même date. Mais il n’a pas été publié par la Linnean Society.
Annexe II., Liste iii.--« Origine des dépôts salifères. Lacs salés de Patagonie et La Plata » (1838). C’est le titre d’un extrait du volume de Darwin sur l’Amérique du Sud réimprimé dans le « Quarterly Journal of the Geological Society », Volume II., Partie ii., « Miscellanea », pages 127-8, 1846.
L’article sur « Analogie de la structure de certaines roches volcaniques, etc. » a été publié en 1845, et non en 1851.
Un article « Sur la fertilisation des orchidées britanniques par l’agence des insectes », dans le « Entomologist’s Weekly Intelligencer » viii., et « Gardeners’ Chronicle », 9 juin 1860, devrait être inséré dans la bibliographie.
1809. 12 février : Né à Shrewsbury.
1817. Mort de sa mère.
1818. Entré à l’école de Shrewsbury.
1825. A quitté l’école de Shrewsbury.
1826.
Octobre : Entré à l’Université d’Édimbourg. A lu deux communications devant la Plinian Society d’Édimbourg « à la fin de 1826 ou au début de 1827 ».
1827. Entré au Christ’s College, Cambridge.
1828. A commencé sa résidence à Cambridge.
1831.
Janvier : A réussi son examen pour le B.A., et a poursuivi les deux trimestres suivants.
Août : Tournée géologique avec Sedgwick.
11 septembre : Allé à Plymouth pour voir le « Beagle ».
2 octobre : « Pris congé de ma maison ».
27 décembre : « Parti d’Angleterre pour notre circumnavigation ».
1832.
16 janvier : « Accosté pour la première fois sur un rivage tropical » (Santiago).
1833.
6 décembre : « Parti pour la dernière fois de Rio Plata ».
1834.
10 juin : « Parti pour la dernière fois de Terre de Feu ».
1835.
5 septembre : « Parti des côtes ouest de l’Amérique du Sud ».
16 novembre : Lettres au Professeur Henslow, lues lors d’une réunion de la Cambridge Philosophical Society.
18 novembre : Article lu devant la Geological Society sur les Notes prises lors d’un relevé des côtes est et ouest de l’Amérique du Sud dans les années 1832-35.
1836.
31 mai : Ancres jetées au Cap de Bonne-Espérance.
2 octobre : Ancres jetées à Falmouth.
4 octobre : Arrivé à Shrewsbury après une absence de cinq ans et deux jours.
13 décembre : Allé vivre à Cambridge.
1837.
4 janvier : Article sur l’élévation récente au Chili lu.
13 mars : Installé au 36, Great Marlborough Street.
14 mars : Article sur le « Rhea » lu.
Mai : A lu des articles sur la formation corallienne, et sur la Pampa, à la Geological Society.
Juillet : A ouvert le premier carnet sur la Transmutation des espèces.
13 mars à novembre : Occupé par son Journal.
Octobre et novembre : Préparation du plan pour la Zoologie du voyage du « Beagle ». Travail sur la Géologie de l’Amérique du Sud.
1er novembre : A lu l’article sur les vers de terre devant la Geological Society.
1838.
Travail sur la Géologie de l’Amérique du Sud et la Zoologie du voyage. « Quelque petite théorie sur les espèces ».
7 mars : A lu l’article sur la Connexion de certains phénomènes volcaniques et sur la formation des chaînes de montagnes, à la Geological Society.
Mai : La santé a commencé à décliner.
23 juin : Parti pour Glen Roy. L’article sur Glen Roy fut écrit en août et septembre.
5 octobre : Commencé l’article sur les Coraux.
11 novembre : Fiançailles avec sa cousine, Emma Wedgwood.
31 décembre : « Entré au 12 Upper Gower Street ».
1839.
29 janvier : Marié à Maer.
Février et mars : Travail sur les Coraux et sur la théorie des espèces.
Mars (partie) et avril : Travail sur l’article sur les Coraux. Articles sur une roche vue sur un iceberg, et sur les routes parallèles de Glen Roy. Publication du « Journal et remarques », constituant le volume iii. du « Récit des voyages de relevé du H.M.S. 'Adventure' et 'Beagle', etc. ». Pour le reste de l’année, Coraux et Zoologie du voyage. Publication de la « Zoologie du voyage du H.M.S. 'Beagle' », Partie II. (Mammalia).
1840.
Travail sur les Coraux et la Zoologie du voyage. Contribution à l’introduction géologique de la Partie I. de la « Zoologie du voyage » (Mammifères fossiles par Owen).
1841.
Publication de la Partie III. de la « Zoologie du voyage » (Oiseaux). Article lu sur les blocs erratiques et dépôts glaciaires de l’Amérique du Sud, à la Geological Society. Publication de l’article sur une remarquable barre de grès au large de Pernambuco, sur la côte du Brésil. Publication de la Partie IV. de la « Zoologie du voyage » (Poissons).
1842.
6 mai : Dernière épreuve du livre sur les Coraux corrigée.
Juin : Examen de l’action glaciaire au Pays de Galles. « Écrit une esquisse au crayon de ma Théorie sur les espèces ».
Juillet : Écrit un article sur les glaciers du Caernarvonshire.
Octobre : Commencé son livre sur les îles volcaniques.
1843.
Travail sur « Îles volcaniques » et « quelque travail sur les espèces ».
1844.
13 février : Terminé « Îles volcaniques ».
Juillet à septembre : Écrit une version élargie de la Théorie sur les espèces. Articles sur Sagitta, et sur Planaria.
27 juillet : Commencé son livre sur la Géologie de l’Amérique du Sud.
1845.
Article sur l’Analogie de la structure des roches volcaniques avec celle des glaciers. « Proc. R. Soc. Edin. »
25 avril au 25 août : Travail sur la deuxième édition du « Voyage d’un naturaliste ».
1846.
1er octobre : Terminé la dernière épreuve des « Observations géologiques sur l’Amérique du Sud ». Articles sur la poussière atlantique, et sur la géologie des îles Falkland, communiqués à la Geological Society. Article sur Arthrobalanus.
1847.
Travail sur les Cirripèdes. Revue de l’« Histoire naturelle des mammifères » de Waterhouse.
1848.
20 mars : Terminé les Instructions scientifiques en géologie pour le Manuel de l’Amirauté. Travail sur les Cirripèdes. Article sur les blocs erratiques.
1849.
Santé particulièrement mauvaise. Travail sur les Cirripèdes.
Mars-juin : Cure d’eau à Malvern.
1850.
Travail sur les Cirripèdes. Publication des Monographies des Lepadidae récents et fossiles.
1852.
Travail sur les Cirripèdes.
1853.
30 novembre : « Médaille royale qui m’a été décernée ».
1854.
Publication des Monographies sur les Balanidae et Verrucidae récents et fossiles.
9 septembre : Terminé l’emballage de tous mes Cirripèdes. « Commencé à trier les notes pour la Théorie sur les espèces ».
1855.
Mars-avril : Expériences sur l’effet de l’eau salée sur les graines. Articles sur les icebergs et sur la vitalité des graines.
1856.
14 mai : « Commencé, sur les conseils de Lyell, à écrire l’Esquisse sur les espèces » (décrite dans « Vie et Lettres » comme le « Livre inachevé »).
16 décembre : Terminé le Chapitre III. Article lu devant la Linnean Society, Sur l’eau de mer et la germination des graines.
1857.
29 septembre : Terminé les Chapitres VII. et VIII.
30 septembre au 29 décembre : Travail sur l’hybridisme. Article sur l’agence des abeilles dans la fertilisation des fleurs papilionacées.
1858.
9 mars : « Terminé le chapitre sur l’instinct ».
18 juin : Reçu l’esquisse de M. Wallace sur sa théorie évolutionniste.
1er juillet : Article conjoint de Darwin et Wallace lu à la Linnean Society.
20 juillet au 27 juillet : « Commencé l’Abrégé du livre sur les espèces », c’est-à-dire l’« Origine des espèces », à Sandown, I.W. Article sur les abeilles et la fertilisation des fleurs.
1859.
25 mai : Commencé les épreuves de l’« Origine des espèces ».
24 novembre : Publication de l’« Origine » : 1250 exemplaires imprimés.
2 octobre au 9 décembre : À l’établissement de cure d’eau, Ilkley, Yorkshire.
1860.
7 janvier : Publication de l’Édition II. de l’« Origine » (3000 exemplaires).
9 janvier : « Examen du manuscrit sur la Variation ». Article sur la fertilisation des orchidées britanniques.
Juillet et à nouveau en septembre : Observations faites sur Drosera. Article sur les papillons de nuit et les fleurs. Publication du « Voyage d’un naturaliste ».
1861.
Jusqu’en juillet au travail sur la « Variation sous la domestication ».
30 avril : Publication de l’Édition III. de l’« Origine » (2000 exemplaires).
Juillet à la fin de l’année : Au travail sur les Orchidées.
Novembre : Article sur Primula lu à la Linnean Society. Articles sur Pumilio et sur la fertilisation de Vinca.
1862.
15 mai : Livre sur les Orchidées publié. Travail sur la Variation. Article sur Catasetum (Linnean Society). Contribution au Chapitre III. du Mémoire de Jenyns sur Henslow.
1863.
Travail sur la « Variation sous la domestication ». Articles sur la pluie jaune, la Pampa, et sur les Cirripèdes. Une revue de l’article de Bates sur les papillons mimétiques. Maladie grave jusqu’à la fin de l’année.
1864.
Maladie prolongée jusqu’en avril. Article sur Linum publié par la Linnean Society.
25 mai : Article sur Lythrum terminé.
13 septembre : Article sur les plantes grimpantes terminé. Travail sur la « Variation sous la domestication ».
30 novembre : Médaille Copley décernée.
1865.
1er janvier : Poursuite du travail sur la Variation jusqu’au 22 avril. Le travail a été interrompu par la maladie jusqu’à la fin de l’automne.
Février : Lu un article sur les plantes grimpantes.
25 décembre : Recommencé sur la Variation.
1866.
Poursuite du travail sur la « Variation sous la domestication ».
1er mars au 10 mai : Au travail sur l’Édition IV. de l’« Origine ». Publication en juin (1250 exemplaires). Lu un article sur Cytisus scoparius devant la Linnean Society.
22 décembre : Commencé le dernier chapitre de « Variation sous la domestication ».
1867.
15 novembre : Terminé la révision de « Variation sous la domestication ».
Décembre : Commencé des articles sur les unions illégitimes des plantes dimorphes et trimorphes, et sur Primula.
1868.
30 janvier : Publication de « Variation sous la domestication ».
4 février : Commencé le travail sur l’Homme.
10 février : Nouvelle édition de « Variation sous la domestication ». Lu des articles sur les unions illégitimes des plantes dimorphes et trimorphes, et sur Verbascum.
1869.
10 février : « Terminé la cinquième édition de l’“Origine” ; cela m’a pris quarante-six jours ».
Édition V. publiée en mai.
Travail sur la « Descendance de l’Homme ». Articles sur la fertilisation des Orchidées, et sur la fertilisation des plantes à floraison hivernale.
1870.
Travail sur la « Descendance de l’Homme ». Article sur le pic de la Pampa.
1871.
17 janvier : Commencé l’« Expression des émotions ».
24 février : « Descendance de l’Homme » publié (2500 exemplaires).
27 avril : Terminé la copie brute de l’« Expression ».
18 juin : Commencé l’Édition VI. de l’« Origine ». Article sur la fertilisation de Leschenaultia.
1872.
10 janvier : Terminé les épreuves de l’Édition VI. de l’« Origine », et « réécriture de l’“Expression” ».
22 août : Terminé les dernières épreuves de l’« Expression ».
23 août : Commencé à travailler sur Drosera.
Novembre : « Expression » publié (7000 exemplaires, et 2000 de plus imprimés à la fin de l’année).
8 novembre : « À la vente de Murray, 5267 exemplaires vendus aux libraires de Londres ».
1873.
Janvier : Correction de l’article sur les plantes grimpantes pour publication sous forme de livre.
3 février : Au travail sur la « Fertilisation croisée ».
Février à septembre : Contributions à « Nature ».
14 juin : « Recommencé Drosera ».
20 novembre : Commencé « Descendance de l’Homme », Édition II.
1874.
« Descendance de l’Homme », Édition II, en un volume, publié (Préface datée de septembre). « Récifs coralliens », Édition II., publié.
1er avril : Commencé les « Plantes insectivores ».
Février à mai : Notes contribuées à « Nature ».
1875.
2 juillet : « Plantes insectivores » publié (3000 exemplaires) ; 2700 exemplaires vendus immédiatement.
6 juillet : « Correction de la 2e édition de “Variation sous la domestication” ». Elle fut publiée à l’automne.
1er septembre (approximativement) : Commencé sur « Fertilisation croisée et auto-fertilisation ».
Novembre : Commission de vivisection.
1876.
5 mai : « Terminé le manuscrit, première lecture, de “Fécondation croisée et auto-fécondation”. »
Mai à juin : Correction de la « Fécondation des orchidées », Édition II. Écrit son esquisse autobiographique.
Mai et novembre : Contributions à « Nature ».
19 août : Premières épreuves de « Fécondation croisée et auto-fécondation ».
10 novembre : Publication de « Fécondation croisée et auto-fécondation » (1500 exemplaires).
1877.
« Tout le début de l'été au travail sur les “Différentes formes de fleurs”. »
Juillet : Publication des « Différentes formes de fleurs » (1250 exemplaires). Durant le reste de l'année au travail sur la pruine des feuilles, les mouvements des plantes, « et un peu sur les vers ».
Novembre : LL.D. à Cambridge. Seconde édition de la « Fécondation des orchidées » publiée. Contributions à « Nature », au « Gardeners' Chronicle » et à « Mind ».
1878.
L'année entière au travail sur les mouvements des plantes et sur la pruine des feuilles.
Mai : Contribution à « Nature ». Seconde édition des « Différentes formes de fleurs ». Écrit la lettre préfacielle pour l'ouvrage de Kerner, « Les fleurs et leurs hôtes importuns ».
1879.
L'année entière au travail sur les mouvements des plantes, excepté « environ six semaines » au printemps et au début de l'été consacrées à la « Vie d'Erasmus Darwin », qui fut publiée à l'automne. Contributions à « Nature ».
1880. « Tout le printemps à terminer le manuscrit du “Pouvoir du mouvement chez les plantes” et les épreuves. » « Commencé à l'automne sur les vers. » Notice préfacielle écrite pour la traduction par Meldola du livre de Weismann.
6 novembre : 1500 exemplaires du « Pouvoir du mouvement » vendus lors de la vente de Murray. Contributions à « Nature ».
1881.
Durant toute la première partie de l'année au travail sur le « Livre sur les vers ». Plusieurs contributions à « Nature ».
10 octobre : Le livre sur les « Vers de terre » publié : 2000 exemplaires vendus immédiatement.
Novembre : Au travail sur l'action du carbonate d'ammoniaque sur les plantes.
1882.
Aucune entrée dans le journal.
Février : Au travail sur la correction du sixième millier des « Vers de terre ».
6 mars et 16 mars : Mémoires sur l'action du carbonate d'ammoniaque sur les racines, etc., lus à la Linnean Society.
6 avril : Note pour « Nature » sur la dispersion des bivalves.
18 avril : Mémoire de Van Dyck sur les chiens syriens, avec une notice préliminaire de Charles Darwin, lu devant la Zoological Society.
19 avril : Charles Darwin est décédé à Down.
...
CHARLES DARWIN
CHAPITRE 1.I.--UN FRAGMENT AUTOBIOGRAPHIQUE ET LETTRES DE JEUNESSE.
1809-1842.
(Chapitre I./1. Au cours du déménagement du reste des livres et papiers de M. Darwin depuis Down, les notes autobiographiques suivantes, écrites en 1838, furent mises au jour. Elles nous semblent dignes d'être publiées, tant pour les faits nouveaux qu'elles apportent que pour l'illustration de l'intérêt qu'il portait manifestement à son propre développement. De nombreux mots sont omis dans le manuscrit, et certains noms sont mal orthographiés ; les corrections qui ont été apportées ne sont pas toujours indiquées.)
Mon plus lointain souvenir, dont je peux déterminer la date approximative, et qui doit remonter à avant mes quatre ans, est celui où, assis sur les genoux de Caroline (Caroline Darwin) dans le salon, tandis qu'elle coupait une orange pour moi, une vache passa en courant devant la fenêtre, ce qui me fit sursauter, si bien que je reçus une vilaine coupure dont je porte encore la cicatrice aujourd'hui. De cette scène, je me souviens de l'endroit où j'étais assis et de la cause de la frayeur, mais pas de la coupure elle-même, et je pense que mon souvenir est réel, et non, comme il arrive souvent dans des cas similaires, [issu] d'avoir entendu la chose souvent répétée, [moment où] l'on obtient une image si vivante qu'elle ne peut être séparée de la mémoire : car je me souviens clairement de la direction dans laquelle la vache courait, ce qui ne m'aurait probablement pas été raconté. Ma mémoire est ici un tableau obscur, dans lequel, ne me rappelant aucune douleur, je suis à peine conscient de son lien avec moi-même.
1813.
Lorsque j'avais quatre ans et demi, je suis allé à la mer et j'y ai séjourné quelques semaines. Je me souviens de beaucoup de choses, mais, à l'exception des servantes (et celles-ci ne sont pas individualisées), je ne me souviens d'aucun membre de ma famille qui s'y trouvait. Je me souviens, soit de moi, soit de Catherine, faisant une bêtise, étant enfermé dans une pièce et essayant de casser les fenêtres. J'ai devant les yeux une image obscure d'une maison et d'une petite boutique voisine, où le propriétaire me donna une figue, mais qui, à ma grande joie, se trouva en être deux : cette figue m'a été donnée pour que l'homme puisse embrasser la servante. Je me souviens d'une promenade commune vers une sorte de puits, sur le chemin duquel se trouvait un cottage ombragé par des pruniers de Damas (Chapitre I./2. Damson [prune de Damas] dérive de damascène ; le fruit était autrefois connu sous le nom de « prune de Damas ».), habité par un vieil homme, appelé un ermite, aux cheveux blancs, qui avait l'habitude de nous donner des prunes. Je ne sais pas si ce sont les prunes, ou la vénération et la crainte indistincte pour ce vieil homme, qui ont produit le plus grand effet sur ma mémoire. Je me souviens, en m'y rendant, d'avoir traversé en calèche un large gué, et la peur et l'étonnement devant l'eau blanche écumante ont laissé une impression vivante. Je pense que la mémoire des événements commence brusquement ; c'est-à-dire que je me souviens de ces toutes premières choses aussi clairement que d'autres bien plus tardives dans la vie, qui m'avaient également marqué. Quelques très lointains souvenirs sont liés à la peur à Parkfield et à la pauvre Betty Harvey. Je me souviens avec horreur de son histoire de personnes poussées dans le canal par le cordage de halage, pour être passées du mauvais côté du cheval. J'avais la plus grande horreur de cette histoire — instinct aigu contre la mort. D'autres souvenirs sont ceux de la vanité, à savoir, penser que les gens m'admiraient, dans un cas pour ma persévérance et dans un autre pour mon audace à grimper à un arbre bas, et ce qui est plus étrange, une conscience, comme instinctive, que j'étais vaniteux, et le mépris de moi-même. Mon admirateur supposé était le vieux Peter Haile, le maçon, et l'arbre, le sorbier sur la pelouse. Tous mes souvenirs semblent être liés très étroitement à moi-même ; alors que Catherine (Catherine Darwin) semble se souvenir de scènes où d'autres étaient les acteurs principaux. Quand ma mère est morte, j'avais 8 ans et demi, et [Catherine] un an de moins, pourtant elle se souvient de tous les détails et événements de chaque jour tandis que je ne me souviens presque de rien (et il en va de même pour beaucoup d'autres cas) si ce n'est d'avoir été mandé, le souvenir d'être entré dans sa chambre, mon père venant à ma rencontre — et d'avoir pleuré après. Je me souviens de la robe de ma mère et presque de rien de son apparence, à l'exception d'une ou deux promenades avec elle. Je n'ai aucun souvenir distinct d'aucune conversation, et celles dont je me souviens sont d'une nature très triviale. Je me souviens qu'elle a dit « si elle m'a demandé de faire quelque chose », ce que j'ai dit qu'elle avait fait, « c'était uniquement pour mon bien ».
Catherine se souvient que ma mère pleurait lorsqu'elle apprit la mort de ma grand-mère. Aussi, quand nous étions à Parkfield, comment tante Sarah et tante Kitty avaient l'habitude de la recevoir. Susan, comme moi, ne se souvient que des affaires personnelles. Cette [différence] dans les sujets retenus est assez étrange. Catherine dit qu'elle ne se souvient pas de l'impression que lui faisaient les choses extérieures, comme les paysages, mais qu'elle a une excellente mémoire pour les choses qu'elle lit, c'est-à-dire pour les idées. Or, sa sympathie étant idéale, cela fait partie de son caractère, et montre avec quelle facilité son type de mémoire était marqué ; une pensée vive est répétée, une impression vive est oubliée.
Je me souviens obscurément de l'illumination après la bataille de Waterloo, et de la milice faisant ses exercices à cette époque, dans le champ en face de notre maison.
1817.
À 8 ans et demi, je suis entré à l'école de M. Case. (Chapitre I./3. Une école de jour à Shrewsbury tenue par le révérend G. Case, ministre de la chapelle unitarienne (« Vie et lettres », volume I, page 27 et seq.).) Je me souviens à quel point j'avais peur de rencontrer les chiens dans Barker Street, et comment, à l'école, je ne pouvais trouver le courage de me battre. J'étais très timide de nature. Je me souviens que je prenais grand plaisir à l'école à pêcher des tritons dans la mare de la carrière. J'avais ainsi, tout jeune, formé un goût prononcé pour la collection, principalement de sceaux, d'affranchissements, etc., mais aussi de galets et de minéraux — l'un d'eux, donné par un garçon, décida de ce goût. Je crois peu après cela, ou avant, avoir effleuré la botanique, et certainement, quand j'étais à l'école de M. Case, j'aimais beaucoup le jardinage, et j'inventai de grands mensonges sur ma capacité à colorer les crocus comme je le voulais. (Chapitre I./4. L'histoire est racontée dans « Vie et lettres », I, page 28, les détails étant légèrement différents.) À cette époque, j'éprouvais une très forte amitié pour certains garçons. C'est peu après avoir commencé à collectionner des pierres, c'est-à-dire à 9 ou 10 ans, que je me souviens distinctement du désir que j'avais de pouvoir connaître quelque chose sur chaque galet devant la porte du hall — c'était ma première et unique aspiration géologique à cette époque. J'étais en ces jours-là un très grand menteur, pour le pur plaisir d'attirer l'attention et la surprise. Je volais des fruits et les cachais pour ces mêmes motifs, et je blessais les arbres en les écorçant pour des fins similaires. Je ne sortais presque jamais me promener sans dire que j'avais vu un faisan ou quelque oiseau étrange (goût pour l'histoire naturelle) ; ces mensonges, lorsqu'ils n'étaient pas détectés, j'imagine, excitaient mon attention, car je m'en souviens vivement, non pas liés à la honte, bien que pour certains oui, mais comme quelque chose qui, ayant produit un grand effet sur mon esprit, procurait du plaisir comme une tragédie. Je me souviens, quand j'étais chez M. Case, d'avoir inventé toute une trame pour montrer à quel point j'aimais dire la VÉRITÉ ! Mon invention est encore si vive dans mon esprit que je pourrais presque imaginer qu'elle était vraie, si la mémoire de la honte passée ne me disait qu'elle était fausse. Je n'ai pas de souvenirs particulièrement heureux ou malheureux de cette époque ou des périodes antérieures de ma vie. Je me souviens bien d'une promenade que j'ai faite avec un garçon nommé Ford à travers des champs jusqu'à une ferme sur la route de Church Stretton. Je ne me souviens d'aucune activité intellectuelle, excepté celles de collectionner des pierres, etc., de jardiner, et vers cette époque, d'aller souvent avec mon père dans sa calèche, lui racontant mes leçons, et voyant du gibier et d'autres oiseaux sauvages, ce qui était un grand plaisir pour moi. J'étais né naturaliste.
Quand j'avais 9 ans et demi (juillet 1818), je suis allé avec Erasmus voir Liverpool : cela n'a laissé aucune impression sur mon esprit, si ce n'est des plus futiles — la peur que la diligence ne se renverse, un bon dîner et un souvenir extrêmement vague des navires.
À la mi-été de cette année, je suis entré à l'école du Dr. Butler. (Chapitre I./5. Darwin entra à l'école du Dr. Butler à Shrewsbury à l'été 1818, et y resta jusqu'en 1825 (« Vie et lettres », I, page 30).) Je me souviens bien de la première fois où j'y suis allé, ce qui est assez étrange, car je ne me souviens pas de celle chez M. Case, la toute première école. Je me souviens bien de l'année 1818, non pas pour avoir été la première fois dans une école publique, mais pour avoir écrit ces chiffres dans mon cahier d'écolier, accompagnés de pensées obscures, aujourd'hui réalisées, sur la question de savoir si je me souviendrais dans ma vie future de cette année-là.
En septembre (1818), j'ai été malade de la scarlatine. Je me souviens bien du sentiment misérable d'être en plein délire.
1819, juillet (10 ans et demi).
Je suis allé à la mer à Plas Edwards et y suis resté trois semaines, ce qui me semble aujourd'hui comme trois mois. (Chapitre I./6. Plas Edwards, à Towyn, sur la côte galloise.) Je me souviens d'un certain chemin ombragé et verdoyant (où je vis un serpent) et d'une cascade, avec un degré de plaisir qui doit être lié au plaisir du paysage, bien que non directement reconnu comme tel. La plaine sablonneuse devant la maison a laissé une forte impression, qui est obscurément liée à un souvenir indistinct d'insectes curieux, probablement un Cimex tacheté de rouge, et Zygaena, la zygène. J'étais à cette époque très colérique (au point de jurer comme un charretier) et querelleur. La première passion a, je crois, presque totalement mais lentement disparu. En m'y rendant par la diligence, je me souviens d'un officier recruteur (je pense que je reconnaîtrais son visage aujourd'hui) qui, à l'heure du thé, demandait à la servante du pain grillé beurré. J'étais pris de fous rires et pensais que c'était la parole la plus étrange et la plus spirituelle qui soit jamais sortie de la bouche d'un homme. Telle est l'esprit à 10 ans et demi. Le souvenir me revient maintenant en un éclair du plaisir que j'avais le soir, par une journée venteuse, à marcher le long de la plage seul et à voir les mouettes et les cormorans poursuivre leur chemin vers la maison dans une course sauvage et irrégulière. De tels plaisirs poétiques, ressentis si vivement dans les années qui ont suivi, je ne m'attendais pas à les éprouver si tôt dans la vie.
1820, juillet.
Je suis parti pour une randonnée à cheval (sur le vieux Dobbin) avec Erasmus vers Pistyll Rhiadr (Chapitre I./7. Pistyll Rhiadr provient de Llyn Pen Rhiadr et descend le long de la Llyfnant jusqu'à la Dovey.) ; de cela, je me souviens peu, une image indistincte de la chute, mais je me souviens bien de mon étonnement en apprenant que les poissons pouvaient sauter par-dessus.
(Chapitre I./8. Le fragment autobiographique s'arrête ici. Les lettres suivantes donnent quelques détails sur Darwin en tant qu'étudiant à Édimbourg. Il a décrit (« Vie et lettres », I, pages 35-45) son échec à s'intéresser à l'enseignement officiel de l'Université, son horreur devant la salle d'opération, et son aversion progressivement croissante pour les études médicales, qui déterminèrent finalement son départ d'Édimbourg et son entrée à Cambridge en vue de prendre les ordres.)
LETTRE 1. À R.W. DARWIN. Dimanche matin [Édimbourg, octobre 1825].
Mon cher Père
Comme je suppose qu'Erasmus (Erasmus Darwin) a donné tous les détails du voyage, je n'en dirai pas plus, si ce n'est qu'au total, cela m'a coûté 7 livres. Nous sommes arrivés dans nos logements hier soir, qui sont très confortables et proches de l'Université. Notre logeuse, nommée Mme Mackay, est une brave vieille femme propre — extrêmement polie et attentionnée. Elle habite au « 11, Lothian Street, Édimbourg » (1/1. Dans une lettre publiée dans l'« Edinburgh Evening Despatch » du 22 mai 1888, l'auteur suggérait qu'une plaque soit apposée sur la maison du 11, Lothian Street. Cette suggestion a été mise en œuvre en 1888 par M. Ralph Richardson (greffier de la cour commissaire, Édimbourg), qui obtint la permission des propriétaires d'apposer une plaque sur la maison, indiquant que Charles Darwin y résida en tant qu'étudiant de l'Université d'Édimbourg. Nous sommes redevables à M. W.K. Dickson pour nous avoir obtenu ces informations, et à M. Ralph Richardson pour nous avoir gentiment fourni les détails. Voir le discours inaugural de M. Richardson, « Trans. Edinb. Geol. Soc. » 1894-95 ; voir aussi « Memorable Edinburgh Houses », par Wilmot Harrison, 1898.), et à seulement quatre volées de marches du rez-de-chaussée, ce qui est très modéré par rapport à d'autres logements que nous étions sur le point de prendre. Les conditions sont de 1 livre 6 shillings pour deux très belles chambres à coucher LUMINEUSES et un salon ; soit dit en passant, les chambres lumineuses sont des articles très rares à Édimbourg, car la plupart sont de petits trous dans lesquels il n'y a ni air ni lumière. Nous avons rendu visite au Dr. Hanley le premier matin, que je pense nous n'aurions jamais trouvé sans l'aide d'un docteur en théologie bienveillant qui nous a emmenés dans sa bibliothèque, nous a montré une carte et nous a donné des indications pour le trouver. En vérité, tous les Écossais sont si polis et attentifs, qu'il y a de quoi faire honte à un Anglais. Je me demande si le Dr. Butler ou tout autre gros ecclésiastique anglais emmènerait deux parfaits inconnus dans sa bibliothèque pour leur montrer le chemin ! Quand enfin nous avons trouvé le Docteur, et après avoir fait toutes les discours convenables de part et d'autre, nous sommes partis tous les trois nous promener dans la ville, que nous admirons excessivement ; en effet, Bridge Street est la chose la plus extraordinaire que j'aie jamais vue, et quand nous avons regardé par-dessus les côtés pour la première fois, nous pouvions à peine en croire nos yeux, lorsque, au lieu d'une belle rivière, nous avons vu un flux de personnes. Nous passons toutes nos matinées à flâner dans la ville, que nous connaissons assez bien, et le soir, nous allons au théâtre pour entendre Mlle Stephens (Probablement Catherine Stephens), ce qui est tout à fait charmant ; elle est très populaire ici, étant rappelée à un tel point qu'elle peut à peine continuer la pièce. Lundi, nous allons voir Der F (je ne sais pas comment épeler le reste du mot). (1/2. « Der F » est sans aucun doute « Der Freischütz », qui apparut en 1820, et dont une sélection fut donnée à Londres, sous la direction de Weber, en 1825. La dernière des compositions de Weber, « From Chindara's warbling fount », fut écrite pour Mlle Stephens, qui la chanta sous son accompagnement « la dernière fois que ses doigts touchèrent le clavier ». (Voir « Dict. of Music », « Stephens » et « Weber »).) Avant d'entrer dans nos logements, nous séjournions au Star Hotel à Princes St., où, à ma grande surprise, j'ai rencontré un ancien camarade d'école que j'aime beaucoup ; il revient tout juste d'une randonnée en Suisse et va maintenant étudier pour son [diplôme ?] Les cours magistraux commencent mercredi prochain, et nous nous sommes fait immatriculer pour eux samedi ; nous payons 10s., et écrivons nos noms dans un livre, et la cérémonie est terminée ; mais la bibliothèque ne nous est pas libre avant d'avoir obtenu une carte d'un professeur. Nous venons d'aller à l'église et avons entendu un sermon de seulement 20 minutes. Je m'attendais, d'après le récit de Sir Walter Scott, à un discours déchirant l'âme de 2 heures et demie.
Je reste votre fils affectueux, C. DARWIN.
LETTRE 2. À CAROLINE DARWIN. 6 janvier 1826. Édimbourg.
Grand merci pour votre lettre très divertissante, qui fut un grand soulagement après avoir entendu un long cours stupide de Duncan sur la Matière médicale, mais comme vous ne connaissez rien ni aux cours ni aux professeurs, je vais vous en faire un court récit. Le Dr. Duncan est si très savant que sa sagesse n'a laissé aucune place à son bon sens, et il donne ses cours, comme je l'ai déjà dit, sur la Matière médicale, ce qui ne peut être traduit par aucun mot assez expressif de sa stupidité. Ces quelques derniers matins, cependant, il a montré des signes d'amélioration, et j'espère qu'il « se comportera aussi bien qu'on peut l'espérer ». Ses cours commencent à huit heures du matin. Le Dr. Hope commence à dix heures, et j'aime beaucoup, BEAUCOUP, lui et ses cours (après quoi Erasmus va chez « M. Sizars pour l'Anatomie », qui est un charmant professeur). À 12 heures, l'hôpital, après quoi j'assiste à Monro pour l'Anatomie. Je le déteste, lui et ses cours, à tel point que je ne peux en parler avec décence. Trois fois par semaine, nous avons ce qu'on appelle des cours cliniques, ce qui signifie des cours sur les malades à l'hôpital — ceux-ci, je les aime beaucoup. J'ai dit que ce récit serait court, mais j'ai peur qu'il n'ait été trop long, comme les cours eux-mêmes.
Je serai un bon garçon et je raconterai quelque chose sur Johnson encore (non pas que je sois très surpris que Papa s'oublie au point de m'appeler, moi, étudiant à l'Université d'Édimbourg, un garçon). Il a changé de logement pour la troisième fois ; il en a obtenu de très bon marché, mais je crains que cela ne fonctionne pas, car ils doivent compenser en trichant. J'espère que vous aimez les nouvelles officielles d'Erasmus, il a l'intention de commencer chaque lettre ainsi. Vous avez mentionné dans votre lettre qu'Emma séjournait avec vous : si elle n'est pas partie, demandez-lui de dire à Jos que je n'ai pas réussi à obtenir de titane, mais que je vais réessayer... Je veux savoir quel âge j'aurai au prochain anniversaire — je crois 17 ans, et si c'est le cas, je serai obligé d'aller à l'étranger pour un an, puisqu'il est nécessaire que j'aie terminé ma 21e année avant de prendre mon diplôme. Maintenant, vous n'avez pas à froncer les sourcils et à vous creuser la tête sur cette lettre, car je n'ai pas promis de vous écrire d'une belle main.
LETTRE 3. À J.S. HENSLOW.
(3/1. Des extraits des lettres de Darwin à Henslow furent lus devant la Cambridge Philosophical Society le 16 novembre 1835. Certaines des lettres furent par la suite imprimées, dans une brochure in-8 de 31 pages, datée du 1er décembre 1835, pour une distribution privée parmi les membres de la Société. Une traduction allemande par W. Preyer apparut dans la « Deutsche Rundschau », juin 1891.)
[15 août 1832. Monte Video.]
Nous remontons actuellement le Rio Plata, et j'en profite pour commencer une lettre à votre intention. Je n'ai pas expédié les spécimens de Rio Janeiro, car je regrettais le temps qu'il aurait fallu pour les emballer. Ils sont maintenant prêts à être envoyés et partiront très probablement par ce paquebot. Si tel est le cas, ils iront à Falmouth (où Fitz-Roy a pris des dispositions) et n'importuneront donc pas l'agent de votre frère à Londres. Lorsque j'ai quitté l'Angleterre, je n'avais pas pleinement conscience de l'amabilité essentielle dont vous faisiez preuve en vous proposant de recevoir mes caisses. Je ne sais ce que je deviendrais sans un tel quartier général. Et maintenant, place à une prose apologétique concernant ma collection : je crains que vous ne disiez qu'elle est bien mince, mais je n'ai pas été oisif, et vous devez vous rappeler à quel point des centaines d'espèces font piètre figure. La caisse contient un bon nombre de spécimens géologiques ; je suis bien conscient que la plupart sont trop petits. Mais je soutiens que personne n'a le droit de m'accuser avant d'avoir essayé de transporter des roches sous un soleil tropical. J'ai tâché de me procurer des spécimens de chaque variété de roche, et j'ai rédigé des notes sur chacune. Si vous jugez utile d'en examiner quelques-uns, je serais très heureux d'obtenir des informations minéralogiques, en particulier sur tous les numéros compris entre 1 et 254, qui incluent des roches de Santiago. Grâce à mon catalogue, je saurai à quels spécimens vous faites référence. Quant à mes plantes, "pudet pigetque mihi". Tout ce que je peux dire, c'est que lorsque je suis en présence d'objets que je peux observer et détailler, je ne parviens pas à trouver la résolution de collecter là où je ne connais rien.
Il est positivement affligeant de marcher dans la forêt glorieuse au milieu de tels trésors et de sentir qu'ils sont tous perdus pour moi. Ma collection des Abrolhos est intéressante, car je soupçonne qu'elle contient presque toute la végétation à fleurs ; et en vérité, en raison de l'extrême stérilité, on peut presque en dire autant de Santiago. J'ai envoyé quatre bouteilles avec des animaux dans de l'alcool, j'en ai trois autres, mais je ne voulais pas les envoyer avant d'en avoir une quatrième. Je serai impatient de savoir ce qu'ils deviennent. J'ai constitué une énorme collection d'Arachnides à Rio, ainsi qu'un bon nombre de petits coléoptères dans des boîtes à pilules, mais ce n'est pas la meilleure période de l'année pour ces derniers. Parmi les animaux inférieurs, rien ne m'a autant intéressé que la découverte de deux espèces de Planaria aux couleurs élégantes habitant la forêt humide ! La relation fallacieuse qu'elles entretiennent avec les escargots est la chose la plus extraordinaire du genre que j'aie jamais vue. Dans le même genre (ou plus exactement la même famille), certaines espèces marines possèdent une organisation si merveilleuse que je peux à peine en croire mes yeux. Tout le monde a entendu parler des traînées d'eau décolorée dans les régions équatoriales. L'une d'elles que j'ai examinée était due à la présence d'Oscillariae si minuscules que, sur chaque pouce carré de surface, il devait y en avoir au moins cent mille. Après cela, je ferais mieux de me taire, car vous me prendrez pour un Baron de Münchhausen parmi les naturalistes. Très certainement, je pourrais collecter un nombre bien plus grand de spécimens d'invertébrés si j'y consacrais moins de temps à chacun ; mais j'en suis arrivé à la conclusion que deux animaux, avec leur couleur et leur forme d'origine notées, seront plus précieux pour les naturalistes que six avec seulement des dates et un lieu. J'espère que vous m'enverrez vos critiques sur ma collection ; et je m'efforcerai de faire en sorte que rien de ce que vous direz ne soit perdu pour moi. J'enverrais mes écrits avec mes spécimens, si seulement je ne trouvais pas si fréquemment l'occasion de m'y référer, ce qui constituerait une perte sérieuse pour moi. Je ne peux conclure au sujet de ma collection sans ajouter que j'ai une confiance absolue dans le soin que vous prendrez de tenir un compte exact de toutes les dépenses de caisses, etc., etc. En cet instant précis, nous sommes à l'ancre dans l'embouchure du fleuve, et quel spectacle étrange c'est. Tout est en flammes : le ciel par la foudre, l'eau par des particules lumineuses, et même les mâts eux-mêmes sont terminés par une flamme bleue. Je m'attends à un grand intérêt en parcourant les plaines de Monte Video, pourtant je regarde en arrière avec regret vers les Tropiques, ce leurre magique pour tous les naturalistes. Le plaisir de s'asseoir sur un tronc en décomposition au milieu de l'obscurité paisible de la forêt est indicible et ne pourra jamais être oublié. Combien de fois ai-je alors souhaité votre présence. Quand je vois une banane, je me souviens très bien de les avoir admirées avec vous à Cambridge : je pensais alors bien peu au peu de temps qu'il me faudrait pour en manger le fruit.
15 août. Dans quelques jours, la caisse partira par le paquebot "Emulous" (Capitaine Cooke) à destination de Falmouth et vous sera transmise. Cette lettre suit la même voie, de sorte que si, dans les délais impartis, vous ne recevez pas la caisse, seriez-vous assez aimable pour écrire à Falmouth ? Nous sommes ici (Monte Video) depuis quelque temps ; mais en raison du mauvais temps et des combats incessants à terre, nous n'avons presque jamais pu nous promener dans la campagne. Je n'ai rien collecté durant le mois dernier, mais aujourd'hui je suis sorti et suis revenu comme l'Arche de Noé avec des animaux de toutes sortes. J'ai aujourd'hui, à mon grand étonnement, trouvé deux Planariae vivant sous des pierres sèches : demandez à L. Jenyns s'il a jamais entendu parler de ce fait. J'ai aussi trouvé un escargot très curieux, et des araignées, des coléoptères, des serpents, des scorpions ad libitum, et pour conclure, j'ai abattu un Cavia pesant un quintal. Vendredi, nous mettons les voiles pour le Rio Negro, et là commenceront nos véritables travaux sauvages. J'envisage avec effroi les régions humides et orageuses du sud, mais après tant de plaisir, je dois m'accommoder d'un peu de mal de mer et de misère.
LETTRE 4. À J.S. HENSLOW. Monte Video, 24 novembre 1832.
Nous sommes arrivés ici le 24 octobre, après notre première croisière sur la côte de Patagonie. Au nord du Rio Negro, nous avons rencontré quelques petites goélettes occupées à la chasse au phoque : pour éviter de perdre du temps à arpenter l'amas complexe de bancs de sable, le capitaine Fitz-Roy en a loué deux et y a placé des officiers. Il nous a fallu près d'un mois pour les équiper ; dès que cela fut terminé, nous sommes revenus ici, et nous nous préparons maintenant pour une longue croisière vers le sud. Je m'attends à ce que le pays montagneux et sauvage de la Terre de Feu soit très intéressant, et après la côte de Patagonie, je l'apprécierai pleinement. J'avais espéré, pour l'honneur de Dame Nature, qu'aucun pays tel que ce dernier n'existait ; dans la triste réalité, nous avons longé 240 milles de dunes de sable ; je ne savais pas auparavant quel objet horriblement laid est une dune de sable. Le célèbre pays du Rio Plata, à mon avis, n'est guère meilleur : un fleuve saumâtre énorme, bordé par une plaine verte interminable, suffit à faire gémir tout naturaliste. Alors, hourra pour le Cap Horn et la Terre des Tempêtes. Maintenant que j'ai poussé mon grognement, ce qui est un privilège que les marins prennent en toute occasion, je vais renverser la situation et rendre compte de mes activités en histoire naturelle. Je dois pousser un grognement de plus : par malchance, le gouvernement français a envoyé l'un de ses collecteurs au Rio Negro, où il travaille depuis six mois, et il a maintenant contourné le Horn. Je crains donc très égoïstement qu'il ne s'empare de la crème de toutes les bonnes choses avant moi. Comme je n'ai personne à qui parler de ma chance et de ma malchance en matière de collecte, je suis déterminé à tout déverser sur vous. J'ai eu beaucoup de chance avec les os fossiles ; j'ai des fragments d'au moins 6 animaux distincts : comme beaucoup d'entre eux sont des dents, je me fie au fait que, brisés et roulés comme ils l'ont été, ils seront reconnus. J'ai accordé toute l'attention dont je suis capable à leur site géologique ; mais c'est évidemment une histoire trop longue pour ici. 1°, j'ai les tarses et métatarses très parfaits d'un Cavia ; 2°, la mâchoire supérieure et la tête d'un animal très grand avec quatre molaires carrées creuses et la tête fortement saillante vers l'avant. J'ai d'abord pensé qu'il appartenait soit au Megalonyx soit au Megatherium (4/1). L'animal pourrait probablement avoir été Grypotherium Darwini, Ow. Les plaques osseuses mentionnées ci-dessous doivent avoir appartenu à l'un des Glyptodontidae, et non au Megatherium. Nous sommes redevables à M. Kerr d'avoir attiré notre attention sur un passage du « Bridgewater Treatise » de Buckland (Volume II, page 20, note), où l'armure osseuse est attribuée au Megatherium) ; en confirmation de cela, dans la même formation, j'ai trouvé une grande surface de plaques polygonales osseuses qui, selon des « observations récentes » (quelles sont-elles ?), appartiennent au Megatherium. Dès que j'ai vu cela, j'ai pensé qu'elles devaient appartenir à un énorme tatou, dont les espèces vivantes sont si abondantes ici. 3°, La mâchoire inférieure d'un animal de grande taille qui, d'après les molaires, me semble appartenir aux Edentata ; 4°, quelques grosses molaires qui, à certains égards, sembleraient appartenir à un rongeur énorme ; 5°, également quelques dents plus petites appartenant au même ordre. Si cela vous intéresse suffisamment pour les déballer, je serai très curieux d'en savoir quelque chose. Il faudra prendre soin, dans ce cas, de ne pas confondre les étiquettes. Elles sont mêlées à des coquillages marins qui me semblent identiques à ceux qui existent aujourd'hui. Mais depuis qu'ils ont été déposés dans leurs lits, plusieurs changements géologiques ont eu lieu dans le pays. Voilà pour les morts, et maintenant pour les vivants : il y a un pauvre spécimen d'oiseau qui, à mes yeux non ornithologiques, semble être un heureux mélange d'alouette, de pigeon et de bécassine (n° 710). M. MacLeay lui-même n'a jamais imaginé une telle créature inosculante : je suppose qu'il s'avérera être un oiseau bien connu, bien qu'il m'ait tout à fait déconcerté. J'ai prélevé des Amphibia intéressants ; un nouveau Trigonocephalus reliant magnifiquement dans ses habitudes le Crotalus et les Viperidae, et une abondance de sauriens nouveaux (pour autant que ma connaissance aille). Quant à un petit crapaud, j'espère qu'il pourra être nouveau, afin d'être baptisé « diabolicus ». Milton doit faire allusion à cet individu même lorsqu'il parle de « squat like a toad » (4/2. « ...him [Satan] there they [Ithuriel and Zephon] found, Squat like a toad, close at the ear of Eve » (« Paradise Lost », Livre IV, ligne 800).
« Autrefois, le "Paradise Lost" de Milton était mon favori par excellence, et lors de mes excursions durant le voyage du "Beagle", quand je ne pouvais emporter qu'un seul volume, je choisissais toujours Milton » (« Autobiographie », page 69).) ; ses couleurs sont selon Werner (4/3. Werner's "Nomenclature of Colours", Édimbourg, 1821.) noir d'encre, rouge vermillon et orange chamois. C'a été une croisière splendide pour moi en histoire naturelle. Parmi les Crustacea pélagiques, quelques genres nouveaux et curieux. Dans les Zoophytes, quelques animaux intéressants. Quant à une Flustra, si je n'avais pas le spécimen pour m'appuyer, personne ne croirait à sa structure si anormale. Mais pour ce qui est de la nouveauté, tout cela n'est rien par rapport à une famille d'animaux pélagiques qui, à première vue, ressemblent à des Medusae mais sont en réalité hautement organisés. Je les ai examinés à plusieurs reprises, et certainement, d'après leur structure, il serait impossible de les placer dans un ordre existant. Peut-être Salpa est-il l'animal le plus proche, bien que la transparence du corps soit presque le seul caractère qu'ils aient en commun. Je pense que les plantes séchées contiennent presque tout ce qui fleurissait alors (Bahia Blanca). Tous les spécimens seront emballés dans des tonneaux. Je pense qu'il y en aura trois (avant d'envoyer cette lettre, je préciserai les dates, etc., etc.). Je crains que vous ne gémissiez, ou plutôt que le sol de la salle de conférence ne gémisse, lorsque les tonneaux arriveront. Sans vous, je serais totalement perdu. Le petit tonneau contient des poissons : voudrez-vous l'ouvrir pour voir comment l'esprit a résisté à l'évaporation des Tropiques. À bord du navire, tout se passe aussi bien que possible ; le seul inconvénient est la durée effroyable entre ce jour et le jour de notre retour. Je n'en vois aucune limite. Une année est presque terminée et la deuxième le sera, avant même que nous ne quittions la côte est de l'Amérique du Sud. Et alors, on pourra dire que notre voyage a réellement commencé. Je ne sais comment je pourrai endurer cela. La fréquence avec laquelle je pense à toutes les heures heureuses que j'ai passées à Shrewsbury et Cambridge est plutôt de mauvais augure ; je confie tout au temps et au destin et tâterai le terrain au fur et à mesure.
24 novembre. Nous avons été à Buenos Ayres pendant une semaine ; c'est une grande et belle ville, mais quel pays, tout n'est que boue, on ne peut aller nulle part, on ne peut rien faire à cause de la boue. Dans la ville, j'ai obtenu beaucoup d'informations sur les rives de l'Uruguay ; j'entends parler de calcaire avec des coquillages, et de lits de coquillages dans toutes les directions. J'espère, lorsque nous hivernerons dans le Plata, faire une excursion géologique des plus intéressantes dans ce pays : j'ai acheté des fragments (n° 837-8) de quelques os énormes, qui, m'a-t-on assuré, appartenaient aux géants d'autrefois !! J'ai aussi obtenu quelques graines ; je ne sais pas si elles méritent que vous les acceptiez ; si vous le pensez, j'en obtiendrai d'autres. Elles sont dans la caisse. J'ai envoyé à votre intention, par le paquebot "Duke of York", commandé par le lieutenant Snell, à Falmouth, deux grands tonneaux contenant des os fossiles, un petit tonneau avec des poissons et une caisse contenant des peaux, une bouteille d'esprit, etc., et des boîtes à pilules avec des coléoptères. Auriez-vous l'obligeance d'ouvrir ces dernières car elles ont tendance à moisir. À l'exception des os, le reste de ma collection semble bien maigre. Rappelez-vous quelle grande proportion de temps est passée en mer. Je suis toujours impatient d'entendre dans quel état les choses arrivent et toute critique sur la quantité ou le type de spécimens. Dans le plus petit tonneau se trouve une partie d'une grosse tête, dont les portions antérieures sont dans l'autre grand tonneau. Le paquebot est arrivé et je suis dans une grande agitation. Vous n'aurez pas de mes nouvelles avant plusieurs mois.
LETTRE 5. À J.S. HENSLOW. Valparaiso, 24 juillet 1834.
Une boîte vient d'arriver, contenant deux de vos lettres les plus aimables et affectueuses. Vous ne sauriez imaginer le bonheur qu'elles m'ont procuré. L'une est datée du 15 décembre 1833, l'autre du 15 janvier de la même année ! Par quelle fatalité elle n'est pas arrivée plus tôt, je ne saurais le conjecturer ; je le regrette vivement, car elle contient les informations dont j'avais le plus besoin, sur la manière d'emballer, etc., etc. : racines avec spécimens de plantes, etc., etc. Ceci, je suppose, a été écrit après la réception de mon premier chargement de spécimens. N'ayant pas eu de vos nouvelles jusqu'en mars de cette année, j'avais vraiment commencé à penser que mes collections étaient si médiocres que vous étiez embarrassé de ce qu'il fallait dire ; le cas est maintenant tout à fait à l'opposé, car vous êtes coupable d'exciter toute ma vanité à un degré des plus confortables ; si un travail acharné peut expier ces pensées, je jure qu'il ne sera pas épargné. Il est un peu tard, mais je ferai allusion à certaines remarques de la lettre de janvier ; vous me conseillez d'envoyer en double mes notes ; j'ai été conscient de l'avantage de le faire ; mais alors, en mer, jusqu'à ce jour, je suis invariablement malade, sauf lors des plus beaux jours, moments où, entouré d'animaux pélagiques, je n'ai jamais pu me résoudre à cette tâche — à terre, la personne la plus prudente pourrait difficilement attendre un tel sacrifice de temps. Mes notes deviennent volumineuses. J'ai environ 600 petites pages in-quarto remplies ; environ la moitié concerne la géologie, l'autre des descriptions imparfaites d'animaux ; avec ces dernières, je me fais une règle de ne décrire que les parties ou les faits qui ne peuvent être vus sur les spécimens conservés dans l'alcool. Je garde mon journal privé distinct de ce qui précède. (N.B. cette lettre est des plus désordonnées, mais mon esprit est désordonné de joie ; c'est votre faute, vous devez donc en subir les conséquences.) En ce qui concerne les Planariae terrestres, il est incontestable qu'il ne s'agit pas de mollusques. J'ai lu vos lettres hier soir, ce matin j'ai fait une petite promenade ; par une coïncidence curieuse, j'ai trouvé une nouvelle espèce blanche de Planaria, et un Vaginulus nouveau pour moi (la troisième espèce que j'ai trouvée en Amérique du Sud) de Cuvier. Parmi les mollusques marins, j'ai vu un bon nombre de genres, et à Rio, j'en ai trouvé un tout à fait nouveau. En ce qui concerne la lettre de décembre, je suis très heureux d'apprendre que les quatre tonneaux sont arrivés en bon état ; depuis lors, vous avez reçu un autre chargement, avec les peaux d'oiseaux au sujet desquelles vous ne m'aviez pas compris. Les graines de Buenos Aires ont-elles produit des plantes ? Des Falkland, j'ai accusé réception d'une boîte et d'une lettre de votre part ; avec la lettre se trouvaient quelques graines de Patagonie. À présent, j'ai suffisamment de spécimens pour constituer un chargement lourd, mais j'attendrai aussi longtemps que possible, car les occasions ne sont plus aussi bonnes qu'auparavant. Je viens de découvrir des os fossiles d'un MAMMOUTH ; ce que cela peut être, je ne le sais pas, mais si l'or ou le galop peuvent les obtenir, ils seront à moi. Vous me dites que vous aimez savoir comment je progresse et ce que je fais, et vous pouvez bien imaginer combien je prends plaisir à parler à quelqu'un de sujets auxquels je pense constamment, mais dont je n'ai jamais personne à qui parler. Après avoir quitté les Falkland, nous avons poursuivi jusqu'au Rio Santa Cruz, remontant la rivière jusqu'à vingt milles des Cordillères. Malheureusement, le manque de provisions nous a contraints à revenir. Cette expédition a été très importante pour moi car elle constituait une coupe transversale de la grande formation patagonienne. Je conjecture (un examen précis des fossiles pourrait éventuellement déterminer le point) que la couche principale date de la période miocène (pour utiliser l'expression de M. Lyell) ; je juge d'après ce que j'ai vu des coquillages actuels de Patagonie. Cette couche contient un champ ÉNORME de lave. Ceci présente un certain intérêt, en tant qu'approximation grossière de l'âge de la partie volcanique de la grande chaîne des Andes. Bien avant cela, elle existait en tant que ligne de collines d'ardoise et de porphyre. J'ai recueilli une quantité tolérable d'informations concernant la période et les formes de soulèvement de ces plaines. Je pense qu'elles seront intéressantes pour M. Lyell ; j'avais différé la lecture de son troisième volume jusqu'à mon retour : vous pouvez deviner quel plaisir cela m'a procuré ; certaines de ses gravures sont arrivées si précisément à point que je n'ai qu'à m'y référer au lieu de redessiner des vues similaires. J'avais mon baromètre avec moi, je regrette seulement de ne pas l'avoir utilisé davantage dans ces plaines. La vallée de Santa Cruz me semble très curieuse ; au début, elle m'a tout à fait déconcerté. Je crois pouvoir avancer de bonnes raisons de supposer qu'elle fut autrefois un détroit septentrional semblable à celui de Magellan. Quand je reviendrai en Angleterre, vous aurez fort à faire pour passer ma géologie au crible ; le peu que je sais, je l'ai appris d'une manière si curieuse que je me sens souvent très dubitatif quant au nombre de grains [de valeur ?]. Quel qu'en soit le nombre, j'ai éprouvé un plaisir extrême à les recueillir. En Terre de Feu, j'ai recueilli et examiné quelques corallines ; j'ai observé un fait qui m'a tout à fait stupéfié : c'est que dans le genre Sertularia (pris sous sa forme la plus restreinte telle qu'utilisée par Lamoureux) et chez deux espèces que, sans expressions comparatives, j'aurais beaucoup de difficulté à décrire comme différentes, les polypes différaient tout à fait et essentiellement dans toutes leurs parties structurelles les plus importantes et évidentes. J'en ai déjà vu assez pour être convaincu que les familles actuelles de corallines, telles qu'elles sont classées par Lamarck, Cuvier, etc., sont hautement artificielles. Il semble qu'elles soient dans le même état où les coquillages étaient lorsque Linné les a laissés pour que Cuvier les reclassât. Je souhaite tant être plus habile à la dissection, je trouve que je ne peux faire que très peu de choses sur les parties structurelles minuscules ; je suis forcé de prendre un examen très sommaire comme type pour différentes classes de structure. Il est très extraordinaire que je ne puisse voir nulle part dans mes livres une seule description du polype d'une quelconque coralline, à l'exception de l'Alcyonium Lobularia de Savigny. J'ai trouvé une curieuse petite Cellaria pierreuse (5/1. Cellaria, un genre de Bryozoaires, placé dans la section Flustrina du sous-ordre Chilostomata.) (un nouveau genre) chaque cellule étant munie d'un long poil denté, capables de mouvements variés et rapides. Ce mouvement est souvent simultané et peut être produit par l'irritation. Ce fait, autant que je puisse en juger, est tout à fait isolé dans l'histoire des zoophytes (à l'exception de la Flustra avec un organe semblable à une tête de vautour) ; il indique une relation beaucoup plus intime entre les polypes que Lamarck n'est disposé à l'admettre. J'ai oublié si j'ai mentionné avoir observé quelque chose de la manière de propagation dans cette famille très ambiguë des corallines ; je me sens assez convaincu que si ce ne sont pas des plantes, ce ne sont pas des zoophytes. La "gemmule" d'une Halimeda contenait plusieurs articulations unies, prêtes à faire éclater leur enveloppe et à s'attacher à une base quelconque. Je crois que chez les zoophytes, universellement, la gemmule produit un polype unique, qui croît ensuite ou en même temps avec sa cellule ou son articulation unique.
Le "Beagle" a quitté les détroits de Magellan au milieu de l'hiver ; il a trouvé sa voie par un chenal sauvage et peu fréquenté ; Sir J. Narborough a bien fait de nommer la côte ouest Désolation du Sud, "parce que c'est une terre si désolée à contempler". Nous avons été poussés vers Chiloé par un très mauvais temps. Un Anglais m'a donné trois spécimens de ce très bel insecte lucanoïde qui est décrit dans les "Camb. Phil. Trans." (5/2. "Description of Chiasognathus Grantii, a new Lucanideous Insect, etc." par J.F. Stephens ("Trans. Camb. Phil. Soc." Volume IV., page 209, 1833.)), deux mâles et une femelle. Je trouve que Chiloé est composée de lave et de dépôts récents. Les laves sont curieuses par leur abondance, ou plutôt par le fait d'être en partie composées de pierre de poix. Si nous allons à Chiloé en été, je récolterai une moisson entomologique. Je suppose que la botanique, tant là-bas qu'au Chili, est bien connue.
J'ai oublié de préciser que dans les quatre chargements de spécimens, trois boîtes carrées ont été envoyées, contenant chacune quatre bouteilles en verre. Je mentionne ceci au cas où elles seraient rangées sous des spécimens géologiques et échapperaient ainsi à votre attention, peut-être de l'alcool pourrait-il être nécessaire à l'intérieur. Si une boîte arrive de Buenos Aires avec une tête de Megatherium et les autres spécimens non numérotés, soyez assez aimable pour me le dire, car je crains fort pour sa sécurité. Nous sommes arrivés ici avant-hier ; les vues des montagnes lointaines sont très sublimes et le climat délicieux ; après notre longue croisière dans les climats humides et sombres du sud, respirer un air clair et sec, ressentir un honnête soleil chaud et manger du bon rosbif frais doit être le summum bonum de la vie humaine. Je n'aime pas l'aspect des roches autant que celui du rosbif, il y a trop de ces ingrédients plutôt insipides : mica, quartz et feldspath. Nos plans sont pour le moment indécis ; il y a beaucoup de travail à faire au sud de Valparaiso et au nord une quantité indéfinie. J'attends chaque partie avec intérêt. Je vous ai envoyé dans cette lettre une triste dose d'égoïsme, mais souvenez-vous que je vous considère comme mon père en Histoire Naturelle, et qu'un fils peut parler de lui-même à son père. Dans votre capacité paternelle de pro-procteur, quelle quantité de problèmes semblez-vous avoir eus. Combien Cambridge est devenue turbulente. Avant ce moment, elle aura retrouvé sa tranquillité. J'ai un souhait très enfantin d'être là-bas, profitant de mes vacances. C'est une réflexion très réconfortante pour moi qu'un navire, étant fait de bois et de fer, ne puisse durer éternellement, et que par conséquent ce voyage doit avoir une fin.
28 octobre. Cette lettre est restée dans mon portefeuille depuis juillet ; je ne l'ai pas envoyée car je ne la pensais pas digne des frais de port ; elle partira maintenant avec une boîte de spécimens. Peu après mon arrivée ici, je suis parti pour une excursion géologique et j'ai fait une très agréable promenade autour de la base des Andes. Le pays entier semble composé de brèches (et j'imagine d'ardoises) qui ont universellement été modifiées et souvent complètement altérées par l'action du feu. Les variétés de porphyre ainsi produites sont infinies, mais nulle part je n'ai encore rencontré de roches qui auraient coulé sous forme de courant ; les dykes de roche verte sont très nombreux. L'action volcanique moderne est entièrement confinée dans les parties très centrales (qui ne peuvent être atteintes maintenant à cause de la neige) des Cordillères. Au sud du R. Maypu, j'ai examiné les plaines tertiaires, déjà partiellement décrites par M. Gay. (5/3. "Rapport fait à l'Académie Royale des Sciences, sur les Travaux Géologiques de M. Gay," par Alex. Brongniart ("Ann. Sci. Nat." Volume XXVIII., page 394, 1833.) Les coquillages fossiles me semblent bien plus différents des récents que dans la grande formation patagonienne ; il sera curieux de voir si un éocène et un miocène (ce dernier est abondant) pourraient être prouvés exister en Amérique du Sud aussi bien qu'en Europe. J'ai été très intéressé par la découverte d'une abondance de coquillages récents à une altitude de 1 300 pieds ; le pays est en de nombreux endroits parsemé de coquillages, mais ce sont tous des coquillages littoraux. Je suppose donc que l'élévation de 1 300 pieds doit être due à une succession de petites élévations, telles que celle de 1822. Avec ces preuves certaines de la présence récente de l'océan sur toutes les parties basses du Chili, le contour de chaque vue et la forme de chaque vallée possèdent un intérêt élevé. L'action de l'eau courante ou de la mer a-t-elle formé ce ravin profond ? était une question qui revenait souvent à mon esprit et recevait généralement pour réponse la découverte d'un lit de coquillages récents au fond. Je n'ai pas assez d'arguments, mais je ne crois pas qu'une fraction importante de la hauteur des Andes se soit formée au cours de la période tertiaire. La fin de mon excursion fut très malheureuse, je suis tombé malade et pouvais à peine atteindre ce lieu. J'ai été alité pendant le mois dernier, mais je me rétablis maintenant rapidement. J'avais espéré pendant ce temps constituer une bonne collection d'insectes, mais cela a été impossible : je le regrette d'autant moins que Chiloé fourmille de collectionneurs ; il y a plus de naturalistes dans le pays que de charpentiers, de cordonniers ou de tout autre métier honnête.
Dans ma lettre des îles Falkland, j'ai dit que j'avais des craintes concernant une boîte contenant un Megatherium. J'ai appris depuis, de Buenos Aires, qu'elle est partie pour Liverpool sur le brick "Basingwaithe". Si vous ne l'avez pas reçue, je pense qu'il vaut la peine de faire quelques efforts pour la retrouver. En octobre, deux tonneaux et un bocal ont été envoyés par le H.M.S. "Samarang" via Portsmouth. Je ne doute pas que vous les ayez reçus. Avec cette lettre, j'envoie un bon nombre de peaux d'oiseaux ; dans la même boîte, il y a un paquet en papier contenant des boîtes à pilules avec des insectes. Les autres boîtes à pilules ne nécessitent aucun soin particulier. Vous verrez dans deux de ces boîtes quelques Planariae séchées (terrestres), la seule méthode que j'ai trouvée pour les préserver (elles sont extrêmement cassantes). En examinant l'espèce blanche, je comprends un peu la structure interne. Il y a deux petits paquets de graines. Il y a quelques plantes qui, je l'espère, pourront vous intéresser, ou du moins celles venant de Patagonie, où j'ai recueilli chaque spécimen en fleur. Il y a une bouteille, maladroitement mais je crois solidement bouchée, contenant de l'eau et du gaz provenant des bains chauds de Cauquenes, situés au pied des Andes et célèbres depuis longtemps pour leurs propriétés médicinales. J'ai pris soin de remplir et de sceller à la fois l'eau et le gaz. Si vous pouvez trouver quelqu'un qui aime les analyser, je penserais que cela en vaudrait la peine. Je n'ai pas le temps pour le moment de copier mes quelques observations sur la localité, etc., etc., de ces sources. Voulez-vous me dire comment les Arachnides que j'ai envoyés chez moi, par exemple ceux de Rio, semblent être conservés. J'ai des doutes sur le fait qu'il vaille la peine de les collectionner.
Nous partons après-demain : nos plans sont enfin limités et définis ; je suis ravi de dire que nous avons fait un éternel adieu à la Terre de Feu. Le "Beagle" ne poursuivra pas plus loin au sud que le C. Tres Montes ; à partir de ce point, nous cartographierons vers le nord. L'archipel des Chonos est délicieusement inconnu : de belles entrées profondes courant dans les Cordillères — où nous pouvons naviguer à la lumière d'un volcan. Je ne sais pas quelle partie du voyage offre maintenant le plus d'attraits. C'est une lettre honteusement désordonnée, mais vous devez me pardonner.
LETTRE 6. À J.S. HENSLOW. 18 avril 1835. Valparaiso.
Je reviens tout juste de Mendoza, ayant traversé les Cordillères par deux cols. Ce voyage a beaucoup ajouté à ma connaissance de la géologie du pays. Certains des faits, dont je suis personnellement tout à fait convaincu de la véracité, vous sembleront tout à fait absurdes et incroyables. Je vais donner un très bref aperçu de la structure de ces montagnes immenses. Dans le col de Portillo (le plus au sud), les voyageurs ont décrit les Cordillères comme consistant en une double chaîne d'altitude presque égale, séparée par un intervalle considérable. C'est le cas ; et la même structure s'étend vers le nord jusqu'à Uspallata ; la faible élévation de la ligne orientale (ici pas plus de 6 000 à 7 000 pieds) a fait qu'elle a été presque négligée. Pour commencer par la chaîne occidentale et principale, nous avons, là où les coupes sont les mieux visibles, une masse énorme de conglomérat porphyritique reposant sur du granit. Cette dernière roche semble former le noyau de toute la masse, et on l'aperçoit dans les vallées latérales profondes, injectée parmi les strates sus-jacentes, les soulevant et les renversant de la manière la plus extraordinaire. La stratification dans toutes les montagnes est magnifiquement distincte et, grâce à une variété de couleurs, peut être vue à de grandes distances. Je ne peux imaginer aucune partie du monde présentant une scène plus extraordinaire de la rupture de la croûte terrestre que les parties très centrales des Andes. Le soulèvement a eu lieu par un grand nombre de lignes (presque) Nord et Sud ; qui, dans la plupart des cas, ont formé autant de ravins anticlinaux et synclinaux ; les strates dans les sommets les plus élevés sont presque universellement inclinées selon un angle de 70 à 80 degrés. Je ne peux vous dire combien j'ai apprécié certaines de ces vues — cela vaut la peine de venir d'Angleterre, une fois pour ressentir un tel délice intense ; à une altitude de 10 000 à 12 000 pieds, il y a une transparence dans l'air, une confusion des distances et une sorte de calme qui donne la sensation d'être dans un autre monde, et quand à cela se joint l'image si clairement dessinée des grandes époques de violence, cela provoque dans l'esprit un assemblage d'idées très étrange.
La formation que je nomme Conglomérats Porphyriques est la plus importante et la plus développée du Chili : d'après un grand nombre de coupes, je constate qu'il s'agit d'un véritable conglomérat grossier ou d'une brèche qui, par une lente gradation à chaque étape, se transforme en un porphyre argileux fin ; les galets et le ciment devenant porphyritiques jusqu'à ce que tout soit finalement confondu en une roche compacte. Les porphyres sont excessivement abondants dans cette chaîne. Je suis certain qu'au moins les 4/5èmes d'entre eux ont été ainsi produits à partir de couches sédimentaires in situ. Il existe des porphyres qui ont été injectés par le dessous parmi les strates, et d'autres éjectés, qui ont coulé en courants ; il est remarquable, et je pourrais montrer des spécimens de cette roche produits par ces trois méthodes, qu'on ne peut distinguer. C'est une grande erreur de considérer les Cordillères ici comme composées de roches ayant coulé en courants. Dans cette chaîne, je n'ai vu nulle part un fragment dont je croie qu'il ait une telle origine, bien que la route passe à une distance peu éloignée des volcans actifs. Les porphyres, le conglomérat, le grès, le grès quartzeux et les calcaires alternent et passent les uns dans les autres à maintes reprises, recouvrant (là où ils ne sont pas percés par le granite) l'argilite. Dans les parties supérieures, le grès commence à alterner avec du gypse, jusqu'à ce que nous ayons finalement cette substance d'une épaisseur stupéfiante. Je pense vraiment que la formation a par endroits (elle varie beaucoup) près de 2 000 pieds d'épaisseur ; elle se rencontre souvent avec un grès siliceux vert (épidote ?) et du marbre blanc comme neige ; elle ressemble à celle trouvée dans les Alpes en ce qu'elle contient de larges concrétions d'un marbre cristallin de couleur gris noirâtre. Les couches supérieures qui forment certains des sommets les plus élevés consistent en des strates de gypse blanc comme neige et de grès compact rouge, allant de l'épaisseur d'une feuille de papier à quelques pieds, alternant dans un cycle sans fin. La roche a une apparence très curieusement peinte. Au col de Peuquenes dans cette formation, où cependant une roche noire semblable à de l'argilite, sans beaucoup de feuillets, se rencontrant avec un calcaire pâle, a remplacé le grès rouge, j'ai trouvé d'abondantes impressions de coquilles. L'altitude doit se situer entre 12 000 et 13 000 pieds. Une coquille qui, je crois, est une Gryphaea, est la plus abondante — une Ostrea, Turritella, des Ammonites, de petits bivalves, des Terebratulae (?). Peut-être qu'un bon conchyliologue (6/1. Certains de ces genres sont mentionnés par Darwin (« Geol. Obs. », page 181) comme ayant été nommés pour lui par M. D'Orbigny.) sera capable de deviner à quelle grande division des formations d'Europe ces restes organiques ressemblent le plus. Ils sont extrêmement imparfaits et rares. La saison était avancée et la situation particulièrement dangereuse à cause des tempêtes de neige. Je n'ai pas osé m'attarder, sinon une grande récolte aurait pu être faite. Voilà pour la ligne occidentale ; au col de Portillo, en allant vers l'est, nous rencontrons une masse immense de conglomérat, plongeant vers l'ouest de 45 degrés, qui repose sur du grès micacé, etc., soulevé et converti en roche quartzique pénétrée par des filons provenant de la très grande masse de protogine (gros cristaux de quartz, feldspath rouge et, à l'occasion, un peu de chlorite). Or, ce conglomérat qui repose sur la protogine et en plonge à 45 degrés consiste en les roches particulières de la première chaîne décrite, des galets de la roche noire avec des coquilles, du grès vert, etc. Il est donc manifeste que le soulèvement (et le dépôt au moins d'une partie) de la grande chaîne orientale est entièrement postérieur à l'occidentale. Au nord, au col d'Uspallata, nous avons aussi un fait du même ordre. Gardez cela à l'esprit : cela vous aidera à croire ce qui suit. J'ai dit que la chaîne d'Uspallata est géologiquement, bien qu'elle ne soit que de 6 000 à 7 000 pieds, une continuation de la grande chaîne orientale. Elle a son noyau de granite, consiste en de grandes couches de diverses roches cristallines, dont je ne peux douter qu'elles soient des laves subaquatiques alternant avec du grès, des conglomérats et des couches alumineuses blanches (comme du feldspath décomposé) avec beaucoup d'autres variétés curieuses de dépôts sédimentaires. Ces laves et grès alternent très souvent, et sont tout à fait conformes les uns aux autres. Pendant deux jours d'examen attentif, je me suis dit au moins cinquante fois combien exactement (quoique un peu plus dures) ces couches ressemblent à celles des strates tertiaires supérieures de Patagonie, de Chiloé et de Concepción, sans que l'identité possible ne m'ait jamais effleuré. Finalement, il n'y avait pas moyen de résister à la conclusion. Je ne pouvais m'attendre à trouver des coquilles, car elles ne se rencontrent jamais dans cette formation ; mais du lignite ou du schiste carboné devrait s'y trouver. J'avais été auparavant extrêmement intrigué par la rencontre, dans le grès, de minces couches (de quelques pouces à quelques pieds d'épaisseur) d'une pechstein bréchique. Je soupçonne fortement que le granite sous-jacent a altéré de telles couches en cette pechstein. Le bois silicifié (particulièrement caractéristique) était encore absent. La conviction que j'étais sur des strates tertiaires était si forte à ce moment-là dans mon esprit que, le troisième jour, au milieu des laves et des [masses] de granite, j'ai commencé ma chasse apparemment désespérée. Comment pensez-vous que j'aie réussi ? Dans un escarpement de grès compact verdâtre, j'ai trouvé un petit bois d'arbres pétrifiés en position verticale, ou plutôt les strates étaient inclinées d'environ 20 à 30 degrés vers un point et les arbres de 70 degrés vers le côté opposé. C'est-à-dire qu'ils étaient, avant le basculement, parfaitement verticaux. Le grès consiste en de nombreuses couches et est marqué par les lignes concentriques de l'écorce (j'ai des spécimens) ; 11 sont parfaitement silicifiés et ressemblent au bois dicotylédone que j'ai trouvé à Chiloé et à Concepción (6/2. « Geol. Obs. », page 202. Les spécimens de bois silicifié ont été examinés par Robert Brown et déterminés par lui comme étant conifères, « participant des caractères de la tribu des Araucariées, avec quelques points curieux d'affinité avec l'if ») ; les autres (30 à 40) je ne sais être des arbres que par l'analogie de la forme et de la position ; ils consistent en des colonnes blanc de neige (comme la femme de Loth) de carbonate de chaux grossièrement cristallin. Le plus grand tronc fait 7 pieds. Ils sont tous rapprochés, à moins de 100 yards, et à peu près au même niveau : nulle part ailleurs je n'ai pu en trouver. On ne peut douter que les couches de grès fin se soient tranquillement déposées entre un bouquet d'arbres qui étaient fixés par leurs racines. Le grès repose sur de la lave, est recouvert par une grande couche apparemment d'environ 1 000 pieds d'épaisseur de lave augitique noire, et au-dessus, il y a au moins 5 grandes alternances de telles roches et de dépôts sédimentaires aqueux, atteignant une épaisseur de plusieurs milliers de pieds. Je crains fort la seule conclusion que je puisse tirer de ce fait, à savoir qu'il a dû y avoir une dépression de la surface de la terre de cette ampleur. Mais en négligeant cette considération, ce fut un soutien très satisfaisant à ma présomption de l'âge tertiaire (j'entends par tertiaire que les coquilles de la période étaient étroitement apparentées, ou identiques, à celles qui vivent actuellement, comme dans les couches inférieures de Patagonie) de cette chaîne orientale. Une grande partie de la preuve doit reposer sur mon ipse dixit d'une ressemblance minéralogique avec ces couches dont l'âge est connu, et la nature de cette ressemblance est sujette à une variation infinie, passant d'une variété à l'autre par une structure concrétionnaire. Je ne m'attends guère à ce que vous me croyiez, alors qu'il est une conséquence de cette vue que le granite, qui forme des pics d'une hauteur probablement de 14 000 pieds, a été fluide à la période tertiaire ; que les strates de cette période sont altérées par sa chaleur, et sont traversées par des filons provenant de la masse. Que ces strates ont aussi probablement subi une dépression immense, qu'elles sont maintenant inclinées à des angles élevés et forment des lignes anticlinales régulières ou compliquées. Pour couronner le tout et sceller votre incrédulité, ces mêmes strates sédimentaires et laves sont traversées par de TRÈS NOMBREUX vrais filons métalliques de fer, de cuivre, d'arsenic, d'argent et d'or, et ceux-ci peuvent être tracés jusqu'au granite sous-jacent. Une mine d'or a été exploitée près du bouquet d'arbres silicifiés. Si, lorsque vous verrez mes spécimens, mes coupes et mon compte rendu, vous pensez qu'il existe une preuve présomptive assez forte des faits ci-dessus, cela semble très important ; car la structure et la taille de cette chaîne supporteront la comparaison avec n'importe laquelle dans le monde, et que tout cela ait été produit dans une période si récente est en effet merveilleux. Dans mon esprit, je suis tout à fait convaincu de la réalité de cela. Je peux en tout cas dire très consciencieusement qu'aucune conjecture formée précédemment n'a faussé mon jugement. Comme j'ai décrit, ainsi ai-je réellement observé les faits. Mais j'aurai quelque pitié et mettrai fin à ce compte rendu très long de mon voyage géologique.
Sur certaines des grandes plaques de neige éternelle, j'ai trouvé la célèbre neige rouge des contrées arctiques ; j'envoie avec cette lettre mes observations et un morceau de papier sur lequel j'ai essayé de sécher quelques spécimens. Si le fait est nouveau et que vous jugiez utile, examinez-les vous-même ou envoyez-les à quiconque a décrit les spécimens du nord et publiez une notice dans l'un des périodiques. J'envoie aussi un petit flacon avec deux lézards, l'un d'eux est vivipare comme vous le verrez par la notice ci-jointe. Un M. Gay — naturaliste français — a déjà publié dans l'un des journaux de ce pays une déclaration similaire et a probablement fait suivre à Paris un compte rendu ; comme le fait semble singulier, ne vaudrait-il pas la peine de remettre les spécimens à quelque bon lézardologue et anatomiste comparatiste pour publier un compte rendu de leur structure interne ? Faites comme vous le jugerez bon.
Cette lettre partira avec une cargaison de spécimens de Coquimbo. Je vous écrirai pour vous faire savoir quand ils seront expédiés. Dans la boîte, il y a deux sacs de graines, l'un [provenant des] vallées des Cordillères, hautes de 5 000 à 10 000 pieds, le sol et le climat y étant excessivement secs, le sol très léger et pierreux, avec des extrêmes de température ; l'autre provenant principalement de la Traversia sèche et sablonneuse de Mendoza, à 3 000 pieds plus ou moins. Si certains buissons devaient pousser mais n'étaient pas en bonne santé, essayez une légère aspersion de sel et de salpêtre. La plaine est salifère. Toutes les fleurs des Cordillères semblent être des floraisons automnales — elles étaient toutes en fleur et en graine, beaucoup d'entre elles très jolies. Je les ai cueillies au fur et à mesure que je chevauchais le long des flancs de collines. Si seulement elles voulaient bien pousser, je ne doute pas que beaucoup seraient de grandes raretés. Dans le sac de Mendoza, il y a les graines ou baies de ce qui semble être une petite plante de pomme de terre avec une fleur blanchâtre. Elles poussent à de nombreuses lieues de là où une quelconque habitation aurait jamais pu exister en raison de l'absence d'eau. Parmi les plantes séchées des Chonos, vous verrez un beau spécimen de la pomme de terre sauvage, poussant sous un climat très opposé, et indiscutablement une vraie pomme de terre sauvage. Ce doit être une espèce distincte de celle des Cordillères inférieures. Peut-être que, comme pour la banane, des espèces distinctes ne sont aujourd'hui plus à distinguer dans leurs variétés produites par la culture. Je ne peux pas recopier les quelques remarques sur la pomme de terre des Chonos. Avec les spécimens, il y a un paquet de vieux papiers et de carnets de notes. Voulez-vous en prendre soin ; au cas où je perdrais mes notes, celles-ci pourraient être utiles. Je n'envoie pas d'insectes chez moi car ils doivent vous être encombrants, et maintenant qu'il reste si peu du voyage inachevé, je peux bien m'en charger. Dans deux ou trois jours, je pars pour Coquimbo par voie terrestre ; le « Beagle » viendra me chercher au début de juin. J'ai donc six semaines de plus pour profiter de la géologie de ces curieuses montagnes du Chili. Il y a actuellement une révolution sanglante au Pérou. Le Commodore s'y est rendu, et dans la précipitation a emporté nos lettres avec lui ; peut-être parmi elles y en aura-t-il une de vous. J'aimerais que le vieux Commodore soit ici, je secouerais un peu de considération pour les autres dans son vieux corps. Depuis Coquimbo, vous aurez encore de mes nouvelles.
LETTRE 7. À J.S. HENSLOW. Lima, 12 juillet 1835.
C'est la dernière lettre que je vous écrirai jamais depuis les rivages de l'Amérique, et c'est pour cette raison que je l'envoie. Dans quelques jours, le « Beagle » fera voile pour les îles Galapagos. J'attends cela avec joie et intérêt, tant pour être quelque peu plus près de l'Angleterre que pour avoir le plaisir de bien observer un volcan actif. Bien que nous ayons vu de la lave en abondance, je n'ai jamais encore contemplé le cratère. J'ai envoyé par le H.M.S. « Conway » deux grandes caisses de spécimens. Le « Conway » a fait voile à la fin de juin. Avec eux se trouvaient des lettres pour vous, depuis ce temps j'ai voyagé par voie terrestre de Valparaiso à Copiapo et j'ai vu un peu plus des Cordillères. Certaines de mes vues géologiques ont été, postérieurement à la dernière lettre, modifiées. Je crois que la masse supérieure des strates n'est pas si moderne que je le supposais. Ce dernier voyage m'a expliqué une grande partie de l'histoire ancienne des Cordillères. Je suis certain qu'elles consistaient autrefois en une chaîne de volcans à partir de laquelle d'énormes courants de lave étaient déversés au fond de la mer. Ceux-ci alternent avec des couches sédimentaires d'une vaste épaisseur ; à une période ultérieure, ces volcans ont dû former des îles, à partir desquelles ont été produites des strates de plusieurs milliers de pieds d'épaisseur de conglomérat grossier. (7/1. Voir « Geological Observations on South America » (Londres, 1846), Chapitre VII : « Central Chile; Structure of the Cordillera ».) Ces îles étaient couvertes d'arbres fins ; dans le conglomérat, j'en ai trouvé un de 15 pieds de circonférence parfaitement silicifié jusqu'au centre même. Les alternances de roches cristallines compactes (je ne peux douter qu'il s'agisse de laves subaquatiques) et de couches sédimentaires, maintenant soulevées, fracturées et indurées, forment la chaîne principale des Andes. La formation a été produite à l'époque où vivaient les ammonites, gryphites, huîtres, Pecten, Mytilus, etc. Dans les parties centrales du Chili, la structure des couches inférieures est rendue très obscure par l'action métamorphique qui a rendu même les conglomérats les plus grossiers porphyritiques. Les Cordillères des Andes, si dignes d'admiration par la grandeur de leurs dimensions, s'élèvent en dignité quand on considère que depuis la période des ammonites, elles ont formé un trait marquant de la géographie du globe. La géologie de ces montagnes m'a plu à un égard ; en lisant Lyell, il m'avait toujours frappé que si la croûte du monde continue à changer en cercle, il devrait y avoir quelque part des formations qui, ayant l'âge des grandes couches secondaires européennes, devraient posséder la structure de roches tertiaires ou celles formées au milieu d'îles et dans des bassins limités. Or, les alternances de lave et de sédiment grossier qui forment les parties supérieures des Andes correspondent exactement à ce qui s'accumulerait dans de telles circonstances. Par conséquent, je ne peux séparer que très grossièrement en trois divisions les strates variables (peut-être 8 000 pieds d'épaisseur) qui composent ces montagnes. J'ai peur que vous ne me disiez d'apprendre mon alphabet pour connaître le quartz du feldspath avant de me livrer à de telles spéculations. J'ai récemment mis la main sur un rapport sur les travaux de M. Dessalines D'Orbigny en Amérique du Sud (7/2. « Voyage dans l'Amérique Méridionale, etc. » (A. Dessalines D'Orbigny).) ; j'ai éprouvé un degré de vexation assez humiliant de constater qu'il a décrit la géologie de la Pampa, et que j'ai fait de la dure chevauchée pour rien ; il était cependant gratifiant que mes conclusions soient les mêmes, pour autant que je puisse le recueillir, que ses résultats. Il est aussi capital que la totalité de la Bolivie soit décrite. J'espère être capable de connecter sa géologie de ce pays avec la mienne du Chili. Après avoir quitté Copiapo, nous avons fait escale à Iquique. J'ai visité mais ne comprends pas tout à fait la position des lits de nitrate de soude. Ici au Pérou, à cause de l'état d'anarchie, je ne peux faire aucune expédition.
J'apprends de chez moi que mon frère va m'envoyer une boîte avec des livres, et une lettre de vous. Il est très regrettable que je ne puisse recevoir cela avant d'atteindre Sydney, même si cela parvient jamais sain et sauf jusque-là. Je n'aurai pas d'autre occasion avant de nombreux mois de vous écrire à nouveau. Aurez-vous la charité de m'envoyer une lettre de plus (dès que celle-ci vous parviendra) adressée au Cap de Bonne-Espérance. Vos lettres, en plus de m'apporter le plus grand plaisir, me donnent toujours un stimulant nouveau pour l'effort. Excusez cette lettre géologique fastidieuse, et adieu jusqu'à ce que vous ayez de mes nouvelles à Sydney, et que vous me voyiez à l'automne 1836.
LETTRE 8. À JOSIAH WEDGWOOD. [Shrewsbury, 5 octobre 1836.]
Mon cher Oncle
Le « Beagle » est arrivé à Falmouth dimanche soir, et j'ai atteint la maison tard hier soir. Ma tête est toute confuse avec tant de joie, mais je ne peux permettre à mes sœurs de vous dire en premier combien je suis heureux de revoir tous mes chers amis. Je suis obligé de retourner dans trois ou quatre jours à Londres, où le « Beagle » sera désarmé, et ensuite je ferai à Shrewsbury une visite plus longue. Je suis très impatient de revoir une fois de plus Maer, et tous ses habitants, si bien qu'au cours de deux ou trois semaines, j'espère vous remercier en personne, comme ayant été mon premier Lord de l'Amirauté. (8/1.) Les lecteurs de la « Vie et Lettres » se souviendront que c'est à Josiah Wedgwood que Darwin devait la grande opportunité de sa vie (« Vie et Lettres », Volume I, page 59), et il était approprié qu'il se présentât à son « premier Lord de l'Amirauté ». La présente lettre clarifie une petite obscurité sur laquelle M. Poulton a attiré l'attention (« Charles Darwin and the Theory of Natural Selection », série « Century », 1896, page 25). Écrivant à Fitz-Roy depuis Shrewsbury le 6 octobre, Darwin dit : « Je suis arrivé ici hier matin à l'heure du petit-déjeuner. » Cela se réfère à son arrivée à la maison de son père, après avoir dormi à l'auberge. La date de son arrivée à Shrewsbury était, donc, le 4 octobre, comme donné dans la « Vie et Lettres », I, page 272.) Les entrées dans son Journal sont : — 2 octobre 1831. J'ai pris congé de mon foyer. 4 octobre 1836. Atteint Shrewsbury après une absence de 5 ans et 2 jours.) Je suis si très heureux que je sais à peine ce que j'écris. Croyez-moi votre neveu le plus affectueux,
CHAS. DARWIN.
LETTRE 9. À C. LYELL. Shrewsbury, lundi [12 novembre 1838].
Mon cher Lyell
Je suppose que vous serez à Hart St. (9/1. Sir Charles Lyell vivait au 16, Hart Street, Bloomsbury.) demain [ou] le 14. J'écris parce que je ne peux éviter de souhaiter être la première personne à dire à Mme Lyell et à vous-même, que j'ai la très bonne, et jusqu'ici [c'est-à-dire jusqu'à récemment] très inattendue fortune d'aller me marier ! La dame est ma cousine Mlle Emma Wedgwood, la sœur de Hensleigh Wedgwood, et du frère aîné qui a épousé ma sœur, nous sommes donc liés par des liens multiples, outre de ma part, par l'amour le plus sincère et une gratitude chaleureuse envers elle pour accepter quelqu'un comme moi-même.
J'ai décidé lors de mon dernier séjour à Maer de tenter ma chance, mais je m'attendais à peine à ce qu'une telle bonne fortune m'arrive. Je serai en ville au milieu ou à la fin de la semaine suivante. (9/2. M. Darwin s'est marié le 29 janvier 1839 (voir « Vie et Lettres », I, page 299). La présente lettre a été écrite le lendemain de ses fiançailles.) Je crains que vous ne disiez que j'aurais très bien pu laisser mon histoire non dite jusqu'à ce que nous nous rencontrions. Mais je ressens profondément votre bonté et votre amitié envers moi, qui, en vérité, je peux le dire, ont été une source principale de bonheur pour moi, depuis mon retour en Angleterre : vous devez donc m'excuser. Je suis bien sûr que Mme Lyell, qui a de la sympathie pour chacun près d'elle, m'adressera ses félicitations chaleureuses.
Croyez-moi, mon cher Lyell, votre très obligé, CHAS. DARWIN.
(PLANCHE : MME DARWIN. Walker and Cockerell, ph. sc.)
LETTRE 10. À EMMA WEDGWOOD. Dimanche soir. Athenaeum. [20 janvier 1839.]
...Je ne saurais vous dire à quel point j'ai apprécié ma visite à Maer ; j'ai ressenti par anticipation ma future vie tranquille : combien j'espère que vous serez aussi heureuse que je sais que je le serai ; mais cela m'effraie, chaque fois que je pense à ce qu'est la famille dont vous faites partie. Je pensais ce matin à la raison pour laquelle moi, qui aime parler et ne suis presque jamais de mauvaise humeur, je devrais fonder si entièrement mes notions de bonheur sur le calme et une bonne dose de solitude : mais je crois que l'explication est très simple et je la mentionne parce qu'elle vous donnera l'espoir que je deviendrai progressivement moins fruste ; c'est qu'au cours des cinq années de mon voyage (et je peux même ajouter ces deux dernières), qui, par la manière active dont elles ont été passées, peuvent être considérées comme le commencement de ma vraie vie, tout mon plaisir était dérivé de ce qui se passait dans mon esprit, tout en admirant des paysages seul, en voyageant à travers les déserts sauvages ou les forêts glorieuses, ou en arpentant le pont du pauvre petit « Beagle » la nuit. Excusez cet excès d'égoïsme ; je vous le confie parce que je pense que vous m'humaniserez, et m'apprendrez bientôt qu'il existe un bonheur plus grand que de construire des théories et d'accumuler des faits dans le silence et la solitude. Ma très chère Emma, je prie ardemment pour que vous ne regrettiez jamais le grand, et j'ajouterai très bon, acte que vous allez accomplir mardi : ma chère future épouse, que Dieu vous bénisse... Les Lyell sont passés me voir aujourd'hui après l'église ; comme Lyell était si plein de géologie, il a été obligé de dégorger, et je dîne là-bas mardi pour une confidence spéciale. J'ai eu vraiment honte de moi aujourd'hui, car nous avons parlé pendant une demi-heure de géologie pure et dure, avec la pauvre Mme Lyell assise à côté, monument de patience. J'ai besoin de m'exercer à maltraiter le sexe féminin ; je n'ai pas remarqué que Lyell ait eu le moindre scrupule ; j'espère endurcir ma conscience avec le temps : peu de maris semblent trouver difficile d'y parvenir. Depuis mon retour, j'ai jeté plusieurs coups d'œil, comme vous le croirez aisément, dans le salon ; je suppose que mon goût pour les couleurs harmonieuses est déjà détérioré, car je déclare que la pièce commence à paraître moins laide. Je prends tant de plaisir dans cette maison (10/1. Le n° 12, Upper Gower Street, est aujourd'hui le n° 110, Gower Street, et fait partie d'un bloc habité par les employés de Messieurs Shoolbred. Nous sommes redevables de cette information à M. Wheatley, de la Society of Arts.), que je déclare être tout comme un grand enfant trop vieux avec un nouveau jouet ; mais alors, contrairement à un vrai enfant, je désire avoir une partenaire et une possédante.
(10/2. Le passage suivant est extrait de la copie manuscrite de l'« Autobiographie » ; il n'a pas été publié dans la « Vie et Correspondance » parue du vivant de Mme Darwin :--)
Vous connaissez tous votre mère, et quelle bonne mère elle a toujours été pour vous tous. Elle a été ma plus grande bénédiction, et je peux déclarer que de toute ma vie, je ne l'ai jamais entendue prononcer un mot que j'aurais préféré ne pas avoir entendu. Elle n'a jamais failli dans la plus aimable sympathie à mon égard, et a supporté avec la plus grande patience mes fréquentes plaintes concernant ma mauvaise santé et mon inconfort. Je ne crois pas qu'elle ait jamais manqué une occasion de faire une action gentille envers quiconque près d'elle. Je m'émerveille de ma bonne fortune que celle qui m'est infiniment supérieure en toute qualité morale ait consenti à devenir mon épouse. Elle a été ma sage conseillère et ma joyeuse réconfortante tout au long de ma vie, qui, sans elle, aurait été pendant une très longue période une vie misérable à cause de ma mauvaise santé. Elle a gagné l'amour de chaque âme près d'elle.
LETTRE 11. C. LYELL À C. DARWIN. [Juillet ?, 1841 ?].
(11/1. Lyell a entamé son premier voyage aux États-Unis en juillet 1841 et a été absent treize mois. Darwin est retourné à Londres le 23 juillet 1841, après une longue absence ; il se peut donc qu'il ait manqué de voir Lyell. En supposant que la date de 1841 soit correcte, il semblerait que le projet de vivre à la campagne ait été formé un an avant d'être effectivement réalisé.)
Je n'ai aucun doute que votre père ait bien agi en vous persuadant de rester [à Shrewsbury], mais nous avons été très déçus de ne pas vous voir avant notre départ pour une année d'absence. Je ne saurais vous dire combien de fois, depuis votre longue maladie, j'ai regretté les échanges amicaux que nous avions si fréquemment auparavant, et sur lesquels je comptais plus que jamais après votre mariage. Il n'arrivera pas facilement deux fois dans une vie, même dans le vaste monde de Londres, qu'une âme sœur si occupée par précisément les mêmes activités et disposant d'une indépendance lui permettant de les poursuivre se trouve si près de mon chemin, et le fait de l'avoir vu m'être arrachée avec la perspective de votre résidence quelque peu lointaine est une privation que je ressens comme très grande. J'espère que vous ne vous éloignerez pas, comme Herschell, d'un chemin de fer.
LETTRE 12. À CATHERINE DARWIN.
(12/1. La lettre suivante a été écrite à sa sœur Catherine environ deux mois avant que Charles Darwin ne s'installe à Down :--)
Dimanche [Juillet 1842].
Vous avez dû être surprise de ne pas avoir eu de nouvelles plus tôt au sujet de la maison. Emma et moi ne sommes revenus qu'hier après-midi après y avoir dormi. Je vais vous donner en détail, comme mon père le souhaiterait, MON opinion à ce sujet — celle d'Emma diffère légèrement. Situation : à environ 1/4 de mile du petit village de Down dans le Kent — 16 miles de St. Paul's — 8 1/2 miles de la gare (avec de nombreux trains) qui n'est qu'à 10 miles de Londres. C'est mauvais, car le trajet depuis [c'est-à-dire en raison de] les collines est long. Je calcule que nous mettons deux heures pour aller de London Bridge. Village d'environ quarante maisons avec de vieux noyers au milieu où se trouve une vieille église en silex et où convergent les ruelles. Habitants très respectables — école maternelle — les adultes sont de grands musiciens — tous portent la main à leur chapeau comme au Pays de Galles et s'assoient devant leurs portes ouvertes le soir ; aucune grande route ne traverse le village. La petite auberge où nous avons dormi est une épicerie, et le propriétaire est le menuisier — vous pouvez donc deviner le style du village. Il y a un boucher, un boulanger et un bureau de poste. Un transporteur va chaque semaine à Londres et passe n'importe où pour n'importe quoi à Londres et apporte n'importe quoi n'importe où. Sur la route [depuis Londres] vers le village, par une belle journée, le paysage est absolument magnifique : depuis tout près de notre maison, la vue est très lointaine et assez belle, mais la maison étant située sur un plateau assez élevé a un air quelque peu désolé. Il y a une très belle vieille ferme, avec de grandes granges au toit de chaume et de vieilles souches de chêne, comme celle de Skelton, à un champ de distance. Le charme de l'endroit pour moi est que presque chaque champ est traversé (comme le nôtre hélas) par un ou plusieurs sentiers. Je n'ai jamais vu autant de promenades dans aucun autre comté. La campagne est extraordinairement rurale et calme avec des ruelles étroites et de hautes haies et presque pas d'ornières. Il est vraiment surprenant de penser que Londres n'est qu'à 16 miles. La maison est très mal placée, près d'une minuscule ruelle et près du champ d'un autre homme. Notre champ fait 15 acres et est plat, donnant sur des vallées au fond plat des deux côtés, mais aucune vue depuis le salon, qui fait face plein sud, si ce n'est sur notre champ plat et des morceaux d'horizon lointain assez laids. Tout près devant, il y a quelques vieux cerisiers (très productifs), des noyers, de l'if, du châtaignier, du poirier, du vieux mélèze, du sapin d'Écosse et du sapin argenté et de vieux mûriers, [qui] forment un groupe assez joli. Ils donnent au terrain un aspect ancien, mais comme ils ne prospèrent pas beaucoup, ils lui donnent aussi un aspect assez désolé. Il y a des cognassiers et des néfliers et des pruniers avec beaucoup de fruits, et des cerises Morello ; mais peu de pommes. Le magnolia pourpre fleurit contre la maison. Il y a un hêtre vraiment beau en vue dans notre haie. Le potager est une bande détestable et le sol semble misérable à cause de la quantité de silex crayeux, mais je crois vraiment qu'il est productif. Les haies poussent bien tout autour de notre champ, et c'est une pièce de terre à foin réputée. Cette année la récolte était mauvaise, mais a été achetée, telle quelle, pour 2 livres par acre — soit 30 livres — l'acheteur s'en chargeant. L'année dernière, elle a été vendue pour 45 livres — aucun engrais n'a été mis dans l'intervalle. Cela ne semble-t-il pas bon ? Demandez à mon père. Le mûrier et le magnolia indiquent-ils qu'il ne fait pas très froid en hiver, ce que je crains être le cas ? Dites à Susan que c'est à 9 miles de Knole Park et à 6 de Westerham, où j'entends dire que le paysage est magnifique. Il y a beaucoup de vues très étranges autour de notre maison — une vallée assez profonde au fond plat et une jolie ferme, mais de grands champs en jachère, blancs et laids ; on cultive beaucoup de blé ici. La maison est laide, ne semble ni vieille ni nouvelle — murs de deux pieds d'épaisseur — fenêtres assez petites — rez-de-chaussée assez bas. Cabinet de travail capital 18 x 18. Salle à manger 21 x 18. Le salon peut facilement être agrandi : il fait 21 x 15. Trois étages, beaucoup de chambres. Nous pourrions accueillir les Hensleigh, vous, Susan et Erasmus tous ensemble. Maison en bon état. M. Cresy a dépensé il y a quelques années 1 500 livres pour le propriétaire et a fait un nouveau toit. Conduites d'eau dans la maison — deux salles de bain — dépendances assez bonnes et bonne cour d'écurie, etc., et un cottage. Je crois que le prix est d'environ 2 200 livres, et je ne doute pas que je l'obtiendrai pour un an en location d'abord pour essayer, de sorte que je ne ferai rien à la maison au début (le dernier propriétaire gardait trois vaches, un cheval et un âne, et vendait annuellement du foin provenant d'un champ). Je n'ai aucun doute que si nous concluons l'achat, j'économiserai au moins 1 000 livres par rapport à Westcroft, ou toute autre maison que nous avons vue. Emma a été au début assez déçue, et par la campagne autour de la maison ; la journée était sombre et froide avec un vent du N.E. Elle aime le champ et la maison eux-mêmes plus que moi ; la maison est située juste comme elle aime pour la retraite, pas trop près ni trop loin d'autres maisons, mais elle pense que la campagne a l'air désolée. Je pense que tous les pays de craie le sont, mais je suis habitué au Cambridgeshire, qui est dix fois pire. Emma change rapidement d'avis. Elle souffrait terriblement de maux de dents et de maux de tête dans la soirée et vendredi, mais en revenant hier, elle était si ravie du paysage pendant les premiers miles depuis Down, que cela a produit un grand changement chez elle. Nous y retournons le premier jour de beau temps où Emma sera capable, et nous déciderons alors finalement quoi faire.
(12/2. Le « Compte rendu de Down » fragmentaire suivant a été trouvé parmi les papiers de M. Darwin après la publication de la « Vie et Correspondance ». Il donne l'impression qu'il avait l'intention d'écrire un journal d'histoire naturelle à la manière de Gilbert White, mais il n'y a aucune preuve que ce fut effectivement le cas.)
1843. 15 mai. — La première particularité qui frappe un étranger non habitué à un pays de craie vallonné sont les vallées, avec leurs fonds arrondis et abrupts — non sillonnés par le moindre petit ruisseau. Sur la route de Down depuis Keston, un monticule a été jeté en travers d'une vallée considérable, mais même contre ce monticule, il n'y a aucune apparence qu'une petite mare d'eau se soit formée après les pluies les plus fortes. L'eau s'infiltre toute directement vers le bas. Vérifier la profondeur moyenne des puits, l'inclinaison des strates et les sources. L'eau de ce pays jaillit-elle en sources à Holmsdale ou dans la vallée de la Tamise ? Examiner les belles sources de Holmsdale.
Les vallées sur ce plateau incliné vers le nord, mais extrêmement régulier, courent généralement du nord au sud ; leurs flancs près des sommets deviennent généralement soudainement plus abrupts, et sont bordés de bandes étroites, ou, comme on les appelle ici, de « shaws » de bois, parfois simplement par des haies devenues sauvages. La soudaine raideur peut généralement être perçue, comme juste avant de monter vers Cudham Wood, et à Green Hill, où l'une des ruelles traverse ces vallées. Ces vallées sont selon toute probabilité d'anciennes baies marines, et j'ai parfois spéculé si ce raidissement soudain des flancs ne marque pas les bords de falaises verticales formées lorsque ces vallées étaient remplies d'eau de mer, comme cela arriverait naturellement dans des strates telles que la craie.
Dans la plupart des pays, les routes et les sentiers montent le long du fond des vallées, mais ici, c'est rarement le cas. Tous les villages et la plupart des maisons anciennes sont sur les plateaux ou les bandes étroites de terre plate entre les vallées parallèles. Est-ce dû au fait que les sommets ont existé depuis les temps les plus anciens comme des collines ouvertes et que les vallées ont été remplies de broussailles ? Je n'en ai aucune preuve, mais il est certain que la plupart des fermes sur la terre plate sont très anciennes. Il y a une particularité qui aiderait à déterminer les sentiers à courir le long des sommets plutôt que sur le fond des vallées, en ce que ces derniers au milieu sont généralement couverts, encore plus densément que la surface générale, de silex brisés. Ce lit de silex, qui s'amincit progressivement de chaque côté, peut être vu de loin dans un champ nouvellement labouré ou en jachère comme une bande blanchâtre. Chaque pierre qui roule après une forte pluie ou sous le coup du pied d'un animal, si peu que ce soit, tend vers le fond des vallées ; mais si cela est suffisant pour expliquer leur nombre, j'en ai parfois douté, et j'ai été enclin à appliquer au cas la théorie de Lyell de la dissolution par l'eau de pluie, etc., etc.
La terre de sommet plate est couverte d'un lit d'argile rouge rigide, de quelques pieds d'épaisseur jusqu'à, je crois, vingt pieds : ce [lit], bien que reposant immédiatement sur la craie, et abondant en grands silex non roulés de forme irrégulière, souvent avec la couleur et l'apparence d'énormes os, qui étaient à l'origine incrustés dans la craie, ne contient pas une particule de carbonate de chaux. Ce lit d'argile rouge repose sur une surface très irrégulière, et descend souvent dans des puits profonds et ronds, dont l'origine a été expliquée par Lyell. Dans ces cavités se trouvent des plaques de sable comme du sable de mer, et comme le sable qui alterne avec les grands lits de petits galets dérivés de l'usure des silex de craie, qui forment les communes de Keston, Hayes et Addington. Près de Down, un silex de craie arrondi est une rareté, bien que quelques-uns en existent ; et je n'ai pas encore vu une pierre d'origine lointaine, ce qui fait une différence — du moins pour des yeux géologiques — dans l'aspect même du pays, comparé à tous les comtés du nord.
Les silex de craie se décomposent extérieurement, ce qui, selon Berzelius (« Edin. New Phil. Journal », numéro récent), est dû au fait que les silex contiennent une petite proportion d'alcali ; mais, outre cette décomposition externe, tout le corps est affecté par l'exposition de quelques années, de sorte qu'ils ne se briseront pas avec des faces nettes pour la construction.
Ce lit d'argile rouge, qui rend le pays très glissant pendant les mois d'hiver d'octobre à avril, ne couvre pas les flancs des vallées ; ceux-ci, lorsqu'ils sont labourés, montrent la craie blanche, dont la teinte s'estompe plus bas dans la vallée, aussi insensiblement qu'une couleur appliquée par le pinceau d'un peintre.
Presque toute la terre est labourée, et est souvent laissée en jachère, ce qui donne au pays un aspect rouge nu, ou non rarement blanc, à cause d'une couverture de craie appliquée par les fermiers. Personne ne semble du tout conscient du principe selon lequel la craie fraîche appliquée sur une terre abondant en chaux fait du bien. C'est cependant ce que l'on dit être la pratique du pays depuis la période des Romains, et à présent, les nombreuses fosses blanches sur les flancs des collines, qui offrent si fréquemment un contraste pittoresque avec les ifs surplombants, sont toutes exploitées à cette fin.
Le nombre de sortes différentes de buissons dans les haies, entrelacées par la clématite et les bryones, est remarquable comparé aux haies des comtés du nord.
25 mars [1844 ?]. — La première période de végétation, et les berges sont couvertes de violettes bleu pâle dans une mesure que je n'ai jamais vue égalée, et de primevères. Quelques jours plus tard, certains des bosquets étaient magnifiquement animés par Ranunculus auricomus, des anémones des bois, et une Stellaria blanche. Encore, par la suite, de grandes zones étaient brillamment bleues de jacinthes des bois. Les fleurs sont ici très belles, et le nombre de fleurs ; [et] l'obscurité du bleu de la petite Polygala commune l'égale presque à une gentiane alpine.
Il y a de grandes étendues de terres boisées, [coupées] environ une fois tous les dix ans ; certaines de ces enceintes semblent être très anciennes. Sur le côté sud de Cudham Wood, une haie de hêtres a atteint une taille Brobdingnagienne, avec plusieurs des énormes branches se croisant et solidement greffées ensemble.
Les alouettes abondent ici, et leurs chants sonnent le plus agréablement de tous côtés ; les rossignols sont communs. À en juger par une note de roucoulement étrange, quelque chose comme le ronronnement d'un chat, les colombes sont très communes dans les bois.
25 juin. — Les champs de sainfoin sont maintenant du plus beau rose, et à cause du nombre d'abeilles domestiques qui les fréquentent, le bourdonnement est tout à fait extraordinaire. Ce bourdonnement est assez plus profond que le bourdonnement au-dessus, qui a été continu et fort pendant toutes ces dernières journées chaudes sur presque chaque champ. Les ouvriers disent ici qu'il est fait par des « abeilles de l'air », et un homme, voyant une abeille sauvage dans une fleur différente du genre domestique, a fait remarquer : « Celle-là, sans aucun doute, est une abeille de l'air ». Ce bruit est considéré comme un signe de beau temps stable.
(Chapitre II./1. Depuis la publication de la « Vie et Correspondance », la notice nécrologique de Charles Darwin par M. Huxley a paru. (Chapitre II./2. « Proc. R. Soc. » volume 44, 1888, et « Collected Essays (Darwiniana) », page 253, 1899.) Cet article magistral est, à notre avis, le plus beau de la grande série d'essais darwiniens que nous devons à M. Huxley. Nous nous permettrions de le recommander à nos lecteurs comme la meilleure introduction possible à ces pages. Il existe cependant un point mineur sur lequel nous différons de M. Huxley. En discutant de la croissance des idées évolutionnistes de M. Darwin, M. Huxley cite l'autobiographie (Chapitre II./3. « Life and Letters », I., page 82. Un compte rendu de l'origine de ses vues évolutionnistes est donné dans une lettre à Jenyns (Blomefield), « Life and Letters », II., page 34.) où l'auteur décrit la profonde impression faite sur son esprit par certains groupes de faits observés en Amérique du Sud. M. Huxley poursuit : « Les faits auxquels il est fait référence ici étaient, sans aucun doute, éminemment aptes à attirer l'attention d'un penseur philosophique ; mais, tant que les relations des espèces existantes avec les espèces éteintes, et celles des espèces des différentes zones géographiques entre elles, n'étaient pas déterminées avec une certaine exactitude, ils n'offraient qu'une base incertaine pour la spéculation. Il n'était pas possible que cette détermination eût été effectuée avant le retour du « Beagle » en Angleterre ; et ainsi la date (Chapitre II./4. La date en question est juillet 1837, quand il « ouvrit le premier carnet sur la Transmutation des Espèces ».) que Darwin (écrivant en 1837) assigne à l'aube de la nouvelle lumière qui se levait dans son esprit, devient intelligible. » Cela nous semble incompatible avec la propre déclaration de Darwin selon laquelle c'était surtout le caractère des « espèces de l'archipel des Galapagos » qui l'avait impressionné. (Chapitre II./5. Voir « Life and Letters », I., page 276.) Cela doit faire référence aux spécimens zoologiques : il pensait sans doute aux oiseaux, mais ceux-ci, il les avait lui-même collectés en 1835 (Chapitre II./6. Il écrivait dans son « Journal », page 394, « Mon attention fut d'abord pleinement éveillée en comparant les nombreux spécimens tirés par moi-même et plusieurs autres personnes à bord », etc.), et aucune détermination précise des formes n'était nécessaire pour lui faire remarquer les espèces caractéristiques remarquables des différentes îles. Nous sommes d'accord avec M. Huxley pour dire que 1837 est la date de la « nouvelle lumière qui se levait dans son esprit ». Que l'aube ne soit pas venue plus tôt nous semble s'expliquer par le besoin de temps pour produire une telle révolution dans ses conceptions. Nous ne voyons pas que la supposition de M. Huxley quant à l'effet de la détermination des espèces, etc., ait beaucoup de poids. M. Huxley cite une lettre de Darwin à Zacharias : « Mais je ne suis devenu convaincu que les espèces étaient mutables que, je crois, deux ou trois ans [après 1837] s'étaient écoulés » (voir Lettre 278). Ce passage, dont il faut se rappeler qu'il a été écrit en 1877, est presque inconciliable avec la preuve directe du carnet de 1837. Une série de passages en sont cités dans la « Life and Letters », volume II., pages 5 et suivantes, et il est impossible de les lire sans sentir qu'il était convaincu de l'immutabilité. Il n'était pas encore parvenu à une idée claire de la sélection naturelle, et ses vues pouvaient donc ne pas avoir, même pour lui-même, le pouvoir de conviction irrésistible qu'elles acquirent par la suite ; mais qu'il fût, au sens ordinaire du terme, convaincu de la vérité de la doctrine de l'évolution, nous ne pouvons en douter. Il pensait qu'il était « presque inutile » d'essayer de prouver la vérité de l'évolution tant que la cause du changement n'était pas découverte. Et il est naturel que, plus tard dans sa vie, il ait pu sentir que la conviction lui manquait tant que cette cause n'était pas établie. (Chapitre II./7. Voir « Charles Darwin, his Life told, etc. » 1892, page 165.) Aux fins du présent chapitre, le point n'est pas très important. Nous savons qu'en 1842 il écrivit la première ébauche de sa théorie, et qu'elle fut grandement amplifiée en 1844. Ainsi, à la date des premières lettres de ce chapitre, nous savons qu'il possédait une hypothèse de travail sur l'évolution qui ne différait pas, dans l'essentiel, de celle donnée dans l'« Origine des espèces ».
Pour se rendre compte de la somme de travail en cours durant la période couverte par le Chapitre II, il faut se rappeler qu'une partie du temps — à savoir, de 1846 à 1854 — il fut largement occupé par son travail sur les Cirripèdes. (Chapitre II./8. « Life and Letters », I., page 346.) Cette recherche aurait pleinement occupé un travailleur moins méthodique, et même pour ceux qui le voyaient à l'œuvre, cela semblait être toute son occupation. Ainsi (pour citer une anecdote de Lord Avebury), l'un des enfants de M. Darwin aurait demandé, à propos d'un voisin : « Alors, où fait-il ses balanes ? », comme si non seulement son père, mais tous les autres hommes, devaient être occupés par ce groupe.
Sir Joseph Hooker, à qui la première lettre de ce chapitre est adressée, a bien voulu fournir une note sur l'origine de son intimité avec M. Darwin, et celle-ci est publiée dans la « Life and Letters ». (Chapitre II./9. Ibid., II., page 19. Voir aussi « Nature », 1899, 22 juin, page 187, où sont publiées quelques réminiscences qui faisaient partie du discours de Sir Joseph lors du dévoilement de la statue de Darwin au musée d'Oxford.) Les relations étroites qui se nouèrent entre eux furent en grande partie entretenues par correspondance, et les lettres de M. Darwin à Sir Joseph ont fourni un matériel biographique très précieux. Mais il ne faut pas oublier qu'en dehors de cela, la science doit beaucoup à cette amitié mémorable, car sans l'aide de Hooker, le grand travail de Darwin n'aurait guère été mené à bien du côté botanique. Et Sir Joseph fit bien plus que fournir des connaissances et des conseils sur des questions techniques : Darwin lui devait une camaraderie sympathique et stimulante qui le réconforta et le rafraîchit jusqu'à la fin de sa vie.
Une phrase d'une lettre à Hooker écrite en 1845 montre, tout aussi bien que des propos plus sérieux, avec quelle rapidité la connaissance s'est transformée en amitié.
« Adieu ! Quelle bonne chose que la communauté des goûts ! J'ai l'impression de vous connaître depuis cinquante ans. Adios. » Et pour illustrer la permanence du lien de sympathie entre eux, nous citons une lettre de 1881, écrite quarante-deux ans après la première rencontre avec Sir Joseph à Trafalgar Square (voir « Life and Letters », II., page 19). M. Darwin écrivait : « Votre lettre m'a réconforté, et le monde ne semble pas être un quart aussi noir ce matin qu'il l'était quand j'ai écrit précédemment. Vos paroles amicales valent leur pesant d'or. »
LETTRE 13. À J.D. HOOKER. Down, jeudi [11 janvier 1844].
Mon cher Monsieur,
Je dois vous écrire pour vous remercier de votre dernière lettre, et pour vous dire combien toutes vos vues et vos faits m'intéressent. Vous devez me permettre d'interpréter à ma manière ce que vous dites de « ne pas être un bon organisateur de vues étendues » — ce qui signifie que vous ne vous adonnez pas aux spéculations vagues si facilement lancées par tout amateur et collecteur errant. Je considère une forte tendance à généraliser comme un mal absolu.
Ce que vous dites de M. Brown est humiliant ; je l'avais soupçonné, mais je ne voulais pas m'autoriser à croire à une telle hérésie. Fitz-Roy lui a décoché une flèche dans sa préface (13/1. Dans la préface des « Surveying Voyages of the 'Adventure' and the 'Beagle,' 1826-30 », formant le volume I de l'ouvrage, qui inclut le voyage ultérieur du « Beagle », le capitaine Fitz-Roy écrivait (mars 1839) : « Le capitaine King prit grand soin de former et de préserver une collection botanique, aidé par une personne embarquée uniquement à cet effet. Il plaça cette collection au British Museum, et fut amené à espérer qu'un botaniste de premier ordre l'examinerait et la décrirait ; mais il a été déçu. » Une référence à la lenteur de Robert Brown concernant la collection King se trouve dans la « Life and Letters », I., page 274, note.), et l'a rendu très indigné, mais il semble qu'une flèche bien plus acérée n'aurait pas été inutile. Ma collection cryptogamique fut envoyée à Berkeley ; elle n'était pas grande. Je ne crois pas qu'il ait encore publié de rapport, mais il m'a écrit il y a quelque temps qu'il avait décrit [les spécimens] et égaré toutes ses descriptions. Ne serait-il pas bon pour vous de vous mettre en communication avec lui, car autrement quelque chose sera peut-être travaillé deux fois ? Ma meilleure (quoique médiocre) collection de cryptogames provenait des îles Chonos.
Voudriez-vous avoir la gentillesse d'observer un petit fait pour moi : si une espèce de plante, particulière à une île, comme les Galapagos, Sainte-Hélène ou la Nouvelle-Zélande, où il n'y a pas de grands quadrupèdes, possède des graines à crochets — des crochets tels que, s'ils étaient observés ici, on penserait à juste titre qu'ils sont adaptés pour s'accrocher à la laine des animaux.
Me feriez-vous en outre l'obligeance, à l'occasion, de m'informer (bien que j'oublie que cela apparaîtra certainement dans votre « Flore Antarctique ») si, dans des îles comme Sainte-Hélène, les Galapagos et la Nouvelle-Zélande, le nombre de familles et de genres est grand comparé au nombre d'espèces, comme il arrive dans les îles coralliennes, et comme, je crois, dans les terres extrêmes de l'Arctique. C'est certainement le cas pour les coquillages marins dans les mers arctiques extrêmes. Pensez-vous que la rareté des espèces par rapport au nombre de grands groupes dans les îlots coralliens soit due à la chance que des graines de tous ordres se soient trouvées entraînées vers ces nouveaux endroits, comme je l'ai supposé ? Avez-vous collecté des coquillages marins en Terre de Kerguelen ? J'aimerais connaître leur caractère.
Vos lettres intéressantes me tentent d'être très déraisonnable en vous posant des questions ; mais ne vous donnez aucune peine à leur sujet, car je sais combien vous êtes pleinement et dignement occupé. (13/2. Le reste de la lettre a été publié précédemment dans « Life and Letters », II., page 23.)
Outre un intérêt général pour les terres du sud, je suis, depuis mon retour, engagé dans un travail très présomptueux, et je ne connais aucun individu qui ne dirait un travail très insensé. J'ai été si frappé par la distribution des organismes des Galapagos, etc., et par le caractère des mammifères fossiles américains, etc., que j'ai décidé de collecter aveuglément tout genre de fait pouvant se rapporter d'une manière ou d'une autre à ce que sont les espèces. J'ai lu des monceaux de livres d'agriculture et d'horticulture, et n'ai jamais cessé de collecter des faits. Enfin, des lueurs de lumière sont apparues, et je suis presque convaincu (tout à fait contrairement à l'opinion avec laquelle j'ai commencé) que les espèces ne sont pas (c'est comme confesser un meurtre) immuables. Que le ciel me préserve des absurdités de Lamarck sur une « tendance à la progression », des « adaptations issues de la lente volonté des animaux », etc. ! Mais les conclusions auxquelles je suis conduit ne diffèrent pas largement des siennes ; bien que les moyens du changement soient totalement différents. Je pense avoir trouvé (quelle présomption !) le moyen simple par lequel les espèces deviennent excellemment adaptées à diverses fins. Vous allez maintenant gémir et penser en vous-même : « à quel genre d'homme ai-je gaspillé mon temps à écrire ». Il y a cinq ans, j'aurais pensé la même chose... (13/3. Sur les questions traitées ici, voir l'intéressante lettre à Jenyns dans la « Life and Letters », II., page 34.)
LETTRE 14. À J.D. HOOKER. [Novembre] 1844.
...Quel cas curieux et merveilleux que celui du Lycopodium ! (14/1. Sir J.D. Hooker écrivait, le 8 novembre 1844 : « Je suis fermement convaincu (mais pas assez pour l'imprimer) que L. Selago varie dans la Terre de Van Diemen en L. varium. Deux ESPÈCES plus différentes (telles qu'elles ont été considérées jusqu'ici), per se, ne peuvent être conçues, mais nulle part ailleurs elles ne varient l'une en l'autre, et Selago ne varie pas du tout en Angleterre ».)... Je suppose que vous ne vous seriez guère attendu à ce qu'elles soient plus variables qu'une plante phanérogame. J'espère que vous approfondirez le cas et, même sans appui, que vous le publierez, car vous pouvez sûrement le faire avec la prudence requise. J'ai entendu parler de certains faits analogues, bien qu'à la plus petite échelle, chez certains insectes étant plus variables dans un district que dans un autre, et je pense qu'il en va de même pour certains mollusques terrestres. Par un étrange hasard, j'avais noté de vous poser dans cette lettre une question analogue, à propos des genres, au lieu des espèces individuelles — c'est-à-dire, si vous connaissez un cas de genre dont la plupart des espèces sont variables (disons Rubus) dans un continent, ayant un autre ensemble d'espèces dans un autre continent non variables, ou pas de manière aussi marquée. M. Herbert (14/2. Sans doute le doyen Herbert, l'horticulteur. Voir « Life and Letters », I., page 343.) a mentionné incidemment dans une lettre que les bruyères au cap de Bonne-Espérance étaient très variables, tandis qu'en Europe elles ne le sont (?) pas ; mais alors les espèces ici sont peu nombreuses en comparaison, de sorte que le cas, même s'il est vrai, n'est pas un bon exemple. Dans certains genres d'insectes, la variabilité semble être commune dans des parties distantes du monde. Pour les coquillages, j'espère obtenir à l'avenir beaucoup de lumière sur cette question grâce aux fossiles. Si vous pouvez m'aider, je vous en serais très obligé : en effet, toutes vos lettres me sont très utiles.
LUNDI : — Maintenant pour votre première longue lettre, et pour moi tout aussi intéressante que longue. Plusieurs choses y sont tout à fait nouvelles pour moi — à savoir, pour l'une, votre croyance qu'il y a plus d'espèces extra-tropicales qu'intra-tropicales. Je vois que mon argument tiré des régions arctiques est faux, et je n'aurais pas essayé de discuter contre vous si je n'avais imaginé que vous pensiez que l'équabilité du climat était la cause directe de la création d'un nombre plus ou moins grand d'espèces. Je vois que vous appelez notre climat équable ; j'aurais pensé le contraire. Quoi qu'il en soit, le terme est vague, et en Angleterre il dépendra de si une personne le compare aux États-Unis ou à la Terre de Feu. Dans mon Journal (page 342), je vois que je déclare qu'au sud de Chiloe, à une hauteur d'environ 1 000 pieds, les forêts avaient un aspect fuegien : je me souviens distinctement qu'au niveau de la mer, au milieu de Chiloe, la forêt avait presque un aspect tropical. J'aimerais beaucoup savoir, si vous le découvrez, si les limites nord ou sud d'une plante sont les plus restreintes ; j'aurais attendu que ce soit le sud, dans les régions tempérées, en raison du nombre plus élevé d'espèces antagonistes. N.B. Humboldt, lorsqu'il était à Londres, m'a parlé d'une certaine rivière (14/3. L'Ob (voir « Flora Antarctica », page 211, note). Hooker écrit : « Certains des arbres les plus remarquables atteignent l'une ou l'autre de ses rives, mais ne les franchissent pas. ») dans le nord-est de l'Europe, sur les rives opposées de laquelle la flore était, sur le même sol et sous le même climat, largement différente !
J'oublie (14/4. Le dernier paragraphe est publié dans « Life and Letters », II., page 29.) ma dernière lettre, mais elle devait être bien sotte, car il semble que j'aie donné mon idée selon laquelle le nombre d'espèces est régi en grande partie par le degré auquel la zone a été souvent isolée et divisée. J'ai dû être fou de l'avoir écrite, car je n'ai aucune preuve, à moins qu'une personne ne soit disposée à admettre toutes mes vues, et alors cela en découle.
(14/5. Le reste de la lettre précédente est publié dans la « Life and Letters », II., page 29. Elle est intéressante en ce qu'elle donne ses vues sur la mutabilité des espèces. Ainsi écrivait-il : « En ce qui concerne les livres sur ce sujet, je n'en connais aucun systématique, excepté celui de Lamarck, qui est une véritable ordure ; mais il y en a plein, comme Lyell, Pritchard, etc., sur la vue de l'immutabilité. » Par « Pritchard », on entend sans doute James Cowles « Prichard », auteur de la « Physical History of Mankind ». Le professeur Poulton a donné dans son article, « A remarkable Anticipation of Modern Views on Evolution » (14/6. « Science Progress », Volume I., avril 1897, page 278.), une étude intéressante du travail de Prichard. Il montre que Prichard était en avance sur son temps dans ses vues sur la non-transmission des caractères acquis. Le professeur Poulton essaie aussi de montrer que Prichard était un évolutionniste. Il admet que Prichard écrivait avec hésitation, et que dans les dernières éditions de son livre ses vues devinrent plus faibles. Mais, même avec ces qualifications, nous pensons que Poulton a involontairement exagéré le degré auquel Prichard croyait à l'évolution.
L'une des phrases les plus fortes de Prichard est citée par Poulton (loc. cit., page 16) ; elle se trouve dans la « Physical History of Mankind », Éd. 2, Volume II., page 570 :
« N'est-il pas probable que les variétés qui surgissent dans les limites d'espèces particulières soient des adaptations supplémentaires de structure aux circonstances dans lesquelles la tribu est destinée à exister ? Les variétés se ramifient à partir de la forme commune d'une espèce, tout comme les formes des espèces dévient du type commun d'un genre. Pourquoi la première classe de phénomènes serait-elle sans fin ni utilité, un pur effet de contingence ou de hasard, plus que l'autre ? »
Si ce passage, et d'autres similaires, étaient isolés, nous pourrions être d'accord avec le professeur Poulton ; mais c'est impossible lorsque nous trouvons dans le Volume I de la même édition, page 90, la déclaration d'immutabilité intransigeante suivante :
« La signification attachée au terme espèce, en histoire naturelle, est très simple et évidente. Il n'inclut qu'une circonstance — à savoir, une distinction originelle et une transmission constante de tout caractère. Une race d'animaux, ou de plantes, marquée par toute particularité de structure qui a toujours été constante et invariante, constitue une espèce. »
Page 91, en parlant de l'idée que les espèces qui composent un genre pourraient être descendues d'une forme commune, il dit :
« Il doit, en effet, y avoir un principe sur lequel les phénomènes de ressemblance, ainsi que ceux de diversité, puissent être expliqués ; et le renvoi de plusieurs formes à un type commun semble calculé pour suggérer l'idée d'une certaine affinité originelle ; mais, comme il ne s'agit que d'une conjecture, elle doit être tenue à l'écart lorsque nos enquêtes ne concernent que des faits. »
Cette vue est de nouveau donnée dans le Volume II., page 569, où il demande si nous devrions croire qu'« à la première production d'un genre, lorsqu'il a d'abord vu le jour, quelque légère modification dans les causes productives l'a marqué originellement de toutes ces diversités spécifiques ? Ou est-il plus probable que la modification ait été postérieure à son origine, et que le genre à sa première création ait été unique et uniforme, et qu'il soit ensuite devenu diversifié par l'influence d'agents externes ? » Il conclut que « la première de ces suppositions est la conclusion à laquelle nous sommes conduits par tout ce qui peut être établi concernant les limites des espèces, et l'étendue de la variation sous l'influence de causes existant et opérant actuellement. »
Malgré le fait que Prichard n'ait pas poussé ses idées jusqu'à leur conclusion logique, cela peut peut-être susciter la surprise que M. Darwin ait parlé de lui comme étant absolument du côté de l'immutabilité.
Nous croyons que cela s'explique en partie (comme le suggère Poulton) par le fait que M. Darwin possédait seulement la troisième édition (1836 et 1837) et la quatrième édition (1841-51). (14/7. L'édition de 1841-51 consiste en des réimpressions de la troisième édition et trois volumes supplémentaires de dates diverses. Les volumes I. et II. sont décrits sur la page de titre comme la quatrième édition ; les volumes III. et IV. comme la troisième édition, et le volume V. n'a aucune édition marquée sur le titre.) Dans aucune de celles-ci, le point de vue évolutionniste n'est aussi fort que dans la deuxième édition.
Nous avons examiné tous les passages marqués par M. Darwin pour référence future dans les troisième et quatrième éditions, et n'avons pu trouver que le suivant, qui se trouve dans la troisième édition (Volume I., 1836, page 242) (14/8. Il y a aussi (éd. 1837, Volume II., page 344) une référence vague à la sélection naturelle, dont la dernière phrase est encadrée au crayon entre guillemets, comme si M. Darwin avait eu l'intention de la citer : « Dans d'autres parties de l'Afrique, la variété xanthique [de l'homme] apparaît souvent, mais ne se multiplie pas. Les individus ainsi caractérisés sont comme des graines qui périssent dans un sol inhospitalier. »)
« La variété dans la forme, prévalente parmi toutes les productions organisées de la nature, se retrouve entre des êtres individuels de quelque espèce que ce soit, même lorsqu'ils sont issus des mêmes parents. Une autre circonstance tout aussi remarquable est la tendance qui existe dans presque chaque tribu, qu'elle soit animale ou végétale, à transmettre à sa progéniture et à perpétuer dans sa race toutes les particularités individuelles qui ont pu ainsi prendre naissance. Ces deux faits généraux dans l'économie des êtres organisés fondent l'existence de races diversifiées, provenant de la même souche primitive et dans les limites d'espèces identiques. »
À la page suivante (page 243), un passage (non marqué par M. Darwin) souligne la limitation que Prichard attribuait aux résultats de la variation et de l'hérédité :
« Même les physiologistes qui soutiennent ce qu'on appelle la nature indéfinie des espèces admettent qu'elles ont des limites actuellement et dans des circonstances ordinaires. Quelles que soient les diversités qui surviennent, elles se produisent sans rompre le type caractéristique de l'espèce. Celui-ci est transmis de génération en génération : les chèvres produisent des chèvres, et les moutons, des moutons. »
Le passage de la page 242 figure dans la réimpression de l'édition de 1836-7 qui forme une partie de l'édition de 1841-51, mais il n'y est pas marqué par M. Darwin. Il note à la fin du volume I de l'édition de 1836-7 : « Mars 1857. Je n'ai pas examiné tous ces passages [c'est-à-dire les passages marqués], mais j'ai parcouru l'édition plus récente » ; et une entrée similaire se trouve dans le volume II de la troisième édition. Il est donc facile de comprendre comment il a pu négliger le passage de la page 242 lorsqu'il a commencé l'exposé plus complet de sa théorie des espèces, mentionné dans la « Vie et Correspondance » comme le « livre inachevé ». Dans l'esquisse historique placée en tête de « L'Origine des espèces », des auteurs sont nommés comme précurseurs alors que leurs prétentions sont moins solides que celles de Prichard, et il est certain que M. Darwin aurait rendu compte de lui s'il l'avait considéré comme un évolutionniste.
Les deux passages suivants montreront que M. Darwin, fort de sa connaissance des ouvrages de Prichard, était justifié de le classer parmi ceux qui ne croyaient pas à la mutabilité des espèces :
« Les diverses tribus d'êtres organisés ont été placées à l'origine par le Créateur dans certaines régions, auxquelles elles sont par nature particulièrement adaptées. Chaque espèce n'a eu qu'un seul commencement dans une seule souche : probablement une seule paire, comme le supposait Linné, fut d'abord appelée à l'existence dans un endroit particulier, et la progéniture laissée libre de se disperser à une distance aussi grande du centre original de son existence que les pouvoirs locomoteurs qui leur ont été conférés, ou leur capacité à supporter les changements de climat et autres agents physiques, ont pu leur permettre d'errer. » (14/9. Prichard, troisième édition, 1836-7, Volume I., page 96.)
Le second passage est annoté par M. Darwin avec une pluie de points d'exclamation :
« Le sens attaché au terme ESPÈCE en histoire naturelle est très défini et intelligible. Il comprend uniquement les conditions suivantes, à savoir : une origine séparée et une distinction de race, démontrées par la transmission constante de quelque particularité caractéristique d'organisation. Une race d'animaux ou de plantes marquée par un quelconque caractère particulier qui a toujours été constant et sans déviation constitue une espèce ; et deux races sont considérées comme spécifiquement différentes si elles se distinguent l'une de l'autre par une caractéristique que l'on ne peut supposer que l'une ait acquise, ou que l'autre ait perdue par quelque opération connue de causes physiques ; car nous sommes ainsi conduits à conclure que les tribus ainsi distinguées ne descendent pas de la même souche originale. » (14/10. Prichard, éd. 1836-7, Volume I., page 106. Ce passage est presque identique à celui cité dans la deuxième édition, Volume I., page 90. La dernière partie, à partir de « et deux races... », figure dans la deuxième édition, bien qu'elle ne soit pas citée ci-dessus.)
Comme à son habitude, M. Darwin a épinglé à la fin du premier volume de l'édition de 1841-51 un morceau de papier contenant une liste des pages où figurent les passages marqués. Ce papier porte, écrit au crayon : « Comme tout cela ressemblera à mon livre ! ». Les mots semblent se rapporter à la discussion de Prichard sur la dispersion des animaux et des plantes ; ils ne se rapportent certainement pas aux vues évolutionnistes que l'on peut trouver dans le livre.)
LETTRE 15. À J.D. HOOKER. Down [1844].
Merci infiniment pour votre longue lettre, et je suis en vérité confus du temps et de la peine que vous avez pris pour moi ; mais je devrai un jour vous écrire à nouveau sur le sujet de votre lettre. Je ferai seulement remarquer maintenant que vous avez étendu ma remarque sur l'aire de répartition des espèces de coquillages à l'aire de répartition des genres ou groupes. L'analogie avec les coquillages n'irait que jusqu'à dire que si deux ou trois espèces... étaient trouvées s'étendant de l'Amérique à l'Inde, elles seraient trouvées à travers une épaisseur inhabituelle de strates — disons du Crétacé supérieur à sa couche la plus basse, ou le Néocomien. Ou vous pouvez inverser la chose et dire que les espèces qui s'étendent sur tout le Crétacé auront de vastes aires de répartition : à savoir, de l'Amérique à l'Inde en passant par l'Europe (c'est un cas réel avec les coquillages de la période crétacée).
LETTRE 16. À J.D. HOOKER. Down [1845].
J'aurais dû écrire plus tôt pour dire que je suis très disposé à souscrire 1 livre 1 shilling pour l'homme africain (bien que ce soit un meurtre à petite échelle), et je vous enverrai un mandat postal payable à Kew, si vous voulez bien vous en charger. Merci pour vos informations sur la zoologie antarctique ; j'ai reçu mes numéros lorsque j'étais en ville jeudi : serait-ce demander trop de peine à votre éditeur que d'envoyer votre botanique [« Flora Antarctica », par J.D. Hooker, 1844] à l'Athenaeum Club ? Il pourrait envoyer deux ou trois numéros ensemble. J'ai vraiment honte de penser que vous m'ayez donné un ouvrage si précieux ; tout ce que je peux dire, c'est que j'apprécie votre présent de deux manières : comme votre cadeau, et pour sa grande utilité à mon travail sur les espèces. Je suis très heureux d'apprendre que vous avez l'intention d'aborder ce sujet un jour. Je me demande si nous serons jamais des combattants publics ; en tout cas, je me félicite d'un avantage très déloyal sur vous, à savoir d'avoir extrait plus de faits et d'opinions de vous que de toute autre personne. J'ose dire que votre explication du polymorphisme sur les îles volcaniques pourrait être la bonne ; la raison pour laquelle je suis curieux à ce sujet, c'est le fait que les oiseaux des Galapagos soient dans plusieurs cas des espèces très finement différenciées — c'est-à-dire, en les comparant, non pas tant les unes aux autres, qu'avec leurs analogues du continent. J'ai d'une certaine manière senti, comme vous, qu'une forme alpine d'une plante n'est pas une vraie variété ; et pourtant je ne peux admettre que le simple fait que la cause soit assignable doive empêcher de l'appeler une variété ; chaque variation doit avoir une cause, de sorte que la différence reposerait sur notre connaissance à être capable ou non d'assigner la cause. Considérez-vous qu'une vraie variété doive être produite par des causes agissant par l'intermédiaire du parent ? Mais même en prenant cette définition, êtes-vous sûr que les formes alpines ne sont pas héritées d'une, deux ou trois générations ? Maintenant, ne serait-ce pas une expérience curieuse et précieuse (16/1. Pour un compte rendu de travaux de ce genre, voir les articles de G. Bonnier dans la « Revue Générale », Volume II., 1890 ; « Ann. Sc. Nat. » Volume XX. ; « Revue Générale », Volume VII.), à savoir, obtenir des graines d'une plante alpine, un peu plus poilue, etc., etc., que son homologue de plaine, et élever des semis à Kew : si cela n'a pas été fait, ne pourriez-vous pas le faire faire ? Avez-vous quelqu'un en Écosse de qui vous pourriez obtenir les graines ?
J'ai été intéressé par vos remarques sur le Senecia et le Gnaphalium : ne vaudrait-il pas la peine (je serais très curieux d'entendre le résultat) de faire une courte liste des genres généralement considérés comme variables ou polymorphes, comme Rosa, Salix, Rubus, etc., etc., et de réfléchir à savoir si de tels genres sont généralement mondiaux, et plus particulièrement s'ils ont des espèces distinctes ou identiques (ou étroitement apparentées) dans leurs habitats différents et lointains.
Ne m'oubliez pas, si jamais vous tombez sur des cas où la même espèce est PLUS ou MOINS variable dans différents pays.
En ce qui concerne le mot « stérile » utilisé pour les fleurs mâles ou pollinifères, il a toujours offensé mes oreilles terriblement ; sur le même principe qu'il le ferait d'entendre un étalon, un bélier ou un taureau puissant qualifié de stérile, parce qu'ils ne portent pas, aussi bien qu'ils n'engendrent pas, de progéniture.
En ce qui concerne votre suggestion de carte géologique, je souhaiterais de tout cœur pouvoir la suivre ; mais réfléchissez seulement au nombre de mesures nécessaires ; pourquoi, à l'heure actuelle, cela ne pourrait même pas être fait en Angleterre, même avec l'hypothèse que la terre se soit simplement élevée d'un nombre de pieds exact. Mais la subsidence dans la plupart des cas a rendu le problème désespérément complexe : voyez ce que Jordanhill-Smith (16/2. James Smith, de Jordan Hill, auteur d'un article « On the Geology of Gibraltar » (« Quart. Journ. Geol. Soc. » Volume II., page 41, 1846).) dit de la danse de haut en bas, maintes fois, que Gibraltar a connue, tout cela dans la période récente. De telles cartes que Lyell (16/3. « Principles of Geology », 1875, Volume I., Plate I, page 254.) a publiées de la mer et de la terre au début de la période tertiaire doivent être excessivement inexactes : cela suppose que toute partie sur laquelle des couches tertiaires n'ont pas été déposées, devait alors être une terre ferme, — une hypothèse des plus douteuses.
J'ai été amusé par Chambers contre Hooker sur le chou de Kerguelen. Je vois dans les « Explications » (dont l'esprit, bien que non les faits, devrait faire honte à Sedgwick) que les « Vestiges » considèrent que tous les animaux et plantes terrestres sont passés par des formes marines ; donc Chambers est tout à fait en accord. Avez-vous entendu Forbes, quand il était ici, donner la preuve assez curieuse (par une similitude dans l'erreur) que Chambers doit être l'auteur des « Vestiges » : votre cas me frappe comme une confirmation. J'ai écrit une lettre déraisonnablement longue et ennuyeuse, alors adieu. (16/4. « Explications : A Sequel to the Vestiges of the Natural History of Creation » fut publié en 1845, après l'apparition de la quatrième édition des « Vestiges », en guise de réponse aux critiques sur le livre original. Le « chou de K. » mentionné au début du paragraphe est le Pringlea antiscorbutica, le « Chou de Kerguelen » décrit par Sir J.D. Hooker dans sa « Flora Antarctica ». Ce que Chambers a écrit sur ce sujet, nous ne l'avons pas découvert. La mention de Sedgwick est une référence à sa critique sévère des « Vestiges » dans la « Edinburgh Review », 1845, volume 82, page 1. Darwin l'a décrite comme ayant « le parfum du dogmatisme de la chaire » (« Vie et Correspondance », I., page 344). L'édition des « Vestiges » de M. Ireland (1844), dans laquelle Robert Chambers fut pour la première fois authentiquement annoncé comme l'auteur, contient (page xxix) un extrait d'une lettre écrite par Chambers en 1860, dans laquelle figure le passage suivant : « Le numéro d'avril de la 'Edinburgh Review' (1860) fait presque une amende directe pour l'abus qu'elle a déversé sur mon travail il y a un certain nombre d'années. » Il s'agit de la célèbre critique d'Owen, à laquelle des références apparaissent dans la « Vie et Correspondance », II., page 300. L'amende faite aux « Vestiges » n'est pas aussi complète que l'auteur l'a ressenti ; mais elle était clairement à sa place dans un article destiné à rabaisser l'« Origine » ; cela a également donné au critique (page 511) l'occasion d'un coup à Sedgwick et à sa critique de 1845.)
LETTRE 17. À L. BLOMEFIELD [JENYNS]. Down. 14 février [1845].
J'ai pris mon temps pour vous remercier pour votre dernière lettre et discussion, très intéressante pour moi, sur l'augmentation des espèces. Depuis votre lettre, j'ai rencontré une vue très similaire chez Richardson, qui déclare que les jeunes sont chassés par les vieux vers des districts défavorables, et y périssent pour la plupart. Lorsque l'on rencontre de tels rapports statistiques inattendus sur l'augmentation et la diminution et la proportion des décès et des naissances parmi l'humanité, et dans ce pays bien connu qui est le nôtre, on ne devrait pas être le moins du monde surpris de son ignorance, quand, où et comment l'augmentation sans fin de nos rouges-gorges et de nos moineaux est contrôlée.
Merci pour vos conseils sur les termes de « mutation », etc. ; j'avais quelques soupçons sur le fait que ce n'était pas tout à fait correct, et pourtant je ne vois pas comment arriver à de meilleurs termes. Il faudra des années avant que je publie, de sorte que j'aurai amplement le temps de réfléchir à de meilleurs mots. Développement conviendrait peut-être, seulement il est appliqué aux changements d'un individu pendant sa croissance. Je suis cependant très heureux de votre remarque, et je vais y réfléchir.
Nous allons tous bien, femme et trois enfants, et aussi prospères que ce temps horrible, emprisonnant, tempétueux, le permet.
LETTRE 18. À J.D. HOOKER. Down [1845].
J'espère que vous avancez bien dans vos conférences, et que vous avez profité de quelques promenades agréables pendant le temps délicieux de ces derniers jours. Je vous écris pour vous dire (car vous pourriez peut-être avoir eu des craintes à ce sujet) que vos livres sont arrivés en toute sécurité. Je vous suis extrêmement obligé pour eux, et je prendrai grand soin d'eux ; ils me prendront un certain temps à lire attentivement.
J'envoie aujourd'hui le manuscrit corrigé du premier numéro de mon « Journal » (18/1. En 1842, il avait écrit à sa sœur : « En parlant d'argent, j'ai récolté l'autre jour tout le profit que je retirerai jamais de mon « Journal » [« Journal of Researches, etc. »] qui a consisté à payer à M. Colburn 21 livres 10 shillings pour les copies que j'ai présentées à différentes personnes ; 1 337 copies ont été vendues. C'est un arrangement confortable, n'est-ce pas ? » Il s'est avéré qu'il avait tort dans sa sombre prophétie, car la deuxième édition fut publiée par M. Murray en 1845.) dans la Bibliothèque Coloniale, donc si vous avez par hasard connaissance d'une erreur grossière dans les 214 premières pages (si vous avez mon « Journal »), je vous serais obligé de me le dire.
Ne répondez pas à ceci par pure formalité ; car vous devez être très occupé. Nous venons d'avoir les Lyell ici, et vous devriez avoir une femme pour vous empêcher de trop travailler, comme Mme Lyell arrête péremptoirement Lyell.
LETTRE 19. À J.D. HOOKER.
(19/1. Les lettres de Sir J.D. Hooker à M. Darwin semblent fixer la date à 1845, tandis que la référence à l'article de Forbes indique 1846.)
Down [1845-1846].
Je vous suis particulièrement obligé pour vos faits sur les îles solitaires ayant plusieurs espèces de genres particuliers ; cela démolit certaines de mes analogies ; le point ne m'était stupidement jamais venu à l'esprit de demander. Je suis amusé par vos anathèmes contre la variation et consorts ; quoi que vous puissiez dire, vous ne serez jamais satisfait par de simples espèces, « telles qu'elles sont ». Je vous défie d'endurcir votre esprit aux technicités, comme tant de nos frères naturalistes. Je suis très heureux d'avoir pensé à vous envoyer l'article de Forbes. (19/2. Célèbre article d'E. Forbes « Memoirs of the Geological Survey of Great Britain », Volume I., page 336, 1846. Dans les « Principles » de Lyell, 7e édition, 1847, page 676, il fait une revendication tempérée de priorité, comme il l'avait déjà fait dans une lettre privée du 14 octobre 1846 à Forbes (« Life of Sir Charles Lyell », 1881, Volume II., page 106) tant en ce qui concerne la flore sicilienne que l'effet de barrière des chaînes de montagnes. Voir la lettre 20 pour une note sur Forbes.) J'avoue que je ne peux pas comprendre la preuve de ses notions de temps dans la distribution, et je ne peux m'empêcher de soupçonner qu'elles sont plutôt vagues. Lyell a précédé Forbes dans une classe de spéculation de ce genre : par exemple, en expliquant l'identité de la flore de Sicile avec celle du sud de l'Italie, par le fait qu'elle a été entièrement soulevée au cours de la période récente ; et, je crois, avec des chaînes de montagnes séparant des flores. Je ne me souviens pas du fait de Humboldt sur les régions de bruyère. Très curieux le cas du genêt ; je peux vous dire quelque chose d'analogue à petite échelle. Mon père, quand il a construit sa maison, a semé beaucoup de graines de genêt sur une rive sauvage, qui n'ont pas poussé, en raison, pensait-on, du fait que beaucoup de terre avait été jetée par-dessus. Environ trente-cinq ans plus tard, en coupant une terrasse, toute cette terre fut rejetée, et maintenant la rive est une masse de genêt. Je vois que nous parlions dans une certaine mesure à tort et à travers ; quand j'ai dit que je ne croyais pas beaucoup à l'hybridation dans une certaine mesure, je ne voulais pas du tout exclure le croisement. C'est depuis longtemps l'un de mes passe-temps de voir dans combien de fleurs un tel croisement est probable ; c'était, je crois, l'opinion de Knight, à l'origine, que chaque plante doit être occasionnellement croisée. (19/3. Voir un article sur « La loi Knight-Darwin » par Francis Darwin dans « Nature », 27 octobre 1898, page 630.) Je trouve, cependant, beaucoup de difficulté à montrer même une probabilité vague de cela ; surtout chez les Légumineuses, bien que leur [structure ?] soit ininimitablement adaptée pour favoriser le croisement, je n'ai encore jamais rencontré qu'un seul cas d'un MÉTIS NATUREL (ni mulet ?) dans cette famille.
Je serai particulièrement curieux d'entendre un compte rendu de l'apparition et de l'origine de l'if irlandais d'Ayrshire. Et maintenant pour l'objet principal de ma lettre : c'est de vous demander si vous jetteriez un coup d'œil sur l'épreuve de mon chapitre sur les Galapagos (19/4. Dans la deuxième édition du « Voyage d'un naturaliste ».), où je mentionne les plantes, pour voir que je n'ai fait aucune bévue, ou mal orthographié aucun des noms scientifiques. Comme j'ose dire que vous m'obligerez jusqu'ici, me ferez-vous savoir quelques jours avant, quand vous quittez Édimbourg et combien de temps vous restez à Kinnordy, afin que ma lettre puisse vous rattraper. Je ne suis pas surpris que ma collection de James Island diffère des autres, car le district humide des hautes terres (où j'ai dormi deux nuits) est à six miles de la côte, et aucun naturaliste à part moi n'y est probablement jamais monté. Cuming n'en avait même jamais entendu parler. Cuming me dit qu'il était sur les îles Charles, James et Albemarle, et qu'il ne peut se souvenir d'après ma description du Scalesia, mais pense qu'il pourrait s'il voyait un spécimen. Je n'ai aucune idée de l'origine de la distribution des coquillages des Galapagos, au sujet de laquelle vous demandez. Je présume (après les excellentes remarques de Forbes sur la facilité avec laquelle les embryons de coquillages sont transportés) que les coquillages du Pacifique ont été portés jusque-là par les courants ; mais les courants vont tous dans l'autre sens.
LETTRE 20. EDWARD FORBES À C. DARWIN.
(20/1. Edward Forbes travaillait sur son célèbre article dans les « Geological Survey Memoirs » pour 1846. Nous n'avons pas vu la lettre de Darwin à laquelle il s'agit d'une réponse, ni, en fait, aucune de ses lettres à Forbes. La date de la lettre est fixée par la conférence de Forbes donnée à la Royal Institution le 27 février 1846 (selon les « Memoirs » imprimés en privé de L. Horner, II., page 94.))
Mercredi. 3, Southwark Street, Hyde Park. [1846].
Cher Darwin,
Répondre à votre lettre très bienvenue, loin d'être une perte de temps, est un gain, car cela m'oblige à me rendre clair et compréhensible sur des matières que j'ai évidemment présentées imparfaitement et avec obscurité. J'ai consacré toute cette semaine à travailler et à rédiger la question de la flore, car je me sens maintenant assez fort pour donner ma conférence du soir promise à ce sujet à la Royal Institution vendredi, et, de plus, je souhaite l'obtenir sous forme imprimable pour les rapports de notre étude. Par conséquent, à aucun moment je ne peux recevoir ou répondre aux objections avec plus de bénéfice qu'à présent. De la précipitation et de la pression qui accompagnent malheureusement tous mes mouvements et activités, j'ai rarement du temps à perdre, en préparant la publication, pour faire plus que donner des résumés brefs et insatisfaisants, qui, je le crains, sont souvent extrêmement obscurs.
Maintenant pour vos objections — qui ont jailli de mes propres obscurités.
Je ne raisonne pas en cercle sur le cas irlandais, mais je traite la preuve botanique de connexion et la preuve géologique comme distinctes. La première seule, je l'ai soutenue à Cambridge ; la seconde, je ne l'ai pas encore publiquement maintenue.
Mon argument de Cambridge (20/2. « Sur la distribution des plantes endémiques », par E. Forbes, « Brit. Assoc. Rep. » 1845 (Cambridge), page 67.) était le suivant : qu’aucun courant connu, qu’il s’agisse d’eau ou d’air, ou aucun moyen de transport ordinaire (20/3. Note de Darwin sur le transport (trouvée avec la lettre de Forbes) : « Les arguments de Forbes, fondés sur le fait que plusieurs plantes espagnoles présentes en Irlande n'ont pas été transportées, ne sont pas solides, car les courants marins et aériens, ainsi que la migration des oiseaux, suivent les MÊMES LIGNES. J'ai pensé que la non-transportation était la plus grande difficulté. Maintenant, nous voyons combien de graines chaque plante et chaque arbre nécessite pour être régulièrement propagé dans son propre pays, car nous ne pouvons penser que le grand nombre de graines soit superflu, et par conséquent, combien est faible la chance qu'un semis solitaire soit préservé ici ou là dans un pays bien pourvu. »), ne pourrait expliquer le petit groupe de plantes asturiennes — peu nombreuses en espèces, mais jouant un rôle remarquable dans la végétation — conférant un caractère botanique particulier au sud de l'Irlande ; que, comme j'avais apporté la preuve que les autres flores de nos îles, c'est-à-dire la germanique, la crétacée et la dévonienne (ces termes étant utilisés de manière topographique et non géologique), avaient été acquises par migration sur une terre continue (j'excepte pour le moment la flore glaciaire ou alpine — le transport par les glaces ayant pu jouer un grand rôle dans son introduction) — je considérais comme très probable, et je soutenais, que l'introduction de cette flore irlandaise s'était également effectuée par les mêmes moyens. Je soutenais également que le caractère de cette flore était plus méridional et plus ancien que celui de n'importe quelle autre, et que son état fragmentaire et limité était probablement dû au fait que les plantes qui la composaient avaient (en raison de leur rusticité relative — bruyères, saxifrages, etc.) survécu à l'influence destructrice de l'époque glaciaire.
Mon argument géologique est maintenant le suivant : la moitié des îles méditerranéennes, ou plus, sont en partie — dans certains cas (comme Malte) totalement — composées du lit soulevé de la mer du Miocène ; il en va de même pour une grande partie du sud de la France, de Bordeaux à Montpellier ; de même pour l'ouest du Portugal ; et nous trouvons les couches correspondantes avec les mêmes fossiles (Pecten latissimus, etc.) aux Açores. Un tel soulèvement général me semble indiquer l'existence passée d'une grande terre post-miocène [dans] la région de ce que l'on appelle habituellement la flore méditerranéenne. (Partout, ces îles miocènes, etc., portent une flore de type authentique.) Si cette terre a existé, elle ne s'étendait pas jusqu'en Amérique, car les fossiles du Miocène d'Amérique sont représentatifs et non identiques. Où se trouvait donc son bord ou son littoral, vers l'Atlantique ? Observez la forme et la constance du grand banc de fucus, et considérez qu'il s'agit d'un banc de Sargassum, que le Sargassum s'y trouve dans un état anormal, et que les espèces de ce genre de fucus sont essentiellement des plantes de fond, et voyez alors la probabilité que ce banc trouve son origine sur une ligne de côte ancienne.
Maintenant, ayant ainsi argumenté indépendamment, d'abord sur ma flore et ensuite sur les preuves géologiques de l'existence de terres dans la zone requise, je réunis les deux pour étayer mon cas irlandais.
Je ne peux admettre que le cas du Sargassum soit parallèle à celui des Confervae ou des Oscillatoria.
Je pense avoir la preuve, d'après les fossiles des formations de blocs erratiques en Irlande, que si une telle terre miocène a existé, elle a dû être disloquée ou partiellement disloquée à l'époque glaciaire ou période des blocs.
Toutes les objections seront accueillies avec reconnaissance.
Toujours très sincèrement,
EDWARD FORBES.
LETTRE 21. À L. JENYNS (BLOMEFIELD). Down. [1846].
Je vous suis très obligé pour votre mot et pour l'aimable cadeau de votre volume que vous avez l'intention de m'offrir. (21/1. Sans aucun doute les « Observations in Natural History » de feu M. Blomefield. Voir « Life and Letters », II, page 31.) Je suis sûr qu'il me plaira, car toutes les discussions et observations sur ce que le monde qualifierait de points insignifiants en histoire naturelle me semblent toujours très intéressantes. Dans les périodiques étrangers que j'ai pu voir, il n'y a pas d'articles tels que ceux que White, Waterton ou quelques autres naturalistes auraient écrits pour le journal de Loudon et de Charlesworth ; et cela m'a toujours semblé être une grande perte. J'aurais beaucoup aimé vous rencontrer à Londres, mais je ne peux quitter mon foyer, car ma femme se remet d'une attaque de fièvre assez sévère, et je m'escrime moi-même à terminer ma géologie de l'Amérique du Sud (21/2. « Geological Observations in South America » (Londres), 1846.), dont, grâce à toutes les puissances plutoniennes, les deux tiers sont passés sous presse, et je me sentirai alors un homme relativement libre. Avez-vous l'intention d'aller à Southampton ? (21/3. L'Association britannique s'est réunie à Southampton en 1846.) J'ai une vague idée de m'y rendre, et j'aurais grand plaisir à vous y rencontrer.
LETTRE 22. À J.D. HOOKER. Shrewsbury [fin février 1846].
Je suis venu ici en raison de la santé de mon père, qui a tristement décliné ces derniers temps, mais pour ma plus grande joie, il va étonnamment mieux... Je n'avais pas entendu parler de votre nomination botanique (22/1. Sir Joseph fut nommé botaniste au Geological Survey en 1846.), et j'en suis très heureux, d'autant plus que cela vous fera voyager et vous apportera un changement d'activité et de la détente. Devrez-vous examiner à un moment donné la craie et sa jonction avec l'argile de Londres et les sables verts ? Si tel est le cas, notre maison serait un bon lieu central, et mon cheval serait à votre disposition. Ne pourriez-vous pas prolonger cet examen d'une bonne semaine ? Cela nous ravirait en vérité, et vous pourriez apporter vos documents (comme Lyell) et travailler à vos heures perdues. Forbes m'a écrit au sujet de ses doctrines sur les affaissements ; j'aurais aimé entendre tous ses détails, mais dans mon ignorance, je lui ai exprimé mes objections, qui reposent simplement sur leur base trop hypothétique ; je serai curieux, lorsque je le rencontrerai, d'entendre ce qu'il a à dire. Il spécule également sur les sargasses. J'avoue ne pas pouvoir apprécier son raisonnement sur son continent miocène, mais j'imagine que c'est par manque de connaissances.
Vous faites allusion au fait que la flore de Sicile n'est pas particulière, et que cela est causé par son élévation récente (bien établie) dans la majeure partie : vous trouverez que Lyell a exposé cela très clairement et très bien. Les Apennins (dont je lisais quelque chose dernièrement) semblent être un cas très curieux.
Je pense que Forbes devrait faire un peu allusion aux travaux de Lyell (22/2. Voir lettre 19.) sur le même sujet que ses spéculations ; non que je veuille dire que Forbes souhaite s'attribuer le moindre mérite par rapport à lui ou à tout homme vivant ; aucun homme, pour autant que je puisse en juger, n'aime autant rendre crédit aux autres, ou ne s'élève autant au-dessus de la mesquine soif de célébrité personnelle.
Si vous parvenez à d'autres conclusions sur le polymorphisme, je serais très heureux d'en connaître le résultat : il est délicieux d'avoir de nombreux points en fermentation dans son cerveau, et vos lettres et conclusions nous donnent toujours beaucoup de cette même fermentation. J'aimerais pouvoir, moi aussi, apporter une contribution en retour pour tous vos faits, points de vue et suggestions.
LETTRE 23. À J.D. HOOKER.
(23/1. L'extrait suivant donne le germe de ce qui s'est développé en une discussion intéressante dans « l'Origine » (Édition I, page 147). Darwin écrivait : « Je soupçonne aussi que certains cas de compensation qui ont été avancés, ainsi que d'autres faits, peuvent être fondus sous un principe plus général : à savoir que la sélection naturelle essaie continuellement d'économiser sur chaque partie de l'organisme. » Il parle de la croyance générale des botanistes dans la compensation, mais ne cite aucun exemple.)
[Septembre 1846].
Avez-vous déjà pensé à la « loi de balancement » de G. St. Hilaire (23/2. Selon Darwin (« Variation of Animals and Plants », 2e édition, II, page 335), la loi de balancement a été énoncée par Goethe et Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844) presque à la même époque, mais il ne donne aucune référence aux travaux de ces auteurs. Il apparaît cependant, d'après la « Vie, Travaux etc., d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire » de son fils Isidore, Paris 1847, page 214, que la loi fut donnée dans sa « Philosophie Anatomique », dont la première partie fut publiée en 1818. Darwin (ibid.) donne quelques exemples où la loi se vérifie chez les plantes.), telle qu'elle est appliquée aux plantes ? Je suis bien conscient que certains zoologistes la rejettent complètement, mais il me semble certainement qu'elle se vérifie souvent chez les animaux. Vous êtes sans doute conscient du genre de faits auxquels je fais référence, comme le grand développement des canines chez les carnivores provoquant apparemment une diminution — une compensation ou un balancement — dans la petite taille des prémolaires, etc. J'ai remarqué incidemment quelques remarques analogues sur les plantes, mais je n'ai jamais vu cela discuté par des botanistes. Pouvez-vous penser à des cas dans une espèce d'un genre, ou un genre d'une famille, avec certaines parties développées de manière excessive et certaines parties adjacentes réduites ? Dans les variétés d'une même espèce, les fleurs doubles et les gros fruits semblent relever un peu de cela — le manque de pollen et de graines compensant le nombre accru de pétales et le développement du fruit. J'espère que nous vous verrons ici cet automne.
(24/1. Cette année-là (1847), Darwin rédigea une courte critique de « Natural History of the Mammalia » de Waterhouse, dont le premier volume était paru. Elle fut publiée dans « The Annals and Magazine of Natural History », volume XIX, page 53. La phrase suivante est la seule qui montre ne serait-ce qu'une trace d'évolution : « que nous considérions la classification comme un simple stratagème pour transmettre beaucoup d'informations en un seul mot, ou comme quelque chose de plus qu'une memoria technica, et comme liée aux lois de la création, nous ne pouvons douter que lorsque des différences aussi importantes dans les systèmes génératif et cérébral, qui distinguent les Marsupiata des Placentata, parcourent deux séries d'animaux, elles devraient être classées sous des rubriques d'égale valeur. »
Une remarque caractéristique survient en référence à la distribution géographique, « ce noble sujet dont nous ne voyons encore que confusément toute la portée. »
La lettre suivante semble être d'un intérêt suffisant pour être publiée malgré les obscurités causées par l'absence de date. Elle semble avoir été écrite après 1847, année où un différend impliquant le Dr King et plusieurs « gentlemen de l'Arctique » eut lieu dans l'« Athenaeum ». M. Darwin parle d'« Instructions d'histoire naturelle pour la présente expédition ». Cela peut éventuellement se référer au « Admiralty Manual of Scientific Enquiry » (1849), car il est clair, d'après le mémorandum préfacier des Lords de l'Amirauté, qu'ils croyaient que le manuel serait utile dans les expéditions à venir à la recherche de Sir John Franklin.)
LETTRE 24. À E. CRESY.
(24/2. M. Cresy était, croyons-nous, architecte : son amitié avec M. Darwin date de l'installation à Down.)
Down [après 1847].
Bien que je ne me sois jamais particulièrement intéressé aux points en litige entre le Dr (Richard) King et les autres gentlemen de l'Arctique, j'ai cependant lu attentivement tous les articles de l'« Athenaeum », et j'en ai tiré à peu près la même impression que celle que vous transmettez dans votre lettre, dont je vous remercie. Je crois que ce vieux pécheur, Sir J. Barrow (24/3. Sir John Barrow, (1764-1848) : Secrétaire de l'Amirauté.) a été à l'origine de tout l'argent gaspillé dans les expéditions navales. J'ai ressenti une telle conviction sur ce sujet que, lorsque j'ai été nommé au sein d'un comité pour les instructions d'histoire naturelle pour la présente expédition, si j'avais pu y assister, j'avais résolu d'exprimer mon opinion sur le peu d'avantage, comparativement aux dépenses, qu'elles apportaient. Il y a eu, je crois, depuis le début, dix-huit expéditions ; cela me frappe comme monstrueux, si l'on considère le peu que l'on sait, par exemple, sur l'intérieur de l'Australie. Le pays a payé cher le dada de Sir John. Je doute fort que le Dr King ait tout à fait raison sur l'avantage des expéditions terrestres en ce qui concerne la géographie ; et c'est désormais l'objectif principal. (24/4. Cette phrase impliquerait que Darwin pensait qu'il était sans espoir de sauver l'expédition de Sir J. Franklin. Si tel est le cas, la lettre doit dater, au moins, de 1850. Si les dix-huit expéditions mentionnées ci-dessus sont des « expéditions de recherche », cela porterait également la date de la lettre à 1850.)
LETTRE 25. À RICHARD OWEN. Down [26 mars 1848].
Mon cher Owen
Je ne sais pas si vos instructions manuscrites ont été remises ; mais même si elles ne le sont pas, j'imagine que ce que je vais écrire sera absolument superflu (25/1. Les résultats de l'expérience de M. Darwin donnés dans la lettre ci-dessus ont été incorporés par le Prof. Owen dans la section « On the Use of the Microscope on Board Ship », faisant partie de l'article « Zoology » dans le « Manual of Scientific Enquiry, Prepared for the Use of Her Majesty's Navy » (Londres, 1849).), mais j'ai tiré un avantage infiniment si grand de mon nouveau microscope simple, par rapport à celui que j'utilisais à bord du « Beagle », et qui m'avait été recommandé par R. Brown (« Life and Letters », I, page 145.), que je ne peux renoncer à la simple chance de vous encourager à ce sujet. Le point de différence majeur consiste simplement à avoir la platine pour les coupelles très large et fixe. La mienne peut contenir une coupelle de trois pouces de diamètre intérieur. Je n'ai jamais vu de microscope tel que le mien, bien que celui de Chevalier (dont le plan a inspiré beaucoup de mes points), de Paris, s'en rapproche assez. J'apprécie pleinement l'ABSURDITÉ totale de vous donner des conseils sur les moyens de dissection ; mais j'ai moi-même apprécié l'énorme désavantage d'avoir travaillé avec un mauvais instrument, bien que je le pensasse il y a quelques années le meilleur. Veuillez remarquer que si vous n'attirez pas spécialement l'attention sur ce point, ceux qui ignorent l'histoire naturelle seront sûrs d'obtenir l'un des instruments de pacotille vendus dans les magasins. Si vous le jugiez approprié, je signalerais les différences qui, selon mon expérience, font un microscope utile pour le genre de dissection des invertébrés qu'une personne serait susceptible de tenter à bord d'un navire. Mais croyez encore une fois que je ressens l'absurdité de cette lettre, et je l'écris uniquement par chance que vous-même, possédant une grande habileté et ayant travaillé avec de bons instruments, [ne soyez] peut-être pas pleinement conscient de la différence étonnante que fait le type de microscope pour ceux qui n'ont pas été formés à l'habileté de la dissection sous l'eau. Lorsque je viendrai en ville la prochaine fois (j'en ai été empêché la dernière fois par la maladie), je devrai vous rendre visite, et vous rapporter, pour ma propre satisfaction, un point vraiment (je pense) curieux que j'ai découvert dans mes chers cirripèdes. Vous ne pouvez savoir combien j'ai apprécié notre conversation ici.
Toujours, mon cher Owen, Votre sincèrement, C. DARWIN.
P.-S. — Si je n'ai pas de vos nouvelles, je comprendrai que ma lettre est superflue. Smith et Beck ont été si satisfaits du microscope simple qu'ils ont fabriqué pour moi qu'ils en ont fait un autre comme modèle. Si vous êtes consulté par de jeunes naturalistes, recommandez-leur de regarder celui-ci. J'éprouve vraiment une gratitude toute personnelle envers cette forme de microscope, et une haine profonde envers mon ancien.
LETTRE 26. À J.S. HENSLOW. Down [1er avril 1848.]
Merci pour votre mot et de me donner une chance de vous voir en ville ; mais il m'était impossible d'en profiter, car j'avais pris des dispositions préalables pour me rendre à Londres lundi. J'aurais eu grand plaisir à vous voir. Merci aussi pour votre discours (26/1. Une conférence introductive prononcée en mars 1848 lors de la première réunion d'une Société « pour donner des instructions aux classes laborieuses à Ipswich dans diverses branches de la science, et plus particulièrement en histoire naturelle » (« Memoir of the Rev. J.S. Henslow », par Leonard Jenyns, page 150.), que j'aime beaucoup. L'anecdote sur Whewell et les marées, je l'avais complètement oubliée ; je crois qu'elle est assez proche de la vérité. Je formule toutefois quelques réserves sur l'une de vos phrases, à savoir : « Aussi délicieuse que puisse être toute poursuite scientifique, si elle reste totalement inappliquée, elle n'est pas plus utile que de bâtir des châteaux en Espagne. » Vos auditeurs n'en déduiraient-ils pas que l'utilité pratique de chaque découverte scientifique devrait être immédiate et évidente pour la rendre digne d'admiration ? Quel bel exemple est le chloroforme, découverte faite à partir de recherches purement scientifiques, et qui, plus tard, est entrée presque par hasard dans l'usage pratique ! Pour ma part, je prendrais une hauteur de vue plus grande, car je crois qu'il existe, et je le sens en moi, un instinct pour la vérité, ou la connaissance ou la découverte, de quelque chose de la même nature que l'instinct de la vertu, et le fait que nous possédions un tel instinct est une raison suffisante pour des recherches scientifiques sans qu'aucun résultat pratique n'en découle jamais. Vous vous demanderez ce qui me fait divaguer ainsi, mais j'ai travaillé très dur ces dix-huit derniers mois sur l'anatomie, etc., des Cirripedia (sur lesquels je publierai une monographie), et certains de mes amis se moquent de moi, et je crains que l'étude des Cirripedia ne reste à jamais « totalement inappliquée », et pourtant je sens qu'une telle étude vaut mieux que de bâtir des châteaux en Espagne.
LETTRE 27. À J.D. HOOKER, chez le Dr Falconer, Jardin botanique, Calcutta. Down, 10 mai 1848.
J’ai été en vérité ravi de voir votre écriture ; mais j’ai presque éprouvé du regret en constatant la longueur de la lettre que vous aviez écrite. Je sais que vous êtes indomptable au travail, mais souvenez-vous combien votre temps est précieux, et ne le gaspillez pas pour vos amis, quel que soit le plaisir que vous puissiez leur donner. Une telle lettre m’aurait coûté une demi-journée de travail. Comme vous semblez bien avancer ! Je vous envie la vue de toute cette végétation glorieuse. Je suis très heureux et surpris que vous ayez été capable d’observer tant de choses dans le monde animal. Sans aucun doute, vous tenez un journal, et ce sera un excellent ouvrage, j’en suis sûr, lorsqu’il sera publié. Tous ces faits zoologiques y seront fort utiles. Je peux tout à fait comprendre la difficulté que vous mentionnez quant à l’ignorance de ce qui est connu zoologiquement en Inde ; mais les faits observés, tels que vous les observerez, ne sont pas moins valables pour être répétés. Avez-vous vu M. Blyth à Calcutta ? Il serait un homme idéal pour vous dire ce qui est connu de la zoologie indienne, du moins pour les vertébrés. C’est un type très intelligent, étrange et excentrique, qui ne fera jamais ce dont il est capable, faute de s'en tenir à un seul sujet. Soit dit en passant, si vous le voyez à un moment ou à un autre, essayez de ne pas oublier de lui transmettre mes amitiés les plus sincères ; j’ai apprécié tout ce que j’ai vu de lui. Votre lettre fut exactement celle qu’il me fallait pour me charmer, avec tous ses faits pour mon livre sur les Espèces, et je vous suis véritablement obligé pour un si aimable souvenir de moi. N’oubliez pas de vous enquérir de l’origine, même si elle n’est connue que par tradition, de toute variété de quadrupèdes domestiques, oiseaux, vers à soie, etc. Existe-t-il des abeilles domestiques ? Si oui, des ruches devraient être rapportées. De tous les faits que vous mentionnez, celui du [illisible] sauvage qui, en se croisant avec le domestique, produit une progéniture quelque peu stérile, est le plus surprenant : ils doivent assurément être des espèces différentes. La plupart des zoologistes ne croiraient absolument pas à une telle déclaration et considéreraient le résultat comme la preuve qu’il s’agit d’espèces distinctes. Je ne vais pas jusque-là, mais le cas semble hautement improbable. Blyth a étudié les Ruminantia indiens. J’ai été très frappé par ce que vous dites des plantes de plaine qui s’élèvent vers les montagnes, tandis que les alpines ne descendent pas. Comme j’espère que vous gravirez quelques montagnes à Bornéo ; comme le résultat sera curieux ! Soit dit en passant, vous ne m’avez jamais dit quelle était l’affinité de la flore des Maldives, ce qui est cruel, car vous m’avez tenté en me faisant deviner. Je gémis parfois sur votre voyage indien, quand je songe à toutes vos richesses enfermées. Quand verrai-je un mémoire sur les flores insulaires, et sur le Pacifique ? Quel sujet grandiose que les flores alpines du monde (27/1. M. William Botting Hemsley, F.R.S., des Jardins royaux de Kew, est actuellement occupé à une monographie des plantes alpines de haute altitude du monde.), dans la mesure où on les connaît ; et puis, vous n’avez jamais jeté un coup d’œil sur la similitude et la dissimilitude des flores arctiques et antarctiques. Eh bien, Dieu merci, quand vous reviendrez, vous serez nolens volens un élément fixe. Je suis particulièrement heureux que vous ayez travaillé sur la Houille ; depuis votre départ, j’ai souvent continué à divaguer sur le sujet, et je ne reposerai jamais tranquille dans le cimetière de Down si le problème n’est pas résolu par quelqu’un avant que je ne meure. Parler de mourir m’amène à vous dire que mon estomac maudit est à peu près le même ; en fait, ces derniers temps, il a été plutôt pire, mais depuis un an, je pense, j’ai été capable de travailler davantage. Je n’ai rien fait en dehors des balanes, si ce n’est, en vérité, un petit article théorique sur les blocs erratiques (27/2. « On the Transportal of Erratic Boulders from a Lower to a Higher Level » (« Quart. Journ. Geol. Soc. » Volume IV, pages 315-23. 1848). Dans cet article, Darwin privilégie l'idée que le transport des blocs était effectué par la glace côtière. Un article antérieur intitulé « Notes on the Effects produced by the ancient Glaciers of Caernarvonshire, and on the Boulders transported by floating Ice » (« Phil. Mag. » 1842, page 352) est cité par Sir Archibald Geikie comme se plaçant « presque au sommet de la longue liste des contributions anglaises à l'histoire de l'ère glaciaire » (« Charles Darwin », « Nature » Series, page 23).), et des Instructions géologiques scientifiques pour le volume de l'Amirauté (27/3. « A manual of Scientific Enquiry, prepared for the use of Her Majesty's Navy, and adapted for Travellers in General. » Édité par Sir John F.W. Herschel, Bart. Section VI.--Geology--par Charles Darwin. Londres, 1849. Voir « Life and Letters », pages 328-9.), ce qui m’a donné du fil à retordre. Ce travail, édité par Sir J. Herschel, est une très bonne chose, dans la mesure où les capitaines des navires de guerre verront désormais que l’Amirauté se soucie de la science, et favoriseront ainsi les naturalistes à bord. Quant à un homme qui n’est pas scientifique par nature, je ne crois pas que des instructions lui feront le moindre bien ; et s’il est scientifique et vaut quelque chose, les instructions seront superflues. Je ne sais pas qui s’occupe de la botanique ; Owen s’occupe de la zoologie, et je lui ai envoyé une description de mon nouveau microscope simple, que je considère comme parfait, meilleur encore que le vôtre, celui de Chevalier. N.B. Je me suis procuré un objectif de 1/8 de pouce, et c’est une merveille. J’ai bien progressé avec mes chers Cirripedia, et je deviens plus habile à la dissection. J’ai assez bien étudié le système nerveux de plusieurs genres, et j’ai découvert leurs oreilles et leurs narines (27/4. Pour les sacs olfactifs, voir la « Monographie des Cirripedia » de Darwin, 1851, page 52.), qui étaient totalement inconnues. J’ai récemment obtenu un cirripède bisexué, le mâle étant microscopiquement petit et parasite à l’intérieur du sac de la femelle. Je vous dis cela pour me vanter de ma théorie des espèces, car le genre le plus étroitement apparenté est, comme d’habitude, hermaphrodite, mais j’avais observé quelques parasites minuscules y adhérant, et ces parasites, je peux maintenant montrer qu’ils sont des mâles supplémentaires, les organes mâles chez l’hermaphrodite étant anormalement petits, bien que parfaits et contenant des zoospermes : nous avons donc presque un animal polygame, seules les femelles simples faisant défaut. Je n’aurais jamais découvert cela si ma théorie des espèces ne m’avait convaincu qu’une espèce hermaphrodite doit passer à une espèce bisexuée par des étapes insensiblement petites ; et nous y sommes, car les organes mâles chez l’hermaphrodite commencent à faire défaut, et des mâles indépendants sont déjà formés. Mais je peux difficilement expliquer ce que je veux dire, et vous souhaiterez peut-être que mes balanes et ma théorie des espèces aillent al Diavolo ensemble. Mais je me moque de ce que vous dites, ma théorie des espèces est l’évangile même. Nous n’avons eu qu’une seule réception ici : à savoir les Lyell, Forbes, Owen et Ramsay, et nous avons tous deux beaucoup regretté votre absence et celle de Falconer... J’en sais plus sur votre histoire que vous ne pourriez le supposer, car Mlle Henslow m’a envoyé avec beaucoup de bonté un paquet de vos lettres, et elle m’a écrit un si gentil petit mot que j’en suis devenu tout fier. Je n’ai rien entendu de nouveau dans le domaine scientifique qui pourrait vous intéresser. Sir H. De la Beche (27/5. Le discours présidentiel prononcé par De la Beche devant la Geological Society en 1848 (« Quart. Journ. Geol. Soc. » Volume IV, « Proceedings », page xxi, 1848).) a fait un discours très long et plutôt ennuyeux ; la partie la plus intéressante venait de Sir J. Ross. M. Beete Jukes y figurait en bonne place : c’est vraiment une très belle qualité chez Sir Henry, la manière dont il met en avant ses subordonnés. Jukes a depuis lu ce qui fut considéré comme un document très précieux. L’homme, non content de porter des moustaches, arbore maintenant une barbe entière, et je suis sûr qu’il se prend pour Jupiter tonans. Il y a peu, il y eut une discussion peu glorieuse lors d’une réunion de la Royal Society, où Owen s’en est pris à Mantell avec fureur et mépris à propos de bélemnites. Quels misérables agissements naissent de la soif de gloire ; l’amour de la vérité seul ne ferait jamais un homme attaquer un autre avec amertume. Mon papier est plein, je dois donc vous dire adieu de tout mon cœur. Que le ciel fasse que votre santé reste bonne.
LETTRE 28. À J.S. HENSLOW. The Lodge, Malvern, 6 mai 1849.
Votre aimable mot m’a été transmis ici. Vous serez surpris d’apprendre que nous tous — enfants, domestiques et tout le reste — sommes ici depuis près de deux mois. Tout l’automne et l’hiver derniers, ma santé n’a cessé de décliner : nausées incessantes, mains tremblantes et tête qui tourne. Je pensais suivre le chemin de toute chair. Ayant entendu parler de grands succès dans certains cas grâce à la cure d’eau froide, j’ai décidé d’abandonner toute tentative de faire quoi que ce soit, de venir ici et de me placer sous les soins du Dr Gully. Cela a fonctionné dans une mesure considérable : mes nausées sont grandement contenues et j’ai gagné une force appréciable. Le Dr G., de plus (et j’entends dire qu’il parle rarement avec confiance), me dit qu’il ne doute guère de pouvoir me guérir avec le temps — cela prendra du temps, cependant. J’ai fait l’expérience suffisante pour sentir que la cure d’eau froide est un agent puissant et un grand perturbateur de toutes les habitudes constitutionnelles. En parlant d’habitudes, le cruel misérable m’a fait arrêter le tabac à priser — ce principal réconfort de la vie. Nous vous remercions très sincèrement pour votre invitation prompte et précoce à Hitcham pour l’Association britannique de 1850 (28/1. L’invitation n’était probablement pas pour 1850, mais pour 1851, lorsque l’Association se réunit à Ipswich.) : si je suis guéri et fort, je l’accepterai avec grand plaisir ; mais tel que j’ai été jusqu’ici, une promenade quotidienne de quelques kilomètres serait plus que ce que je pourrais supporter en assistant à l’une des sections. J’ai l’intention d’aller à Birmingham (28/2. L’Association s’est réunie à Birmingham en 1849.) si j’en suis capable ; en fait, je suis tenu d’essayer, car je suis honoré au-delà de toute mesure d’être l’un des vice-présidents. Je suis extraordinairement heureux que vous y soyez ; je crains cependant que nous n’ayons pas d’excursions aussi charmantes que Nuneham et Dropmore. (28/3. Dans une lettre à Hooker (12 octobre 1849), Darwin parle de « cette journée céleste à Dropmore » (« Life and Letters », I., page 379).) Nous resterons ici au moins jusqu’au 1er juin, peut-être jusqu’au 1er juillet ; et je devrai poursuivre le traitement aqueux à la maison pendant encore plusieurs mois. L’un des effets les plus singuliers du traitement est qu’il induit chez la plupart des gens, et éminemment dans mon cas, la stagnation d’esprit la plus complète. J’ai cessé de penser même aux balanes ! J’ai eu des nouvelles d’Hooker il y a quelque temps... Comme il semble avoir réussi brillamment dans toutes ses entreprises ! Vous devez être très occupé maintenant. Je me suis surpris l’autre jour à penser à l’excursion de Gamlingay vers les Muguets (28/4. Le Muguet (Convallaria majalis) est recensé à Gamlingay par le professeur Babington dans sa « Flora of Cambridgeshire », page 234. (Londres, 1860).) : ah, c’étaient des jours délicieux où l’on n’avait pas d’organe tel qu’un estomac, seulement une bouche et les accessoires de mastication. Je suis très surpris par ce que vous dites, que les hommes commencent à travailler sérieusement [à] la botanique. Quelle perte ce sera pour l’Histoire naturelle que vous ayez cessé de résider toute l’année à Cambridge !
LETTRE 29. À J.F. ROYLE. Down, 1er septembre [184-?].
Je vous retourne avec mes plus vifs remerciements votre précieux ouvrage. Je suis sûr de n’avoir perdu aucune page ni dérangé les numéros en vrac. J’ai été intéressé par le parcours des volumes, bien que je n’y aie pas trouvé autant que je l’avais pensé possible sur les variétés des animaux et plantes domestiques indiens, et les tentatives d’introduction ont été trop récentes pour que les effets (s’il en existe) du climat aient pu se développer. J’ai cependant été étonné et ravi de la preuve des tentatives énergiques faites pour le bien par un si grand nombre de personnes, la plupart d’entre elles n’étant manifestement pas personnellement intéressées par le résultat. Longue vie à notre gouvernement en Inde. Je déclare que tout le travail montré dans ces transactions suffit à lui seul à rendre fier de ses compatriotes...
LETTRE 30. À HUGH STRICKLAND.
(30/1. Le premier paragraphe de cette lettre est publié dans la « Life and Letters », I., page 372, comme partie d’une série de lettres à Strickland, commençant à la page 365, où une note biographique du professeur Newton est également donnée. Le professeur Newton écrivait : « En 1841, il a porté le sujet de la Nomenclature d’Histoire naturelle devant l’Association britannique, et a préparé le code de règles pour la Nomenclature zoologique, maintenant connu sous son nom — les principes en sont très généralement acceptés. » Les raisons de M. Darwin contre l’adjonction du nom du descripteur à celui de l’espèce sont données dans « Life and Letters », page 366. La présente lettre est intéressante car elle donne des détails supplémentaires sur les difficultés de Darwin.)
Down, 10 février [1849].
Je dois encore vous remercier cordialement pour votre lettre. Vos remarques porteront leurs fruits dans une certaine mesure, et j’essaierai d’être plus fidèle à la vertu rigide et à la priorité ; mais quant à appeler Balanus « Lepas » (ce à quoi je n’avais pas pensé), je ne peux le faire, ma plume ne veut pas l’écrire — c’est impossible. J’ai grand espoir que certaines de mes difficultés disparaîtront, en raison de dates erronées chez Agassiz et du fait que je doive fusionner plusieurs genres en un seul ; car je ne suis allé, jusqu’à présent, que dans peu de cas, aux sources originales. En ce qui concerne l’adoption de mes propres notions dans mon livre sur les Cirripedia, je n’aimerais pas le faire sans avoir trouvé d’autres personnes approuvant, et de manière publique ; ni en vérité n’est-ce bien adapté, car je ne peux jamais reconnaître une espèce sans avoir le spécimen original, ce que j’ai heureusement dans de nombreux cas au British Museum. Jusqu’ici, j’ai l’intention d’adopter ma notion, en ne mettant jamais mihi ou Darwin après mes propres espèces, et dans le texte anatomique en ne donnant aucun nom d’auteur du tout, car la partie systématique servira à ceux qui veulent connaître l’histoire de l’espèce telle que je peux imparfaitement l’élaborer.
J’ai reçu un mot de W. Thompson (30/2. M. Thompson est décrit dans la préface des Lepadidae comme « le distingué historien de la nature d’Irlande ».) ce matin, et il me dit qu’Ogleby a un projet presque identique au mien. Je suis assez sûr qu’il existe une aversion générale croissante pour l’adjonction du nom de l’auteur, sauf dans les cas où c’est nécessaire. Maintenant, à cet instant, j’ai vu des spécimens étiquetés avec un nom spécifique et aucune référence — de tels cas sont désespérément gênants ; mais je déclare que je préférerais (pour gagner du temps) avoir une référence à un second ouvrage systématique plutôt qu’à l’auteur original, car j’ai des cas de cela qui ne m’aident pratiquement pas, car je ne sais où chercher parmi d’interminables journaux étrangers. D’autre part, on peut se procurer la plupart des ouvrages systématiques et ainsi suivre la piste, et une espèce ne reste pas longtemps enterrée exclusivement dans un article.
Je vous remercie sincèrement pour votre très aimable offre de m’aider occasionnellement par votre opinion, et je n’abuserai pas. J’ai un cas, mais [c’en est un] à propos duquel je suis presque sûr ; et donc, pour vous éviter d’écrire, si je conclus correctement, je vous prie de ne pas répondre, et je comprendrai le silence comme un assentiment.
Olfers en 1814 a fait de Lepas aurita Linn. le genre Conchoderma ; [Oken] en 1815 a donné le nom Branta à Lepas aurita et vittata, et ce faisant, il modifie essentiellement la définition générique d’Olfers. Oken avait raison (comme il s’avère), et Lepas aurita et vittata doivent former ensemble un seul genre. (30/3. Dans la « Monographie sur les Cirripedia » (Lepadidae), les noms utilisés sont Conchoderma aurita et virgata.) (Je laisse de côté une multitude de synonymes ultérieurs.) Maintenant, je suppose que je dois conserver Conchoderma d’Olfers. Je ne peux trouver une règle précise dans le « British Association Report » pour cela. Lorsqu’un genre est scindé en deux, je vois que l’ancien nom est conservé pour une partie et modifié pour elle ; je suppose donc que la définition peut être élargie pour recevoir une autre espèce — bien que les cas soient quelque peu différents. Je n’aurais eu aucun doute si Lepas aurita et vittata avaient été transformés en deux genres, car alors, en les fusionnant, le plus ancien des deux aurait été conservé. Certes, mettre Conchoderma Olfers n’est pas tout à fait correct lorsqu’on l’applique aux deux espèces, car telle n’était pas la définition ni l’opinion d’Olfers. Si je n’ai pas de nouvelles, je conserverai Conchoderma pour les deux espèces...
P.S. — Voulez-vous, par votre silence, donner votre consentement à ce qui suit ?
Linné ne donne aucun type à son genre Lepas, bien que L. balanus arrive en premier. Plusieurs auteurs assez anciens ont utilisé Lepas exclusivement pour la division pédonculée, et le nom a été donné à la famille et composé dans des noms sous-génériques. Or, cela montre que les anciens auteurs attachaient le nom Lepas plus particulièrement à la division pédonculée. Maintenant, si j’utilisais Lepas pour Anatifera (30/4. Anatifera et Anatifa étaient utilisés comme noms génériques pour ce que Linné et Darwin appelaient Lepas anatifera.), je me débarrasserais de la difficulté de la seconde édition de Hill et de la difficulté d’Anatifera vel Anatifa. La description générique de Linné est également applicable à Anatifera et à Balanus, bien que ce dernier arrive en premier. La simple préséance doit-elle lourdement l’emporter sur l’opinion apparente de nombreux anciens naturalistes ? Quant à utiliser Lepas à la place de Balanus, je ne peux pas. Tout le monde comprendra ce qui est entendu par Lepas Anatifera, de sorte que la commodité serait ainsi merveilleusement satisfaite. Si je n’ai pas de nouvelles, je comprendrai que j’ai votre consentement.
LETTRE 31. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN.
(31/1. Dans la « Life and Letters », I., page 392, se trouve une lettre à Sir J.D. Hooker de la part de M. Darwin, à qui le premier avait dédié ses « Himalayan Journals ». M. Darwin y écrivait : « Votre lettre, reçue ce matin, m’a intéressé extrêmement, et je vous remercie sincèrement de m’avoir confié vos anciennes pensées et aspirations. » Ce qui suit est la lettre en question, que, à notre demande, Sir Joseph nous a permis de publier.)
Kew, 1er mars 1854.
Maintenant que mon livre (31/2. « Himalayan Journals », 2 volumes. Londres, 1854.) a été publiquement reconnu comme ayant une certaine valeur, je me sens assez audacieux pour vous écrire ; car, à vous dire vrai, je n’ai jamais été sans crainte que la dédicace puisse s’avérer être un très mauvais compliment, quelle que soit la gentillesse avec laquelle je savais que vous la recevriez. L’idée de la dédicace m’est présente depuis très longtemps : elle a été formée durant le voyage antarctique, par amour pour votre propre « Journal », et ne m’a jamais quitté depuis ; et, je pense, elle ne m’aurait pas quitté, même si je n’avais jamais connu de vous plus que ce qui m’en était rapporté et votre qualité d’auteur dudit « Naturalist’s Journal ». Mis à part la gratification que j’ai ressentie à voir le livre paraître, je n’en connais pas de plus grande que votre acceptation aimable et chaleureuse de la dédicace ; et si les critiques m’avaient mis au pilori, la dédicace m’aurait causé à elle seule une réelle peine. Je n’ai nul désir d’assumer une indifférence stoïque à l’opinion publique, car j’y suis très sensible, et les critiques auraient pu m’irriter douloureusement, mais ils n’auraient jamais pu me causer le regret que l’association de votre nom à un mauvais livre de ma main aurait engendré.
Vous rirez quand je vous dirai que, mon livre paru, je me sens au-delà du méridien de la vie ! Mais vous ne savez pas combien, depuis ma plus tendre enfance, j’ai nourri et chéri le désir d’effectuer un voyage louable dans un nouveau pays, et d’écrire un compte rendu assez respectable de ses caractéristiques naturelles pour me donner une place parmi les explorateurs scientifiques du globe que j’habite, et transmettre mon nom comme celui d’un utile contributeur de matière originale. Une combinaison d’avantages très rares m’a permis d’atteindre une partie de mon objectif telle qu’elle me contente, car je n’ai jamais souhaité être le plus grand parmi vous, et la rivalité n’est jamais entrée dans mes pensées. Aucun objectif ultérieur ne m’a jamais habité dans cette poursuite. Mon ambition est pleinement satisfaite par l’achèvement satisfaisant de ma tâche, et je suis maintenant heureux de continuer au petit trot en botanique jusqu’à la fin de mes jours — en descente, en un sens, tout du long. Je n’aurai jamais un autre objectif pour lequel travailler, et je n’en ressentirai pas le manque... Telle quelle, la soif de trente années est étanchée, et je regarde maintenant la vie d’une manière que je ne pouvais pas auparavant. Il n’y avait jamais eu de passé pour moi jusqu’ici. Le fantôme était toujours en vue ; peut-être n’est-ce qu’un « ridiculus mus » après tout, mais il est assez grand pour moi...
(PLANCHE : T.H. HUXLEY, 1857. Photo de Maull & Polyblank, gravure de Walker & Cockerell.)
(32/1. L’histoire de la vie de Huxley a été pleinement relatée dans l’intéressante biographie éditée par M. Leonard Huxley. (32/2. « Life and Letters of Thomas Henry Huxley », Londres, 1900.) Les lecteurs de ce livre et de la « Vie et correspondance de Charles Darwin » acquièrent une vision de la relation entre ces deux amis à laquelle aucun de nos mots ne saurait ajouter grand-chose. Darwin réalisa pleinement la force essentielle de la nature de M. Huxley ; il connaissait, comme le monde entier le sait désormais, le délicat sens de l’honneur de son ami, et il fut toujours enclin à s’appuyer sur ses conseils dans les affaires pratiques, comme sur ceux d’un frère aîné. Il était un admirateur enthousiaste de l’habileté dialectique et littéraire de M. Huxley, et il n’oublia jamais ce que ses théories devaient aux capacités combatives de son « agent général ». (32/3. Ibid., I, page 171.) L’estime de Huxley pour Darwin est très intéressante : il l’appréciait par-dessus tout pour ce qui était si remarquablement caractéristique de lui-même : l’amour de la vérité. Il parlait de trouver en lui « quelque chose de plus grand que l’humanité ordinaire – une simplicité et une droiture de but inégalées – un désintéressement sublime ». (32/4. Ibid., II, page 94. Huxley parle de la mort de Gordon et poursuit : « De toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie, lui et Darwin sont les deux en qui j’ai trouvé », etc.) Le même point de vue ressort de l’appréciation de Huxley sur la puissance intellectuelle de Darwin. (32/5. Ibid., II, page 39.) « Il avait une intelligence claire et rapide, une grande mémoire, une imagination vive, et ce qui faisait sa grandeur était la stricte subordination de tout cela à son amour de la vérité. » En tant qu’analyse de l’équipement mental de Darwin, cela nous semble incomplet, bien que nous ne prétendions pas l’améliorer. Nous ne pensons pas qu’il soit possible de disséquer et d’étiqueter les qualités complexes qui composent ce que nous reconnaissons tous comme le génie. Mais, si nous pouvons nous permettre de critiquer, nous dirions que les mots de M. Huxley ne semblent pas couvrir ce pouvoir suprême de voir et de penser ce que le reste du monde avait négligé, ce qui fut l’une des caractéristiques les plus frappantes de Darwin. Pour éclairer la qualité de leur amitié, nous donnons ci-dessous une lettre qui est déjà apparue dans la « Vie et correspondance de T.H. Huxley », I, page 366. M. L. Huxley donne un compte rendu de l’effondrement de la santé qui convainquit les amis de Huxley qu’il fallait trouver pour lui repos et soulagement de toute anxiété. M. L. Huxley remarque fort à propos au sujet de cette lettre : « Il est difficile de dire si elle fait plus honneur à celui qui l’a envoyée ou à celui qui l’a reçue. » (32/6. « Vie » de Huxley, I, page 366. M. Darwin légua à M. Huxley la somme de 1 000 livres, « en léger témoignage de mon affection et de mon respect de toute une vie pour lui ».)
LETTRE 32. À T.H. HUXLEY. Down, 23 avril 1873.
Mon cher Huxley,
Certains de vos amis (au nombre de dix-huit) m’ont demandé de vous informer qu’ils ont placé, par l’intermédiaire de Robarts, Lubbock & Co., la somme de 2 100 livres à votre compte auprès de vos banquiers. Nous avons fait cela pour vous permettre d’obtenir tout le repos complet que vous pourriez nécessiter pour le rétablissement de votre santé ; et en faisant cela, nous sommes convaincus d’agir dans l’intérêt public, ainsi qu’en accord avec nos désirs les plus ardents. Permettez-moi de vous assurer que nous sommes tous vos chaleureux amis personnels, et qu’il n’y a pas un étranger ou une simple connaissance parmi nous. Si vous aviez pu entendre ce qui a été dit, ou si vous aviez pu lire ce qui était, je le crois, nos pensées les plus intimes, vous sauriez que nous ressentons tous envers vous ce que nous ressentirions pour un frère honoré et très aimé. Je suis sûr que vous partagerez ce sentiment, et que vous serez donc heureux de nous donner l’opportunité de vous aider dans une certaine mesure, car ce sera pour nous un bonheur jusqu’au dernier jour de notre vie. Permettez-moi d’ajouter que notre plan est venu à l’esprit de plusieurs de vos amis presque au même moment et tout à fait indépendamment les uns des autres.
Mon cher Huxley, votre affectueux ami, CHARLES DARWIN.
LETTRE 33. À T.H. HUXLEY.
(33/1. La lettre suivante est l’une des premières de la longue série adressée à M. Huxley.)
Down, 23 avril [1854].
Mon cher Monsieur,
J’ai sorti tous les spécimens qui, à mon avis, pourraient éventuellement vous être utiles ; mais je ne les ai pas examinés et je ne sais pas dans quel état ils sont, mais je serais très heureux s’ils vous étaient de la moindre utilité. Je joins un catalogue des habitats : je pensais que mes notes se seraient révélées plus utiles. J’ai recopié les quelques points qui ne seraient peut-être pas apparents sur des spécimens conservés. Le flacon partira pour M. Gray jeudi prochain par notre transporteur hebdomadaire.
Je vous suis très obligé pour votre article sur les Mollusques (33/2. L’article de Huxley est « On the Morphology of the Cephalous Mollusca, etc. » (« Phil. Trans. R. Soc. » Volume 143, Partie I, 1853, page 29.)) ; je l’ai lu entièrement avec beaucoup d’intérêt : mais il serait ridicule de ma part de faire des remarques sur un sujet sur lequel je suis si totalement ignorant ; mais je peux en voir la haute importance. La découverte du type ou « idée » (33/3. Huxley définit son usage du mot « archétype » à la page 50 : « Tout ce que je veux dire, c’est la conception d’une forme incarnant les propositions les plus générales qui puissent être affirmées concernant les Mollusques céphalés, se tenant dans la même relation avec eux que le diagramme avec un théorème géométrique, et comme lui, à la fois imaginaire et vrai. ») (dans votre sens, car je déteste le mot tel qu’il est utilisé par Owen, Agassiz & Co.) de chaque grande classe, je ne peux en douter, est l’une des fins les plus élevées de l’Histoire naturelle ; et certainement des plus intéressantes pour celui qui l’étudie. Plusieurs de vos remarques m’ont intéressé : je suis cependant surpris par ce que vous dites contre l’« anamorphisme » (33/4. Le passage mentionné se trouve à la page 63 : « Si, cependant, tous les Mollusques céphalés... ne sont que des modifications par excès ou défaut des parties d’un archétype défini, alors, je pense, il s’ensuit comme une conséquence nécessaire qu’aucun anamorphisme n’a lieu dans ce groupe. Il n’y a pas de progression d’un type inférieur à un type supérieur, mais simplement une évolution plus ou moins complète d’un type. » Huxley semble utiliser le terme anamorphisme dans un sens différant de celui de certains auteurs. Ainsi, dans le « Dictionnaire des Termes Usités dans les Sciences Naturelles » de Jourdan, 1834, il est défini comme la production d’une forme atypique soit par arrêt, soit par excès de développement.), j’aurais pensé que l’archétype dans l’imagination était toujours dans une certaine mesure embryonnaire, et donc capable de [et] subissant généralement un développement ultérieur.
N’est-ce pas un fait extraordinaire, la grande différence de position du cœur chez différentes espèces de Cleodora ? (33/5. Un genre de Ptéropodes.) Je suis convaincu que lorsqu’une partie, habituellement constante, diffère considérablement chez différentes espèces alliées, on constatera qu’elle est dans une certaine mesure variable dans les limites de la même espèce. Ainsi, je m’attendrais à ce que si un grand nombre de spécimens de certaines espèces de Cleodora avaient été examinés dans ce but, la position du cœur chez certaines des espèces aurait été trouvée variable. Pouvez-vous m’aider avec des faits analogues ?
Je suis très heureux d’apprendre que vous n’avez pas abandonné l’idée de remarquer mon volume sur les cirripèdes. Tout ce que j’ai vu depuis confirme tout ce qui est d’une importance quelconque dans ce volume – plus particulièrement j’ai pu confirmer rigoureusement chez une espèce anomale, par la preuve la plus claire, que le contenu cellulaire réel des tubes ovariens, par l’action glandulaire d’une partie modifiée du tube continu, passe dans la substance cimentante : en fait, les cirripèdes fabriquent de la colle à partir de leurs propres œufs non formés ! (33/6. Sur l’erreur de Darwin à ce sujet, voir « Life and Letters », III, page 2.)
Veuillez me croire, sincèrement à vous, C. DARWIN.
J’ai raconté le cas ci-dessus à Milne Edwards, et j’ai vu qu’il ne lui accordait pas la moindre croyance.
LETTRE 34. À T.H. HUXLEY. Down, 2 septembre [1854].
Mon deuxième volume sur les éternels balanes est enfin publié (34/1. « A Monograph of the Sub-class Cirripedia. II. The Balanidae, the Verrucidae. » Ray Society, 1854.), et je me ferai le plaisir de vous envoyer un exemplaire à Jermyn Street jeudi prochain, car je dois envoyer un autre livre à ce moment-là à M. Baily.
Et maintenant, je veux vous demander une faveur – à savoir, de répondre à deux questions. Comme vous êtes si parfaitement familier avec les travaux, etc., de tous les naturalistes continentaux, je veux que vous me donniez quelques noms de ceux qui, selon vous, s’intéresseraient à mon volume. Je ne veux pas dire dans le but de faire la publicité de mon livre, mais je ne veux pas envoyer d’exemplaires à ceux qui, par d’autres études, l’âge, etc., le considéreraient comme du papier inutile. En raison de l’assistance qui m’a été apportée, je me considère obligé d’envoyer des exemplaires à : (1) Bosquet de Maastricht, (2) Milne Edwards, (3) Dana, (4) Agassiz, (5) Muller, (6) W. Dunker de Hesse-Cassel. Maintenant, j’ai cinq ou six autres exemplaires à distribuer, et seriez-vous assez aimable pour m’aider ? J’avais pensé à Von Siebold, Loven, d’Orbigny, Kolliker, Sars, Kroyer, etc., mais je ne sais presque rien sur aucun d’entre eux.
Ma deuxième question, c’est seulement une chance que vous puissiez y répondre – c’est de savoir si je peux envoyer ces livres ou certains d’entre eux (dans certains cas accompagnés de spécimens), par l’intermédiaire de la Royal Society : j’ai une vague idée d’avoir entendu dire que la Royal Society aidait parfois ainsi ses membres.
Je viens de lire votre critique des « Vestiges » (34/2. Dans son chapitre sur la « Réception de l’Origine des espèces » (« Life and Letters », II, pages 188-9), M. Huxley écrivait : « et la seule critique à propos de laquelle j’ai des remords de conscience, pour cause de sauvagerie inutile, est celle que j’ai écrite sur les "Vestiges". » L’article se trouve dans la « British and Foreign Medico-chirurgical Review », XIII, 1854, page 425. Le « grand homme » mentionné ci-dessous est Owen : voir la critique de Huxley, page 439, et la « Vie » de Huxley, I, page 94.), et la façon dont vous traitez un grand Professeur est vraiment exquise et inimitable. J’ai été extrêmement intéressé par d’autres parties, et à mon esprit, c’est incomparablement la meilleure critique que j’aie lue sur les « Vestiges » ; mais je ne peux m’empêcher de penser que vous êtes plutôt dur avec le pauvre auteur. Je dois penser qu’un tel livre, s’il ne fait aucun autre bien, répand le goût pour les Sciences Naturelles.
Mais je ne suis peut-être pas un juge impartial, car je suis presque aussi peu orthodoxe sur les espèces que les « Vestiges » eux-mêmes, bien que j’espère ne pas être tout à fait aussi peu philosophique. Comme vous analysez admirablement sa notion sur la loi. Je ne sais pas quand j’ai lu une critique qui m’a autant intéressé. Par le Ciel, comme le sang a dû affluer dans les capillaires quand un certain grand homme (que, malgré tous ses défauts, je ne peux m’empêcher d’aimer) l’a lue !
Je suis plutôt désolé que vous ne pensiez pas davantage aux stades embryologiques d’Agassiz (34/3. Voir « Origine », Édition VI, page 310 : également Lettre 40, Note.), car bien que j’aie vu à quel point la preuve était extrêmement faible, j’ai été amené à espérer en sa vérité.
LETTRE 35. À J.D. HOOKER. Down [1854].
En ce qui concerne la « supériorité » et l’« infériorité », mes idées sont seulement éclectiques et pas très claires. Il me semble qu’un désir inévitable de comparer tous les animaux avec les hommes, en tant qu’êtres suprêmes, cause une certaine confusion ; et je pense que rien d’autre qu’une telle comparaison vague n’est visé, ou n’est peut-être même possible, quand la question est de savoir si deux règnes tels que les Articulata ou les Mollusca sont les plus élevés. Au sein du même règne, je suis enclin à penser que « le plus élevé » signifie habituellement cette forme qui a subi le plus de « différenciation morphologique » par rapport à l’embryon commun ou à l’archétype de la classe ; mais alors, de temps en temps, on est ennuyé (comme Milne Edwards l’a remarqué) par le « développement rétrograde », c’est-à-dire l’animal mature ayant moins d’organes et des organes moins importants que son propre embryon. La spécialisation des parties à différentes fonctions, ou « la division du travail physiologique » (35/1. Un lapsus pour « division physiologique du travail ».) de Milne Edwards concorde exactement (et à mon avis est la meilleure définition, lorsqu’elle peut être appliquée) avec ce que vous énoncez comme étant votre idée concernant les plantes. Je ne pense pas que les zoologistes soient d’accord sur des idées définies à ce sujet ; et mes idées ne sont pas plus claires que celles de mes confrères.
LETTRE 36. À J.D. HOOKER. Down, 2 juillet [1854].
J’ai eu la maison pleine de visiteurs, et quand je parle, je ne peux absolument rien faire d’autre ; et depuis lors, j’ai été assez souffrant, sinon j’aurais répondu à votre lettre bien avant cela, car j’aime extrêmement discuter de points comme ceux de votre dernière note. Mais quel scélérat vous êtes de déverser des insultes gratuites sur ma théorie ÉLASTIQUE : vous pourriez aussi bien appeler la vertu d’une dame élastique que la vertu d’une théorie accommodante dans ses faveurs. Quoi que vous puissiez dire, je sens que ma théorie me donne quelques avantages pour discuter de ces points. Mais aux affaires : je garde mes notes d’une telle manière, c’est-à-dire en vrac, que je ne peux absolument pas mettre la main sur une quelconque référence ; ni, pour ce qui concerne le règne végétal, je ne me souviens distinctement d’avoir lu une discussion sur la supériorité ou l’infériorité générale, à l’exception de Schleiden (je crois) sur le fait que les Compositae seraient les plus élevées. Ad. de Jussieu (36/1. « Monographie de la Famille des Malpighiacées », par Adrien de Jussieu, « Arch. du Muséum », Volume III, page 1, 1843.), dans les « Arch. du Muséum », Tome 3, discute la valeur des caractères des fleurs dégradées chez les Malpighiacées, mais je doute que cela vous concerne en quoi que ce soit. Mirbel a discuté quelque part une telle question.
Les plantes sont sous un désavantage énorme par rapport à de telles discussions en ne passant pas par des stades larvaires. Je ne sais pas si vous pouvez distinguer une plante basse par non-développement d’une plante basse par dégradation, qui théoriquement, au moins, sont très distinctes. Je dois être d’accord avec Forbes sur le fait qu’un mollusque peut être plus élevé qu’un animal articulé et plus bas qu’un autre ; si on me demandait lequel était le plus élevé dans l’ensemble, le règne des Mollusques ou celui des Articulés, je regarderais et comparerais le plus élevé de chacun, et ne comparerais pas leurs archétypes (en supposant qu’ils soient connus, ce qui n’est pas le cas).
Mais il y a, à mon avis, des cas plus difficiles que tous ceux auxquels nous avons fait allusion, à savoir celui des poissons – mais mes idées ne sont pas assez claires, et je ne suppose pas que vous vous soucieriez d’entendre ce que je pense obscurément à ce sujet. Pour autant que ma théorie élastique aille, tout ce qui m’importe, c’est que des organismes très anciens (lorsqu’ils sont différents des existants) devraient tendre à ressembler aux stades larvaires ou embryologiques des existants.
Je suis heureux d’entendre ce que vous dites sur le parallélisme : je suis un incroyant total de tout parallélisme autre que le pur accident. C’est très étrange, mais je pense que Forbes est souvent assez fantaisiste ; sa « Polarité » (36/2. Voir Lettre 41, Note.) me donne la nausée – c’est comme le « magnétisme » faisant tourner une table.
Si je peux penser à quelqu’un susceptible de prendre vos « Illustrations » (36/3. « Illustrations of Himalayan Plants from Drawings made by J.F. Cathcart. » Folio, 1855.), j’enverrai l’annonce. Si vous voulez atteindre un nombre défini pour aller sous presse, j’inscrirai mon nom avec PLAISIR (et j’espère et je crois que vous me ferez confiance en disant cela), bien que je ne devrais pas dans le cours de la nature souscrire à un travail horticole : agissez pour moi.
LETTRE 37. À J.D. HOOKER. Down, [29] mai 1854.
Je suis vraiment et sincèrement désolé d’apprendre pour votre [santé]. Je vous supplie d’écrire votre propre cas – symptômes et habitudes de vie – puis de considérer votre cas comme celui d’un étranger ; et je vous pose la question, le bon sens ne vous ordonnerait-il pas de prendre plus d’exercice régulier et de moins faire travailler votre cerveau ? (N.B. Prenez un bain froid et marchez avant le petit-déjeuner.) Je suis certain qu’à long terme vous ne perdriez pas de temps. Jusqu’à ce que vous ayez un estomac totalement mauvais, vous ne connaîtrez pas le mal réellement grand qu’il représente, moralement, physiquement, et à tous égards. Réfléchissez et agissez résolument. Souvenez-vous que l’action troublée de votre cœur vous disait autrefois clairement à quel point votre constitution était mise à l’épreuve. Mais je n’en dirai pas plus – excepté qu’un homme est fou de risquer sa santé, dont tout dépend, y compris la santé héritée de ses enfants. Ne me détestez pas pour cette leçon. Vraiment, je ne suis pas surpris que vous ayez eu un peu de mal de tête après la soirée de jeudi, car cela n’a pas dû être une mince affaire de faire un résumé de tout ce qui a été dit après le dîner. Que vous soyez si occupé était ennuyeux, car il y avait plusieurs choses dont j’aurais aimé discuter avec vous. C’était certainement un dîner de premier ordre, et je l’ai extrêmement apprécié, bien plus que je ne l’espérais. Très loin de ne pas me convenir, mes visites à Londres ont juste récemment commencé à satisfaire mon estomac admirablement ; je commence à penser que la dissipation, la vie mondaine, avec beaucoup de clairet, est ce dont j’ai besoin, et ce que j’ai eu lors de la dernière visite. Nous allons agir selon ce même principe, et de manière très dissolue, nous venons de prendre une paire de billets de saison pour voir la Reine ouvrir le Crystal Palace. (37/1. La reine Victoria a ouvert le Crystal Palace à Sydenham le 10 juin 1854.) Comme je souhaiterais qu’il y ait une chance que vous y soyez ! La dernière grande chose à laquelle nous avons assisté ensemble a répondu, j’en suis sûr, très bien, et c’était les funérailles du Duc.
Avez-vous vu la conférence introductive de Forbes (37/2. Edward Forbes a été nommé à une chaire de professeur à Édimbourg en mai 1854.) dans le « Scotsman » (prêté par Horner) ? c’est vraiment ADMIRABLEMENT fait, bien que sans rien, peut-être, de très original, ce qui pouvait difficilement être attendu : cela m’a donné une opinion encore plus haute que celle que j’avais auparavant de la variété et du poli de son intellect. C’est, en effet, une perte irréparable pour la société d’histoire naturelle de Londres. Je souhaiterais cependant qu’il ne fasse pas tant l’éloge de ce vieux bâton brun et sec Jameson. Dans l’ensemble, à mon goût, c’est la meilleure conférence introductive que j’aie jamais lue. J’entends dire que son discours d’anniversaire est très bon.
Adios, mon cher Hooker ; soyez sage et bon, et prenez soin de votre estomac, à l’intérieur duquel, comme je le sais très bien, résident l’intellect, la conscience, le tempérament et les affections.
LETTRE 38. À J.D. HOOKER. Down, 2 décembre [1854].
Vous êtes un beau numéro de parler de paniquer pour les remerciements au dîner pour la médaille. (38/1. La médaille royale fut décernée à Sir Joseph en 1854.) J’ai entendu dire que c’était décidément le meilleur discours de la soirée, prononcé « avec une parfaite aisance, distinction et maîtrise de la langue », et que vous avez fait preuve d’une grande assurance : cette dernière était-elle le courage désespéré proverbial d’un lâche ? Mais vous êtes un beau numéro d’être si désespérément effrayé et ensuite de faire le discours fracassant. Puissiez-vous avoir à traverser bien d’autres épreuves de ce genre ! Je ne sais pas si Sir William [Hooker] serait satisfait du discours de Lord Rosse (38/2. Président de la Royal Society 1848-54.) lors de la remise de la médaille ; mais je suis très satisfait de lui, et vraiment la liste de ce que vous avez accompli était, je pense, splendide. Quel grand dommage qu’il l’ait à moitié gâché en ne prenant pas la peine de simplement le lire avant. Le pauvre Hofmann (38/3. August Wilhelm Hofmann, l’autre médaillé de 1854.) s’en est encore moins bien sorti à cet égard. C’est vraiment une insolence presque arrogante envers tous ceux qui ne sont pas astronomes.
Le lendemain matin, j’étais à une réception de petit-déjeuner très agréable chez Sir R. Inglis. (38/4. Sir Robert Inglis, Président de l’Association britannique en 1847. Apparemment, Darwin était présent à la réunion de l’après-midi, mais pas au dîner.) J’ai reçu, avec mes remerciements les plus chaleureux, les genres aberrants ; mais je n’ai pas eu le temps de les examiner, ni vos remarques sur la géographie botanique australienne.
LETTRE 39. À T.H. HUXLEY.
(39/1. La lettre suivante montre l’intérêt de Darwin pour l’adjudication des médailles royales. L’année 1855 fut la dernière pendant laquelle il siégea au Conseil de la Société. Il avait auparavant siégé en 1849-50.)
Down, 31 mars 1855.
J'ai beaucoup réfléchi et me suis beaucoup renseigné au sujet de Westwood, et je pense sincèrement qu'il mérite amplement la médaille d'or. Mais si vous pensiez à quelqu'un ayant de meilleurs titres, je suis tout à fait prêt à renoncer. En fait, je suppose qu'à moins de trouver quelqu'un pour appuyer ma demande, je ne peux pas le proposer.
Auriez-vous l'amabilité de lire le document ci-joint et de me le retourner ? Devrais-je l'envoyer à Bell ? C'est-à-dire, à moins que vous ne vous y opposiez ou ne me fassiez changer d'avis. J'avais pensé à Hancock, un travailleur d'une classe supérieure ; mais, autant que je puisse en juger, il n'a pas, jusqu'à présent, accompli autant que Westwood. Je peux préciser que j'ai lu l'intégralité de la « Classification » (39/2. Probablement l'« Introduction to the Modern Classification of Insects » de Westwood (1839).) avant d'être au Conseil, et j'ai toujours réfléchi à la question des médailles. Je crains que mes remarques ne soient plutôt longues, mais pour lui rendre justice, je ne pouvais guère les abréger. Je vous en prie, dites-moi franchement si le document ci-joint est approprié, car bien que j'aie siégé autrefois au Conseil de la Royal Society, je n'ai jamais assisté à aucune réunion, en raison de ma santé fragile.
Concernant la médaille Copley (39/3. La médaille Copley fut décernée à Lyell en 1858.), j'ai le sentiment profond que Lyell a de grands titres, mais comme il a déjà reçu la Médaille Royale, je présume qu'il serait jugé inopportun de le proposer ; et comme j'ai l'intention (si vous ne vous y opposez pas et ne me faites pas changer d'avis) de proposer W. pour la Médaille Royale, il paraîtrait naturellement intolérablement présomptueux de le proposer également pour la Copley.
LETTRE 40. À T.H. HUXLEY. Down, 10 juin 1855.
Serez-vous présent au Conseil de la Royal Society jeudi prochain ? Je n'ai pas été très bien ces derniers temps, et je doute de pouvoir être présent ; et si je pouvais faire quoi que ce soit (je vous en prie, cachez ce fait scandaleux), je veux me rendre au Crystal Palace pour y rencontrer les Horner, les Lyell et un groupe d'amis. Je veux donc savoir si vous accepteriez de plaider vigoureusement ma cause pour Barrande. Vous connaissez mieux que moi ses admirables travaux sur le développement des trilobites, et son très important ouvrage sur sa Zone inférieure ou Primordiale. Je joins une vieille note de Lyell pour vous montrer ce qu'il en pense. Quant à Dana, que j'ai également proposé, vous connaissez bien ses mérites. Je ne peux que louer au plus haut point ses travaux de classification sur les crustacés et sa Distribution géographique. Sa Géologie volcanique est admirable, et il a accompli beaucoup d'excellent travail sur les récifs coralliens.
Si vous assistez à la réunion, ne répondez pas à cette lettre ; mais si vous ne pouvez pas être au Conseil, veuillez m'en informer, et je suppose que je devrai, si je le peux, y assister.
Merci pour le résumé de votre conférence à la Royal Institution, qui m'a beaucoup intéressé, et m'a plutôt attristé, car j'avais espéré que les choses étaient, dans une certaine mesure, différentes. (40/1. « On certain Zoological Arguments commonly adduced in favour of the hypothesis of the Progressive Development of Animal Life », discours du vendredi 20 avril 1855 : « Proceedings R.I. » (1855). Également publié dans les « Scientific Memoirs » de Huxley. Le conférencier s'est principalement attardé sur l'argument d'Agassiz, qu'il résume comme suit : « Les poissons homocerques ont à l'état embryonnaire des queues hétérocerques ; par conséquent, l'hétérocercie est, dans une certaine mesure, une marque d'état embryonnaire comparée à l'homocercie, et les poissons hétérocerques anciens sont embryonnaires comparés aux poissons homocerques plus récents. » Il démontre que les faits ne soutiennent pas ce point de vue, et conclut de manière générale « qu'il n'existe aucun parallèle réel entre les formes successives assumées dans le développement de la vie de l'individu à l'heure actuelle et celles qui sont apparues à différentes époques dans le passé ».) J'ai appris il y a quelque temps que je pourrais bientôt vous féliciter de devenir un homme marié. (40/2. M. Huxley s'est marié le 21 juillet 1855.) D'après ma propre expérience de quelque quinze années, je suis très certain qu'il n'y a rien en ce vaste monde qui mérite davantage de félicitations, et je vous félicite très sincèrement et chaleureusement, en vous souhaitant de nombreuses années d'autant de bonheur que ce monde peut en offrir.
LETTRE 41. À J.D. HOOKER.
(41/1. La lettre suivante illustre les travaux de Darwin sur les genres aberrants. Dans l'« Origine », 1ère édition, page 429, il écrivait : « Plus une forme est aberrante, plus grand doit être le nombre de formes de liaison qui, selon ma théorie, ont été exterminées et totalement perdues. Et nous avons quelques preuves que les formes aberrantes ont durement souffert de l'extinction, car elles sont généralement représentées par un nombre extrêmement restreint d'espèces ; et les espèces existantes sont généralement très distinctes les unes des autres, ce qui implique là encore une extinction. »)
Down, 15 novembre [1855 ?].
Dans le catalogue des Curculionidae de Schoenherr (41/2. « Genera et Species Curculionidum. » (C.J. Schoenherr : Paris, 1833-38.)), les 6 717 espèces comptent en moyenne 10,17 espèces par genre. Waterhouse (qui connaît bien ce groupe et a publié sur la rareté des espèces dans les genres aberrants) m'a donné une liste de 62 genres aberrants, et ceux-ci comptent en moyenne 7,6 espèces ; et si l'on en retire un seul genre (dont je ne peux pas encore croire qu'il doive être considéré comme aberrant), alors les 61 genres aberrants n'auraient plus qu'une moyenne de 4,91 espèces. J'ai testé ces résultats d'une autre manière. J'ai trouvé dans Schoenherr 9 familles comprenant seulement 11 genres, et ces genres (dont 9 figuraient sur la liste de Waterhouse) ne comprenaient, selon mes calculs, que 3,36 espèces en moyenne.
Ce dernier résultat m'a conduit au « Vegetable Kingdom » de Lindley, dans lequel j'ai trouvé (à l'exclusion des thallogènes et des acrogènes) que les genres comprennent chacun 10,46 espèces (quelle proximité fortuite avec les Curculionidae), et je trouve 21 ordres incluant des genres isolés, et ces 21 genres ont en moyenne 7,95 espèces ; mais si Lindley a raison de penser que l'Erythroxylon (avec ses 75 espèces) devrait figurer parmi les Malpighiacées, alors la moyenne ne serait que de 4,6 par genre.
Mais voici, me semble-t-il, une chose étrange (j'espère ne pas trop vous lasser). Il y a 29 autres ordres, chacun avec 2 genres, et ces 58 genres comptent en moyenne 15,07 espèces : ce nombre élevé étant dû aux 10 genres des Smilacées, Salicacées (avec 220 espèces), Bégoniacées, Balsaminacées, Grossulariacées, sans lesquels les 48 genres restants n'auraient qu'une moyenne de 5,91 espèces.
Ce cas des ordres à 2 genres seulement, alors que les genres possèdent malgré tout 15,07 espèces chacun, me semble très déconcertant et ruine, presque, la conclusion déductible des ordres à genre unique.
Je suis allé plus haut, et j'ai testé les alliances à 1, 2 et 3 ordres ; et dans ces cas-là, je trouve à la fois peu de genres dans chaque alliance, et, pour chaque genre, un nombre d'espèces inférieur à la moyenne du royaume tout entier.
Tout cela m'a amusé, mais je suppose que vous allez bien vous moquer de moi et me dire de m'en tenir à mes balanes. Soit dit en passant, vous êtes d'accord avec moi sur le fait que l'on se sent parfois découragé — par exemple, lorsque la théorie et les faits ne s'accordent pas ; mais ce qui me semble pire encore, et qui me désespère, c'est de voir, à partir de la même grande classe de faits, des hommes comme Barrande déduire des conclusions telles que ses « Colonies » (41/3. Lyell fait brièvement référence aux travaux de Barrande en Bohême dans une lettre (31 août 1856) à Fleming (« Life of Sir Charles Lyell », II, page 225) : « Il m'a expliqué sur place sa remarquable découverte d'une "colonie" de fossiles du Silurien supérieur, à 3 400 pieds de profondeur, au milieu du groupe du Silurien inférieur. Cela a fait grand bruit, mais je pense pouvoir expliquer l'anomalie supposée par, etc. » (Voir Lettre 40, note.)) et son accord avec les lignes d'élévation d'E. de Beaumont, ou des hommes comme Forbes avec sa Polarité (41/4. Edward Forbes, « On the Manifestation of Polarity in the Distribution of Organised Beings in Time » (« Edinburgh New Phil. Journal », volume LVII, 1854, page 332). L'auteur souligne que « le développement maximal des types génériques durant la période paléozoïque s'est produit lors de ses époques primitives ; et durant la période néozoïque, vers ses époques finales. » Ainsi, les deux périodes d'activité sont conçues comme étant aux deux pôles opposés d'une sphère qui représente d'une certaine manière pour lui le système de la Nature.) ; je n'ai aucun doute que dans quelques mois je regretterai les espèces les plus malhonnêtes, les trouvant plus honnêtes que les théories les plus honnêtes. Une remarque encore. Si vous ressentez un quelconque intérêt, ou si vous pouvez convaincre quelqu'un d'autre de s'intéresser à la question des genres aberrants, je pense que la méthode la plus intéressante serait de prendre des genres aberrants dans une grande famille naturelle, et de tester le nombre moyen d'espèces par genre dans cette famille.
Comme je souhaiterais que nous vivions près l'un de l'autre ! J'aimerais tant discuter avec vous de la distribution géographique, prise dans ses traits les plus généraux. J'ai essayé, à partir des productions terrestres, d'avoir une vision très générale du monde, et j'aimerais tant voir dans quelle mesure cela concorde avec les plantes.
LETTRE 42. À MME LYELL.
(42/1. Mme Lyell est la fille de feu M. Leonard Horner et la veuve du lieutenant-colonel Lyell, frère de sir Charles.)
Down, 26 janvier [1856].
Je serai très heureux de vous être utile de quelque manière que ce soit concernant les coléoptères. Mais permettez-moi d'abord de vous remercier pour votre aimable mot et votre offre de spécimens pour mes enfants. Mes garçons sont tous des chasseurs de papillons ; et tous les jeunes lépidoptéristes ardents méprisent, du fond de leur âme, les coléoptéristes.
Le plan le plus simple, pour votre objectif et pour le bien de l'entomologie, serait, selon moi, d'offrir la collection au Dr J.E. Gray pour le British Museum à condition qu'un ensemble parfait soit constitué pour vous. Si la collection était tant soit peu précieuse, je pense qu'il serait très heureux de le faire. Savoir si un troisième ensemble vaudrait la peine d'être constitué dépendrait de la valeur de la collection. Je ne suppose pas que vous vous attendiez à ce que les insectes soient identifiés, car ce serait un travail des plus laborieux. Si ce projet ne vous agrée pas, je pense qu'il est fort probable que M. Waterhouse jugerait utile de préparer une série pour vous, en conservant des doubles pour lui-même ; mais je ne dis cela qu'à titre de conjecture. Vous pourriez accorder une confiance implicite à M. Waterhouse, ce qui, je le crains, au train où vont les choses [illisible], n'est pas le cas pour tous les entomologistes. Je présume que si vous songiez à l'un ou l'autre de ces projets, sir Charles Lyell pourrait facilement voir ces messieurs et organiser cela ; mais, sinon, je pourrais m'en charger lors de mon prochain passage en ville, qui, cependant, ne sera pas avant trois ou quatre semaines.
Concernant le fait de donner à vos enfants le goût de l'Histoire naturelle, je me permettrai une remarque — à savoir que, selon moi, leur offrir des spécimens tendrait à détruire ce goût. Les jeunes doivent être eux-mêmes des collectionneurs pour acquérir ce goût ; et si j'avais une collection de lépidoptères anglais, je serais systématiquement très avare, et ne donnerais pas à mes garçons une demi-douzaine de papillons dans l'année. Votre aîné a le front d'un observateur, s'il y a la moindre vérité dans la phrénologie. Nous nous portons tous mieux, mais nous avons été, ces derniers temps, une maisonnée bien souffrante.
LETTRE 43. À J.D. HOOKER. Down [1855].
J'aurais moins de scrupules à vous déranger si j'avais la moindre confiance en ce que mon travail va devenir. Parfois, je pense qu'il sera bon, d'autres fois je ressens vraiment autant de honte pour moi-même que l'auteur des « Vestiges » devrait en ressentir pour lui-même. Je sais pertinemment que votre gentillesse et votre amitié vous pousseraient à faire beaucoup pour moi, mais ce n'est pas une raison pour que je sois déraisonnable. Je ne peux ni ne dois oublier que tout votre temps est employé à un travail qui sera certainement précieux. Il est superflu pour moi de dire que j'éprouve un plaisir extrême à vous écrire, et que vos réponses me sont de la plus grande utilité. Je vous renvoie avec tous mes remerciements l'épreuve sur Aquilegia (43/1. Cela semble faire référence à la discussion sur le genre Aquilegia dans la « Flora Indica » de Hooker et Thomson, 1855, volume I, partie systématique, page 44. La conclusion des auteurs est que « toutes les formes européennes et bon nombre de formes sibériennes généralement reconnues appartiennent à une seule espèce très variable ». Au sujet des cirripèdes, M. Darwin parlait de « certaines différences à peine perceptibles qui se mélangent et constituent des variétés et non des espèces » (« Life and Letters », I, page 379).) : elle m'a beaucoup intéressé. C'est exactement comme mes balanes ; mais pour mon usage particulier, très malheureusement, tant Kolreuter que Gartner ont travaillé principalement sur A. vulgaris, canadensis et atro-purpurea, et ce sont précisément les espèces que vous semblez ne pas avoir étudiées. N.B. Pourquoi ne me laissez-vous pas acheter la Flore indienne ? Vous êtes trop magnifique.
Maintenant, faisons une courte chevauchée sur mon dada (actuel), à savoir les genres aberrants. Ce que vous dites dans vos remarques sur Lepidodendron semble être précisément le cas dont j'ai besoin pour fournir une forme de preuve de ce en quoi nous croyons tous les deux, à savoir comment les groupes en sont venus à être anormaux ou aberrants ; et je pense qu'une forme de preuve est nécessaire, car je ne crois pas que beaucoup de naturalistes admettraient notre point de vue.
Merci pour votre mise en garde sur le fait que les grands genres anomaux attirent d'abord l'attention. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec votre « grave objection à l'ensemble du processus », qui est « que si vous multipliez les espèces anomales par 100, et divisez les normales par le même chiffre, vous inverserez alors les noms... ». Car, pour prendre un exemple, Ornithorhynchus et Echidna ne seraient pas moins aberrants si chacun comptait une douzaine (je ne dis pas 100, car nous n'avons pas de tels cas dans le règne animal) d'espèces au lieu d'une. Ce qui rendrait réellement ces deux genres moins anomaux, ce serait la création de nombreux genres et sous-familles tout autour, rayonnant de tous côtés. Ainsi, si l'Australie était détruite, Didelphys en Amérique du Sud serait merveilleusement anomal (c'est votre cas avec les Protéacées), alors qu'actuellement il existe tant de genres et de petites sous-familles de Marsupiaux que le groupe ne peut être qualifié d'aberrant ou d'anomal. Sagitta (et le perce-oreille) est l'un des animaux les plus anomaux au monde, et pas le moins du monde moins parce qu'il en existe une douzaine d'espèces. Or, mon point (qui est, je pense, un point de vue légèrement nouveau) est que si c'est l'extinction qui a rendu le genre anomal, en règle générale, les mêmes causes d'extinction ne permettraient l'existence que d'un petit nombre d'espèces dans ces genres. Chaque fois que nous nous verrons (ce qui sera le 23 [au] Club), j'aimerais beaucoup savoir si cela vous semble sensé. Je me sens tout le temps aux frontières d'un cercle de truismes. Bien sûr, je ne pourrais songer à une telle demande, mais vous pourriez éventuellement : si Bentham ne considère pas le sujet comme une absurdité, demandez-lui un jour de choisir la douzaine de genres les plus anomaux parmi les Légumineuses, ou tout autre grand ordre dont il existe une monographie me permettant de calculer le pourcentage habituel d'espèces par genre. Je suis d'autant plus anxieux que plus je me renseigne, plus rares sont les cas où cela peut être fait. Cela ne peut être fait pour les oiseaux, ou, je le crains, pour les mammifères. Je doute fort que cela puisse l'être dans toute autre classe d'insectes [autre que les Curculionidae].
J'ai vu votre belle notice sur le pauvre Forbes dans la « Gardeners' Chronicle », et je vois dans l'« Athenaeum » un avis de réunion samedi dernier de ses amis. Bien sûr, je souhaiterai souscrire dès que possible à tout mémorial...
Je viens de tester pratiquement ce que le désuétude produit dans la réduction des parties. J'ai préparé des [squelettes] de canard sauvage et de canard domestique (oh, l'odeur du canard bien bouilli et faisandé !), et je trouve que le canard domestique devrait, selon l'échelle du prototype sauvage, avoir deux ailes pesant 360 grains ; mais elles ne pèsent que 317 grains, soit 43 grains de moins, ou 1/7ème de moins que le poids de ses propres ailes. Cela me semble assez intéressant. (43/2. Sur les conclusions tirées de ces recherches, voir M. Platt Ball, « The Effects of Use and Disuse » (Nature Series), 1890, page 55. À propos de ses pigeons, Darwin écrivait, en novembre 1855 : « Je les aime à un point tel que je ne peux supporter l'idée de les tuer et de les squelettiser. »)
P.S. — Je ne sais pas si vous jugerez utile de lire ceci. Je l'ai élaboré depuis l'écriture de ma lettre, et j'ai tabulé le tout.
21 ordres avec 1 genre, ayant 7,95 espèces (ou 4,6 ?).
29 ordres avec 2 genres, ayant 15,05 espèces en moyenne.
23 ordres avec chacun 3 genres, et ces genres incluent en moyenne 8,2 espèces.
20 ordres avec chacun 4 genres, et ces genres incluent en moyenne 12,2 espèces.
27 ordres avec chacun plus de 50 genres (au total 4 716 genres), et ces genres ont en moyenne 9,97 espèces.
De là, je conclus que, qu'il y ait beaucoup ou peu de genres dans un ordre, le nombre d'espèces dans un genre n'est pas très affecté ; mais peut-être que lorsqu'[il n'y a] qu'un seul genre dans un ordre, cela sera affecté, et cela dépendra du fait que le [genre] Erythroxylon soit érigé en famille ou non.
LETTRE 44. À J.D. HOOKER. Down, 8 avril [1856].
J'ai été particulièrement heureux de recevoir votre magnifique éloge de Lindley. Son nom me passait par la tête ces derniers temps, et j'avais espéré que Miers l'aurait proposé pour la médaille Royale. Je suis tout à fait d'accord que la Copley (44/1. Feu le professeur Lindley n'a jamais obtenu l'honneur de la médaille Copley. La médaille Royale lui fut décernée en 1857.) est plus appropriée, et j'ose dire qu'il n'aurait pas accordé beaucoup de valeur à la Royale. En parcourant de nombreux ouvrages botaniques, et en consultant souvent le « Vegetable Kingdom », j'avais (aussi ignorant que je sois) formé la plus haute opinion de ses titres en tant que botaniste. Si Sharpey veut prendre fermement sa défense, nous aurions quelque chance ; mais les sciences naturelles ne sont que faiblement représentées au Conseil. Sir P. Egerton, je le suppose, le soutiendrait vivement. Vous savez que Bell n'en fait plus partie. Maintenant, mon seul doute, et j'espère que vous y réfléchirez, est que les sciences naturelles étant faibles au Conseil, et (je m'imagine) l'homme le plus influent du Conseil, le colonel S[abine], étant fermement opposé à Lindley, nous n'aurions aucune chance de réussir. Il serait si facile de nommer un homme éminent dont le nom serait bien connu de tous les physiciens. Lindley apprendrait-il qu'il a été proposé pour la Copley sans succès, et cela lui déplairait-il ? Ne serait-il pas préférable, dans cette optique, de le proposer pour la Royale ? Réfléchissez-y. De plus, si Lindley n'est pas proposé pour la Royale, je crains que les deux médailles Royales n'aillent [à] des physiciens ; car, pour ma part, je n'aimerais pas proposer un autre zoologiste, bien que Hancock soit un très bon candidat, et je m'imagine qu'il y aurait une opposition à ce que les médailles soient remises à deux botanistes. Mais quel que soit le prix pour lequel Lindley est proposé, je ferai de mon mieux. Nous en discuterons ici.
LETTRE 45. À J.D. HOOKER. Down, 9 mai [1856].
...Concernant Huxley, j'étais sur le point d'en parler à Crawford et Strezlecki (qui feront partie du comité de l'Athenaeum) quand je me suis souvenu de l'air qu'aurait Owen et de ce qu'il dirait. Ne pouvez-vous l'imaginer, de sa voix lente et douce, demandant : « M. Crawford pourrait-il me dire ce que M. Huxley a fait pour mériter cet honneur ; je sais seulement qu'il diffère de Cuvier, Ehrenberg et Agassiz, et conteste leur autorité comme étant sans aucun poids. » Et quand j'ai commencé à dire à M. Crawford ce qu'il fallait répondre, j'ai été embarrassé, et je ne pouvais le renvoyer qu'à quelques excellents articles dans les « Phil. Trans. » pour lesquels la médaille avait été décernée. Mais je doute, avec une faction opposée, que cela soit jugé suffisant, car je crois que le mérite scientifique réel n'est pas considéré comme suffisant si la personne n'est pas généralement bien connue. Maintenant, je veux entendre ce que vous pensez délibérément à ce sujet : il serait dommage de le faire proposer pour ensuite le voir rejeté ; et Owen est très puissant.
LETTRE 46. À J.D. HOOKER. Down [1856].
J'ai reçu les Conférences et je les ai lues. (46/1. La référence concerne probablement les conférences données à la Royal Institution en 1854-1856. Celles que nous avons vues — à savoir celles réimprimées dans les "Scientific Memoirs", volume I. — "On the Common Plan of Animal Form", page 281 ; "On certain Zoological Arguments, etc.", page 300 ; "On Natural History as Knowledge, Discipline, and Power", page 305, ne nous semblent rien contenir de nature à choquer ; mais l'attaque de Falconer dans les "Ann. and Mag. of Nat. Hist." de juin 1856, contre la dernière conférence nommée, montre une vive émotion. Une réponse de M. Huxley a paru dans le numéro de juillet de la même revue. La discussion la plus hérétique d'un point de vue moderne se trouve à la page 311, où il demande comment il est concevable que les couleurs vives des papillons et des coquillages ou les formes élégantes des foraminifères puissent être d'une quelconque utilité à leurs possesseurs ; et c'est ce qui a particulièrement frappé Darwin, à en juger par les notes au crayon sur son exemplaire de la conférence.) Bien que je croie, pour autant que je sache, que Huxley a raison, je trouve son ton beaucoup trop véhément, et j'ai pris la liberté de le lui dire dans un mot. Je n'avais pas pensé à ces conférences en relation avec l'Athenaeum (46/2. M. Huxley fut élu en 1858 au club de l'Athenaeum en vertu de la règle 2, qui prévoit l'élection annuelle d'un "certain nombre de personnes d'une éminence distinguée en sciences, littérature ou arts, ou pour services publics."), mais je suis enclin à être tout à fait d'accord avec vous, et je pense qu'il vaudrait mieux attendre avant que quoi que ce soit ne soit dit... (N.B. J'ai trouvé Falconer très indigné de la manière dont Huxley a traité Cuvier dans ses conférences à la Royal Institution ; et je l'ai dit gentiment à Huxley.) Je pense qu'il vaut mieux ne rien faire : essayer sérieusement de faire entrer un grand naturaliste à l'Athenaeum et échouer est bien pire que de ne rien faire.
Comme il est étrange, drôle et honteux que presque tous nos grands hommes (Faraday et Sir J. Herschel étant au moins des exceptions) soient en querelles par paires ; cela ne m'avait jamais frappé auparavant...
LETTRE 47. C. LYELL À CHARLES DARWIN.
(47/1. Dans "Life and Letters", II, page 72, figure une lettre (16 juin 1856) à Lyell, dans laquelle Darwin exhale son indignation contre les "extensionnistes" qui créaient des continents ad libitum pour satisfaire la commodité de leurs théories. À la page 74, un exposé plus complet de ses vues est donné dans une lettre datée du 25 juin. Nous n'avons pas vu la réponse de Lyell à ceci, mais sa réponse à la lettre de Darwin du 16 juin existe, et est imprimée ici pour la première fois.)
53, Harley Street, Londres, 17 juin 1856.
Je m'étonne que vous n'ayez pas aussi mentionné l'article de D. Sharpe (47/2. "On the Last Elevation of the Alps, etc." ("Quart. Journ. Geol. Soc." Volume XII, 1856, page 102.), qui vient de paraître, selon lequel les Alpes auraient été submergées jusqu'à 9 000 pieds de leur élévation actuelle au-dessus de la mer durant la période glaciaire, pour être ensuite soulevées à nouveau. Sans admettre cela, vous transporteriez probablement les blocs erratiques alpins jusqu'au Jura par des courants marins, et si tel était le cas, vous feriez des Alpes et du Jura des îles dans la mer glaciaire. Et la théorie glaciaire, telle qu'elle est très généralement comprise aujourd'hui, n'immergerait-elle pas autant de l'Europe que je ne l'ai fait sur ma carte originale de l'Europe, quand j'exprimais simplement toute la zone qui, à un moment ou à un autre, avait été sous l'eau depuis le début de la période éocène ? Je soupçonne presque que la submersion glaciaire la dépasserait.
Mais ne serait-ce pas une mesure du mouvement dans toute autre zone, septentrionale (arctique), antarctique ou tropicale, pendant une période égale — océanique ou continentale ? Car la conversion de la mer en terre égalerait toujours la transformation d'une grande partie de terre en mer.
Mais tout cela se ferait dans une fraction de la période pliocène ; les coquillages glaciaires sont à peine à 1 pour cent d'espèces éteintes. Multipliez cela par les époques pliocène et miocène plus anciennes.
Vous oubliez aussi un auteur qui, au moyen d'atolls, a réussi à submerger des archipels (ou des continents ?), dont les montagnes devaient à l'origine différer les unes des autres en hauteur de 8 000 (ou 10 000 ?) pieds, de sorte qu'elles émergeaient toutes juste à la surface à un même niveau, ou que leurs sites sont marqués par des bouées de corail. Je n'ai jamais pu être sûr s'il voulait dire que cette catastrophe formidable, provoquée par ce que Sedgwick appelait les "opérations minutieuses de Lyell", avait été effectuée durant l'ère des espèces de coraux existantes. Peut-être pouvez-vous me le dire, car je suis vraiment curieux de savoir... (47/3. L'auteur mentionné est bien sûr Darwin.)
Or, bien qu'il n'y ait rien dans mes travaux pour justifier la construction de continents dans l'Atlantique et le Pacifique même depuis la période éocène, cependant, comme certaines roches des Alpes centrales sont en partie éocènes, je commence à penser que tous les continents et océans pourraient être principalement, sinon totalement, post-éocènes, et que l'"Océan Atlantique" du Silurien inférieur de Dana est enfantin (voir l'Anniversary Address, 1856). (47/4. Probablement l'Anniversary Address de Dana à l'"American Association for the Advancement of Science", publiée dans les "Proceedings" 1856.) Mais jusqu'où êtes-vous libre d'évoquer des continents du "vaste abîme" aussi souvent que vous voulez transporter une Helix des États-Unis à l'Europe aux périodes miocène ou pliocène est une question ; car l'océan devient plus profond ces derniers temps, et Haughton dit que la profondeur moyenne est de onze milles ! d'après son dernier article sur les marées. (47/5. "On the Depth of the Sea deducible from Tidal Observations" ("Proc. Irish Acad." Volume VI, page 354, 1853-54).) Je serai surpris si cela s'avère vrai par les sondages.
Je pensais que votre esprit s'élargissait tellement en ce qui concerne le temps que vous auriez progressé quant à la possibilité que des chaînes de montagnes soient créées en une fraction de la période nécessaire pour convertir un cygne en oie, ou vice versa. La chaîne Rimutaka de Nouvelle-Zélande a gagné neuf pieds en hauteur en janvier 1855, et un grand tremblement de terre s'est produit en Nouvelle-Zélande tous les sept ans pendant près d'un demi-siècle. Le "Washingtonia" (conifère californien) (47/6. Washingtonia, ou Wellingtonia, mieux connu sous le nom de Sequoia. Asa Gray, écrivant en 1872, déclare sa conviction qu'"aucun Sequoia vivant aujourd'hui ne peut sensiblement antédater l'ère chrétienne" ("Scientific Papers", II, page 144).) exposé dernièrement avait quatre mille ans, de sorte qu'un individu pourrait voir une chaîne de collines s'élever, et s'élever avec elle, à plus forte raison une espèce — et ces îles que J. Hooker décrit comme étant couvertes de plantes de Nouvelle-Zélande à trois cents (?) milles au N.E. (?) de la Nouvelle-Zélande pourraient avoir été séparées de la terre ferme il y a deux, trois ou quatre générations de Washingtonia.
Si l'identité des coquillages terrestres de toutes les centaines d'îles britanniques est due au fait qu'elles étaient unies depuis la période glaciaire, et que la discordance, presque totale, des coquillages de Porto Santo et de Madère est due au fait qu'elles étaient séparées [durant] toutes les périodes pliocènes plus récentes et possiblement plus anciennes, alors cela nous donne une conception du temps qui vous aidera beaucoup dans votre conversion des espèces, si l'immensité du temps fait tout ce que vous exigez ; car la période glaciaire est ainsi montrée, comme nous aurions pu l'anticiper, comme méprisable en durée ou en distance par rapport à nous, comparée au pliocène plus ancien, sans parler du miocène, où nos espèces contemporaines commençaient déjà, bien qu'en minorité, à fleurir.
Les coquillages littoraux, selon MacAndrew, impliquent que Madère et les Canaries étaient autrefois jointes à la terre ferme d'Europe ou d'Afrique, mais que ces îles furent séparées il y a si longtemps que la plupart des espèces sont arrivées depuis. En bref, les coquillages marins racontent la même histoire que les coquillages terrestres. Pourquoi les plantes de Porto Santo et de Madère s'accordent-elles si étroitement ? Et pourquoi les coquillages qui sont les mêmes que les espèces européennes ou africaines restent-ils tout à fait inaltérés, comme les espèces du Crag, qui sont revenues inchangées dans les mers britanniques après en avoir été expulsées par le froid glaciaire, alors que deux millions (?) d'années s'étaient écoulés, et après une telle migration vers des mers plus douces ? Soyez assez aimable pour expliquer tout cela dans votre prochaine lettre.
LETTRE 48. À J.D. HOOKER. Down, 5 juillet [1856].
J'écris ce matin dans une grande tribulation au sujet de Tristan d'Acunha. (48/1. Voir "Flora Antarctica", page 216. Bien que Tristan d'Acunha ne soit "qu'à 1 000 milles du Cap de Bonne-Espérance, et à 3 000 du détroit de Magellan, la botanique de cette île est bien plus intimement alliée à celle de Fuegia qu'à celle d'Afrique.") Plus je réfléchis à votre flore antarctique, plus je suis stupéfait. Vous donnez tous les faits si clairement et si complètement qu'il est impossible de ne pas spéculer sur le sujet ; mais cela me pousse au désespoir, car je ne peux pas avaler votre continent ; et ne pas pouvoir le faire donne, à mes yeux, un triomphe affreux aux créationnistes multiples. C'est un cas merveilleux, et comme il est étrange qu'A. De Candolle l'ait ignoré ; ce qu'il a certainement fait, me semble-t-il. J'ai écrit à Lyell une longue lettre géologique (48/2. "Life and Letters", II, page 74.) au sujet des continents, et j'ai eu une réponse très longue et intéressante ; mais je ne peux absolument pas saisir son opinion sur tous vos extensionnistes continentaux ; et j'ai écrit à nouveau pour implorer un verdict. (48/3. Dans la dixième édition des "Principles", 1872, Lyell ajouta un chapitre (chapitre XLI, page 406) sur les flores et faunes insulaires en relation avec l'origine des espèces ; il donne ici (page 410) ses raisons contre Forbes en tant qu'extensionniste.) Je lui ai demandé de vous envoyer ma lettre, car comme elle était bien copiée, elle ne serait pas fastidieuse à lire ; mais si elle vaut la peine d'être lue, je l'ignore vraiment ; j'y ai donné les raisons qui me rendent fortement opposé aux extensions continentales.
J'ai été très heureux de recevoir votre mot il y a quelques jours : je souhaite que vous trouviez utile, puisque vous avez l'intention de faire traduire le cas du Laburnum, d'écrire à "Wien" (ce lieu inconnu) (48/4. Il existe une tradition selon laquelle Darwin aurait un jour demandé à Hooker où se trouvait "ce lieu, Wien, où ils publient tant de livres."), et de découvrir comment le Laburnum s'est comporté : cela devrait vraiment être connu.
L'Entada est une bête. (48/5. Les grosses graines d'Entada scandens sont occasionnellement transportées à travers l'Atlantique et jetées sur les côtes d'Europe.) ; je n'ai jamais différé de vous sur le fait que la croissance d'une plante dans une nouvelle île soit une épreuve BIEN plus dure que le transport, bien que cela semble certainement assez dur. En fait, je soupçonne que je vais encore plus loin que vous à cet égard ; mais c'est une trop longue histoire.
Merci pour les cas d'Aristolochia et de Viscum : quelles étaient les espèces ? Je demande, car curieusement, ces deux genres mêmes ont été avancés comme des exemples (j'oublie pour le moment par qui, mais par des gens de bien) dans lesquels l'action des insectes était absolument nécessaire pour l'imprégnation. Dans notre Viscum dioïque britannique, je suppose qu'elle doit être nécessaire. Y avait-il quelque chose pour montrer que le stigmate était prêt pour le pollen dans ces deux cas ? car il semble qu'il y ait beaucoup de cas où le pollen est libéré bien avant que le stigmate ne soit prêt. Comme dans notre Viscum, les insectes transportent, assez régulièrement pour l'imprégnation, le pollen de fleur en fleur, je devrais penser qu'il doit y avoir des croisements occasionnels même dans un Viscum hermaphrodite. Je n'ai jamais entendu dire que les abeilles et les papillons, seulement les mites, produisaient des œufs fertiles sans copulation.
En ce qui concerne la Ray Society, j'ai tellement profité de sa publication de mes Cirrepedia que je ne peux pas être tout à fait d'accord avec vous sur le fait de la limiter aux traductions ; je ne sais pas comment j'aurais pu publier autrement.
Je viens d'envoyer mon nom pour 20 livres à la Linnean Society, mais je dois avouer que je l'ai fait avec de lourds gémissements, alors que j'ose dire que vous avez donné vos 20 livres comme un gentleman au cœur léger...
P.S. Wollaston parle avec force du fait que le degré intermédiaire entre deux variétés chez les insectes et les mollusques est souvent plus rare que les deux variétés elles-mêmes. C'est évidemment très important pour moi, et pas facile à expliquer. Je crois que j'ai eu des cas de votre part. Mais, si vous croyez en cela, j'aimerais que vous me donniez une phrase à citer de vous à ce sujet. Il doit y avoir, je pense, une bonne part de vérité là-dedans ; sinon il pourrait difficilement y avoir des variétés presque distinctes sous une espèce quelconque, car nous aurions à la place une série mélangeante, comme chez les ronces et les saules.
LETTRE 49. À J.D. HOOKER. 13 juillet 1856.
Quel livre un aumônier du diable pourrait écrire sur les œuvres maladroites, gaspilleuses, tâtonnantes, basses et horriblement cruelles de la nature ! En ce qui concerne le croisement, d'après une phrase de votre lettre, je pense que vous me comprenez mal. Je suis très loin de croire aux hybrides : seulement au croisement de la même espèce ou de variétés proches. Ces deux ou trois derniers jours, j'ai observé le blé, et je me suis convaincu que L. Deslongchamps est dans l'erreur sur le fait que l'imprégnation a lieu dans des fleurs fermées ; c'est-à-dire, bien sûr, je ne peux juger que d'après les apparences extérieures. Au fait, R. Brown m'a dit un jour que l'usage de la brosse sur le stigmate des graminées était inconnu. En connaissez-vous l'usage ?...
Vous dites très justement à propos des créations multiples et de mes notions. Si un seul cas pouvait être prouvé, je serais écrasé ; mais comme j'écris mon livre, j'essaie de prendre autant de peine que possible pour donner les cas les plus forts opposés à moi, et souvent les conjectures qui me viennent à l'esprit. J'ai travaillé vos livres comme la plus riche (et la plus vile) mine contre moi ; et quel dur travail j'ai eu pour assimiler votre flore de Nouvelle-Zélande ! Comme je dois vous citer si souvent, j'aimerais faire référence au cas de Muller des Alpes australiennes. Où est-ce publié ? Est-ce un livre ? Une référence correcte me suffirait, bien qu'il soit même mal de citer sans regarder soi-même. J'aimerais beaucoup voir les feuilles de Forbes, auxquelles vous faites référence ; mais je dois avouer (je ne sais pas pourquoi) que j'ai commencé à me méfier du pauvre cher Forbes.
Il y a une merveilleuse mauvaise logique dans son célèbre et admirable mémoire sur la distribution, comme il me semble, maintenant que je l'ai étudié pour en donner les points principaux en une page. Comptez là-dessus, mon dicton est vrai, à savoir qu'un compilateur est un grand homme, et qu'un homme original est un homme ordinaire. N'importe quel imbécile peut généraliser et spéculer ; mais oh, mon Dieu, assimiler de seconde main une flore de Nouvelle-Zélande, c'est du travail...
Et maintenant, je vais mendier une faveur presque aussi grande qu'un homme puisse en mendier d'un autre : et je demande quelque cinq ou six semaines avant que je veuille que la faveur soit faite, pour qu'elle semble moins horrible. C'est de lire, mais bien copiées, mes pages (environ quarante !!) sur les flores et faunes alpines, les flores et faunes arctiques et antarctiques, et la supposée période froide mondiale. Ce serait vraiment un énorme avantage pour moi, car je suis sûr autrement de faire des bêtises botaniques. Je préciserais les quelques points sur lesquels j'ai le plus besoin de vos conseils. Mais il est fort possible que vous puissiez objecter au motif que vous pourriez publier avant moi (j'espère publier dans un an au plus tard), de sorte que cela vous gênerait et vous ennuierait ; et deuxièmement, vous pourriez objecter à la perte de temps, car j'ose dire que cela prendrait une heure et demie à lire. Ce serait certainement un immense avantage pour moi ; mais bien sûr, vous ne devez pas penser à le faire si cela devait interférer avec votre propre travail.
Je ne considère pas cette demande in futuro comme rompant ma promesse de ne plus donner de soucis pendant un certain temps.
D'après les lettres de Lyell, il revient à une vitesse ferroviaire sur la mutabilité des espèces, et m'autorise à mettre quelques phrases à ce sujet dans ma préface.
Je rencontrerai Lyell mercredi chez Lord Stanhope, et lui demanderai de vous transmettre ma lettre ; bien que, comme mes arguments ne l'ont pas frappé, ils ne peuvent avoir de force, et ma tête doit être capricieuse sur le sujet ; mais les caprices y restent fermement. J'ai donné votre opinion sur la terre continue, je vois, trop fortement.
LETTRE 50. À S.P. WOODWARD. Down, 18 juillet [1856].
Merci beaucoup pour votre gentillesse d'écrire si longuement, et je suis heureux de dire pour votre bien que je ne vois pas que j'aurai à mendier d'autres faveurs. Quelle gamme et quelle variabilité chez la Cyrena ! (50/1. Un genre de Lamellibranches allant du Lias à nos jours.) Votre liste des gammes des coquillages terrestres et d'eau douce est certainement très frappante et curieuse, et surtout car l'antiquité de quatre d'entre eux est si clairement montrée.
J'ai le livre de bord de mer de Harvey, et je l'ai aimé ; je n'en ai pas été particulièrement frappé, mais je relirai les premier et dernier chapitres.
Je deviens aussi mauvais que le pire au sujet des espèces, et il ne me reste guère qu'un vestige de croyance dans la permanence des espèces ; et cet aveu vous fera penser très légèrement de moi, mais je ne peux pas m'en empêcher. Telle est devenue ma conviction honnête, bien que les difficultés et les arguments contre une telle hérésie soient certainement les plus pesants.
LETTRE 51. À C. LYELL. 10 novembre [1856].
Je sais que vous aimez tous les cas où les preuves géologiques négatives sont renversées. Je m'imaginais être un croyant très réticent aux preuves négatives ; mais pourtant, une telle preuve négative me semblait si forte que dans mes "Fossil Lepadidae", j'ai déclaré, en donnant des raisons, que je ne croyais pas qu'il ait pu exister de cirripèdes sessiles durant les âges secondaires. Or, l'autre jour, Bosquet de Maestricht m'envoie un dessin parfait d'un Chthamalus (un genre récent) parfait venant de la Craie ! (51/1. Chthamalus, un genre de Cirripedia. ("A Monograph on the Sub-class Cirripedia", par Charles Darwin, page 447. Londres, 1854.) Une espèce fossile de ce genre d'âge crétacé supérieur a été nommée par Bosquet Chthamalus Darwini. Voir "Origin", édition VI, page 284 ; aussi Zittel, "Traité de Paléontologie", traduit par Dr C. Barrois, volume II, page 540, figure 748. Paris, 1887.) En effet, c'est étirer un point que de le rendre spécifiquement distinct de nos espèces britanniques vivantes. C'est un genre qui n'a pas été trouvé jusqu'ici dans aucun lit tertiaire.
LETTRE 52. À T.H. HUXLEY. Down, 9 juillet 1857.
Je vous suis extrêmement obligé d'être entré si pleinement dans mon point. Je savais que j'étais sur un terrain peu sûr, mais il s'avère bien plus peu sûr que je ne l'avais pensé. J'avais pensé que Brulle (52/1. Cela se réfère sans doute à l'article d'A. Brulle dans les "Comptes rendus" de 1844, dont une traduction est donnée dans les "Annals and Mag. of Natural History", 1844, page 484. En parlant du développement des Articulata, l'auteur dit "que les appendices se manifestent à une période plus précoce de l'existence d'un animal articulé plus complexe est son degré d'organisation, et vice versa qu'ils apparaissent d'autant plus tard qu'il subit un nombre moindre de transformations.") avait une base plus large pour sa généralisation, car j'ai fait l'extrait il y a plusieurs années, et je présume (je l'énonce comme une excuse pour moi-même) que j'en doutais, car, contrairement à mon habitude générale, je n'ai pas extrait ses fondements. C'est la rencontre avec l'article de Barneoud qui m'a fait penser qu'il pourrait y avoir de la vérité dans la doctrine. (52/2. Apparemment Barneoud "On the Organogeny of Irregular Corollas", des "Comptes rendus", 1847, tel que donné dans les "Annals and Mag. of Natural History", 1847, page 440. L'article traite principalement du fait que dans leur condition la plus précoce les fleurs irrégulières sont régulières. La vue attribuée à Barneoud ne semble pas être aussi définitivement donnée dans cet article que dans un précédent ("Ann. Sc. Nat." Bot., Tom. VI, page 268.) Votre exemple du cœur et du cerveau du poisson me semble très bon. C'était une erreur très stupide de ma part de ne pas penser à la partie postérieure du temps de développement. Je ne ferai, bien sûr, aucune allusion à ce sujet, ce que je regrette un peu, car je souhaitais qu'il soit vrai ; mais, hélas ! un homme scientifique ne devrait avoir aucun souhait, aucune affection — un simple cœur de pierre.
Il n'y a qu'un seul point dans votre lettre sur lequel, à l'heure actuelle, je ne peux pas tout à fait vous suivre : en supposant que les remarques de Barneoud (je ne dis pas celles de Brulle) soient vraies et universelles — c'est-à-dire que les pétales qui doivent subir le plus grand degré de développement et de modification commencent à changer le plus tôt possible par rapport à la forme embryonnaire simple et commune du pétale — si cela était une loi vraie, alors je ne peux m'empêcher de penser que cela éclairerait la proposition de Milne Edwards selon laquelle plus les classes d'animaux sont éloignées, plus tôt elles divergent du plan embryonnaire commun — lequel plan embryonnaire commun peut être comparé aux pétales semblables dans le bourgeon précoce, les divers pétales d'une même fleur étant comparés aux embryons distincts mais semblables des différentes classes. Je souhaite vivement que vous gardiez cela à l'esprit, afin que, lorsque nous nous rencontrerons, je puisse entendre dans quelle mesure vous différez ou concourez avec cela. J'ai toujours considéré les propositions de Barneoud et de Brulle comme seulement analogues dans une certaine mesure.
P.-S. Je vois dans mon résumé de l'article de Milne Edwards qu'il parle des « organes les plus parfaits et les plus importants » comme étant développés en premier, et j'aurais pensé que cela était généralement synonyme de plus développés ou modifiés.
LETTRE 53. À J.D. HOOKER.
(53/1. La lettre suivante présente un intérêt surtout en ce qu'elle montre le volume et le genre de travail requis pour les conclusions de Darwin sur la « variation des grands genres », qui n'occupent pas plus de deux ou trois pages dans « l'Origine » (Édition I, page 55). Une partie de la correspondance sur ce sujet est donnée dans la « Vie et Correspondance », II, pages 102-5.)
Down, 22 août [1857].
Votre écriture réjouit toujours le fond de mon cœur ; bien que vous n'ayez aucune raison d'être « accablé de honte », car je ne m'attendais pas à avoir de vos nouvelles.
Je vous écris maintenant principalement pour savoir si vous pouvez me dire comment écrire à Hermann Schlagenheit (est-ce bien orthographié ?) (53/2. Schlagintweit.), car je crois qu'il est retourné en Angleterre, et il a pour moi des peaux de volaille provenant de W. Elliot de Madras.
Je suis très heureux d'apprendre que vous avez dressé des tableaux de quelques Flores concernant les variétés. Voulez-vous simplement me donner le résultat approximatif ? Ne trouvez-vous pas que cela prend beaucoup de temps ? J'emploie un maître d'école laborieusement consciencieux, qui effectue le travail de tabulation et la division en deux grandes cohortes, avec plus de soin que je ne pourrais le faire. Cela étant, je serais très heureux d'avoir un jour Koch, les Canaries de Webb, Ledebour et Grisebach, mais je ne sais même pas où se trouve la Roumélie. Je vais traiter la flore britannique avec trois Flores distinctes ; et j'ai l'intention de diviser les variétés en deux classes, car Asa Gray et Henslow me fournissent les matériaux, et, de plus, A. Gray et H.C. Watson ont marqué pour moi les formes qu'ils considèrent comme de véritables espèces, mais qui sont pourtant très proches d'autres ; et il sera curieux de comparer les résultats. Si tout cela se confirme, c'est très important pour moi ; car cela explique, à mon avis, toute la classification, c'est-à-dire la quasi-ramification et la sous-ramification des formes, comme issues d'une seule racine, les grands genres augmentant et se scindant, etc., comme vous le percevrez. Mais alors intervient aussi ce que j'appelle un principe de divergence, que je pense pouvoir expliquer, mais qui est trop long, et peut-être ne seriez-vous pas curieux de l'entendre. Comme vous vous êtes penché sur ce sujet, vous aimeriez peut-être entendre le peu qui est terminé (car mon maître d'école a eu trois semaines de vacances) — seulement trois cas pour l'instant, je vois.
BABINGTON — Flore britannique.
593 espèces dans des genres de 5 et 593 (hasard étrange, égal) dans plus ont, dans un millier de genres de 3 et moins, des des espèces présentant des variétés. dans un millier présentant des variétés. 134/1000.* 37/1000.
(*53/3. Cette phrase peut être interprétée comme suit : Le nombre d'espèces qui présentent des variétés est de 134 pour mille dans les genres de 5 espèces et plus. Le résultat est obtenu à partir de la tabulation de 593 espèces.)
HOOKER — Nouvelle-Zélande.
Genres avec 4 espèces et plus, Avec 3 espèces et moins, 150/1000. 114/1000.
GODRON — France centrale.
Avec 5 espèces et plus Avec 3 espèces et moins 160/1000. 105/1000.
Je n'entre pas dans les détails concernant l'omission des plantes introduites et des genres très variables, tels que Rubus, Salix, Rosa, etc., qui feraient pencher le résultat davantage en ma faveur.
J'ai eu grand plaisir à voir Henslow, bien que je fusse loin d'être bien à ce moment-là. Adieu, mon cher Hooker : n'oubliez pas votre visite ici un de ces jours.
LETTRE 54. À J.D. HOOKER. Down, 14 novembre [1857].
Mardi, j'expédierai de Londres, où je me rends ce jour-là, les trois volumes restants de Ledebour, Grisebach et Cybele, c'est-à-dire tout ce que je possède, et je vous en suis très sincèrement obligé. Je trouve la règle, pour l'instant, selon laquelle les espèces varient le plus dans les grands genres, universelle, sauf dans la liste très brève et donc imparfaite de la flore hollandaise de Miquel, ce qui me rend très impatient de tabuler une flore plus complète de la Hollande. Je resterai à Londres jusqu'à vendredi matin, et s'il vous est tout à fait commode de m'envoyer deux volumes du Prodromus de D.C., je pourrais les rapporter chez moi et les tabuler. Je penserais qu'un volume avec une grande famille naturelle bien connue, et un volume avec plusieurs petites familles fragmentées serait le mieux, toujours en supposant que les variétés soient visiblement marquées dans les deux. Avez-vous le volume publié par Lowe sur Madère ? Si oui, et si des variétés y sont marquées, j'aimerais beaucoup le voir, pour voir si je peux en tirer quelque chose concernant les habitats des variétés dans une zone si petite — un point sur lequel je suis devenu très curieux. Je crains qu'il n'y ait aucune chance que vous possédiez les « British Shells » de Forbes et Hancock, un ouvrage magnifique, que je souhaite ardemment tabuler.
Mille mercis pour les graines d'Adlumia cirrhosa, que j'observerai avec soin. Ma notice dans le G. Ch. sur les haricots (54.1 « Sur l'action des abeilles dans la fertilisation des fleurs papilionacées » (« Gardeners' Chronicle », 1857, page 725).) m'a valu une lettre curieuse d'un jardinier intelligent, avec un lot de haricots très remarquable, croisés d'une manière merveilleuse DANS LA PREMIÈRE GÉNÉRATION, tout comme les pois envoyés par Berkeley et ceux expérimentés par Gärtner et par Wiegmann. C'est un cas très étrange ; je sèmerai ces graines et verrai ce qui en sortira. Comme il est singulier que le pollen d'une forme puisse affecter les téguments extérieurs et la taille du haricot produit par une espèce pure !...
LETTRE 55. À J.D. HOOKER. Down [1857?].
Vous savez comment je travaille les sujets : à savoir, si je tombe sur une remarque générale, et si je trouve qu'elle est confirmée dans une autre classe très distincte, alors j'essaie de découvrir si elle est vraie, — si elle a un rapport avec mon travail. Ce qui suit, peut-être, pourrait m'être important. Le Dr Wight remarque que les Cucurbitacées (55/1. Wight, « Remarques sur le fruit de l'ordre naturel des Cucurbitacées » (« Ann. Mag. Nat. Hist. » VIII, page 261). R. Wight, F.R.S. (1796-1872) était surintendant du Jardin botanique de Madras.) sont une famille très isolée, et ont des affinités très divergentes. Je trouve, fortement exprimée et illustrée, la même remarque dans les genres d'hyménoptères. Or, il ne m'apparaît pas immédiatement pourquoi un groupe très distinct et isolé serait susceptible d'avoir des affinités plus divergentes qu'un groupe moins isolé. Je suis conscient que la plupart des genres ont des affinités qui vont dans plus de deux directions, ce qui, peut-être, est le cas le plus courant. Je vois combien tout cela est infiniment vague ; mais j'aimerais beaucoup savoir ce que vous et M. Bentham (s'il veut bien lire ceci), qui avez tant prêté attention aux principes de classification, en pensez. Peut-être que la meilleure façon serait de penser à une demi-douzaine des groupes de plantes les plus isolés, et d'examiner ensuite si les affinités pointent dans un nombre inhabituel de directions. Il est fort probable que vous trouviez la question tout entière trop vague pour valoir la peine d'être considérée.
LETTRE 56. À J.D. HOOKER. Down, 8 avril [1857].
Je veux maintenant vous demander votre avis, et obtenir des faits sur un point ; et comme j'aurai souvent besoin de le faire au cours de l'année ou des deux années à venir, permettez-moi de dire, une fois pour toutes, que vous ne devez pas vous donner de peine par simple bienveillance (dont vous avez une réserve très abondante à mon égard), mais vous devez considérer, concernant la peine que peut représenter une question, si vous pensez que cela en vaut la peine — car toute perte de temps diminue d'autant votre travail original — de me donner des faits à citer sous votre autorité dans mon ouvrage. Ne pensez pas que je serai déçu si vous ne pouvez pas trouver le temps ; car j'ai déjà énormément profité de votre jugement et de vos connaissances. Je vous prie instamment d'agir comme je le suggère, et de ne pas vous donner de peine uniquement par bienveillance.
Mon point est le suivant : Harvey donne le cas du Fucus variant remarquablement, et pourtant de la même manière dans des conditions très différentes. D. Don fait la même remarque concernant Juncus bufonius en Angleterre et en Inde. Polygala vulgaris a des fleurs blanches, rouges et bleues aux îles Féroé, en Angleterre, et je crois qu'Herbert dit à Zante. Or, de tels cas me semblent très frappants, montrant combien certaines variations ont peu de rapport avec les conditions climatiques.
Pensez-vous qu'il existe beaucoup de tels cas ? Oxalis corniculata présente-t-elle exactement les mêmes variétés sous des climats très différents ?
Qu'en est-il de toute autre plante britannique en Nouvelle-Zélande, ou au pied de l'Himalaya ? Voulez-vous réfléchir à cela et me faire savoir le résultat ?
Une autre question : vous souvenez-vous si le Sonchus introduit en Nouvelle-Zélande était moins, aussi, ou plus commun que la souche aborigène de la même espèce, là où les deux se trouvaient ensemble ? J'oublie s'il existe un autre cas parallèle à cet étrange cas du Sonchus...
J'ai fait de bons, quoique lents, progrès avec mon livre, car les faits se sont joliment répartis en groupes, s'éclairant mutuellement.
LETTRE 57. À T.H. HUXLEY. Moor Park, Farnham, Surrey [1857?].
Votre lettre m'a été transmise ici, où je profite de quelques semaines de repos et d'hydrothérapie. Votre lettre m'a beaucoup intéressé et amusé. Je suis extrêmement heureux que vous ayez repris la question du puceron (57/1. L'article du professeur Huxley sur la reproduction organique des pucerons se trouve dans les « Trans. Linn. Soc. » XXII (1858), page 193. Le professeur Owen avait traité le sujet dans sa conférence inaugurale hunterienne « Sur la parthénogenèse » (1849). Sa théorie ne peut être exposée ici en détail. Brièvement, il soutient que la parthénogenèse est due à l'héritage d'un « reste de vertu spermatique » : lorsque la « force » ou « vertu spermatique » est épuisée, une nouvelle imprégnation se produit. Huxley critique sévèrement à la fois les faits et la théorie d'Owen.) , mais, pour l'amour du ciel, ne jouez pas le doux Hindou (quoi que cela puisse être) avec Owen ; votre confesseur tremble pour vous. J'imagine qu'Owen accorde beaucoup d'importance à cette doctrine qui est la sienne ; je ne l'ai jamais crue depuis le début, et je ne peux m'empêcher de penser que le même pouvoir est à l'œuvre pour produire des pucerons sans fertilisation, et pour produire, par exemple, des ongles sur le moignon amputé des doigts d'un homme, ou la nouvelle queue d'un lézard. À propos, j'ai vu quelque part au cours de la semaine dernière ou presque, une déclaration d'un homme élevant à partir du même lot d'œufs des pucerons ailés et non ailés, ce qui m'a semblé nouveau. Un Yankee ne dit-il pas que les pucerons vivipares américains sont ailés ? Je suis particulièrement heureux que vous ruminiez sur l'acte de fertilisation : cela m'a longtemps semblé être le plus merveilleux et le plus curieux des problèmes physiologiques. J'ai souvent et souvent spéculé par amusement sur le sujet, mais tout à fait inutilement. Ne pensez-vous pas que la conjugaison des Diatomées finira par éclairer le sujet ? Mais l'autre jour, je suis arrivé à la conclusion qu'un jour nous aurons des cas de jeunes produits à partir de spermatozoïdes ou de pollen sans ovule. Abordant le sujet du côté qui m'attire le plus, à savoir l'hérédité, j'ai été récemment enclin à spéculer, très grossièrement et indistinctement, que la propagation par une véritable fertilisation s'avérera être une sorte de mélange, et non une véritable fusion, de deux individus distincts, ou plutôt d'innombrables individus, car chaque parent a ses parents et ancêtres. Je ne peux comprendre sous aucun autre angle la façon dont les formes croisées reviennent dans une si large mesure à des formes ancestrales. Mais tout cela, bien sûr, est infiniment grossier. J'espère être à Londres au cours de ce mois, et il y a deux ou trois points que, pour mon propre compte, je veux discuter brièvement avec vous.
LETTRE 58. À T.H. HUXLEY. Down, 26 septembre [1857].
Merci pour votre très agréable mot. Cela m'amuse de voir quel croque-mitaine je suis devenu pour vous ; alors qu'ayant écrit quelque phrase très piquante et bonne, il doit être fort désagréable de voir mon visage surgir comme un spectre laid. (58/1. Cela fait probablement référence au souhait de Darwin de modérer une certaine pugnacité chez Huxley.) J'ai toujours soupçonné Agassiz de superficialité et de piètres facultés de raisonnement ; mais je pense que de tels hommes font un bien immense à leur manière. Voyez comme il a remué toute l'Europe au sujet des glaciers. À propos, Lyell a étudié les glaciers, ou plutôt leurs effets, et semble avoir fait du bon travail en testant et en jugeant ce que d'autres ont fait...
En ce qui concerne la classification et toutes les disputes sans fin sur le « Système Naturel », qu'aucun auteur ne définit de la même manière, je crois qu'il devrait, conformément à mes notions hétérodoxes, être simplement généalogique. Mais comme nous n'avons pas d'arbres généalogiques écrits, vous direz peut-être que cela n'aidera pas beaucoup ; mais je pense qu'il le fera finalement, chaque fois que l'hétérodoxie deviendra orthodoxie, car cela balayera une quantité immense de détritus sur la valeur des caractères, et rendra claire la différence entre analogie et homologie. Le temps viendra, je le crois, bien que je ne vivrai pas assez longtemps pour le voir, où nous aurons des arbres généalogiques assez vrais de chaque grand règne de la Nature.
LETTRE 59. À T.H. HUXLEY. Down, 16 décembre [1857].
À mon avis, votre Catalogue (59/1. Il ressort d'une lettre à Sir J.D. Hooker (25 décembre 1857) que la référence concerne les épreuves de la « Préface explicative du Catalogue de la collection paléontologique du Musée de géologie pratique », par T.H. Huxley et R. Etheridge, 1865. M. Huxley ajoute une note à la page xlix : « Il convient de noter que ces pages ont été écrites avant l'apparition du livre de M. Darwin sur « L'Origine des espèces » — un ouvrage qui a provoqué une révolution dans la spéculation biologique ».) est tout simplement le meilleur résumé, de loin, sur l'ensemble de la science de l'Histoire naturelle que j'aie jamais vu. Je n'ai vraiment aucune critique : je suis d'accord avec chaque mot. Vos métaphores et vos explications me semblent admirables. Dans de nombreuses parties, il est curieux de voir comment ce que vous avez écrit concorde avec ce que j'ai été en train d'écrire, avec seulement la mélancolique différence pour moi que vous mettez tout d'une manière deux fois plus frappante que je ne le fais. J'ajoute, plus pour montrer que j'ai prêté attention à l'ensemble que pour tout autre objet, quelques critiques très triviales.
J'ai été amusé de rencontrer certains des arguments que vous avez avancés en discutant avec moi, sur la classification ; et cela me fait plaisir [que] mes longues proses n'aient pas été tout à fait inutiles, puisqu'elles vous ont amené à faire ressortir ici quelques bonnes phrases. Mais sur la classification (59/2. Cela fait probablement référence à la discussion de M. Huxley sur la « Classification naturelle », un sujet difficilement susceptible d'un traitement fructueux en dehors d'un point de vue évolutionniste.) je ne suis pas tout à fait sûr que je vous suive encore totalement, bien que je sois d'accord avec chaque mot que vous avez dit ici. L'ensemble, je le répète, est à mon avis admirable et excellent.
LETTRE 60. À J.D. HOOKER. Down, 28 février [1858].
Mille remerciements pour le De Candolle reçu. J'ai mis les grands genres en chantier. Merci aussi pour vos remarques précieuses sur les affinités des espèces dans les grands genres, qui me seront d'une grande utilité dans mon chapitre sur la classification. Votre avis est ce que j'avais attendu d'après le peu que je savais, mais je voulais vivement qu'il soit confirmé, et beaucoup de vos remarques étaient plus ou moins nouvelles pour moi et toutes de valeur.
Vous donnez une piètre image de la philosophie de la Botanique. De par mon ignorance, je suppose, je peux difficilement me persuader que les choses sont aussi mauvaises que vous les dépeignez, — vous auriez pu écrire des remarques sur l'Ornithologie ! Je méditerai beaucoup sur vos remarques, qui seront aussi très utiles quand j'écrirai et considérerai mes tableaux des grands et petits genres. Je suis navré pour moi-même de dire que Watson est d'accord avec votre point de vue, mais avec beaucoup de doutes. Je ne lui avais donné aucune indication sur votre opinion. J'ai écrit à A. Gray et à X., qui — c'est-à-dire ce dernier — sur ce point peut être considéré comme le « Foolometer » (appareil à mesurer la stupidité) de S. Smith.
Je travaille maintenant sur plusieurs des grandes Flores locales, en omettant complètement tous les plus petits genres. Quand j'aurai fait cela, et vu ce que disent les sections des plus grands genres, et vu quels sont les résultats de la répartition et de la fréquence des espèces variables, je devrai arriver à une conclusion définie sur le fait de renoncer ou non à tout espoir. Je montrerai alors comment ma théorie pointe, comment les faits se tiennent, exposerai ensuite la nature de votre grave assaut et céderai entièrement ou défendrai le cas autant que je le peux honnêtement.
Encore une fois, je vous remercie pour votre aide inestimable. Je n'ai pas ressenti le coup [les critiques de Hooker] autant ces derniers temps, car j'ai été outre mesure intéressé par l'instinct constructeur de l'abeille domestique. Adios, vous terrible tourmenteur de pauvres théoriciens !
LETTRE 61. À J.D. HOOKER. Down [1858?]
Mille remerciements pour le Ledebour et encore plus pour votre lettre, avec son admirable résumé de toutes vos objections. C'est vraiment très aimable de votre part de vous donner tant de mal pour ce qui vous semble, et qui est probablement, de simples fantaisies.
J'essaierai sérieusement d'être prudent. Je rédigerai mes tableaux et ma conclusion, et (une fois bien recopiés) j'espère que vous aurez la gentillesse de les lire. Je les mettrai alors de côté et, après quelques mois, les regarderai avec des yeux neufs. J'incorporerai brièvement toutes vos objections et celles de Watson. Je souffre d'une grande difficulté car je suis sûr que, avec le peu de travail systématique que j'ai fait, les petits genres étaient plus intéressants et attiraient donc davantage mon attention.
Il y a une de vos remarques dont je ne vois pas la portée selon votre point de vue — à savoir que dans les genres monotypiques « la variation et la variabilité » sont « beaucoup plus fréquemment remarquées » que dans les genres polytypiques. Je n'aime guère demander, mais c'est le seul de vos arguments dont je ne vois pas la portée ; et j'en serais certainement très heureux de le savoir. Je crois que je suis le penseur le plus lent (peut-être le pire) d'Angleterre ; et j'admets maintenant par conséquent pleinement l'hostilité des Urticacées, que je mentionnerai dans mes tableaux.
Je ne ferai aucune remarque sur vos objections, car j'espère vraiment que vous lirez mon manuscrit, ce qui ne vous coûtera pas beaucoup de peine une fois proprement recopié. D'après ma propre expérience, je crois à peine que les observateurs les plus sagaces, sans compter, auraient pu prédire s'il y avait plus ou moins de variétés enregistrées dans les grands ou petits genres ; car j'ai trouvé, en faisant réellement la liste, que je ne pouvais jamais établir de balance dans mon esprit, — un bon nombre de variétés survenant ensemble, dans les petits ou dans les grands genres, me faisait toujours perdre l'équilibre...
P.-S. — Je viens de penser que votre remarque sur la grande variation des genres monotypiques était pour me montrer que même dans ceux-ci, les plus petits genres, il y avait beaucoup de variabilité. S'il en est ainsi, alors ne répondez pas ; et je le comprendrai ainsi.
LETTRE 62. À J.D. HOOKER. 23 février [1858].
Voulez-vous penser à certains des plus grands genres avec lesquels vous êtes bien familiarisé, puis supposer que les 4/5 des espèces sont totalement détruites et inconnues dans les sections (pour ainsi dire) autant que possible au centre de tels grands genres ? Alors, le 1/5 restant des espèces, formant quelques sections, serait-il, selon la pratique générale des botanistes moyens de bonne valeur, classé comme des genres distincts ? Bien sûr, dans ce cas, ce seraient des genres étroitement apparentés. La question, en fait, est : toutes les espèces d'un genre gigantesque sont-elles maintenues ensemble dans ce genre parce qu'elles sont réellement si étroitement semblables qu'elles en sont inséparables ? ou est-ce parce qu'aucune faille ou frontière ne peut être tracée séparant les nombreuses espèces ? La question aurait pu être posée pour les Ordres.
LETTRE 63. À J.D. HOOKER. Down, 9 février [1858].
Je vous serais très obligé de me donner votre avis sur ce qui est ci-joint. Vous vous souvenez peut-être que dans les trois premiers volumes tabulés, tous les ordres étaient corrects, à l'exception des Labiatae. Soit dit en passant, si par un hasard extraordinaire vous n'avez pas jeté le bout de papier contenant les résultats précédents, j'aimerais que vous me le renvoyiez, car j'ai perdu ma copie et je vais devoir refaire toute la division ; mais NE le cherchez PAS, car dans tous les cas, j'aurais refait le calcul.
Maintenant, j'ai terminé les trois autres volumes. Vous verrez que toutes les espèces dans les six volumes réunis vont bien, de même que tous les ordres dans les trois derniers volumes, à l'exception des Verbenaceae. Les Verbenaceae ne sont-elles pas très étroitement apparentées aux Labiatae ? Si c'est le cas, on pourrait penser que cette coïncidence n'est pas le fruit du simple hasard. Les espèces des Labiatae et des Verbenaceae réunies représentent entre 1/5 et 1/6 de toutes les espèces (15 645) que j'ai maintenant tabulées.
À présent, en gardant à l'esprit les nombreuses Flores locales que j'ai tabulées (couvrant tout l'hémisphère nord), et en considérant qu'elles (ainsi que les auteurs du Prodromus de D.C.) apporteraient probablement des degrés de soin différents dans l'enregistrement des variétés, et que les genres seraient divisés selon des principes différents par des hommes différents, etc., je suis très surpris de l'uniformité du résultat, et je suis convaincu que la règle selon laquelle les petits genres varient moins que les grands doit contenir une part de vérité. Qu'en pensez-vous ? Hypothétiquement, je peux conjecturer comment les Labiatae pourraient faire défaut, à savoir si certaines petites divisions de l'Ordre prenaient actuellement de l'importance dans le monde et variaient beaucoup en produisant des espèces. Cela me donne envie de savoir si vous pourriez diviser les Labiatae en quelques grandes divisions naturelles, et je les tabulerais alors séparément en tant que sous-ordres. Je vois que Lindley fait tant de divisions qu'il n'y en aurait pas assez dans chacune pour obtenir une moyenne. J'envoie le tableau des Labiatae au cas où vous seriez en mesure de faire cela pour moi. Vous pourriez tracer des lignes obliques incluant et séparant à la fois les grands et les petits genres. J'ai également divisé toutes les espèces en deux masses égales, et ma règle reste valable pour toutes les espèces d'une masse dans les six volumes ; mais elle fait défaut dans plusieurs (quatre) grands Ordres, à savoir les Labiatae, les Scrophulariaceae, les Acanthaceae et les Proteaceae. Mais alors, lorsque les espèces sont divisées en deux parties presque exactement égales, les divisions comportant de grands genres sont très peu nombreuses : par exemple, dans les Solanaceae, Solanum fait équilibre à tous les autres. Dans les Labiatae, sept genres gigantesques font équilibre à tous les autres (soit 113), et dans les Proteaceae, cinq genres font équilibre à tous les autres. Or, selon mes notions hypothétiques, je suis loin de supposer que tous les genres continuent de croître indéfiniment, et par conséquent je ne suis pas surpris de ce résultat lorsque la division est faite de telle sorte qu'il n'y a que très peu de genres d'un côté. Mais, selon mes notions, les sections ou sous-genres des genres gigantesques devraient obéir à ma règle (c'est-à-dire, en supposant qu'un genre gigantesque ait atteint son maximum, toute croissance qui se produirait encore devrait se produire dans les plus grands sous-genres). Pensez-vous que les sections des genres gigantesques dans le Prodromus de D.C. soient généralement NATURELLES : c'est-à-dire non fondées sur de simples caractères artificiels ? Si vous pensez qu'elles sont généralement faites aussi naturelles que possible, alors j'aimerais beaucoup tabuler les sous-genres, en les considérant pour le moment comme de bons genres. Dans ce cas, et si vous ne me trouvez pas déraisonnable de le demander, je serais très heureux d'obtenir le prêt des volumes X, XI, XII et XIV, qui incluent les Acanthaceae, les Scrophulariaceae, les Labiatae et les Proteaceae, c'est-à-dire les ordres qui, lorsqu'ils sont divisés de manière tout à fait égale, ne sont pas conformes à ma règle et dans lesquels un très petit nombre de genres fait équilibre à tous les autres.
Je vous ai écrit une prose formidablement longue.
LETTRE 64. À J.D. HOOKER. Down, 8 juin [1858].
Je suis confiné sur le canapé avec des furoncles, vous devez donc me laisser écrire au crayon. Vous ririez si vous saviez à quel point votre mot m'a fait plaisir. J'avais la conviction la plus ferme que vous diriez que tout mon manuscrit n'était que foutaises, et Dieu merci, vous êtes l'un des rares hommes à oser dire la vérité. Bien que je n'aurais pas eu grand souci à jeter ce que vous avez vu, j'ai été forcé de m'avouer que tout se ressemblait beaucoup, et que si vous condamniez cela, vous condamneriez tout le travail de ma vie, et je confesse que cela m'a un peu abattu ; mais j'aurais pu le supporter, car j'ai la conviction d'avoir honnêtement fait de mon mieux. La discussion intervient à la fin du long chapitre sur la variation à l'état de nature, de sorte que j'ai discuté, autant que je suis capable, de la manière de nommer les variétés. J'essaierai de laisser de côté toute allusion aux genres qui apparaissent et disparaissent dans cette partie, jusqu'à ce que je discute du « Principe de Divergence » qui, avec la « Sélection Naturelle », est la clé de voûte de mon livre ; et j'ai une très grande confiance dans le fait qu'il est solide. Je ferais copier cette discussion, si je pouvais vraiment penser que cela ne vous ennuierait pas de la lire, car, croyez-moi, j'apprécie à sa juste valeur chaque mot de critique venant de vous, et l'avantage que j'en ai tiré ne peut être exprimé...
Je suis heureux d'apprendre que le pauvre vieux Brown meurt si paisiblement...
Vous trouverez cela mesquin, mais comme on m'a demandé de payer pour l'impression du Diplôme [d'une Société dont il avait été nommé membre honoraire], je n'ai pas voulu refuser, donc j'envoie 1 livre. Mais je trouve que c'est un procédé mesquin. Si un gentleman me rendait un service, bien que sans que je l'aie demandé, et exigeait ensuite un paiement, je le paierais, et je le considérerais comme un piètre individu ; et c'est sur ce principe que j'envoie ma livre.
(65/1. Les quatre lettres suivantes se réfèrent à une enquête instituée en 1858 par les Administrateurs du British Museum concernant la disposition des Collections d'Histoire Naturelle. L'enquête fut l'une des premières étapes vers l'établissement du Musée de Cromwell Road, qui fut effectif en 1875.)
LETTRE 65. À R.I. MURCHISON. Down, 19 juin [1858].
Je viens de recevoir votre mot. Malheureusement, je ne peux pas assister à la réunion au British Museum lundi. Je ne suppose pas que mon opinion sur le sujet de votre mot puisse être d'une quelconque valeur, car je n'ai pas beaucoup réfléchi à la question, ni eu l'avantage d'en discuter avec d'autres naturalistes. Mais mon impression est qu'il y a beaucoup de poids dans ce que vous dites sur le fait de ne pas démembrer la collection d'histoire naturelle du British Museum. Je pense qu'une collection nationale devrait se trouver à Londres. Je peux cependant voir que quelques arguments de poids pourraient être avancés en faveur de Kew, en raison de l'immense valeur de la collection et de la bibliothèque de Sir W. Hooker ; mais ce sont des propriétés privées, et je ne sache pas qu'il y ait la moindre certitude qu'elles restent toujours à Kew. Si cela avait été le cas, j'aurais pensé que la collection botanique aurait pu y être transférée sans mettre en danger les autres branches des collections. Mais je pense que ce serait le plus grand mal qui puisse jamais arriver à la science naturelle dans ce pays si les autres collections devaient jamais être retirées du British Museum et de sa Bibliothèque.
LETTRE 66. À T.H. HUXLEY.
(66/1. Le mémorial auquel il est fait référence dans la lettre suivante fut adressé le 18 novembre au Chancelier de l'Échiquier. Il fut signé par Huxley, Bentham, W.H. Harvey, Henfrey, Henslow, Lindley, Busk, Carpenter et Darwin. Le mémorial, qui est accessible, tel qu'il a été publié dans la « Gardeners' Chronicle », 27 novembre 1858, page 861, recommandait, de manière générale, la consolidation des collections botaniques nationales à Kew.
En février 1900, un Comité fut nommé par les Lords Commissaires de la Trésorerie « pour examiner les dispositions actuelles selon lesquelles le travail botanique est effectué et les collections entretenues par les Administrateurs du British Museum, et sous l'autorité du Premier Commissaire aux Travaux à Kew, respectivement ; et pour rapporter quels changements (s'il en est) dans ces dispositions sont nécessaires ou souhaitables afin d'éviter la duplication du travail et des collections dans les deux institutions ». Le Comité a publié son rapport en mars 1901, recommandant une disposition similaire à celle proposée en 1858.)
Down, 23 octobre [1858].
Les noms que vous donnez comme soutenant votre mémorial me font totalement douter de mon propre jugement ; mais, comme je dois dire oui ou non, je suis forcé de dire que je doute de la sagesse de ce mouvement, et que je ne suis pas disposé pour le moment à signer. Mes raisons, peut-être de très peu de valeur, sont les suivantes. Les classes dirigeantes sont totalement dépourvues de sens scientifique, et les hommes d'art et d'archéologie ont beaucoup plus de poids auprès du Gouvernement que nous n'en avons. Si nous faisons un pas pour nous séparer du British Museum, je ne peux m'empêcher de craindre que nous ne courions à notre perte. Je pense que nous devons notre position en grande partie aux centaines de milliers de personnes qui visitent le British Museum, attirées par le mélange hétérogène d'objets. Si nous perdions ce soutien, comme je pense que nous le ferions — car une simple collection d'animaux ne semble pas très attrayante pour les masses (à en juger par le Musée de la Société Zoologique, autrefois situé à Leicester Square) — alors je ne pense pas que nous obtiendrions autant d'aide de la part du Gouvernement. Par conséquent, je serais enclin à m'en tenir aux momies et aux dieux assyriens aussi longtemps que nous le pourrions. Si nous savions que le Gouvernement allait nous expulser, alors, et seulement alors, je serais enclin à faire un mouvement énergique. Si nous devions nous séparer, je ne crois pas que nous aurions des fonds accordés pour les nombreux livres requis pour une consultation occasionnelle : chacun doit parler d'après sa propre expérience. J'ai si souvent eu besoin de voir d'anciennes Transactions et d'anciens Voyages, etc., que je regretterais extrêmement, en travaillant au British Museum, d'être séparé de la bibliothèque entière. Les facilités pour travailler sur certaines grandes classes — comme les oiseaux, les grands fossiles, etc. — sont sans aucun doute aussi mauvaises que possible, ou plutôt impossibles, lors des jours d'ouverture au public ; mais j'ai trouvé les salles de travail des Assistants très pratiques pour toutes les autres classes, tous les jours.
En ce qui concerne les collections botaniques, je suis trop ignorant pour exprimer la moindre opinion. Le point semble être de savoir dans quelle mesure les botanistes s'opposeraient à se rendre à Kew ; mais il y a évidemment beaucoup de grands avantages dans ce transfert.
Si j'avais le choix, je ferais de la collection du British Museum seulement une collection typique pour l'exposition, ce qui serait tout aussi amusant et bien plus instructif pour la population (et je pense pour les naturalistes) que l'énorme exposition actuelle d'oiseaux et de mammifères. J'économiserais les frais de naturalisation, et je garderais toutes les peaux, à l'exception de quelques « typiques », dans des tiroirs. Ainsi, beaucoup de place serait économisée, et un peu plus d'espace pourrait être accordé aux véritables travailleurs, qui pourraient travailler toute la journée. Des salles équipées de milliers de tiroirs coûteraient très peu. Avec cela, je serais satisfait. Jusqu'à ce que j'aie une information assez sûre que nous allions être expulsés, je ne bougerais pas dans cette affaire. Avec des opposants tels que ceux que vous nommez, j'ose dire que j'ai tout à fait tort ; mais c'est mon meilleur jugement actuel, bien que douteux...
Il me semble dangereux de faire même allusion à un nouveau Musée Scientifique — un Musée populaire, et de subventionner les Jardins Zoologiques ; cela effraierait, je pense, n'importe quel Gouvernement.
LETTRE 67. À J.D. HOOKER. Moor Park, Farnham, Surrey [29 octobre] [1858].
Comme vous dites que vous avez de bonnes informations privées selon lesquelles le Gouvernement a l'intention de retirer la collection du British Museum, le cas pour moi individuellement est totalement changé ; et comme le mémorial se présente maintenant, avec une telle expression à sa tête, je n'ai aucune objection à signer. Je dois exprimer une opinion très forte selon laquelle ce serait un mal immense que de déménager à Kensington, non pas tant à cause des hommes de science que pour les masses dans toute la partie est et centrale de Londres. Je pense en outre que ce serait un grand mal de séparer une collection typique (que je ne peux en aucun cas considérer comme seulement populaire) de la collection complète. Ne pourrait-on pas ajouter une expression, encore plus forte que celles utilisées actuellement, sur l'exposition (qui est une sorte de vanité chez les conservateurs) d'un si grand nombre d'oiseaux et de mammifères, avec une telle perte de place. Je suis abattu par la conviction que le Gouvernement ne donnera jamais assez d'argent pour une bibliothèque vraiment bonne.
Je ne veux pas être capricieux, mais je détesterais signer sans une mention sur le site étant facilement accessible à la population de tout Londres.
Je le répète, dans l'état actuel des choses, je serai fier de signer.
LETTRE 68. À T.H. HUXLEY. Down, 3 novembre [1858].
Je souscris très entièrement à tout ce que vous dites dans votre mot. J'ai eu une correspondance avec Hooker sur le sujet. Comme il semble certain qu'un mouvement au British Museum est généralement anticipé, mon objection principale est tout à fait levée ; et, comme je l'ai dit à Hooker, je n'ai aucune objection à signer un mémorial de la nature de celui qu'il m'a envoyé ou celui maintenant retourné. Tous deux me semblent très bons. Je ne peux m'empêcher de craindre que le Gouvernement ne nous accorde jamais assez d'argent pour des livres. Je peux voir de nombreux avantages à ne pas être sous l'aile peu maternelle de l'art et de l'archéologie, et ma seule crainte était que nous ne fussions pas assez forts pour vivre sans une certaine protection, tant est profond, je pense, le mépris pour et l'ignorance de la Science Naturelle parmi la petite noblesse d'Angleterre. Hooker me dit que je serais converti en faveur de Kensington Gore si j'entendais tout ce qui peut être dit en sa faveur ; mais je ne peux encore m'empêcher de penser qu'une localité si occidentale est un grand malheur. Lyell a-t-il été consulté ? Le sien serait un nom puissant, et de tels noms comptent beaucoup auprès de nos Gouvernants ignorants. Vous semblez avoir pris beaucoup de peine dans cette affaire, et je vous en honore.
LETTRE 69. À J.D. HOOKER. Down, 9 novembre [1858].
Je suis tout à fait ravi d'entendre parler de la médaille Copley et de Lyell. (69/1. La médaille Copley de la Royal Society fut décernée à Lyell en 1858.) Je suis devenu chaud d'indignation à maintes reprises en pensant à la façon dont la proposition a été accueillie l'année dernière, selon votre compte rendu. Je suis également très heureux d'entendre parler de Hancock (Albany Hancock a reçu une Médaille Royale en 1858.) ; cela montrera que les provinciaux ne sont pas négligés. Dans l'ensemble, les médailles sont capitales. Je serai fier et tenu d'aider de quelque manière que ce soit pour l'éloge, ce qui est une taxe assez lourde sur les proposants de médailles, comme je l'ai découvert pour Richardson et Westwood ; mais le cas de Lyell sera vingt fois plus difficile. Je commencerai dès ce soir à noter quelques remarques sur Lyell ; bien que, sans doute, la plupart soient superflues, et que plusieurs nécessiteraient une considération délibérée. Quoi qu'il en soit, de telles notes pourraient être une aide préliminaire pour vous ; je vous les enverrai dans quelques jours, et ferai tout ce que vous pourriez souhaiter...
P.-S. — J'ai reçu une lettre d'Henslow ce matin. Il vient ici [jeudi] le 25, et je serai ravi de le voir ; mais cela m'empêche de venir au Club, comme j'avais prévu de le faire, et maintenant je suppose que je ne serai pas à Londres avant le 16 décembre, si des imprévus ne m'obligent pas à venir plus tôt. Bien sûr, je n'ai pas dit un mot à Henslow de mon changement de plans. J'avais attendu avec plaisir une discussion avec vous et d'autres.
P.-S. 2. — J'ai travaillé toute la soirée d'hier à réfléchir, et j'ai écrit le papier envoyé par ce courrier ce matin. Pas une phrase ne ferait l'affaire, mais c'est le genre d'esquisse approximative que j'aurais dessinée si j'avais eu à le faire. Dieu sait si cela vous aidera en quoi que ce soit. C'est misérablement écrit, avec des métaphores horriblement mauvaises, probablement une grammaire horriblement mauvaise. C'est mon impression délibérée, telle que je l'aurais écrite à tout ami qui m'aurait demandé ce que je pensais des mérites de Lyell. Je ferai tout ce que vous pourriez souhaiter, ou que je peux faire.
LETTRE 70. À J.D. HOOKER. Down, 30 décembre [1858].
J'ai fait copier ceci pour vous épargner des ennuis, car c'était vilainement écrit, et c'est maintenant vilainement exprimé.
Votre lettre m'a beaucoup intéressé ; mais combien sont inextricables les sujets que nous discutons ! Je ne pense pas avoir dit que je pensais que les productions d'Asie étaient SUPÉRIEURES (70/1. Sur l'utilisation des termes « supérieur » et « inférieur », voir les Lettres 35 et 36.) à celles d'Australie. J'ai l'intention d'éviter soigneusement cette expression (70/2. Dans un papier de notes au crayon épinglé dans l'exemplaire de Darwin des « Vestiges » figurent les mots : « Ne jamais utiliser le mot (sic) supérieur et inférieur ».), car je ne pense pas que quiconque ait une idée définie de ce qui est entendu par supérieur, sauf dans les classes qui peuvent vaguement être comparées à l'homme. Selon notre théorie de la Sélection Naturelle, si les organismes d'une zone quelconque appartenant aux périodes de l'Éocène ou du Secondaire étaient mis en compétition avec ceux existant actuellement dans la même zone (ou probablement dans n'importe quelle partie du monde), ils (c'est-à-dire les anciens) seraient battus à plate couture et exterminés ; si la théorie est vraie, il doit en être ainsi. De la même manière, je crois qu'un plus grand nombre de productions d'Asie, le plus grand territoire du monde, battraient celles d'Australie, que l'inverse. Ainsi semble-t-il en être entre l'Europe et l'Amérique du Nord, car je peux difficilement croire à la différence du flux de commerce causant une si grande différence dans les proportions d'immigrants. Mais ce genre de supériorité (je souhaiterais pouvoir inventer une expression, et je dois essayer de le faire) est différent de la supériorité dans l'acception commune du mot. Cela pourrait être lié à la dégradation de l'organisation : ainsi, le serpent aveugle et dégradé ressemblant à un ver (Typhlops) pourrait supplanter le vrai ver de terre. Ici, il y aurait donc dégradation dans la classe, mais certainement augmentation dans l'échelle d'organisation chez les habitants généraux du pays. D'un autre côté, il serait tout aussi facile de croire que les vrais vers de terre pourraient battre le Typhlops. Je ne vois pas comment cette « supériorité compétitive » peut être testée de quelque manière que ce soit par nous. Et c'est un réconfort pour moi lorsque je compare mentalement les organismes siluriens et récents. Non pas que je doute qu'un long cours de « supériorité compétitive » rendra finalement l'organisation supérieure dans tous les sens du mot ; mais il semble très difficile de la tester. Regardez l'Erigeron canadensis d'une part et l'Anacharis (70/3. L'Anacharis (Elodea canadensis) et l'Erigeron canadensis sont tous deux des immigrants réussis d'Amérique.) d'autre part ; ces plantes doivent avoir un certain avantage sur les productions européennes, pour se répandre comme elles l'ont fait. Pourtant, qui pourrait le découvrir ? Les singes peuvent coexister avec les paresseux et les opossums, des ordres au bas de l'échelle ; et les opossums pourraient bien être battus par des insectivores placentaires, venant d'un pays où il n'y avait pas de singes, etc. Je serais désolé de renoncer à l'idée qu'un ancien et très grand territoire continu produirait généralement des organismes supérieurs dans le sens compétitif qu'un territoire plus petit. Je peux, bien sûr, avoir tout à fait tort au sujet des plantes d'Australie (et vos faits sont, bien sûr, tout à fait nouveaux pour moi sur leur supériorité), mais quand je lis les comptes rendus de l'immense propagation des plantes européennes en Australie, et que je pense à la laine et au maïs apportés de là-bas en Europe, et pas une seule plante naturalisée, je peux difficilement éviter le soupçon que l'Europe bat l'Australie dans ses productions. Si beaucoup (c'est-à-dire plus d'une ou deux) de plantes australiennes sont VRAIMENT naturalisées en Inde (N.B. La naturalisation sur les montagnes indiennes n'est guère tout à fait juste, car les montagnes sont de petites îles dans la terre) je dois baisser pavillon. Je serais heureux d'entendre si ce que j'ai écrit très obscurément sur ce point produit QUELQUE effet sur vous ; car je veux clarifier mon esprit, car peut-être devrais-je mettre une phrase ou deux dans mon résumé à ce sujet. (70/4. « Résumé » était le nom donné par Darwin à l'« Origine » durant des parties de 1858 et 1859.)
J'ai toujours été disposé à baisser pavillon sur d'anciennes et immenses étendues de terre dans les océans, si quelque cas l'exigeait à un degré éminent. Peut-être le vôtre pourrait-il être un tel cas, mais pour le moment, je préfère grandement les terres dans les régions antarctiques, où il n'y a aujourd'hui que glace et neige, mais qui, avant la période glaciaire, auraient fort bien pu être couvertes de végétation. Vous avez ainsi beaucoup moins de terres à inventer, et celles-ci sont plus centrales ; et l'on obtient de l'aide grâce aux glaces flottantes pour le transport des graines.
J'espère ne pas vous lasser en griffonnant mes idées sur cette longueur. Après vous avoir écrit pour la dernière fois, j'ai commencé à penser que la Terre malaise aurait pu exister durant une partie de l'époque glaciaire. La raison pour laquelle j'ai d'abord douté venait de la différence entre les mammifères existants dans les différentes îles ; mais beaucoup sont très proches, et certains identiques dans les îles, et je me trompe constamment en pensant au peu de changement que les coquillages et les plantes, tout en coexistant dans leur propre hémisphère nord, ont subi depuis l'époque glaciaire ; mais je suis convaincu qu'il s'agit là d'un raisonnement très faux, car les relations des organismes avec de nouveaux organismes, lorsqu'ils sont réunis, sont de loin les plus importantes.
Lorsque vous dites que les plantes ont subi plus de changements depuis les anciennes périodes géologiques que les animaux, ne comparez-vous pas plutôt les plantes aux animaux supérieurs ? Pensez au peu de changements qu'ont connus certains mollusques, voire beaucoup d'entre eux. Rappelez-vous le Nautilus silurien, la Lingula et autres brachiopodes, et la Nucula, et parmi les échinodermes, l'Asterias silurien, etc.
Ce que vous dites sur la faible taille des plantes d'eau saumâtre m'intéresse. Je me souviens qu'elles ont tendance à être sociales (c'est-à-dire de nombreux individus par rapport aux formes spécifiques), et je serais tenté de considérer cela comme un cas de très petite aire, et par conséquent de très peu d'individus par rapport à ceux vivant sur terre ou en eau douce pure ; et donc un moindre développement (mot odieux !) que sur terre ou en eau douce. Mais c'est ici qu'intervient votre épée à double tranchant ! J'aimerais beaucoup voir tout article sur les plantes d'eau saumâtre ou du bord de mer ; mais je suppose qu'un tel ouvrage n'a jamais été publié.
Merci au sujet du Nelumbium, car je pense que c'était précisément la plante qui, par la taille de sa graine, m'étonnait, et qu'A. De Candolle citait comme un cas merveilleux de transport presque impossible. Je découvre maintenant, à ma surprise, que les hérons se nourrissent parfois de fruits [illisible] ; et les grèbes de graines de Composées.
Merci beaucoup pour votre offre d'aide concernant une subvention pour le Résumé ; mais j'espère qu'il se vendra suffisamment pour couvrir les frais.
Je lis votre lettre et griffonne au fur et à mesure.
Votre cas du chêne et du châtaignier semble très curieux ; n'est-il pas d'autant plus étrange que les hêtres soient allés vers le sud, ou en soient revenus ? Mais je proteste avec véhémence contre le fait que vous, ou quiconque, fassiez de tels cas des merveilles spéciales, à moins que vous ne soyez prêt à dire pourquoi chaque espèce dans une flore donnée est deux ou trois fois, etc., plus rare que chaque autre espèce qui pousse dans le même sol. Plus j'y réfléchis, plus il m'apparaît évident à quel point nous sommes totalement ignorants des mille contingences dont dépendent la répartition, la fréquence et l'extinction de chaque espèce.
J'ai parfois pensé, à partir des Édentés (70/5. Sans aucun doute un lapsus pour Monotrèmes.) et des Marsupiaux, que l'Australie conserve un vestige de l'état ancien et primitif de la faune mondiale, et je suppose que vous en arrivez à une conclusion similaire pour les plantes ; mais la relation entre le Cap et l'Australie n'est-elle pas trop spéciale pour de telles vues ? J'infère de vos écrits que la relation est trop spéciale entre la Terre de Feu et l'Australie pour nous permettre de considérer les ressemblances chez certaines plantes comme les vestiges de ressemblances mondiales. D'un autre côté, les îles Sandwich, dans l'hémisphère nord, n'ont-elles pas quelques relations étranges avec l'Australie ? Quand nous serons morts et enterrés, quel noble sujet sera la Distribution géographique !
Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais vous ne me convaincrez jamais que je ne vous dois pas dix fois plus que ce que vous pouvez me devoir. Adieu, mon cher Hooker. Je suis désolé d'apprendre que vous êtes tous deux souffrants d'une grippe. Ne vous donnez pas la peine de répondre à quoi que ce soit dans cette lettre, si ce n'est votre impression générale sur la bataille entre le N. et le S.
CHAPITRE 1.III.--ÉVOLUTION, 1859-1863.
LETTRE 71. À A.R. WALLACE. Down, 6 avril 1859.
J'ai reçu ce matin votre agréable et amicale note du 30 novembre. La première partie de mon manuscrit est entre les mains de Murray pour voir s'il souhaite la publier. Il n'y a pas de préface, mais une courte introduction, qui doit être lue par quiconque lit mon livre. Le deuxième paragraphe de l'introduction (71/1. « Origine des espèces », édition I, 1859, pages 1 et 2.) a été copié mot pour mot de mon brouillon, et vous penserez, je l'espère, que j'ai dûment mentionné votre article dans le « Linn. Journal ». (71/2. « On the Tendency of Species to form Varieties, and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection. » Par Charles Darwin et Alfred Russell Wallace. Communiqué par Sir Charles Lyell et J.D. Hooker. « Journ. Linn. Soc. » Volume III, page 45, 1859. (Lu le 1er juillet 1858.)) Vous devez vous rappeler que je ne publie actuellement qu'un résumé, et je ne donne aucune référence. Je ferai, bien entendu, allusion à votre article sur la distribution (71/3. « On the Law which has regulated the Introduction of New Species » (A.R. Wallace). « Ann. Mag. Nat. Hist. » Volume XVI, page 184, 1855. La loi évoquée est énoncée ainsi par Wallace : « Chaque espèce est apparue coïncidant à la fois dans l'espace et dans le temps avec une espèce préexistante étroitement apparentée » (loc. cit., page 186).) ; et j'ai ajouté que je sais, par notre correspondance, que votre explication de votre loi est la même que celle que je propose. Vous avez raison : j'en suis venu à la conclusion que la sélection était le principe du changement par l'étude des productions domestiquées ; puis, en lisant Malthus, j'ai vu immédiatement comment appliquer ce principe. La distribution géographique et les relations géologiques des habitants éteints avec ceux récents d'Amérique du Sud m'ont d'abord conduit au sujet : surtout le cas des îles Galapagos. J'espère passer sous presse au début du mois prochain. Ce sera un petit volume d'environ cinq cents pages. Je vous en enverrai naturellement un exemplaire. J'oublie si je vous ai dit que Hooker, qui est notre meilleur botaniste britannique et peut-être le meilleur au monde, est un converti complet, et qu'il va immédiatement publier sa profession de foi ; et je m'attends à voir les épreuves chaque jour. (71/4. « The Flora of Australia, etc., an Introductory Essay to the Flora of Tasmania. » Londres 1859.) Huxley a changé, et croit en la mutation des espèces : s'il est un converti à notre cause, je ne sais pas tout à fait. Nous vivrons assez longtemps pour voir tous les hommes plus jeunes convertis. Mon voisin et excellent naturaliste, J. Lubbock, est un converti enthousiaste. Je vois que vous accomplissez un travail formidable dans l'Archipel ; et je sympathise de tout cœur avec vous. Pour l'amour de Dieu, prenez soin de votre santé. Il y a eu peu de travailleurs aussi nobles pour la cause de la science naturelle que vous.
P.-S. Vous ne sauriez dire à quel point j'admire votre esprit, dans la manière dont vous avez pris tout ce qui a été fait concernant la publication de tous nos articles. J'avais en fait écrit une lettre pour vous dire que je ne publierais rien avant que vous ne l'ayez fait. Je n'avais pas encore posté cette lettre quand j'en ai reçu une de Lyell et Hooker, m'exhortant à leur envoyer quelques manuscrits et à leur permettre d'agir comme ils le jugeaient juste et honnête pour nous deux ; ce que j'ai fait.
(71/5. Voici le passage de l'Introduction de l'« Origine des espèces », évoqué dans le premier paragraphe de la lettre ci-dessus.)
« Mon travail est maintenant presque terminé ; mais comme il me faudra deux ou trois ans de plus pour l'achever, et comme ma santé est loin d'être robuste, on m'a pressé de publier ce Résumé. J'y ai été tout particulièrement incité, car M. Wallace, qui étudie actuellement l'histoire naturelle de l'archipel malais, est arrivé à des conclusions générales presque exactement identiques aux miennes sur l'origine des espèces. L'an dernier, il m'a envoyé un mémoire sur ce sujet, avec la demande que je le transmette à Sir Charles Lyell, qui l'a envoyé à la Société linnéenne, et il est publié dans le troisième volume du Journal de cette Société. Sir C. Lyell et le Dr Hooker, qui connaissaient tous deux mon travail — ce dernier ayant lu mon esquisse de 1844 — m'ont fait l'honneur de penser qu'il était opportun de publier, avec l'excellent mémoire de M. Wallace, quelques brefs extraits de mes manuscrits. »
LETTRE 72. À J.D. HOOKER. Down, 3 mai 1859.
En ce qui concerne la réversion, j'ai fouillé dans mes vagues souvenirs de faits vagues ; et l'impression qui reste dans mon esprit est un peu plus favorable à la réversion qu'elle ne l'était lorsque vous étiez ici.
Dans mon résumé (72/1. « L'Origine des espèces »), je ne donne qu'un paragraphe sur le cas général de la réversion, bien que j'entre dans les détails sur certains cas de réversion d'un caractère spécial. Je n'ai pas encore rassemblé tous mes faits sur ce sujet, je ne peux donc aboutir à aucune conclusion définitive. Mais comme des caractères isolés peuvent régresser, je dois dire que je ne vois aucune improbabilité à ce que plusieurs le fassent. Comme je ne crois pas qu'il existe d'expériences ou de faits fondés, chacun doit se faire son opinion à partir de généralités vagues. Je pense que vous confondez deux considérations assez distinctes : une variation naît d'une cause quelconque, et la réversion ne s'oppose pas à cela, mais seulement à son héritage. Non pas que je croie que ce que nous devons appeler peut-être une douzaine de lois distinctes luttent toutes les unes contre les autres dans chaque variation qui surgit. Pour donner mon impression, si j'étais forcé de parier si, après cent générations de culture dans un sol pauvre et sablonneux, un chou-fleur et un chou rouge régresseraient ou non vers la même forme, je dois dire que je parierais plutôt qu'ils le feraient. Mais dans un tel cas, les conditions de vie sont modifiées (et c'est ici qu'intervient la question de l'influence directe des conditions), et il n'y a pas de sélection, les effets comparativement soudains de la sélection humaine sont laissés au libre jeu de la réversion.
Bref, je n'ose aboutir à aucune conclusion sans comparer tous les faits que j'ai recueillis, et je ne pense pas qu'il y en ait beaucoup.
S'il vous plaît, ne dites à personne que je pensais que mon livre sur les espèces serait assez populaire et se vendrait de manière assez rémunératrice (ce qui était le comble de mon ambition), car s'il s'avérait être un échec total, cela me rendrait encore plus ridicule.
LETTRE 73. À W.H. MILLER. Down, 5 juin [1859].
Je vous remercie beaucoup pour votre lettre. Si j'avais vu l'intérêt de ma remarque, j'aurais fait beaucoup plus de mesures, bien que j'en aie fait plusieurs. J'ai exposé les faits simplement pour donner au lecteur général une idée de l'épaisseur des parois. (73/1. Les parois des cellules des abeilles : voir Lettre 173.)
Surtout si j'avais vu que le fait avait une portée générale, j'aurais déclaré que, pour autant que j'aie pu mesurer, les parois ne sont nullement parfaitement de la même épaisseur. J'aurais également déclaré que la différence principale se situe lorsqu'on contraste l'épaisseur des parois de la partie supérieure de l'hexagone et celle des plaques basales pyramidales. Voulez-vous m'obliger en examinant avec une forte loupe le morceau de rayon, en brossant avec un couteau les bords supérieurs épaissis, puis en comparant, à l'œil nu seul, l'épaisseur des parois à cet endroit avec l'épaisseur des plaques basales, telles qu'on les voit dans n'importe quelle coupe transversale. J'aimerais beaucoup savoir si, même de cette façon, la différence n'est pas perceptible. Elle est généralement ainsi perceptible en comparant l'épaisseur des parois de l'hexagone (si elle n'est pas prise trop près de l'angle) près des plaques basales, où la comparaison à l'œil est bien sûr plus facile. Votre lettre m'a rendu malade de panique ; ne voyant aucune grande importance dans ce fait avant de regarder mes notes, je ne me souvenais pas que j'avais fait plusieurs mesures. J'ai maintenant répété les mêmes mesures, grossièrement avec les mêmes résultats généraux, mais la différence, je pense, n'est guère du double.
Je n'aurais pas mentionné l'épaisseur des plaques basales du tout, si je n'avais pas pensé que cela donnerait une idée fausse de l'épaisseur des parois de ne déclarer que les mesures inférieures.
LETTRE 74. À W.H. MILLER. [1859]
Je ne pensais pas que vous mesuriez l'épaisseur des parois des cellules ; mais si vous le faites, et me permettez de donner vos mesures, ce sera un avantage immense. Comme cela ne représente aucun travail, je vous envoie plus de spécimens. Si vous mesurez, veuillez noter que j'ai mesuré l'épaisseur des parois des prismes hexagonaux non pas très près de la base ; mais d'après vos remarques très intéressantes, la partie inférieure des parois devrait être mesurée.
Merci pour la suggestion sur la façon dont les abeilles jugent les angles et les distances. Je la garderai à l'esprit. C'est une perplexité totale pour moi, et pourtant, certainement, les insectes peuvent, d'une manière ou d'une autre, juger grossièrement de la distance. Il y a des difficultés spéciales en raison de la gradation de taille entre les cellules des ouvrières et les cellules plus grandes des faux-bourdons. J'essaie de tester le cas pratiquement en obtenant des rayons de différentes espèces, et de notre propre abeille provenant de différents climats. J'en ai reçu récemment des Antilles provenant de notre abeille commune, mais les cellules SEMBLENT certainement être plus grandes ; mais elles n'ont pas encore été mesurées avec soin. Je garderai votre suggestion à l'esprit chaque fois que je reviendrai à des expériences sur des abeilles vivantes ; mais ce ne sera pas de sitôt.
Comme vous avez examiné ma petite discussion en relation avec Lord Brougham (74/1. Article de Lord Brougham sur « La structure mathématique des cellules des abeilles », lu devant l'Institut national de France en mai 1858.), et comme j'ai été plus vitupéré pour cette partie que pour presque toute autre, j'aimerais juste vous dire comment je pense que la situation se présente. La discussion vue par elle-même ne vaut guère plus que le papier sur lequel elle est imprimée, sauf dans la mesure où elle contient trois ou quatre faits certainement nouveaux. Mais pour ceux qui sont enclins à croire à la vérité générale de la conclusion selon laquelle les espèces et leurs instincts sont lentement modifiés par ce que j'appelle la sélection naturelle, je pense que ma discussion élimine presque une très grande difficulté. Je crois en sa vérité principalement en raison de l'existence de la Melipona, qui fait un rayon si intermédiaire dans sa structure entre celui de l'abeille bourdon et de l'abeille domestique, et surtout en raison du nouveau et curieux fait que les abeilles font des coupes ou des soucoupes lisses lorsqu'elles creusent dans un morceau de cire épaisse, lesquelles soucoupes se tenaient si près que des hexagones étaient construits sur leurs bords intersectés. Et enfin, parce que lorsqu'elles creusaient sur une fine lamelle de cire, l'excavation des deux côtés de bassins lisses similaires était arrêtée, et des plans plats laissés entre les bassins presque opposés. Si ma vue était totalement fausse, ces cas, je pense, ne se seraient jamais produits. Sedgwick et compagnie peuvent m'insulter autant qu'ils le veulent, mais je continuerai pour l'instant à penser que la mienne est une explication rationnelle (pour autant qu'elle aille) de leur méthode de travail.
LETTRE 75. À W.H. MILLER.
Down, 1er décembre [1859].
Il y a quelques mois, vous avez eu la gentillesse de dire que vous mesureriez l'épaisseur des parois des plaques basales et latérales de la cellule de l'abeille. Pourriez-vous trouver le temps de le faire bientôt ? Si je le veux bientôt, c'est que j'ai appris récemment de Murray qu'il a vendu lors de sa vente bien plus d'exemplaires qu'il n'en a de l'« Origine des espèces », et que je dois préparer immédiatement une nouvelle édition, que je suis en train de corriger. Soit dit en passant, j'apprends de Murray que toutes les attaques accumulées sur mon livre ne semblent pas avoir du tout nui à la vente, ce qui fera gémir le pauvre cher vieux Sedgwick. Si les plaques basales et les parois diffèrent considérablement en épaisseur, comme c'était certainement le cas dans l'une ou les deux cellules que j'ai mesurées sans soin particulier (car je n'ai jamais pensé que le point avait une quelconque importance), pourriez-vous me dire la portée du fait aussi simplement que vous le pouvez, pour la chance qu'un être aussi stupide que moi en géométrie puisse être capable de comprendre ?
Une plus grande épaisseur des plaques basales et du bord des hexagones serait-elle une bonne adaptation pour supporter le poids vertical des cellules remplies de miel et supportant des grappes d'abeilles vivantes ?
Voudriez-vous essayer de trouver du temps et m'accorder cette faveur ?
P.-S. Si le résultat de votre mesure de l'épaisseur des parois s'avère être quelque chose de ce que j'ai affirmé, ne vaudrait-il pas la peine d'écrire un petit article sur le sujet de votre précédente note ; et de « plumer » les abeilles si elles méritent cette dégradation ? De nombreux mathématiciens semblent avoir trouvé le sujet digne d'attention. Lorsque les cellules sont pleines de miel et pendent verticalement, elles doivent supporter un grand poids. Les plaques basales plus épaisses peuvent-elles être un dispositif pour donner de la force à tout le rayon, avec moins de consommation de cire, que si tous les côtés des hexagones étaient épaissis ?
Cette notion brute a autrefois traversé mon esprit ; mais bien sûr, il m'est impossible même de conjecturer ce qu'il en serait.
Un mathématicien, M. Wright, a écrit sur la géométrie des cellules d'abeilles aux États-Unis à la suite de mon livre ; mais je peux à peine comprendre son article. (75/1. Chauncey Wright, « Remarks on the Architecture of Bees » (« Amer. Acad. Proc. » IV, 1857-60, page 432.)
LETTRE 76. À T.H. HUXLEY.
(76/1. La date de cette lettre est malheureusement douteuse, sinon elle prouverait qu'à une date précoce il connaissait les vues d'Erasmus Darwin sur l'évolution, un fait qui n'a pas toujours été reconnu. Nous pouvons difficilement douter qu'elle ait été écrite en 1859, car à cette époque, M. Huxley recueillait des faits sur l'élevage pour sa conférence donnée à la Royal Institution le 10 février 1860, sur « Species and Races and their Origin ». Voir « Life and Letters », II, page 281.)
Down [juin ?] 9 [1859 ?].
Si le 11 vous avez une demi-heure de libre, vous pourriez aimer voir une très belle exposition de pigeons, et la carte ci-jointe vous admettra.
L'histoire de l'erreur est tout à fait sans importance, mais il est curieux d'observer à quel point, avec quelle précision, mon grand-père (dans « Zoonomia », Volume I, page 504, 1794) donne la théorie de Lamarck. Je citerai une phrase. Parlant des becs d'oiseaux, il dit : « Tous semblent avoir été graduellement produits au cours de nombreuses générations par l'effort perpétuel des créatures pour satisfaire le besoin de nourriture, et avoir été transmis à leur postérité avec une amélioration constante pour les fins requises. » Lamarck a publié « Hist. Zoolog. » en 1809. La « Zoonomia » a été traduite dans de nombreuses langues.
LETTRE 77. À C. LYELL. Down, 28 [juin 1859].
Cela ne vaut pas la peine de vous déranger, mais ma conscience est mal à l'aise d'avoir oublié de vous remercier pour votre « Etna » (77/1. « On the Structure of Lavas which have been consolidated on Steep Slopes, with remarks on the Mode of Origin of Mount Etna, and on the Theory of 'Craters of Elevation' » (« Phil. Trans. R. Soc. » Volume CXLVIII, 1858, page 703).), qui me semble être une magnifique contribution à la géologie volcanique, et je devrais penser que vous pourriez maintenant vous reposer sur vos lauriers dans ce domaine.
Dès que je pourrai obtenir un exemplaire de mon livre (77/2. « The Origin of Species », Londres, 1859.) prêt, dans quelque six semaines ou deux mois, il vous sera envoyé ; et si vous l'approuvez, ne serait-ce que dans une mesure modérée, ce sera la plus haute satisfaction que je recevrai jamais pour une somme de travail que personne n'appréciera jamais.
LETTRE 78. À J.D. HOOKER.
(78/1. La référence dans la lettre suivante concerne les épreuves de la « Australian Flora » de Hooker.)
Down, 28 [juillet 1859].
La feuille renvoyée est essentiellement celle que j'avais reçue en manuscrit. Certaines parties me semblent (bien que ce puisse être dû à un oubli) grandement améliorées, et je conserve mon impression initiale selon laquelle toute la discussion sur la flore australienne est admirablement bonne et originale. Je sais que vous comprendrez et ne vous opposerez pas à ce que j'exprime ainsi mon opinion (car il faut bien s'en former une) avec autant de présomption. Je n'ai aucune critique, si ce n'est que j'aimerais peut-être que vous précisiez quelque part, lorsque vous faites référence à moi, que vous ne vous référez qu'à la notice du « Linnean Journal » ; non pas que, sur mon honneur, je m'attende à ce que vous pensiez plus favorablement de l'ensemble que de la suggestion faite dans le « Journal ». Je suis bien plus que satisfait de ce que vous dites de mon travail ; pourtant, il serait bon d'éviter de laisser croire que vos remarques constituent une critique de mon ouvrage plus complet.
Je suis très peiné d'apprendre que vous travaillez si durement. De mon côté, j'avance aussi très lentement, et je n'ai guère fini la moitié de mon volume... Je suis rentré mardi dernier d'une semaine d'hydropathie.
Prenez garde à mon exemple, et ne travaillez pas trop. Pour l'amour du ciel, pensez-y.
C'est un travail terriblement ardu pour moi que d'arriver à finir mon maudit volume.
Je vous souhaite bon courage dans tous vos labeurs. Adios.
LETTRE 79. À ASA GRAY. Down, 29 novembre [1859].
Ceci sera une note aussi extraordinaire que vous n'en avez jamais reçue de moi, car elle ne contiendra pas une seule question ni une seule requête. Je vous remercie de votre impression sur mes idées. Chaque critique venant d'un homme de bien m'est précieuse. Ce que vous suggérez en général est très, très vrai : mon travail sera douloureusement hypothétique, et de larges parties ne seront nullement dignes d'être appelées induction, mon erreur la plus courante étant probablement l'induction à partir de trop peu de faits. Je n'avais pas pensé à votre objection concernant l'usage du terme « sélection naturelle » comme agent. Je l'utilise à peu près comme un géologue utilise le mot dénudation — pour désigner un agent, exprimant le résultat de plusieurs actions combinées. Je prendrai soin d'expliquer, et pas seulement par déduction, ce que j'entends par ce terme ; car je dois l'utiliser, sinon je devrais sans cesse le développer en une formule telle que (ici misérablement exprimée) la suivante : « La tendance à la préservation (en raison de la lutte sévère pour la vie à laquelle tous les êtres organiques sont, à un moment ou à une génération donnée, exposés) de toute variation, même la plus légère, dans n'importe quelle partie, qui est de la moindre utilité ou favorable à la vie de l'individu qui a ainsi varié ; jointe à la tendance à son héritage. » Toute variation qui ne serait d'aucune utilité pour l'individu ne serait pas préservée par ce processus de « sélection naturelle ». Mais je ne vous lasserai pas en poursuivant, car je ne pense pas pouvoir rendre ma pensée plus claire sans de longs développements. J'ajouterai seulement une autre phrase : plusieurs variétés de moutons ont été lâchées ensemble sur les montagnes du Cumberland, et une race particulière s'avère réussir si bien par rapport à toutes les autres qu'elle les affame purement et simplement jusqu'à ce que mort s'ensuive. Je dirais ici que la sélection naturelle choisit cette race, et tendrait à l'améliorer, ou à l'avoir formée à l'origine...
Vous dites que les espèces n'ont aucune base matérielle sur laquelle reposer, mais est-ce une difficulté plus grande que de décider ce qui mérite d'être appelé une variété, et d'être désigné par une lettre grecque ? Lorsque je faisais un travail systématique, je sais que je désirais n'avoir pas d'autre difficulté (déjà assez grande) que celle de décider si la forme était assez distincte pour mériter un nom, et ne pas être hanté par des questions indéfinies et insolubles sur le point de savoir s'il s'agissait d'une véritable espèce. Quel saut que de passer d'une variété bien marquée, produite par une cause naturelle, à une espèce produite par l'acte séparé de la main de Dieu ! Mais je m'égare bêtement. À propos, j'ai rencontré l'autre jour Phillips, le paléontologue, et il m'a demandé : « Comment définissez-vous une espèce ? » J'ai répondu : « Je ne peux pas. » Sur quoi il a dit : « Enfin, j'ai trouvé la seule vraie définition : toute forme qui a reçu un jour un nom spécifique ! »...
LETTRE 80. À C. LYELL. Ilkley, 31 octobre [1859].
Pour que vous ne vous mépreniez pas sur la mesure dans laquelle je rejoins Pallas et ses nombreux disciples, j'aimerais ajouter que, bien que je croie que nos chiens domestiques descendent de plusieurs formes sauvages, et bien que je doive penser que la stérilité, dont ils auraient probablement fait preuve s'ils avaient été croisés avant d'être domestiqués, a été éliminée, je ne vais que très peu loin avec Pallas & Co. dans leur croyance en l'importance du croisement et du mélange des souches aborigènes. (80/1. « Chez nos animaux domestiques, les diverses races sont tout à fait fertiles lorsqu'elles sont croisées entre elles ; pourtant, dans de nombreux cas, elles descendent de deux espèces sauvages ou plus. De ce fait, nous devons conclure soit que les espèces parentes aborigènes ont produit au début des hybrides parfaitement fertiles, soit que les hybrides élevés par la suite en domesticité sont devenus tout à fait fertiles. Cette dernière alternative, qui fut d'abord proposée par Pallas, semble de loin la plus probable, et ne peut, en vérité, guère être mise en doute » (« L'Origine des espèces », édition VI, page 240).) Vous verrez cela brièvement exposé dans le premier chapitre. En général, en ce qui concerne le croisement, les effets peuvent être diamétralement opposés. Si vous croisez deux races très distinctes, vous pouvez créer (non que je croie qu'une telle chose ait été souvent faite) une troisième race intermédiaire nouvelle ; mais si vous croisez deux races extrêmement proches, ou deux individus légèrement différents de la même race, alors en fait vous annulez et effacez la différence. C'est en ce sens que je crois que le croisement est très important, et voilà vingt ans que je travaille sur les fleurs et les insectes sous cet angle. Je n'aime pas les termes de Hooker, centripète et centrifuge (80/2. « Essai introductif à la flore de Tasmanie » de Hooker, pages viii et ix) : ils me rappellent le mauvais terme de Polarité de Forbes. (80/3. Forbes, « Sur la manifestation de la polarité dans la distribution des êtres organisés dans le temps ». — « Procès-verbaux de la Royal Institution » I, 1851-54.)
J'ose dire que la sélection par l'homme travaillerait généralement plus vite que la sélection naturelle ; mais la distinction importante entre elles est que l'homme peut difficilement sélectionner autre chose que des caractères externes et visibles, et deuxièmement, qu'il sélectionne pour son propre bien ; tandis que dans la nature, les caractères de toutes sortes sont sélectionnés exclusivement pour le bien de chaque créature, et sont bien exercés ; mais vous trouverez tout cela au chapitre IV.
Bien que le chien courant, le lévrier et le bouledogue puissent éventuellement descendre de trois souches distinctes, je suis convaincu que leur grande différence actuelle est principalement due aux mêmes causes qui ont rendu les races de pigeons si différentes les unes des autres, bien que ces races de pigeons descendent toutes d'une seule souche sauvage ; de sorte que je considère la doctrine pallasienne comme étant d'une importance tout à fait secondaire.
Dans mon plus gros livre, j'ai expliqué ma pensée en détail ; je ne me souviens plus si je l'ai fait dans le Résumé.
LETTRE 81. À C. LYELL. [5 décembre 1859.]
J'oublie si vous recevez le « Times » ; au cas où vous ne le feriez pas, je vous envoie l'excellente lettre ci-jointe. (81/1. Voir le « Times » des 1er et 5 décembre 1859 : deux lettres signées « Senex », traitant des « Œuvres d'art dans le Drift ».) Elle est, j'en suis sûr, de Fitz-Roy... Il est dommage qu'il n'ait pas ajouté sa théorie sur l'extinction du Mastodonte, etc., à cause de la porte de l'Arche qui aurait été faite trop petite. (81/2. Un post-scriptum à cette lettre, omis ici, est publié dans « Life and Letters », II, page 240.)
LETTRE 82. FRANCIS GALTON À CHARLES DARWIN. 42, Rutland Gate, Londres, S.W., 9 décembre 1859.
Permettez-moi d'ajouter un mot de félicitations pour l'achèvement de votre merveilleux volume, à ceux que je suis sûr que vous aurez reçus de toutes parts. Je l'ai refermé en pleine jouissance d'un sentiment que l'on éprouve rarement après l'enfance, celui d'avoir été initié à un domaine de connaissance entièrement nouveau qui, néanmoins, se relie à d'autres choses de mille manières. J'apprends que vous êtes engagé sur une seconde édition. Il y a une erreur triviale à la page 68, à propos des rhinocéros (82/1. Down (loc. cit.) dit que ni l'éléphant ni le rhinocéros ne sont détruits par des bêtes de proie. M. Galton a écrit que les chiens sauvages chassent le jeune rhinocéros et « l'épuisent jusqu'à la mort ; ils le poursuivent toute la journée, le déchirant aux oreilles, la seule partie où leurs dents peuvent s'agripper ». La référence au rhinocéros est omise dans les éditions ultérieures de « L'Origine ».), que j'ai pensé pouvoir vous signaler, et j'ai profité de la même occasion pour griffonner une demi-douzaine d'autres notes, qui peuvent ou non vous être inutiles.
(83/1. Les trois lettres suivantes font référence à la conférence de Huxley sur l'Évolution, donnée à la Royal Institution le 10 février 1860, dont la péroraison est donnée dans « Life and Letters », II, page 282, accompagnée de quelques lettres sur le sujet.)
LETTRE 83. À T.H. HUXLEY. 25 novembre [1859].
Je me réjouis outre mesure de cette conférence. Je serai à la maison dans quinze jours, moment où je pourrais vous envoyer de splendides dessins en folio en couleur de pigeons. Serait-ce à temps ? Sinon, je pense que je pourrais écrire à mes domestiques pour qu'ils vous les envoient. Si je n'ai PAS de nouvelles, je comprendrai qu'environ quinze ou seize jours seront dans les temps.
J'ai reçu une lettre aimable mais cinglante contre moi de la part du pauvre cher vieux Sedgwick, « qui a ri jusqu'à s'en décrocher les côtes à la lecture de mon livre ».
Phillips est prudent, mais résolument, je le crains, hostile. Hourra pour la conférence — elle est grandiose !
LETTRE 84. À T.H. HUXLEY. Down, 13 décembre [1859].
J'ai de beaux grands dessins (84/1. Pour la conférence de M. Huxley à la R.I.) du pigeon Pouter, du Carrier et du Tumbler ; je n'ai que des dessins dans des livres pour les Fantails, les Barbs et les Scanderoon Runts. Si vous les aviez, vous auriez une démonstration grandiose des extrêmes de la diversité. Paieraient-ils à la Royal Institution pour copier en grand format des dessins de ces oiseaux ? Je pourrais prêter des crânes de Carrier et de Tumbler (pour montrer la grande différence) à la même fin, mais cela n'en vaudrait probablement pas la peine.
J'ai examiné mon manuscrit. Ce dont vous avez besoin, je crois, c'est ce qui concerne l'hybridisme et l'élevage. Le chapitre sur l'hybridisme est dans un assez bon état — environ 150 pages folio avec des notes et des références au verso. Mon premier chapitre sur l'élevage est dans un état trop mauvais et trop imparfait pour être envoyé ; mais ma discussion sur les pigeons (en environ 100 pages folio) est en assez bon état. Je suis parfaitement convaincu que vous n'auriez jamais la patience de lire de tels volumes de manuscrits. Je parle maintenant dans le palais de la vérité, et je vous en prie, faites de même : si vous pensez que vous les liriez, je vous les enverrai volontiers par mon domestique, ou je les apporterai moi-même la semaine prochaine. Mais je n'ai pas de copie, et je ne pourrais jamais les remplacer ; et à moins que vous ne pensiez vraiment que vous les utiliserez, je préférerais ne pas les risquer. Mais je le répète, je les apporterai volontiers si vous pensez avoir la patience immense de les utiliser. Veuillez me faire savoir ce qu'il en est, et si je dois envoyer le livre avec de petits dessins de trois autres races ou des crânes. J'ai entendu une rumeur selon laquelle Busk serait de notre côté en ce qui concerne les espèces. Est-ce vrai ? Ce serait très bien.
LETTRE 85. À T.H. HUXLEY. Down, 16 décembre [1859].
Je vous remercie pour votre note très agréable et amusante ainsi que pour votre invitation à dîner, que je regrette de dire que je ne peux accepter. Je monterai (si mon estomac le veut bien) jeudi pour le dîner du Phil. Club, et je reviendrai samedi, et je suis engagé auprès de mon frère pour vendredi. Mais j'aimerais beaucoup passer au Musée vendredi ou samedi matin pour vous voir. Voudriez-vous m'envoyer un mot, ici ou au 57, Queen Anne Street, pour me dire à quelle heure vous venez généralement au Musée, et si vous y serez probablement vendredi ou samedi ? Même si vous êtes au Club, ce sera un pur hasard si nous sommes assis l'un près de l'autre.
J'apporterai les objets jeudi après-midi et les laisserai sous la garde du portier au Musée. Ils consisteront en de grands dessins d'un Pouter, d'un Carrier, et des dessins plutôt plus petits de quelques sous-variétés (qui se reproduisent presque fidèlement) de Tumblers à face courte. Également un petit dessin de Scanderoon, une sorte de Runt, une race très remarquable. Également un livre avec des dessins très moyennement bons de Fantail et de Barb, mais je doute fort qu'ils valent la peine d'être agrandis.
Également une boîte (pour l'amour du ciel, faites attention !) avec un crâne de Carrier et de Tumbler à face courte ; également des mâchoires inférieures (la plus grande taille) de Runt, la taille moyenne de pigeon biset, et la large de Barb. La forme de la branche de la mâchoire diffère curieusement sur ces mâchoires.
Également le manuscrit sur l'hybridisme et les pigeons, qui vous lassera à mort. Je passerai moi-même prendre ou j'enverrai un domestique pour le manuscrit et les os dès que vous en aurez fini ; mais ne vous pressez pas.
Vous avez mis le doigt sur le plan exact que, sur le conseil de Lyell, Murray, etc., je compte suivre, à savoir : publier des volumes séparés en détail — et je commencerai par les productions domestiques ; mais je suis déterminé à essayer de [travailler] très lentement, afin que, si possible, je puisse rester dans un meilleur état de santé. Je n'avais pas pensé aux illustrations ; c'est un excellent conseil. Adieu, mon bon et admirable agent pour la promulgation d'hérésies condamnables !
LETTRE 86. À L. HORNER. Down, 23 décembre [1859].
Je dois avoir le plaisir de vous remercier pour votre lettre extrêmement aimable. Je suis très heureux que vous approuviez mon livre, et que vous alliez me faire l'extraordinaire compliment de le lire deux fois. Je crains qu'il ne soit difficile à lire, mais il dépasse mes capacités de rendre le sujet plus clair. Lyell l'aurait fait admirablement.
Vous devez prendre plaisir à être un gentleman à votre aise, et j'apprends que vous êtes retourné avec ardeur travailler à la Société géologique. Nous espérons au cours de l'hiver persuader Mme Horner, vous-même et vos filles de nous rendre visite. Ilkley m'a fait un bien extraordinaire durant la dernière partie de mon séjour et durant ma première semaine à la maison ; mais je suis retombé dernièrement dans mes mauvaises habitudes, et je crains de ne jamais être décemment bien et fort.
P.-S. — Lorsque l'un des membres de votre groupe écrira à Mildenhall, je vous serais très obligé de dire à Bunbury que j'espère qu'il n'oubliera pas, chaque fois qu'il lira mon livre, sa promesse de me faire savoir ce qu'il en pense ; car son savoir est si grand et précis que chacun doit accorder une grande valeur à ses opinions. Je serai tout à fait satisfait si sa croyance en l'immutabilité des espèces est le moins du monde ébranlée.
LETTRE 87. À C. LYELL.
(87/1. Dans « L'Origine des espèces », une section du chapitre X est consacrée à « La succession des mêmes types au sein des mêmes zones, durant la fin de la période tertiaire » (Édition I, page 339). M. Darwin a écrit ce qui suit : « M. Clift a montré il y a bien des années que les mammifères fossiles des grottes australiennes étaient étroitement apparentés aux marsupiaux vivants de ce continent. » Après avoir cité d'autres exemples illustrant la même concordance entre types fossiles et récents, M. Darwin poursuit : « J'ai été si impressionné par ces faits que j'ai fortement insisté, en 1839 et 1845, sur cette "loi de succession des types", sur "cette relation merveilleuse dans le même continent entre les morts et les vivants". Le professeur Owen a par la suite étendu la même généralisation aux mammifères de l'Ancien Monde. »)
Down, 27 [décembre 1859].
Owen m'a écrit pour me demander la référence concernant Clift. Comme mes propres notes pour les derniers chapitres sont toutes dans le chaos, je me suis demandé qui était l'homme le plus digne de confiance pour chercher des références, et je me suis répondu : « Bien sûr, Lyell. » Dans les [« Principes de géologie »], édition de 1833, volume III, chapitre xi, page 144, vous trouverez la référence à Clift dans le « Edinburgh New Phil. Journal », n° XX, page 394. (87/2. La référence correcte au « Rapport » de Clift sur les os fossiles de Nouvelle-Hollande est « Edinburgh New Phil. Journal », 1831, page 394.) Vous trouverez également que vous aviez été très frappé par le fait lui-même (87/3. Ceci fait référence à la découverte d'espèces animales récentes et fossiles dans une brèche de grotte australienne. M. Clift est cité comme ayant identifié l'un des os, qui était beaucoup plus grand que les autres, comme celui d'un hippopotame.), que j'avais tout à fait oublié. J'ai copié le passage et l'ai envoyé à Owen. Si j'ai donné quelques références détaillées sur mon propre travail, c'est parce qu'Owen (ce n'est pas la première fois en ce qui me concerne et concernant d'autres) ignore tranquillement que j'aie jamais généralisé sur le sujet, et fait tout un plat à plus d'une occasion d'avoir découvert la loi de succession. En fait, cette loi, avec la distribution aux Galapagos, a d'abord tourné mon esprit vers l'origine des espèces. Mes propres références sont [au « Voyage d'un naturaliste »] :
Grand 8vo, Murray, Édition 1839 Édition 1845
Page 210 Page 173 Sur la succession.
Page 153 Pages 131-32 Sur la scission des anciennes provinces géographiques.
Bien avant qu'Owen ne publie, j'avais travaillé en manuscrit sur la succession des types dans l'Ancien Monde (comme je me souviens l'avoir dit à Sedgwick, qui bien sûr n'y croyait pas).
Depuis que j'ai reçu votre dernière lettre sur Hooker, j'ai lu son introduction jusqu'à la page xxiv (87/4. « Sur la flore d'Australie, etc. ; étant un essai introductif à la flore de Tasmanie » : Londres, 1859.), où commence la flore australienne, et cette dernière partie est ce que j'ai préféré dans les épreuves. C'est un essai magnifique. Je doute légèrement de certaines affirmations, ou plutôt j'aurais aimé plus de faits — comme, par exemple, en ce qui concerne les espèces qui varient le plus aux confins de leur aire de répartition. Naturellement, je doute un peu de ses remarques sur la divergence (87/5. « La variation est effectuée par des changements gradués ; et la tendance des variétés, tant dans la nature qu'en culture, lorsqu'elles varient davantage, est plutôt de s'écarter de plus en plus du type original que d'y revenir. » En marge, Darwin a écrit : « Sans sélection, douteux » (loc. cit., page viii).), et sur le fait que les races domestiques seraient produites dans la nature sans sélection. Il en faudrait beaucoup pour me persuader qu'un pigeon Pouter, ou un Carrier, etc., auraient pu être produits par les simples lois de la variation sans une sélection longue et continue, bien que chaque petit agrandissement du jabot et du bec soit dû à la variation. Je m'oppose grandement à sa comparaison des produits des îles qui s'enfoncent et de celles qui s'élèvent (87/6. « Je m'aventure à anticiper qu'une étude de la végétation des îles en référence aux particularités des types génériques d'une part, et aux conditions géologiques (qu'elles soient en élévation ou en affaissement) d'autre part, pourrait, dans l'état actuel de nos connaissances, faire avancer considérablement d'autres sujets de distribution et de variation » (loc. cit., page xv).); dans l'océan Indien, il compare exclusivement de nombreuses îles volcaniques qui s'élèvent et des îles coralliennes qui s'enfoncent. Ces dernières ont un sol très particulier, sont excessivement petites en superficie, et sont habitées par très peu d'espèces ; de plus, ces îles coralliennes basses ont probablement été souvent, durant leur subsidence, totalement submergées, et repeuplées par des plantes provenant d'autres îles. Dans l'océan Pacifique, les flores de tous les meilleurs cas sont inconnues. La comparaison aurait dû être exclusivement entre les îles volcaniques qui s'élèvent et frangées, et les îles volcaniques qui s'enfoncent et entourées. J'ai lu Naudin (87/7. Naudin, « Revue Horticole », 1852 ?.), et Hooker convient qu'il n'aborde même pas mes idées.
LETTRE 88. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. [1859 ou 1860.]
J'ai eu une autre conversation avec Bentham, qui est fort agité par votre livre : il est évident que cet intellect austère et pénétrant est en éveil, et il découvre qu'il est trop tard pour hésiter entre deux opinions. Nous verrons bien comment cela tournera. Je m'intéresse au plus haut point à ce qui en résultera, et je n'aborde jamais le sujet avec lui. J'ai terminé hier les chapitres sur les preuves géologiques ; ils sont très beaux et très frappants, mais je ne vois pas en quoi ce sont des objections aussi formidables que vous persistez à les tenir pour telles. Je dirais que vous sous-estimez encore, au fond de votre âme, l'imperfection des archives géologiques, bien qu'aucun langage ne puisse être plus fort, ni aucun argument plus juste et plus solide contre elles. Bien entendu, je suis influencé par la botanique, et par la conviction que nous ne possédons pas, à l'état fossile, une fraction des plantes qui ont existé, et qu'une fraction de celles que nous avons ne sont même pas reconnaissables spécifiquement. Je n'ai jamais vu aussi clairement exprimé le fait que ce ne sont pas des intermédiaires entre les espèces existantes dont nous avons besoin, mais entre celles-ci et le tertium quid inconnu.
Vous faites certainement de la sélection naturelle votre dada, et vous le montez probablement trop fort ; c'est une nécessité de votre cause. Si l'amélioration de la doctrine de la création par variation est concevable, ce sera en déchargeant votre théorie de la sélection naturelle qui, à première vue, semble surmenée, c'est-à-dire qu'elle prétend expliquer trop de choses. Je pense aussi que certaines de vos difficultés, que vous surmontez par la sélection naturelle, pourraient céder devant d'autres explications. Mais, mon Dieu ! que nous savons peu de choses, et que nous avons peu su pour être si avancés dans la connaissance grâce à une seule théorie. Si nous nous pensions des chiens savants avant que vous ne révéliez la sélection naturelle, quels chiens ignorants nous devons sûrement être maintenant que nous connaissons cette loi.
J'ai entendu dire que vous pourriez être au Club jeudi. Je l'espère. Huxley ne sera pas là, alors ne venez pas pour cette raison.
LETTRE 89. À T.H. HUXLEY. 1er janvier [1860].
Je vous écris un mot simplement pour vous remercier de votre aimable billet, et pour vous dire que je garderai votre secret. Je secouerai la tête aussi mystérieusement que Lord Burleigh. Plusieurs personnes m'ont demandé qui avait écrit cet « article des plus remarquables » dans le « Times ». Comme un chat peut regarder un roi, j'ai dit que je vous soupçonnais fortement. X a été si perspicace que la première phrase a révélé l'auteur. Les Z (Dieu nous préserve) ont pensé que c'était Owen ! Vous pouvez être sûr qu'il a fait une profonde impression, et je suis sincèrement heureux que le sujet et moi-même vous devions cette nouvelle obligation. Mais pour l'amour de Dieu, prenez soin de votre santé ; souvenez-vous que le cerveau met des années à se reposer, tandis que les muscles ne mettent que des heures. Il y a le pauvre Dana, à qui j'avais l'habitude de prêcher par lettre, qui m'écrit que mes prophéties se sont réalisées : il est à Florence complètement épuisé, ne peut rien lire ni rien écrire, et ne peut parler pendant une demi-heure. J'ai remarqué la « phrase impertinente » au sujet d'Owen, bien que ma femme en ait vu la portée avant moi. Adieu, vous le meilleur et le pire des hommes !
Cette phrase sur les dîners de poisson et d'oiseau nous a charmés. Lyell m'a écrit, avec un style semblable au vôtre.
Avez-vous vu l'article cinglant du 26 décembre dans le « Daily News » contre mon vol à mon « maître », l'auteur des « Vestiges » ?
LETTRE 90. À J.L.A. DE QUATREFAGES. [Sans date]
Comme j'aimerais savoir si Milne Edwards a lu l'exemplaire que je lui ai envoyé, et s'il pense que j'ai bien défendu notre cause. Il n'y a pas de naturaliste au monde pour l'opinion duquel j'aie un respect aussi profond. Bien sûr, je ne suis pas assez stupide pour espérer changer son avis.
LETTRE 91. À C. LYELL.
[Décembre ?] 9 [1859].
Je vous envoie la lettre de Sedgwick ; elle est terriblement confuse, et vraiment, la première page semble presque enfantine.
Je suis tristement surmené, donc je ne vous écrirai pas. J'ai intégré un certain nombre de vos inestimables corrections, en fait, toutes autant que le temps le permet. J'en déduis, d'après une lettre de Huxley, que Ramsay est un converti, et je suis extrêmement heureux d'obtenir des géologues purs, car ils seront très peu nombreux. Mille mercis pour votre très aimable billet. Quel plaisir vous m'avez donné. Je crois que j'aurais été misérable sans vous et quelques autres, car j'entends parler de menaces d'attaques qui, j'ose le dire, seront assez sévères. Mais je suis sûr que je peux maintenant les supporter.
LETTRE 92. À T.H. HUXLEY.
Down, 11 janvier [1860 ?].
Je conviens tout à fait que la difficulté est grande, et qu'elle pourrait être exploitée par un simple avocat. Voulez-vous m'obliger en relisant lentement des pages 267 à 272. Je pourrais ajouter à ce qui y est dit qu'il me semble tout à fait sans espoir de tenter d'expliquer pourquoi les variétés ne sont pas stériles, tant que nous ne connaîtrons pas la cause précise de la stérilité chez les espèces.
Réfléchissez un instant à combien sont petites et singulières les causes dont doit dépendre la réciprocité inégale de fertilité chez deux mêmes espèces. Réfléchissez au cas curieux des espèces plus fertiles avec du pollen étranger qu'avec le leur. Réfléchissez à de nombreux cas qui pourraient être donnés, et qui le seront dans mon ouvrage plus volumineux (indépendamment de l'hybridité), où de très légers changements de conditions rendent une espèce tout à fait stérile sans affecter une espèce étroitement apparentée. Combien nous sommes profondément ignorants de la relation intime entre les conditions de vie et l'altération de la fertilité chez les espèces pures !
Le seul point que je pourrais ajouter à ma courte discussion sur ce sujet est que je pense probable que le manque d'adaptation à des conditions de vie uniformes chez nos variétés domestiques a joué un rôle important en les empêchant d'acquérir la stérilité lorsqu'elles sont croisées. Car le manque d'uniformité, et les changements dans les conditions de vie, semblent être la seule cause de l'élimination de la stérilité (lorsqu'elles sont croisées) sous la domestication. Cette élimination, bien qu'admise par de nombreux auteurs, repose sur des preuves très légères ; je pense cependant qu'elle est très probablement vraie, comme on peut le déduire du cas des chiens. Dans la nature, il semble improbable que les différences dans la constitution reproductive, dont dépend la stérilité de deux espèces quelconques lorsqu'elles sont croisées, puissent être acquises directement par la sélection naturelle ; car cela n'est d'aucun avantage pour l'espèce. De telles différences dans la constitution reproductive doivent être en corrélation avec d'autres différences ; mais combien il est impossible de conjecturer lesquelles ! Réfléchissez au cas des variations du Verbascum, qui ne diffèrent à aucun autre égard hormis l'élément fluctuant de la couleur de la fleur, et pourtant il est impossible de résister aux preuves de Gärtner, que cette différence de couleur affecte bel et bien la fertilité mutuelle des variétés.
L'affaire me semble beaucoup trop mystérieuse pour servir de base à une attaque valide contre la théorie de la modification des espèces, bien que, comme vous le dites, elle offre un terrain excellent pour un simple avocat.
Je suis surpris, étant donné combien nous sommes ignorants sur de très nombreux points, que plus de points faibles dans mon livre ne m'aient pas encore été signalés. Sans doute beaucoup le seront. H.C. Watson fonde son objection dans un manuscrit sur le fait qu'il n'y a pas de limite à l'infinie diversification des espèces : j'y ai répondu, je pense, de manière satisfaisante, et j'ai envoyé l'attaque et la réponse à Lyell et Hooker. Si cela vous semble être une bonne objection, je vous enverrais les documents. Andrew Murray « règle son compte » à toute la théorie par une difficulté ingénieuse tirée de la distribution des insectes aveugles des cavernes ; mais on peut, je pense, y répondre honnêtement.
LETTRE 93. À T.H. HUXLEY. Down, [2 février] [1860].
J'ai reçu ce matin une lettre du vieux Bronn (qui, à mon grand étonnement, semble légèrement ébranlé par la sélection naturelle), et il dit qu'un éditeur de Stuttgart est disposé à publier une traduction, et que lui, Bronn, la supervisera dans une certaine mesure. Avez-vous écrit à Kölliker ? Sinon, peut-être vaudrait-il mieux que j'accepte cette proposition ; qu'en pensez-vous ? Si vous avez écrit, je dois attendre, et dans ce cas, auriez-vous la gentillesse de me le faire savoir dès que vous aurez des nouvelles de Kölliker ?
Mon pauvre cher ami, vous maudirez le jour où vous avez emprunté la voie de « l'agence générale » ; mais vraiment, après cela, je ne vous donnerai plus aucun souci.
N'oubliez pas les trois billets pour nous pour votre conférence, et le billet pour Baily, le marchand de volailles.
Le vieux Bronn a publié dans l'« Annuaire de minéralogie » une notice sur l'« Origine » ; et dit qu'il a lui-même publié ailleurs une prémonition de la théorie !
LETTRE 94. À J.D. HOOKER. Down, 14 février [1860].
J'ai réussi à me persuader pendant vingt-quatre heures que la conférence de Huxley était un succès. Certaines parties étaient éloquentes et bonnes, et le tout très audacieux ; et j'ai entendu des inconnus dire : « Quelle bonne conférence ! » Je l'ai dit à Huxley ; mais j'ai beaucoup contesté le temps perdu en remarques préliminaires, surtout le fait qu'il ait fait paraître la stérilité comme une distinction claire et manifeste des espèces, et le fait qu'il n'ait même pas fait allusion aux parties les plus importantes du sujet. Il a dit qu'il avait beaucoup plus de choses écrites, mais que le temps lui a manqué. Après avoir conversé avec d'autres et réfléchi davantage, je dois avouer qu'en tant qu'exposé de la doctrine, la conférence me semble un échec complet. Je remercie Dieu de ne pas l'avoir pensé quand j'ai vu Huxley ; car il a parlé de moi si gentiment et magnifiquement que j'aurais à peine pu supporter de dire ce que je pense maintenant. Il n'a donné aucune idée juste de la sélection naturelle. J'ai toujours considéré la doctrine de la sélection naturelle comme une hypothèse qui, si elle expliquait plusieurs grandes classes de faits, mériterait d'être classée comme une théorie digne d'être acceptée ; et c'est, bien sûr, ma propre opinion. Mais, comme Huxley n'a jamais fait allusion à mon explication de la classification, de la morphologie, de l'embryologie, etc., je pensais qu'il était complètement insatisfait de toute cette partie de mon livre. Mais à ma joie, je découvre qu'il n'en est rien, et qu'il est d'accord avec ma façon d'envisager le sujet ; seulement il estime plus haut que moi la nécessité de démontrer que la sélection naturelle est une vera causa toujours en action. Il me dit qu'il écrit une longue critique dans la « Westminster ». Il était vraiment irritant de voir comment il perdait du temps sur l'idée d'une espèce telle qu'illustrée par le cheval, et sur la vieille expérience de Sir J. Hall sur le marbre. Murchison a été très poli avec moi au sujet de mon livre après la conférence, dont il a été déçu. Je me suis tout à fait préparé à un assaut sauvage ; mais avec Lyell, vous et Huxley, je suis convaincu que nous avons raison, et qu'à long terme nous l'emporterons. Je ne pense pas qu'Asa Gray vous ait tout à fait rendu justice au début de sa critique sur moi. La critique m'a semblé très bonne, mais je l'ai lue très rapidement.
LETTRE 95. À C. LYELL. Down, [18 février] [1860].
J'envoie par ce courrier Asa Gray, qui me semble très bon, avec le sceau de l'originalité. Également le « Jahrbuch für Mineralogie » de Bronn.
L'intellect uni de ma famille a vainement essayé de le comprendre. Je n'ai jamais essayé d'allemand aussi sacrément difficile ; et cela ne semble pas valoir le travail. Il s'en tient à la Matière Verte de Priestley, et semble penser que tant qu'on ne peut pas montrer comment la vie surgit, il ne sert à rien de montrer comment les formes de vie surgissent. Cela me semble à peu près aussi logique (en comparant les très grandes choses aux petites) que de dire qu'il ne servait à rien à Newton de montrer les lois de l'attraction de la gravité et le mouvement conséquent des planètes, parce qu'il ne pouvait pas montrer ce qu'est l'attraction de la gravité.
L'expression « Wahl der Lebens-Weise » me fait douter que B. comprenne ce que j'entends par sélection naturelle, comme je le lui ai dit. Il dit (si je le comprends bien) que vous devriez être du même côté que moi.
P.-S. Dimanche après-midi. — J'ai retenu ceci pour vous remercier de votre lettre, avec beaucoup de nouvelles, reçue ce matin. Ma conscience est inquiète du temps que vous perdez à m'amuser et m'intéresser. J'étais très curieux d'entendre parler de Phillips. La critique dans les « Annals » est, j'en étais convaincu, de Wollaston, car j'ai reçu une lettre très cordiale de lui ce matin.
J'envoie par ce courrier une attaque dans la « Gardeners' Chronicle » par Harvey (un botaniste de premier ordre, comme vous le savez probablement). Cela me semble assez étrange ; il suppose la permanence des monstres, alors que les monstres sont généralement stériles, et pas souvent héréditaires. Mais accordez-lui son cas, cela revient à dire que j'ai été trop prudent en n'admettant pas de grandes et soudaines variations. Ici intervient encore le méfait de mon résumé. Dans un manuscrit plus complet, j'ai discuté du cas parallèle d'un poisson normal comme un poisson rouge monstrueux.
Je termine ma discussion par le doute, parce que tous les cas de monstruosités qui ressemblent à des structures normales que j'ai pu trouver n'étaient pas dans des groupes apparentés. Des arbres comme Aspicarpa, avec des fleurs de deux sortes (dans l'« Origine »), m'ont aussi conduit à spéculer sur le même sujet ; mais je ne pouvais trouver qu'un seul cas douteusement analogue d'espèces ayant des fleurs semblables aux fleurs dégradées ou monstrueuses. Harvey ne voit pas que si seuls quelques-uns (comme il le suppose) des semis héritaient de la condition de monstruosité, la sélection naturelle serait nécessaire pour les sélectionner et les préserver. Vous feriez mieux de retourner la « Gardeners' Chronicle », etc., à mon frère. Le cas du Begonia en lui-même est très curieux ; je suis tenté de répondre à la notice, mais je m'abstiendrai, car il n'y aurait pas de fin aux réponses.
En ce qui concerne votre objection d'une multitude de formes simples encore vivantes, je ne l'ai discutée nulle part dans l'« Origine », bien que j'y aie souvent réfléchi. Je suis d'accord avec ce que vous dites sur le fait que le progrès n'est qu'occasionnel et que la rétrogression n'est pas rare ; seulement, dans le règne animal, je doute fort que la rétrogression soit commune. Je me suis toujours posé la question : quel avantage pouvons-nous voir chez un animal infusoire, ou un ver intestinal, ou un polype corallien, ou un lombric à être hautement développé ? S'il n'y a aucun avantage, ils ne deviendraient pas hautement développés : non pas que tous ces animaux aient des structures très complexes (sauf les infusoires), et ils peuvent bien être supérieurs aux animaux qui occupaient des places similaires dans l'économie de la nature avant l'époque silurienne. Il existe un serpent aveugle avec les apparences et, à certains égards, les habitudes des vers de terre ; mais ce serpent aveugle n'a pas tendance, autant que nous puissions le voir, à remplacer et à chasser les vers. Je pense que je dois discuter dans une future édition de quelques points de plus de ce genre, et j'introduirai cela et l'objection de H.C. Watson sur le nombre infini d'espèces et l'élévation générale de l'organisation. Mais il y a une objection directement opposée à la vôtre qui est très difficile à répondre, à savoir : comment, au tout début de la vie, quand il n'y avait que les organismes les plus simples, une quelconque complication de l'organisation a-t-elle pu leur être profitable ? Je peux seulement répondre que nous n'avons pas assez de faits pour guider une spéculation sur le sujet.
En ce qui concerne le Lepidosiren, les poissons Ganoïdes, peut-être l'Ornithorhynchus, je soupçonne, comme indiqué dans l'« Origine », qu'ils ont été préservés en habitant des eaux douces et des parties isolées du monde, où il y a eu moins de compétition et moins de progrès rapide dans la sélection naturelle, en raison du petit nombre d'individus qui peuvent habiter de petites zones ; et là où il y a peu d'individus, la variation doit au mieux être plus lente. Il y a plusieurs allusions à cette notion dans l'« Origine », comme sous Amblyopsis, le poisson aveugle des cavernes, et sous Heer au sujet des plantes de Madère ressemblant aux plantes fossiles et éteintes d'Europe.
LETTRE 96. À JAMES LAMONT. Down, 5 mars [1860 ?].
Je vous suis très obligé de votre longue et intéressante lettre. Vous avez certes tout lieu de parler avec assurance des habitudes des oiseaux et des animaux sauvages ; car je ne pense pas que quiconque, hormis vous-même, ait jamais chassé au Spitzberg et en Afrique australe. Il est très curieux et intéressant que vous soyez arrivé à la conclusion que ce qu’on appelle la « Sélection naturelle » ait été efficace pour donner leurs couleurs particulières à nos lagopèdes. J’utiliserai probablement votre autorité sur les habitudes similaires de nos lagopèdes et de l’espèce norvégienne.
Je vous suis particulièrement obligé pour le fait très curieux que vous m’avez rapporté concernant l’effet sur les lagopèdes de votre voisinage. C’est une illustration très frappante de ce que le croisement peut faire pour influencer le caractère d’une race. Avez-vous déjà vu mentionné dans quelque ouvrage de chasse que le gibier est devenu plus sauvage dans ce pays ? J’aimerais pouvoir obtenir quelque preuve de ce fait, car votre explication me semble tout aussi ingénieuse que probable. J’ai moi-même été témoin en Amérique du Sud d’un cas presque parallèle à celui que vous mentionnez au sujet du renne au Spitzberg, avec le Cervus campestris de La Plata. Il ne craignait ni l’homme ni le bruit du tir d’une carabine, mais était terrifié à la vue d’un homme à cheval ; tout le monde dans ce pays se déplaçant toujours à cheval. Comme vous êtes un grand amateur de chasse, peut-être voudrez-vous bien examiner pour moi un point très trivial, car mes voisins ici trouvent cela trop absurde pour y prêter attention, à savoir : si les pattes des oiseaux sont sales, si quelques grains de terre n’adhèrent pas occasionnellement à leurs pattes. Je veux surtout savoir ce qu’il en est pour les oiseaux comme les hérons et les échassiers, qui piétinent dans la boue. Vous devinerez que cela se rapporte à la dispersion des graines, qui est l’une de mes plus grandes difficultés. Ma santé est très médiocre et je suis rarement en mesure d’assister aux réunions scientifiques, mais j’espère sincèrement avoir un jour le plaisir de vous rencontrer.
Veuillez accepter mes cordiales remerciements pour votre très aimable lettre.
LETTRE 97. À G.H.K. THWAITES. Down, 21 mars [1860].
Je vous remercie très sincèrement pour votre lettre, et je suis très heureux que vous m’accompagniez sur une partie du chemin. Vous trouverez cela présomptueux, mais je suis bien convaincu, d’après ma propre expérience mentale, que si vous gardez ce sujet à l’esprit, vous finirez par aller plus loin. Le présent volume n’est qu’un simple résumé, et il y a de grandes omissions. L’une des principales, que j’ai rectifiée dans les éditions étrangères, est une explication (qui a satisfait Lyell, qui avait fait la même objection que vous) sur la raison pour laquelle de nombreuses formes ne progressent pas ou n’avancent pas (et je suis tout à fait d’accord sur le fait que certaines régressent). J’ai aussi une discussion manuscrite sur la beauté ; mais supposez-vous vraiment que, par exemple, les Diatomées aient été créées belles pour que l’homme, après des millions de générations, les admire au microscope ? J’attribuerais la plupart de ces structures à des lois de croissance tout à fait inconnues ; et la simple répétition des parties est, à nos yeux, un élément majeur de la beauté. Lorsqu’une structure est utile (et je peux montrer quels détails curieusement infimes sont souvent de la plus haute utilité), je ne vois, avec mes yeux prévenus, aucune limite à la perfection des coadaptations qui pourraient être effectuées par la Sélection naturelle. Je doute un peu que vous voyiez jusqu’où, tel qu’il me semble, l’argument de l’homologie et de l’embryologie peut être porté. Je ne considère pas cela comme une simple analogie. J’aimerais tout autant croire que les coquilles fossiles n’étaient que de simples simulacres de coquilles réelles que de croire que les mêmes os dans le pied d’un chien et l’aile d’une chauve-souris, ou l’embryon similaire de mammifère et d’oiseau, n’avaient pas une signification directe, et que cette signification ne peut être que l’unité de descendance ou rien. Mais je me permets de répéter combien je suis heureux que vous m’accompagniez sur un petit bout de chemin. Je trouve qu’un certain nombre de naturalistes font de même, et comme leurs points de halte sont variés, et, je dois le penser, arbitraires, je crois qu’ils iront tous plus loin. Quant à changer d’opinion sur-le-champ, je n’accorderais aucune valeur à l’opinion d’un homme qui pourrait le faire ; ce doit être un processus lent. Merci de m’avoir parlé du Lantana, et je vous serais à tout moment très reconnaissant pour toute information que vous jugeriez utile pour moi. J’espère que vous publierez une liste de toutes les plantes naturalisées à Ceylan, pour autant qu’elles soient connues, en distinguant soigneusement celles qui sont confinées aux seuls sols cultivés. Je suis certain que ce sujet très important a été grandement sous-estimé.
LETTRE 98. À T.H. HUXLEY.
9 avril [1860].
Je n’ai jamais vu une telle quantité de déformations. À la page 530, il dit que nous sommes appelés à accepter l’hypothèse sous prétexte d’ignorance, alors que je pense n’avoir pu rendre plus clair le fait que j’admets l’imperfection du dossier géologique comme une grande difficulté.
La citation à la page 512 de la « Revue » à propos des « jeunes naturalistes montants aux esprits malléables », attribuée à la « nature des membres », est une fausse citation, car je n’utilise pas les mots « esprits malléables ».
À la page 501, la citation est tronquée, car je demande seulement si les naturalistes croient aux atomes élémentaires qui s’entrechoquent, etc., et il transforme cela en affirmant que je déclare qu’ils y croient.
À la page 500, il est très faux de dire que j’implique par « cécité d’opinion préconçue » la simple croyance en la création. Et ainsi de suite dans d’autres cas. Mais je demande pardon de vous déranger. Je suis sincèrement désolé que, dans vos efforts désintéressés pour répandre ce que vous croyez être la vérité, vous ayez dû subir une attaque aussi brutale. Et maintenant, je ne penserai plus à cette fausse et malveillante attaque.
LETTRE 99. À MAXWELL MASTERS. Down, 13 avril [1860].
Je vous remercie très sincèrement pour vos deux aimables notes. La prochaine fois que vous écrirez à votre père, je vous prie de lui transmettre mes meilleurs remerciements de ma part, mais je suis désolé qu’il ait eu la peine d’écrire alors qu’il était malade. J’ai été très intéressé par les faits qu’il a donnés. Si vous pensez qu’il pourrait avoir le moindre intérêt à connaître le résultat d’un croisement artificiel de deux pois de senteur, vous pouvez envoyer ce qui est ci-joint ; si cela ne doit que le tracasser, déchirez-le. Il semble y avoir un tel parallélisme dans le genre de variation issu de mon expérience, qui était certainement un croisement, et ce que M. Masters a observé, que je ne peux m’empêcher de soupçonner que ses pois ont été croisés par des abeilles, que j’ai vues bien saupoudrées de pollen de pois de senteur ; mais alors je souhaite cela, et combien il est difficile d’empêcher ses propres souhaits d’influencer son jugement !
J’ai été frappé par votre remarque sur les Composées, etc. Je ne vois pas en quoi cela va beaucoup à mon encontre, et que ce soit le cas ou non n’a, bien sûr, pas la moindre importance. Bien que je sois pleinement d’accord sur le fait qu’aucune définition ne peut être tracée entre les monstruosités et les légères variations (telles que ma théorie l’exige), je soupçonne qu’il existe une certaine distinction. Certains faits m’amènent à penser que les monstruosités surviennent généralement à un âge précoce ; et après m’être penché sur le sujet, j’ai de grands doutes sur le fait que les espèces à l’état de nature deviennent jamais modifiées par des sauts aussi soudains que ceux qui résulteraient de la Sélection naturelle des monstruosités. Vous ne pouvez me rendre un plus grand service qu’en soulignant les erreurs. J’espère sincèrement que votre travail sur les monstruosités paraîtra bientôt, car je suis sûr qu’il sera hautement instructif.
Maintenant, pour vos notes, pour lesquelles permettez-moi de vous remercier encore.
1. Votre conclusion sur les parties développées qui ne seraient pas extra-variables concorde avec celle de Hooker. Vous verrez que j’ai déclaré que la règle ne s’applique apparemment pas aux plantes, bien qu’elle le devrait, si elle était vraie, s’appliquer à elles.
2. Je ne peux maintenant me rappeler dans quel ouvrage j’ai vu l’affirmation concernant la Pélorie affectant l’axe, mais je sais que c’était un ouvrage auquel je pensais pouvoir me fier. J’ai aussi consulté le Dr Falconer, et je pense qu’il a convenu de la véracité de cela ; mais je ne peux maintenant dire où chercher mes notes. J’avais été très frappé de trouver un Cytise dont les fleurs terminales, dans chaque grappe, étaient seules péloriques, bien que non parfaitement régulières. Le cas du Pélargonium dans l’« Origine » semble pointer dans la même direction.
3. Merci pour la correction concernant l’ajonc : j’ai trouvé les semis en train de germer, et j’ai été si surpris par leur apparence que je les ai envoyés à Hooker ; mais je ne me suis jamais clairement demandé s’il s’agissait de cotylédons ou de premières feuilles.
4. C’est un fait curieux concernant les graines de l’ajonc, d’autant plus curieux que j’ai constaté avec les Légumineuses que l’immersion dans de l’eau froide ordinaire pendant quelques jours seulement tuait certaines espèces.
Si, à tout moment, quelque chose devait vous venir à l’esprit illustrant ou contredisant mes notions, et que vous ayez le loisir de m’en informer, je vous en serais vraiment reconnaissant, car je peux clairement voir que vous avez une richesse de connaissances.
En ce qui concerne le progrès ou la régression dans l’organisation des monstruosités des Composées, etc., ne trouvez-vous pas très difficile de définir qui est quoi ?
Quoi qu’il en soit, la plupart des botanistes semblent différer autant que possible sur ce point.
LETTRE 100. À J.S. HENSLOW. Down, 8 mai [1860].
Mille remerciements pour l’Elodée, cas qui m’intéresse beaucoup. J’ai écrit à M. Marshall à Ely, et en temps utile, il dit qu’il m’enverra toutes les informations qu’il pourra se procurer.
Owen est vraiment très venimeux. Il déforme et altère ce que je dis de manière très déloyale. Mais je pense que sa conduite envers Hooker est très peu généreuse : à savoir, faire allusion à son essai (Flore australienne) et ne pas remarquer les résultats magnifiques sur la distribution géographique. Les Londoniens disent qu’il est fou de jalousie parce que mon livre a fait parler de lui ; quel homme étrange pour être envieux d’un naturaliste comme moi, immensément inférieur à lui ! D’après une conversation avec lui, je soupçonne vraiment qu’au fond de son âme cachée, il va aussi loin que moi.
Je me demande si Sedgwick a remarqué dans la « Edinburgh Review » les « détracteurs sacerdotaux », ainsi les détracteurs se déchirent entre eux. Je suppose que Sedgwick sera très féroce contre moi à la Société philosophique. À en juger par sa note dans le « Spectator », il me déformera, mais ce sera certainement involontairement. Dans une lettre qui m’est adressée, et dans la note ci-dessus, il parle beaucoup de mon abandon de l’esprit de la philosophie inductive. J’aimerais, si jamais vous parlez du sujet avec lui, que vous lui demandiez s’il n’était pas permis (et un grand pas) d’inventer la théorie ondulatoire de la lumière, c’est-à-dire des ondulations hypothétiques, dans une substance hypothétique, l’éther. Et s’il en est ainsi, pourquoi ne puis-je pas inventer l’hypothèse de la Sélection naturelle (qui, par l’analogie des productions domestiques, et par ce que nous savons de la lutte pour l’existence et de la variabilité des êtres organiques, est, dans une très faible mesure, en soi probable) et essayer si cette hypothèse de la Sélection naturelle n’explique pas (comme je pense qu’elle le fait) un grand nombre de faits de distribution géographique, succession géologique, classification, morphologie, embryologie, etc. J’aimerais vraiment beaucoup savoir pourquoi une telle hypothèse que l’ondulation de l’éther peut être inventée, et pourquoi je ne puis inventer (non pas que je l’aie inventée, car j’y ai été conduit en étudiant les variétés domestiques) toute hypothèse, telle que la Sélection naturelle.
Pardonnez-moi, ainsi qu’à ma plume, de s’être emballée et d’avoir griffonné si longuement.
Je peux parfaitement comprendre Sedgwick ou quiconque disant que la Sélection naturelle n’explique pas de grandes classes de faits ; mais c’est très différent de dire que je m’écarte des principes corrects de l’investigation scientifique.
LETTRE 101. À J.S. HENSLOW. Down, 14 mai [1860].
J’ai été grandement intéressé par votre lettre à Hooker, et je dois vous remercier du fond du cœur de m’avoir si généreusement défendu, autant que vous l’avez pu, contre mes puissants assaillants. Rien de ce que disent les gens ne me blesse longtemps, car j’ai la conviction entière que je n’ai pas été influencé par de mauvais sentiments dans les conclusions auxquelles je suis parvenu. Et je n’ai pas publié mes conclusions sans une longue délibération, et elles ont été atteintes après bien plus d’études que le public n’en saura jamais, ou ne croira. Je suis certain d’avoir commis des erreurs sur de nombreux points, mais je ne crois pas autant que Sedgwick et Cie ne le pensent.
Existe-t-il un Résumé ou des Actes de la Société philosophique de Cambridge de publiés ? Si c’est le cas, et que vous puissiez m’en procurer un exemplaire, j’aimerais en avoir un.
Croyez-moi, mon cher Henslow, je vous suis reconnaissant en cette occasion, et pour la multitude de bontés que vous m’avez témoignées depuis mes premiers jours à Cambridge.
LETTRE 102. À C. LYELL. Down, 22 mai [1860].
Hooker m’a envoyé une lettre de Thwaites, de Ceylan, qui fait exactement les mêmes objections que vous au début concernant la nécessité pour toutes les formes d’avancer, et donc la difficulté que des formes simples existent encore. Il n’y avait pas de pire omission que celle-ci dans mon livre, et j’avais la discussion toute prête.
Je suis extrêmement heureux d’apprendre que vous avez l’intention d’ajouter de nouveaux arguments sur l’imperfection du dossier géologique. Je ressens toujours cela intensément, et je suis surpris que des hommes comme Ramsay et Jukes ne le ressentent pas davantage.
Je suis tout à fait d’accord sur les preuves insuffisantes concernant le blé de momie.
Quand vous pourrez vous en libérer, j’aimerais (mais par simple curiosité) voir Binney sur les marais maritimes à charbon.
J’ai autrefois rendu Hooker très sauvage en disant que je croyais que les plantes houillères poussaient dans la mer, comme les palétuviers.
LETTRE 103. À J.D. HOOKER.
Down [1860].
Mille remerciements pour la lettre de Harvey, que je garderai encore un peu avant de vous la rendre. Je lui écrirai et essaierai de clarifier, par l’analogie des productions domestiques, le rôle que je crois que la sélection a joué. J’ai retravaillé mes pigeons et autres animaux domestiques, et je suis sûr que quiconque a raison de dire que la sélection est la cause efficiente, bien que, comme vous le dites vraiment, la variation soit la base de tout. La raison pour laquelle je ne crois pas autant que vous aux agences physiques est que je vois dans presque chaque organisme (bien que beaucoup plus clairement chez les animaux que chez les plantes) une adaptation, et ceci, sauf dans de rares cas, doit, je devrais le penser, être dû à la sélection.
N'oubliez pas le Pyrola quand il sera en fleur. (103/3. Dans une lettre à Hooker, le 22 mai 1860, Darwin écrivait : « Avez-vous du Pyrola à Kew ? Si oui, pour l'amour du ciel, observez la courbure du pistil vers le passage menant au nectaire. » Le fait que, dans les fleurs visitées par les insectes, le stigmate soit placé de telle sorte que le visiteur doive le toucher en se rendant au nectar, était un point qui avait attiré très tôt l'attention de Darwin et l'avait fortement impressionné.) Mon petit Scaevola béni est entré en floraison, et je tenterai une fécondation artificielle sur lui.
J'ai examiné la lettre de Harvey, et j'ai supposé (j'espère à juste titre) qu'il ne pourrait pas s'opposer à savoir que vous me l'aviez transmise.
LETTRE 104. À ASA GRAY. Down, 8 juin [1860].
Je dois vous remercier pour deux billets, l'un par l'intermédiaire de Hooker, et l'autre avec quelques lettres à poster, ce qui a été fait. J'ai devancé votre demande en faisant quelques remarques sur la critique d'Owen. (104/1. « The Edinburgh Review », avril 1860.) Hooker est si las des critiques que je ne pense pas que vous tirerez des indices de lui. J'ai reçu dernièrement bien plus de « coups de pied que de sous ». Une critique dans la dernière « Nat. Hist. Review » de Dublin est la chose la plus injuste qui ait paru, une masse de déformations. Elle est manifestement de Haughton, le géologue, chimiste et mathématicien. Elle fait preuve d'une vanité incommensurable et d'un mépris pour tous ceux qui ne sont pas mathématiciens. Il discute des alvéoles des abeilles, et présente une série à laquelle je n'ai jamais fait allusion, et ignore totalement le rayon intermédiaire de Melipona, qui seul m'a conduit à mes notions. L'article est une curiosité d'injustice et d'arrogance ; mais, comme il ricane à propos de Malthus, je suis content, car il est clair qu'il ne sait pas raisonner. Il est un ami de Harvey, avec qui j'ai eu quelque correspondance. Votre article a clairement, comme il l'admet, influencé ce dernier. Il admet dans une certaine mesure la Sélection Naturelle, pourtant je suis sûr qu'il ne me comprend pas. Il est étrange que très peu de gens le fassent, et je suis devenu tout à fait convaincu que je dois être un extrêmement mauvais explicateur. Pour revenir un instant à Owen : il déforme grossièrement et est très injuste envers Huxley. Vous dites que vous pensez que l'article doit être d'un élève d'Owen ; mais aucun fait ne témoigne aussi fortement contre Owen, compte tenu de sa position passée au Collège des Chirurgiens, que le fait qu'il n'ait jamais formé un seul élève ou disciple. Dans le numéro qui vient de paraître de « Fraser's Magazine » (104/2. Voir « Life and Letters », II, page 314.) il y a un article ou critique sur Lamarck et moi par W. Hopkins, le mathématicien, qui, comme Haughton, méprise le pouvoir de raisonnement de tous les naturalistes. Personnellement, il est extrêmement gentil envers moi ; mais il a manifestement l'intention, dans le numéro suivant, de me réduire en atomes. Il ne saisit pas le moins du monde la différence entre mes vues et celles de Lamarck, en ce qui concerne l'explication de l'adaptation, le principe de divergence, l'augmentation des groupes dominants, et l'extinction presque nécessaire des groupes moins dominants et plus petits, etc.
LETTRE 105. À C. LYELL. Down, 17 juin [1860].
Un mot de plus sur la Déification (105/1. « Si nous confondons la "Variation" ou la "Sélection Naturelle" avec de telles lois créationnistes, nous déifions les causes secondaires ou exagérons démesurément leur influence » (Lyell, « The Geological Evidences of the Antiquity of Man, with Remarks on Theories on the Origin of Species by Variation », page 469, Londres, 1863). Voir Lettre 131.) de la Sélection Naturelle : lui attribuer un tel poids n'exclut pas des lois encore plus générales, c'est-à-dire l'ordonnancement de l'univers tout entier. J'ai dit que la Sélection Naturelle est à la structure des êtres organisés ce que l'architecte humain est à un bâtiment. L'existence même de l'architecte humain montre l'existence de lois plus générales ; mais personne, en attribuant le mérite d'un bâtiment à l'architecte humain, ne juge nécessaire de faire référence aux lois par lesquelles l'homme est apparu.
Aucun astronome, en montrant comment les mouvements des planètes sont dus à la gravité, ne juge nécessaire de dire que la loi de la gravité a été conçue pour que les planètes suivent les cours qu'elles suivent. Je ne peux croire qu'il y ait un iota de plus d'interférence du Créateur dans la construction de chaque espèce que dans le cours des planètes. C'est uniquement à cause de Paley et Cie, je crois, que cette interférence plus spéciale est jugée nécessaire avec les corps vivants. Mais nous ne serons jamais d'accord, alors ne vous donnez pas la peine de répondre.
Je devrais penser que vos remarques étaient très justes concernant les mathématiciens n'étant pas mieux à même de juger des probabilités que d'autres hommes de bon sens.
Je viens d'obtenir plus de retours sur la gestation des chiennes. La période diffère au moins de soixante et un à soixante-quatorze jours, exactement comme je m'y attendais.
Je pensais vous envoyer le « Gardeners' Chronicle », à cause d'un article de moi sur la fécondation des orchidées par les insectes (105/2. « Fertilisation of British Orchids by Insect Agency ». Cet article dans le « Gardeners' Chronicle » du 9 juin 1860, page 528, commence par une demande pour que des observations soient faites sur le mode de fécondation chez l'ophrys abeille et l'ophrys mouche.), car il implique un point curieux, et puisque vous vous intéressiez à mon article sur les haricots ; mais comme vous êtes si occupé, je ne le ferai pas.
LETTRE 106. À C. LYELL. Down [juin ?] 20 [1860].
Je vous envoie Blyth (106/1. Voir Lettre 27.) ; c'est une écriture épouvantable ; le passage est à la page 4. Dans un billet précédent, il m'a dit qu'il craignait qu'il n'y ait guère de chance d'obtenir de l'argent pour l'expédition chinoise, et a parlé de votre bonté.
Mille mercis pour votre longue et intéressante lettre. Je m'émerveille, j'admire et je vous remercie pour votre patience à écrire autant. Je conteste quelque peu le fait que le Deinosaurus n'ait pas de « libre arbitre », car nous en avons assurément. Je conteste aussi que vous placiez la « force et la matière » de Huxley dans la même catégorie que la Sélection Naturelle. Cette dernière peut, bien sûr, être une vue tout à fait fausse ; mais assurément, ce n'est pas aller au-delà de notre portée que de chercher les causes premières.
Il est vraiment très remarquable que la gestation des chiennes (106/2. Dans une lettre écrite à Lyell le 25 juin 1860, le paragraphe suivant apparaît : « Vous n'avez pas besoin de croire un mot de ce que j'ai dit sur la gestation des chiens. Depuis que je vous ai écrit, j'ai eu plus de correspondance avec le maître des chiens, et je vois que son [relevé ?] ne vaut rien. Il peut, bien sûr, être correct, mais ne peut être fiable. Je trouve aussi des déclarations différentes sur le loup : en fait, je suis complètement perdu. ») varie autant, alors que celle de l'homme ne le fait pas. Cela pourrait provenir d'une origine multiple. Les œufs du canard musqué et du canard commun prennent une période intermédiaire pour éclore ; mais je devrais plutôt considérer cela comme l'un des dix mille cas que nous ne pouvons expliquer, à savoir quand une partie ou une fonction varie chez une espèce et pas chez une autre.
Hooker ne m'a rien dit sur son explication du petit nombre de formes arctiques ; je connaissais le fait auparavant. J'avais spéculé sur ce qui, je présume d'après ce que vous dites, est son explication (106/3. « Outlines of the Distribution of Arctic Plants », J.D. Hooker, « Trans. Linn. Soc. » Volume XXIII, page 251, 1862. [lu le 21 juin 1860.] Dans cet article, Hooker attire l'attention sur le caractère exceptionnel de la flore du Groenland ; mais en ce qui concerne la rareté de ses espèces et sa bien plus grande ressemblance avec les flores de l'Europe arctique qu'avec celles de l'Amérique arctique, il considère qu'il est difficile d'expliquer ces faits, « à moins d'admettre les hypothèses de M. Darwin » (voir « Origin », Édition VI, 1872, Chapitre XII, page 330) d'une migration australe due au froid de la période glaciaire et du retour ultérieur des types septentrionaux durant la période plus chaude qui a suivi. Bon nombre des espèces du Groenland, étant confinées à la péninsule, « seraient, pour ainsi dire, poussées dans la mer, c'est-à-dire exterminées » (Hooker, op. cit., pages 253-4).) ; mais il doit y avoir eu en tout temps une région arctique. J'ai trouvé que la spéculation devenait trop complexe, me semble-t-il, pour valoir la peine d'être poursuivie.
J'ai fait d'autres travaux intéressants sur les orchidées. Parlez d'adaptation chez les pics (106/4. « Peut-on donner un exemple d'adaptation plus frappant que celui d'un pic pour grimper aux arbres et saisir les insectes dans les fentes de l'écorce ? » (« Origin of Species », Édition I, page 141).), certaines des orchidées le battent.
J'ai montré le cas à Elizabeth Wedgwood, et sa remarque fut : « Maintenant, vous avez renversé votre propre livre, car vous ne me persuaderez pas que cela pourrait être effectué par la Sélection Naturelle. »
LETTRE 107. À T.H. HUXLEY. 20 juillet [1860].
Mille mercis pour votre agréable lettre. Je suis d'accord avec chaque mot que vous dites à propos de « Fraser » et de la « Quarterly ». (107/1. La critique de l'évêque Wilberforce de l'« Origin » dans la « Quarterly Review », juillet 1860, a été republiée dans ses « Collected Essays », 1874. Voir « Life and Letters, II, page 182, et II, page 324, où quelques citations de la critique sont données. Pour la critique de Hopkins dans « Fraser's Magazine », juin 1860, voir « Life and Letters », II, 314.) J'ai reçu quelques lettres vraiment admirables de Hopkins. Je ne suppose pas qu'il se soit jamais cassé la tête à propos de distribution géographique, de classification, de morphologies, etc., et seuls ceux qui l'ont fait ressentiront un soulagement à avoir une sorte d'explication rationnelle de tels faits. N'est-ce pas grandiose la manière dont l'évêque affirme que tous ces faits sont expliqués par des idées dans l'esprit de Dieu ? La « Quarterly » est incroyablement intelligente ; et j'ai beaucoup ri de la façon dont mon grand-père et moi-même sommes raillés. J'ai pu voir ici et là la main d'Owen. À propos, comment se fait-il que vous n'ayez pas été attaqué ? Owen commence-t-il à trouver plus prudent de vous laisser tranquille ? Je donnerais cinq shillings pour savoir quelle énorme gaffe l'évêque a faite ; car je vois qu'une page a été annulée et une nouvelle page collée.
Je suis en vérité très pleinement content du progrès de l'opinion. D'après tout ce que j'entends de plusieurs quartiers, il semble qu'Oxford ait fait beaucoup de bien au sujet. (107/2. Un compte rendu de la réunion de l'Association britannique à Oxford en 1860 est donné dans « Life and Letters », II, page 320, et un compte rendu plus complet dans le volume unique « Life of Charles Darwin », 1892, page 236. Voir aussi « Life and Letters of T.H. Huxley », Volume I, page 179, et le récit amusant de la réunion dans « Reminiscences of Oxford » de M. Tuckwell, Londres, 1900, page 50.) Il est d'une importance énorme de montrer au monde que quelques hommes de premier ordre n'ont pas peur d'exprimer leur opinion. Je vois chaque jour plus clairement que mon livre, sans aide, n'aurait absolument rien fait. Asa Gray se bat admirablement aux États-Unis. Il est maître absolu du sujet, ce qu'on ne peut absolument pas dire d'hommes comme Hopkins.
J'ai réfléchi à ce que vous faites allusion à propos d'une revue d'histoire naturelle. (107/3. Dans « Life and Letters of T.H. Huxley », Volume I, page 209, un compte rendu de la fondation de la « Natural History Review » est donné dans une lettre à Sir J.D. Hooker du 17 juillet 1860. Le 2 août, M. Huxley ajoutait : « Darwin m'a écrit une très gentille remontrance à ce sujet, me disant que je ne devrais pas me gaspiller sur autre chose que du travail original. En réponse, cependant, je lui ai assuré que je DEVAIS me gaspiller bon gré mal gré, et que la "Review" était seulement un fourre-tout. ») Je suppose que vous voulez dire vraiment une REVUE et non un journal pour des communications originales en Histoire Naturelle. De ce dernier, il y a maintenant surabondance. Quant à une bonne revue, il ne peut y avoir aucun doute sur sa valeur et son utilité ; néanmoins, s'il n'est pas trop tard, j'espère que vous réfléchirez délibérément avant de décider. Rappelez-vous quelle quantité de travail vous avez sur vos épaules, et bien que vous puissiez faire beaucoup, il y a une limite à la capacité de travail même du travailleur le plus acharné. Je regretterais profondément de vous voir sacrifier beaucoup de temps qui pourrait être consacré à la recherche originale. Je crains, pour quelqu'un qui peut critiquer aussi bien que vous, qu'il n'y ait la même tentation de gaspiller du temps, comme c'est notoirement le cas pour ceux qui savent bien parler.
Une revue n'est que temporaire ; votre travail devrait être pérenne. Je sais bien que vous pouvez dire qu'à moins que de bons hommes ne critiquent, il n'y aura pas de bonnes revues. Et c'est vrai. Ne feriez-vous pas plus de bien par une critique occasionnelle dans une revue bien établie, que par le fait de consacrer beaucoup de temps à l'édition, ou d'aider largement, si ce n'est éditer, une revue qui, étant limitée à un seul sujet, n'aurait pas une très grande diffusion ? Mais je dois revenir à l'idée principale qui me frappe, à savoir que cela diminuerait la quantité de travail original et pérenne que vous pourriez faire. Réfléchissez au peu d'hommes qu'il y a en Angleterre qui peuvent faire un travail original dans les différents domaines pour lesquels vous êtes excellemment qualifié. Lyell, je me souviens, sur des bases analogues il y a bien des années, a résolu qu'il n'écrirait plus de critiques. Je suis un vieux traînard, et votre projet me fait trembler. Dieu sait, dans un sens, que je suis à peu près le dernier homme en Angleterre qui devrait jeter de l'eau froide sur toute revue dans laquelle vous seriez impliqué, car j'ai immensément profité de vos travaux dans ce domaine.
En ce qui concerne le fait de critiquer moi-même, je n'ai jamais essayé : tout travail de ce genre m'empêche de faire autre chose, car je ne peux absolument pas travailler par bribes de temps. J'ai, de plus, une haine insensée d'arrêter mon cours régulier de travail. J'ai maintenant des matériaux pour un petit article ou deux, mais je sais que je ne les mettrai jamais en forme. Alors je ne promettrai pas d'aider ; bien que ne pas aider, si je le pouvais, me ferait me sentir très ingrat envers vous. Vous n'avez aucune idée du peu de temps dont je dispose chaque jour pour travailler. Si j'avais des devoirs réguliers, comme vous et Hooker, je ne ferais absolument rien en science.
Je suis sincèrement heureux d'apprendre que vous allez mieux ; mais comment un tel labeur comme le volontariat militaire (tout honneur à vous) ne vous tue pas, je ne peux le comprendre.
Pour l'amour de Dieu, rappelez-vous que votre champ de travail est la recherche originale dans les branches les plus élevées et les plus difficiles de l'Histoire Naturelle. Non pas que je veuille sous-estimer l'importance des critiques intelligentes et solides.
LETTRE 108. À T.H. HUXLEY. Sudbrook Park, Richmond, jeudi [juillet 1860].
Je dois vous envoyer un mot pour vous dire quel bon compagnon vous êtes de m'envoyer un compte rendu si long des événements d'Oxford. Je l'ai lu deux fois, et l'ai envoyé à ma femme, et quand je rentrerai, je le relirai : il m'a tellement intéressé. Mais comment osez-vous attaquer un évêque vivant de cette façon ? J'ai tout à fait honte de vous ! N'avez-vous aucune révérence pour les fines manches de rochet ? Par Jupiter, vous semblez l'avoir bien fait. Si quelqu'un devait ridiculiser une croyance de l'évêque, ne hausserait-il pas doucement les épaules en étant inexprimablement choqué ? Je suis très, très désolé d'apprendre que vous n'êtes pas bien ; mais je ne suis pas surpris après tout votre labeur auto-imposé. J'espère que vous aurez bientôt une sortie, et que cela vous fera un réel bien.
Je suis heureux d'entendre parler de J. Lubbock, que j'espère voir bientôt, et je lui dirai ce que vous avez dit. Avez-vous lu Hopkins dans le dernier « Fraser » ? Bien présenté, dans un bon esprit, sauf que la discussion sur l'âme est mauvaise, comme je lui ai dit ; rien de réellement nouveau, prend seulement les points faibles, et laisse de côté toutes les autres considérations.
J'ai eu des nouvelles d'Asa Gray hier ; il continue à se battre comme un Troyen.
Que Dieu vous bénisse ! Portez-vous bien, soyez oisif, et révérez toujours un évêque.
LETTRE 109. À J.D. DANA. Down, 30 juillet [1860].
J'ai reçu il y a plusieurs semaines votre billet me disant que vous ne pouviez pas visiter l'Angleterre, ce que j'ai sincèrement regretté, car j'aurais très sincèrement aimé faire votre connaissance personnelle. Vous m'avez donné un compte rendu amélioré, mais pas très bon, de votre santé. Je serais à un moment donné reconnaissant d'un mot pour me dire comment vous allez. Nous avons eu un été misérable, en raison d'une maladie terriblement longue et sévère de ma fille aînée, qui s'améliore légèrement mais est toujours dans un état précaire. Je n'ai pu rien faire en science ces derniers temps. Mon aimable ami Asa Gray m'écrit souvent et me parle des discussions animées sur l'« Origin of Species » aux États-Unis. Chaque fois que vous serez assez fort pour le lire, je sais que vous serez totalement contre moi, mais je sais tout aussi bien que votre opposition sera libérale et philosophique. Et c'est un peu plus que ce que je peux dire de tous mes opposants dans ce pays. Je n'ai pas encore vu l'attaque d'Agassiz (109/1. « Silliman's Journal », juillet 1860. Un passage de la critique d'Agassiz est donné par M. Huxley dans « Life and Letters » de Darwin, II, page 184.), mais j'espère la trouver chez moi quand je rentrerai dans quelques jours, car j'ai été pendant plusieurs semaines loin de chez moi à cause de ma fille. Le Prof. Silliman m'a envoyé un message extrêmement gentil par Asa Gray disant que votre Journal serait ouvert à une réponse de ma part. Je ne peux décider avant de l'avoir vue, mais par principe j'ai résolu d'éviter de répondre à quoi que ce soit, car cela consomme beaucoup de temps, souvent de l'humeur, et j'ai dit ce que j'avais à dire dans l'« Origin ». Personne ne comprend mes vues et ne les a défendues aussi bien qu'A. Gray, bien qu'il n'aille en aucun cas jusqu'au bout avec moi. Il y a eu beaucoup de discussion sur le sujet à l'Association britannique à Oxford, et j'ai eu beaucoup de défenseurs, et mon camp semble (car je n'y étais pas) avoir presque gagné la bataille. Votre correspondant et mon voisin, J. Lubbock, continue à travailler sur le temps libre dont il dispose. C'est un billet égotiste, mais je n'ai pas vu de naturaliste depuis des mois. Très sincèrement et profondément, j'espère que ce billet vous trouvera presque rétabli.
LETTRE 110. À W.H. HARVEY.
(110/1. Voir Lettre 95, note. Cette lettre a été écrite en réponse à une longue lettre de W.H. Harvey, datée du 24 août 1860. Harvey avait déjà publié un pamphlet sérieux-comique et une critique, auxquels des références sont données dans « Life and Letters », II, pages 314 et 375 ; mais apparemment il n'avait pas avant cette date terminé la lecture de l'« Origin ».)
[Août 1860.]
J'ai lu votre longue lettre avec beaucoup d'intérêt, et je vous remercie de la grande libéralité dont vous avez fait preuve en me l'envoyant. Mais, à la réflexion, je ne souhaite tenter de répondre à aucune partie, si ce n'est à vous en privé. Tout ce que je pourrais dire pour ma défense n'aurait aucun poids ; il vaut mieux être défendu par d'autres, ou ne pas l'être du tout. Certaines parties de votre lettre me semblent, si je puis me permettre de le dire, très pénétrantes et originales, et je considère comme un grand compliment le fait que vous ayez consacré tant de temps à mon livre. Mais, dans l'ensemble, je suis déçu ; non pas de votre désaccord avec moi, car je ne m'attendais jamais à cela, et, en vérité, dans vos remarques sur les chapitres XII et XIII, vous allez beaucoup plus loin avec moi (bien qu'un peu) que je ne l'avais anticipé, et je suis très satisfait du résultat. Mais, dans l'ensemble, je suis déçu, car il me semble que vous ne comprenez pas ce que j'entends par Sélection naturelle, comme le montre la page 11 (110/2. Harvey parle de la perpétuation ou de la sélection de l'utile, présupposant « un agent vigilant et intelligent », ce qui revient à dire qu'un agent intelligent est nécessaire pour veiller à ce que les petites pierres passent à travers les mailles d'un tamis et que les grosses restent derrière.) de votre lettre et plusieurs de vos remarques. Comme mon livre n'a pas réussi à expliquer ma pensée, il serait vain de tenter de le faire dans une lettre. Vous parlez dans la première partie de votre lettre, et à la page 9, comme si j'avais dit que la Sélection naturelle était le seul agent de modification, alors que j'ai maintes et maintes fois, ad nauseam, dit directement, et impliqué par ordre de préséance (ce qui me semble évident), que la sélection ne peut rien faire sans une variabilité préalable (voir pages 80, 108, 127, 468, 469, etc.), « rien ne peut être effectué à moins que des variations favorables ne se produisent ». Je considère la Sélection naturelle comme étant d'une telle importance, parce qu'elle accumule les variations successives dans n'importe quelle direction profitable, et adapte ainsi chaque nouvel être à ses conditions d'existence complexes. Le terme « sélection », je le vois, trompe beaucoup de personnes, bien que je ne voie pas plus de raison pour qu'il le fasse que l'affinité élective, telle qu'utilisée par les anciens chimistes. Si je devais réécrire mon livre, j'utiliserais « préservation naturelle » ou « préservé naturellement ». Je suppose que vous prendriez un émétique aussi volontiers que vous reliriez une quelconque partie de mon livre ; mais si vous le faisiez, et que vous effaciez sélection et sélectionné, pour insérer préservation et préservé, peut-être le sujet serait-il plus clair. Comme vous n'êtes pas le seul à mal comprendre mon livre, j'aurais conclu bien avant cela que mon cerveau était embrumé si je n'avais pas constaté par des critiques publiées, et surtout par la correspondance, que Lyell, Hooker, Asa Gray, H.C. Watson, Huxley, et Carpenter, et beaucoup d'autres, comprennent parfaitement ce que je veux dire. Le résultat de vos remarques à la page 11 est que mon explication, etc., et toute la doctrine de la Sélection naturelle, ne sont que des mots vides, signifiant l'« ordre de la nature ». Comme les hommes lucides nommés ci-dessus, qui comprennent mes vues, vont tous un certain chemin avec moi, et ne pensent certainement pas que tout cela soit des balivernes, je me risquerais à suggérer un peu plus de réflexion de votre part. Je ne veux pas dire par là que l'opinion de ces hommes ait beaucoup de valeur pour prouver que j'ai raison, mais simplement qu'elle constitue une preuve que j'ai des idées plus claires que vous ne le pensez, sinon ces mêmes hommes doivent être encore plus confus que moi ; car ils n'ont aucune tentation de se tromper eux-mêmes. Dans le numéro de septembre à paraître (110/3. « American Journal of Science and Arts », septembre 1860, « Design versus Necessity », réimprimé dans les « Darwiniana » d'Asa Gray, 1876, page 62.) de l'« American Journal of Science », il y a un article théologique intéressant et court (par Asa Gray), qui donne incidemment avec une clarté admirable la théorie de la Sélection naturelle, et qui pourrait donc valoir la peine d'être lu. Je pense que la partie théologique vous intéresserait.
Vous objectez à toutes mes illustrations. Elles sont toutes nécessairement conjecturaux, et peuvent être toutes fausses ; mais c'étaient les meilleures que je pouvais donner. Le cas de l'ours (110/4. « Origin of Species », Édition I., page 184. Voir Lettre 120.) a été bien tourné en dérision, et déformé de manière malhonnête par certains qui ont prétendu que je disais qu'un ours pouvait être transformé en baleine. Comme cela a offensé des personnes, je l'ai supprimé dans la seconde édition ; mais je maintiens toujours qu'il n'y a aucune difficulté particulière à ce que la gueule d'un ours soit élargie dans une mesure utile à ses habitudes changeantes, — pas plus de difficulté que l'homme n'en a trouvé à augmenter le jabot du pigeon, par une sélection continue, jusqu'à ce qu'il soit littéralement aussi gros que tout le reste du corps. Si cela n'avait pas été connu, comme il aurait paru absurde de dire que le jabot d'un oiseau pourrait être augmenté jusqu'à devenir comme un ballon !
En ce qui concerne l'autruche, je crois que les ailes ont été réduites, et ne sont pas en cours de développement, parce que toute la structure d'un oiseau est essentiellement formée pour le vol ; et l'autruche est essentiellement un oiseau. Vous verrez à la page 182 de l'« Origin » une discussion quelque peu analogue. À la page 450 de la seconde édition, j'ai souligné la distinction essentielle entre un organe naissant et un organe rudimentaire. Si vous préférez la vue plus complexe selon laquelle le progéniteur de l'autruche a perdu ses ailes, et que l'autruche actuelle est en train de les retrouver, je n'ai rien à dire en opposition.
En ce qui concerne les arbres sur les îles, j'ai recueilli quelques cas, mais j'ai tiré les faits principaux d'Alph. De Candolle, et j'ai pensé qu'on pouvait s'y fier. Mon explication peut être grossièrement erronée ; mais je ne suis pas convaincu qu'elle le soit, et je ne vois pas toute la force de votre argument selon lequel certains ordres herbacés auraient été développés en arbres dans certains cas rares sur les continents. Le cas me semble dépendre entièrement de la question de savoir si les ordres généralement herbacés fournissent plus fréquemment des arbres et des buissons sur les îles que sur les continents, par rapport à leurs superficies. (110/5. Dans l'« Origin », Édition I., page 392, l'auteur souligne qu'en présence d'arbres en compétition, une plante herbacée aurait peu de chances de devenir arborescente ; mais sur une île, avec seulement d'autres plantes herbacées comme concurrentes, elle pourrait obtenir un avantage en dépassant ses semblables, et devenir semblable à un arbre. Harvey écrit : « Ce que vous dites (page 392) des arbres insulaires appartenant à des ordres qui ailleurs ne comprennent que des espèces herbacées me semble ne pas être étayé par des preuves suffisantes. Vous ne citez aucun arbre particulier, et je pourrais donc avoir tort de deviner que les ordres auxquels vous faites allusion sont les Scrophulariaceae et les Compositae ; et les arbres insulaires les Veronicas antarctiques et les Compositae arborescentes de Sainte-Hélène, de Tasmanie, etc. Mais en Afrique du Sud, Halleria (Scrophulariaceae) est souvent aussi grande et ligneuse qu'un pommier ; et il y a plusieurs Compositae arborescentes sud-africaines (Senecio et Oldenburgia). De plus, en Tasmanie du moins, les Composées arborescentes ne se trouvent pas en concurrence avec les plantes herbacées seules, et ne grandissent pas de plus en plus en les dépassant... ; car la plus arborescente de toutes (Eurybia argophylla, l'arbre à musc) pousse... dans les forêts d'Eucalyptus. Et il en va de même pour l'Halleria sud-africaine, qui est un arbre parmi les arbres. Quelles peuvent être les conditions des Gerania arborescents des îles Sandwich, je suis incapable de le dire... Je ne peux me souvenir d'aucun autre exemple, et je ne peux accepter votre explication dans aucun des autres cas que j'ai cités. »)
À la page 4 de votre lettre, vous dites que vous abandonnez de nombreuses espèces de livres en tant que créations séparées : j'abandonne toutes, et vous en déduisez que notre différence n'est que de degré et non de nature. Je conteste cela ; car je donne une raison distincte de la mesure dans laquelle je vais dans l'abandon des espèces. Je considère toutes les formes qui se ressemblent homologiquement ou embryologiquement comme descendant certainement de la même espèce.
Vous me frappez fort et honnêtement (110/6. Harvey écrit : « Vous demandez : toutes les innombrables sortes d'animaux et de plantes ont-elles été créées sous forme d'œufs ou de graines, ou adultes ? À cela, il suffit de répondre : votre organisme primordial, ou vos quatre ou cinq progéniteurs, ont-ils été créés sous forme d'œuf, de graine ou adultes ? Aucune théorie ne tente de résoudre cette énigme, ni celle de l'Omphalos. » Le dernier point, que M. Darwin refuse d'abandonner, se trouve à la page 483 de l'« Origin », « et, dans le cas des mammifères, ont-ils été créés portant les faux signes de la nourriture provenant de l'utérus maternel ? » Dans la troisième édition de l'« Origin », 1861, page 517, l'auteur ajoute, après le passage cité en dernier : « Incontestablement, ces mêmes questions ne peuvent trouver de réponse chez ceux qui, dans l'état actuel de la science, croient à la création de quelques formes aborigènes, ou d'une seule forme de vie. » Dans la sixième édition, probablement en vue de l'ombilic, il écrit (page 423) : « Incontestablement, certaines de ces mêmes questions », etc., etc. D'après les notes dans l'exemplaire de M. Darwin de la seconde édition, il est clair que le changement dans la troisième édition était principalement dû à la lettre de Harvey. Voir Lettre 115.) au sujet de ma question (page 483, « Origin ») sur la création d'œufs ou de jeunes, etc. (mais pas au sujet des mammifères avec la marque du cordon ombilical), pourtant j'ai encore un sentiment illogique qu'il y a moins de difficulté à imaginer la création d'une cellule asexuée, augmentant par simple division.
Page 5 de votre lettre : Je suis d'accord avec chaque mot sur l'antiquité du monde, et je n'ai jamais vu le cas exposé par quiconque plus fortement ou plus habilement. Cela ne produit cependant pas plus d'impression sur moi en tant qu'objection que l'astronome lorsqu'il ajoute quelques centaines de millions de kilomètres à la distance des étoiles fixes. Pour comparer de très petites choses avec de grandes, la Lingula, etc., restant presque inchangée de l'époque silurienne à nos jours, c'est comme les pigeons de pigeonnier toujours identiques aux pigeons bisets sauvages, tandis que sa progéniture « fantaisie » a été immensément modifiée, et est encore en train d'être modifiée, par le moyen de la sélection artificielle.
Vous posez admirablement la difficulté de la première modification du premier protozoaire. Je vous assure qu'immédiatement après la publication de la première édition, cela m'est venu à l'esprit, et j'ai pensé à l'insérer dans la seconde édition. Je ne l'ai pas fait, parce que nous ne savons absolument pas quel était le premier germe de vie, et nous n'avons aucun fait pour nous guider dans nos spéculations sur le type de changement que sa progéniture a subi. Je conteste tout à fait ce que vous dites des myriades d'années qu'il faudrait pour peupler le monde avec un tel protozoaire imaginé. En combien peu de temps Ehrenberg a calculé qu'un seul infusoire pourrait faire un cube de roche ! Un seul cube sur une progression géométrique ferait le globe solide en (je suppose) moins d'un siècle. D'après le peu que je sais, je ne peux m'empêcher de penser que vous sous-estimez les effets des conditions physiques de vie sur ces organismes inférieurs. Mais j'admets pleinement que je ne peux donner aucune sorte de réponse à vos objections ; pourtant je dois ajouter qu'il serait merveilleux si quelqu'un pouvait jamais le faire, en supposant pour le moment que ma théorie soit vraie. Vous prenez pour acquis, je pense, en disant que le Protococcus serait condamné à une similitude éternelle. Et vous ne pouvez pas savoir si le premier germe ressemblait à un Protococcus ou à toute autre forme vivant actuellement.
Page 12 de votre lettre : Il n'y a rien dans ma théorie nécessitant dans chaque cas une progression de l'organisation, bien que la Sélection naturelle tende dans cette ligne, et ait généralement agi ainsi. Un animal, s'il devient adapté par la sélection à vivre la vie, par exemple, d'un parasite, sera généralement dégradé. J'ai beaucoup regretté de ne pas avoir rendu cette partie du sujet plus claire. J'ai omis ce sujet et bien d'autres, qui, je le vois maintenant, auraient dû être introduits. J'ai inséré une discussion sur ce sujet dans les éditions étrangères. (110/7. Dans la troisième Édition, une discussion sur ce point est ajoutée au Chapitre IV.) Dans aucun cas, un être organique ne tendra à rétrogader, à moins qu'une telle rétrogradation ne soit un avantage pour sa progéniture variable ; et il est difficile de voir comment revenir à la structure du protozoaire original supposé inconnu pourrait jamais être un avantage.
Page 13 de votre lettre : J'ai été plus heureux de lire votre discussion sur les formes « dominantes » que n'importe quelle partie de votre lettre. (110/8. Harvey écrit : « En considérant la nature organique sous son aspect le plus large, je pense qu'il est incontestable que les races vraiment dominantes ne sont pas celles de haute, mais celles de basse organisation » ; et continue en citant la maladie de la pomme de terre, etc. Dans la troisième édition de l'« Origin », page 56, une discussion est introduite définissant l'utilisation par l'auteur du terme « dominant ».) Je peux maintenant voir que je n'ai pas été assez prudent en limitant ma définition et ma signification. Je ne peux pas dire que vous ayez modifié mes vues. Si le Botrytis [Phytophthora] avait exterminé la pomme de terre sauvage, une forme basse aurait vaincu une haute ; mais je ne me souviens pas avoir jamais dit (je suis sûr de n'avoir jamais pensé) qu'une forme basse ne vaincrait jamais une haute. J'ai expressément fait allusion à des parasites exterminant à moitié des animaux de gibier, et à la lutte pour la vie étant parfois entre des formes aussi différentes que possible : par exemple, entre des sauterelles et des quadrupèdes herbivores. Dans les nombreuses conditions de vie que ce monde offre, tout groupe qui est nombreux en individus et en espèces et qui est largement distribué, peut être proprement appelé dominant. Je n'ai jamais rêvé de considérer qu'un groupe quelconque, dans toutes les conditions et à travers le monde, serait prédominant. Comment les vertébrés pourraient-ils être prédominants dans les conditions de vie dans lesquelles vivent les vers parasites ? À quoi serviraient leurs sens perfectionnés et leur intellect dans de telles conditions ? Quand j'ai parlé de formes dominantes, c'était en relation avec la multiplication de nouvelles formes spécifiques, et la dominance d'une espèce quelconque a été relative généralement à d'autres membres du même groupe, ou du moins à des êtres exposés à des conditions similaires et entrant en compétition. Mais je suppose que je ne me suis pas fait comprendre dans l'« Origin », et l'espace a rendu cela impossible. Mais je vous remercie très sincèrement pour vos précieuses remarques, bien que je ne sois pas d'accord avec elles.
Au sujet des sauts soudains : je n'ai aucune objection à leur encontre — ils m'aideraient dans certains cas. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai étudié le sujet, et que je n'ai trouvé aucune preuve pour me faire croire aux sauts ; et beaucoup pointant dans l'autre direction. Vous trouverez difficile (page 14 de votre lettre) de faire une ligne de démarcation marquée entre les croisements fertiles et stériles. Je ne vois pas comment le changement apparemment soudain (car la soudaineté du changement dans une chrysalide est bien sûr largement seulement apparente) chez les larves pendant leur développement jette une quelconque lumière sur le sujet.
J'aurais aimé pouvoir rendre cette lettre plus digne de vous être envoyée. Je l'ai fait copier pour vous épargner au moins l'intolérable peine de lire ma mauvaise écriture. Encore une fois, je vous remercie pour votre grande libéralité et votre gentillesse en m'envoyant vos critiques, et je souhaite de tout cœur que nous fussions un peu plus en accord ; mais nous devons rester satisfaits d'être aussi éloignés que les pôles, mais sans, Dieu merci, aucune malice ou autre mauvais sentiment.
LETTRE 111. À T.H. HUXLEY.
(111/1. Les articles du Dr Asa Gray dans l'« Atlantic Monthly », juillet, août et octobre 1860, ont été publiés en Angleterre sous forme de brochure, et forment le Chapitre III dans ses « Darwiniana » (1876). Voir « Life and Letters », II., page 338. L'article mentionné dans la présente lettre est celui du numéro d'août.)
Down, 10 septembre [1860].
J'envoie par ce courrier une critique par Asa Gray, si bonne que j'aimerais que vous la voyiez ; je dois vous demander son retour. Je veux aussi vous demander votre opinion sur le fait de la faire réimprimer en Angleterre. J'ai pensé l'envoyer à l'éditeur des « Annals and Mag. of Nat. Hist. » dans lesquels deux critiques hostiles sont apparues (bien que je suppose que les « Annals » aient une très faible diffusion), et leur demander dans un esprit de fair-play de l'imprimer, avec le nom d'Asa Gray, que je prendrai la responsabilité d'ajouter. De plus, comme elle est longue, j'offrirais de payer les frais.
Elle est très bonne, en plus, car elle fait intervenir Pictet si largement. (111/2. Pictet (1809-72) a écrit une critique « parfaitement juste » opposée à l'« Origin ». Voir « Life and Letters », II., page 297.) Dites-moi brièvement ce que vous en pensez.
Quelle expédition étonnante que celle de Hooker en Syrie ! Dieu sait si c'est sage.
Comment allez-vous et tous les vôtres ? J'espère que vous ne travaillez pas trop dur. Pour l'amour du ciel, pensez que vous pourriez devenir une telle bête que moi. Comment va la « Nat. Hist. Review » ? En parlant de critiques, j'ai damné avec une bonne grâce la critique dans l'« Athenaeum » (111/3. Critique de « The Glaciers of the Alps » (« Athenaeum », 1er septembre 1860, page 280).) sur Tyndall avec une allusion mesquine et méprisante à votre égard. C'est honteux à propos de Tyndall, — en fait, doutant de sa véracité.
Je suis très fatigué, et je déteste presque le monde entier. Alors, bonne nuit, et prenez soin de votre digestion, ce qui signifie cerveau.
LETTRE 112. À C. LYELL. 15, Marine Parade, Eastbourne, 26 [septembre 1860].
Il vient de me venir à l'esprit que je n'ai pris aucune note de vos questions sur l'extinction à Sainte-Hélène. Je suis presque sûr que Hooker a des informations sur l'extinction des plantes (112/1. « Principles of Geology », Volume II. (Édition X., 1868), page 453. Les faits sont cités de Hooker illustrant l'extermination des plantes à Sainte-Hélène.), mais je ne me souviens pas où je les ai vues. On peut supposer avec confiance que beaucoup d'insectes ont été exterminés.
À propos, j'ai eu récemment des nouvelles de Wollaston, qui m'a dit qu'il venait de recevoir des formes d'insectes éminemment de Madère et des îles Canaries du Cap de Bonne-Espérance, à quelle distance insignifiante, s'il est logique, il devra étendre son Atlantis ! Je viens de recevoir votre lettre, et je suis très heureux que vous approuviez. Mais je suis totalement dégoûté et honteux à propos du dingo. Je ne peux pas penser comment j'ai pu mal comprendre l'article si grossièrement. J'espère ne pas avoir fait de même avec sa coexistence avec des espèces éteintes : quelle horrible maladresse ! Je suis affligé d'apprendre que vous pensez que je dois travailler les notes dans le texte ; mais vous êtes un bien meilleur juge, donc j'obéirai. Je suis désolé que vous ayez eu la peine de retourner le manuscrit sur le chien, que je suppose recevoir demain.
Je compte donner de bonnes gravures sur bois de toutes les principales races de pigeons. (112/2. « The Variation of Animals and Plants under Domestication », 1868.)
À l'exception du C. oenas (112/3. Le Columba oenas d'Europe se perche sur les arbres et construit son nid dans des trous, soit dans les arbres, soit au sol (« Var. of Animals », Volume I., page 183).) (qui est en partie, en fait presque entièrement, un pigeon ramier), il n'y a aucun autre pigeon biset avec lequel notre pigeon domestique se croiserait — c'est-à-dire, si plusieurs races géographiques extrêmement proches du C. livia, qu'aucun ornithologue ne regarde comme de véritables espèces, sont toutes regroupées sous le nom de C. livia. (112/4. Columba livia, le pigeon biset. « Nous pouvons conclure avec confiance que toutes les races domestiques, malgré leur grande quantité de différence, descendent du Columba livia, incluant sous ce nom certaines races sauvages » (op. cit., Volume I., page 223).)
J'écris en vrac, en relisant votre lettre. Je pensais que ma lettre avait été beaucoup plus sauvage que la vôtre. Je ressens tout à fait le confort d'écrire quand on peut « changer ses spéculations le lendemain ». Il est au-delà de mes connaissances de peser les rangs des oiseaux et des monotrèmes ; dans le système respiratoire et circulatoire et l'énergie musculaire, je crois que les oiseaux sont en avance sur tous les mammifères.
Je savais que vous deviez être au courant pour la Nouvelle-Guinée ; mais en vous écrivant, je ne me rends jamais civil !
Après avoir traité une demi-douzaine ou une douzaine d'animaux domestiques de la même manière que je traite les chiens, j'avais l'intention d'avoir un chapitre de conclusions. Mais le ciel sait quand je finirai : j'avance très lentement. Vous seriez surpris du temps qu'il m'a fallu pour choisir ce qui semblait utile sur les chiens parmi des multitudes de détails.
Je vois la force de votre remarque sur les races humaines plus isolées des temps anciens, et par conséquent plus nombreuses. Il me semble difficile de peser les probabilités. Peut-être est-ce ainsi, si vous faites référence à des différences très légères entre les races : pour créer de grandes différences, beaucoup de temps serait nécessaire, et alors, même à la période la plus reculée, j'aurais m'attendu à ce qu'une race se soit étendue, ait conquis et exterminé les autres.
En ce qui concerne la série d'éléphants de Falconer (112/5. En 1837, le Dr Falconer et Sir Proby Cautley ont recueilli un grand nombre de restes fossiles dans les collines Siwalik. Falconer et Cautley, « Fauna Antiqua Sivalensis », 1845-49.), je pense que le cas pourrait être mieux résolu que je ne l'ai fait dans l'« Origine », page 334. (112/6. « Origine des espèces », édition I, page 334. « Ce n'est pas une véritable objection à la véracité de l'affirmation selon laquelle la faune de chaque période, dans son ensemble, est presque intermédiaire en caractère entre les faunes précédentes et suivantes, que certains genres offrent des exceptions à la règle. Par exemple, les mastodontes et les éléphants, lorsqu'ils sont classés par le Dr Falconer en deux séries, d'abord selon leurs affinités mutuelles puis selon leurs périodes d'existence, ne concordent pas dans leur arrangement. Les espèces aux caractères extrêmes ne sont ni les plus anciennes, ni les plus récentes ; et celles qui sont intermédiaires en caractère ne sont pas intermédiaires en âge. Mais en supposant un instant, dans ce cas et d'autres cas similaires, que le registre de la première apparition et de la disparition des espèces fût parfait, nous n'avons aucune raison de croire que les formes successivement produites perdurent nécessairement pour des durées correspondantes. Une forme très ancienne pourrait occasionnellement durer beaucoup plus longtemps qu'une forme produite ultérieurement ailleurs, surtout dans le cas de productions terrestres habitant des districts séparés » (pages 334-5). Les mêmes mots apparaissent dans l'édition ultérieure de l'« Origine » (édition VI, page 306.) Toutes ces nouvelles découvertes montrent à quel point est imparfaite la série découverte, que Falconer jugeait presque parfaite il y a quelques années.
J'enverrai aujourd'hui ou demain deux articles d'Asa Gray. Le plus long (maintenant non encore définitivement corrigé) paraîtra dans l'« Atlantic Monthly » d'octobre, et ils peuvent être obtenus chez Trubner's. Mes remerciements chaleureux pour toute votre gentillesse.
Ne vous précipitez pas sur Asa Gray. Il m'apparaît comme l'un des meilleurs raisonneurs et écrivains que j'aie jamais lus. Il connaît mon livre aussi bien que moi-même.
LETTRE 113. À C. LYELL. 15, Marine Parade, Eastbourne, 3 octobre [1860].
Votre dernière lettre m'a beaucoup intéressé à bien des égards.
Je joins une lettre de Wyman qui traite des cerveaux. Wyman a tort de supposer que je ne savais pas que le rat des cavernes était une forme américaine ; j'ai fait des recherches particulières. Il ne sait pas que l'œil du Tucotuco a été soigneusement disséqué.
En ce qui concerne les revues par A. Gray. Je pensais envoyer le Dialogue à la « Saturday Review » dans une semaine environ, car ils ont récemment discuté du Dessein. (113/1. « Discussion entre deux lecteurs du traité de Darwin sur l'origine des espèces, sur sa théologie naturelle » (« Amer. Journ. Sci. », volume XXX, page 226, 1860). Réimprimé dans « Darwiniana », 1876, page 62. L'article commence par la question suivante : « Premier lecteur — La théorie de Darwin est-elle athée ou panthéiste ? Ou tend-elle à l'athéisme ou au panthéisme ? » La discussion est close par le second lecteur, qui résume ainsi ses opinions : « C'est pourquoi nous pouvons insister sur le fait que, pour tout ce qui apparaît encore, l'argument du dessein, tel que présenté par les théologiens naturels, est tout aussi bon maintenant, si nous acceptons la théorie de Darwin, qu'il l'était avant que la théorie ne soit promulguée ; et que le juré sceptique, qui était sur le point de se joindre aux onze autres dans un verdict unanime en faveur du dessein, ne trouve aucune bonne excuse pour faire attendre le tribunal plus longtemps. ») J'ai envoyé le deuxième article de l'« Atlantic », celui d'août, aux « Annals and Mag. of Nat. History ». (113/2. « Annals and Mag. Nat. Hist. », volume VI, pages 373-86, 1860. (Extrait de l'« Atlantic Monthly », août 1860.)) L'exemplaire que vous avez, je souhaite l'envoyer à Pictet, comme j'ai dit à A. Gray que je le ferais, pensant d'après ce qu'il a dit qu'il aimerait que cela soit fait. Je doute qu'il soit possible de faire réimprimer le numéro d'octobre dans ce pays ; je ne suis donc absolument pas pressé pour cela.
J'ai reçu une lettre il y a quelques semaines de Symonds sur l'imperfection du registre géologique, moins claire et moins percutante que je ne l'espérais. Je lui ai répondu longuement et très poliment, bien que je puisse à peine comprendre où il voulait en venir. Il a parlé de vous d'une manière qu'il m'a fait du bien de lire.
Je suis extrêmement heureux que vous aimiez les revues d'A. Gray. Comme il a été généreux et désintéressé dans tout son labeur ! N'êtes-vous pas frappé par ses métaphores et ses comparaisons ? Je lui ai dit qu'il est un poète et non un avocat.
Je douterais tout à fait que les tortues marines soient converties en tortues terrestres sur une île quelconque. Rappelez-vous à quel point les tortues sont étroitement semblables sur tous les continents, ainsi que sur les îles ; elles doivent toutes descendre d'un ancêtre ancien unique, y compris la tortue géante de l'Himalaya.
Je pense que vous devez être prudent et ne pas abuser de la doctrine commode selon laquelle une seule espèce parmi un très grand nombre varie jamais. Réfléchissez à des cas comme la faune et la flore d'Europe, d'Amérique du Nord et du Japon, qui sont si semblables, et qui pourtant ont une grande majorité de leurs espèces soit spécifiquement distinctes, soit formant des races bien marquées. Nous devons dans de tels cas pencher vers la croyance qu'une multitude d'espèces étaient autrefois identiquement les mêmes dans les trois pays lorsqu'ils étaient sous un climat plus chaud et davantage en connexion ; et qu'elles ont varié dans les trois pays. Je suis enclin à croire que presque chaque espèce (comme nous le voyons avec la quasi-totalité de nos productions domestiques) varie suffisamment pour que la sélection naturelle puisse choisir et accumuler de nouvelles différences spécifiques, sous de nouvelles conditions de vie organiques et inorganiques, chaque fois qu'une place est ouverte dans la politique de la nature. Mais en considérant un long laps de temps et le monde entier, ou de grandes parties du monde, je crois qu'une seule ou quelques espèces de chaque grand genre deviennent finalement victorieuses et laissent des descendants modifiés. Pour donner un exemple imaginaire : le geai s'est modifié dans les trois pays en (je crois) trois ou quatre espèces ; mais le genre geai n'est apparemment pas un groupe aussi dominant que les corneilles ; et à long terme, probablement tous les geais seront exterminés et remplacés peut-être par quelques corneilles modifiées.
Je donne simplement cette illustration pour montrer ce qui me semble probable.
Mais oh ! quel travail il y a avant que nous ne comprenions la généalogie des êtres organiques !
En ce qui concerne l'Apteryx, je n'en sais pas assez sur l'anatomie ; mais demandez au Dr F. si la clavicule, etc., ne donne pas attache à certains des muscles de la respiration. Si mes vues sont tant soit peu correctes, l'aile de l'Apteryx (113/3. « Origine des espèces », édition VI, page 140.) ne peut pas être (page 452 de l'« Origine ») un organe naissant, car ces ailes sont inutiles. Je n'ose me fier à ma mémoire, mais je sais que j'ai toujours trouvé le sternum entier réduit en taille chez tous les pigeons de fantaisie et confinés relativement aux mêmes os chez le pigeon biset sauvage : la carène était généralement encore plus réduite relativement à la longueur réduite du sternum ; mais chez certaines races, elle était d'une manière tout à fait anormale plus saillante. J'ai recueilli un tas de faits sur la réduction des organes du vol chez le pigeon, qui m'a pris des semaines à élaborer, et qu'Huxley a trouvés curieux.
Je suis absolument honteux, et je gémis sur mon écriture. C'était « Préservation naturelle ». La persécution naturelle est ce que l'auteur devrait subir. Cela me réjouit que vous ne fassiez pas objection au terme. Hooker a fait la même remarque qu'il aurait dû s'agir de « Variation et sélection naturelle ». Pourtant, avec les productions domestiques, lorsque l'on parle de sélection, la variation est toujours implicite. Mais je suis entièrement d'accord avec votre remarque et celle de Hooker.
Avez-vous commencé régulièrement à écrire votre livre sur l'antiquité de l'homme ? (113/4. Publié en 1863.)
Je ne suis PAS d'accord avec votre remarque selon laquelle je fais faire trop de travail à la sélection naturelle. Vous répondrez peut-être que chaque homme monte son dada jusqu'à la mort ; et que je suis dans l'état galopant.
LETTRE 114. À C. LYELL. 15, Marine Parade, Eastbourne, vendredi 5 [octobre 1860].
J'ai deux mots à vous remercier, et je vous renvoie Wollaston. Il m'a toujours semblé assez étrange que Forbes, Wollaston et Cie argumentent, à partir de la présence d'espèces alliées, et non identiques, dans les îles, pour l'ancienne continuité de la terre.
Ils argumentent, je suppose, à partir du fait que les espèces sont alliées dans différentes régions du même continent, bien que spécifiquement distinctes. Mais je pense que l'on pourrait, sur la doctrine créatrice, argumenter avec une force égale d'une manière directement inverse, et dire que, comme les espèces sont si souvent nettement distinctes, bien qu'alliées, sur les îles, tous nos continents existaient d'abord comme des îles, et leurs habitants furent d'abord créés sur ces îles, et se sont depuis mélangés, de sorte à ne pas être aussi distincts qu'ils le sont généralement maintenant sur les îles.
LETTRE 115. À H.G. BRONN. Down, 5 octobre [1860].
Je devrais m'excuser de vous déranger, mais j'ai enfin lu attentivement vos excellentes critiques sur mon livre. (115/1. Bronn a ajouté des remarques critiques à sa traduction allemande de l'« Origine » : voir « Life and Letters », II, page 279.) Je suis d'accord avec une grande partie d'entre elles, et totalement avec votre phrase finale. Les objections et les difficultés qui peuvent être avancées contre mon point de vue sont en effet assez lourdes pour presque me briser le dos, mais il n'est pas encore brisé ! Vous exposez très bien et très équitablement que je ne peux en aucun cas expliquer le cours de la modification dans un cas particulier. Je pourrais faire une sorte de réponse à votre cas des deux rats ; et ne pourrais-je pas me retourner et demander à celui qui croit en la création séparée de chaque espèce, pourquoi un rat a une queue plus longue ou des oreilles plus courtes qu'un autre ? Je présume que la plupart des gens diraient que ces caractères étaient d'une certaine utilité, ou se trouvaient en connexion avec d'autres parties ; et si c'est le cas, la sélection naturelle agirait sur eux. Mais tel que vous posez le cas, cela joue bien contre moi. Vous argumentez très justement contre ma question, à savoir si les nombreuses espèces furent créées sous forme d'œufs (115/2. Voir lettre 110.) ou adultes, etc. Je n'avais certainement pas le droit de poser cette question. Je suis pleinement d'accord sur le fait qu'il aurait pu y avoir tout aussi bien cent mille créations que huit ou dix, ou une seule. Mais alors, sur la base de huit ou dix créations (c'est-à-dire autant qu'il y a de types distincts de structure), nous pouvons selon mon point de vue comprendre la ressemblance homologique et embryologique de tous les organismes de chaque type, et pour cette seule raison, je ne crois pas aux innombrables actes de création. Il n'y a que deux points sur lesquels je pense que vous m'avez mal compris. Je ne fais référence qu'à une seule période glaciaire comme affectant la distribution des êtres organiques ; je ne voulais même pas faire allusion à la preuve douteuse de l'action glaciaire aux périodes permienne et carbonifère. Deuxièmement, je ne crois pas que le processus de développement ait toujours été mené au même rythme dans toutes les différentes parties du monde. L'Australie s'oppose à une telle croyance. Le développement égal presque contemporain dans les périodes passées, je l'attribue à la lente migration des formes supérieures et plus dominantes sur le monde entier, et non à des actes indépendants de développement dans différentes parties. Enfin, permettez-moi d'ajouter que je ne vois pas la force de votre objection selon laquelle rien n'est accompli tant que l'origine de la vie n'est expliquée : il vaut sûrement la peine de tenter de suivre l'action de l'électricité, bien que nous ne sachions pas ce qu'est l'électricité.
Si vous deviez à tout moment me faire la faveur de m'écrire, je vous serais très obligé de m'informer si vous avez vous-même examiné les sous-espèces d'oiseaux de Brehm ; car j'ai parcouru certains de ses écrits, mais je n'ai jamais rencontré d'ornithologue qui croie en ses [illisible]. Ces sous-espèces sont-elles réellement caractéristiques de certaines régions différentes d'Allemagne ?
Si vous écrivez, j'aimerais beaucoup savoir comment se vend l'édition allemande.
LETTRE 116. À J.S. HENSLOW. 26 octobre [1860].
Merci beaucoup pour votre mot et pour tout le souci concernant les graines, qui me seront très utiles au printemps prochain. À mon retour chez moi, j'enverrai les shillings. (116/1. Shillings pour les petites filles de la paroisse de Henslow qui ont collecté des graines pour Darwin.) J'ai conclu que le Dr Bree avait fait une gaffe au sujet des Celtes. Je me soucie peu de ses injures ternes et invariables à mon égard, et de ses singulières fausses représentations. Mais à la page 244, il met en fait en doute ma parole délibérée, et c'est l'acte d'un homme qui n'a pas l'âme d'un gentleman en lui. Kingsley est « le célèbre auteur et ecclésiastique » (116/2. « Species not Transmutable », par C.R. Bree. Après avoir cité de l'« Origine », édition II, page 481, les mots dans lesquels un célèbre auteur et ecclésiastique confesse qu'« il a progressivement appris à voir qu'il est tout aussi noble conception de la Divinité de croire qu'Elle a créé quelques formes originales, etc. », le Dr Bree poursuit : « Je pense que nous aurions dû avoir le nom de cet ecclésiastique donné avec cette déclaration remarquable. Je confesse que je n'ai pas encore pleinement arrêté ma décision qu'aucun ecclésiastique n'aurait jamais pu écrire des lignes aussi fatales aux vérités qu'il est appelé à enseigner. ») dont je cite la phrase frappante dans la deuxième édition avec sa permission. Je n'ai pas choisi de lui demander de me laisser utiliser son nom, et comme il ne s'est pas porté volontaire, je n'avais bien sûr pas le choix. (116/3. Nous sommes redevables à M. G.W. Prothero de nous avoir signalé le passage frappant suivant des œuvres d'un ecclésiastique de cette période : — « Un scepticisme tout aussi similaire a été manifesté par presque tous les premiers physiologistes du jour, qui se sont joints pour rejeter les théories de développement de Lamarck et des "Vestiges"... Pourtant, il est maintenant reconnu sous la haute sanction du nom d'Owen que la "création" n'est qu'un autre nom pour notre ignorance du mode de production... tandis qu'un ouvrage vient de paraître par un naturaliste de l'autorité la plus reconnue, le volume magistral de M. Darwin sur l'"Origine des espèces", par la loi de la "sélection naturelle", qui justifie maintenant sur des bases indéniables le principe même si longtemps dénoncé par les premiers naturalistes — l'origination de nouvelles espèces par des causes naturelles : un ouvrage qui doit bientôt provoquer une révolution entière d'opinion en faveur du grand principe des pouvoirs auto-évolutifs de la nature. » — Prof. Baden Powell, « Study of the Evidences of Christianity », « Essays and Reviews », 7e édition, 1861 (pages 138, 139).)
Le Dr Freke m'a envoyé son article, qui est bien au-delà de ma portée — quelque chose comme le capital quiz dans l'« Anti-Jacobin » sur mon grand-père, qui a été cité dans la « Quarterly Review ».
LETTRE 117. À D.T. ANSTED.
(117/1. La lettre suivante a été publiée dans le discours présidentiel du professeur Meldola à la Société entomologique, 1897, et nous lui sommes redevables pour une copie.)
15, Marine Parade, Eastbourne, 27 octobre [1860].
Comme je suis loin de chez moi en raison de la santé de ma fille, je ne connais pas votre adresse, et je lance ceci au hasard, et il est de très peu d'importance s'il ne vous atteint jamais.
Je viens de lire la majeure partie de votre « Geological Gossip », et j'ai trouvé une partie très intéressante ; mais je veux exprimer mon admiration pour la manière claire et correcte dont vous avez donné une esquisse de la sélection naturelle. Vous penserez que c'est un très léger éloge ; mais je déclare que la majorité des lecteurs semblent totalement incapables de comprendre mon long argument. Certains des critiques, qui se sont servilement attachés à mes illustrations et presque à mes mots, ont été corrects, mais extraordinairement peu d'autres ont réussi. Je peux voir clairement, par vos nouvelles illustrations et votre manière et ordre de poser le cas, que vous comprenez parfaitement le sujet. Je vous assure que c'est très gratifiant pour moi, et c'est la seule façon dont le public peut être endoctriné. Je suis souvent au désespoir de faire comprendre à la généralité des NATURALISTES, ne serait-ce que ce que je veux dire. Les hommes intelligents qui ne sont pas naturalistes et n'ont pas une idée bigote du terme espèce, montrent plus de clarté d'esprit. Je pense que vous avez rendu un réel service au sujet, et je vous remercie sincèrement. Sans doute y aura-t-il beaucoup d'erreurs trouvées dans mon livre, mais j'ai une grande confiance que le point de vue principal sera, avec le temps, trouvé correct ; car je trouve, sans exception, que ces naturalistes qui allaient au début d'un pouce avec moi vont maintenant d'un pied ou d'une verge avec moi.
Ce mot ne nécessite évidemment aucune réponse.
LETTRE 118. À H.W. BATES. Down, 22 novembre [1860].
Je vous remercie sincèrement de m'avoir écrit et pour votre lettre très intéressante. Votre nom m'est familier depuis très longtemps, et j'ai entendu parler de vos efforts zélés pour la cause de l'histoire naturelle. Mais je ne savais pas que vous aviez travaillé avec des questions philosophiques élevées à l'esprit. J'ai une vieille croyance qu'un bon observateur signifie réellement un bon théoricien (118/1. Pour une opinion opposée, voir Lettre 13.), et je m'attends pleinement à trouver vos observations très précieuses. Je suis très désolé d'apprendre que votre santé est brisée ; mais j'espère que sous un climat sain elle pourra être rétablie. Je peux sympathiser avec vous pleinement sur ce point, car j'ai eu une mauvaise santé pendant de nombreuses années, et je crains de rester toujours un invalide confirmé. Je suis ravi d'apprendre que vous, avec toute votre grande connaissance pratique de l'histoire naturelle, m'avez anticipé à bien des égards et êtes d'accord avec moi. Comme vous le dites, j'ai été très bien attaqué et vilipendé (surtout par les entomologistes — Westwood, Wollaston et A. Murray m'ont tous critiqué et raillé à cœur joie), mais je ne me soucie pas de leurs attaques ; plusieurs juges vraiment bons vont loin avec moi, et j'observe que tous ceux qui vont un peu loin tendent à aller un peu plus loin. Quel bel esprit philosophique a votre ami M. Wallace, et il a agi, en relation avec moi, comme un homme vrai avec un esprit noble. Je vois par votre lettre que vous vous êtes attaqué à plusieurs des problèmes les plus difficiles, comme il me semble, de l'histoire naturelle — tels que les distinctions entre les différents types de variétés, les espèces représentatives, etc. Peut-être trouverai-je quelques faits dans votre article sur les variétés intermédiaires dans les régions intermédiaires, sur lequel j'ai trouvé remarquablement peu d'informations. Je ne peux vous dire à quel point je suis heureux d'apprendre que vous vous êtes intéressé au point curieux de la réfrigération équatoriale. Je suis tout à fait d'accord qu'elle a dû être faible ; pourtant plus j'approfondis cette question, plus je me sens convaincu qu'il y a eu pendant la période glaciaire une certaine migration du nord vers le sud. L'esquisse dans l'« Origine » donne un compte rendu très maigre de mon essai MS plus complet sur ce sujet.
Je vous serai particulièrement obligé pour une copie de votre article lorsqu'il sera publié (118/2. Probablement un article de Bates intitulé « Contributions to an Insect Fauna of the Amazon Valley » (« Trans. Entomol. Soc. », volume V, page 335, 1858-61).) ; et si des suggestions me viennent (non pas que vous en ayez besoin) ou des questions, j'écrirai et demanderai.
Je dois immédiatement préparer une nouvelle édition de l'« Origine », (118/3. Troisième édition, mars 1861.), et je me ferai un plaisir de vous en envoyer une copie ; mais elle ne sera que très légèrement modifiée.
Les cas de fourmis neutres, divisées en castes, avec des gradations intermédiaires (qui, j'imagine, sont rares) m'intéressent beaucoup. Voir « Origine » sur la fourmi voyageuse, page 241 (veuillez regarder le passage).
LETTRE 119. À T.H. HUXLEY.
(119/1. Ceci fait référence au premier numéro de la nouvelle série de la « Natural History Review », 1861, un périodique que Huxley a grandement contribué à fonder et dont il était rédacteur (voir Lettre 107). La première série a été publiée à Dublin et a compté sept volumes entre 1854 et 1860. La nouvelle série a pris fin en 1865.)
Down, 3 janvier [1861].
Je viens de terminer le numéro 1 de la « Natural History Review » et je dois vous féliciter, en tant que principal intéressé, pour son excellence. L'ensemble me semble admirable ; si admirable qu'il est impossible que les autres numéros soient aussi bons, mais ce serait folie de l'espérer. Je suis plutôt pessimiste, et je crains fort que le mérite des articles ne soit au-dessus de la portée des lecteurs et abonnés ordinaires. Votre article sur le cerveau m'a beaucoup intéressé. (119/2. L'« article sur le cerveau » de Huxley portait le titre « On the Zoological Relations of Man with the Lower Animals » et parut dans le n° 1, janvier 1861, page 67. C'était la réfutation par M. Huxley de la contradiction sans réserve qu'il avait opposée lors de la réunion de l'Association britannique à Oxford aux affirmations du professeur Owen concernant la différence entre les cerveaux de l'homme et des grands singes. La phrase omise par Owen dans sa conférence devant l'université de Cambridge était une note de bas de page sur l'étroite ressemblance structurelle entre Homo et Pithecus, qui figure dans son article sur les caractères de la classe Mammalia dans le « Linn. Soc. Journal », volume II, 1857, page 20. Selon Huxley, la conférence, ou « Essay on the Classification of the Mammalia », était, à cette omission près, une réimpression de l'article linnéen. Dans « Man's Place in Nature », page 110, note, Huxley remarque : « Il est assurément quelque peu singulier que l'« anatomiste », qui trouve « difficile » de « déterminer la différence » entre Homo et Pithecus, doive pourtant les classer, pour des raisons anatomiques, dans des sous-classes distinctes. ») Quelle raclée complète et effroyable (et administrée comme par un « ange enrobé de beurre ») c'est pour Owen ! Quel imposteur il fait d'avoir omis la phrase dans la conférence devant les orthodoxes docteurs de Cambridge ! J'aime beaucoup l'article de Lubbock : comme il écrit bien. (119/3. L'article de Sir John Lubbock était une recension de Leydig sur les Daphniidae. Celui de M'Donnell était « On the Homologies of the Electric Organ of the Torpedo », utilisé par la suite dans l'« Origine » (voir Édition VI, page 150).) M'Donnell, bien sûr, me plaît énormément. Mais je suis très curieux de savoir qui a écrit l'article sur les Protozoa : je l'apprendrai, si ce n'est pas un secret, par Lubbock. Il me semble très bon, et, par Dieu, comme Owen est démasqué — « ce grand et solide raisonneur » ! Soit dit en passant, cela me rappelle un passage que je viens d'observer dans le discours d'Owen à Leeds, qu'un critique habile pourrait tourner en dérision. Il définit (page xc) et développe plus loin sa définition selon laquelle la création signifie « un processus qu'il ne connaît pas ». Et dans une phrase précédente, il dit que les faits ébranlent sa certitude que l'Apteryx en Nouvelle-Zélande et le Lagopède des saules en Angleterre sont des « créations distinctes ». Ainsi, il n'a aucune certitude que ces oiseaux aient été produits par des « processus qu'il ne connaît pas » ! À quelles misérables incohérences et balivernes ce servilisme envers des opinions opposées conduit-il le grand généralisateur ! (119/4. Dans l'« Esquisse historique », qui fait partie des dernières éditions de l'« Origine », M. Darwin a utilisé le discours de Leeds d'Owen de la manière esquissée ci-dessus. Voir « Origine », Édition VI, page xvii.)
Adieu : je me réjouis sincèrement du mérite manifeste de ce numéro. J'espère que Mme Huxley se porte bien. Etty reste à peu près dans le même état, mais n'a pas atteint le même niveau que lorsque vous étiez ici. Adieu.
LETTRE 120. À JAMES LAMONT. Down, 25 février [1861].
Je vous suis extrêmement obligé pour votre très aimable cadeau, votre bel ouvrage, « Seasons with the Sea-Horses » ; et je ne doute pas que je trouverai beaucoup d'intérêt à lire un observateur aussi attentif et perspicace que vous. (120/1. « Seasons with the Sea-Horses; or, Sporting Adventures in the Northern Seas. » Londres, 1861. M. Lamont (op. cit., page 273) écrit : « L'ours polaire ne me semble être rien de plus qu'une variété des ours habitant l'Europe du Nord, l'Asie et l'Amérique ; et il ne nécessite sûrement pas un grand effort d'imagination de supposer que cette variété fut créée à l'origine, non pas comme nous le voyons aujourd'hui, mais par des individus d'Ursus arctos en Sibérie qui, voyant leurs moyens de subsistance s'épuiser et pressés par la faim, s'aventurèrent sur la glace et attrapèrent quelques phoques. Ces individus auraient découvert qu'ils pouvaient subsister de cette manière, auraient élu domicile sur le rivage et se seraient progressivement habitués à une vie sur la glace... Il est donc logique que les individus les plus pâles aient eu le plus de chances de surprendre des phoques... Le processus de sélection naturelle aurait fait le reste, et Ursus arctos serait, au cours de quelques milliers ou quelques millions d'années, transformé en la variété connue actuellement sous le nom d'Ursus maritimus. » L'auteur ajoute la note de bas de page suivante (op. cit., page 275) : « Il sera évident pour quiconque que je suis M. Darwin dans ces remarques ; et, bien que la substance de ce chapitre ait été écrite au Spitzberg, avant que « L'Origine des espèces » ne soit publiée, je ne revendique aucune originalité pour mes opinions ; et je reconnais aussi volontiers que, sans la publication de cet ouvrage associé au nom d'un naturaliste aussi distingué, je n'aurais jamais osé livrer au monde mes propres humbles opinions sur le sujet. »)
P.-S. Je viens de couper les pages de votre livre et j'ai été très heureux et surpris de votre note concernant ce que vous avez écrit au Spitzberg. Comme vous l'avez pensé indépendamment, il n'est pas étonnant que vous compreniez si clairement la sélection naturelle, ce que très peu de mes critiques font ou feignent de ne pas faire.
Je ne m'attendais jamais à voir quelqu'un d'aussi héroïquement audacieux pour défendre mon illustration de l'ours. (120/2. « En Amérique du Nord, l'ours noir a été vu par Hearne nageant pendant des heures la gueule grande ouverte, attrapant ainsi, presque comme une baleine, des insectes dans l'eau. » — « Origine », Édition VI, page 141. Voir Lettre 110.) Mais un homme qui a accompli tout ce que vous avez accompli doit être audacieux ! Il est risible de voir combien de fois j'ai été attaqué et dénaturé au sujet de cet ours. Je suis très satisfait de vos remarques et vous remercie cordialement d'être venu à mon secours.
LETTRE 121. À W.B. TEGETMEIER.
(121/1. Les lettres de M. Darwin à M. Tegetmeier, prises dans leur ensemble, offrent une image frappante de l'aide que Darwin a reçue de lui pendant de nombreuses années. Quelques citations de ces lettres données dans « Life and Letters », II, pages 52, 53, montrent avec quelle liberté et quelle générosité M. Tegetmeier a offert son aide, et combien sa collaboration était appréciée.
La lettre suivante est donnée comme exemple des questions sur lesquelles Darwin sollicitait l'opinion et les conseils de M. Tegetmeier.)
Down, 22 mars [1861].
J'aurais dû répondre à votre dernier mot plus tôt ; mais j'ai été très occupé. Quel succès merveilleux vous avez obtenu dans l'élevage des pigeons Grosse-Gorge ! Vous avez tout à fait le droit d'être fier de la précision de votre œil et de votre jugement. Je suis en plein milieu de la volaille, ayant tout juste commencé, et je serai vraiment reconnaissant pour les crânes, si vous pouvez les envoyer par n'importe quel moyen au Nag's Head jeudi prochain.
Vous demandez au sujet de la cire au vermillon : positivement, elle n'était pas à l'état de rayon, mais en morceaux solides et en pains, qui avaient été jetés avec d'autres détritus non loin de mes ruches. Vous pouvez faire l'usage que vous voulez de ce fait. Les rayons pourraient être colorés de façon concentrique et variée et des dates enregistrées en donnant pendant quelques jours de la cire sombrement colorée avec du vermillon et de l'indigo, et j'ose dire d'autres substances. Vous m'interrogez sur mes volailles croisées, et cela m'amène à vous faire une proposition, qui, je l'espère, ne pourra pas vous offenser. J'ose espérer que vous me connaissez assez bien pour ne pas penser que je proposerais quoi que ce soit d'inapproprié selon mon meilleur jugement. Voici le cas : pour mon objectif de traiter la volaille, je dois donner un aperçu de plusieurs races, avec des remarques sur divers points. Je ne me sens pas très fort sur le sujet. Maintenant, quand mon manuscrit sera proprement copié d'une excellente écriture, voudriez-vous le lire, ce qui vous prendrait au plus une heure ou deux, et y faire des commentaires au crayon ; et accepter, comme un avocat, des honoraires, disons, d'une couple de guinées. Ce serait une grande aide pour moi, surtout si vous me permettiez d'ajouter une note, indiquant que vous, juge et éleveur distingué, l'aviez lu. J'indiquerais que vous en doutiez ou y adhériez, selon chaque cas, en barrant bien sûr ce qui était selon vous incorrect. Il n'y aurait que peu de nouveautés dans mon manuscrit pour vous ; mais si par hasard vous utilisiez l'un de mes faits ou conclusions avant que je ne publie, je souhaiterais que vous précisiez qu'ils étaient sous mon autorité ; sinon, je serai accusé de vous avoir volé. Il y aura peu de nouveautés, si ce n'est que j'ai peut-être consulté quelques livres peu communs, et que j'ai correspondu avec quelques bonnes autorités. Dites-moi franchement ce que vous en pensez ; mais à moins que vous ne m'obligiez en acceptant une rémunération, je ne peux pas et ne veux pas vous causer un tel dérangement. Je ne doute guère que plusieurs points surgiront qui nécessiteront une enquête, car je m'intéresse à de nombreux points négligés par les éleveurs ; et selon le temps ainsi passé, vous me permettrez, je l'espère, de vous rémunérer. J'espère que vous m'accorderez cette faveur. Il y a une aide que je vais maintenant oser vous demander, à savoir : m'obtenir, si vous le pouvez, un autre spécimen d'un vieux lapin Angora blanc. Je le veux mort pour le squelette ; et non assommé. Deuxièmement, je vois dans le « Cottage Gardener » (19 mars, page 375) qu'il existe des demi-lops impurs avec une oreille tout à fait droite et plus courte que l'autre oreille tombante. J'en veux beaucoup un mort. Baker ne peut pas en obtenir. Baily cherche ; mais je veux deux spécimens. Pouvez-vous m'aider, si vous rencontrez un éleveur de lapins ? J'ai eu des lapins avec une oreille plus tombante que l'autre ; mais j'en veux un avec une oreille tout à fait droite et plus courte, et l'autre tout à fait longue et tombante.
LETTRE 122. À H.W. BATES. Down, 26 mars [1861].
J'ai lu vos articles avec un extrême intérêt, et j'en ai soigneusement lu chaque mot. (122/1. « Contributions to an Insect Fauna of the Amazon Valley. » (Lu le 5 mars et le 24 novembre 1860). « Entomological Soc. Trans. » V, pages 223 et 335.) Ils me semblent bien plus riches en faits de variation, et surtout sur la distribution des variétés et des sous-espèces, que tout ce que j'ai lu. À l'avenir, je les relirai et j'espère en tirer profit et les utiliser dans mon travail futur. L'ampleur de la variation m'a beaucoup surpris. La variation analogue d'espèces distinctes dans les mêmes régions me frappe comme particulièrement curieuse. La plus grande variabilité du sexe femelle est nouvelle pour moi. Votre cas de Guyane semble, dans une certaine mesure, analogue, en ce qui concerne les plantes, aux plaines modernes de La Plata, qui semblent avoir été colonisées par le nord, mais les espèces ont à peine été modifiées. (122/2. M. Bates (page 349) donne des raisons de croire que la région de Guyane devrait être considérée comme « une province parfaitement indépendante », et qu'elle a formé un centre « d'où ont rayonné les espèces qui peuplent maintenant les basses terres à ses frontières. »)
Auriez-vous l'amabilité de répondre à deux ou trois questions si vous le pouvez ? Lorsque l'espèce A devient modifiée dans une autre région en une forme bien marquée C, mais qu'elle lui est reliée par une (ou plusieurs) formes transitionnelles B habitant une région intermédiaire ; cette forme B existe-t-elle généralement en nombre égal à A et C, OU HABITE-T-ELLE UNE ZONE ÉGALEMENT VASTE ? La probabilité est que vous ne puissiez pas répondre à cette question, bien que l'un de vos cas semble s'y rapporter...
Vous serez, je pense, heureux d'apprendre que j'entends maintenant souvent parler de naturalistes acceptant mes vues plus ou moins pleinement ; mais certains sont curieusement prudents à l'idée de courir le risque du moindre opprobre en exprimant leur croyance.
LETTRE 123. À H.W. BATES. Down, 4 avril [1861].
J'ai été souffrant, c'est pourquoi j'ai tardé à vous remercier pour votre admirable lettre. J'espère que vous ne me trouverez pas présomptueux en disant combien j'ai été frappé par vos connaissances variées et par la manière décisive avec laquelle vous les appliquez à chaque point — une qualité rare et très élevée, selon mon expérience. J'espère sincèrement que vous trouverez le temps de publier largement : devant la Linnean Society, vous pourriez présenter audacieusement vos vues sur les espèces. Avez-vous déjà pensé à publier vos voyages et à y intégrer les parties les moins abstruses de votre Histoire naturelle ? Je crois que cela se vendrait et constituerait une contribution très précieuse à l'Histoire naturelle. Vous avez dû aussi voir une bonne part des indigènes. Je sais bien qu'il serait tout à fait déraisonnable de vous demander d'autres informations ; mais je mentionnerai simplement que je suis en train d'écrire, et le serai pour longtemps, sur les variétés domestiques de tous les animaux. N'importe quel fait serait utile, surtout ceux montrant que les sauvages prennent soin de l'élevage de leurs animaux, ou rejettent les mauvais et préservent les bons ; ou toute fantaisie qu'ils peuvent avoir quant au fait qu'un chien d'une certaine couleur ou marqué, etc., est meilleur qu'un autre. J'ai déjà beaucoup collecté à ce sujet, mais je suis avide de faits. Vous verrez immédiatement leur rapport avec la variation sous la domestication.
Presque rien dans votre lettre ne m'a plus plu que ce qui concerne la sélection sexuelle. Dans mon manuscrit plus vaste (et en fait dans l'« Origine » en ce qui concerne la touffe de poils sur la poitrine du dindon), je me suis gardé d'aller trop loin ; mais je ne savais pas du tout que les papillons mâles et femelles fréquentaient des sites plutôt différents. Si je devais me critiquer moi-même dans une recension, j'aurais [harcelé ?] et raillé la sélection sexuelle ; par conséquent, bien que je sois pleinement convaincu qu'elle soit en grande partie vraie, vous pouvez imaginer à quel point je suis heureux de ce que vous dites sur votre conviction. Cette partie de votre lettre est pour moi une quintessence de richesse. Le fait concernant les papillons attirés par des sépales colorés est un autre bon fait, qui vaut son pesant d'or. Cela aurait ravi le cœur du vieux Christian C. Sprengel, aujourd'hui dans sa tombe depuis de nombreuses années.
Je suis heureux d'apprendre que vous vous êtes particulièrement intéressé aux analogies « mimétiques » — un sujet très curieux ; j'espère que vous publierez à ce sujet. J'ai longtemps souhaité savoir si ce qu'affirme le Dr Collingwood est vrai : que les cas les plus frappants se produisent généralement entre des insectes habitant le même pays.
LETTRE 124. À F.W. HUTTON. Down, 20 avril [1861].
J'espère que vous me permettrez de vous remercier de m'avoir envoyé un exemplaire de votre article dans « The Geologist » (124/1. Dans une lettre à Hooker (23 avril ?, 1861), Darwin fait référence à la recension de Hutton comme étant « très originale », et ajoute que Hutton est « l'un des très rares à voir que le changement d'espèce ne peut être directement prouvé... » (« Life and Letters », II, page 362). La recension parut dans « The Geologist » (connu plus tard sous le nom de « The Geological Magazine ») pour 1861, pages 132-6 et 183-8. Une lettre sur les « Difficultés du Darwinisme » est publiée dans le même volume du « Geologist », page 286.), et en même temps d'exprimer mon opinion que vous avez rendu un réel service au sujet par la manière hautement originale, frappante et condensée avec laquelle vous avez présenté l'argument. Je suis vraiment las de dire aux gens que je ne prétends pas apporter la preuve directe d'une espèce se transformant en une autre, mais que je crois que cette vue est dans l'ensemble correcte, parce que tant de phénomènes peuvent ainsi être regroupés et expliqués. Mais cela ne sert généralement à rien ; je ne peux faire voir cela aux gens. Je leur jette généralement à la figure la théorie universellement admise de l'ondulation de la lumière : ni l'ondulation ni l'existence même de l'éther n'étant prouvées, pourtant admises parce que la vue explique tant de choses. Vous êtes l'un des rares à avoir vu cela, et à l'avoir maintenant présenté de façon si forte et si claire. Je suis très heureux de voir avec quel soin vous avez lu mon livre, et, ce qui est bien plus important, réfléchi sur tant de points avec un esprit indépendant. Comme je suis profondément intéressé par le sujet (et, je l'espère, pas exclusivement d'un point de vue personnel), je n'ai pas pu m'empêcher de m'aventurer à vous remercier pour le très bon service que vous avez rendu.
Je n'ai guère besoin de dire que ce mot ne nécessite aucune réponse.
LETTRE 125. À J.D. HOOKER.
(125/1. Des parties de cette lettre sont publiées dans « Life and Letters », II, page 362.)
Down, [23 avril] [1861].
J'ai été très intéressé par l'article de Bentham dans la « Natural History Review », mais, par familiarité, il ne vous frapperait pas, bien sûr, comme il m'a frappé. (125/2. Ceci fait référence à l'article de Bentham « On the Species and Genera of Plants, etc. », « Nat. Hist. Review », avril 1861, page 133, qui est fondé sur, ou extrait d'un article lu devant la Linn. Soc., le 15 novembre 1858. Il était initialement prévu pour être lu le 1er juillet 1858, mais a cédé la place aux articles de Darwin et Wallace. M. Bentham a décrit (« Life and Letters », II, page 294) comment il a annulé à contrecœur les parties préconisant la « fixité originale » du type spécifique, et le reste ne semble pas avoir été publié, sauf dans l'article cité ci-dessus dans la « Nat. Hist. Review ».) J'ai aimé l'ensemble — tous les faits sur la nature des espèces proches et variables. Grand Dieu ! penser aux botanistes britanniques qui froncent le nez et disent qu'il ne connaît rien aux plantes britanniques ! J'ai aussi été satisfait de ses remarques sur la classification, car cela m'a montré que j'avais écrit en vérité sur ce sujet dans l'« Origine ». J'ai vu Bentham à la Linnean Society, et j'ai eu quelques conversations avec lui, Lubbock, Edgeworth, Wallich et plusieurs autres. J'ai demandé à Bentham de nous donner ses idées sur les espèces ; qu'il soit partiellement avec nous ou totalement contre nous, il écrirait d'excellents articles. Il n'a pas répondu, mais son attitude m'a fait penser qu'il pourrait le faire si on le pressait — alors attaquez-le. Tout le monde parlait avec affection et inquiétude de Henslow. J'ai dîné avec Bell au Linnean Club, et j'ai aimé mon dîner... les dîners en ville sont une telle nouveauté pour moi que je les ai appréciés. Bell a un très bon cœur. J'ai aimé l'article de Rolleston, mais je n'ai jamais rien lu d'aussi obscur et non évident que ses « canons ». (125/3. Voir « Nat. Hist. Review », 1861, page 206. L'article est « On the Brain of the Orang Utang », et fait partie de la controverse amère de cette période à laquelle il est fait référence dans les lettres à Huxley et ailleurs dans ces volumes. Le travail de Rolleston est cité par Huxley (« Man's Place in Nature », page 117) comme partie de la réfutation écrasante de la position d'Owen. La lettre de M. Huxley à laquelle il est fait référence ci-dessus est sans aucun doute celle de l'« Athenaeum », 13 avril 1861, page 498 ; elle est certainement sévère, mais pour ceux qui connaissent la « Succinct History of the Controversy », etc. de M. Huxley (« Man's Place in Nature », page 113), elle ne semblera pas trop sévère.) J'avais une vague perception de la vérité de votre remarque profonde — qu'il écrivait dans la peur et le tremblement « de Dieu, des hommes et des singes », mais je la modifierais en « Dieu, les hommes, Owen et les singes ». La lettre de Huxley était virulente, et je vois que tout le monde la trouve trop virulente ; mais en toute vérité, je suis devenu tout à fait démoniaque au sujet d'Owen — pire que Huxley ; et j'ai dit à Huxley que je me mettrais sous sa garde pour être rendu plus doux. Mais j'ai l'intention d'essayer de devenir plus angélique dans mes sentiments ; pourtant, je n'oublierai jamais sa cordiale poignée de main, alors qu'il écrivait aussi méchamment qu'il le pouvait contre moi. Mais j'ai toujours pensé que vous avez plus de raisons que moi d'être enclin à être démoniaque envers lui. Bell m'a dit qu'Owen dit que l'éditeur a mutilé son article dans l'« Edinburgh Review » (125/4. C'est le seul cas, à notre connaissance, où Owen reconnaît la paternité de l'article de l'« Edinburgh Review ».), et Bell semblait penser qu'il avait été rendu plus méchant par l'éditeur ; peut-être que la vue opposée est tout aussi probable. Oh, mon Dieu ! cela ne ressemble pas à devenir plus angélique dans mon tempérament !
J’ai eu une longue et splendide conversation avec Lyell (vous pouvez imaginer à quel point elle fut splendide, car il fut bien souvent à genoux, les coudes sur le canapé) (125/5. M. Darwin évoquait souvent la tendance de Sir Charles Lyell à adopter des attitudes curieuses lorsqu’il était enthousiaste.) au sujet de ses travaux en France : il semble avoir accompli un travail capital pour déterminer l’âge des couches contenant des haches, mais l’affaire devient de plus en plus compliquée. Tout, cependant, tend vers une antiquité de plus en plus grande de l’homme. Les couches de galets semblent être des dépôts estuariens. J’ai rendu visite à R. Chambers dans sa très belle maison de St. John’s Wood, et nous avons eu une très agréable conversation d’une demi-heure ; c’est vraiment un homme remarquable. Il a fait une bonne remarque, en en riant sous cape : que les laïcs ont universellement traité la controverse sur les « Essays and Reviews » comme un sujet purement professionnel, et ne s’y sont pas associés, mais l’ont laissée au clergé. Je serai impatient de recevoir votre prochaine lettre concernant Henslow. Adieu, avec ma sincère sympathie, mon vieil ami.
P.-S. — Nous vous sommes très reconnaissants pour la « London Review ». Nous aimons en lire une grande partie, et la science y est incomparablement meilleure que dans l’« Athenaeum ». Vous ne devrez pas continuer longtemps à me l’envoyer, car vous allez vous ruiner en frais et en tracas ; mais je suis sous un horrible sortilège avec l’« Athenaeum » et la « Gardeners’ Chronicle », qui sont tous deux intolérablement ennuyeux, mais comme je les reçois depuis tant d’années, je ne peux m’en défaire. Le « Cottage Gardener », pour mon usage, est désormais bien meilleur que la « Gardeners’ Chronicle ».
LETTRE 126. À J.L.A. DE QUATREFAGES. Down, 25 avril [1861].
J’ai reçu ce matin votre « Unité de l’Espèce Humaine » [publié en 1861], et je vous remercie très sincèrement pour ce présent si aimable. J’avais entendu parler de vos articles et on m’avait recommandé de les lire, mais ne sachant pas qu’ils avaient été publiés séparément, je ne savais comment me les procurer. Votre présent est donc des plus bienvenus, et je suis très impatient de découvrir vos vues sur l’ensemble du sujet des espèces et de la variation ; je suis certain de retirer beaucoup de profit de votre ouvrage. En coupant les pages, je remarque que vous avez très gentiment mentionné mon travail à plusieurs reprises. Mes vues se répandent lentement en Angleterre et en Amérique ; et je suis très surpris de constater qu’elles sont le plus communément acceptées par les géologues, ensuite par les botanistes, et le moins par les zoologistes. Je suis très heureux que les géologues plus jeunes et d’âge moyen se rallient à moi, car les arguments issus de la géologie m’ont toujours semblé être les plus forts contre moi. Aucun des géologues les plus âgés (à l’exception de Lyell) n’a été ne serait-ce qu’ébranlé dans sa vision de l’éternelle immuabilité des espèces. Mais tant d’hommes plus jeunes se tournent vers moi avec zèle que j’envisage l’avenir avec une certaine confiance. Je travaille actuellement sur la « Variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication », mais je progresse lentement ; c’est un travail si fastidieux que de comparer des squelettes.
Avec mes remerciements très sincères pour la bienveillante sympathie que vous m’avez toujours témoignée, et avec beaucoup de respect,...
P.-S. — J’ai lu récemment l’article de M. Naudin (126/1. L’article de Naudin (« Revue Horticole », 1852) est mentionné dans la « Esquisse historique » placée en préface des éditions ultérieures de l’« Origine » (Édition VI, page xix). Naudin insistait sur le fait que les espèces sont formées d’une manière analogue à la production de variétés par les cultivateurs, c’est-à-dire par sélection, « mais il ne montre pas comment la sélection agit dans la nature ». Dans la « Vie et Correspondance », II, page 246, Darwin, parlant du travail de Naudin, déclare : « Decaisne semble penser qu’il expose toute ma théorie ».), mais il ne me semble pas m’avoir devancé, car il ne montre pas comment la sélection pourrait s’appliquer dans la nature ; toutefois, un auteur obscur (126/2. L’auteur obscur est Patrick Matthew (voir l’« Esquisse historique » dans l’« Origine »).) sur les arbres forestiers, en 1830, en Écosse, a très expressément et clairement anticipé mes vues, bien qu’il ait exposé le cas si brièvement qu’absolument personne n’a jamais remarqué les passages dispersés dans son livre.
LETTRE 127. À L. HINDMARSH.
(127/1. La lettre suivante était en réponse à celle de M. Hindmarsh, à qui M. Darwin avait écrit pour demander des informations sur le nombre moyen d’animaux tués chaque année dans le troupeau de Chillingham. L’objet de la requête était d’obtenir des informations susceptibles d’éclairer le taux d’accroissement du bétail relativement à celui des pampas d’Amérique du Sud. M. Hindmarsh avait contribué à un article « Sur le bétail sauvage du parc de Chillingham » dans les « Annals and Mag. Nat. Hist. », Volume II, page 274, 1839.)
Down, 12 mai [1861].
Je vous remercie sincèrement pour votre promptitude et votre grande bonté, et je vous renvoie la lettre que j’ai été très heureux de voir et dont j’ai fait faire une copie. L’accroissement est plus rapide que je ne l’avais anticipé, mais il semble assez conjectural ; j’avais espéré que dans un cas aussi intéressant, un relevé exact aurait été tenu. Le nombre de naissances, ou de veaux élevés jusqu’à ce qu’ils suivent leur mère, aurait peut-être constitué la meilleure donnée. D’après la lettre de M. Hardy, j’en déduis que dix doivent naître annuellement pour compenser les décès dus à diverses causes. Au Paraguay, Azara indique que dans un troupeau de 4 000 têtes, de 1 000 à 1 300 sont élevés ; mais alors, bien qu’ils ne tuent pas les veaux, mais castrent les jeunes taureaux, il ne fait aucun doute que les bœufs seraient tués plus tôt que les vaches, de sorte que le troupeau contiendrait probablement plus de sujets du sexe femelle que le troupeau de Chillingham. Il n’existe apparemment aucun relevé indiquant si davantage de jeunes taureaux sont tués que de vaches. Je suis surpris que Lord Tankerville ne fasse pas tenir un relevé exact des décès, des sexes et des naissances : après une douzaine d’années, ce serait un relevé statistique intéressant pour le naturaliste et l’agronome.
(PLANCHE : PROFESSEUR HENSLOW.)
LETTRE 128. À J.D. HOOKER.
(128/1. Le décès du professeur Henslow (qui était le beau-père de Sir J.D. Hooker) est survenu le 16 mai 1861.)
Down, 24 mai [1861].
Merci pour vos deux billets. Je suis heureux que l’enterrement soit terminé, et je sympathise sincèrement et peux comprendre pleinement vos sentiments face à votre perte.
Je suis peiné de penser à quel point j’ai peu vu Henslow depuis de nombreuses années. En ce qui concerne une biographie de Henslow, je ne peux m’empêcher de me sentir plutôt dubitatif, selon le principe qu’une biographie ne pourrait lui rendre justice. Ses lettres étaient généralement écrites à la hâte, et je crains qu’il n’ait tenu aucun journal ou carnet. S’il existait des documents vivants pour décrire sa vie en tant que prêtre de paroisse, et sa manière de gérer les pauvres, ce serait très bien.
Je ne suis jamais très optimiste en ce qui concerne les projets littéraires. Je ne peux m’empêcher de craindre que sa Vie ne s’avère monotone. Il ne peut guère y avoir d’incidents marquants à décrire. J’espère sincèrement avoir une vision erronée et sombre, mais je ne peux m’empêcher de craindre ; je préférerais ne voir aucune Vie qu’une qui n’intéresserait que très peu de personnes. Ce sera pour moi un plaisir et un devoir de considérer ce dont je peux me souvenir ; mais pour le moment, je ne trouve presque rien. L’équanimité et la perfection du caractère entier de Henslow rendraient, je pense, très difficile pour quiconque de le dépeindre. J’ai pensé à Henslow toute la journée, beaucoup, mais plus j’y pense, moins je trouve à écrire. C’est un style tout à fait nouveau pour moi que de m’y mettre, mais je continuerai à réfléchir à ce que je pourrais dire pour donner une notion, si imparfaite soit-elle, de lui durant les vieux jours de Cambridge.
Je vous prie de transmettre mes meilleures pensées à L. Jenyns (128/2. Le révérend Leonard Jenyns (plus tard Blomefield) entreprit la « Vie » de Henslow, à laquelle Darwin contribua par une esquisse caractéristique et délicieuse. Voir Lettre 17.), qui est souvent associé à mes souvenirs de ces vieux jours heureux.
LETTRE 129. HENRY FAWCETT À CHARLES DARWIN.
(129/1. C’est en réponse à la lettre suivante que Darwin écrivit à Fawcett : « Vous n’auriez pas pu me dire quoi que ce soit qui m’aurait procuré plus de satisfaction que ce que vous dites au sujet de l’opinion de M. Mill. Jusqu’à ce que votre critique apparaisse, j’avais commencé à penser que peut-être je ne comprenais pas du tout comment raisonner scientifiquement. » (« Vie de Henry Fawcett », par Leslie Stephen, 1885, page 100).)
Bodenham, Salisbury, 16 juillet [1861].
Je sens que je n’aurais pas dû retarder si longtemps le fait de vous écrire pour vous remercier de votre lettre si aimable à mon sujet concernant mon article sur votre livre dans le « Macmillan’s Magazine ».
J’avais particulièrement à cœur de souligner que la méthode d’investigation suivie était à tous égards philosophiquement correcte. Je passais une soirée la semaine dernière avec mon ami M. John Stuart Mill, et je suis sûr que vous serez heureux d’apprendre d’une telle autorité qu’il considère que votre raisonnement, de bout en bout, est en accord le plus exact avec les principes stricts de la logique. Il dit également que la méthode d’investigation que vous avez suivie est la seule qui convienne à un tel sujet.
Il est facile pour un critique antagoniste, lorsqu’il trouve difficile de répondre à vos arguments, de tenter de se débarrasser de toute l’affaire en proférant quelque lieu commun du type « Ceci n’est pas une induction baconienne ».
Je m’attends à passer bientôt quelques jours dans votre voisinage, et si je ne devais pas être une intrusion pour vous, j’estimerais que c’est une grande faveur si vous me permettiez de vous rendre visite, et d’avoir une demi-heure de conversation avec vous.
En ce qui me concerne personnellement, je suis sûr que je devrais vous être reconnaissant, car depuis mon accident, rien ne m’a procuré autant de plaisir que la lecture de votre livre. De telles études sont désormais une grande ressource pour moi.
LETTRE 130. À C. LYELL. 2, Hesketh Terrace, Torquay [2 août 1861].
Je déclare que vous lisez les critiques sur l’« Origine » plus attentivement que moi. Je suis d’accord avec toutes vos remarques. Le point sur la corrélation m’a semblé bien exprimé, ainsi que celui sur les variétés poussant ensemble ; mais j’ai déjà commencé à mettre en place des choses pour obtenir des informations sur ce dernier point, sur lequel Bronn s’étend également. En ce qui concerne la sexualité, j’ai souvent spéculé à ce sujet, et j’ai toujours conclu que nous sommes trop ignorants pour spéculer : aucun physiologiste ne peut conjecturer pourquoi les deux éléments s’unissent pour former un nouvel être, et, plus que cela, pourquoi la nature s’efforce d’unir les deux éléments de deux individus. Ce sur quoi je travaille actuellement avec mes orchidées est une admirable illustration de la loi. Je conclurais certainement que toute sexualité est descendue d’un seul prototype. Ne sous-estimez-vous pas le degré de simplicité de l’organisation dans laquelle la sexualité apparaît, à savoir chez l’Hydre, et plus bas encore chez certaines conferves libres unicellulaires qui « conjuguent », ce que de bons juges (Thwaites) croient être la forme la plus simple de la véritable génération sexuée ? (130/1. Voir Lettre 97.) Mais l’ensemble du cas est un mystère.
Il y a un autre point sur lequel j’ai occasionnellement souhaité dire quelques mots. Je crois que vous pensez avec Asa Gray que je n’ai pas assez accordé d’importance au fait que le flux de variation a été guidé par une puissance supérieure. J’ai eu dernièrement pas mal de correspondance à ce sujet. Herschel, dans sa « Géographie physique » (130/2. « Physical Geography of the Globe », par Sir John F.W. Herschel, Édimbourg, 1861. À la page 12, Herschel écrit au sujet des révélations de la géologie pointant vers des immersions et reconstructions successives des continents et de nouvelles races d’animaux et de plantes. Il fait référence à une « grande loi de changement » qui n’a pas opéré par une variation progressivement progressive des espèces, ni par une abolition soudaine et totale d’une race... La note de bas de page suivante, à la page 12 de la « Géographie physique », a été ajoutée en janvier 1861 : « Ceci fut écrit avant la publication de l’ouvrage de M. Darwin sur l’« Origine des espèces », un travail qui, quels que soient son mérite ou son ingéniosité, ne peut, selon nous, être considéré comme ayant réfuté la vue adoptée dans le texte. Nous ne pouvons pas plus accepter le principe de variation arbitraire et fortuite et de sélection naturelle comme une explication suffisante, en soi, du monde organique passé et présent, que nous ne pouvons recevoir la méthode laputienne de composition des livres (poussée à outrance) comme une méthode suffisante pour Shakespeare et les « Principia ». Dans les deux cas, une intelligence, guidée par un dessein, doit être continuellement en action pour infléchir les directions des étapes du changement — pour en réguler l’ampleur, pour en limiter la divergence, et pour les poursuivre dans une direction définie. Nous ne croyons pas que M. Darwin veuille nier la nécessité d’une telle direction intelligente. Mais cela n’entre pas, pour autant que nous puissions voir, dans la formule de cette loi, et sans cela, nous sommes incapables de concevoir jusqu’où la loi a pu mener aux résultats. D’autre part, nous ne voulons pas nier qu’une telle intelligence puisse agir selon une loi (c’est-à-dire, sur un plan préconçu et défini). Une telle loi, exprimée en mots, ne serait autre que la loi observée de succession organique ; une loi plus générale, prenant cette forme lorsqu’elle est appliquée à notre propre planète, et incluant tous les liens de la chaîne qui ont disparu. MAIS LA LOI UNIQUE EST UN SUPPLÉMENT NÉCESSAIRE À L’AUTRE, ET DEVRAIT, EN TOUTE PROPRIÉTÉ LOGIQUE, FORMER UNE PARTIE DE SON ÉNONCÉ. En accordant cela, et avec quelques réserves quant à la genèse de l’homme, nous sommes loin d’être disposés à répudier la vue adoptée sur ce sujet mystérieux dans le livre de M. Darwin. » La phrase en italiques est sans doute celle à laquelle il est fait référence dans la lettre à Lyell. Voir Lettre 243.), a une phrase concernant l’« Origine », à peu près dans le sens que la loi supérieure de l’Arrangement Providentiel devrait toujours être énoncée. Mais les astronomes ne disent pas que Dieu dirige la course de chaque comète et de chaque planète. La vue selon laquelle chaque variation a été providentiellement arrangée me semble rendre la Sélection Naturelle entièrement superflue, et enlève en fait tout le cas de l’apparition de nouvelles espèces du domaine de la science. Mais ce qui me fait le plus objecter à la vue d’Asa Gray, c’est l’étude de l’extrême variabilité des animaux domestiques. Celui qui ne suppose pas que chaque variation chez le pigeon a été providentiellement causée, variations qu’en accumulant l’homme a créé un Paon, ne peut, je pense, logiquement soutenir que la queue du pic a été formée par des variations providentiellement ordonnées. Il me semble que les variations dans les conditions domestiques et sauvages sont dues à des causes inconnues, et sont sans but, et dans cette mesure accidentelles ; et qu’elles ne deviennent intentionnelles que lorsqu’elles sont sélectionnées par l’homme pour son plaisir, ou par ce que nous appelons Sélection Naturelle dans la lutte pour la vie, et sous des conditions changeantes. Je ne veux pas dire que Dieu n’a pas tout prévu de ce qui s’ensuivrait ; mais ici survient presque la même sorte d’imbroglio misérable qu’entre le libre arbitre et la nécessité prédestinée. Je doute d’avoir rendu clair ce que je pense ; mais certainement, la notion d’A. Gray selon laquelle les cours de la variation ont été menés comme un courant d’eau par la gravité me semble briser toute l’affaire. Cela me rappelle un Espagnol à qui j’ai dit que j’essayais de comprendre comment la Cordillère a été formée ; et il m’a répondu que c’était inutile, car « Dieu les a faites ». On peut dire que Dieu a prévu comment elles seraient faites. Je me demande si Herschel dirait que vous devriez toujours donner la loi providentielle supérieure, et déclarer que Dieu avait ordonné tous les changements de niveau, que certaines montagnes surgissent. Je dois penser que de telles vues d’Asa Gray et d’Herschel montrent simplement que le sujet dans leur esprit est au stade théologique de la science selon Comte...
Bien sûr, je ne veux aucune réponse à ma discussion quasi théologique, mais seulement que vous réfléchissiez à mes notions, si vous les comprenez.
J’espère du fond du cœur que vos longs et grands travaux sur votre nouvelle édition touchent à leur fin.
LETTRE 131. À C. LYELL. Torquay, [13 août 1861].
Mille mercis pour les orchidées, qui se sont avérées extrêmement utiles pour moi de deux manières que je n’avais pas anticipées, mais elles étaient trop monstrueuses (bien qu’utiles) pour mon dessein particulier.
Quand vous arriverez à la « Déification » (131/1. Voir Lettre 105, note.), demandez-vous honnêtement si ce à quoi vous pensez s’applique aux variations infinies des productions domestiques, que l’homme accumule pour son simple caprice ou usage. Sans aucun doute, celles-ci sont toutes causées par quelque loi inconnue, mais je ne peux croire qu’elles aient été ordonnées dans un quelconque but, et si elles ne sont pas ainsi ordonnées sous la domestication, je ne vois aucune raison de croire qu’elles l’aient été dans un état de nature. Bien sûr, on peut dire, quand vous donnez un coup de pied dans une pierre, ou qu’une feuille tombe d’un arbre, que cela a été ordonné, avant que les fondements du monde ne soient posés, exactement là où cette pierre ou cette feuille devaient reposer. En ce sens, le sujet n’a aucun intérêt pour moi.
Encore une fois, merci beaucoup pour les orchidées ; vous devez me laisser vous rembourser ce que vous avez payé au collectionneur.
LETTRE 132. À C. LYELL.
(132/1. Le premier paragraphe fait probablement référence aux épreuves de l’« Antiquité de l’homme » de Lyell, mais le passage mentionné semble ne pas figurer dans le livre.)
Torquay, 21 août [1861].
...Je n’ai vraiment aucune critique, à l’exception d’une insignifiante au crayon près de la fin, que j’ai insérée parce que les espèces dominantes et importantes varient généralement le plus. Vous parlez de « leurs vues » un peu comme si vous étiez à mille lieues de tels misérables, mais votre paragraphe conclusif montre que vous êtes l’un de ces misérables.
Je suis heureux que vous approuviez la critique de Hutton. (132/2. « Quelques remarques sur la théorie de M. Darwin », par F.W. Hutton. « Geologist », Volume IV, page 132 (1861). Voir Lettre 124.) Elle m’a semblé adopter une vue plus philosophique de la manière de juger la question que toute autre critique. La phrase que vous en citez semble très vraie, mais je ne suis pas d’accord avec la conclusion théologique. Je pense qu’il cite Asa Gray, certainement pas moi ; mais je n’ai ni A. Gray ni l’« Origine » avec moi. En fait, j’ai répété maintes et maintes fois dans l’« Origine » que la Sélection Naturelle ne fait rien sans variabilité ; j’ai consacré un chapitre entier aux lois, et utilisé le langage le plus fort sur notre ignorance de ces lois. Mais je suis d’accord sur le fait que j’ai, d’une certaine manière (Hooker dit que c’est dû à mon titre), pas rendu l’importance grande et manifeste de la variabilité préalable assez claire. Les éleveurs parlent constamment de la Sélection comme le seul grand moyen d’amélioration ; mais bien sûr, ils impliquent des différences individuelles, et j’aurais pensé que cela aurait été évident pour tous dans la Sélection Naturelle ; mais cela n’a pas été le cas.
Je viens de dire que je ne peux être d’accord avec « lesquelles variations sont les effets d’une loi inconnue, ordonnée et guidée sans aucun doute par une cause intelligente sur un plan préconçu et défini ». Voulez-vous honnêtement me dire (et je vous en serais vraiment très obligé) si vous croyez que la forme de mon nez (eheu !) a été ordonnée et « guidée par une cause intelligente » ? (132/3. Il faut se souvenir que la forme de son nez a failli déterminer Fitz-Roy à rejeter Darwin comme naturaliste à bord du H.M.S. « Beagle » (« Vie et Correspondance », I, page 60).) Par la sélection de différences analogues et moindres, les amateurs créent des différences presque génériques chez leurs pigeons ; et pouvez-vous voir une bonne raison pour laquelle la Sélection Naturelle de différences individuelles analogues ne devrait pas créer de nouvelles espèces ? Si vous dites que Dieu a ordonné qu’à un moment et en un lieu donnés, une douzaine de légères variations surgissent, et qu’une seule d’entre elles soit préservée dans la lutte pour la vie et que les onze autres périssent dans la première ou les quelques premières générations, alors cette affirmation me semble n’être que du verbiage. Cela revient simplement à dire que tout ce qui est, est ordonné.
Pourquoi vous ou moi parlerions-nous de la variation comme ayant été ordonnée et guidée, pas plus qu’un astronome ne le fait en discutant de la chute d’une pierre météorique ? Il dirait simplement qu’elle a été attirée vers notre terre par la force de gravité, après avoir été déplacée dans sa course par l’action de lois tout à fait inconnues. Voudriez-vous qu’il dise que sa chute en un lieu et un temps particuliers fut « ordonnée et guidée sans aucun doute par une cause intelligente selon un plan préconçu et défini » ? N’appelleriez-vous pas cela de la pédanterie ou de l’ostentation théologique ? Je crois que ce n’est pas de la pédanterie dans le cas des espèces, simplement parce que leur formation a été jusqu’ici considérée comme échappant aux lois ; en fait, cette branche de la science en est encore, pour la plupart des gens, à sa phase de développement théologique. La conclusion à laquelle j’aboutis toujours après avoir réfléchi à de telles questions est qu’elles dépassent l’entendement humain ; et moins on y pense, mieux cela vaut. Vous pourriez dire : « Alors, pourquoi m’ennuyer ? » Mais j’aimerais beaucoup savoir clairement ce que vous en pensez.
LETTRE 133. À HENRY FAWCETT.
(133/1. La lettre suivante fut publiée dans la « Vie » de M. Fawcett (1885) ; nous sommes redevables à Mme Fawcett et à MM. Smith & Elder pour la permission de la réimprimer. Voir la lettre 129.)
18 septembre [1861].
Je me demandais qui m’avait si gentiment envoyé le journal (133/2. Le journal envoyé était le « Manchester Examiner » du 9 septembre 1861, contenant un compte rendu de l’allocution de M. Fawcett devant la section D de l’Association britannique, « Sur la méthode de M. Darwin dans son traité sur l’origine des espèces », où l’orateur démontrait que la « méthode d’investigation poursuivie par M. Darwin dans son traité sur l’origine des espèces est en stricte conformité avec les principes de la logique ». Le « A » de la lettre (telle qu’elle est publiée dans la Vie de Fawcett) est le regretté professeur Williamson, dont on rapporte qu’il a dit que « bien qu’il ne dirait pas que le livre de M. Darwin lui ait causé une perte de réputation, il était sûr qu’il ne lui en avait pas fait gagner ». La référence à « B » est expliquée par le compte rendu du discours du regretté Dr Lankester dans lequel il déclarait : « Les faits avancés à l’appui de l’hypothèse avaient une valeur très différente de celle de l’hypothèse... Un grand naturaliste, qui était encore un ami de M. Darwin, lui a dit une fois (au Dr Lankester) : "L’erreur est que Darwin a traité de l’origine. Pourquoi n’a-t-il pas exposé ses faits devant nous et ne les a-t-il pas laissés là ?" » Un autre orateur, le très honorable J.R. Napier, a fait remarquer : « Je vais parler au plus près de la question. Si l’hypothèse est avancée pour contredire des faits, et que les affirmations sont contraires à la Parole de Dieu, je dis que ce n’est pas un argument logique. » À ce stade, le président, le professeur Babington, intervint sagement, au motif que la réunion était d’ordre scientifique.), ce que j’ai été très heureux de voir ; et maintenant je dois vous remercier sincèrement de m’avoir permis de voir votre manuscrit. Il me semble très bon et solide ; bien que je ne sois certainement pas un juge impartial. Vous aurez rendu un grand service en attirant l’attention des hommes de science sur les moyens et les lois de philosopher. Autant que j’ai pu en juger par les articles, vos adversaires étaient indignes de vous. Comme A. a parlé misérablement de ma réputation, comme si cela avait quoi que ce soit à voir avec le sujet !... Comme B doit être profondément ignorant de l’âme même de l’observation ! Il y a environ trente ans, on disait beaucoup que les géologues devraient seulement observer et ne pas théoriser ; et je me souviens très bien de quelqu’un disant qu’à ce compte, un homme pourrait aussi bien aller dans une gravière, compter les cailloux et en décrire les couleurs. Comme il est étrange que quiconque ne puisse voir que toute observation doit être pour ou contre une vue si elle veut être d’une quelconque utilité !
Je ne suis revenu que récemment d’un séjour de deux mois à Torquay, qui a fait du bien à ma santé sur le moment ; mais je suis l’une de ces créatures misérables qui ne sont jamais à l’aise pendant vingt-quatre heures ; et il est clair pour moi que je devrais être exterminé. J’ai été plutôt oisif ces derniers temps, ou, pour parler plus strictement, je travaille sur des documents divers qui, cependant, ont un rapport direct avec le sujet des espèces ; pourtant je me sens coupable d’avoir négligé mon ouvrage plus important. Mais, pour moi, observer est un sport bien meilleur qu’écrire. Je crains de vous avoir fatigué avec ce long mot.
Je vous prie de croire que je me sens sincèrement reconnaissant que vous ayez pris la défense de l’argumentation dans l’« Origine » ; vous aurez rendu service au sujet.
Beaucoup ont si peur de s’exprimer ouvertement. Un naturaliste allemand est venu ici l’autre jour ; et il me dit qu’il y en a beaucoup en Allemagne de notre côté, mais que tous semblent avoir peur de parler ouvertement, attendant que quelqu’un prenne la parole, et alors beaucoup suivront. Les naturalistes semblent aussi timides que des jeunes filles devraient l’être, concernant leur réputation scientifique. Il y a beaucoup de discussions sur le sujet sur le continent, même dans la paisible Hollande ; et j’ai reçu une brochure de Moscou l’autre jour par un homme qui défend fameusement l’imperfection du « registre géologique », mais qui se plaint que j’ai tristement sous-estimé la variabilité des vieux animaux fossilisés ! Mais je ne dois pas continuer.
LETTRE 134. À H.W. BATES. Down, 25 septembre [1861].
Maintenant, quelques mots sur la science. Mille mercis pour les faits sur les neutres. Vous ne sauriez dire combien je me réjouis que vous ne trouviez pas absurde ce que j’ai dit à ce sujet. Seules deux personnes me l’ont remarqué, à savoir l’amère raillerie d’Owen dans l’« Edinburgh Review » (134/1. « Edinburgh Review », avril 1860, page 525.), et mon bon ami et soutien, Sir C. Lyell, qui n’a pu trouver le courage que pour dire : « Eh bien, vous avez fait courageusement face à la difficulté. »
Quel cas merveilleux de Volucella, dont je n’avais jamais entendu parler. (134/2. La Volucella est une mouche, une Syrphidae, supposée fournir un cas de mimétisme ; c’était sans aucun doute le point d’intérêt pour Bates. Le Dr Sharp dit [« Insects », Partie II. (dans la série Camb. Nat. Hist.), 1899, page 500] : « On supposait autrefois que les larves de Volucella vivaient sur les larves des abeilles, et que les mouches parentes étaient providentiellement dotées d’une apparence semblable à celle des abeilles afin de pouvoir pénétrer dans les nids des abeilles sans être détectées. » Le Dr Sharp poursuit en disant que le peu que l’on sait sur le sujet soutient la croyance que « la présence de la Volucella dans les nids est avantageuse à la fois pour la mouche et pour l’abeille ».) Je n’avais aucune idée qu’un tel cas existât dans la nature ; je dois me procurer et voir des spécimens au British Museum. J’espère et je suppose que vous donnerez une bonne part d’histoire naturelle dans vos voyages ; tout le monde s’intéresse aux fourmis ; plus d’attention a été accordée aux fourmis esclaves dans l’« Origine » qu’à tout autre passage.
Je m’attends pleinement à me régaler de vos voyages. Tenez-vous-en à un style simple, comme dans vos excellentes lettres, mais je vous demande pardon, je donne encore des conseils.
Quel excellent article sera le vôtre sur les ressemblances mimétiques ! Vous en ferez un sujet tout à fait nouveau. J’avais pensé à de tels cas comme à une difficulté ; et une fois, en correspondant avec le Dr Collingwood, j’avais songé à votre explication ; mais je l’ai chassée de mon esprit, car je sentais que je n’avais pas les connaissances pour juger dans un sens ou dans l’autre. Le Dr C., je crois, affirme que les formes mimétiques habitent le même pays, mais je ne savais pas s’il fallait le croire. Quels cas merveilleux les vôtres semblent être ! Ne pourriez-vous pas donner quelques gravures sur bois dans vos voyages pour illustrer cela ? Je suis fatigué par une dure journée de travail, donc pas plus, si ce n’est de vous adresser mes sincères remerciements et mes vœux chaleureux pour le succès de vos voyages.
LETTRE 135. À J.D. HOOKER. Down, 18 mars [1862].
Votre lettre discute de tas de sujets intéressants, et je suis très heureux que vous ayez demandé votre lettre à Bates. (135/1. Publiée dans le mémoire de M. Clodd sur Bates dans le « Naturalist on the Amazons », 1892, page l.) Qu’entendez-vous par « plantes individuelles » ? (135/2. Dans une lettre à M. Darwin datée du 17 mars 1862, Sir J.D. Hooker avait discuté d’une différence supposée entre les animaux et les plantes, « dans la mesure où l’animal individuel est certainement changé matériellement par les conditions externes, cette dernière (je pense) jamais, sauf d’une manière aussi grossière que le rabougrissement ou l’agrandissement ; par exemple, aucune augmentation de froid sur place, ou changement de plante individuelle de chaud à froid, n’induira ladite plante individuelle à obtenir un revêtement plus laineux ; mais je suppose qu’une série de saisons froides entraînerait un tel changement chez un quadrupède individuel, tout comme l’aviron durcira les mains, etc. ») J’imaginais qu’un bourgeon ne vivait qu’un an, et vous ne pouviez guère vous attendre à un changement en ce temps ; mais si vous appelez un arbre ou une plante un individu, vous avez des bourgeons qui varient. Peut-être voulez-vous dire que l’arbre entier ne change pas. Les tulipes, en « se cassant », changent. Le fruit semble certainement affecté par le porte-greffe. Je pense avoir (135/3. Voir note, Lettre 16.) obtenu des cas de léger changement chez des plantes alpines transplantées. Tous ces sujets sont plutôt sortis de ma tête à cause des orchidées, mais je devrai bientôt m’y mettre sérieusement quand je reviendrai à mon volume sur la variation sous la domestication.
... Au cours de la vie d’un animal, vous trouveriez, je pense, très difficile de montrer des effets de la condition externe sur les animaux plus importants que l’ombre et la lumière, le bon et le mauvais sol, ne le produisent sur une plante.
Vous parlez d’« une tendance inhérente à varier totalement indépendante des conditions physiques » ! C’est une façon très simple de poser le cas (comme le fait aussi le Dr Prosper Lucas) (135/4. Prosper Lucas, l’auteur du « Traité philosophique et physiologique de l’hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux » : 2 volumes, Paris, 1847-50.) : mais deux grandes classes de faits me font penser que toute variabilité est due à un changement dans les conditions de vie : premièrement, qu’il y a plus de variabilité et plus de monstruosités (et celles-ci se graduent les unes dans les autres) dans des conditions domestiques non naturelles que dans la nature ; et, deuxièmement, que les conditions changées affectent d’une manière spéciale les organes reproducteurs, ces organes qui doivent produire un nouvel être. Mais pourquoi une plantule sur des milliers présente un caractère nouveau, cela dépasse les plus folles puissances de la conjecture. C’est dans ce sens que j’ai parlé du « climat », etc., produisant possiblement sans sélection une graine crochue, ou toute variation non importante. (135/5. Cette déclaration se trouve probablement dans une lettre, et non dans les ouvrages publiés de Darwin.)
J’ai, depuis des années et des années, lutté avec moi-même pour ne pas trop attribuer à la sélection naturelle, pour attribuer quelque chose à l’action directe des conditions ; et peut-être ai-je trop surmonté ma tendance à ne mettre presque aucun poids sur les conditions de vie.
Je ne suis pas ébranlé concernant les « saltus » (135/6. Sir Joseph avait écrit, le 17 mars 1862 : « Huxley est plutôt disposé à penser que vous avez négligé les saltus, mais je ne suis pas sûr qu’il ait raison ; le saltus quoad individus n’est pas le saltus quoad espèces ; comme je l’ai souligné dans le cas du Begonia, bien que ce fût peut-être un plaidoyer plutôt spécial dans l’état actuel de la science. » Pour le cas du Begonia, voir « Life and Letters », II, page 275, aussi lettre 110, page 166.), je n’ai pas écrit sans examiner assez attentivement tous les cas de structure normale chez les animaux ressemblant à des monstruosités qui apparaissent per saltus.
LETTRE 136. À J.D. HOOKER. 26 [mars 1862].
Merci aussi pour la vôtre (136/1. Voir note dans la lettre 135.) et la lettre de Bates maintenant retournées. Elles sont toutes deux excellentes ; vous avez, je pense, dit tout ce qui peut être dit contre les effets directs des conditions, et excellemment bien posé. Mais je m’en tiens toujours à mon côté et à celui de Bates. Néanmoins, je suis heureux d’attribuer peu aux conditions, et je souhaiterais avoir fait ce que vous suggérez : commencer par le principe fondamental que la variation est un principe inné, et faire ensuite quelques remarques montrant qu’à l’avenir, peut-être, ce principe serait explicable. Quand mon livre sur la volaille, les pigeons, les canards et les lapins sera publié, avec toutes les mesures et pesées d’os, je pense que vous verrez que l’« usage et le non-usage » ont au moins un certain effet. Je ne crois pas à la réversion parfaite. Je m’oppose plutôt à votre doctrine de la « variation centrifuge ». (136/2. La « doctrine de la variation centrifuge » est donnée dans l’« Introductory Essay to the Flora of Tasmania » de Sir J.D. Hooker (partie III de la Botany of the Antarctic Expedition), 1859, page viii. Au paragraphe 10, l’auteur écrit : « La tendance des variétés, tant dans la nature que sous la culture... est plutôt de s’écarter de plus en plus du type original que d’y revenir. » Dans la lettre de Sir Joseph à Bates (loc. cit., page lii), il écrivait : « Darwin croit aussi à une certaine réversion au type, ce qui est opposé à mon point de vue sur la variation. » Il peut être noté à cet égard que M. Galton a montré des raisons de croire en une tendance centripète dans la variation (pour utiliser la phraséologie de Hooker) qui n’est pas identique à la réversion des plantes cultivées vers leurs ancêtres, le cas auquel Hooker fait apparemment référence. Voir « Natural Inheritance », par F. Galton, 1889.) Je suppose que vous n’êtes pas d’accord avec, ou ne vous souvenez pas de, ma doctrine du bien de la diversification (136/3. Darwin utilisait habituellement le mot « divergence » à cet égard.) ; cela me semble expliquer amplement pourquoi la variation est centrifuge ; si vous l’oubliez, regardez cette discussion (page 117 de la 3e édition), c’était le meilleur point que, selon mes notions, j’aie établi, et il m’a toujours plu. Il est vraiment curieusement satisfaisant pour moi de voir un homme aussi capable que Bates (et vous-même) croire plus pleinement à la sélection naturelle que je ne pense le faire moi-même. (136/4. Cela fait référence à un passage très intéressant dans la lettre de Hooker à Bates (loc. cit., page liii) : « Je suis sûr qu’avec vous, comme avec moi, plus vous réfléchirez, moins vous verrez d’occasion pour autre chose que le temps et la sélection naturelle pour effectuer un changement ; et que ce point de vue soit le plus simple et le plus clair dans l’état actuel de la science est un avantage, en tout cas. En effet, je pense que c’est, dans l’état actuel de l’enquête, la position légitime à adopter ; il est bien assez tôt pour s’encombrer l’esprit avec la cause secondaire quand il y aura quelque preuve de celle-ci ou quelque demande pour elle ; à présent, je n’en vois ni l’une ni l’autre, et je me sens donc enclin à renoncer à toute autre pour le moment. ») Soit dit en passant, je me vante toujours auprès de vous, et je pense donc qu’Owen aura tort de dire que mon livre sera oublié dans dix ans, car une édition française est maintenant sous presse et une seconde édition allemande est demandée. Votre longue lettre à Bates a mis ma tête au travail, et me fait regretter les neuf mois passés sur les orchidées ; bien que je ne sache pas pourquoi je n’aurais pas dû m’amuser sur elles aussi bien qu’à trimer sur des os de canards et de pigeons, etc. Les orchidées ont été un sport splendide, bien qu’en ce moment j’en sois terriblement saturé.
Je joins une copie de rebut de la gravure sur bois de Mormodes ignea ; j’aimerais que vous ayez une plante à Kew, car je suis sûr que son mécanisme et sa structure merveilleux vous amuseraient. N’est-ce pas curieux la façon dont le labelle repose au sommet de la colonne ? Ici, les insectes se posent et sont magnifiquement éjectés, lorsqu’ils touchent un certain point sensible, par les pollinies.
Comme vous m’avez gentiment aidé dans mon travail ! Adieu, mon cher vieil ami.
LETTRE 137. À H.W. BATES. Down, 4 mai [1862].
Remerciements chaleureux pour votre lettre des plus intéressantes et trois extraits très précieux. Je suis très heureux que vous ayez regardé les insectes du Sud tempéré. J’aurais souhaité que les matériaux du British Museum eussent été plus riches ; mais je penserais que le cas des Carabi sud-américains, appuyé par quelque autre cas, vaudrait un article. Pour nous qui théorisons, je suis sûr que le cas est très important. Les Carabi sud-américains diffèrent-ils plus des autres espèces que ne le font, par exemple, les sibériens, européens, nord-américains et himalayens (si le genre y existe) ? S’ils le font, je suis entièrement d’accord avec vous que la différence serait trop grande pour être expliquée par la récente période glaciaire. Je suis d’accord, aussi, avec vous pour rejeter totalement une origine indépendante pour ces Carabi. Il y a une difficulté, pour autant que je sache, dans notre ignorance de savoir si les insectes changent rapidement dans le temps ; vous pourriez en juger en sachant jusqu’à quel point les coléoptères étroitement apparentés ont généralement des aires de répartition très restreintes, car cela implique presque un changement rapide. Quel cas curieux est offert par les coquilles terrestres, qui se modifient dans chaque sous-district, et ont pourtant conservé la même structure générale depuis des périodes géologiques très reculées ! En travaillant sur la période glaciaire, je me souviens m’être senti très surpris du peu d’oiseaux, de l’absence de mammifères et du très petit nombre de mollusques marins qui semblaient avoir traversé, ou pénétré profondément, les régions intertropicales pendant la période froide. Les insectes, d’après tout ce que vous dites, semblent entrer dans la même catégorie. Les plantes semblent migrer plus facilement que les animaux. Ne sous-estimez pas la durée de la période glaciaire : Forbes avait l’habitude de soutenir qu’elle était équivalente à la totalité de la période pléistocène dans les latitudes plus chaudes. Je crois, avec vous, que nous serons conduits à une période glaciaire plus ancienne.
Je suis très désolé d’apprendre ce qui concerne le British Museum ; il serait sans espoir de lutter contre quiconque soutenu par Owen. Peut-être une autre chance pourrait-elle se présenter avant très longtemps. Comment serait-il de parler à Owen dès que votre propre esprit sera fait ? D’après ce que j’ai entendu, depuis que je vous ai parlé, je crains que le plus fort intérêt personnel auprès d’un ministre ne soit nécessaire pour une pension.
Adieu, et que le succès accompagne l’acerrimo pro-pugnatori.
P.-S. Je souhaite profondément que vous puissiez trouver une situation dans laquelle vous pourriez consacrer votre temps à la science ; ce serait une grande chose pour la science et pour vous-même.
LETTRE 138. À J.L.A. DE QUATREFAGES. Down, 11 juillet [1862].
Je vous remercie cordialement de répondre si gentiment et promptement à mes questions. Je citerai certaines de vos remarques. Le cas me semble d’une certaine importance en référence à mes notions hérétiques, car il montre comment les larves pourraient être modifiées. Je ne publierai pas, je suppose, avant un an, car beaucoup de temps est dépensé en expériences. Si dans ce délai vous acquériez de nouvelles informations sur la similitude des papillons de races distinctes, et que vous me permettiez de citer quelques faits sous votre autorité, je m’en sentirais très reconnaissant.
Je vous remercie pour votre grande gentillesse concernant la traduction de l’« Origine » ; c’est très libéral de votre part, car nous différons dans une mesure considérable. J’ai été atrocement injurié par mes compatriotes religieux ; mais comme je mène une vie indépendante à la campagne, cela ne me fait pas le moindre mal de quelque manière que ce soit, sauf en vérité quand l’injure vient d’un vieil ami comme le professeur Owen, qui m’injurie puis avance la doctrine que tous les oiseaux descendent probablement d’un seul parent.
Je souhaite que la traductrice (138/1. Mdlle Royer, qui a traduit la première édition française de l’« Origine ».) eût connu davantage l’histoire naturelle ; elle doit être une dame intelligente mais singulière, mais je n’avais jamais entendu parler d’elle avant qu’elle ne propose de traduire mon livre.
LETTRE 139. À ASA GRAY. Down, 23 juillet [1862].
J’ai reçu il y a quelques jours deux gros paquets, mais je n’ai encore lu que votre lettre ; car nous avons été dans une détresse effroyable et je ne pouvais m’occuper de rien. Notre pauvre garçon a eu le cas rare d’une seconde éruption avec angine… ; et, comme si cela ne suffisait pas, une attaque très grave d’érysipèle avec des symptômes typhoïdes. J’ai désespéré de sa vie ; mais ce soir, il a mangé une bouchée et je pense qu’il a passé le cap critique. Il a vécu de vin de Porto toutes les trois quarts d’heure, jour et nuit. Ce soir, à notre grand étonnement, il a demandé si ses timbres étaient en sécurité, et je lui ai parlé de celui que vous aviez envoyé, en lui disant qu’il le verrait demain. Il a répondu : « J’aimerais terriblement le voir maintenant » ; alors, avec difficulté, il a ouvert les paupières, y a jeté un coup d’œil et, avec un soupir de satisfaction, a dit : « C’est bien. » Les enfants sont notre plus grand bonheur, mais souvent, bien souvent, une misère encore plus grande. Un homme de science ne devrait pas en avoir, peut-être pas de femme non plus ; car alors, il n’y aurait rien en ce vaste monde qui vaille la peine d’être soucié, et un homme pourrait (s’il en est capable, c’est une autre question) travailler comme un Troyen. J’espère dans quelques jours remettre mes idées en ordre, et alors je choisirai toutes vos lettres sur les orchidées pour vous les renvoyer, en espérant que vous pourrez en faire usage…
De tous les charpentiers pour taper pile sur le clou, vous êtes le meilleur ; personne d’autre n’a perçu que mon intérêt principal pour mon livre sur les orchidées était qu’il s’agissait d’un « mouvement de flanc » contre l’ennemi. Je vis dans une telle solitude que je n’entends rien et n’ai aucune idée de ce à quoi vous faites allusion concernant Bentham, les orchidées et les espèces. Mais je dois me renseigner.
À propos, j’entends dire que l’un de mes principaux ennemis (le seul qui m’ait ennuyé), à savoir Owen, a fait des conférences sur les oiseaux ; il admet qu’ils descendent tous d’un seul ancêtre et avance, comme étant sa propre idée, que les oiseaux marins aptères ont perdu leurs ailes par un non-usage graduel. Il ne fait jamais allusion à moi, ou seulement avec des sarcasmes amers, associé à Buffon et aux « Vestiges ».
Eh bien, cela m’a amusé ce premier soir que de griffonner aussi égoïstement que d’habitude sur moi-même et mes activités ; vous devez donc me pardonner, comme je sais bien que votre cœur généreux le fera. J’ai réussi à parcourir le journal, mais je n’ai pas eu le courage de lire tous les détails sanglants. Grand Dieu ! Quelle sera la fin ? Peut-être sommes-nous trop découragés ici ; mais je dois penser que vous êtes trop optimistes de votre côté de l’eau. Je n’ai jamais cru aux « canards » sur la capitulation de l’armée du Potomac. Ma chère et bonne femme et moi-même en sommes venus à souhaiter la paix à tout prix. Bonne nuit, mon bon ami. Je ne griffonnerai pas davantage.
Un mot encore. J’aimerais savoir ce que vous pensez de ce que je dis dans le dernier chapitre du livre sur les orchidées concernant la signification et la cause de l’infinie diversité des moyens pour un même objectif général. Cela touche au dessein, cette question sans fin. Bonne nuit, bonne nuit !
LETTRE 140. À C. LYELL. 1, Carlton Terrace, Southampton, 22 août [1862].
Vous dites que l’Évêque et Owen vont vous tomber dessus (140/1. Ceci fait référence à « L’Antiquité de l’homme », publié en 1863.) : ce dernier le peut difficilement, car on m’a assuré qu’Owen, lors de ses conférences ce printemps, a avancé comme une idée nouvelle que les oiseaux aptères avaient perdu leurs ailes par le non-usage. (140/2. Le premier paragraphe de cette lettre a été publié dans « Life and Letters », II, pages 387, 388.) Également que les pies volaient des cuillères, etc., par un reste d’instinct semblable à celui de l’oiseau jardinier, qui orne son passage de jeu avec de jolies plumes. En effet, on m’a dit qu’il a clairement laissé entendre que tous les oiseaux descendent d’un seul ancêtre. Quel homme impudent il doit être pour faire de telles conférences après m’avoir tant insulté, et ne jamais s’être rétracté ouvertement ni avoir fait allusion à mon livre !
LETTRE 141. À JOHN LUBBOCK (LORD AVEBURY). Cliff Cottage, Bournemouth, 5 septembre [1862].
Merci beaucoup pour votre aimable mot en réponse à toute ma stupide peine. Je n’avais pas pleinement apprécié votre cas d’insecte plongeur (141/1. « Sur deux hyménoptères aquatiques, dont l’un utilise ses ailes pour nager. » Par John Lubbock. « Trans. Linn. Soc. » Volume XXIV, 1864, pages 135-42.) [Lu le 7 mai 1863.] Dans cet article, Lubbock décrit une nouvelle espèce de Polynema — P. natans — qui nage au moyen de ses ailes et est capable de vivre sous l’eau pendant plusieurs heures ; l’autre espèce, rattachée à un nouveau genre Prestwichia, vit sous l’eau, garde ses ailes immobiles et utilise ses pattes comme rames.) avant votre dernier mot, et je n’avais aucune idée que le fait était nouveau, bien qu’il le fût pour moi. C’est vraiment très intéressant. Bien sûr, vous allez en publier un compte rendu. Vous direz alors si l’insecte peut bien voler dans l’air. (141/2. En décrivant les habitudes du Polynema, Lubbock écrit : « J’ai malheureusement été incapable de déterminer s’ils pouvaient voler » (op. cit., page 137).) Ma femme a demandé : « Comment a-t-il découvert qu’il restait quatre heures sous l’eau sans respirer ? » J’ai répondu immédiatement : « Mme Lubbock est restée assise quatre heures à surveiller. » Je me demande si j’ai raison.
J’ai hâte d’être à la maison et au travail régulier, et j’espère que nous y serons dans un mois. Je crains qu’il ne soit inutile que je vienne vous voir, car je suis plus mou que jamais, mais j’espère que deux douches par jour me donneront un peu de force, afin que vous puissiez, je l’espère, venir nous voir. Cela fait une éternité que je ne vous ai pas vu, ni aucun ami scientifique.
J’ai eu des nouvelles de Lyell l’autre jour sur l’île de Wight, et de Hooker en Écosse. À propos de Huxley, je ne sais rien, mais j’espère que son livre progresse, car je serai très curieux de le voir. (141/3. « La place de l’homme dans la nature. » Londres, 1863.)
Je ne fais rien ici, sauf regarder occasionnellement quelques fleurs, et il y en a très peu ici, car le pays est merveilleusement stérile.
Voyez ce que c’est que d’être bien éduqué. Horace m’a dit hier : « Si tout le monde tuait les vipères, elles viendraient moins piquer. » J’ai répondu : « Bien sûr qu’elles le feraient, car il y en aurait moins. » Il a répliqué avec indignation : « Je ne voulais pas dire cela ; mais les vipères timides qui s’enfuient seraient sauvées, et avec le temps, elles ne piqueraient jamais du tout. » Sélection naturelle des lâches !
LETTRE 142. H. FALCONER À CHARLES DARWIN.
(142/1. Ceci fait référence au manuscrit de l’article de Falconer « Sur l’éléphant fossile américain des régions bordant le golfe du Mexique (E. Columbi, Falc.) », publié dans la « Natural History Review », janvier 1863, page 43. La section traitant de la portée de ses faits sur les idées de Darwin est à la page 77. Il insiste fortement (page 78) sur la « persistance et l’uniformité des caractères des dents molaires chez le plus ancien mammouth connu et son successeur le plus moderne ». Néanmoins, il ajoute que les « inférences que je tire de ces faits ne sont pas opposées à l’une des propositions principales de la théorie de Darwin ». Ces admissions étaient d’autant plus satisfaisantes que, comme le souligne Falconer (page 77), « j’ai été inclus par lui dans la catégorie de ceux qui ont maintenu avec véhémence la persistance des caractères spécifiques ».)
21, Park Crescent, Portland Place, N.W., 24 septembre [1862].
Ne soyez pas effrayé par l’envoi. Je souhaite me mettre en règle avec vous avant d’aller chez l’imprimeur. Je publie un lourd mémoire sur les éléphants — une affaire fourre-tout, avec des observations sur les espèces fossiles et récentes. Une section est consacrée à la persistance dans le temps des caractères spécifiques du mammouth. Je le retrace depuis avant la période glaciaire, à travers celle-ci et après elle, immuable et inchangé pour ce qui est des organes de la digestion (dents) et de la locomotion. Or, la période glaciaire n’était pas une plaisanterie : elle aurait fait de vos chers pigeons et colombes une bouchée de pain.
Malgré toutes mes lacunes, j’ai pour vous une considération si sincère et affectueuse, et une telle admiration pour votre travail, que je serais peiné de constater que j’ai exprimé mes convictions honnêtes d’une manière qui pourrait être sujette à une objection de votre part. Le raisonnement peut être très stupide, mais je crois que l’observation est solide. Voulez-vous donc parcourir les quelques pages que je vous ai envoyées et me dire si vous y trouvez une faille, ou si vous pensez que je devrais changer la forme de l’expression ? Vous avez été traité si peu élégamment et si peu honnêtement par un de vos amis et le mien que je serais désolé de me retrouver en position d’opposant à vous, et plus particulièrement avec le risque de me rendre ridicule.
J’ai rencontré votre frère hier, qui me dit que vous venez en ville. J’espère que vous me ferez signe. J’ai soif d’une discussion avec vous et j’ai beaucoup de choses à vous dire.
Vous aurez vu l’éclaircissement concernant les singes éocènes d’Angleterre. Par un coup de baguette magique, ils ont été métamorphosés — à la Darwin — en cochons hyracothériens. (142/2. « Sur le caractère hyracothérien des molaires inférieures du prétendu Macacus provenant du sable éocène de Kyson, Suffolk. » « Ann. Mag. Nat. Hist. » Volume X, 1862, page 240. Dans cette note, Owen déclarait que les dents qu’il avait nommées Macacus (« Ann. Mag. » 1840, page 191) appartenaient très probablement à Hyracotherium cuniculus. Voir « A Catalogue of British Fossil Vertebrata », A.S. Woodward et C.D. Sherborn, 1890, sous Hyracotherium, page 356 ; voir aussi « Handbuch der Palaeontologie » de Zittel, Abth. I., Bd. IV., Leipzig, 1891-93, page 703.) Le croiriez-vous ? Ceci même est une grossière erreur. Ce ne sont pas des cochons.
LETTRE 143. À HUGH FALCONER. Down, 1er octobre [1862].
À mon retour à la maison hier, j’ai trouvé votre lettre et votre manuscrit, que j’ai lus avec un extrême intérêt. Votre note et chaque mot de votre article sont exprimés avec le même sentiment bienveillant que j’ai éprouvé de votre part depuis que j’ai le bonheur de vous connaître. J’apprécie les louanges scientifiques, mais j’apprécie incomparablement plus un sentiment aussi bienveillant que le vôtre. Il n’y a pas un seul mot dans votre article auquel je puisse éventuellement objecter : je serais fou de le faire ; son seul défaut est peut-être sa trop grande gentillesse. Votre cas semble être le plus frappant que j’aie rencontré concernant la persistance des caractères spécifiques. C’est d’autant plus frappant qu’il concerne les dents molaires, qui diffèrent tant chez les espèces du genre, et chez lesquelles, par conséquent, j’aurais attendu de la variation. En lisant, je me suis senti un peu abasourdi, et je me suis dit que chaque fois que j’en viendrais à ce sujet, je devrais être sauvage envers moi-même ; et je me demandais à quel point vous seriez sauvage. J’ai tremblé un peu. Mon seul espoir était que quelque chose puisse être tiré des formes des tourbières d’Amérique du Nord, que vous classez comme une race géographique ; et possiblement plus tard de l’espèce sicilienne. Imaginez donc ma satisfaction quand j’ai trouvé que vous-même aviez laissé une échappatoire (143/1. Cela fait peut-être référence à un passage (« N.H. Review », 1863, page 79) dans lequel Falconer admet l’existence de formes intermédiaires le long de certaines lignes de descendance possibles. La référence de Falconer aux éléphants siciliens se trouve dans une note à la page 78 ; l’éléphant des tourbières est mentionné à la page 79.), ce que je n’aurais jamais pu deviner, bien sûr ; et imaginez ma satisfaction encore plus grande de vous voir exprimer votre incrédulité quant à l’immuabilité éternelle des espèces. Vos remarques finales sur mon travail sont trop généreuses, mais m’ont procuré un plaisir non négligeable. Quant aux critiques, je n’en ai que de petites. Lorsque vous parlez d’une « fourchette modérée de variation », je ne peux m’empêcher de penser que vous devriez rappeler à vos lecteurs (bien que je suppose que cela ait été fait précédemment) quel est le montant de cette variation, y compris le cas du mammouth des tourbières d’Amérique. Vous parlez de ces animaux comme ayant été exposés à une vaste gamme de changements climatiques, d’avant à après la période glaciaire. J’aurais pensé, par analogie avec les coquillages marins, que par la migration (ou l’extinction locale quand la migration n’était pas possible) ces animaux auraient pu et auraient dû se maintenir sous un climat presque identique.
Une considération un peu plus importante, me semble-t-il, est que l’ensemble du groupe des proboscidiens peut, je suppose, être considéré comme tendant vers l’extinction : de toute façon, l’extinction a été complète pour ce qui est de l’Europe et de l’Amérique. De nombreuses considérations et faits m’ont conduit dans « l’Origine » à conclure que ce sont les membres florissants ou dominants de chaque ordre qui donnent généralement lieu à de nouvelles races, sous-espèces et espèces ; et sous ce point de vue, je ne suis pas du tout surpris par la constance de vos espèces. Cela m’amène à remarquer que la phrase au bas de la page [80] n’est pas applicable à mes vues (143/2. Voir Falconer au bas de la page 80 : c’est la vieille difficulté — comment la variabilité peut-elle coexister avec la persistance du type ? Dans notre copie de la lettre, le passage est donné comme apparaissant à la page 60, un lapsus pour la page 80.), bien que tout à fait applicable à ceux qui attribuent la modification à l’action directe des conditions de vie. Un éléphant pourrait être plus individuellement variable que n’importe quel quadrupède connu (par les effets des conditions de vie ou d’autres causes innées inconnues), mais si ces variations n’aidaient pas l’animal à mieux résister à toutes les influences hostiles, et donc à augmenter en nombre, il n’y aurait aucune tendance à la préservation et à l’accumulation de telles variations — c’est-à-dire à la formation d’une nouvelle race. Comme le groupe des proboscidiens semble être, pour des causes totalement inconnues, un groupe en déclin dans de nombreuses parties du monde, je n’aurais pas anticipé la formation de nouvelles races.
Vous faites des remarques importantes contre la sélection naturelle, et vous serez peut-être surpris que je sois, dans une large mesure, d’accord avec vous. Je pourrais vous montrer de nombreux passages, écrits aussi fortement que possible dans « l’Origine », déclarant que la sélection naturelle ne peut rien faire sans variabilité préalable ; et j’ai essayé d’affirmer tout aussi fortement que la variabilité est régie par de nombreuses lois, pour la plupart totalement inconnues. Mon titre trompe les gens, et j’aurais souhaité le rendre un peu différent. Votre phyllotaxie (143/3. Falconer, page 80 : « La loi de la phyllotaxie... est presque aussi constante dans sa manifestation que l’une quelconque des lois physiques liées au monde matériel. ») servira d’exemple, car je suis tout à fait d’accord sur le fait que la disposition en spirale d’un certain nombre de verticilles de feuilles (quelle qu’en soit l’origine primordiale, et qu’elle soit aussi invariable que vous l’affirmez), gouverne les limites de la variabilité, et gouverne donc ce que la sélection naturelle peut faire. Laissez-moi expliquer comment il se fait que j’aie mis tant d’accent sur la sélection naturelle, et je pense toujours que c’est justifié. J’en suis venu à penser, par la distribution géographique, etc., etc., que les espèces changent probablement ; mais pendant des années, je suis resté bloqué par mon incapacité totale à voir comment chaque partie de chaque créature (un pic ou une hirondelle, par exemple) s’était adaptée à ses conditions de vie. Cela me semblait, et me semble toujours, être le problème à résoudre ; et je pense que la sélection naturelle le résout, tout comme la sélection artificielle résout l’adaptation des races domestiques à l’usage de l’homme. Mais je soupçonne que vous voulez dire autre chose, qu’il existe une loi inconnue d’évolution par laquelle les espèces changent nécessairement ; et si tel est le cas, je ne peux être d’accord. C’est cependant une question trop vaste, même pour une lettre aussi déraisonnablement longue que celle-ci. Néanmoins, juste pour expliquer par de simples conjectures sans valeur comment j’imagine que les dents de vos éléphants changent, je considérerais le changement comme résultant indirectement de changements dans la forme des mâchoires, ou du développement des défenses, ou, dans le cas du primigenius, même d’une corrélation avec le revêtement laineux ; dans tous les cas, la sélection naturelle vérifiant la variation. Si, en effet, un éléphant réussissait mieux en se nourrissant de certains nouveaux types de nourriture, alors toute variation de quelque nature que ce soit dans les dents qui favoriserait leur pouvoir de broyage serait préservée. Maintenant, je peux vous imaginer lever les mains et crier : quelle foutaise ! Pour revenir à votre phrase de conclusion : loin d’en être surpris, je considère comme absolument certain qu’une grande partie de « l’Origine » sera prouvée être des balivernes ; mais j’espère et je m’attends à ce que le cadre tienne. (143/4. Falconer, page 80 : « Il [Darwin] a posé les fondations d’un grand édifice : mais il ne doit pas être surpris si, au cours de son érection, la superstructure est modifiée par ses successeurs... »)
J’avais espéré être passé vous voir lundi soir, mais j’étais complètement épuisé. J’ai vu Lyell hier matin. Il était très curieux de connaître vos points de vue, et comme je devais lui écrire ce matin, je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire quelques mots sur vos vues. Je suppose que vous êtes fatigué de « l’Origine » et que vous ne le relirez jamais ; sinon, j’aimerais que vous ayez la troisième édition, et je l’enverrais volontiers plutôt que vous ne regardiez la première ou la deuxième édition. Avec mes cordiaux remerciements pour votre généreuse gentillesse.
LETTRE 144. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Jardins royaux, Kew, 7 novembre 1862.
Je suis grandement soulagé par votre lettre de ce matin concernant mon essai sur l’Arctique, car j’avais imaginé quelque bévue flagrante (comme les plaines granitiques de Patagonie). Certes, après ce que vous m’avez dit de Dawson, il n’aimera pas la lettre que je lui ai écrite il y a quelques jours, dans laquelle je lui disais qu’il était impossible de nourrir une opinion forte contre l’hypothèse darwinienne sans que cela donne lieu à une torsion mentale en examinant des questions dans lesquelles cette hypothèse était ou pourrait être impliquée. Je lui ai dit que je sentais que c’était le cas pour moi lorsque je vous opposais, et que tous les esprits sont sujets à de telles obliquités ! — le Seigneur me vienne en aide, et cela à un LL.D. et directeur d’un collège ! J’ai procédé à discuter de sa géologie avec l’effronterie d’un novice ; et, Dieu merci, j’ai avancé l’argument même de votre lettre sur la preuve de subsidence — à savoir, que tout n’est pas submergé en même temps, et que l’action glaciaire est subaérienne et non océanique. Votre lettre fut donc un soulagement, car je sentais que je n’étais guère assez fort pour m’être lancé comme je l’ai fait auprès d’un géologue professionnel.
(144/1. [Sur le sujet de la lettre ci-dessus, voir une lettre de date antérieure de Sir J.D. Hooker (2 novembre 1862) donnée dans le présent ouvrage (Lettre 354) avec la réponse de Darwin (Lettre 355).])
LETTRE 145. À HUGH FALCONER. Down, 14 novembre [1862].
J'ai lu votre article (145/1. « On the disputed Affinity of the Mammalian Genus Plagiaulax, from the Purbeck beds. » — « Quart. Journ. Geol. Soc. », volume XVIII, page 348, 1862) avec un intérêt extrême, et je vous remercie de me l'avoir envoyé, bien que je l'eusse certainement lu avec soin, ainsi que tout ce qui porte votre nom, dans le Journal. Il me semble être un chef-d'œuvre de raisonnement serré : bien que je ne sois naturellement pas juge en pareilles matières, je ne puis douter qu'il ne soit concluant. Owen vous répondra-t-il ? Je m'attends, étant donné la vision arrogante qu'il a de sa propre position, à ce qu'il ne réponde pas. Votre article est terriblement sévère à son égard, mais parfaitement courtois, et poli comme la plus fine des dagues. Comme vous êtes bon envers moi : votre première phrase (145/2. « One of the most accurate observers and original thinkers of our time has discoursed with emphatic eloquence on the Imperfection of the Geological Record. ») m'a fait plus plaisir que, peut-être, elle ne le devrait, si j'avais la moindre modestie dans ma composition. Soit dit en passant, après avoir lu le premier paragraphe en entier, je l'ai relu, non pour le fond, mais pour le style ; et alors il m'est soudain venu à l'esprit qu'un certain homme m'a dit un jour, quand je l'ai pressé de publier une partie de sa richesse de connaissances diverses : « Oh, il ne savait pas écrire... il détestait ça », etc. Homme perfide, ne me dites plus jamais cela. Votre remarque incidente sur la remarquable spécialisation de Plagiaulax (145/3. « If Plagiaulax be regarded through the medium of the view advocated with such power by Darwin, through what a number of intermediate forms must not the genus have passed before it attained the specialised condition in which the fossils come before us! ») (qui m'est restée sur l'estomac depuis que j'ai lu votre premier article) quant à son incidence sur le nombre de formes antérieures, est tout à fait nouvelle pour moi et, bien entendu, constitue selon mes notions un argument des plus impressionnants. J'ai aussi été heureux qu'on me rappelle les dents de chameau et les os du tarse. (145/4. Op. cit. page 353. Une référence à l'exemple de Cuvier « of the secret relation between the upper canine-shaped incisors of the camel and the bones of the tarsus ».) Descendance à partir d'une forme intermédiaire, Ahem !
Eh bien, tout ce que je peux dire, c'est que depuis longtemps, je n'avais pas été plus intéressé par un article que par le vôtre. Cela me donne un rire démoniaque de penser au visage aimable d'Owen lorsqu'il le lira.
Je ne suis pas allé à Londres depuis la fin de septembre ; quand j'irai, je viendrai vous voir si je le peux, mais je ne sais pas ce qui m'est arrivé. Je supporte encore moins bien qu'avant la moindre excitation. Même le fait de parler une soirée pendant moins de deux heures m'a récemment causé par deux fois des vomissements et des tremblements si violents que je crains de monter à Londres. J'entends dire que vous avez fait une forte impression à Cambridge (145/5. Prof. Owen, in a communication to the British Association at Cambridge (1862) « On a tooth of Mastodon from the Tertiary marls, near Shanghai », brought forward the case of the Australian Mastodon as a proof of the remarkable geographical distribution of the Proboscidia. In a subsequent discussion he frankly abandoned it, in consequence of the doubts then urged regarding its authenticity. (See footnote, page 101, in Falconer's paper « On the American Fossil Elephant », « Nat. Hist. Review », 1863.)), et je suis sincèrement heureux que vous ayez attaqué le Mastodonte australien. Je n'ai jamais pu croire en lui. Je souhaiterais que vous lisiez mon petit article sur Primula dans le « Linnean Journal », volume VI, Botanique (n° 22), page 77 (je n'ai pas d'exemplaire dont je puisse me passer), car je pense qu'il y a de bonnes chances que vous ayez observé des cas similaires. C'est mon véritable dada à l'heure actuelle. J'ai retesté cet été la différence fonctionnelle des deux formes chez Primula, et je trouve tout strictement exact. Si vous connaissez des cas analogues, je vous prie de m'en informer. Adieu, mon bon et aimable ami.
LETTRE 146. À J.D. HOOKER.
(146/1. La lettre suivante est intéressante en rapport avec une lettre adressée à Sir J.D. Hooker, le 26 mars 1862, n° 136, où la valeur de la Sélection Naturelle est affirmée plus fortement par Sir Joseph que par Darwin. Il est regrettable que la lettre de Sir Joseph, à laquelle celle-ci répond, n'ait pas été retrouvée.)
Down, 20 novembre [1862].
Votre dernière lettre m'a intéressé à un degré extraordinaire, et votre conseil vraiment pastoral, « quelque autre personne sage et discrète », etc., etc., nous a beaucoup amusés. Je vais exposer un cas concret pour montrer ce que je pense qu'A. Gray croit au sujet du croisement et ce que je crois. Si 1 000 pigeons étaient élevés ensemble dans une cage pendant 10 000 ans, leur nombre n'étant pas autorisé à augmenter par une élimination due au hasard, alors, à cause du croisement mutuel, aucune variété ne surgirait ; mais si chaque pigeon était un hermaphrodite autofécond, une multitude de variétés surgirait. C'est là, je crois, l'effet commun du croisement, à savoir l'oblitération des variétés naissantes. Je ne nie pas que lorsque deux variétés marquées ont été produites, leur croisement produira une troisième variété ou davantage, de caractère intermédiaire. Il est possible, ou probable, qu'avec des variétés domestiques, ayant une forte tendance à varier, l'acte de croisement tende à donner lieu à de nouveaux caractères ; et ainsi une troisième race ou davantage, non strictement intermédiaire, peut être produite. Mais il existe de lourdes preuves contre l'apparition de nouveaux caractères résultant du croisement de formes sauvages ; seules des races intermédiaires sont alors produites. Maintenant, êtes-vous d'accord jusqu'ici ? Sinon, il est inutile de discuter ; nous devons en venir aux gros mots, et je suis convaincu que je peux jurer plus fort que vous, donc j'ai raison. Q.E.D.
Si l'on empêchait le nombre de 1 000 pigeons d'augmenter, non par une élimination due au hasard, mais, disons, par le sacrifice de tous les oiseaux au bec plus court, alors TOUT le groupe finirait par avoir des becs plus longs. Êtes-vous d'accord ?
Troisièmement, si 1 000 pigeons étaient gardés dans un pays chaud, et 1 000 autres dans un pays froid, et nourris avec une nourriture différente, et confinés dans des volières de taille différente, et maintenus en nombre constant par une élimination due au hasard, alors je m'attendrais, comme assez probable, à ce qu'après 10 000 ans, les deux groupes diffèrent légèrement en taille, en couleur, et peut-être en d'autres caractères insignifiants ; c'est ce que j'appellerais l'action directe des conditions physiques. Par cette action, je souhaite impliquer que les forces vitales innées sont amenées d'une manière ou d'une autre à agir assez différemment dans les deux cas, tout comme la chaleur permettra ou causera la combinaison de deux éléments qui, autrement, ne se seraient pas combinés. Je vous serais particulièrement obligé de me dire ce que vous pensez à cet égard.
Mais la partie de votre lettre qui m'a fait basculer de surprise, c'est celle où vous affirmez que chaque différence que nous voyons aurait pu se produire sans aucune sélection. Je suis tout à fait d'accord, et je l'ai toujours été ; mais vous avez fait le tour du sujet, et l'avez vu sous un angle entièrement opposé et nouveau, et quand vous m'y avez amené, j'ai été stupéfait. Quand je dis que je suis d'accord, je dois apporter la réserve que, selon votre point de vue, comme maintenant, chaque forme reste longtemps adaptée à certaines conditions fixes, et que les conditions de vie sont à long terme changeantes ; et deuxièmement, ce qui est plus important, que chaque forme individuelle est un hermaphrodite autofécond, de sorte que chaque variation infinitésimale n'est pas perdue par croisement. Votre façon de présenter le cas serait encore plus frappante qu'elle ne l'est si l'esprit pouvait saisir de tels nombres – c'est saisir l'éternité – pensez à chacune des mille graines donnant sa plante, puis chacune mille. Un globe s'étendant jusqu'à l'étoile fixe la plus éloignée serait très vite recouvert. Je ne peux même pas appréhender l'idée, même avec des races de chiens, de bétail, de pigeons ou de volailles ; et ici, tous admettent et voient la précision rigoureuse de votre illustration.
Que des hommes comme vous et Lyell pensent que je fais trop un Deus de la Sélection Naturelle est un argument concluant contre moi. Pourtant, je vois à peine comment j'aurais pu insérer, dans toutes les parties de mon livre, des phrases plus fortes. Le titre, comme vous l'avez souligné un jour, aurait pu être meilleur. Personne ne s'oppose jamais à ce que les agriculteurs utilisent le langage le plus fort au sujet de leur sélection, pourtant chaque éleveur sait qu'il ne produit pas la modification qu'il sélectionne. Ma difficulté énorme pendant des années fut de comprendre l'adaptation, et cela m'a fait, je ne peux m'empêcher de le penser, à juste titre, insister tant sur la Sélection Naturelle. Que Dieu me pardonne d'écrire si longuement ; mais vous ne pouvez savoir à quel point votre lettre m'a intéressé, et combien il est important pour moi, avec mon livre actuel en main, d'essayer d'obtenir des idées claires. Réfléchissez un peu à ce que signifie l'action directe des conditions physiques. Je ne veux pas dire si elles agissent ; mes faits jetteront quelque lumière là-dessus. Je collecte tous les cas de variations de bourgeons, par opposition aux variations de graines (aimez-vous ce terme pour ce que certains jardiniers appellent des « sports » ?) ; celles-ci éliminent tous les effets de croisement. Je vous prie de vous souvenir combien je valorise votre opinion comme la plus claire et la plus originale que je reçoive jamais.
Je vois clairement que Welwitschia (146/2. Sir Joseph's great paper on Welwitschia mirabilis was published in the « Linn. Soc. Trans. » 1863.) sera un cas de Cirripèdes.
J'ai une autre plante à mendier, mais j'écris sur un papier séparé, car c'est plus pratique pour vous de le garder. Je voulais dire auparavant, pour m'excuser de tant demander à Kew, que j'ai maintenant perdu DEUX saisons, à cause de pépiniéristes maudits qui n'avaient pas les bonnes plantes, et m'envoyaient les mauvaises au lieu de dire qu'ils ne les possédaient pas.
LETTRE 147. À J.D. HOOKER. Down, 24 [novembre 1862].
Je viens de recevoir ce qui est ci-joint pour vous, et j'ai pensé que vous aimeriez lire la seconde moitié de la lettre d'A. Gray, car elle est politique et presque aussi folle que jamais à nos yeux anglais. Vous verrez comment la perte du pouvoir d'intimider est en fait la perte douloureuse pour les hommes du Nord en raison de la désunion.
Je retourne avec mes remerciements la lettre de Bates, que j'ai été heureux de voir. C'était très bien de votre part de lui écrire, car c'est visiblement un homme qui a besoin d'encouragement. J'ai maintenant fini son article (mais je n'ai rien lu d'autre dans le volume) ; il me semble admirable. À mon sens, l'acte de ségrégation des variétés en espèces n'a jamais été présenté aussi clairement, et il y a des tas d'excellentes observations diverses.
Je ne sais guère pourquoi je suis un peu désolé, mais mon travail actuel m'amène à croire un peu plus à l'action directe des conditions physiques. Je présume que je le regrette parce que cela diminue la gloire de la Sélection Naturelle, et est si mauditement douteux. Peut-être changerai-je encore quand j'aurai tous mes faits sous un même point de vue, et ce sera une sacrée tâche. (147/1. This paragraph was published in « Life and Letters », II., page 390. It is not clear why a belief in « direct action » should diminish the glory of Natural Selection, since the changes so produced must, like any other variations, pass through the ordeal of the survival of the fittest. On the whole question of direct action see Mr. Adam Sedgwick's « Presidential Address to the Zoological Section of the British Association », 1899.)
LETTRE 148. À H.W. BATES. Down, 25 novembre [1862 ?].
Je devrais penser qu'il n'était pas nécessaire d'obtenir un accord écrit. (148/1. Mr. Bates' book, « A Naturalist on the Amazons », was published in 1863.) Je n'en ai jamais eu de Murray. Je suppose que vous avez une lettre avec les conditions ; sinon, je devrais penser qu'il serait préférable d'en demander une pour éviter les malentendus. Je pense que Sir C. Lyell m'a dit qu'il n'avait pas d'accords formels. Je suis sincèrement heureux d'apprendre que votre livre progresse. Pourriez-vous me trouver un endroit, même une note de bas de page (bien que celles-ci soient dans neuf cas sur dix critiquables), où vous pourriez exposer, aussi complètement que vos matériaux le permettent, tous les faits concernant des variétés similaires s'appariant... à la louche, combien en avez-vous capturé, et combien en avez-vous maintenant dans votre collection ? Je considère ce fait comme très important ; si ce n'est pas dans votre livre, mettez-le ailleurs, ou faites-moi part des cas.
Je suis entièrement d'accord avec vous sur l'avantage énorme d'étudier à fond un groupe.
Je n'ai vraiment aucune critique à faire. (148/2. Mr. Bates' paper on mimetic butterflies was read before the Linnean Society, November 21st, 1861, and published in the « Linn. Soc. Trans. » XXIII., 1862, page 495, under the title of « Contributions to an Insect Fauna of the Amazon Valley ».) Le style me semble très bon et clair ; mais je regrette beaucoup que dans le titre ou le passage d'ouverture, vous n'ayez pas sonné de la trompette au sujet de ce que vous alliez montrer. Peut-être l'article aurait-il été meilleur s'il avait été davantage divisé en sections avec des titres. Peut-être auriez-vous pu donner quelque part un peu plus de résumé sur le progrès de la ségrégation des variétés, et ne pas renvoyer vos lecteurs à la partie descriptive, sauf pour les lecteurs qui voulaient des détails minutieux. Mais ce sont des bagatelles : je considère votre article comme une production des plus admirables à tout point de vue. Chaque fois que j'en viendrai à la variation dans les conditions naturelles (ma tête est occupée depuis des mois exclusivement par les variétés domestiques), je devrai étudier et réétudier votre article, et sans aucun doute je devrai alors vous tourmenter avec des questions. Je suis sincèrement heureux d'apprendre que vous allez bien. J'ai été contraint d'écrire à la hâte ; excusez-moi donc.
LETTRE 149. À T.H. HUXLEY. Down, 7 décembre [1862].
J'étais sur le point d'ajouter à une commande chez Williams & Norgate pour vos Conférences (149/1. « A Course of Six Lectures to Working Men », published in six pamphlets by Hardwicke, and later as a book. See Letter 156.) quand elles sont arrivées, et je vous en suis très obligé. Je les ai lues avec intérêt, et elles me semblent très bonnes pour cet objectif et excellemment écrites, comme tout ce que vous écrivez. Je suppose que tout livre de nos jours nécessite d'être poussé, donc si vous ne souhaitez pas que ces conférences circulent largement, je suppose qu'elles ne le feront pas ; sinon je penserais qu'elles feraient du bien et propageraient le goût des sciences naturelles. Quoi qu'il en soit, je les ai appréciées ; mais j'en viens de plus en plus, je regrette de le dire, à ne me soucier de rien d'autre que de l'Histoire Naturelle ; et principalement, comme vous l'avez dit un jour, de la simple question des espèces. Je pense que j'ai préféré le n° III à tous les autres. J'ai souvent dit et pensé que le processus de découverte scientifique était identique à la pensée quotidienne, avec seulement plus d'attention ; mais je n'ai jamais réussi à me poser le cas avec un dixième de la clarté avec laquelle vous l'avez fait. Je pense que votre seconde section géologique rendra perplexes vos lecteurs non scientifiques ; quoi qu'il en soit, elle m'a rendu perplexe, et avec la ligne médiane forte, qui doit représenter soit une ligne de stratification, soit quelque grand changement minéralogique, je ne peux concevoir comment votre affirmation peut tenir.
Je suis très heureux d'entendre parler de votre vigueur « de trois ans » [ ?] ; mais je crains, avec tout votre travail multiforme, que votre livre sur l'Homme ne soit nécessairement retardé. Vilain homme ; vous ne dites pas un mot sur Mme Huxley, au sujet de laquelle ma femme et moi-même sommes toujours sincèrement anxieux d'avoir des nouvelles.
P.-S. Je vois dans le « Cornhill Magazine » une notice sur un ouvrage de Cohn, qui apparemment est important, sur le tissu contractile des plantes. (149/2. « Ueber contractile Gewebe im Pflanzenreiche ». « Abhand. der Schlesischen Gesellschaft fur vaterlandische Cultur », Heft I., 1861.) Vous devriez le faire critiquer. Je l'ai commandé, et je dois essayer de comprendre, si je peux, un peu de cet allemand maudit, car je suis très intéressé par le sujet, et j'ai expérimenté un peu dessus cet été, et suis arrivé à la conclusion que les plantes doivent contenir une substance très étroitement analogue à la matière nerveuse diffuse supposée chez les animaux inférieurs ; ou comme, je présume, il serait plus exact de dire avec Cohn, qu'elles ont un tissu contractile.
Conférence VI, page 151, ligne 7 depuis le haut... se mouiller les PIEDS ou le corps ? (Critique de Mlle Henrietta Darwin.) (149/3. Lecture VI., page 151: Lamarck « said, for example, that the short-legged birds, which live on fish, had been converted into the long-legged waders by desiring to get the fish without wetting their feet. »)
Conférence IV, page 89... Atavisme.
Vous utilisez ici et là atavisme = héritage. Duchesne, qui, je crois, a inventé le mot, dans son livre sur les fraisiers le limitait, comme tout le monde l'a fait depuis, à la ressemblance avec le grand-père ou un ancêtre plus éloigné, par opposition à la ressemblance avec les parents.
LETTRE 150. À JOHN SCOTT.
(150/1. La suivante est la première d'une série de lettres adressées au regretté John Scott, dont la majeure partie est donnée dans nos chapitres botaniques. Nous avons été tentés de donner cette correspondance en entier non seulement en raison de son intérêt scientifique intrinsèque, mais aussi parce que ce sont presque les seules lettres qui montrent Darwin dans une relation personnelle avec un homme plus jeune engagé dans la recherche sous sa supervision.)
[1862 ?]
À mon humble avis, aucun sujet n'est si important en relation avec la science naturelle théorique, à plusieurs égards, et également digne d'investigation en lui-même, que les effets de conditions changées ou non naturelles, ou d'une structure changée sur le système reproducteur. Sous ce point de vue, la relation de variétés bien marquées mais incontestables se fertilisant entre elles nécessite bien plus d'expériences qu'il n'en a été tenté. Voir dans l'« Origine » le bref résumé de Gartner sur Verbascum et Zea. M. W. Crocker, récemment contremaître à Kew et très bon observateur, va, sur ma suggestion, travailler sur des variétés de rose trémière. (150/2. Altheae species. Ces expériences semblent ne pas avoir été menées à bien.) Le climat serait trop froid, je suppose, pour des variétés de tabac. J'ai commencé sur des choux, mais j'ai immédiatement arrêté à cause de la chute précoce de leur pollen qui causait trop de problèmes. Votre connaissance suggérerait quelques [plantes]. Sur le même principe, il serait bon de tester des fleurs péloriques avec leur propre pollen, et avec le pollen de fleurs régulières, et d'essayer le pollen de pélorique sur des fleurs régulières... les graines étant comptées dans chaque cas. J'ai maintenant obtenu un semis à partir de nombreux croisements d'un Pelargonium pélorique par du pollen pélorique ; j'ai deux ou trois semis à partir d'une fleur pélorique par du pollen de fleur régulière. J'ai commandé un Antirrhinum pélorique (150/3. Voir « Variation of Animals and Plants », Edition I., Volume II., page 70.) et le Gloxinia pélorique, mais je crains fort de n'avoir jamais le temps de les essayer. Les cas de Passiflora sont vraiment merveilleux, comme les cas de Crinum (voir « Origine »). (150/4. « Origin », Edition VI., page 238.) J'ai lu dans un article allemand que certaines variétés de pommes de terre (nom non donné) ne peuvent pas être fertilisées par [leur] propre pollen, mais le peuvent par le pollen d'autres variétés : cela vaut la peine d'être essayé. Encore une fois, la fertilité de toute fleur monstrueuse, qui est produite assez régulièrement ; j'ai obtenu le merveilleux Begonia frigida (150/5. The species on which Sir J.D. Hooker wrote in the « Gardeners' Chronicle », February 25th, 1860. See « Life and Letters », II., page 275.) de Kew, mais je doute d'avoir la chaleur pour fixer ses graines. Si l'on pouvait obtenir un Celosia non modifié, il serait bon de le tester avec la crête de coq modifiée. Il existe une variation d'ancolie [Aquilegia] avec des pétales simples sans nectaires, etc., etc. Je ne pouvais jamais penser à ce qu'il fallait essayer ; mais si l'on pouvait mettre la main sur une plante cultivée depuis longtemps qui se croisait avec une espèce distincte et donnait un très petit nombre de graines, alors il serait hautement bénéfique de tester comparativement la forme parente sauvage et sa progéniture variant avec cette troisième espèce : par exemple, si une primevère polyanthe se croisait avec quelque espèce de Primula, alors essayer une primevère officinale sauvage avec elle. Je crois qu'aucune primevère n'a jamais été croisée. Si nous connaissions et pouvions obtenir le parent de l'œillet (150/6. Dianthus caryophyllus, garden variety.), ce serait très bien à cette fin. Tout membre des Lythraceae issu de semences devrait être bien surveillé pour le dimorphisme. J'ai des faits merveilleux, résultat de l'expérience, sur Lythrum salicaria.
LETTRE 151. À JOHN SCOTT. Down, 11 décembre [1862].
J'ai lu votre article avec beaucoup d'intérêt. (151/1. « On the Nature and Peculiarities of the Fern-spore. » « Bot. Soc. Edin. » Lu le 12 juin 1862.) Vous demandez des remarques sur le sujet, qui est le seul à être réellement important. Me trouverez-vous impertinent (je suis certain que ce n'est pas mon intention) si je me permets une remarque sur le style, qui a plus d'importance que certains ne le pensent ? À mon avis (qu'il vaille quelque chose ou non), votre article aurait été bien meilleur s'il avait été écrit de manière plus simple et moins élaborée ; plus semblable à vos lettres. C'est une règle d'or que d'utiliser toujours, si possible, un mot court et ancien d'origine saxonne. Une phrase telle que « so purely dependent is the incipient plant on the specific morphological tendency » ne sonne pas à mes oreilles comme du bon anglais maternel ; elle a besoin d'être traduite. Ici et là, je pense que vous auriez pu condenser certaines phrases. Je suis partisan de l'idée que chaque mot qui peut être omis sans perte réelle de sens constitue un gain certain. Maintenant, peut-être me trouverez-vous intrusif et indiscret : quoi qu'il en soit, c'est le conseil d'un vieux scribe chevronné qui vous veut sincèrement du bien. Votre remarque sur les deux sexes contrecarrant la variabilité dans le produit de l'un m'est nouvelle. (151/2. Scott (op. cit., page 214) : « Les organes reproducteurs des phanérogames, comme on le sait, sont toujours le produit de deux organes morphologiquement distincts, les étamines produisant le pollen, les carpelles produisant les ovules... L'embryon étant dans ce cas le résultat modifié de deux organes originellement distincts, il y aura nécessairement une plus grande tendance à effacer toute particularité individuelle de ceux-ci que cela n'aurait été le cas si l'embryon avait été le produit d'un seul organe. » Une idée différente semble être venue à l'esprit de M. Darwin, car dans une lettre non datée adressée à Scott, il écrivait : « Je sais à peine quoi dire sur votre point de vue concernant les organes mâles et femelles et la variabilité. Je dois y réfléchir davantage. Mais j'ai été amusé de trouver l'autre jour dans mon dossier consacré à la variation des bourgeons un bout de papier daté de juin 1860, portant des mots comme ceux-ci : "La permanence des bourgeons greffés ne serait-elle pas due au fait que les deux éléments sexuels dérivés de différentes parties ne sont pas entrés en jeu ?" J'avais totalement oublié, lorsque j'ai lu votre article, qu'une notion analogue m'avait jamais traversé l'esprit ; et je ne peux m'en souvenir maintenant, mais le bout de papier me montre que c'était le cas. » Il est intéressant de noter que Huxley est également parvenu à une conclusion différente de celle de Scott ; et, curieusement, Darwin a confondu les deux points de vue, car il a écrit à Scott (le 19 décembre) : « Par un hasard étrange, en lisant hier soir quelques courtes conférences publiées récemment par le professeur Huxley, je trouve votre observation, à laquelle il est parvenu indépendamment, sur la confluence des deux sexes causant la variabilité. » Les remarques du professeur Huxley se trouvent dans ses « Lectures to Working Men on our Knowledge, etc. » n° 4, page 90 : « Et, en vérité, je pense qu'une certaine quantité de variation par rapport à la souche primitive est le résultat nécessaire de la méthode de propagation sexuelle elle-même ; car, dans la mesure où la chose propagée provient de deux organismes de sexes différents, de constitutions et de tempéraments différents, et comme la progéniture doit être soit d'un sexe, soit de l'autre, il est tout à fait clair qu'elle ne peut être une diagonale exacte des deux, sans quoi elle ne serait d'aucun sexe ; elle ne peut être une forme intermédiaire exacte entre celle de chacun de ses parents ; elle doit dévier d'un côté ou de l'autre. ») Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose d'inconnu et de plus profond dans la génération séminale. Réfléchissez à la longue succession de changements embryologiques chez chaque animal. Un bourgeon produit-il jamais des cotylédons ou des feuilles embryonnaires ? J'ai été très intéressé par votre remarque sur l'hérédité aux âges correspondants ; j'espère que vous continuerez, comme vous le dites, à vous y intéresser. Est-il vrai que les plants de Primula femelles produisent toujours des femelles par parthénogenèse ? (151/3. Il semble probable que Darwin entende ici la reproduction végétative.) Si vous pouvez répondre à cela, j'en serais heureux ; cela concerne mes travaux sur les Primula. J'ai réfléchi au sujet, mais j'ai renoncé à enquêter sur ce qui avait été observé, car l'abeille femelle par parthénogenèse ne produit que des mâles. Votre article m'a appris beaucoup de choses qui, dans mon ignorance, m'étaient tout à fait nouvelles. Merci pour P. scotica. Si des critiques importantes sont formulées sur les Primula à la Société botanique, je serais heureux de les entendre. Si vous le jugez opportun, vous pouvez indiquer que j'ai répété les expériences de croisement sur P. sinensis et la primevère officinale avec le même résultat ce printemps que l'année dernière ; en fait, avec une différence plus marquée dans la fertilité des deux croisements. En fait, si j'avais prouvé le cas du Linum à ce moment-là, je n'aurais pas perdu de temps en répétitions. Je suis déterminé à publier immédiatement sur le Linum...
J'avais raison d'être prudent en supposant que vous étiez dans l'erreur au sujet de Siphocampylus (aucune fleur n'était jointe). J'espère que vous déterminerez si le pistil présente deux longueurs définies ; je serais stupéfait si c'était le cas. Je ne comprends pas pleinement vos objections à la sélection naturelle ; si je le fais, je présume qu'elles s'appliqueraient avec toute leur force, par exemple, aux oiseaux. Réfléchissez à la modification du cheval arabe-turc en notre cheval de course anglais. J'ai eu la satisfaction de dire à mon éditeur d'envoyer mon « Journal » et mon « Origin » à votre adresse. Je soupçonne qu'avec votre esprit fertile, vous trouverez bien mieux d'expérimenter sur vos propres choix ; mais si, après réflexion, vous souhaitiez en essayer quelques-uns qui m'intéressent, j'en serais vraiment ravi, et dans ce cas, je vous écrirais avec quelques détails. Si vous avez les moyens de répéter les expériences de Gärtner sur les variations du Verbascum ou sur le maïs (voir « Origin »), de telles expériences seraient éminemment importantes. Je n'ai jamais pu obtenir de variations du Verbascum. Je pourrais suggérer une expérience sur les pommes de terre analogue au cas de la Passiflora ; même le cas de la Passiflora, bien qu'il ait été souvent répété, pourrait être avantageusement répété. J'ai travaillé comme un esclave (ayant compté environ neuf mille graines) sur le Melastoma, sur la signification des deux ensembles d'étamines très différentes, et jusqu'à présent j'ai été honteusement battu, et je demande maintenant de l'aide. Je pourrais suggérer ce que je crois être un très bon plan (du moins, le Dr Hooker le pensait) pour une dégénérescence systématique des plantes culinaires, afin de découvrir leur origine ; mais ce serait laborieux et le travail de plusieurs années.
LETTRE 152. À J.D. HOOKER. Down, 12 [décembre 1862].
Mon bon vieil ami,
Quelle gentillesse de m'avoir consacré autant de temps ! Votre lettre est d'une utilité réelle, et elle a été et sera bien considérée. Je suis très heureux de constater que nous ne sommes pas aussi en désaccord que je le craignais. Je commence mon livre en disant que mon objectif principal est de montrer l'ampleur démesurée de la variation ; j'ai particulièrement étudié toutes sortes de variations de l'individu. Sur le croisement, je ne peux pas changer ; plus j'y réfléchis, plus j'ai de raisons de croire que ma conclusion serait acceptée par tous les éleveurs expérimentés. Je doute aussi grandement que la variabilité et la domestication soient nécessairement corrélatives, mais j'ai abordé ce point dans « Origin ». Le fait que les plantes soient identiques dans des conditions très différentes m'a toujours semblé être un argument très lourd contre ce que j'appelle l'action directe. Je pense que je prendrai peut-être le cas des 1 000 pigeons (152/1. Voir la lettre 146.) pour résumer mon volume ; je ne discuterai pas d'autres points, mais, comme je l'ai dit, je reviendrai sur votre lettre. Mais je dois juste dire que si l'on admet que la stérilité entre en jeu, si les becs longs sont le moins du monde stériles avec les becs courts, tout mon cas est modifié. Soit dit en passant, mes notions sur l'hybridité sont considérablement modifiées par mes travaux sur le dimorphisme. Je suis maintenant fortement enclin à croire que la stérilité est au départ une qualité sélectionnée pour maintenir les espèces naissantes distinctes. Si vous avez examiné le Lythrum, vous verrez comment le pollen peut être modifié simplement pour favoriser le croisement ; avec la même facilité, il pourrait être modifié pour empêcher le croisement.
C'est ce qui me rend si intéressé par le dimorphisme, etc. (152/2. Cela donne une impression étroite de l'intérêt de Darwin pour le dimorphisme. L'importance de ses travaux était (pour le dire brièvement) la preuve que la stérilité n'a aucun lien nécessaire avec la différence spécifique, mais dépend de la différenciation sexuelle indépendante des différences raciales. Voir « Life and Letters », III, page 296. Son point de vue selon lequel la stérilité est une qualité sélectionnée est à nouveau donné dans une lettre à Huxley (« Life and Letters », II, page 384), mais n'a pas été maintenu dans ses écrits ultérieurs (voir « Origin of Species », Édition VI, page 245). L'idée que la stérilité est une qualité sélectionnée est intéressante en relation avec la théorie de la sélection physiologique de Romanes. (Voir les lettres 209-214.))
Un mot de plus. Lorsque vous m'avez basculé sens dessus dessous avec votre nouvelle façon de considérer le revers de la variation, j'ai reçu de l'assurance et de la force en considérant les monstres, dus à la loi : aussi horriblement étranges qu'ils soient, les monstres étaient vivants au moins jusqu'à leur naissance. Ils diffèrent au moins autant du parent que n'importe quel mammifère d'un autre.
Je viens de terminer un long et fastidieux chapitre sur les faits simples de la variation des plantes cultivées, et je me rafraîchis maintenant avec un article sur le Linum pour la Linnean Society.
LETTRE 153. À W.B. TEGETMEIER.
(153/1. La lettre suivante porte également sur la question de la production artificielle de la stérilité.)
Down, 27 [décembre 1862].
Le plan actuel est d'essayer si des races existantes ont acquis accidentellement un certain degré de stérilité ; mais nous aborderons ce point plus tard. Le manuscrit ci-joint montrera ce que j'ai fait et ce que je sais sur le sujet. Veuillez, à un moment futur, me retourner soigneusement le manuscrit. Si je devais réessayer, je préférerais le pigeon Turbit avec le Carrier ou le Dragon.
Je suggérerai une expérience analogue, que j'ai depuis deux ans dans mon livre d'expérimentation avec la mention « assurez-vous d'essayer », mais que, comme ma santé s'affaiblit d'année en année et que mon autre travail augmente, je suppose que je n'essaierai jamais. Permettez-moi d'ajouter que si 5 livres pouvaient couvrir les frais de l'expérience, je serais ravi de les donner, et vous pourriez publier le résultat s'il y a un résultat. J'ai croisé le coq espagnol (votre oiseau) et la poule Silk blanche et j'ai obtenu beaucoup d'œufs et de poussins ; mais deux d'entre eux semblaient être tout à fait stériles. J'étais alors tristement surmené par le travail, mais je me suis depuis beaucoup reproché de ne pas avoir préservé et testé soigneusement le pouvoir procréateur de ces poules. Maintenant, si vous êtes enclin à vous procurer un coq espagnol et une paire de poules Silk blanches, je serai très reconnaissant d'apprendre si la progéniture se reproduit bien : ils se révéleront, je pense, peu résistants ; s'ils devaient se révéler stériles, ce que je peux difficilement croire, ils iront de toute façon à la casserole. Si vous essayez cela, comment serait-ce de mettre un coq Silk avec votre curieuse poule Cochin soyeuse, afin d'obtenir une grande race soyeuse ; il serait curieux que vous puissiez obtenir des volailles soyeuses avec des couleurs vives. Je crois qu'une poule Silk croisée avec n'importe quelle autre race ne donne jamais de plumes soyeuses. Un croisement entre un coq Silk et une poule Cochin Silk devrait donner des plumes soyeuses et probablement des couleurs vives.
J'ai été conduit récemment, à partir d'expériences (non publiées) sur le dimorphisme, à réfléchir beaucoup sur la stérilité due à l'hybridisme, et à changer partiellement l'opinion donnée dans « Origin ». J'ai maintenant des lettres en cours d'envoi pour me renseigner sur le point suivant, implicite dans l'expérience, qui me semble valoir la peine d'être essayé, mais trop laborieux pour être jamais tenté. Je demanderais à chaque éleveur de pigeons et de volailles s'ils ont jamais observé, dans la même race, un coq A apparié à une poule B qui ne produisait pas de jeunes. Ensuite, j'obtiendrais le coq A et je l'accouplerais à une poule de son sang le plus proche ; et la poule B à son sang le plus proche. J'accouplerais ensuite la progéniture de A (à savoir a, b, c, d, e) à la progéniture de B (à savoir f, g, h, i, j), et tous les enfants qui seraient fertiles ensemble seraient détruits jusqu'à ce que j'en trouve un, disons a, qui ne soit pas tout à fait fertile avec, disons, i. Alors a et i seraient préservés et appariés avec leurs parents A et B, afin d'essayer d'obtenir deux familles qui ne s'uniraient pas ensemble ; mais les membres AU SEIN de chaque famille étant fertiles ensemble. Cela serait probablement tout à fait sans espoir ; mais celui qui pourrait effectuer cela, je crois, résoudrait le problème de la stérilité due à l'hybridisme. Si vous entendez jamais parler de volailles ou de pigeons individuels qui sont stériles ensemble, je serais très reconnaissant d'en entendre parler. C'est un cas parallèle à ceux enregistrés d'un homme non impuissant vivant longtemps avec une femme qui restait sans enfant ; le mari est mort, et la femme s'est remariée et a eu beaucoup d'enfants. Apparemment (nullement certainement) ce premier homme et cette femme étaient dissemblables dans leur organisation sexuelle. Je conçois qu'il est possible que leur progéniture (si les deux s'étaient remariés et avaient eu des enfants) serait sexuellement dissemblable, comme leurs parents, ou stérile ensemble. Veuillez pardonner mon écriture épouvantable ; j'ai été très mal toute la journée et je n'ai pas la force de réécrire ce gribouillis. Je travaille lentement, et je suppose que dans trois ou quatre mois je serai prêt.
Je ne sais vraiment pas si un être humain pourrait comprendre ou lire ce gribouillis honteux.
LETTRE 154. À T.H. HUXLEY. Down, 28 décembre [1862].
Je vous renvoie ce qui est joint : si vous écrivez, remerciez M. Kingsley de penser à me laisser voir le bon sens d'un potentat oriental. (154/1. La lettre de Kingsley à Huxley, datée du 20 décembre 1862, contient une histoire ou une parabole d'un Khan païen en Tartarie qui fut visité par une paire de Moollahs prosélytes. Le premier Moollah dit : « Oh ! Khan, adore mon Dieu. Il est si sage qu'il a fait toutes choses. » Mais le Moollah n° 2 gagna la partie en soulignant que son Dieu est « si sage qu'il fait que toutes choses se font elles-mêmes. ») Tout ce que j'ai dit au sujet du petit livre (154/2. Les six « Lectures to Working Men », publiées en six brochures et sous forme de livre en 1863. M. Huxley considérait que l'argument de M. Darwin exigeait la production par la sélection humaine de races qui devraient être mutuellement stériles, et ressembleraient ainsi à des espèces distinctes physiologiquement aussi bien que morphologiquement.) est strictement mon opinion ; il est en tout point excellent, et ne peut manquer de faire du bien plus il sera largement diffusé. S'il vaut la peine que vous y consacriez du temps est une autre question que vous seul pouvez décider ; qu'il fera du bien au sujet est hors de toute question. Je ne pense pas qu'il existe un imbécile qui ne pourrait pas le comprendre, et c'est une affirmation audacieuse après la mesure dans laquelle j'ai été mal compris. Je n'ai pas compris ce que vous demandiez au sujet de la stérilité : assurément, les faits donnés ne vont pas si loin. Nous différons tellement qu'il est inutile de discuter. Obtenir le degré de stérilité que vous attendez dans des variétés récemment formées me semble tout simplement sans espoir. Cela me semble presque comme ces naturalistes qui déclarent qu'ils ne croiront jamais qu'une espèce se transforme en une autre tant qu'ils n'en voient pas chaque étape dans le processus.
J'ai eu des nouvelles de Tegetmeier, et je lui ai donné le résultat de mes croisements des oiseaux qu'il propose d'essayer, et je lui ai dit comment, seul, je pense que l'expérience pourrait être tentée avec le moindre espoir de succès, à savoir obtenir, si possible, un cas de deux oiseaux qui, lorsqu'ils sont appariés, ne sont pas productifs, bien qu'aucun ne soit impuissant. Par exemple, j'ai eu ce matin une lettre avec un cas d'une génisse Hereford, qui semblait être, après des essais répétés, stérile avec un taureau particulier et loin d'être impuissant, mais pas avec un autre taureau. Mais c'est une trop longue histoire, c'est tenter de faire deux souches, toutes deux fertiles, et pourtant stériles lorsque l'une d'une souche est croisée avec l'une de l'autre souche. Mais la difficulté... serait au-delà de tout calcul. Pour autant que je puisse voir, le plan de Tegetmeier testerait simplement si deux races existantes sont maintenant dans un quelconque léger degré stériles ; ce qui a déjà été largement testé : non pas que je conteste le bien de re-tester.
LETTRE 155. À HUGH FALCONER.
Down, 5 janvier [1863].
J'ai terminé votre article sur l'éléphant hier soir, et vous devez me permettre d'exprimer mon admiration à son sujet. (155/2. « On the American Fossil Elephant of the Regions bordering the Gulf of Mexico (E. Columbi, Falc.), etc. » « Nat. Hist. Rev. » 1863, page 81. (Cf. Lettre à Lyell. « Life and Letters », II., page 389 ; voir aussi « Origin », édition VI., page 306.) Voir la Lettre 143.) Tous les points me frappent comme ayant été admirablement développés, et très nombreux sont ceux qui sont des plus intéressants. J'ai été particulièrement frappé par vos remarques sur le caractère de l'ancienne faune mammalienne de l'Amérique du Nord (155/3. Falconer, page 62. Ce passage est marqué dans l'exemplaire de Darwin.) ; cela concorde avec tout ce que j'imaginais être le cas, à savoir une irruption temporaire de formes sud-américaines dans l'Amérique du Nord, et réciproquement, et j'ai gloussé un peu devant le spécimen de M. Andium « hésitant » entre les deux groupes. (155/4. En parlant des caractères du Mastodon Andium, Falconer fait référence à un précédent article de lui-même (« Quart. Journ. Geol. Soc. » Volume XIII. 1857, page 313), dans lequel il attirait l'attention « sur le caractère exceptionnel de certains spécimens de M. Andium, comme hésitant entre [les groupes] Tetralophodon et Trilophodon » (ibid., page 100).) M. Wallace m'a assuré que des restes abondants de Mastodonte avaient été trouvés à Timor, et c'est assez proche de l'Australie. Je me réjouis que vous ayez démoli ce cas. (155/5. Dans l'article de la « Nat. Hist. Review » (loc. cit.), Falconer écrit : « Il semble plus probable qu'une erreur involontaire se soit glissée dans l'histoire de ce fossile remarquable ; et jusqu'à ce que d'autres preuves confirmatives, d'un caractère irréprochable, soient apportées, on ne peut accorder foi à la réalité du prétendu Mastodonte australien » (page 101).) C'est vraiment un article grandiose. Je ne dirai rien de plus sur vos allusions à mon égard, si ce n'est qu'elles m'ont fait tout autant plaisir sous forme imprimée que manuscrite. Vous avez dû travailler très dur ; le labeur a dû être extrême, mais j'espère vraiment que vous aurez la santé et la force de continuer. Vous ririez si vous pouviez voir à quel point toute la mesquine conduite d'Owen au sujet de E. Columbi m'a rendu indigné. (155/6. Voir Lettre 157.) Je ne me suis pas endormi avant 3 heures passées. Comme vous le flagellez bien, fermement et sévèrement, avec un calme imperturbable, comme si vous accomplissiez un simple devoir. L'affaire en est arrivée à un tel point que je pense que chaque homme de science est tenu de montrer ses sentiments par un acte manifeste, et je guetterai une occasion propice.
P.-S. — J'ai retenu d'un jour le courrier ci-joint en raison de l'arrivée de votre très intéressante lettre. Je savais que c'était un pur hasard que vous puissiez m'informer sur les points requis ; mais nulle autre personne n'a si souvent répondu à mes diverses requêtes. Je crois avoir maintenant dans ma serre L. trigynum (155/7. Linum trigynum.), qui a poussé à partir de graines achetées sous le nom de L. flavum, dont il est totalement différent par le feuillage. Je viens d'envoyer un article sur le dimorphisme du Linum à la Linnean Society (155/8. « On the Existence of the Forms, and on their reciprocal Sexual Relation, in several species of the genus Linum. » — « Journ. Linn. Soc. » Volume VII., page 69, 1864.), et je ne doute donc pas que votre mémoire soit exacte au sujet du L. trigynum : la différence fonctionnelle entre les deux formes de Linum est vraiment merveilleuse. Je vous assure que j'ai très envie de vous voir, vous et quelques autres, à Londres ; ce n'est pas tant l'eczéma qui a enlevé l'épiderme une douzaine de fois à vif, mais j'ai été épuisé ces derniers temps avec une facilité extraordinaire, et je ne sais quand je serai en mesure de venir. Je souhaite particulièrement entendre parler de l'oiseau merveilleux : ce cas m'a ravi, car aucun groupe n'est aussi isolé que les oiseaux. Je souhaite vivement savoir quand nous nous rencontrerons quels doigts sont développés ; en examinant des oiseaux il y a deux ou trois ans, je me souviens distinctement avoir écrit à Lyell qu'un jour on trouverait un oiseau fossile avec l'extrémité de l'aile fendue, c'est-à-dire l'aile bâtarde et l'autre partie, toutes deux bien développées. Merci pour Von Martius, retourné par ce courrier, que j'ai été heureux de voir. Le pauvre vieux Wagner (Probablement Johann Andreas Wagner, auteur de « Zur Feststellung des Artbegriffes, mit besonderer Bezugnahme auf die Ansichten von Nathusius, Darwin, Is. Geoffroy and Agassiz », « Munchen Sitzungsb. » (1861), page 301, et de nombreux articles sur des sujets zoologiques et paléontologiques.) m'a toujours attaqué dans un esprit convenable, et m'a envoyé deux ou trois petites brochures, et je l'en ai cordialement remercié. Les Allemands semblent très remués sur le sujet. J'ai reçu par le même courrier un petit volume sur l'« Origin ».
Je ne peux travailler plus de deux heures par jour, et cela joue le diable avec moi.
P.-S. 2 — J'ai travaillé comme un esclave et j'ai été déconcerté comme un esclave en essayant de comprendre la signification de deux séries très différentes d'étamines chez certaines Melastomaceae. (155/9. Plusieurs lettres sur les Melastomaceae figurent dans notre section botanique.) Je dois vous dire un fait. J'ai compté 9 000 graines, une par une, provenant de mes gousses fécondées artificiellement. Il y a quelque chose de très étrange, mais je suis encore battu. Les plantes issues de deux pollens poussent à des vitesses différentes ! Maintenant, ce que je veux savoir, c'est si, chez des individus de la même espèce poussant ensemble, vous avez jamais remarqué une quelconque différence dans la position du pistil ou dans la taille et la couleur des étamines ?
LETTRE 156. À T.H. HUXLEY. Down, 18 décembre [1862].
J'ai lu les n° IV et V. (156/1. « On our Knowledge of the Causes of the Phenomena of Organic Nature », étant six conférences aux travailleurs, données au Museum of Practical Geology par le Pr Huxley, 1863. Ces conférences, qui furent données une fois par semaine à partir du 10 novembre 1862, furent imprimées à partir des notes de M. J.A. Mays, un sténographe, qui demanda la permission de les publier pour son propre compte ; M. Huxley déclarant dans un « Avis » liminaire qu'il n'avait pas le loisir de réviser les conférences.) Ils sont tout simplement parfaits. Ils devraient être largement annoncés ; mais il est très bon de ma part de dire cela, car j'ai jeté le n° IV avec cette réflexion : « À quoi bon écrire un livre tonitruant, quand tout est dans ce petit livre vert, si méprisable par sa taille ? » Au nom de tout ce qui est bon et mauvais, autant vaudrait que je ferme boutique complètement. Vous exposez de façon capitale, très simplement et clairement la relation des animaux et des plantes les uns aux autres à la page 122.
Soyez prudent au sujet des Paons (Fantails) : leurs plumes caudales sont fixées dans une position rayonnante, mais ils peuvent les abaisser et les relever. Je me souviens, dans un livre sur les pigeons, avoir vu un mépris cinglant exprimé à l'encontre d'un naturaliste pour ne pas connaître cet important détail ! La page 111 (156/2. La référence concerne les petits livres verts originaux dans lesquels les conférences sont apparues pour la première fois ; la pagination dans le volume relié daté de 1863 est légèrement différente. Le passage ici est : « ...Si vous accouplez un mâle et une femelle hybrides... le résultat est que dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, vous n'obtiendrez aucune descendance. » Darwin soutient ailleurs que Huxley, faute de connaître les preuves botaniques, a accordé trop d'importance à ce point. Voir « Life and Letters », II., page 384.) semble un peu trop forte, à savoir quatre-vingt-dix-neuf sur cent, à moins d'excepter les plantes.
Page 118 : Vous dites que la réponse au fait que les variétés, lorsqu'elles sont croisées, soient tant soit peu stériles, est « absolument négative ». (156/3. Huxley, page 112 : « Peut-on trouver une quelconque approximation à ceci [la stérilité des hybrides] dans les différentes races connues pour être produites par élevage sélectif à partir d'une souche commune ? Jusqu'à présent, la réponse à cette question est absolument négative. ») Voulez-vous dire que Gärtner a menti, après des centaines d'expériences (et il était un témoin hostile), lorsqu'il a montré que tel était le cas avec le Verbascum et le maïs (et ici vous avez des races sélectionnées) : Kolreuter ment-il lorsqu'il parle des variétés de tabac ? Mon Dieu, le cas n'est-il pas assez difficile, sans qu'il soit, à mon avis, faussement rendu plus difficile ? Je crois que c'est ma propre faute, ma maudite franchise : j'aurais dû faire dix fois plus de bruit autour de ces expériences très minutieuses. Je l'ai rendu plus fort dans la troisième édition de l'« Origin ». Si vous avez une nouvelle édition, considérez votre deuxième coupe géologique : je ne conteste pas la vérité de votre déclaration ; mais je soutiens que dans presque tous les cas, le gravier passerait graduellement au limon ; qu'il n'y aurait pas de ligne dure et droite entre la masse de gravier et le limon ; que le gravier, en avançant vers l'intérieur des terres, serait séparé des couches sous-jacentes par des lignes de stratification obliques. Une belle idée de la difficulté de la géologie votre coupe donnerait à un travailleur ! Montrez votre coupe à Ramsay, et dites-lui ce que je dis ; et s'il pense que c'est une coupe juste pour un débutant, je me tais, et « garderai le silence pour toujours ». Bonne nuit.
LETTRE 157. À T.H. HUXLEY. Down, [10 janvier] [1863].
Vous serez las des notes de ma part concernant votre petit livre. J'ai de la chance d'avoir exprimé, avant de lire le n° VI. (157/1. « Lectures to Working Men », n° VI, est un examen critique de la position de l'« Origin of Species » en relation avec la théorie complète des « causes des phénomènes de la nature organique ».), mon opinion sur son excellence absolue, et sur le fait qu'il mérite une large diffusion et une correction (non pas que je voie où vous pourriez améliorer), si vous pensiez que cela en valait la peine pour votre temps précieux. Si j'avais lu le n° VI, même un rudiment de modestie aurait, ou aurait dû, m'empêcher d'en dire tant. Bien que j'aie été bien insulté, j'ai eu tant d'éloges que je suis devenu un gourmand, tant en capacité qu'en goût ; et je ne pensais vraiment pas qu'un mortel aurait pu chatouiller mon palais de la manière exquise dont vous avez fait le travail. Je suis donc un vieux âne, et rien d'autre n'a besoin d'être dit à ce sujet. Je suis entièrement d'accord avec toutes vos réserves concernant l'acceptation de la doctrine, et vous auriez pu aller plus loin avec plus de sécurité et de vérité. Bien sûr, je ne suis pas tout à fait d'accord sur la stérilité. Je déteste par-dessus tout me trouver en désaccord avec un juge compétent, lorsque les prémisses sont les mêmes ; et pourtant cela arrivera occasionnellement. En pensant à ma précédente lettre, j'ai imaginé (mais j'en doute maintenant) que j'avais en partie découvert la cause de notre désaccord, et je l'ai attribuée au fait que vous pensiez naturellement davantage aux animaux, chez lesquels la stérilité des hybrides est beaucoup plus frappante que la fertilité réduite du premier croisement. En fait, cela pourrait difficilement être établi chez les mammifères, sauf en comparant les produits de toute leur vie ; et, pour autant que je sache, cela n'a été établi que dans le cas du cheval et de l'âne, qui produisent effectivement moins de descendants au cours de leur vie qu'en élevage pur. Chez les plantes, le test du premier croisement semble aussi juste que le test de la stérilité des hybrides. Et ce dernier test s'applique, je le soutiendrai jusqu'à la mort, au croisement des variétés de Verbascum, et des variétés, des variétés sélectionnées, de Zea. (157/2. Voir Lettre 156.) Vous direz « Allez au diable et taisez-vous ». Non, je ne me tairai pas ; car je dois ajouter qu'après avoir passé en revue, pour mon livre actuel, tous les animaux domestiques, je suis arrivé à la conclusion qu'il y a presque certainement plusieurs cas de deux, trois espèces ou plus mélangées ensemble et maintenant parfaitement fertiles entre elles. Par conséquent, je conclus qu'il doit y avoir quelque chose dans la domestication — peut-être les conditions moins stables, la cause même qui induit tant de variabilité — qui élimine la stérilité naturelle des espèces lorsqu'elles sont croisées. Si c'est le cas, nous pouvons voir à quel point il est improbable que la stérilité survienne entre les races domestiques. Maintenant, je me tairai. Page 143 : « Sanscrit » ne devrait-il pas être « Aryen » ? Quel numéro capital que le dernier « Natural History Review » ! C'est un article grandiose de Falconer. Je ne peux dire à quel point la conduite d'Owen au sujet de E. Columbi m'a rendu indigné. Je crois que je le hais plus que vous, peut-être même plus que le bon vieux Falconer. Mais j'ai débordé auprès d'un ou deux correspondants à ce sujet, et je n'en dirai pas plus. J'ai envoyé à Lubbock une petite critique de l'article de Bates dans les « Linn. Transact. » (157/3. La critique non signée du travail de M. Bates sur les papillons mimétiques est parue dans la « Nat. Hist. Review » (1863), page 219.) dont L. semble penser qu'elle conviendra pour votre « Review ». Inaugurez une grande amélioration et faites couper les pages, comme le font les Yankees ; j'empilerai des bénédictions sur votre tête. Ne perdez pas votre temps à répondre à ceci.
LETTRE 158. À JOHN LUBBOCK [LORD AVEBURY]. Down, 23 janvier [1863].
Je n'ai aucune critique, sauf une phrase qui n'est pas parfaitement fluide. Je trouve vos remarques introductives très frappantes, intéressantes et nouvelles. (158/1. « On the Development of Chloeon (Ephemera) dimidiatum, Part I. » Par John Lubbock. « Trans. Linn. Soc. » Volume XXIV., pages 61-78, 1864 [Lu le 15 janvier 1863].) Elles m'ont intéressé d'autant plus que les pensées les plus vagues du même genre m'avaient traversé l'esprit ; mais je n'avais aucune idée qu'elles pouvaient être si bien développées, et je ne connaissais pas d'exceptions. Sitaris et Meloe (158/2. Sitaris et Meloe, deux genres d'insectes coléoptères, sont mentionnés par Lubbock (op. cit., pages 63-64) comme « peut-être... les cas les plus remarquables... parmi les Coléoptères » de métamorphoses curieuses et compliquées.) semblent très bons. Vous avez mis tout le cas de la métamorphose sous un nouveau jour ; je suppose que ce que vous remarquez sur la pauvreté de l'eau douce est très vrai. (158/3. « Nous ne pouvons qu'être frappés par la pauvreté de la faune d'eau douce comparée à celle de l'océan » (op. cit., page 64).) Je pense que vous pourriez écrire un mémoire sur les productions d'eau douce. Je suggère que la note clé est que les productions terrestres sont supérieures et ont généralement l'avantage sur les marines ; et par conséquent, les productions terrestres ont généralement été modifiées en productions d'eau douce, au lieu que les productions marines soient directement changées en productions d'eau douce, comme il semble plus probable au premier abord, car la chance d'immigration est toujours ouverte de la mer vers les rivières et les étangs.
Ma conversation avec vous m'a fait beaucoup de bien, et je l'ai beaucoup appréciée.
LETTRE 159. À J.D. HOOKER. Down, 13 janvier [1863].
J'envoie une réponse très imparfaite à [votre] question, que j'ai écrite sur du papier étranger pour vous éviter de copier, et vous pourrez l'envoyer lorsque vous écrirez à Thomson à Calcutta. À l'avenir, je serai en mesure de mieux répondre à votre question sur les qualités induites chez les individus qui sont héritées ; la goutte chez l'homme, la perte de laine chez les moutons (qui commence à la première génération et en prend deux ou trois pour être complète) ; probablement l'obésité (car elle est rare chez les pauvres) ; probablement l'obésité et la précocité chez les bovins de race shorthorn, etc., etc.
LETTRE 160. À A. DE CANDOLLE. Down, 14 janvier [1863].
Je vous remercie très sincèrement de m'avoir envoyé votre mémoire. (160/1. « Étude sur l'Espèce à l'occasion d'une révision de la Famille des Cupulifères ». « Biblioth. Univ. (Arch. des Sc. Phys. et Nat.) », novembre 1862.) Je l'ai lu avec le plus vif intérêt, comme il est naturel pour moi ; mais vous avez l'art de rendre les sujets, qui pourraient être arides, faciles à suivre. J'ai été tout à fait étonné par l'ampleur de la variabilité individuelle chez les chênes. Je n'avais jamais vu auparavant le sujet traité avec autant de soin dans un quelconque domaine de la nature. Quel labeur cela a dû vous coûter ! Vous avez parlé dans une lettre de vos années qui avancent ; mais je suis très sûr que personne n'aurait soupçonné que vous ressentiez cela. J'ai été intéressé par chaque partie ; bien que j'aie le malheur de différer de la plupart de mes contemporains en pensant que les vastes extensions continentales (160/2. Voir Lettres 47, 48.) de Forbes, Heer et d'autres sont non seulement avancées sans preuves suffisantes, mais sont opposées à beaucoup de preuves importantes. Vous vous référez à mon travail dans l'esprit le plus aimable et le plus généreux. Je suis pleinement satisfait de la mesure dans laquelle vous croyez, et nullement surpris par les réserves prudentes que vous faites. Je me souviens bien combien d'années il m'a fallu pour revenir des vieilles croyances. Il est encourageant pour moi d'observer que quiconque a fait un pouce avec moi, après une période en fait quelques autres, voire quelques pieds. Mais le point important, me semble-t-il, est de renoncer à l'immutabilité des formes spécifiques ; tant qu'elles sont pensées immuables, il ne peut y avoir de progrès réel dans l'« Épiontologie ». (160/3. Voir De Candolle, loc. cit., page 67 : il définit l'« Épiontologie » comme l'étude de la distribution et de la succession des êtres organisés depuis leur origine jusqu'à nos jours. Actuellement, l'Épiontologie est divisée en géographie et paléontologie, « mais cette division trop inégale et à limites bien vagues disparaîtra probablement ».) Il importe très peu à quiconque, sauf à moi-même, si je me trompe un peu plus ou un peu moins sur tel ou tel point ; en fait, je suis sûr d'être prouvé dans l'erreur sur de nombreux points. Mais le sujet aura, j'en suis convaincu, un grand avenir. Considérant que les oiseaux sont le groupe le plus isolé dans le règne animal, quel cas splendide que cet oiseau-créature de Solenhofen avec sa longue queue et ses doigts aux ailes ! J'ai récemment utilisé et cité quotidiennement et à chaque heure votre « Géographie botanique » dans mon livre sur la « Variation sous la domestication ».
LETTRE 161. À HORACE DOBELL. Down, 16 février [1863].
L'absence de chez moi et l'oisiveté qui en résulte sont les causes pour lesquelles je ne vous ai pas remercié plus tôt pour votre très aimable présent de vos conférences. (161/1. « On the Germs and Vestiges of Disease », (Londres) 1861.) Votre raisonnement semble tout à fait satisfaisant (bien que le sujet soit plutôt au-delà de ma limite de pensée et de connaissance) sur le fait que la V.M.F. ne soit pas « une quantité donnée ». (161/2. « Il a été trop courant de considérer la force exhibée dans les opérations de la vie (la V.M.F.) comme une quantité donnée, à laquelle aucun apport ne peut être fait, mais qui est répartie à chaque être vivant en quantité suffisante pour ses nécessités, selon une loi cachée » (op. cit., page 41).) Et je peux voir que les conditions de vie doivent jouer un rôle très important en permettant à cette quantité d'augmenter, comme dans le bourgeonnement d'un arbre, etc. Jusqu'où ces conditions agissent sur « les formes de la vie organique » (page 46), je ne vois pas clairement. En fait, aucune partie de mon sujet ne m'a autant déconcerté que de déterminer quel effet attribuer à (ce que j'appelle vaguement) l'action directe des conditions de vie. Je viendrai bientôt à ce sujet, et je dois m'efforcer d'aboutir à une conclusion lorsque j'aurai mis la masse de faits collectés dans une sorte d'ordre dans mon esprit. Mon impression actuelle est que j'ai sous-estimé cette action dans l'« Origin ». Je ne doute pas, lorsque j'aurai parcouru votre volume, que je trouverai d'autres points d'intérêt et de valeur pour moi. J'ai déjà trébuché sur un cas (au sujet duquel je veux consulter M. Paget) — à savoir, sur la repousse de doigts surnuméraires. (161/3. Voir Lettres 178, 270.) Vous vous référez à « White on Regeneration, etc., 1785 ». Je suis allé dans les bibliothèques des Royal et Linnean Societies, et au British Museum, où les bibliothécaires ont sorti votre volume et ont fait une recherche spéciale, et n'ont pu découvrir aucune trace d'un tel livre. Me ferez-vous la faveur de me donner un indice, où je pourrais voir le livre ? L'avez-vous ? si oui, et si le cas est donné brièvement, auriez-vous la grande bonté de le copier ? Je veux beaucoup connaître tous les détails. Un cas m'a été donné, mais avec des détails à peine assez minutieux, d'un petit doigt surnuméraire qui a déjà été coupé deux fois, et maintenant l'opération devra bientôt être faite pour la troisième fois. Je suis extrêmement obligé pour l'arbre généalogique ; le fait que les deux cousins ne transmettent pas, pour autant qu'il paraisse encore, la particularité est extraordinaire, et doit être donné par moi.
LETTRE 162. À C. LYELL. [17 février 1863.]
Le même courrier qui a apporté le document ci-inclus apportait également la brochure de Dana sur le même sujet. (162/1. La brochure en question fut publiée dans le "Silliman's Journal", volume XXV, 1863, pages 65 et 71, ainsi que dans les "Annals and Magazine of Natural History", volume XI, pages 207-14, 1863 : "On the Higher Subdivisions in the Classification of Mammals." Dans cet article, Dana soutient le point de vue selon lequel "le droit de l'homme à une position à part, séparée des autres mammifères dans la classification, semble être établi sur des bases aussi bien structurelles que physiques" (page 210). Sa description est la suivante :--
I. ARCHONTIA (ou DIPODA) L'homme (seul).
II. MEGASTHENA. III. MICROSTHENA. Quadrumana. Cheiroptera. Carnivora. Insectivora. Herbivora. Rodentia. Mutilata. Bruta (Edentata).
IV. OOTICOIDEA. Marsupialia. Monotremata.)
L'ensemble me semble absolument extravagant. S'il n'y avait pas eu le désir préconçu de séparer l'homme, je ne peux croire que Dana, ou qui que ce soit, se serait appuyé sur une distinction aussi mince que le fait que l'homme adulte n'utilise pas ses membres antérieurs pour la locomotion, alors que les singes utilisent leurs membres à tous autres égards aux mêmes fins que l'homme. Appliquer des principes analogues (car ils ne sont pas identiques, chez les crustacés les membres céphaliques sont rapprochés de la bouche) depuis les crustacés jusqu'à la classification des mammifères me semble être de la folie. Qui songerait à établir une distinction fondamentale chez les oiseaux sous prétexte que les membres antérieurs ne sont pas du tout utilisés chez [certains] oiseaux, ou sont utilisés comme nageoires chez le manchot, et pour le vol chez d'autres oiseaux ?
J'avance lentement dans votre grand ouvrage, car je suis submergé par des vétilles et du courrier.
LETTRE 163. À J.D. HOOKER.
(163/1. L'extrait suivant fait référence à l'article d'Owen dans le "Linn. Soc. Journal", juin 1857, dans lequel la classification des Mammalia par les caractères cérébraux était proposée. Malgré le fait que les hommes et les singes soient placés dans des sous-classes distinctes, Owen parle (dans la note de bas de page dont Huxley a tiré un si grand effet) de la détermination de la différence entre Homo et Pithecus comme étant la difficulté de l'anatomiste. (Voir lettre 119.))
5 juillet 1857.
Quel excellent numéro du "Linnean Journal" ! Celui d'Owen est un grand article ; mais je ne peux avaler que l'homme constitue une division aussi distincte d'un chimpanzé qu'un Ornithorhynchus d'un cheval ; je me demande ce qu'un chimpanzé dirait de cela ? (163/2. Selon Owen, la sous-classe Archencephala ne contient que le genre Homo : la Gyrencephala contient à la fois le chimpanzé et le cheval, la Lyencephala contient l'Ornithorhynchus.)
LETTRE 164. À T.H. HUXLEY. Down [février ?] 26, 1863.
Je viens de terminer avec un très grand intérêt "Man's Place". (164/1. "Evidence as to Man's Place in Nature", 1863 (préface datée de janvier 1863).) Je ne manque jamais d'admirer la clarté et la vigueur condensée de votre style, comme on l'appelle, mais en réalité de votre pensée. Je n'ai aucune critique ; et il est peu probable que je puisse en avoir. Mais je pense que vous auriez pu ajouter des éléments intéressants sur le caractère ou la disposition des jeunes orangs qui ont été gardés en France et en Angleterre. J'aurais pensé que vous auriez pu vous étendre un peu sur les changements embryologiques tardifs chez l'homme et sur sa structure rudimentaire, la queue comparée à celle des singes supérieurs, l'os intermaxillaire, les fausses côtes, et j'ose dire d'autres points, tels que les muscles des oreilles, etc., etc. J'ai été très frappé par l'admiration des premières pages de la Partie II (et oh ! quel délicieux sarcasme, aussi bon qu'un dessert, à la page 106) (164/2. Huxley, op. cit., page 106. Après avoir déclaré qu'"il n'existe qu'une seule hypothèse concernant l'origine des espèces animales en général qui ait une existence scientifique -- celle proposée par M. Darwin", et après quelques mots sur Lamarck, il poursuit : "Et bien que j'aie entendu parler de l'annonce d'une formule concernant 'le devenir continu ordonné des formes organiques', il est évident que le premier devoir d'une hypothèse est d'être intelligible, et qu'une proposition qua-qua-versale de ce genre, qui peut être lue à l'envers ou à l'endroit, ou de côté, avec exactement la même quantité de signification, n'existe pas réellement, bien qu'elle puisse sembler le faire." La "formule" en question est celle d'Owen.) : mais mon admiration est sans bornes pour les pages 109 à 112. Je déclare que je n'ai jamais de ma vie rien lu de plus grandiose. Bacon lui-même n'aurait pas pu charger quelques paragraphes d'un sens plus condensé et plus incisif que vous ne l'avez fait. C'est vraiment grandiose. Je regrette extrêmement que vous n'ayez pas pu, ou pas voulu, terminer votre livre (ce qui ne veut pas dire que je veuille dire un mot contre l'Histoire géologique) avec ces pages. Avec un livre, comme avec une belle journée, on aime qu'il se termine par un coucher de soleil glorieux. Je vous félicite pour sa publication ; mais ne soyez pas déçu s'il ne se vend pas largement : certaines parties sont hautement scientifiques, et j'ai souvent remarqué que les meilleurs livres ne sont fréquemment pas appréciés rapidement : certes, une vente importante n'est pas une preuve du plus haut mérite. Mais j'espère qu'il pourra être largement distribué ; et je suis ravi de voir dans votre note à Mlle Rhadamanthus (164/3. Ceci fait référence à la fille de M. Darwin (aujourd'hui Mme Litchfield), dont M. Huxley aimait se moquer pour la sévérité de ses critiques.) qu'un second millier d'exemplaires est demandé pour ce petit livre. Quelle lettre est-ce là, celle d'Owen dans l'"Athenaeum" (164/4. Une lettre d'Owen dans l'"Athenaeum", 21 février 1863, répondant aux critiques sur son traitement de la question du cerveau, qui avaient paru dans l'"Antiquity of Man" de Lyell.) ; comme il va habilement brouiller et confondre le public. En vérité, il m'a tout à fait brouillé, jusqu'à ce que je relise votre "exposé concis" (164/5. Ceci fait référence à une section (pages 113-18) de "Man's Place in Nature", intitulée "A succinct History of the Controversy respecting the Cerebral Structure of Man and the Apes." Huxley suit la question depuis la tentative d'Owen de classer les mammifères par des caractères cérébraux, publiée par la "Linn. Soc." en 1857, jusqu'à la relance du sujet lors de la réunion de l'Association britannique à Cambridge en 1862. C'est un réquisitoire formidable contre Owen, et il nous semble se conclure de manière non inappropriée par une citation de l'article de Huxley dans le "Medical Times", 11 octobre 1862. Huxley souligne ici que des investigations spéciales ont été menées sur la question en litige "au cours des deux dernières années" par Allen Thomson, Rolleston, Marshall, Flower, Schroeder van der Kolk et Vrolik, et que "tous ces observateurs capables et consciencieux" ont témoigné de l'exactitude de ses déclarations, "alors qu'aucun anatomiste, grand ou petit, n'a soutenu le professeur Owen." Il résume l'affaire une fois de plus, et conclut : "La question est ainsi devenue une affaire de véracité personnelle. Pour moi, je n'accepterai aucune autre issue que celle-ci, grave soit-elle, pour la présente controverse.") (qui est d'une clarté capitale), et alors j'ai vu que mon soupçon était vrai, qu'il a entièrement changé de terrain pour la taille du Cerveau. Comme il se montre candide d'avoir pris le Cerveau glissé ! (164/6. Owen dans l'"Athenaeum", 21 février 1863, admet que dans le cerveau qu'il a utilisé pour illustrer ses déclarations "les hémisphères cérébraux avaient glissé vers l'avant et s'étaient écartés par l'arrière de manière à exposer une partie du cervelet.") Je suis intensément curieux de voir si Lyell répondra. (164/7. La réponse de Lyell fut dans l'"Athenaeum" le 7 mars 1863.) Lyell a été, je le crains, plutôt imprudent de s'aventurer sur un sujet sur lequel il ne sait évidemment rien par lui-même. Par les cieux, Owen va trembler lorsqu'il verra quel antagoniste il s'est fait en vous. Avec une admiration sincère, Adieu.
Je suis terriblement déçu par l'excès de prudence de Lyell (164/8. Dans l'"Antiquity of Man" : voir "Life and Letters", III, page 8.) à exprimer un quelconque jugement sur les Espèces ou sur l'origine de l'Homme.
LETTRE 165. À JOHN SCOTT. Down, 6 mars 1863.
Je vous remercie pour vos critiques sur l'"Origine", que je n'ai pas le temps de discuter ; mais je ne peux m'empêcher de douter, au vu de votre expression de "principe sélectif... INNÉ", que vous compreniez pleinement ce que l'on entend par Sélection naturelle. Certes, lorsque vous parlez de formes plus faibles (c'est-à-dire moins bien adaptées) se croisant avec les plus fortes, vous avez une vision très différente de la mienne sur la lutte pour l'existence ; car de telles formes plus faibles ne pourraient exister que par le plus rare des hasards. En ce qui concerne l'utilité, réfléchissez au fait que les 99/100èmes de la structure de chaque être sont dus à l'héritage de structures autrefois utiles. Je vous en prie, lisez ce que j'ai dit sur la "corrélation". Les orchidées devraient nous montrer à quel point nous ignorons ce qui est utile. Sans aucun doute, des centaines de cas pourraient être avancés pour lesquels aucune explication ne pourrait être offerte ; mais je dois m'arrêter. Votre lettre m'a beaucoup intéressé. Je suis très loin d'être fort, et je crains fort de devoir arrêter tout travail pendant deux mois pour un repos complet, et quitter la maison. Ce sera la ruine de tout mon travail.
LETTRE 166. À J.D. HOOKER. Down, 23 avril [1863].
Plus je pense à la lettre de Falconer (166/1. Publiée dans l'"Athenaeum" le 4 avril 1863, page 459. L'auteur affirme que Lyell n'a pas précisé que certains matériaux utilisés dans l'"Antiquity of Man" ont été fournis par les travaux originaux de M. Prestwich et lui-même. (Voir "Life and Letters", III, page 19.)) plus je suis affligé ; lui et Prestwich (ce dernier au moins doit beaucoup aux "Principles") adoptent une position absurdement injustifiable vis-à-vis de Lyell. C'est trop mauvais de traiter ainsi un vieux héros de la science. Je peux voir, d'après une note de Falconer (au sujet d'un merveilleux mammifère fossile brésilien, bien nommé Meso- ou Typo-therium), qu'il n'attend aucune sympathie de ma part. Il finira, je l'espère, par être désolé. Lyell s'expose à une gifle en disant qu'il viendrait montrer ses observations originales, et en ne le faisant pas distinctement ; il aurait mieux fait de ne revendiquer, sur ce seul point de l'homme, que la vérification et la compilation.
Dans l'ensemble, j'aime beaucoup la lettre de Lyell. Mais toutes ces querelles vont grandement rabaisser les hommes de science. J'ai déjà vu un sarcasme dans le "Times".
LETTRE 167. À H.W. BATES. Chez le Rev. C. Langton, Hartfield, Tunbridge Wells, 30 avril [1863].
Vous aurez reçu avant cela la note que j'ai adressée à Leicester, après avoir terminé le Volume I, et vous aurez reçu des copies de ma petite revue (167/1. "Nat. Hist. Review", 1863, page 219. Une critique de l'article de Bates sur les papillons mimétiques.) de votre article... J'ai maintenant terminé le Volume II, et mon opinion reste la même : que vous avez écrit une œuvre vraiment admirable (167/2. "The Naturalist on the Amazons", 1863.), avec des remarques originales capitales, des descriptions de premier ordre, et le tout dans un style qui ne pourrait être amélioré. Ma famille lit actuellement le livre, et l'admire extrêmement ; et, comme le fait remarquer ma femme, il a un si fort air de véracité. J'ai reçu une lettre d'une personne l'autre jour, inconnue de vous, pleine d'éloges pour le livre. J'espère vraiment qu'il sera largement entendu et diffusé ; mais dans une certaine mesure, cela, je pense, dépend toujours du hasard.
Je suppose que le bruit de claquement de surprise fait par l'Indien est celui que le bout de la langue, appliqué au palais de la bouche et soudainement retiré, produit ?
Je n'ai pas écrit depuis la réception de votre note du 20 avril, dans laquelle vous vous êtes confié à moi et m'avez fait part de vos perspectives. Je souhaite de tout cœur qu'elles soient meilleures, et surtout plus certaines ; mais avec vos capacités et vos facultés d'écriture, il serait étrange que vous ne puissiez pas ajouter le peu qu'il vous manque pour vos revenus. Je suis heureux que vous ayez trouvé une situation retirée et semi-rurale. Quelle fin grandiose vous donnez à votre livre, contrastant la civilisation et la vie sauvage ! Je regrette vraiment de l'avoir terminé : chaque soir, c'était un vrai régal pour moi d'avoir ma demi-heure dans la grande forêt amazonienne, et de me représenter vos descriptions vivantes. Il y a des tas de faits précieux pour moi d'un point de vue de l'histoire naturelle. Ce fut un grand malheur que vous ayez été empêché de donner la discussion sur les espèces. Mais vous pourrez, je l'espère, donner vos points de vue et vos faits ailleurs.
LETTRE 168. À J.D. HOOKER. Down, 15 mai [1863].
Votre lettre reçue ce matin m'a intéressé plus que la plupart de vos lettres, et c'est beaucoup dire. Je dois griffonner un peu sur plusieurs points. À propos de Lyell et des espèces : vous exposez toute l'affaire, je le crois, quand vous dites qu'il est "à moitié convaincu et totalement entêté". (168/1. La déception de Darwin face au point de vue prudent adopté par Lyell dans l'"Antiquity of Man" est illustrée dans la "Life and Letters", III, pages 11, 13. Voir aussi la lettre 164, page 239.) J'ai écrit à A. Gray que, quand je vois des hommes comme Lyell et lui refuser de juger, cela me désespère, et que je pensais parfois que j'aurais préféré que Lyell ait jugé contre la modification des espèces plutôt que de professer l'incapacité de décider ; et je l'ai laissé appliquer cela à lui-même. Je suis sincèrement ravi d'apprendre que vous avez l'intention d'essayer de rapprocher L. et F. (168/2. Falconer affirmait que Lyell n'avait pas "rendu justice à la part qu'il avait prise dans la résurrection de la question des grottes." Voir "Life and Letters", III, page 14.) ; mais ne vaudrait-il pas mieux attendre qu'ils soient un peu refroidis ? Vous rendrez à la Science un vrai bon service. Falconer n'a jamais pardonné à Lyell d'avoir pris les ossements de Purbeck pour lui et de les avoir remis à Owen.
En ce qui concerne les flores insulaires, si je comprends bien, nous différons presque uniquement sur la façon dont les plantes y sont arrivées en premier lieu. Je suppose qu'à de longs intervalles, depuis les périodes tertiaires tardives jusqu'à nos jours, les plantes sont arrivées occasionnellement (dans certains cas, peut-être, aidées par des courants différents des courants actuels et par d'anciennes îles), et que ces arrivées anciennes ont survécu peu modifiées sur les îles, mais sont devenues grandement modifiées ou ont disparu sur le continent. Si je comprends bien, vous croyez que toutes les îles étaient autrefois unies aux continents, et ont alors reçu toutes leurs plantes et aucune depuis ; et que sur les îles, elles ont subi moins d'extinction et de modification que sur le continent. Le nombre de formes animales sur les îles, très étroitement apparentées à celles des continents, avec quelques-unes extrêmement distinctes et anormales, ne me semble pas bien s'accorder avec votre point de vue supposé selon lequel toutes seraient arrivées autrefois ou plutôt auraient été laissées ensemble sur l'île.
LETTRE 169. À ASA GRAY. Down, 31 mai [1863 ?].
J'ai été très heureux de recevoir votre critique (169/1. La critique sur l'ouvrage de De Candolle sur les Chênes (A. Gray's "Scientific Papers", I, page 130).) de De Candolle il y a une semaine. Elle me semble excellente, et vous vous exprimez, je pense, plus clairement en faveur de la dérivation des espèces que jusqu'à présent, bien qu'avec doute sur la Sélection naturelle. Accordez la première, et je suis tranquille sur la seconde. Ne considérez-vous pas des cas comme toutes les orchidées comme étant à deux doigts d'une démonstration contre le point de vue de Heer selon lequel les espèces surgiraient soudainement par des monstruosités ? — il est impossible d'imaginer tant de co-adaptations formées toutes par un coup du hasard. Bien sûr, les créationnistes trancheraient l'énigme.
LETTRE 170. À T.H. HUXLEY. 27 juin [1863 ?]
Que faites-vous maintenant ? Je n'ai jamais encore mis la main sur l'"Edinburgh Review", dans laquelle j'entends dire que vous êtes bien malmené. À propos, j'ai appris récemment de Asa Gray que Wyman était enchanté par "Man's Place". (170/1. "Evidence as to Man's Place in Nature", par T.H. Huxley, 1863.) Je me demande qui est celui qui s'en prend à vous faiblement, mais avec virulence, dans l'"Anthropological Review". Comme Owen semble calme ! Je commence enfin à croire qu'il finira par tomber dans l'estime publique. Quelle absurdité il a écrite dans l'"Athenaeum" (170/2. "Athenaeum", 28 mars 1863. Voir "Life and Letters", III, page 17.) sur l'Hétérogénie ! J'ai vu dans son article sur l'Aye-Aye (170/3. Voir Owen dans le "Trans. Zool. Soc.", Volume V. La phrase en question semble être la suivante (page 95) : "Nous ne connaissons aucun changement en cours dans l'île de Madagascar nécessitant une quête spéciale de larves xylophages par de petits quadrupèdes de type Lémurien ou Sciurien.") (je crois) qu'il ricane sur la manière dont il suppose que nous devrions expliquer la structure de ses membres ; et demande comment nous savons que certains insectes avaient augmenté dans les forêts de Madagascar. Ne serait-ce pas un bon rebuffade de lui demander comment il sait qu'il y avait des arbres du tout dans les plaines sans arbres de La Plata pour que ses Mylodons puissent les abattre ? Mais je dois m'arrêter, car si je commence une fois à parler de [lui], il n'y aura pas de fin. J'ai été déçu par la partie sur les espèces chez Lyell. (170/4. Lyell's "Antiquity of Man". Voir "Life and Letters", III, page 11.) Vous et Hooker êtes les deux seuls hommes courageux. J'ai eu un mauvais printemps et un mauvais été, presque constamment très souffrant ; mais je rampe dans mon livre sur la "Variation sous la domestication".)
LETTRE 171. À C. LYELL. Down, 14 août [1863].
Avez-vous vu les remarques de Bentham sur les espèces dans son discours à la Linnean Society ? (171/1. Discours présidentiel devant la Linnean Society par G. Bentham ("Journ. Proc. Linn. Soc.", Volume VII, page xi, 1864).) elles m'ont fait plus plaisir que tout ce que j'ai lu depuis quelque temps. Je n'ai pas de nouvelles, car je n'ai pas vu une âme depuis des mois, et j'ai eu un mauvais printemps et un mauvais été, mais j'ai réussi à faire pas mal de travail. Emma me menace de m'emmener à Malvern, et peut-être y serai-je contraint, mais c'est un horrible gaspillage de temps ; vous devez avoir apprécié le Pays de Galles du Nord, je devrais penser, c'est pour moi un pays des plus glorieux...
Si vous n'avez pas lu le livre de Bates (171/2. Henry Walter Bates, "The Naturalist on the River Amazons", 2 volumes, Londres, 1863. Dans une lettre à Bates, le 18 avril 1863, Darwin écrit : "C'est le meilleur ouvrage de voyages d'histoire naturelle jamais publié en Angleterre" ("Life and Letters", II, page 381.), je pense qu'il vous intéresserait. Il n'est second qu'à Humboldt pour décrire une forêt tropicale. (171/3. Cité dans "Life and Letters", II, page 381.). En parlant de lecture, je n'ai jamais reçu l'"Edinburgh" (171/4. La "Geological Evidence of the Antiquity of Man", par Sir Charles Lyell, et des ouvrages d'autres auteurs passés en revue dans l'"Edinburgh Review", Volume CXVIII, juillet 1863. L'auteur résume sa critique comme suit : "En jetant un coup d'œil sur l'œuvre de Sir Charles Lyell dans son ensemble, elle laisse l'impression sur nos esprits que nous avons lu une thèse académique ingénieuse, plutôt qu'une œuvre de démonstration par un auteur original... Il n'y a pas d'argument dedans, et seulement quelques faits qui n'aient pas été énoncés ailleurs par Sir C. Lyell lui-même ou par d'autres" (loc. cit., page 294).), dans lequel, je suppose, vous êtes démoli.
LETTRE 172. À H. FALCONER. 26 décembre [1863].
Merci de m'avoir parlé du mammifère pliocène, qui est très remarquable ; mais Owen n'a-t-il pas déclaré que le blaireau pliocène est identique au récent ? Un tel cas montre effectivement bien la durée prodigieuse de la même forme. Je n'ai pas entendu parler de la brochure de Suess (172/1. Probablement l'article de Suess "Ueber die Verschiedenheit und die Aufeinanderfolge der tertiaren Land-faunen in der Niederung von Wien." "Sitz.-Ber. Wien Akad." XLVII, page 306, 1863.), et j'aimerais beaucoup en connaître le titre, s'il peut être procuré ; mais je suis sur des sujets différents en ce moment. J'aimerais assez voir rendu hautement probable que le processus de formation d'une nouvelle espèce était court comparé à sa durée ; c'est-à-dire, si le processus était autorisé à être lent et long ; l'idée est nouvelle pour moi. Le point de vue de Heer selon lequel les nouvelles espèces sont soudainement formées comme des monstres, je sens par conviction, pour de nombreuses raisons, qu'il est faux.
CHAPITRE 1.IV. -- ÉVOLUTION, 1864-1869.
LETTRE 173. À A.R. WALLACE. Down, 1er janvier 1864.
Je suis toujours incapable d'écrire autrement que sous la dictée. Dans une lettre reçue il y a deux ou trois semaines de la part d'Asa Gray, il écrit : « J'ai lu récemment avec plaisir l'exposé de Wallace sur l'homme de Dublin à propos des cellules des abeilles, etc. » (173/1. « Remarques sur le mémoire du révérend S. Haughton concernant la cellule de l'abeille et sur l'origine des espèces » (« Ann. and Mag. Nat. Hist. » XII, 1863, page 303). Le mémoire du professeur Haughton fut lu devant la Société d'histoire naturelle de Dublin, le 21 novembre 1862, et réimprimé dans les « Ann. and Mag. Nat. Hist. » XI, 1863, page 415. Voir les lettres 73, 74, 75.) Or, bien que je ne puisse pas lire en ce moment, je désire vivement savoir où cela est publié, afin de pouvoir m'en procurer un exemplaire. Plus loin, Asa Gray dit (après avoir parlé du mémoire d'Agassiz sur les glaciers dans l'« Atlantic Magazine » et de son récent livre intitulé « Method of Study ») : « Je vous en prie, lancez Wallace sur ces articles. » Asa Gray semble donc accorder beaucoup d'importance à vos capacités de critique, et je le mentionne car c'est assurément laudari a laudato. J'espère que vous travaillez dur, et si vous êtes disposé à me le dire, j'aimerais beaucoup savoir sur quoi vous travaillez. Je crains qu'il ne se passe encore de nombreux mois avant que je ne puisse rien faire.
LETTRE 174. À J.L.A. DE QUATREFAGES. Down, 27 mars [1864 ?].
J'avais entendu dire que votre ouvrage allait être traduit, et je l'ai appris avec plaisir ; mais je ne peux m'en attribuer aucun mérite, car je ne suis pas un membre actif, seulement un membre honoraire de la Société. Depuis que j'ai écrit, j'ai terminé avec un intérêt extrême jusqu'à la fin votre admirable ouvrage sur la métamorphose. (174/1. Probablement « Metamorphoses of Man and the Lower Animals ». Traduit par H. Lawson, 1864.) Comme vous connaissez bien les travaux des naturalistes anglais, et comme vous leur rendez hommage avec générosité ! M. Lubbock est mon voisin, et je le connais depuis qu'il est tout petit ; c'est, à tous égards, un homme parfaitement bon ; tout comme mon ami Huxley. Cela m'a fait un réel plaisir de vous voir remarquer leurs travaux comme vous l'avez fait.
LETTRE 175. À T.H. HUXLEY. Down, 11 avril [1864].
Je vous suis très obligé de votre cadeau, votre « Comp. Anatomy ». (175/1. « Lectures on the Elements of Comparative Anatomy », 1864.) Quand je serai assez fort, je suis sûr que je le lirai avec le plus grand intérêt. Je n'ai pas pu résister au dernier chapitre, dont j'ai lu une partie, et j'ai été très intéressé par l'« idiot inspiré ». (175/2. En référence à Oken (op. cit., page 282), Huxley dit : « Je dois avouer que je ne lis jamais ses œuvres sans penser à l'épithète d'"idiot inspiré" appliquée à notre propre Goldsmith. ») Si Owen a écrit l'article « Oken » (175/3. L'article sur Oken dans la huitième édition de l'« Encyclopaedia Britannica » est signé « R.O. » : Huxley écrivit à Darwin (18 avril 1864) : « Il n'y a pas le moindre doute qu'Owen a écrit à la fois l'article "Oken" et le livre sur l'Archétype » (« Vie » de Huxley, I, page 250). Les déclarations de M. Huxley reviennent à ceci : (1) Le professeur Owen accuse Goethe d'avoir, en 1820, approprié la théorie du crâne d'Oken, et d'avoir donné un compte rendu apocryphe de la façon dont l'idée lui serait venue en 1790. (2) Dans le même article, page 502, Owen a déclaré qu'il était discutable que le découvreur de la véritable théorie de la constitution segmentaire du crâne (c'est-à-dire lui-même) ait été poussé à ses travaux, ou « influencé en quelque manière que ce soit par les suppositions a priori d'Oken ». Là-dessus, Huxley écrit, page 288 : « Mais s'il n'avait lui-même été en rien influencé par Oken, et si le "Programm" [d'Oken] n'est qu'une masse de "suppositions a priori", comment se fait-il que trois ans seulement auparavant M. Owen ait pu écrire ceci : "Oken, ce génie profond et pénétrant, fut le premier qui entrevit la vérité, guidé par l'heureuse idée de l'arrangement des os crâniens en segments, comme ceux du rachis, appelés vertèbres..." » Plus loin, Owen écrivait : « Cela servira pour exemple d'un examen scrupuleux des faits, d'une appréciation philosophique de leurs relations et analogies, etc. » (Extrait de « Principes d'ostéologie comparée, ou recherches sur l'archétype », etc., pages 155, 1855). (3) Enfin Huxley dit, page 289, clairement : « Le fait est que, loin de ne pas avoir été "en rien influencé" par Oken, les contributions du professeur Owen à cette question ne sont que du pur okénisme, remanié. ») et l'ouvrage français sur l'Archétype (points que vous n'exposez pas très clairement), il n'a jamais commis d'acte plus vil... Vous êtes un si bon chrétien que vous comprendrez à peine comment je ricane devant ce trait de bassesse. J'espère que vous restez bien portant et vigoureux ; j'honore votre sagesse de sacrifier pour le moment la Société à la Science. Mais, d'un autre côté, je sens en moi la possibilité d'en venir à trop me soucier des sciences naturelles et trop peu des autres choses. Je vais mieux, j'ose presque espérer que ce soit permanent ; car ma maladie est nettement moindre — pendant vingt-sept jours consécutifs, j'ai été malade plusieurs fois par jour, et récemment, je suis resté cinq jours sans rien avoir. J'ai hâte de travailler un peu à nouveau. Le magnifique (de loin le plus magnifique, et trop magnifique) compliment que vous m'avez fait à la fin de votre « Origin of Species » (175/4. Titre appliqué aux « Lectures to Working Men », ce « petit livre vert » mentionné dans la lettre 156. Parlant de l'ouvrage de M. Darwin, il dit (page 156) : « Je crois que si vous le dépouillez de sa partie théorique, il reste l'une des plus grandes encyclopédies de doctrine biologique qu'un seul homme ait jamais produites ; et je crois que, si vous le prenez comme l'incarnation d'une hypothèse, il est destiné à être le guide de la spéculation biologique et psychologique pour les trois ou quatre prochaines générations. ») m'est parvenu réimprimé par vous deux ou trois fois récemment.
LETTRE 175A. À ERASMUS DARWIN. Down, 30 juin 1864.
(175A.1. La lettre précédente contient une référence à la longue période de mauvaise santé dont Darwin a souffert en 1863 et 1864, et à cet égard, la présente lettre est intéressante. La médaille Copley lui fut décernée en 1864.)
Je n'avais pas entendu un mot au sujet de la médaille Copley. Veuillez transmettre à Falconer mes cordiales remerciements pour l'intérêt qu'il me porte. Je joins la liste de tout ce que j'ai publié, à l'exception de quelques articles sans importance. Demandez à Falconer de ne pas mentionner que j'ai envoyé cette liste, car quelqu'un pourrait dire que j'ai fait campagne, ce qui est une odieuse imputation. L'origine du voyage à bord du « Beagle » est que Fitz-Roy a généreusement offert de céder la moitié de sa cabine à quiconque se porterait volontaire pour partir en tant que naturaliste. Beaufort a écrit à Cambridge, et je me suis porté volontaire. Fitz-Roy ne m'a jamais persuadé d'abandonner le voyage à cause de la maladie, et je n'ai jamais songé à le faire, bien que j'aie considérablement souffert ; mais je ne crois pas que ce soit la cause de ma mauvaise santé ultérieure, qui m'a fait perdre tant d'années, et je ne penserais donc pas que le mal de mer mérite d'être mentionné. Cela vous éviterait du travail que de transmettre ceci avec mes meilleures pensées à Falconer.
(176/1. La lettre suivante fut le début d'une correspondance avec M. B.D. Walsh, que C.V. Riley décrit comme « l'un des entomologistes les plus capables et les plus complets de notre époque ».)
LETTRE 176. B.D. WALSH À CHARLES DARWIN. Rock Island, Illinois, États-Unis, 29 avril 1864.
(176/2. Les mots entre crochets sont des restaurations de parties arrachées de la lettre originale.)
Il y a plus de trente ans, j'ai été présenté à vous dans vos chambres au Christ's College par A.W. Grisebach, et j'ai eu le plaisir de voir votre noble collection de coléoptères britanniques. Quelques années plus tard, je suis devenu membre du Trinity, et j'ai finalement renoncé à ma bourse plutôt que d'entrer dans les ordres, et je suis venu dans ce pays. Depuis cinq ou six ans, je prête une attention considérable à la faune entomologique des États-Unis, dont vous verrez certains fruits dans les brochures ci-jointes. Permettez-moi de saisir cette occasion pour vous remercier de la publication de votre « Origin of Species », que j'ai lue il y a trois ans sur le conseil d'un ami botaniste, bien que j'eusse un fort préjugé contre ce que je supposais alors être vos vues. La première lecture m'a stupéfié, la seconde m'a convaincu, et plus je la lis, plus je suis convaincu de la justesse générale de votre théorie.
Comme vous avez appelé les naturalistes qui croient en vos vues à donner un témoignage public de leurs convictions, j'ai attiré votre attention sur l'extérieur d'une ou deux de mes brochures sur les passages particuliers dans lesquels [je] l'ai fait. Veuillez accepter ces documents de ma part en signe de mon respect et de mon admiration.
Comme vous pouvez le voir dans le dernier de ces articles, j'[ai] récemment fait la découverte remarquable qu'il [existe les] soi-disant « trois sexes » non seulement chez les insectes sociaux mais [aussi dans le] genre strictement solitaire Cynips.
Quand votre grand ouvrage doit-il paraître ? [Je serais] très heureux de recevoir quelques lignes de vous.
LETTRE 177. À B.D. WALSH. Down, 21 octobre [1864].
Ma mauvaise santé m'a empêché de vous remercier plus tôt pour votre lettre très aimable et vos divers mémoires.
J'ai été très heureux de voir avec quelle audace et quelle clarté vous vous exprimez sur la modification des espèces. Je vous remercie de m'avoir donné les pages de référence ; mais elles étaient superflues, car j'ai trouvé tant de remarques originales et profondes que j'ai examiné attentivement tous les articles. J'espère que votre découverte sur le Cynips (177/1. « On Dimorphism in the hymenopterous genus Cynips », « Proc. Entom. Soc. Philadelphia », mars 1864. L'opinion de M. Walsh est que le Cynips quercus aciculata est une forme dimorphe du Cynips q. spongifica, et n'apparaît qu'en tant que femelle. Le Cynips q. spongifica produit également des femelles et des mâles spongifica à partir d'autres galles à une période différente de l'année.) se confirmera, car c'est une découverte remarquable, et je me suis souvent demandé ce que pouvait signifier ce cas. Je prêterai votre article à mon voisin M. Lubbock, qui, je le sais, s'intéresse beaucoup au sujet. Accessoirement, je profiterai de vos remarques sur les galles. Si vous avez le temps, je pense qu'une expérience assez désespérée mériterait d'être tentée ; en tout cas, je l'aurais tentée si ma santé me l'avait permis. Il s'agit d'insérer un grain minuscule d'une substance organique, ainsi que du poison d'abeilles, de guêpes fouisseuses, d'ichneumons, de vipères, et même des poisons alcaloïdes dans les tissus de plantes appropriées, dans l'espoir de voir se produire des croissances monstrueuses. (177/2. Voir « Life and Letters », III, page 346, pour un compte rendu des expériences tentées dans cette direction par M. Darwin en 1880. Sur les effets des lésions des tissus végétaux, voir Massart, « La Cicatrisation, etc. » dans le Tome LVII des « Mémoires Couronnés » de l'Académie de Bruxelles.)
Ma santé est mauvaise depuis longtemps, et j'ai récemment souffert d'une longue maladie qui a interrompu tout travail, mais je recommence maintenant un volume en rapport avec l'« Origin ».
P.-S. — Si vous écrivez à nouveau, j'aimerais beaucoup savoir ce qu'est votre vie dans votre nouveau pays.
Quelle peut être la signification ou l'utilité de la grande diversité des organes générateurs externes dans vos cas, chez le Bombus, et les coléoptères phytophages ?
Qu'y a-t-il dans l'acte de copulation qui nécessite un appareil aussi complexe et diversifié ?
LETTRE 178. À W.H. FLOWER. Down, 11 juillet 1864.
Je vous suis vraiment obligé pour toute la peine que vous vous êtes donnée pour moi, et pour votre note très intéressante. Je n'avais entendu dire que vaguement que les grenouilles avaient un rudiment de sixième orteil ; si j'avais su que de si grands hommes s'étaient penchés sur la question, je n'aurais jamais songé à regarder moi-même. Le rudiment qui vous a été envoyé provenait d'une grenouille adulte ; de sorte que si ces os sont les deux cunéiformes, ils doivent, je pense, être considérés comme étant dans un état rudimentaire. Cet après-midi, mon jardinier a apporté des têtards avec les pattes arrière seules développées, et j'ai regardé le rudiment. À cet âge, il ressemble certainement beaucoup à un doigt, car l'extrémité est élargie comme celle de l'orteil réel adjacent, et l'articulation transverse semble similaire. Je regrette que le cas soit douteux, car si ces batraciens avaient six orteils, je pense certainement que cela aurait jeté une lumière sur la force véritablement extraordinaire de l'hérédité dans la polydactylie chez tant d'animaux, et surtout sur le pouvoir de régénération des doigts surnuméraires amputés. (178/1. Dans la première édition de « Variation under Domestication », le point de vue donné ici est soutenu, mais dans la seconde édition (Volume I, page 459), Darwin a retiré sa croyance selon laquelle le développement de doigts surnuméraires chez l'homme est « un cas de réversion vers un ancêtre peu organisé doté de plus de cinq doigts ». Voir lettres 161, 270.)
LETTRE 179. À J.D. HOOKER. Down [22 octobre 1864].
Les Lyell ont été ici, et ont été extrêmement agréables, mais je ne les ai vus qu'occasionnellement pendant dix minutes, et quand ils sont partis, j'ai passé une journée affreuse [de maladie] ; mais je remonte maintenant lentement à mon niveau habituel. Je serai bientôt confiné dans une tombe vivante, et c'est un mal terrible.
Je suppose que vous avez lu Tyndall. (179/1. Probablement Tyndall, « On the Conformation of the Alps » (« Phil. Mag. » 1864, page 255).) Je suis maintenant revenu à l'opinion de Ramsay, (179/2. « Phil. Mag. » 1864, page 293.) pour la troisième ou quatrième fois ; mais Lyell dit que lorsque je lirai sa discussion dans les « Elements », je me rétracterai pour la cinquième fois. (179/3. Cela fait référence à une discussion sur la « Connexion de la prédominance des lacs avec l'action glaciaire » (« Elements », édition VI, pages 168-74). Lyell adhère aux vues exprimées dans « L'Antiquité de l'homme » (1863) contre la théorie de Ramsay sur l'origine des bassins lacustres par l'action de la glace.) Quel brillant écrivain est Tyndall !
Dans votre dernière note, vous demandez ce qu'est la primevère élevée de Bardfield. C'est le P. elatior de Jacq., qui semble certainement, lorsqu'il pousse, différent aux yeux communs de la primevère élevée commune. Je vous combattrai jusqu'à la mort : puisque la primevère et la coucou sont différentes en apparence (sans parler de l'odeur, de l'habitat et de la répartition), et puisque je peux maintenant montrer que, lorsqu'elles se croisent, la progéniture intermédiaire est stérile comme des hybrides ordinaires, elles doivent être appelées des espèces aussi valables qu'un homme et un gorille.
Je conviens que si la coucou rouge de Scott poussait à l'état sauvage ou se propageait et ne variait pas [en] coucou commune (et nous n'avons absolument aucune preuve que la primevère ou la coucou varient l'une dans l'autre), et comme elle ne veut pas se croiser avec la coucou, ce serait une espèce parfaitement bonne. Le pouvoir de rester constante pendant une bonne longue période, je le considère comme l'essence d'une espèce, combiné à une quantité appréciable de différence ; et personne ne peut dire qu'il n'y a pas cette quantité de différence entre la primevère et la primevère élevée.
(PLANCHE : HUGH FALCONER, 1844. D'après une photographie de Hill & Adamson.)
LETTRE 180. HUGH FALCONER À W. SHARPEY.
(180/1. Falconer avait proposé Darwin pour la médaille Copley de la Royal Society (qui lui fut décernée en 1864), mais étant retenu à l'étranger, il donna ses raisons de soutenir Darwin pour cet honneur dans une lettre à Sharpey, secrétaire de la Royal Society. Une copie de la lettre imprimée ici semble avoir été remise à Erasmus Darwin, et montrée par lui à son frère Charles.)
Montauban, 25 octobre 1864.
Busk et moi-même avons fait tous les efforts pour être de retour à Londres le 27 courant, mais nous avons été persécutés par les contretemps — par les pannes de trains, de diligences, etc., si bien que nous avons été tristement déçus dans nos calculs — et avons manqué certains des principaux objectifs qui nous avaient amenés à faire ce détour par cette partie de la France — dont aucun n'était oisif ou sans importance.
Busk est parti hier pour Paris depuis Bruniquel, pour s'assurer d'être présent à la réunion du Conseil royal jeudi. Il vous dira qu'il y avait des raisons impérieuses pour que je reste derrière lui. Mais comme j'ai appuyé la proposition de M. Darwin pour la médaille Copley, en l'absence de ma présence à la première réunion, je vous prie d'exprimer mes grands regrets au Président et au Conseil de ne pas y être, et que je suis retenu très à contrecœur. Je serai certainement à Londres (si Dieu le veut) pour la deuxième réunion le 3 du mois prochain. En attendant, je sollicite la faveur d'être entendu, par votre intermédiaire, concernant les motifs pour lesquels j'ai appuyé la nomination de M. Darwin pour la médaille Copley.
En me référant à la liste classée que j'ai dressée des travaux scientifiques de M. Darwin, allant du vaste champ de (1) la géologie, (2) la géographie physique, (3) la zoologie, (4) la botanique physiologique, (5) la biologie génétique, et à la puissance avec laquelle il a étudié tout sujet qu'il a abordé — Nullum quod tetigit non ornavit — je suis d'avis que M. Darwin est non seulement l'un des naturalistes les plus éminents de son époque, mais qu'à l'avenir il sera considéré comme l'un des grands naturalistes de tous les pays et de tous les temps. Son premier ouvrage sur la structure et la distribution des récifs coralliens constitue une ère dans l'étude du sujet. En tant que travail monographique, il peut être comparé à l'« Essai sur la rosée » du Dr Wells, aussi original, exhaustif et complet — contenant les observations les plus rigoureuses avec de vastes et importantes généralisations.
Parmi les zoologistes, ses monographies sur les Balanidae et Lepadidae, fossiles et récents, dans les publications de la Palaeontographical Society et de la Ray Society, sont considérées comme des modèles du genre.
En botanique physiologique, ses récentes recherches sur le dimorphisme des organes génitaux de certaines plantes, incorporées dans ses articles du « Linnean Journal » sur Primula, Linum et Lythrum, sont du plus haut ordre d'importance. Elles ouvrent une nouvelle mine d'observation sur un champ qui avait été à peine effleuré auparavant. La même remarque s'applique à ses recherches sur la structure et les diverses adaptations de la fleur orchidée à un objet défini lié à l'imprégnation des plantes par l'intermédiaire d'insectes avec du pollen étranger. Il n'y a pas encore eu assez de temps pour que leur juste influence soit ressentie dans l'avancement de la science. Mais dans l'un ou l'autre sujet, elles constituent une avancée per saltum. Je n'ai pas besoin d'insister sur la valeur de ses recherches géologiques, qui lui ont valu l'une des premières récompenses de la médaille Wollaston de la Société géologique, le meilleur des juges sur ce point.
Et enfin, le grand essai de M. Darwin sur l'« Origin of Species » par la sélection naturelle. Ce sujet solennel et mystérieux avait été traité si légèrement ou si grotesquement auparavant, qu'il était à peine considéré comme étant dans les limites d'une enquête philosophique légitime. M. Darwin, après vingt ans d'études et de recherches les plus minutieuses, a publié ses vues, et il suffit de dire qu'elles ont instantanément fixé l'attention de l'humanité dans tout le monde civilisé. Que les efforts d'un seul esprit aient abouti au succès sur un sujet d'une telle portée, et entouré de telles difficultés, était plus qu'on ne pouvait raisonnablement l'espérer, et je suis loin de penser que Charles Darwin a prouvé toute sa thèse. Mais il l'a traitée avec une telle puissance et dans un esprit si philosophique et si épris de vérité, et l'a illustrée avec une telle somme d'observations originales et colligées qu'il a honnêtement amené le sujet dans les limites d'une recherche scientifique rationnelle. Je considère que ce grand essai sur la biologie génétique constitue un argument supplémentaire fort en faveur de M. Darwin pour la médaille Copley. (180/2. La lettre suivante (3 décembre 1864), de M. Huxley à Sir J.D. Hooker, est réimprimée, avec l'aimable permission de M. L. Huxley, de la « Vie » de son père, I, page 255. Le discours de Sabine (extrait du « Reader ») est donné dans « Life and Letters », III, page 28. Dans les « Proceedings of the Royal Society », la phrase offensante est légèrement modifiée. Il est dit, dans la « Vie » de Huxley (loc. cit., note), que la phrase qui la suit a été introduite pour en atténuer l'effet : —
« Je voudrais que vous ayez été à la réunion anniversaire et au dîner, car ce dernier était très agréable, et la première, pour moi, très désagréable. Ma méfiance envers Sabine est, comme vous le savez, chronique ; et j'y suis allé déterminé à surveiller attentivement son discours, de peur qu'une phrase astucieuse préjudiciable à Darwin ne soit introduite. Mes soupçons étaient justifiés, la seule partie du discours [concernant] Darwin écrite par Sabine lui-même contenant le passage suivant :
"D'une manière générale et collective, nous l'avons expressément omis [la théorie de Darwin] des motifs de notre récompense." »
« Bien entendu, cela serait interprété par tout le monde comme signifiant qu'après une délibération en bonne et due forme, le conseil avait formellement résolu non seulement d'exclure la théorie de Darwin des motifs de la récompense, mais encore de faire savoir publiquement, par l'intermédiaire du président, qu'il en avait été ainsi ; et, de surcroît, que les amis de Darwin avaient été assez vils pour accepter un honneur en son nom, étant entendu qu'en le recevant, il serait publiquement insulté !
« J'ai senti que cela ne pouvait pas durer et, par conséquent, lorsque la résolution visant à imprimer le discours fut proposée, je fis un discours, que je pris soin de garder parfaitement calme et modéré, désavouant toute intention d'interférer avec la liberté du président de dire ce qui lui plaisait, mais exerçant mon droit constitutionnel d'exiger que le procès-verbal du conseil ayant décidé de la récompense fût lu, afin que la Société puisse être informée si les conditions sous-entendues par Sabine avaient été imposées ou non.
« La résolution fut lue et, bien entendu, rien de tel n'y figurait. Je crois que Sabine n'a pas exactement apprécié. Tant Busk que Falconer ont protesté auprès de lui contre ce passage, et j'espère qu'il sera retiré lorsque le discours sera imprimé. Sinon, il y aura un esclandre épouvantable, et moi, pour ma part, je n'aurai aucune pitié. »
En formant une estimation de la valeur et de l'étendue des recherches de M. Darwin, il convient de tenir compte des circonstances dans lesquelles elles ont été menées — une pression de maladie incessante, qui ne lui a laissé dernièrement pas plus d'une ou deux heures par jour qu'il pouvait appeler les siennes.
LETTRE 181. À HUGH FALCONER. Down, 4 novembre [1864].
Quel bon et gentil ami vous êtes ! Je sais bien que cette médaille a dû vous causer beaucoup de peine. C'est un très grand honneur pour moi, mais je déclare que le savoir que vous et quelques autres amis vous êtes intéressés au sujet est la vraie crème du plaisir pour moi ; en vérité, cela vaut bien plus à mes yeux que bien des médailles. Alors, acceptez mes remerciements sincères et cordiaux. J'espère que j'aurai encore la force de faire un peu plus de travail en sciences naturelles, tout chancelant et vieux que je sois. J'ai gloussé et triomphé à la lecture de votre post-scriptum concernant le pauvre M. Brullé et ses jeunes élèves (181/1. Voici le post-scriptum d'une lettre de Falconer à Darwin du 3 novembre [1864] : « Je suis rentré hier soir d'Espagne via la France. Lundi, j'étais à Dijon, où, alors que j'étais au Muséum, M. Brullé, professeur de zoologie, m'a demandé quelle était ma franche opinion sur la doctrine de Charles Darwin ? Il m'a dit, désespéré, qu'il ne pouvait obtenir de ses élèves qu'ils écoutent quoi que ce soit de lui, sauf à la Darwin ! Lui, pauvre homme, ne pouvait le comprendre et n'était toujours pas convaincu, mais tous les jeunes Français ne voulaient rien entendre ou croire d'autre. ») Il y a environ une semaine, j'ai reçu un récit presque similaire d'Allemagne, et en même temps j'ai entendu parler de quelques splendides convertis parmi des hommes tels que Leuckart, Gegenbaur, etc. Vous pouvez dire ce que vous voulez sur vous-même, mais je considère un homme qui traite l'histoire naturelle dans le même esprit que vous, exactement comme aussi bon, pour ce que je crois être la vérité, qu'un converti.
LETTRE 182. À HUGH FALCONER. Down, 8 novembre [1864].
Votre remarque sur le rapport entre l'attribution de la médaille et l'actuelle flambée de bigoterie ne m'était pas venue à l'esprit. Elle semble très juste et me rend d'autant plus heureux de la recevoir. Le général Sabine (182/1. Voir « Life and Letters », III, page 28.) m'a écrit pour me demander d'assister à l'anniversaire, mais je lui ai dit que c'était vraiment impossible. Je n'ai jamais pu en deviner la cause ; mais je constate que lors de mes bons jours, quand je peux écrire pendant deux heures, tout ce qui m'excite, comme parler pendant une demi-heure ou même un quart d'heure, me terrasse généralement complètement, parfois même pour longtemps après. Je crois qu'assister à l'anniversaire me rendrait possiblement gravement malade. J'aurais aimé y assister et serrer la main à vous et à quelques autres de mes amis, mais ce serait une folie, même si je ne m'effondrais pas sur le moment. J'ai dit à Sabine que je ne savais pas qui m'avait proposé et secondé pour la médaille, mais que je présumais que c'était vous, ou Hooker ou Busk, et que j'étais certain que, si vous y assistiez, vous recevriez la médaille pour moi ; et que si aucun d'entre vous n'y assistait, Lyell ou Huxley la recevrait pour moi. Voulez-vous la recevoir, et elle pourrait être laissée chez mon frère ?
Acceptez encore mes remerciements cordiaux et durables pour toute votre gentillesse et votre sympathie.
LETTRE 183. À B.D. WALSH. Down, 4 décembre [1864].
J'ai été très intéressé par votre récit de votre vie américaine. Quelle vie extraordinaire et autonome vous avez menée ! Et quelle vigueur d'esprit vous devez posséder pour suivre la science avec tant d'ardeur après tout ce que vous avez subi ! Je vous suis très obligé pour votre brochure sur la Distribution géographique, sur Agassiz, etc. (183/1. L'article de M. Walsh « On certain Entomological Speculations of the New England School of Entomologists » a été publié dans les « Proc. Entomolog. Soc. of Philadelphia », septembre 1864, page 207.) Je suis ravi de la manière dont vous avez pris ce lion par la crinière dans sa tanière. Je suis tout à fait d'accord avec tout ce que vous avez écrit. Ce que je voulais dire lorsque j'ai écrit à Agassiz pour le remercier d'un paquet de ses publications était exactement ce que vous supposez. (183/2. À savoir que M. Darwin, ayant été traité d'athée, etc., par d'autres écrivains, se sentait probablement reconnaissant envers un auteur qui était disposé à lui accorder « un esprit aussi révérencieux que le sien ». (« Methods of Study », préface, page iv.)) J'avoue cependant que je n'avais pas pleinement perçu comment il avait déformé mes vues ; mais je n'ai fait que parcourir ses « Methods of Study » et j'ai pensé que c'était un livre très médiocre. Je suis tellement habitué à être totalement déformé que cela n'attire guère mon attention. Mais vous avez vraiment frappé en plein dans le mille. Tous les bons naturalistes plus jeunes que je connais pensent d'Agassiz ce que vous en pensez ; mais il a rendu de grands services concernant les glaciers et les poissons. À propos de la succession des formes, Pictet a abandonné toutes ses vues, et aucun géologue n'est plus d'accord avec Agassiz. Je suis heureux que vous ayez attaqué les idées folles de Dana ; [bien que] j'aie un grand respect pour Dana... Si vous en avez l'occasion, lisez dans les « Trans. Linn. Soc. » l'article de Bates sur les « Mimetic Lepidoptera of Amazons ». J'ai été ravi par son article.
J'ai fait insérer une notice sur vos vues concernant le Cynips femelle dans la « Natural History Review » (183/3. « Nat. Hist. Review », janvier 1865, page 139. Une notice de « J.L. » (probablement Lord Avebury) sur l'article de Walsh « On Dimorphism in the Hymenopterous Genus Cynips », dans les « Proc. Entomolog. Soc. of Philadelphia », mars 1864.) : si la notice sera favorable, je l'ignore, mais de toute façon elle attirera l'attention sur vos vues...
Comme vous faites allusion dans votre article aux croyants en la modification des espèces, vous serez heureux d'apprendre que bon nombre des meilleurs hommes se rallient à cette idée en Allemagne. J'ai récemment entendu parler de Hackel, Gegenbaur, F. Muller, Leuckart, Claparède, Alex. Braun, Schleiden, etc. C'est le cas, dit-on, chez les jeunes Français.
LETTRE 184. À J.D. HOOKER. Down, 19 janvier [1865].
C'est l'heure de travailler, mais j'essaie de prendre un jour de congé, car j'ai terminé et envoyé hier mon article sur les plantes grimpantes. Depuis dix jours, je n'ai rien fait d'autre que corriger des phrases réfractaires, et j'ai le sujet en horreur comme de l'émétique. Soit dit en passant, je suis convaincu que vous avez besoin de vacances, et je le pense parce que vous avez pris le nom du diable en vain si souvent dans votre dernière note. Pouvez-vous venir ici pour dimanche ? Vous savez combien j'en serais heureux, et vous serez assez tranquille et ennuyeux ici pour vous reposer amplement. J'ai pensé avec regret à ce que vous disiez dans l'une de vos dernières notes, sur le fait que vous aviez négligé de prendre des notes sur la gradation des caractères dans vos genres ; mais serait-il trop tard ? Sûrement, si vous regardiez les noms en série, les faits reviendraient, et vous pourriez certainement écrire un bel article « Sur la gradation des caractères importants dans les genres de plantes ». Quant aux caractères sans importance, j'ai fait de leur gradation parfaite un point très important concernant les moyens de grimper, dans mon article. Je commence à penser que l'un des moyens de transition les plus courants est qu'une même plante individuelle ait la même partie dans des états différents : ainsi, *Corydalis claviculata*, si vous regardez une feuille, peut être appelée porteuse de vrilles ; si vous regardez une autre feuille, elle peut être appelée plante grimpante. Or, je suis certain de me souvenir de quelques cas chez des plantes où des parties importantes comme la position de l'ovule diffèrent : différences dans la spirale des feuilles sur les branches latérales et terminales, etc.
Il n'y avait pas grand-chose dans la dernière « Natural History Review » qui m'ait intéressé, à part les flores coloniales (184/1. « Nat. Hist. Review », 1865, page 46. Une recension de « Flora of the British West Indian Islands » de Grisebach et « Enumeratio Plantarum Zeylaniae » de Thwaites.) et le rapport sur la sexualité des cryptogames. Je suppose que le premier était d'Oliver ; combien est extrêmement curieux le fait de la similitude des Ordres sous les Tropiques ! J'ai la conviction que c'est lié d'une manière ou d'une autre à la destruction glaciaire, mais je ne peux pas « tortiller » confortablement sur ce sujet. Je suis presque sûr que Dana établit que le plus grand nombre de formes de crustacés habitent les régions tempérées plus chaudes.
J'ai eu une lettre énorme de Leo Lesquereux (après des doutes, je n'ai pas pensé qu'il valait la peine de vous l'envoyer) sur la flore houillère : il a écrit d'excellents articles dans « Silliman » encore [sur] mes vues de l'« Origine » ; mais il dit maintenant, après une lecture répétée du livre, qu'il est converti ! Mais comme les esprits des hommes sont drôles ! Il dit qu'il est surtout converti parce que mes livres rendent la Naissance du Christ, la Rédemption par la Grâce, etc., claires pour lui !
LETTRE 185. À J.D. HOOKER. Down, 9 février [1865].
Je suis tout à fait d'accord sur le caractère humiliant de la lenteur des progrès de l'homme, mais chacun a son horreur favorite, et ce lent progrès ou même l'annihilation personnelle tombe dans mon esprit dans l'insignifiance comparé à l'idée, ou plutôt, je présume, à la certitude que le soleil se refroidira un jour et que nous gèlerons tous. Penser aux progrès de millions d'années, avec chaque continent grouillant d'hommes bons et éclairés, tout finissant ainsi, et probablement sans nouveau départ jusqu'à ce que notre système planétaire ait été à nouveau converti en gaz chauffé à blanc. *Sic transit gloria mundi*, avec une vengeance...
LETTRE 186. À B.D. WALSH. Down, 27 mars [1865].
J'ai été très intéressé par votre lettre. J'ai reçu votre précédent article sur la variété phytophage (186/1. Pour « Phytophagic Varieties and Phytophagic Species », voir « Proc. Entomolog. Soc. Philadelphia », novembre 1864, page 403, également décembre 1865.), dont la majeure partie était nouvelle pour moi. J'ai depuis reçu votre article sur les galles de saule ; cela a été très opportun, car je voulais en apprendre un peu sur les galles. Il y avait beaucoup de choses dans cet article qui m'ont extrêmement intéressé, sur les gradations, etc., et sur votre « unité de coloration » (186/2. « Unity of coloration » : cette expression ne semble pas figurer dans l'article de novembre 1864, mais est discutée en détail dans celui de décembre 1865, page 209.). Ce dernier sujet est presque nouveau pour moi, bien que j'aie collectionné il y a bien des années quelques cas de ce genre chez les oiseaux ; mais ce qui m'a le plus frappé, c'est lorsqu'un genre d'oiseau habite deux continents, les deux sections présentent parfois un type de coloration quelque peu différent. J'aimerais savoir si cela ne se produit pas avec des genres d'insectes à large répartition ? Vous aimerez peut-être apprendre que Wichura (186/3. Max Wichura, « Die Bastarde befruchtung im Pflanzenreich, etc. », Breslau 1865.) a récemment publié un livre qui m'a tout à fait convaincu qu'en Europe il existe une multitude de saules hybrides spontanés. Ne serait-il pas très intéressant de savoir comment les gallicoles se comportaient vis-à-vis de ces hybrides ? Pensez-vous probable que l'ancêtre de *Cecidomyia* ait acquis son poison comme les moucherons (qui piquent les hommes) sans but particulier (du moins pas pour faire des galles) ? De telles notions me font souhaiter que quelqu'un tente les expériences suggérées dans ma précédente lettre. N'est-il pas probable que les mouches invitées étaient à l'origine des gallicoles, et qu'elles ont le même rapport avec eux qu' *Apathus* en a probablement avec *Bombus* ? (186/4. *Apathus* (= *Psithyrus*) vit dans les nids de *Bombus*.) En ce qui concerne le dimorphisme, vous aimerez peut-être apprendre que le Dr Hooker me dit qu'une plante parasite dioïque apparentée à *Rafflesia* a ses deux sexes parasites sur deux espèces distinctes du même genre de plantes ; alors soyez à l'affût d'un cas similaire dans les deux formes de *Cynips*. Je vous ai posté des exemplaires de mes articles sur le dimorphisme. *Leersia* (186/5. *Leersia oryzoides* était longtemps considérée comme ne produisant que des fleurs cléistogames et donc autogames.) se comporte bien à l'état de nature de la manière provocante décrite par moi. En ce qui concerne l'étrange découverte de Wagner, mon opinion ne vaut rien ; sans aucun doute, c'est une grande anomalie, mais elle ne me semble pas presque aussi incroyable qu'à vous. Rappelez-vous comment les formes alliées chez les Hydrozoaires diffèrent dans leurs soi-disant générations alternées ; je suis les naturalistes qui considèrent tous ces cas comme des formes de gemmation ; et une multitude d'organismes possèdent ce pouvoir ou des traces de ce pouvoir à tous les âges, du germe à la maturité. En ce qui concerne les vues d'Agassiz, il y en avait beaucoup, et il y en a encore quelques-uns, qui croient que la même espèce est créée en plusieurs endroits. J'ai écrit à Bates, et il vous enverra son article sur le mimétisme ; et j'ose dire d'autres : c'est un homme de premier ordre.
Votre cas des insectes sans ailes près des montagnes Rocheuses est extrêmement curieux. Je suis sûr d'avoir entendu parler d'un cas similaire dans l'Ancien Monde : je crois dans le Caucase. Mon argument sur les insectes insulaires sans ailes ne s'appliquerait-il peut-être pas aux insectes vraiment alpins ? Car ne serait-ce pas une destruction pour eux d'être soufflés hors de leur foyer approprié ? J'aimerais vous écrire sur de nombreux points plus longuement, mais je n'ai pas de force à perdre.
LETTRE 187. À A.R. WALLACE. Down, 22 septembre [1865].
Je vous suis très obligé pour votre extrait (187/1. M. Wallace avait envoyé à Darwin une note sur un merle noir huppé, qui a transmis le caractère à certains de ses descendants.) ; je n'ai jamais entendu parler d'un tel cas, bien qu'une telle variation soit peut-être la plus susceptible de se produire à l'état de nature, et d'être héritée, dans la mesure où tous les oiseaux domestiqués présentent des races avec une huppe ou des plumes inversées sur la tête. J'ai parfois pensé que le progéniteur de toute la classe devait être un animal à crête.
Faites-vous des progrès avec votre journal de voyage ? Je suis d'autant plus impatient que vous le fassiez que j'ai lu récemment avec beaucoup d'intérêt quelques articles de vous sur l'orang-outan, etc., dans les « Annals », dont j'ai lu récemment les derniers volumes. J'ai toujours pensé que les journaux de cette nature font un bien considérable en favorisant le goût pour l'Histoire Naturelle : je sais que, dans mon propre cas, rien n'a jamais stimulé mon zèle autant que la lecture du « Voyage aux régions équinoxiales » de Humboldt. Je n'ai pas encore reçu la dernière partie des « Linnean Transactions », mais votre article (187/2. Probablement sur la variabilité et la distribution des papillons de la région malaise : « Linn. Soc. Trans. » XXV, 1866.) sera actuellement un peu au-dessus de mes forces, car bien que quelque peu mieux, je ne peux encore presque rien faire d'autre que m'allonger sur le canapé et me faire lire à voix haute. Soit dit en passant, avez-vous lu Tylor et Lecky ? (187/3. Tylor, « Early History of Mankind » ; Lecky, « Rationalism ».) Ces deux livres m'ont beaucoup intéressé. Je suppose que vous avez lu Lubbock (187/4. Lubbock, « Prehistoric Times », page 479 : « ...la théorie de la Sélection Naturelle, qu'avec un désintéressement caractéristique il attribue sans réserve à M. Darwin. »). Dans le dernier chapitre, il y a une note sur vous à laquelle je souscris très cordialement. Je vois que vous étiez à l'Association britannique, mais je n'en ai rien entendu dire, sauf ce que j'ai glané dans le « Reader ». J'ai entendu une rumeur selon laquelle le « Reader » serait vendu à la Société d'Anthropologie. Si vous ne regrettez pas la peine d'une autre note (car mon seul canal de nouvelles par Hooker est fermé par sa maladie), j'aimerais beaucoup savoir si le « Reader » est ainsi vendu. J'en serais très désolé, car le journal deviendrait alors de tendance corporatiste. Si vous écrivez, dites-moi ce que vous faites vous-même. La seule nouvelle que j'aie sur l'« Origine » est que Fritz Muller a publié il y a quelques mois un livre remarquable (187/5. « Für Darwin ».) en sa faveur, et deuxièmement qu'une deuxième édition française est en train de sortir.
LETTRE 188. À F. MULLER. Down, 11 janvier [1866].
J'ai reçu votre intéressante lettre du 5 novembre il y a quelque temps, et j'ai immédiatement envoyé une copie de mon « Journal of Researches ». Je crains que vous ne me trouviez importun dans mon offre ; mais avez-vous la deuxième édition allemande de l'« Origine », qui est une traduction, avec ajouts, de la troisième édition anglaise, et qui est, je pense, considérablement améliorée par rapport à la première édition ? J'ai quelques exemplaires en trop qui ne me sont d'aucune utilité, et ce serait un plaisir pour moi de vous en envoyer un, s'il vous était utile. Vous n'auriez jamais besoin de relire le livre, mais vous pourriez souhaiter vous référer à quelque passage. Je vous suis particulièrement obligé pour votre photographie, car on aime avoir une image dans son esprit de toute personne à laquelle on s'intéresse. J'ai reçu et lu avec intérêt votre article sur l'éponge à spicules cornés (188/1. « Ueber Darwinella aurea, einen Schwamm mit sternformigen Hornnadeln. » -- « Archiv. Mikrosk. Anat. » I, page 57, 1866.). En raison d'une mauvaise santé, et étant occupé quand j'allais bien, j'ai négligé depuis quelques années la littérature scientifique périodique, et j'ai lu récemment pour me mettre à jour, et j'ai ainsi lu des traductions de plusieurs de vos articles ; parmi lesquels j'ai été particulièrement heureux de lire et de voir les dessins des métamorphoses de *Peneus* (188/2. « On the Metamorphoses of the Prawns », par le Dr Fritz Muller. -- « Ann. Mag. Nat. Hist. », volume XIV, page 104, 1864.). Cela me semble être la découverte la plus intéressante en embryologie qui ait été faite depuis des années.
Je vous suis très obligé de me faire part d'un peu de vos projets pour l'avenir ; quelle vie étrange, mais à mon goût intéressante, vous mènerez lorsque vous vous retirerez dans votre propriété sur l'Itajahy !
Vous faites référence dans votre lettre aux faits qu'Agassiz recueille, contre nos vues, sur l'Amazone. Bien qu'il ait tant fait pour la science, il me semble si sauvage et paradoxal dans toutes ses vues que je ne peux considérer ses opinions comme ayant la moindre valeur.
LETTRE 189. À A.R. WALLACE. Down, 22 janvier 1866.
Je vous remercie pour votre article sur les pigeons (189/1. « On the Pigeons of the Malay Archipelago » (The « Ibis », octobre 1865). M. Wallace souligne (page 366) que « la surabondance la plus frappante de pigeons, tout comme celle de perroquets, est confinée à la sous-région australo-malaise dans laquelle... les mammifères vivant dans les forêts et se nourrissant de fruits, tels que les singes et les écureuils, sont totalement absents. » Il souligne également que les singes sont « extrêmement destructeurs pour les œufs et les jeunes oiseaux »), qui m’a intéressé, comme tout ce que vous écrivez. Qui aurait jamais imaginé que les singes influençaient la distribution des pigeons et des perroquets ! Mais j’ai éprouvé une satisfaction encore plus grande, car j’ai terminé votre article hier dans les « Linnean Transactions ». (189/2. « Linn. Soc. Trans. » XXV : un article sur la distribution géographique et la variabilité des Papilionidae malais.) C’est admirablement fait. Je ne peux concevoir que le plus ferme croyant aux espèces puisse le lire sans être ébranlé. De tels articles convertiront bien plus de naturalistes que les livres interminables tels que j’en écrirai si j’en ai la force. J’ai été particulièrement frappé par vos remarques sur le dimorphisme ; mais je ne peux pas tout à fait comprendre un point (page 22), (189/3. Le passage mentionné dans cette lettre comme nécessitant une explication supplémentaire est le suivant : « Les six derniers cas de mimétisme sont particulièrement instructifs, car ils semblent indiquer l’un des processus par lesquels des formes dimorphes ont été produites. Lorsque, comme dans ces cas, un sexe diffère beaucoup de l’autre, et varie grandement lui-même, il peut arriver que des variations individuelles se produisent occasionnellement, ayant une ressemblance lointaine avec des groupes qui sont les objets du mimétisme, et auxquels il est par conséquent avantageux de ressembler. Une telle variété aura de meilleures chances de préservation ; les individus la possédant seront multipliés ; et leur ressemblance accidentelle avec le groupe favorisé sera rendue permanente par transmission héréditaire, et chaque variation successive qui accroît la ressemblance étant préservée, et toutes les variations s’écartant du type favorisé ayant moins de chances de préservation, il en résultera avec le temps ces cas singuliers de deux ou plusieurs formes isolées et fixées liées ensemble par cette relation intime qui les constitue les sexes d’une seule espèce. La raison pour laquelle les femelles sont plus sujettes à ce genre de modification que les mâles est, probablement, que leur vol plus lent, lorsqu’elles sont chargées d’œufs, et leur exposition à l’attaque alors qu’elles sont en train de déposer leurs œufs sur les feuilles, rend particulièrement avantageux pour elles d’avoir une protection supplémentaire. Elles l’obtiennent immédiatement en acquérant une ressemblance avec d’autres espèces qui, pour quelque cause que ce soit, jouissent d’une immunité comparative contre la persécution. » M. Wallace a eu l’amabilité de nous donner la note suivante sur le passage ci-dessus : « La citation ci-dessus traite uniquement de la question de savoir comment certaines femelles des espèces polymorphes (Papilio Memnon, P. Pammon, et autres) ont été ainsi modifiées pour imiter des espèces d’une section tout à fait distincte du genre ; mais elle n’essaie pas d’expliquer pourquoi ou comment les autres types très variables de femelles sont apparus, et c’était là la difficulté de Darwin. Comme la lettre que j’ai écrite en réponse est perdue, et comme il est assez difficile d’expliquer la question clairement sans référence aux figures colorées, je dois entrer dans quelques détails, et donner maintenant ce qui était probablement l’explication que j’ai fournie à l’époque. Le mâle de Papilio Memnon est un grand papillon noir avec les nervures vers les marges des ailes bordées de points gris bleuâtre. C’est un insecte forestier, et la couleur très sombre le rend visible ; mais c’est un voilier vigoureux, et il survit ainsi. Pour la femelle, cependant, cette masse de couleur visible serait dangereuse, en raison de son vol plus lent, et de la nécessité de se reposer continuellement tout en déposant ses œufs sur les feuilles de la plante nourricière de la larve. Elle a en conséquence acquis des teintes plus claires et plus variées. Les bandes marginales à points gris du mâle sont devenues d’un cendre brunâtre et beaucoup plus larges sur les ailes antérieures, tandis que la marge des ailes postérieures est jaunâtre, avec une tache plus définie près de l’angle anal. C’est la forme la plus proche du mâle, mais elle est comparativement rare, la plus commune étant beaucoup plus claire en couleur, le gris bleuâtre des ailes postérieures étant souvent entièrement remplacé par une large bande de blanc jaunâtre. L’angle anal est jaune orangé, et il y a une tache rouge vif à la base des ailes antérieures. Entre ces deux extrêmes, il existe toutes les variations possibles. Or, il est tout à fait certain que ce mélange variant de brun, noir, blanc, jaune et rouge est bien moins visible au milieu des teintes sans cesse changeantes de la forêt avec leurs reflets de soleil pénétrant partout de manière à former des contrastes marqués et des taches de lumière et d’ombre. Par conséquent, TOUTES les femelles — une à un moment et une autre à un autre — obtiennent UNE CERTAINE protection, et cela suffit pour leur permettre de vivre assez longtemps pour pondre leurs œufs, lorsque leur travail est terminé. Pourtant, dans de mauvaises conditions, elles réussissent tout juste à survivre, et comme la coloration de certaines de ces femelles variables ressemblait beaucoup à celle des papillons protégés du groupe P. coon (peut-être à une époque où les queues de ces derniers n’étaient pas entièrement développées), tout rudiment d’un prolongement de l’aile en queue ajoutait à la ressemblance protectrice, et était par conséquent préservé. Les gravures sur bois de certaines de ces formes dans mon « Malay Archipelago » (i., page 200) permettront à ceux qui ont ce livre à portée de main de mieux comprendre l’explication précédente. »), et je vous serais reconnaissant d’une explication, car je veux vous comprendre pleinement. Comment une forme femelle peut-elle être sélectionnée et les formes intermédiaires mourir, sans que l’autre forme extrême ne meure également faute de bénéficier des avantages de la première forme sélectionnée ? car, si je comprends bien, les deux formes femelles se trouvent sur la même île. Je suis tout à fait d’accord avec votre distinction entre formes dimorphes et variétés ; mais je doute que votre critère selon lequel les formes dimorphes ne produisent pas de progéniture intermédiaire suffise, car je connais bon nombre de variétés qui doivent être ainsi nommées, qui ne se mélangeront pas ou ne s’intercroiseront pas, mais produisent une progéniture tout à fait semblable à l’un ou l’autre parent.
J’ai été particulièrement frappé par vos remarques sur la distribution géographique aux Célèbes. Il est impossible que quoi que ce soit puisse être mieux exprimé, et cela donnerait un frisson glacial aux naturalistes immuabilistes.
Et maintenant, je vais poser une question qui ne vous plaira pas. Comment va votre journal ? Ce sera une honte si vous ne vulgarisez pas vos recherches.
LETTRE 190. A.R. WALLACE À CHARLES DARWIN. Hurstpierpoint, Sussex, 2 juillet 1866.
J’ai été si fréquemment frappé par l’incapacité totale de nombre de personnes intelligentes à voir clairement, ou même à voir tout court, les effets automatiques et nécessaires de la sélection naturelle, que je suis conduit à conclure que le terme lui-même, et votre manière de l’illustrer, bien que clairs et beaux pour beaucoup d’entre nous, ne sont pourtant pas les mieux adaptés pour l’imprimer dans l’esprit du public naturaliste général. Les deux derniers cas de malentendu sont : (1) l’article sur « Darwin et ses enseignements » dans le dernier « Quarterly Journal of Science », qui, bien que très bien écrit et dans l’ensemble appréciatif, conclut cependant avec une accusation de quelque chose ressemblant à de l’aveuglement, dans le fait que vous ne voyez pas que la sélection naturelle exige la surveillance constante d’un « choiseur » intelligent, comme la sélection humaine à laquelle vous la comparez si souvent ; et (2) dans le récent ouvrage de Janet sur le « Matérialisme d’aujourd’hui », passé en revue samedi dernier dans le « Reader », par un extrait duquel je vois qu’il considère que votre point faible est que vous ne voyez pas que « la pensée et la direction sont essentielles à l’action de la sélection naturelle ». La même objection a été faite une vingtaine de fois par vos principaux adversaires, et je l’ai moi-même entendue énoncée aussi souvent en conversation. Or, je pense que cela provient presque entièrement de votre choix du terme « sélection naturelle » et du fait que vous le compariez si constamment dans ses effets à la sélection humaine, ainsi que du fait que vous personnifiez si fréquemment la nature comme « sélectionnant », comme « préférant », comme « cherchant seulement le bien de l’espèce », etc., etc. Pour quelques-uns, c’est clair comme le jour, et magnifiquement suggestif, mais pour beaucoup, c’est évidemment une pierre d’achoppement. Je souhaite donc vous suggérer la possibilité d’éviter entièrement cette source de malentendu dans votre grand ouvrage (si ce n’est pas trop tard maintenant), ainsi que dans toute future édition de l’« Origine », et je pense que cela peut être fait sans difficulté et très efficacement en adoptant le terme de Spencer (qu’il utilise généralement de préférence à la sélection naturelle), à savoir : « survie du plus apte ».
Ce terme est l’expression simple du fait ; la sélection naturelle en est une expression métaphorique, et dans une certaine mesure indirecte et incorrecte, puisque, même en personnifiant la Nature, elle ne sélectionne pas tant des variations spéciales qu’elle n’extermine les plus défavorables.
Combinée avec les énormes pouvoirs de multiplication de tous les organismes, et la « lutte pour l’existence » menant à la destruction constante de la plus grande proportion — faits qu’aucun de vos adversaires, pour autant que je sache, n’a niés ou mal compris — la « survie du plus apte » plutôt que de ceux qui étaient moins aptes ne pourrait absolument pas être niée ou mal comprise. Il ne serait pas non plus possible de dire que pour assurer la « survie du plus apte », un choiseur intelligent était nécessaire ; alors que lorsque vous dites que la sélection naturelle agit de manière à choisir ceux qui sont les plus aptes, cela EST mal compris, et apparemment le sera toujours. En me référant à votre livre, je trouve des expressions telles que « L’homme sélectionne uniquement pour son propre bien ; la Nature uniquement pour celui de l’être dont elle prend soin. » Cela, semble-t-il, sera toujours mal compris ; mais si vous aviez dit « L’homme sélectionne uniquement pour son propre bien ; la Nature, par l’inévitable “survie du plus apte”, uniquement pour celui de l’être dont elle prend soin », cela aurait été moins susceptible de l’être.
Je trouve que vous utilisez le terme « sélection naturelle » dans deux sens : (1) pour la simple préservation des variations favorables et le rejet des variations défavorables, auquel cas c’est l’équivalent de la « survie du plus apte » ; et (2) pour l’effet ou le changement produit par cette préservation, comme lorsque vous dites : « Pour résumer les circonstances favorables ou défavorables à la sélection naturelle », et encore, « L’isolement, aussi, est un élément important dans le processus de sélection naturelle ». Ici, ce n’est pas seulement la « survie du plus apte », mais le changement produit par la survie du plus apte qui est voulu. En parcourant votre quatrième chapitre, je trouve que ces changements de termes peuvent dans la plupart des cas être facilement faits, tandis que dans certains cas l’ajout de « ou survie du plus apte » après « sélection naturelle » serait préférable ; et dans d’autres, moins susceptibles d’être mal compris, le terme original peut rester seul.
Je ne pourrais risquer de proposer à aucune autre personne un aussi grand changement de termes, mais vous, j’en suis sûr, lui donnerez une considération impartiale, et si vous pensez réellement que le changement produira une meilleure compréhension de votre travail, vous n’hésiterez pas à l’adopter.
Il est évidemment aussi nécessaire de ne pas trop personnifier la « Nature » — bien que je sois très enclin à le faire moi-même — puisque les gens ne comprendront pas que toutes ces phrases sont des métaphores. La sélection naturelle est, lorsqu’elle est comprise, un principe si nécessaire et évident par soi-même, qu’il est dommage qu’il soit en quelque façon obscurci ; et il me semble donc que l’usage libre de « survie du plus apte », qui en est une définition compacte et précise, tendrait beaucoup à ce qu’elle soit plus largement acceptée, et éviterait qu’elle soit si souvent déformée et mal comprise.
Il y a une autre objection faite par Janet qui est aussi très courante. C’est que les chances sont presque infinies contre le fait que le type particulier de variation requis soit coïncident avec chaque changement de conditions extérieures, pour permettre à un animal d’être modifié par la sélection naturelle en harmonie avec de telles conditions modifiées ; surtout quand nous considérons que, pour avoir produit les modifications presque infinies des êtres organiques, cette coïncidence doit avoir eu lieu un nombre presque infini de fois.
Or, il me semble que vous avez vous-même conduit à ce que cette objection soit faite, en exposant si souvent le cas trop fortement contre vous-même. Par exemple, au commencement du Chapitre IV., vous demandez s’il est « improbable que des variations utiles se produisent parfois au cours de milliers de générations » ; et un peu plus loin vous dites : « à moins que des variations profitables ne se produisent, la sélection naturelle ne peut rien faire ». Or, de telles expressions ont donné à vos adversaires l’avantage de supposer que les variations favorables sont des accidents rares, ou peuvent même ne jamais se produire pendant de longues périodes, et ainsi l’argument de Janet paraîtrait à beaucoup avoir une grande force. Je pense qu’il serait préférable de se débarrasser de toutes ces expressions qualificatives, et de soutenir constamment (ce que je crois certainement être le fait) que des variations de toute sorte se produisent toujours dans chaque partie de chaque espèce, et donc que des variations favorables sont toujours prêtes quand on en a besoin. Vous avez, j’en suis sûr, des matériaux abondants pour prouver cela ; et c’est, je crois, le grand fait qui rend la modification et l’adaptation aux conditions presque toujours possibles. Je mettrais le fardeau de la preuve sur mes adversaires pour montrer qu’un organe, une structure ou une faculté quelconque ne varie pas, même pendant une génération, parmi tous les individus d’une espèce ; et aussi pour montrer un mode ou une manière selon laquelle un tel organe, etc., ne varie pas. Je leur demanderais de donner une quelconque raison de supposer qu’un organe, etc., est jamais absolument identique à un moment donné chez tous les individus d’une espèce, et si ce n’est pas le cas, alors il varie toujours, et il y a toujours des matériaux qui, par le simple fait que « les plus aptes survivent », tendront à la modification de la race en harmonie avec des conditions changées.
J’espère que ces remarques pourront être intelligibles pour vous, et que vous serez assez aimable pour me faire savoir ce que vous en pensez.
Je n’ai pas eu de vos nouvelles depuis quelque temps pour savoir comment vous allez. J’espère que votre santé continue de s’améliorer, et que vous pourrez maintenant poursuivre votre grand ouvrage, que tant de milliers de personnes attendent avec intérêt.
LETTRE 191. À A.R. WALLACE.
(191/1. Extrait de « Life and Letters », III., page 45.)
Down, 5 juillet [1866].
J’ai été très intéressé par votre lettre, qui est claire comme le jour. Je suis pleinement d’accord avec tout ce que vous dites sur les avantages de l’excellente expression de H. Spencer, « la survie du plus apte ». Cela, cependant, ne m’était pas venu à l’esprit avant de lire votre lettre. C’est néanmoins une grande objection à ce terme qu’il ne puisse être utilisé comme un substantif régissant un verbe ; et que ce soit une objection réelle, je le déduis du fait que H. Spencer utilise continuellement les mots sélection naturelle. Je pensais autrefois, probablement dans une mesure exagérée, que c’était un grand avantage de mettre en relation la sélection naturelle et la sélection artificielle ; cela m’a en effet conduit à utiliser un terme commun, et je pense toujours que c’est un certain avantage. J’aurais souhaité avoir reçu votre lettre il y a deux mois, car j’aurais souvent inséré « la survie », etc., dans la nouvelle édition de l’« Origine », qui est maintenant presque imprimée, et dont je vous enverrai naturellement un exemplaire. J’utiliserai le terme dans mon prochain livre sur les animaux domestiques, etc., à propos duquel, soit dit en passant, je vois clairement que vous en attendez BEAUCOUP trop. Le terme sélection naturelle a maintenant été si largement utilisé à l’étranger et chez nous que je doute qu’il puisse être abandonné, et malgré tous ses défauts, je serais désolé de voir la tentative faite. Le fait qu’il sera rejeté ou non dépendra désormais « de la survie du plus apte ». Comme avec le temps le terme doit devenir intelligible, les objections à son usage s’affaibliront de plus en plus. Je doute que l’utilisation d’un quelconque terme aurait rendu le sujet intelligible à certains esprits, aussi clair qu’il soit pour d’autres ; car ne voyons-nous pas, même à l’heure actuelle, Malthus sur la population absurdement mal compris ? Cette réflexion sur Malthus m’a souvent réconforté quand j’étais contrarié par cette déformation de mes vues. Quant à M. Janet, c’est un métaphysicien, et ces messieurs sont si aigus que je pense qu’ils comprennent souvent mal le commun des mortels. Votre critique sur le double sens dans lequel j’ai utilisé la sélection naturelle est nouvelle pour moi et irréfutable ; mais ma bévue n’a fait aucun mal, car je ne crois pas que quiconque, à l’exception de vous, l’ait jamais observée. Encore une fois, je conviens que j’ai trop parlé de « variations favorables », mais je suis enclin à penser que vous posez le côté opposé trop fortement : si chaque partie de chaque être variait, je ne pense pas que nous verrions la même fin ou le même objet atteint par des moyens si merveilleusement diversifiés.
J’espère que vous profitez de la campagne, que vous êtes en bonne santé et que vous travaillez dur à votre livre « Malay Archipelago », car je mettrai toujours ce souhait dans chaque mot que je vous écrirai, comme certaines bonnes personnes mettent toujours un texte biblique. Ma santé reste à peu près la même, ou s’améliore plutôt, et je suis capable de travailler quelques heures par jour.
LETTRE 192. À C. LYELL. Down, 9 octobre [1866].
Un mot pour dire que j’ai bien reçu votre note et les épreuves, et que je les lirai avec le plus grand plaisir ; mais je suis certain que je ne serai pas en mesure d’envoyer une quelconque critique sur le chapitre astronomique (192/1. « Principles of Geology », par Sir Charles Lyell ; Édition X., Londres, 1867. Le chapitre XIII traite des « Vicissitudes du climat, dans quelle mesure influencées par des causes astronomiques »), car je suis ignorant comme un cochon à ce sujet. J’aurai besoin de quelques jours pour lire ce qui a été envoyé. Je viens de lire le chapitre IX. (192/2. Chapitre IX., « Théorie du développement progressif de la vie organique aux périodes géologiques successives »), et je l’aime extrêmement ; tout me semble très clair, prudent et sagace. Vous ne faites pas assez allusion, ou pas du tout, à un point très frappant, à savoir que les classes étaient autrefois moins différenciées qu’elles ne le sont maintenant ; et cette spécialisation des classes doit, pouvons-nous conclure, les adapter à différentes habitudes de vie générales ainsi qu’à la spécialisation d’organes particuliers.
Page 162 (192/3. À la page 163, Lyell fait référence à l’absence de Cétacés dans les roches secondaires, et exprime l’opinion que leur absence « est un fait négatif d’une grande signification, qui semble plus que tout autre rendre hautement improbable que nous trouvions jamais des animaux à respiration aérienne de la classe la plus élevée dans l’une des strates primaires, ou dans l’un des membres les plus anciens de la série secondaire ».) Je m’oppose assez à votre argument sur les Cétacés : comme ce sont des mammifères si grandement modifiés, ils auraient dû apparaître plutôt plus tard dans la série. Vous me trouverez assez impudent, mais la discussion à la fin du chapitre IX sur l’homme (192/4. Loc. cit., pages 167-73, « Introduction de l’homme, dans quelle mesure est-ce un changement de système »), qui pense tant de son beau soi, me semble trop longue, ou plutôt superflue, et trop orthodoxe, sauf pour le clergé bénéficié.
LETTRE 193. À V. CARUS.
(193/1. La lettre suivante fait référence à la 4e édition de l’« Origine », 1866, qui fut traduite par le professeur Carus, et forma la 3e édition allemande. Carus continua à traduire les livres de Darwin, et un lien d’amitié fort se développa entre l’auteur et le traducteur (voir « Life and Letters », III., page 48). Le pamphlet de Nageli fut remarqué pour la première fois dans la 5e édition anglaise.)
Down, 21 novembre 1866.
...Concernant une note sur Nageli (193/2. « Entstehung und Begriff der Naturhistorischen Art », un discours prononcé devant l’Académie royale des sciences de Munich, le 28 mars 1865. Voir « Life and Letters », III., page 50, pour la lettre de M. Darwin au regretté Prof. Nageli), je trouve après réflexion qu’elle serait trop longue ; car un si bon pamphlet devrait être discuté en détail ou pas du tout. Il fait une erreur en supposant que je dis que les caractères utiles sont toujours constants. Son point de vue sur les espèces distinctes convergeant et acquérant la même structure identique est implicitement réfuté dans la discussion que j’ai donnée sur l’infinie diversité des moyens pour atteindre la même fin.
Le point le plus important, tel qu’il me semble, dans le pamphlet est celui sur les caractères morphologiques des plantes, et je trouve que je ne pourrais y répondre sans entrer dans beaucoup de détails.
La réponse serait, me semble-t-il, que des caractères morphologiques importants, tels que la position des ovules et la position relative des étamines par rapport à l'ovaire (épigyne, périgyne, etc.), sont parfois variables au sein d'une même espèce, comme je le mentionne incidemment en traitant des fleurs ligulées chez les Composées et les Ombellifères ; et je ne vois pas comment Nägeli pourrait soutenir que les différences dans de tels caractères prouvent une tendance inhérente à la perfection. Je m'aperçois que j'ai oublié de dire que vous avez mon plein consentement pour annexer toute discussion que vous jugeriez appropriée à la nouvelle édition. Quant à moi, je ne peux croire à la génération spontanée, et bien que je m'attende à ce qu'à une époque future le principe de la vie soit rendu intelligible, il me semble pour l'instant dépasser les confins de la science.
LETTRE 194. À T.H. HUXLEY. Down, 22 décembre [1866 ?].
Je suppose que vous avez reçu le livre de Haeckel (194/1. « Generelle Morphologie », 1866.) il y a quelque temps, comme moi-même. Lorsque vous aurez eu le temps d'en lire une partie, suffisante pour vous faire une opinion, je serai très curieux de connaître votre jugement. J'ai pu en lire une ou deux pages ici et là, et j'ai été intéressé et instruit par certains passages. Mais mon impression vague est qu'on accorde trop de place aux détails méthodiques, et je ne trouve guère de faits ou de vues nouvelles détaillées. Le nombre de nouveaux mots, pour un homme comme moi, faible en grec, est quelque chose d'effrayant. Il semble avoir une passion pour définir, fort bien, j'ose dire, et pour inventer de nouveaux termes. D'après mes notions très vagues sur le livre, et son volume immense, je craindrais qu'une traduction soit hors de question. Je vois qu'il nous cite souvent tous deux avec éloge. Je suis sûr que le livre me plairait beaucoup si je pouvais le lire d'une traite au lieu de gémir et de pester à chaque phrase. Je n'ai pas encore eu le temps de lire votre livre de Physiologie (194/2. « Lessons in Elementary Physiology », 1866.), à l'exception d'un chapitre ; mais je viens de relire votre ouvrage sur « La place de l'homme, etc. », et je crois que je l'admire encore davantage cette seconde fois que la première. Je doute que vous ayez jamais le temps, mais si jamais vous l'avez, lisez le chapitre sur l'hybridisme dans la nouvelle édition de l'« Origine » (194/3. Quatrième édition (1866).), car je suis très désireux de vous amener à considérer cette difficulté avec moins de gravité. J'ai considérablement amélioré le chapitre, je pense, et je suis parvenu à des vues plus définies. Asa Gray et Fritz Müller (ce dernier surtout) pensent que les nouveaux faits sur la progéniture illégitime des plantes dimorphes jettent une lumière indirecte considérable sur le sujet. Maintenant que j'ai étudié les animaux domestiques, je suis convaincu de la vérité de la vue de Pallas (194/4. Voir lettre 80.) sur la perte de la stérilité sous la domestication, et cela me semble expliquer beaucoup de choses. Mais je n'avais aucune intention, en commençant ce mot, de m'étendre aussi longuement sur l'hybridisme ; mais vous avez été l'opposant général sur ce point.
LETTRE 195. À T. RIVERS.
(195/1. Pour une autre lettre de M. Darwin à lui, voir « Life and Letters », III., page 57.)
Down, 23 décembre [1866 ?].
Je ne sais pas si vous pardonnerez à un étranger de vous adresser la parole. Mon nom vous est peut-être connu. Je rédige actuellement un livre sur la variation des animaux et des plantes sous la domestication ; et il est un petit renseignement que vous seriez plus à même de me fournir que quiconque au monde, si vous pouvez consacrer une demi-heure à vos travaux professionnels et si vous êtes enclin à être si aimable. Je collectionne tous les comptes rendus de ce que certains appellent des « sports », c'est-à-dire ce que j'appellerai des « variations de bourgeons », par exemple une rose mousseuse apparaissant soudainement sur une rose de Provins, une brugnon sur une pêche, etc. Or, ce que je veux savoir, et qui n'est probablement pas consigné par écrit, c'est si de très légères différences, trop infimes pour valoir la peine d'être propagées, apparaissent ainsi soudainement par les bourgeons. Comme tout le monde le sait, en élevant des semis, on peut obtenir toutes les gradations, depuis des individus identiques au parent jusqu'à des variétés légères, puis des variétés fortement marquées. Or, cela se produit-il avec les bourgeons, ou seules des variétés plutôt fortement marquées apparaissent-elles ainsi à de rares intervalles de temps par les bourgeons ? (195/2. M. Rivers ne put donner de réponse tranchée, mais il ne se souvenait pas d'avoir vu de légères variations de bourgeons. La question est discutée dans « Variation under Domestication », édition II, volume I, page 443.) Je vous serais très reconnaissant de ces renseignements. J'ajoute que si vous avez observé au cours de votre immense expérience des « variations de bourgeons » remarquables, et si vous pouviez trouver le temps de m'en informer et de m'autoriser à les citer sous votre autorité, ce serait la plus grande des faveurs. Je suis convaincu que ces « variations de bourgeons » sont du plus haut intérêt pour quiconque s'efforce d'éclaircir ce qui peut l'être sur l'obscur sujet de la variation.
LETTRE 196. À T. RIVERS. Down, 7 janvier [1867 ?].
Je vous remercie vivement pour votre lettre et le paquet de greffons. Le cas de la prune jaune est un trésor, et il est maintenant consigné en toute sécurité sous votre autorité à sa place appropriée, en contraste avec le cas de A. Knight de la prune « magnum bonum » jaune sportant en rouge. (196/1. Voir « Variation under Domestication », édition II, volume I, page 399.) Je n'ai pu voir aucune différence dans les pousses, si ce n'est que celles de la jaune étaient plus épaisses, et je présume que cela est purement accidentel : comme vous ne le mentionnez pas, je présume en outre qu'il n'y a pas d'autres différences dans les feuilles ou les fleurs des deux prunes. Je suis très heureux d'apprendre l'existence du frêne jaune, et que vous ayez vous-même vu le cas du jasmin. Je dois avouer que j'y croyais à peine ; mais maintenant oui, et c'est très surprenant.
Dans un vieux livre français, publié à Amsterdam en 1786 (je crois), il existe un compte rendu, apparemment authentique et attesté par l'écrivain en tant que témoin oculaire, de bulbes de jacinthe de deux couleurs coupés en deux et greffés, qui produisirent des tiges uniques avec des fleurs de couleurs différentes sur les deux côtés, et certaines fleurs panachées. J'ai songé une fois à offrir 5 livres de récompense dans le « Cottage Gardener » pour une telle plante ; mais cela semblerait peut-être trop insensé. Aucune instruction n'est donnée sur le moment d'effectuer l'opération ; j'ai essayé deux ou trois fois, et j'ai échoué lamentablement. Je trouve que j'ai une superbe liste de « variations de bourgeons », et demain je travaillerai sur les cas que j'ai concernant les sports de roses, qui semblent très nombreux, et dont je vois que vous indiquez qu'ils se produisent assez fréquemment.
Lorsqu'une personne est très bonne nature, elle se fait beaucoup importuner – une découverte que vous avez sans doute faite, ou que vous ferez bientôt ; car je désire vivement savoir si vous avez semé des graines de roses mousseuses, et si les semis étaient des roses mousseuses. (196/2. Les roses mousseuses peuvent être obtenues à partir de graines (« Variation under Domestication », édition II, volume I, page 405).) Une rose commune produite par SEMENCE a-t-elle jamais produit une rose mousseuse ?
Si quelque lumière vous vient concernant de très légers changements dans les bourgeons, je vous en prie, ayez la bonté de m'éclairer. J'ai des cas de sept ou huit variétés de pêchers qui ont produit par « variation de bourgeons » des nectarines, et pourtant un seul cas unique (en France) d'un pêcher produisant un autre pêcher très similaire (mais plus tardif à mûrir). Comme il est étrange qu'un grand changement chez le pêcher ne se produise pas rarement, et que des changements plus légers surviennent apparemment très rarement ! Comme il est étrange qu'aucun cas ne semble consigné de nouvelles pommes ou poires ou abricots par « variation de bourgeons » ! Comme nous sommes ignorants ! Mais avec les nombreux bons observateurs vivant aujourd'hui, les enfants de nos enfants seront moins ignorants, et c'est un réconfort.
LETTRE 197. À T.H. HUXLEY. Down, 7 janvier [1867].
Mille mercis pour votre lettre, qui m'a dit exactement ce que je voulais savoir. Je renonce à toute idée d'essayer de faire traduire le livre (197/1. « Generelle Morphologie » de Haeckel, 1866. Voir « Life and Letters », III, pages 67, 68.), car je suis bien convaincu que ce serait sans espoir sans une dépense trop élevée. Je le regrette beaucoup, car je pense que l'ouvrage serait utile, et je suis sûr qu'il le serait pour moi, car je ne serai jamais capable de patauger dans plus d'une page ici et là de l'original. Pour tout le monde, je ne peux m'empêcher de penser que le nombre de nouveaux termes serait un grand mal. Je dois lui écrire. Je suppose que vous connaissez son adresse, mais au cas où vous ne la connaîtriez pas, c'est « aux bons soins de Signor Nicolaus Krohn, Madère ». J'ai envoyé le manuscrit de mon gros livre (197/2. « The Variation of Animals and Plants under Domestication », 1868.), et horriblement, dégoûtamment gros il sera, aux imprimeurs, mais je ne suppose pas qu'il sera publié, en raison de l'idée de Murray sur les saisons, avant novembre prochain. Je songe à un chapitre sur l'homme, car il a été beaucoup question récemment de la sélection naturelle en relation avec l'homme. Je n'ai pas vu le livre du Duc (ou duclet ? comment pouvez-vous parler ainsi d'un vrai Duc vivant ?), mais je dois me le procurer chez Mudie, comme vous dites qu'il nous attaque. (197/3. « The Reign of Law » (1867), par le regretté Duc d'Argyll. Voir « Life and Letters », III, page 65.)
P.-S. — La nature n'a jamais rendu les espèces mutuellement stériles par la sélection, et les hommes ne le feront pas non plus.
LETTRE 197 (bis). À E. HAECKEL. Down, 8 janvier [1867].
J'ai reçu il y a quelques semaines votre grand ouvrage (198/1. « Generelle Morphologie », 1866.) ; j'en ai lu plusieurs parties, mais je suis un trop piètre érudit en allemand et le livre est trop volumineux pour que je puisse le lire en entier. Je ne saurais vous dire combien je le regrette, car je suis sûr que la quasi-totalité m'intéresserait beaucoup, et j'ai déjà trouvé plusieurs passages très utiles, comme la discussion sur les cellules et sur les différentes formes de reproduction. Je suis certain, après avoir examiné le sujet posément et après avoir consulté Huxley, qu'il serait sans espoir d'essayer d'obtenir d'un éditeur qu'il imprime une traduction anglaise ; l'ouvrage est trop profond et trop long pour nos compatriotes anglais. Le nombre de nouveaux termes jouerait aussi, j'en suis sûr, grandement contre sa vente ; et, en vérité, je souhaite pour mon propre compte que vous ayez imprimé un glossaire de tous les nouveaux termes que vous utilisez. Je m'attends pleinement à ce que votre livre connaisse un grand succès en Allemagne, et la manière dont vous faites souvent référence à moi dans votre texte, ainsi que votre dédicace et le titre, seront toujours considérés par moi comme l'un des plus grands honneurs qui m'aient été conférés au cours de ma vie. (198/2. En ce qui concerne la dédicace et le titre, cela semble une expression forte. Le titre est « Generelle Morphologie der Organismen. Allgemeine Grundzuge der organischen Formen-Wissenschaft mechanisch begrundet durch die von Charles Darwin reformirte Descendenz-Theorie ». La dédicace du second volume est « Den Begrundern der Descendenz-Theorie, den denkenden Naturforschern, Charles Darwin, Wolfgang Goethe, Jean Lamarck widmet diese Grundzuge der Allgemeinen Entwickelungsgeschichte in vorzuglicher Verehrung, der Verfasser ».)
J'espère sincèrement que vous avez fait une expédition prospère et que vous avez rencontré de nombreux animaux nouveaux et intéressants. Si vous avez du temps libre, j'aimerais beaucoup savoir ce que vous avez fait et observé. Quant à moi, j'ai envoyé le manuscrit de mon livre sur les animaux domestiques, etc., aux imprimeurs. Il s'avère beaucoup trop volumineux ; il ne sera pas publié, je suppose, avant novembre prochain. Je trouve que nous avons discuté de plusieurs des mêmes sujets, et je pense que nous sommes assez bien d'accord sur la plupart des points. J'ai eu récemment plusieurs fois des nouvelles de Fritz Müller, mais il semble travailler principalement sur les plantes maintenant. Je pense souvent à votre visite dans cette maison, que j'ai appréciée extrêmement, et ce sera toujours pour moi un réel plaisir de me souvenir de notre connaissance. D'après ce que j'ai entendu à Londres, je crois que vous vous y êtes fait de nombreux amis. Retournerez-vous par l'Angleterre ? Si oui, et si vous pouvez trouver le temps, nous serions tous ravis de vous voir ici à nouveau.
LETTRE 199. À T. RIVERS. Down, 11 janvier [1867 ?].
Quelle lettre riche et précieuse vous avez eu la bonté de m'envoyer ! Le cas de la Baronne Prévost (199/1. Voir « Variation under Domestication », édition II, volume I, page 406. M. Rivers avait une nouvelle rose française avec une tige lisse et délicate, des feuilles vert glauque pâle et des fleurs rayées couleur chair ; sur des branches ainsi caractérisées apparut « la célèbre vieille rose appelée 'Baronne Prévost' », avec sa tige robuste et épineuse et ses fleurs doubles uniformes à la couleur riche.), avec ses différents bourgeons, son feuillage, ses épines et ses fleurs, sera superbe à citer. Je suis extrêmement heureux d'apprendre ce qu'il en est des semis de roses mousseuses. Ce cas d'un semis semblable à une rose d'Écosse, à moins que vous ne soyez sûr qu'aucune rose d'Écosse ne poussait à proximité (et il est peu probable que vous puissiez vous en souvenir), doit, semble-t-il, avoir été un croisement.
J'ai peu de remords à être aussi importun — pas plus qu'un grand Inquisiteur n'en a à torturer un hérétique — car ne suis-je pas en train de rendre un réel service public en extorquant des miettes de connaissance à votre richesse d'informations ?
P.-S. Depuis que ce qui précède a été écrit, j'ai lu votre article dans le « Gardeners' Chronicle » : il est admirable, et sera, je le sais, un trésor pour moi. Je ne savais absolument pas à quel point le caractère de tant de fleurs est strictement hérité.
Sur mon honneur, quand j'ai commencé ce mot, je n'avais aucune intention de vous importuner avec une question ; mais vous mentionnez un point si intéressant, et que j'ai eu l'occasion de remarquer, que je dois solliciter quelques faits supplémentaires à citer sous votre autorité. Vous dites que vous avez un ou deux pêchers issus de semis (199/2. « On raising Peaches, Nectarines, and other Fruits from Seed. » Par Thomas Rivers, Sawbridgeworth. — « Gard. Chron. » 1866, page 731.) se rapprochant beaucoup d'amandiers à chair épaisse (je connais le cas de A. Knight et les cas d'hybrides italiens). Or, un amandier poussait-il près de votre pêcher mère ? Mais je veux surtout savoir si vous vous souvenez de la forme du noyau, s'il était aplati comme celui d'une amande ; c'est, botaniquement, ce qui semble être la distinction la plus importante. Je désire ardemment citer cela. La chair était-elle un peu sucrée ?
Pardonnez-moi si vous le pouvez.
Avez-vous conservé ces pêchers issus de semis ? Si vous vouliez me donner un fruit l'été prochain, je veux le faire graver.
LETTRE 200. À I. ANDERSON-HENRY. 22 mai [1867].
Vous êtes si aimable de m'offrir de me prêter l'ouvrage de Maillet (200/1. Pour De Maillet, voir la critique de M. Huxley sur « The Origin of Species » dans la « Westminster Review », 1860, réimprimée dans « Lay Sermons », 1870, page 314. Les vues évolutionnistes de De Maillet furent publiées après sa mort en 1748 sous le nom de Telliamed (Maillet épelé à l'envers).), dont j'ai souvent entendu parler, mais que je n'ai jamais vu. J'aimerais y jeter un coup d'œil, et je vous le rendrais dans peu de temps. Je suis tenu de le lire, car mon ancien ami et présent ennemi amer Owen me classe généralement, Maillet et moi, comme une paire d'imbéciles égaux.
LETTRE 201. À J.D. HOOKER. Down, 4 avril [1867].
Vous m'avez rendu un très grand service en m'envoyant les pages du « Farmer ». Je ne sais pas si vous souhaitez qu'elles vous soient rendues ; mais je les garderai à moins d'apprendre que vous en avez besoin. Le vieux I. Anderson-Henry fait sur moi un éloge magnifique mais assez absurde ; mais le point d'une valeur extrême à mes yeux est l'affirmation de M. Traill (201/1. Les résultats de M. Traill sont donnés à la page 420 de « Animals and Plants », édition II, volume I. Dans la « Life and Letters of G.J. Romanes », 1896, une correspondance intéressante est publiée avec M. Darwin sur ce sujet. Le plan des expériences suggérées à Romanes consistait à faire pousser des semis à partir d'hybrides de greffe : si la progéniture séminale de plantes hybridées par greffage devait montrer le caractère hybride, ce serait une preuve frappante en faveur de la pangenèse. L'expérience, cependant, ne réussit pas.) qu'il a créé un bâtard tacheté en coupant des yeux et en joignant deux sortes de pommes de terre. (201/2. Pour un compte rendu d'expériences similaires en cours, voir une « Note on some Grafting Experiments » par R. Biffen dans les « Annals of Botany », volume XVI, page 174, 1902.) Je lui ai écrit pour obtenir des informations complètes, et ensuite je me mettrai à l'œuvre sur un essai similaire. Cela prouverait, je pense, par démonstration que la propagation par bourgeons et par les éléments sexuels sont essentiellement le même processus, comme la pangenèse le déclare de la manière la plus solennelle.
LETTRE 202. À T.H. HUXLEY. Down, 12 juin [1867 ?].
Nous montons le samedi 15 pour une semaine. Je veux beaucoup vous voir pendant un court moment pour parler de mon plus jeune garçon et de la School of Mines. Je sais que c'est assez déraisonnable, mais vous devez me laisser venir un peu après 10 heures dimanche matin, le 16. Si cela vous dérange de quelque façon, envoyez-moi un mot au « 6, Queen Anne Street W. » ; mais si je n'ai pas de nouvelles, je passerai (stomacho volente), mais je ne resterai pas très longtemps et ne gâcherai pas toute votre matinée en guise de jour de congé. Voulez-vous tourner deux ou trois fois dans votre esprit cette question : ce que j'ai appelé « pangenèse » signifie-t-il que chaque cellule rejette un atome de son contenu ou une gemmule, et que ces agrégats forment le véritable ovule ou bourgeon, etc. ? Or je veux savoir si je ne pourrais pas inventer un meilleur mot. « Cyttarogenèse » (202/1. De kuttaros, alvéole d'abeille : cytogenèse serait une forme naturelle du mot venant de kutos.) — c'est-à-dire genèse cellulaire — est plus vrai et expressif, mais long. « Atomogenèse » sonne un peu mieux, je pense, mais un « atome » est un objet qui ne peut être divisé ; et le terme pourrait se référer à l'origine des atomes de matière inorganique. Je crois que je préfère « pangenèse », bien que si indéfini ; et bien que ma femme dise que cela sonne impie, comme le panthéisme ; mais je suis si familier maintenant avec ce mot que je ne peux juger. Je vous supplie de m'aider.
LETTRE 203. À A.R. WALLACE. Down, 12 et 13 octobre [1867].
J'avais commandé le journal (203/1. « Quarterly Journal of Science », octobre 1867, page 472. Une recension du « Reign of Law » du duc d'Argyll) il y a fort longtemps, mais par quelque négligence je ne l'ai reçu qu'hier, et je l'ai lu. Vous penserez que mes louanges n'ont aucune valeur, étant si peu sélectives ; mais si je dois dire la vérité, je dois affirmer que j'admire chaque mot. Vous avez touché exactement aux points que je souhaitais tout particulièrement voir soulevés. Je suis heureux que vous ayez eu le courage de vous occuper de l'Angraecum (203/2. Angraecum sesquipedale, une orchidée de Madagascar dotée d'un nectaire en forme de fouet, long de 11 à 12 pouces, qui, selon Darwin (« Fertilisation of Orchids », édition II, page 163), est adapté aux visites d'un papillon muni d'une trompe de longueur correspondante. Il souligne qu'il n'y a aucune difficulté à croire à l'existence d'un tel papillon, tel que F. Müller l'a décrit (« Nature », 1873, page 223) — un sphinx brésilien avec une trompe de 10 à 11 pouces de long. De plus, Forbes a apporté la preuve qu'un tel insecte existe bel et bien à Madagascar (« Nature », VIII, 1873, page 121). Le cas de l'Angraecum fut mis en avant par le duc d'Argyll comme étant nécessairement dû à l'artifice personnel de la Divinité. M. Wallace (page 476) démontre que la trompe et le nectaire pourraient tous deux être allongés par le moyen de la sélection naturelle. On peut ajouter qu'Hermann Müller a démontré de bonnes raisons de croire qu'une spécialisation mutuelle de ce genre est bénéfique à la fois à l'insecte et à la plante) après l'attaque du duc ; car je crois que le principe dans ce cas peut être largement appliqué. J'aime la figure, mais j'aurais souhaité que l'artiste dessinât un meilleur sphinx. En ce qui concerne la beauté, vos remarques sur les objets hideux et sur le fait que les fleurs ne sont rendues belles que lorsqu'elles leur sont d'une utilité pratique, me semblent très bonnes. Sur ce seul point de la beauté, je peux difficilement penser que le duc ait été tout à fait candide. J'ai utilisé dans le paragraphe conclusif de mon livre actuel exactement le même argument que vous, introduisant même le bouledogue (203/3. « Variation of Animals and Plants », édition I, volume II, page 431 : « A-t-Il causé la variation de la structure et des qualités mentales du chien afin qu'une race pût être formée d'une férocité indomptable, avec des mâchoires adaptées à clouer le taureau au sol pour le sport brutal de l'homme ? »), concernant les variations qui n'auraient pas été spécialement ordonnées. Votre métaphore de la rivière (203/4. Voir Wallace, op. cit., pages 477-8. Il imagine un observateur examinant un grand réseau hydrographique et trouvant partout des adaptations qui révèlent le dessein du Créateur. « Il verrait une adaptation spéciale aux besoins de l'homme dans de larges rivières tranquilles et navigables, traversant des plaines alluviales fertiles capables de nourrir une large population, tandis que les cours d'eau rocheux et les torrents de montagne seraient confinés à ces régions stériles adaptées seulement à une petite population de bergers et de gardiens de troupeaux ») est nouvelle pour moi, et admirable ; mais votre autre métaphore, dans laquelle vous comparez la classification et les machines complexes, ne me semble pas tout à fait appropriée, bien que je ne puisse pointer ce qui semble faire défaut. Le point qui me semble fort est que tous les naturalistes admettent qu'il existe une classification naturelle, et c'est ce que la descendance explique. J'aurais souhaité que vous insistiez un peu plus contre la « North British » (203/5. À la page 485, M. Wallace traite de la recension de Fleeming Jenkin dans la « North British Review », 1867. La recension s'efforce de montrer qu'il existe des limites strictes à la variation, puisque la sélection la plus rigoureuse et la plus prolongée n'augmente pas indéfiniment une qualité telle que la vitesse d'un cheval de course. Sur ce point, M. Wallace remarque que « cet argument ne répond pas à la question réelle », qui n'est pas de savoir si un changement indéfini est possible, « mais si de telles différences, telles qu'elles apparaissent dans la nature, auraient pu être ») le critique supposant que chaque variation qui apparaît est fortement marquée ; bien que, par implication, vous ayez rendu cela très clair. Rien dans votre article entier ne m'a plus frappé que votre point de vue concernant la limite de vitesse chez le cheval de course et autres cas semblables : j'essaierai de vous citer sur ce sujet dans les épreuves de mon chapitre conclusif. J'avais tout à fait manqué cette explication, bien que dans le cas du blé j'aie trouvé quelque chose d'analogue. Je suis heureux que vous fassiez l'éloge du livre du duc, car j'en ai été très frappé. La partie sur le vol m'a semblé au début très bonne ; mais comme l'aile est articulée par un joint à rotule, je soupçonne que le duc trouverait très difficile de donner une raison quelconque contre la croyance que l'aile frappe l'air plus ou moins obliquement. J'ai été très heureux de voir votre article et le dessin du papillon dans « Science Gossip ». Soit dit en passant, je ne peux m'empêcher de penser que vous poussez la protection trop loin dans certains cas, comme avec les rayures du tigre. J'ai aussi lu ce matin un excellent résumé dans la « Gardeners' Chronicle » de votre article sur les nids. (203/6. Un résumé d'un article sur « les nids et le plumage des oiseaux », lu devant la British Association : voir « Gard. Chron. » 1867, page 1047). Je n'étais en aucune façon pleinement converti par votre lettre, mais je pense maintenant l'être ; et j'espère qu'elle sera publiée quelque part in extenso. Cela me frappe comme une capitale généralisation, et m'apparaît encore plus original qu'au début...
J'ai terminé le volume I de mon livre [« Variation of Animals and Plants »], et j'espère que l'ensemble sera publié d'ici la fin novembre. Si vous avez la patience de le lire entièrement, ce qui est fort douteux, vous y trouverez, je pense, une large accumulation de faits qui vous seront utiles dans de futurs articles ; et ils ne pourraient être mieux employés, car vous êtes assurément un maître dans le noble art du raisonnement.
LETTRE 204. À T.H. HUXLEY. Down, 3 octobre [sans année].
Je sais que vous n'avez pas de temps pour une correspondance spéculative ; et je n'attendais pas le moins du monde de réponse à ma dernière lettre. Mais je suis très heureux de l'avoir eue, car dans mon travail éclectique, les opinions des quelques bons hommes ont une grande valeur pour moi.
Je connaissais, bien sûr, le point de vue cuviérien sur la classification (204/1. Cuvier a prouvé que « les animaux ne peuvent être disposés en une seule série, mais qu'il y a plusieurs plans d'organisation distincts à observer parmi eux, dont aucun, dans sa modification la plus élevée et la plus complexe, ne mène à aucun des autres » (Huxley, « Darwiniana », page 215)) ; mais je pense que la plupart des naturalistes cherchent quelque chose de plus, et recherchent « le système naturel », — « le plan sur lequel le Créateur a travaillé », etc., etc. C'est cet élément supplémentaire que je crois être simplement généalogique.
Mais je serais très heureux d'avoir votre réponse (soit lorsque nous nous rencontrerons, soit par un mot) au cas suivant, pris par lui-même, et sans vous autoriser à regarder plus loin que le point en question. Accordez que toutes les races humaines descendent d'une seule race — accordez que toute la structure de chaque race humaine soit parfaitement connue — accordez qu'un tableau parfait de la descendance de chaque race soit parfaitement connu — accordez tout cela, et alors ne pensez-vous pas que la plupart préféreraient comme meilleure classification une classification généalogique, même si elle plaçait occasionnellement une race pas tout à fait aussi près d'une autre qu'elle l'aurait été si elle avait été juxtaposée par la seule structure ? Généralement, nous pouvons présumer sans crainte que la ressemblance des races et leurs pedigrees iraient de pair.
J'aimerais entendre ce que vous diriez sur ce cas purement théorique.
On pourrait demander pourquoi le développement est si tout-puissant dans la classification, comme je l'admets pleinement ? Je crois que c'est parce qu'il dépend de la descendance généalogique, et la trahit le mieux ; mais c'est un point trop vaste pour l'aborder.
LETTRE 205. À C. LYELL. Down, 7 décembre [1867].
J'envoie par ce courrier l'article de la Victorian Institute concernant le frai des grenouilles. Si vous vous souvenez, dans votre enfance, avoir jamais essayé d'en retirer une petite portion de l'eau, vous vous souviendrez que c'est très difficile. Je crois que tous les oiseaux du monde pourraient se poser chaque jour sur le frai des batraciens sans jamais transporter un seul ovule. En ce qui concerne les jeunes mollusques, sans aucun doute, si l'oiseau auquel ils étaient attachés se posait sur la mer, ils seraient instantanément tués ; mais un oiseau terrestre, je pense, ne se poserait jamais sauf sous une nécessité absolue due à la fatigue. Cela, cependant, a été observé près d'Heligoland (205/1. Des exemples sont enregistrés par Gatke dans son « Heligoland as an Ornithological Observatory » (traduit par Rudolph Rosenstock, Édimbourg, 1895) d'oiseaux terrestres, tels que grives, bruants, pinsons, etc., se reposant pendant un court moment sur la surface de l'eau. L'auteur décrit des observations faites par lui-même à environ deux milles à l'ouest d'Heligoland (page 129)) ; et des oiseaux terrestres, après s'être reposés un temps sur la mer tranquille, ont été vus s'élever et continuer leur vol. Je ne peux vous donner la référence sur Heligoland sans beaucoup chercher. Cet atterrissage sur la mer peut vous aider dans votre difficulté inattendue de la trop facile diffusion des mollusques terrestres par l'agence des oiseaux. J'ai beaucoup apprécié notre conversation matinale.
LETTRE 206. À F. HILDEBRAND. Down, 5 janvier [1868].
Je vous remercie pour votre lettre, qui m'a tout à fait ravi. Je vous félicite sincèrement de votre succès dans la réalisation d'un hybride de greffe (206/1. L'article du professeur Hildebrand est dans la « Bot. Zeitung », 1868 : la substance est donnée dans « Variation of Animals and Plants », édition II, volume I, page 420), car je crois que c'est une observation des plus importantes. J'espère que vous publierez tous les détails sur ce sujet et sur l'action directe du pollen (206/2. Voir professeur Hildebrand, « Bot. Zeitung », 1868, et « Variation of Animals and Plants », édition II, volume I, page 430. Un maïs à grains jaunes fut fertilisé avec du pollen d'un maïs à grains bruns ; le résultat fut que des épis furent produits portant à la fois des grains jaunes et des grains foncés) : j'espère que vous aurez la gentillesse de m'envoyer une copie de votre article. Si j'avais réussi à faire un hybride de greffe de pomme de terre, j'avais l'intention de faire pousser des semis à partir de l'hybride de greffe et des deux formes parentales (en excluant les insectes) et de comparer soigneusement la progéniture. Cela, cependant, serait difficile en raison de la stérilité et de la variabilité de la pomme de terre. Lorsque, dans le courant de quelques mois, vous recevrez mon second volume (206/3. Cette phrase peut être paraphrasée — « Lorsque vous recevrez mon livre et lirez le second volume »), vous verrez pourquoi je pense que ces deux sujets sont si importants. Ils m'ont conduit à former une hypothèse sur les diverses formes de reproduction, développement, héritage, etc., laquelle hypothèse, je le crois, sera ultimement acceptée, bien que je sois très dubitatif sur la façon dont elle sera reçue actuellement.
Encore une fois, je vous félicite de votre succès.
LETTRE 207. À J.D. HOOKER. Down, 6 janvier [1868].
Mille mercis pour les noms des plantes, les synonymes et les fleurs mâles — tout ce que je voulais.
J'ai été heureux de voir la lettre de Watson, et je regrette qu'il soit un renégat au sujet de la sélection naturelle. C'est, comme vous dites, caractéristique, avec la pique finale à votre égard.
Sa difficulté concernant la différence entre les deux genres d'ombellifères de Sainte-Hélène est exactement la même que celle que Nägeli a avancée dans une brochure compétente (207/1. « Ueber Entstehung und Begriff der naturhist. Art. » « Sitz. der K. Bayer. Akad. Der Wiss. zu München », 1865. Certains des points de Nägeli sont discutés dans « l'Origine », édition V, page 151), et qui, en conséquence, soutient qu'il existe une tendance innée inconnue à la progression chez tous les organismes. J'ai dit dans une lettre à lui que bien sûr je ne pouvais pas le moins du monde expliquer de tels cas ; mais qu'ils ne me semblaient pas d'une force écrasante, tant que nous sommes tout à fait ignorants de la signification de telles structures, si elles sont d'une utilité quelconque pour les plantes, ou des conséquences inévitables de modifications dans d'autres parties.
Je ne peux comprendre ce que Watson veut dire par le « contrepoids dans la nature » à la variation divergente. Il y a le contrepoids du croisement, dont mon travail actuel me conduit chaque jour à voir de plus en plus l'efficacité ; mais je suppose qu'il veut dire quelque chose de très différent. De plus, je crois que la variation est divergente uniquement parce que les formes diversifiées peuvent mieux subsister. Mais vous me trouverez ennuyeux.
Je joins la moitié d'une lettre de F. Müller (que veuillez retourner) pour la chance que vous aimiez la voir ; bien que j'aie beaucoup douté de l'envoyer, car vous êtes si surmené. J'imagine que la fleur ressemblant au Solanum est curieuse.
J'ai appris hier pour ma joie que le Dr Hildebrand a expérimenté l'action directe du pollen sur la plante mère avec succès. Il a aussi réussi à faire un véritable hybride de greffe entre deux variétés de pommes de terre, en quoi j'ai échoué. Je considère cela comme splendide pour la pangenèse, comme étant une preuve forte que la reproduction par bourgeon et la reproduction séminale ne diffèrent pas essentiellement.
Mon livre est horriblement retardé, à cause du maudit indexeur. (207/2. Darwin appréciait profondément le bon travail mis dans l'index de « The Variation of Animals and Plants »). J'ai presque oublié de quoi il s'agit !
LETTRE 208. À T.H. HUXLEY. Down, 30 janvier [1868].
Mes plus sincères remerciements pour vos aimables félicitations. Je n'ai jamais reçu un mot de vous de ma vie sans plaisir ; mais si cela sera toujours le cas après que vous aurez lu la pangenèse (208/1. Dans le volume II de « Animals and Plants », 1868), j'en suis fort douteux. Oh Seigneur, quelle volée je pourrais recevoir ! J'écris maintenant en partie pour dire que vous ne devez pas penser à regarder mon livre avant l'été, quand j'espère que vous lirez la pangenèse, car je tiens à votre opinion sur un tel sujet plus qu'à celle de tout autre homme en Europe. Vous êtes si terriblement perspicace et si confondamment honnête ! Mais jusqu'au jour de ma mort, je soutiendrai toujours que vous avez été trop perspicace sur l'hybridisme ; et le chapitre sur le sujet dans mon livre, j'aimerais que vous le lisiez : non pas que, comme je le crains, cela produira un effet quelconque, et tant pis pour vous.
Je me réjouis que vos enfants se portent tous assez bien. Donnez à Mme Huxley le document ci-joint (208/2. Questions sur l'expression), et demandez-lui d'observer lorsqu'un de ses enfants est en train de lutter et sur le point d'éclater en sanglots. Une chère jeune dame près d'ici a tourmenté un très jeune enfant pour mon compte, jusqu'à ce qu'il pleure, et a vu les sourcils pendant une seconde ou deux magnifiquement obliques, juste avant que le torrent de larmes ne commence.
La sympathie de tous nos amis au sujet du succès de George (c'est le jeune Héraut) (208/3. Son fils George fut Second Wrangler en 1868 ; enfant, il était un enthousiaste de l'héraldique) a été un merveilleux plaisir pour nous. George ne s'est pas épuisé, ce qui rend son succès d'autant plus satisfaisant. Adieu, mon cher Huxley, et ne vous tuez pas au travail.
Je sollicite la permission de joindre ce qui m'apparaît comme une démonstration, fondée sur vos propres principes, que la sélection naturelle pourrait produire la stérilité des hybrides. Si elle ne vous convainc pas, je vous saurais gré de bien vouloir m'indiquer où se situe l'erreur de raisonnement. J'ai pris les deux cas d'une légère stérilité surmontant une parfaite fertilité, et d'une stérilité parfaite surmontant une fertilité partielle — le début et la fin du processus. Vous admettez que des variations dans la fertilité et la stérilité se produisent, et je pense que vous admettrez également que si je démontre qu'une quantité considérable de stérilité serait avantageuse pour une variété, c'est une preuve suffisante que la moindre variation dans cette direction serait aussi utile, et continuerait à s'accumuler.
1. Soit une espèce qui a varié en deux formes, chacune adaptée aux conditions existantes (211/1. « Conditions existantes » signifie, bien entendu, de nouvelles conditions apparues depuis. Et le fait que les « deux » soient mieux adaptées que la forme parentale signifie qu'elles sont chacune mieux adaptées à un environnement spécial dans la même zone — comme l'une aux lieux humides, l'autre aux lieux secs ; l'une aux bois, l'autre aux terrains découverts, etc., etc., comme Darwin l'avait déjà expliqué. A.R.W. (1899).) mieux que la forme parentale, qu'elles supplantent.
2. Si ces deux formes, qui sont censées coexister dans le même district, ne se croisent pas, la sélection naturelle accumulera les variations favorables, jusqu'à ce qu'elles deviennent suffisamment bien adaptées à leurs conditions de vie et forment deux espèces alliées.
3. Mais si ces deux formes se croisent librement entre elles et produisent des hybrides qui sont également tout à fait fertiles inter se, alors la formation des deux races ou espèces distinctes sera retardée ou peut-être entièrement empêchée ; car la progéniture des unions croisées sera plus vigoureuse en raison du croisement, bien que moins adaptée à ses conditions de vie que l'une ou l'autre des races pures. (211/2. Après « races pures », ajoutez « parce que moins spécialisées ». A.R.W. (1899).)
4. Supposons maintenant qu'une stérilité partielle de certains individus de ces deux formes survienne lorsqu'ils se croisent ; et comme cela serait probablement dû à certaines conditions de vie spéciales, nous pouvons raisonnablement supposer que cela survient dans une portion définie de la zone occupée par les deux formes.
5. Le résultat est que, dans cette zone, les hybrides n'augmenteront pas aussi rapidement qu'auparavant ; et comme, selon les termes du problème, les deux formes pures sont mieux adaptées aux conditions de vie que les hybrides, elles tendront à supplanter ces derniers entièrement dès que la lutte pour l'existence deviendra sévère.
6. Nous pouvons également supposer, à juste titre, qu'aussitôt qu'une stérilité quelconque apparaît dans des conditions naturelles, elle sera accompagnée d'une certaine répugnance pour les unions croisées ; et cela diminuera encore la production d'hybrides.
7. Dans l'autre partie de la zone, cependant, où l'hybridisme se produit sans entrave, les hybrides de divers degrés dépasseront bientôt en nombre la forme parentale ou pure.
8. Le premier résultat, donc, d'une stérilité partielle des croisements apparaissant dans une partie de la zone occupée par les deux formes, sera que la GRANDE MAJORITÉ des individus y consistera uniquement en formes pures, tandis que dans le reste de la zone, celles-ci seront en minorité — ce qui revient à dire que la nouvelle variété stérile ou physiologique des deux formes sera mieux adaptée aux conditions d'existence que la portion restante qui n'a pas varié physiologiquement.
9. Mais quand la lutte pour l'existence devient sévère, la variété qui est la mieux adaptée aux conditions d'existence supplante toujours celle qui est imparfaitement adaptée ; par conséquent, par la sélection naturelle, les variétés stériles des deux formes s'imposeront comme les seules existantes.
10. Qu'une nouvelle série de variations dans le degré de stérilité et dans la répugnance aux unions croisées se produise maintenant — également dans certaines parties de la zone : exactement le même résultat doit se reproduire, et la descendance de cette nouvelle variété physiologique finira, avec le temps, par occuper toute la zone.
11. Il existe encore une autre considération qui soutient ce point de vue. Il semble probable que les variations dans le degré de stérilité concourraient dans une certaine mesure avec les variations structurelles, et en dépendraient peut-être ; de sorte que, à mesure que les deux formes divergeraient et deviendraient mieux adaptées aux conditions d'existence, leur stérilité augmenterait. Si tel était le cas, alors la sélection naturelle agirait avec une force double, et les variétés qui étaient mieux adaptées pour survivre, tant structurellement que physiologiquement, le feraient certainement. (211/3. Les onze paragraphes précédents sont substantiellement, mais non textuellement, identiques à l'exposé de l'argument dans « Le Darwinisme » de M. Wallace, 1889. Pages 179, 180, note 1.)
12. Considérons maintenant le cas plus difficile de deux espèces alliées A, B, dans la même zone, la moitié des individus de chacune (As, Bs) étant absolument stérile, l'autre moitié (Af, Bf) étant partiellement fertile : As et Bs extermineront-ils finalement Af et Bf ?
13. Pour éviter toute complication, il faut admettre qu'entre As et Bs aucune union croisée n'a lieu, tandis qu'entre Af et Bf les unions croisées sont aussi fréquentes que les unions directes, bien que beaucoup moins fertiles. Nous devons également laisser de côté les croisements entre As et Af, Bs et Bf, avec leurs divers degrés de stérilité, car je crois qu'ils n'affecteront pas le résultat final, bien qu'ils compliquent grandement le problème.
14. Dans la première génération, il en résultera : 1°, la progéniture pure de As et Bs ; 2°, la progéniture pure de Af et de Bf ; et 3°, la progéniture hybride de Af et Bf.
15. En supposant que, lors des années ordinaires, la vigueur constitutionnelle accrue des hybrides contrebalance exactement leurs adaptations imparfaites aux conditions, il y aura, dans la deuxième génération, outre ces trois classes, des hybrides du second degré entre les premiers hybrides et Af et Bf respectivement. Dans les générations suivantes, il y aura des hybrides de tous degrés, variant entre les premiers hybrides et les types presque purs de Af et Bf.
16. Maintenant, si au début le nombre d'individus de As, Bs, Af et Bf était égal, et si, année après année, le nombre total reste stationnaire, je pense qu'on peut prouver que, tandis que la moitié sera la progéniture pure de As et Bs, l'autre moitié deviendra de plus en plus hybridée, jusqu'à ce que le tout soit constitué d'hybrides de divers degrés.
17. Or, cette race hybride et quelque peu intermédiaire ne peut être aussi bien adaptée aux conditions de vie que les deux espèces pures, qui ont été formées par l'adaptation minutieuse aux conditions par la sélection naturelle ; par conséquent, dans une lutte sévère pour l'existence, les hybrides doivent succomber, d'autant plus que, par hypothèse, leur fertilité ne serait pas aussi grande que celle des deux espèces pures.
18. Si nous devions prendre en considération les unions de As avec Af et de Bs avec Bf, les résultats deviendraient très compliqués, mais cela conduirait toujours à l'existence d'un certain nombre de formes pures entièrement dérivées de As et Bs, et de formes hybrides principalement dérivées de Af et Bf ; et le résultat de la lutte entre ces deux groupes d'individus ne peut faire de doute.
19. Si ces arguments sont solides, il s'ensuit que la stérilité peut être accumulée et accrue, et finalement rendue complète par la sélection naturelle, que les variétés stériles prennent naissance ensemble dans une portion définie de la zone occupée par les deux espèces, ou qu'elles se produisent de manière dispersée sur toute la zone. (211/4. La première partie de cette discussion doit être considérée seule, car elle est à la fois plus simple et plus importante. Je crois maintenant que l'utilité, et donc la cause de la stérilité entre espèces, se situe durant le processus de différenciation. Lorsque les espèces sont pleinement formées, l'apparition occasionnelle d'hybrides est d'une importance comparativement faible, et ne peut jamais constituer un danger pour l'existence de l'espèce. A.R.W. (1899).)
P.-S. — En réponse à l'objection concernant la stérilité inégale des croisements réciproques (« Variation, etc. », volume II, page 186), je réponds que, pour autant qu'elle aille, la stérilité d'un croisement serait avantageuse même si l'autre croisement était fertile : et tout comme des caractères aujourd'hui coordonnés ont pu être accumulés séparément par la sélection naturelle, ainsi les croisements réciproques peuvent être devenus stériles les uns après les autres.
LETTRE 212. À A.R. WALLACE. 4, Chester Place, 17 mars 1868.
(212/1. M. Darwin avait déjà écrit une courte note à M. Wallace exprimant un désaccord général avec son point de vue.)
Je ne sens pas que je serai en mesure de m'attaquer à l'argument de la stérilité avant mon retour à la maison ; j'ai essayé une ou deux fois, et cela m'a donné l'impression que mon estomac avait été placé dans un étau. Votre article a rendu trois de mes enfants à moitié fous — l'un est resté éveillé jusqu'à minuit pour le lire. Mon second fils, le mathématicien, pense que vous avez omis une déduction presque inévitable qui modifierait apparemment le résultat. Il a mis par écrit ce qu'il pense, mais je n'ai pas essayé de le comprendre pleinement. Je suppose que vous ne vous intéressez pas assez au sujet pour vouloir voir ce qu'il a écrit.
LETTRE 212A. A.R. WALLACE À CHARLES DARWIN. Hurstpierpoint, 24 mars [1868].
Je vous renvoie les notes de votre fils avec mes commentaires. Sans entrer dans les détails, n'est-ce pas là un argument général solide ?
1. Une espèce varie occasionnellement dans deux directions, mais en raison de leur libre croisement, les variétés n'augmentent jamais.
2. Un changement de conditions se produit, menaçant l'existence de l'espèce ; mais les deux variétés sont adaptées aux conditions changeantes, et si elles sont accumulées, elles formeront deux nouvelles espèces adaptées aux nouvelles conditions.
3. Le libre croisement, cependant, rend cela impossible, et ainsi l'espèce est en danger d'extinction.
4. Si la stérilité était induite, alors les races pures augmenteraient plus rapidement, et remplaceraient l'ancienne espèce.
5. Il est admis qu'une stérilité partielle entre variétés se produit occasionnellement. Il est admis que le degré de cette stérilité varie ; n'est-il pas probable que la sélection naturelle puisse accumuler ces variations, et ainsi sauver l'espèce ? Si la sélection naturelle NE PEUT PAS faire cela, comment les espèces apparaissent-elles jamais, sauf lorsqu'une variété est isolée ?
Le fait que des espèces étroitement alliées dans des pays distincts soient stériles ne constitue pas une difficulté ; car soit elles ont divergé d'un ancêtre commun alors qu'elles étaient en contact, et la sélection naturelle a accru la stérilité, soit elles ont été isolées, et ont varié depuis : auquel cas elles ont été influencées pendant des âges par des conditions distinctes qui peuvent bien produire la stérilité.
Si la difficulté de la greffe était aussi grande que la difficulté du croisement, et aussi régulière, j'admets que ce serait une objection très sérieuse. Mais ce n'est pas le cas. Je crois que beaucoup d'espèces distinctes peuvent être greffées, tandis que d'autres, moins distinctes, ne le peuvent pas. La régularité avec laquelle les espèces naturelles sont stériles entre elles, même lorsqu'elles se ressemblent beaucoup, est, je pense, un argument en faveur du fait que la stérilité a été généralement produite par la sélection naturelle pour le bien de l'espèce.
L'autre difficulté, celle de la stérilité inégale des croisements réciproques, ne me semble en être aucune ; car c'est une étape vers une stérilité plus complète, et en tant que telle, elle serait accrue par la sélection.
LETTRE 213. À A.R. WALLACE. Down, 6 avril [1868].
J'ai réfléchi au terrible problème. Permettez-moi d'abord de dire que personne n'aurait pu souhaiter plus ardemment le succès de la sélection naturelle concernant la stérilité que moi ; et quand j'ai considéré un énoncé général (comme dans votre dernière note), j'ai toujours été sûr qu'il pouvait être résolu, mais j'ai toujours échoué dans les détails. La cause en étant, comme je le crois, que la sélection naturelle ne peut effectuer ce qui n'est pas bon pour l'individu, en incluant dans ce terme une communauté sociale. Il faudrait un volume pour discuter tous les points, et rien n'est plus humiliant pour moi que d'être d'accord avec un homme comme vous (ou Hooker) sur les prémisses et d'être en désaccord sur le résultat.
Je suis d'accord avec l'argument de mon fils et non avec la réfutation. La cause de notre différence, je pense, est que je considère le nombre de descendants comme un élément important (toutes les autres circonstances restant égales) pour maintenir le nombre moyen d'individus dans une zone donnée. Je ne crois pas que la quantité de nourriture soit, en aucune façon, la seule cause déterminante du nombre. Une fertilité réduite équivaut à une nouvelle source de destruction. Je crois que si, dans un district, une espèce produisait pour une raison quelconque moins de jeunes, la déficience serait compensée par les districts environnants. Cela s'applique à votre paragraphe 5. (213/1. Voir Lettre 211.) Si l'espèce produisait moins de jeunes pour une raison quelconque dans chaque district, elle s'éteindrait à moins que sa fertilité ne soit augmentée par la sélection naturelle (voir H. Spencer).
Je conteste la probabilité et presque la possibilité du paragraphe 1, car vous partez de deux formes au sein de la même zone, qui ne sont pas mutuellement stériles, et qui ont pourtant supplanté la forme parentale.
(Paragraphe 6.) Je ne connais aucun commencement de fait soutenant la croyance que la répugnance aux croisements accompagne la stérilité. Cela ne peut tenir pour les plantes, ou les animaux aquatiques fixés inférieurs. J'ai vu clairement quelle aide immense cela serait, mais j'y ai renoncé. La répugnance aux croisements semble avoir été acquise indépendamment, probablement par la sélection naturelle ; et je ne vois pas pourquoi il n'aurait pas suffi, pour empêcher les espèces naissantes de se mélanger, d'accroître simplement la répugnance sexuelle aux croisements.
(Paragraphe 11.) Je conteste dans une certaine mesure le fait que le degré de stérilité et la dissimilitude structurelle aillent nécessairement de pair, sauf indirectement et nullement de façon stricte. Regardez les variétés de pigeons, de volailles et de choux.
J'avais négligé l'avantage de la demi-stérilité des croisements réciproques ; pourtant, peut-être à cause de la nouveauté, je ne me sens pas enclin à admettre la probabilité que la sélection naturelle ait fait son travail de façon aussi étrange.
Je ne discuterai pas le second cas de stérilité totale, mais vos hypothèses dans le paragraphe 13 me semblent beaucoup trop complexes. Je ne peux croire qu'un attribut aussi universel qu'une stérilité totale entre espèces éloignées ait été acquis de manière aussi complexe. Je ne suis pas d'accord avec votre réfutation sur la greffe : j'admets pleinement qu'elle n'est pas aussi étroitement limitée que le croisement, mais cela ne me semble pas affaiblir le cas en tant qu'analogie. L'incapacité de greffe est également un attribut invariable des plantes suffisamment éloignées les unes des autres, et parfois des plantes assez étroitement alliées.
La difficulté d'accroître la stérilité par la sélection naturelle de deux espèces déjà stériles me semble mieux mise en évidence en considérant un cas réel. La primevère officinale et la primevère commune sont modérément stériles, pourtant elles produisent occasionnellement des hybrides. Or, ces hybrides, deux ou trois ou une douzaine dans toute une paroisse, occupent un terrain qui aurait pu être occupé par l'une ou l'autre espèce pure, et sans aucun doute ces dernières souffrent dans cette faible mesure. Mais pouvez-vous concevoir que des plantes individuelles de primevère commune et de primevère officinale qui se trouveraient être mutuellement un peu plus stériles (c'est-à-dire qui, croisées, donneraient un peu moins de graines) que d'habitude, profiteraient à un tel point qu'elles augmenteraient en nombre jusqu'à l'exclusion ultime de la primevère commune et de la primevère officinale actuelles ? Je ne le peux pas.
Mon fils, je suis désolé de le dire, ne peut pas voir toute la force de votre réfutation concernant le second point de la stérilité continuellement augmentée. Vous parlez dans cette réfutation, et dans le paragraphe 5, de tous les individus devenant dans une certaine mesure stériles dans certains districts : si vous admettiez qu'en étant continuellement exposés à ces mêmes conditions, la stérilité augmenterait inévitablement, il n'y aurait aucun besoin de sélection naturelle. Mais je soupçonne que la stérilité n'est pas causée tant par des conditions particulières que par une longue accoutumance à des conditions de toute sorte. Pour parler selon la pangenèse, les gemmules des hybrides ne sont pas endommagées, car les hybrides se propagent librement par bourgeons ; mais leurs organes reproducteurs sont d'une certaine manière affectés, de sorte qu'ils ne peuvent accumuler les gemmules appropriées, presque de la même manière que les organes reproducteurs d'une espèce pure deviennent affectés lorsqu'ils sont exposés à des conditions non naturelles.
Ceci est une lettre très mal exprimée et mal écrite. N'y répondez pas, à moins que l'esprit ne vous y pousse. La vie est trop courte pour une si longue discussion. Nous ne serons, je le crains fort, jamais d'accord.
LETTRE 214. A.R. WALLACE À CHARLES DARWIN. Hurstpierpoint, [avril ?] 8, 1868.
Je suis désolé que vous vous soyez donné la peine de répondre à mes idées sur la stérilité. Si vous n'êtes pas convaincu, je doute peu que j'aie tort ; et, en fait, je n'étais qu'à moitié convaincu par mes propres arguments, et je pense maintenant qu'il y a environ une chance sur deux que la sélection naturelle puisse ou non être capable d'accumuler la stérilité. Si ma première proposition est modifiée pour l'existence d'une espèce et d'une variété dans la même zone, cela fera tout aussi bien l'affaire pour mon argument. De telles choses existent certainement. Elles sont fertiles entre elles, et pourtant chacune se maintient de façon assez distincte. Comment cela peut-il être, s'il n'y a pas de répugnance à se croiser ?
Ma conviction est certainement que le nombre de descendants n'est pas un élément aussi important pour maintenir la population d'une espèce que l'approvisionnement en nourriture et d'autres conditions favorables ; car les nombres d'une espèce varient constamment et grandement dans différentes parties de sa propre zone, tandis que le nombre moyen de descendants n'est pas un élément très variable.
Cependant, je ne dirai rien de plus, mais laisserai le problème comme insoluble, craignant seulement qu'il ne devienne une arme formidable entre les mains des ennemis de la sélection naturelle.
LETTRE 215. À J.D. HOOKER.
(215/1. L'extrait suivant d'une lettre à Sir Joseph Hooker (datée du 3 avril 1868) fait référence à son discours présidentiel pour la réunion imminente de l'Association britannique à Norwich.
Quelques détails sur le succès de Sir Joseph sont donnés dans « Life and Letters », III, page 100, ainsi que dans « Life » de Huxley, Volume I, page 297, où Huxley écrit à Darwin :
« Nous avons eu une excellente réunion à Norwich, et le cher vieux Hooker s'est distingué avec beaucoup d'éclat, comme il le fait toujours dans les situations d'urgence. Le seul défaut était le terrible "Darwinismus" qui s'est répandu dans la section et a fait surface là où on l'attendait le moins, même dans la conférence de Fergusson sur les "Temples bouddhistes". Vous aurez le rare bonheur de voir vos idées triompher de votre vivant.
P.-S. — Je passe dans l'opposition ; je ne peux pas supporter cela. »)
Down, 3 avril [1868].
J'ai réfléchi à votre discours présidentiel ; je déclare que je me suis rendu très mal à l'aise en imaginant que je devais le faire, et en me sentant totalement stupéfié.
Mais je ne crois pas que vous trouverez cela si difficile. Quand vous viendrez à Down, je serai très curieux d'entendre quelles sont vos idées sur le sujet.
Pourriez-vous tirer quelque chose d'une histoire des grandes étapes du progrès de la botanique, en tant que représentante de l'ensemble de l'histoire naturelle ? Que le ciel vous protège ! Je suppose qu'il y a des hommes pour qui un tel travail ne serait pas aussi terrible qu'il m'apparaît... Si vous aviez le temps, vous devriez lire un article de W. Bagehot dans le numéro d'avril de la « Fortnightly » (215/2. « Physique et Politique », « Fortnightly Review », Volume III, page 452, 1868.), appliquant la sélection naturelle à la politique ancienne ou préhistorique, et, en fait, à la politique récente — c'est là, vous le savez, votre point de vue.
LETTRE 216. A.R. WALLACE À CHARLES DARWIN. 9, St. Mark's Crescent, N.W., 16 août [1868].
J'aurais dû écrire plus tôt pour vous remercier pour les exemplaires de vos articles sur Primula et sur les « Croisements de plantes dimorphes, etc. ». Ce dernier est particulièrement intéressant et la conclusion très importante ; mais je pense qu'elle rend la difficulté de savoir comment ces formes, avec leurs degrés variables de stérilité, ont pris naissance, plus grande que jamais. Si la « sélection naturelle » ne pouvait pas accumuler des degrés variables de stérilité pour le bénéfice de la plante, alors comment la stérilité en est-elle venue à être associée à un croisement d'une plante trimorphe plutôt qu'à un autre ? La difficulté semble être accrue par la considération que l'avantage d'un croisement avec un individu distinct est obtenu tout aussi bien par des unions illégitimes que par des unions légitimes. Par quel moyen, donc, les unions illégitimes sont-elles devenues stériles ? Il semblerait beaucoup plus simple que le pollen de chaque plante ait acquis une prépotence sur le stigmate d'un autre individu par rapport à celui du même individu, sans la complication extraordinaire de trois différences de structure et dix-huit unions différentes avec des degrés variables de stérilité !
Cependant, le fait demeure une excellente réponse à l'affirmation selon laquelle la stérilité des hybrides prouve la distinction absolue des parents.
J'ai lu avec grand plaisir le dernier discours admirable de M. Bentham (216/1. « Proc. Linn. Soc. » 1867-8, page lvii.), dans lequel il répond si bien aux grossières erreurs de l'« Athenaeum » ; et il se prononce également en faveur de la pangenèse. Je pense que nous pouvons maintenant vous féliciter d'avoir fait un précieux converti, dont les opinions sur le sujet, venant si tard et étant visiblement si bien pesées, auront beaucoup de poids.
Je me rends à Norwich mardi pour entendre le Dr Hooker, qui, je l'espère, promulguera hardiment le « darwinisme » dans son discours. (216/2. Discours présidentiel de Sir Joseph Hooker à la réunion de l'Association britannique.) Aurons-nous le plaisir de vous y voir ?
Je suis engagé dans des négociations concernant mon livre.
En espérant que vous vous portez bien et que vous avancez dans vos prochains volumes.
(216/3. M. Wallace nous autorise à ajouter la note suivante concernant ses vues plus récentes sur la question de la sélection naturelle et de la stérilité :
« En écrivant mon "Darwinisme", et en revenant à la considération de ce problème de l'effet de la sélection naturelle dans l'accumulation des variations du degré de stérilité entre variétés ou espèces naissantes vingt ans plus tard, je suis devenu plus convaincu, que je ne l'étais lors de mes discussions avec Darwin, de la précision substantielle de mon argument. Récemment, un correspondant qui est à la fois naturaliste et mathématicien m'a signalé une légère erreur dans mon calcul à la page 183 (qui n'affecte cependant pas matériellement le résultat), réfutant la "sélection physiologique" du regretté Dr Romanes, mais il ne voit aucun sophisme dans mon argument quant au pouvoir de la sélection naturelle d'accroître la stérilité entre espèces naissantes, et, pour autant que je sache, personne n'a démontré l'existence d'un tel sophisme.
« Sur les autres points où je différais de M. Darwin dans la discussion précédente — l'effet d'une grande fertilité sur la population d'une espèce, etc. — je conserve les vues que j'avais alors exprimées, mais il serait déplacé de tenter de les justifier ici. »
A.R.W. (1899).)
LETTRE 217. À C. LYELL. Down, 4 octobre [1867].
En ce qui concerne les points de votre note, il m'est arrivé de m'exprimer avec ambiguïté. À la fin du chapitre XXIII, là où je dis que les races marquées ne sont pas souvent (vous omettez « souvent ») produites par des conditions changées (217/1. « Ainsi, bien qu'il faille admettre que les nouvelles conditions de vie affectent parfois de manière définie les êtres organiques, on peut douter que des races bien marquées aient souvent été produites par l'action directe de conditions changées sans l'aide de la sélection, soit par l'homme, soit par la nature. » (« Animaux et plantes », volume II, page 292, 1868.)), je voulais faire référence à l'action directe de telles conditions dans la cause de la variation, et non comme menant à la préservation ou à la destruction de certaines formes. Il y a une différence aussi vaste à cet égard qu'entre la sélection volontaire par l'homme et les causes qui induisent la variabilité. Quelque part dans mon livre, j'ai fait référence à la connexion étroite entre la sélection naturelle et l'action des conditions externes dans le sens que vous précisez dans votre note. Et en ce sens, on peut dire que toute sélection naturelle dépend de conditions changées. Dans l'« Origine », je pense avoir sous-estimé (et pour la cause que vous mentionnez) les effets de l'action directe des conditions externes dans la production de variétés ; mais j'espère qu'au chapitre XXIII, j'ai établi un équilibre aussi juste que notre connaissance le permet.
Il est merveilleux pour moi que vous ayez la patience de lire mes épreuves, et je ne peux que le regretter, tant elles sont imparfaites ; elles doivent, je pense, vous donner une impression erronée, et si j'avais refusé catégoriquement, vous auriez peut-être eu une meilleure opinion de mon livre. Chaque épreuve est grandement modifiée, et je l'espère, améliorée.
En ce qui concerne l'ovule humain, je ne trouve pas de dimensions données, bien que j'aie souvent vu l'affirmation. Mon impression est qu'il serait à peine visible, ou à peine, si on le plaçait sur un morceau de verre clair. Huxley pourrait répondre à votre question immédiatement.
Je n'ai pas été bien ces derniers temps, et j'ai fait peu de progrès, mais je pense que mon livre sera terminé d'ici la mi-novembre.
LETTRE 218. A.R. WALLACE À CHARLES DARWIN. [Fin février 1868]
Je suis au second volume de votre livre, et j'ai été étonné par l'immense quantité de faits intéressants que vous avez rassemblés. J'ai lu le chapitre sur la pangenèse en premier, car je ne pouvais pas attendre. Je peux à peine vous dire à quel point je l'admire. C'est un véritable réconfort pour moi d'avoir une explication réalisable d'une difficulté qui m'a toujours hanté, et je ne pourrai jamais l'abandonner tant qu'une meilleure ne l'aura pas remplacée — et cela, je pense, est peu probable. Vous avez maintenant assez largement battu Spencer sur son propre terrain, car il n'offrait vraiment aucune solution aux difficultés du problème. L'incompréhensible petitesse et le grand nombre des germes ou atomes physiologiques (qui doivent eux-mêmes être composés d'un grand nombre d'unités physiologiques de Spencer) est la seule difficulté ; mais cela est seulement sur un pied d'égalité avec les difficultés dans toutes les conceptions de la matière, de l'espace, du mouvement, de la force, etc.
Tel que je comprenais Spencer, ses unités physiologiques étaient identiques à travers chaque espèce, mais légèrement différentes dans chaque espèce différente ; mais aucune tentative n'était faite pour montrer comment la forme identique du parent ou des ancêtres en était venue à être constituée de telles unités.
LETTRE 219. À A.R. WALLACE. Down, 27 février [1868].
Vous ne pouvez guère imaginer à quel point j'ai été heureux de ce que vous dites sur la pangenèse. Aucun de mes amis ne veut s'exprimer, sauf dans une certaine mesure Sir H. Holland, qui a trouvé la lecture très ardue, mais admet qu'une vue « qui lui est étroitement apparentée » devra être admise. Hooker, pour autant que je le comprenne, ce qui est difficile à l'heure actuelle, semble penser que l'hypothèse n'est guère plus que de dire que les organismes ont telles ou telles potentialités. Ce que vous dites exprime exactement et pleinement mes sentiments, à savoir que c'est un soulagement d'avoir une explication réalisable des faits variés, qui pourra être abandonnée dès qu'une meilleure hypothèse sera trouvée. Cela a certainement été un immense soulagement pour mon esprit ; car je trébuche sur le sujet depuis des années, voyant vaguement qu'une relation existait entre les diverses classes de faits. J'apprends maintenant de H. Spencer que ses vues citées dans ma note de bas de page se réfèrent à quelque chose de tout à fait distinct, comme vous semblez l'avoir perçu. (219/1. Cette lettre est publiée dans « Life and Letters », III, page 79.)
LETTRE 220. A.R. WALLACE À CHARLES DARWIN. Hurstpierpoint, 1er mars 1868.
...Sir C. Lyell m'a parlé comme s'il avait grandement admiré la pangenèse. Je suis très heureux que H. Spencer reconnaisse immédiatement que sa vue était quelque chose de tout à fait distinct de la vôtre. Bien que, comme vous le savez, je sois un grand admirateur de lui, je sens à quel point sa vue échouait à atteindre la racine du problème, comme le fait la vôtre. La sienne n'expliquait rien, bien qu'il ait été évidemment aux prises avec de grandes difficultés pour trouver une explication. La vôtre, pour autant que je puisse voir, explique tout dans la croissance et la reproduction — bien que, naturellement, le mystère de la vie et de la conscience demeure aussi grand qu'avant.
J'ai trouvé certaines parties du chapitre sur la pangenèse difficiles à lire, et je ne les ai pas encore tout à fait maîtrisées, et il y a aussi, à travers les discussions du volume II, de nombreux passages difficiles à lire, sur des points mineurs dont nous, qui n'avons pas travaillé expérimentalement à la culture et au croisement comme vous l'avez fait, pouvons difficilement voir l'importance, ou leur incidence sur la question générale.
Si on me le demande, j'écrirai peut-être un article sur le livre pour quelque périodique, et, si c'est le cas, je ferai ce que je peux pour faire apprécier la « Pangenèse »...
(220/1. Dans « Nature », 25 mai 1871, page 69, est apparue une lettre sur la pangenèse de M. A.C. Ranyard, traitant de la difficulté que les « éléments sexuels produits sur le scion » n'ont pas été montrés comme étant affectés par le porte-greffe. M. Darwin, dans une copie annotée de cette lettre, conteste l'exactitude de l'affirmation, mais ajoute : « LA MEILLEURE OBJECTION SOULEVÉE JUSQU'À PRÉSENT. » Il semble ne pas avoir utilisé les remarques de M. Ranyard dans la 2e édition de la « Variation des animaux et des plantes », 1875.)
LETTRE 221. À J.D. HOOKER. Down, 21 mai [1868].
Je sais que vous vous êtes surmené, et cela vous fait penser que vous ne faites rien en science. Si tel est le cas (ce que je ne crois pas), votre intellect s'est tout entier tourné vers l'écriture de lettres, car je n'ai jamais de ma vie reçu une lettre plus plaisante que la vôtre. Elle nous a beaucoup amusés. Comme vous êtes terriblement sévère envers le Duc (221/1. Le regretté Duc d'Argyll, dont Sir J.D. Hooker avait lu le « Reign of Law ».) : je pense vraiment que vous l'êtes trop, mais je ne suis pas un juge impartial, car un Duc, à mes yeux, n'est pas un mortel ordinaire, et ne doit pas être jugé selon les règles communes ! Je vous plains du fond de l'âme à propos du discours (221/2. Sir Joseph était président de l'Association britannique à Norwich en 1868 : voir « Life and Letters », III, page 100. La référence aux « Flores insulaires » concerne la conférence de Sir Joseph à la réunion de Nottingham de l'Association britannique en 1866 : voir « Life and Letters », III, page 47.) : cela me donne la chair de poule ; mais quand je vous ai plaint auprès de Huxley, il n'a pas voulu se joindre à moi du tout, et a seulement dit que vous aviez fait et prononcé votre conférence sur la flore insulaire si admirablement à tous égards qu'il ne voulait vous accorder aucune pitié. Il était certain que vous garderiez la tête haute. Néanmoins, je souhaite à Dieu que tout cela soit fini pour votre bien. Je pense, d'après plusieurs longues conversations, que Huxley donnera une excellente et originale conférence sur la distribution géographique des oiseaux. J'ai travaillé très dur — trop dur ces derniers temps — sur la sélection sexuelle, qui s'avère être un sujet gigantesque ; et presque chaque jour, de nouveaux sujets apparaissent, nécessitant des recherches et menant à des lettres sans fin et à des fouilles dans les livres. Je suis également importuné par des tas de lettres insensées sur toutes sortes de sujets, mais je suis très intéressé par mon sujet, et je vois parfois des lueurs d'espoir. Toutes mes autres lettres m'ont empêché de m'adonner au plaisir de vous écrire ; mais j'ai soudainement trouvé l'herbe à criquets (221/3. Sans aucun doute les plantes issues de graines prélevées dans des excréments de criquets envoyés par M. Weale d'Afrique du Sud. Le cas est mentionné dans la cinquième édition de l'« Origine », publiée en 1869, page 439.) hier en fleur, et j'ai dû l'expédier immédiatement. Je suppose que certains de vos assistants seront capables d'identifier le genre sans grande peine. J'ai peu expérimenté ces derniers temps, mais je trouve que la réséda est absolument stérile avec le pollen de la même plante. Quiconque verrait étamine après étamine se courber vers le haut et répandre du pollen sur les stigmates de la même fleur déclarerait que la structure est un mécanisme admirable pour l'auto-fécondation. Comme il est tout à fait mystérieux qu'il doive y avoir une différence dans les ovules et le contenu des grains de pollen (car les tubes pénètrent leur propre stigmate) causant la fécondation lorsque ceux-ci sont pris sur deux plantes distinctes, et menant invariablement à l'impuissance lorsqu'ils sont pris sur la même plante ! Par Jupiter, même Pan (221/4. Pangenèse.) n'expliquera pas cela. C'est un réconfort pour moi de penser que vous serez sûrement hanté sur votre lit de mort pour ne pas avoir honoré le grand dieu Pan. Je suis tout à fait ravi de ce que vous dites de mon livre, et de Bentham ; en l'écrivant, j'étais très intéressé par certaines parties, mais dernièrement, j'en pensais aussi peu de bien que l'« Athenaeum ». Il devrait être lu à l'étranger pour le bien des libraires, car cinq éditions sont sorties ou sont en train de sortir à l'étranger ! J'ai honte de dire que je n'ai lu que la partie organique de Lyell, et j'admire tout ce que j'ai lu autant que vous. Il est réconfortant de savoir que possiblement, quand on a soixante-dix ans, le cerveau peut encore être bon pour le travail. Cela me rend fou, et je sais qu'il en est de même pour vous, que l'on n'ait pas de temps pour lire quoi que ce soit au-delà de ce qui doit être lu : ma chambre est encombrée de livres non lus. Je suis d'accord sur l'intelligence merveilleuse de Wallace, mais il n'est pas assez prudent à mon avis. Je trouve que je dois (et je me méfie toujours de moi-même quand je diffère de lui) me séparer assez largement de lui sur tout ce qui concerne les nids d'oiseaux et la protection ; il chevauche ce dada jusqu'à la mort. Je n'ai jamais rien lu d'aussi misérable que la critique d'Andrew Murray sur Wallace dans le dernier numéro de son Journal. (221/5. Voir « Journal of Travel and Natural History », volume I, n° 3, page 137, Londres, 1868, pour la « Réponse à la théorie de M. Wallace sur les nids d'oiseaux » d'Andrew Murray, qui est apparue dans le même volume, page 73. Le « Journal » a pris fin après la publication d'un volume pour 1867-8.) Je crois que ce Journal va mourir, et je ne pleurerai pas : quel contraste avec l'ancien « Natural History Review ».
LETTRE 222. À J.D. HOOKER. Freshwater, île de Wight, 28 juillet [1868].
Je suis heureux d'apprendre que vous allez (222/1. Dans son discours présidentiel à Norwich.) aborder l'affirmation selon laquelle la croyance en la sélection naturelle est en train de disparaître. Je ne suppose pas que même l'« Athenaeum » prétendrait que la croyance en la descendance commune des espèces est en train de disparaître, et c'est là le point le plus important. Cette croyance maintenant presque universelle en l'évolution (d'une manière ou d'une autre) des espèces, je pense qu'elle peut être justement attribuée en grande partie à l'« Origine ». Il serait bon pour vous de jeter un œil à la courte introduction de l'« Anat. of Invertebrates » d'Owen, et de voir à quel point il admet pleinement la descendance des espèces.
De l'« Origine », quatre éditions anglaises, une ou deux américaines, deux françaises, deux allemandes, une hollandaise, une italienne, et plusieurs (comme on me l'a dit) éditions russes. Les traductions de mon livre sur la « Variation sous l'action de la domestication » sont les résultats de l'« Origine » ; et de celles-ci, deux anglaises, une américaine, une allemande, une française, une italienne et une russe sont apparues, ou apparaîtront bientôt. Ernst Haeckel m'a écrit il y a une semaine ou deux que de nouvelles discussions et revues de l'« Origine » continuent sans cesse de paraître en Allemagne, où l'intérêt pour le sujet ne diminue certainement pas. J'ai vu certaines de ces discussions, et ce sont de bonnes discussions. Je crains que l'intérêt pour le sujet ne soit pas mort en Amérique du Nord, en observant dans le livre du professeur et de Mme Agassiz sur le Brésil à quel point il est extrêmement anxieux de me détruire. En ce qui concerne ce pays, chacun peut juger par lui-même, mais vous ne diriez pas que l'intérêt s'éteint si vous regardiez le dernier numéro de l'« Anthropological Review », dans lequel je suis sans cesse raillé. Je pense que les « Principes » de Lyell produiront un effet considérable. J'espère vous avoir donné le genre d'informations que vous vouliez. Ma tête est plutôt instable, ce qui rend mon écriture pire que d'habitude.
Si vous argumentez sur la non-acceptation de la sélection naturelle, il me semble que c'est un fait très frappant que la théorie newtonienne de la gravitation, qui semble à chacun maintenant si certaine et claire, ait été rejetée par un homme aussi extraordinairement capable que Leibniz. La vérité ne pénétrera pas un esprit préoccupé.
Wallace (222/2. Wallace, « Westminster Review », juillet 1867. L'article commence ainsi : « Il n'y a pas de preuve plus convaincante de la vérité d'une théorie globale que son pouvoir d'absorber et de trouver une place pour de nouveaux faits, et sa capacité d'interpréter des phénomènes qui avaient été précédemment considérés comme des anomalies inexplicables... » M. Wallace illustre son affirmation selon laquelle « une fausse théorie ne résistera jamais à ce test » par les spéculations sur la « polarité » d'Edward Forbes (voir page 84 du présent volume) et le « Système circulaire » et « Quinaire » de Macleay publié dans ses « Horae Entomologicae », 1821, et développé par Swainson dans les volumes d'histoire naturelle de la « Cabinet Cyclopaedia » de Lardner. M. Wallace dit qu'un « nombre considérable de naturalistes bien connus ont soit parlé de manière approbatrice de cela, soit préconisé des principes similaires, et pendant pas mal d'années, c'était décidément en progression... pourtant, cela s'est complètement éteint en quelques courtes années, son existence même est maintenant une affaire d'histoire, et sa chute fut si rapide que... Swainson, peut-être, a vécu pour être le dernier homme à y croire. Telle est la marche d'une fausse théorie. Celle d'une vraie est bien différente, comme on peut bien le voir par le progrès de l'opinion sur le sujet de la sélection naturelle. »
Ici (page 3) suit un passage sur l'importance écrasante de la sélection naturelle, souligné avec une approbation apparente dans la copie de la revue appartenant à M. Darwin.), dans la « Westminster Review », dans un article sur la protection, a un bon passage, contrastant le succès de la sélection naturelle et sa croissance avec la compréhension de nouvelles classes de faits (222/3. Cette phrase plutôt obscure peut être rendue par : « son pouvoir de croissance par l'absorption de nouveaux faits. »), avec de fausses théories, telles que la théorie quinaire, et celle de la polarité, par le pauvre Forbes, qui furent toutes deux promulguées avec de grands avantages et la première temporairement acceptée.
LETTRE 223. À G.H. LEWES.
(223/1. Ce qui suit est imprimé à partir d'un projet de lettre inscrit par M. Darwin « Contre des organes ayant été formés par l'action directe du milieu chez des organismes distincts. Principalement les organes lumineux et électriques et les épines. » Le projet est écrit négligemment, et presque illisible.)
7 août 1868.
Si vous voulez dire que chez des animaux distincts, des parties ou des organes, tels par exemple que les organes lumineux des insectes ou les organes électriques des poissons, sont entièrement le résultat des conditions externes et internes auxquelles les organes ont été soumis, d'une manière si directe et inévitable qu'ils pourraient être développés qu'ils soient utiles ou non à leur possesseur, je ne peux admettre [votre vue]. Je pourrais presque aussi vite admettre que toute la structure, par exemple, d'un pic, ait ainsi pris naissance ; et qu'il doive y avoir une relation si étroite entre la structure et les circonstances externes qui ne peuvent pas affecter directement la structure me semble [être] inadmissible. De tels organes comme ceux spécifiés ci-dessus me semblent beaucoup trop complexes et généralement trop bien coordonnés avec l'ensemble de l'organisation, pour admettre qu'ils résultent de conditions indépendamment de la sélection naturelle. L'impression que j'ai eue, en étudiant la nature, est forte, que dans tous les cas, si nous pouvions rassembler toutes les formes qui ont jamais vécu, nous aurions une gradation étroite depuis un début très simple. Si des conditions similaires suffisaient, sans l'aide de la sélection naturelle, pour donner des parties ou des organes similaires, indépendamment de la parenté par le sang, je doute fort que nous aurions cette harmonie frappante entre les affinités, le développement embryologique, la distribution géographique et la succession géologique de tous les organismes alliés. Nous serions beaucoup plus perplexes que nous ne le sommes maintenant sur la façon de classer, dans une méthode naturelle, de nombreuses formes. Il est assez déconcertant de distinguer la ressemblance due à la descendance et à l'adaptation ; mais (heureusement pour les naturalistes), en raison du fort pouvoir de l'hérédité, et des causes et lois excessivement complexes de la variabilité, lorsque la même fin ou le même objet a été atteint, des parties quelque peu différentes ont généralement été modifiées, et modifiées d'une manière différente, de sorte que les ressemblances dues à la descendance et à l'adaptation peuvent communément être distinguées. Je voudrais juste ajouter, pour que nous puissions nous comprendre, comment je suppose que les organes lumineux des insectes, par exemple, ont été développés ; mais je dépends de conjectures, car si peu d'insectes lumineux existent que nous n'avons aucun moyen de juger, par la préservation jusqu'à nos jours de formes légèrement modifiées, des gradations probables par lesquelles les organes sont passés. De plus, nous ne savons pas à quoi servent ces organes. Nous voyons que les tissus de nombreux animaux, [comme] certains mille-pattes en Angleterre, sont sujets, sous des conditions inconnues de nourriture, de température, etc., à devenir occasionnellement lumineux ; tout comme le [illisible] : une telle luminosité ayant été avantageuse pour certains insectes, les tissus, je suppose, deviennent spécialisés à cette fin à un degré intensifié ; chez certains insectes dans une partie, chez d'autres insectes dans d'autres parties du corps. Par conséquent, je crois que si toutes les formes d'insectes éteintes pouvaient être rassemblées, nous aurions des gradations depuis les Elateridae, avec leurs thorax hautement et constamment lumineux, et depuis les Lampyridae, avec leurs abdomens hautement lumineux, jusqu'à certains insectes anciens occasionnellement lumineux comme le mille-pattes.
Je ne sais, mais je suppose que la structure microscopique des organes lumineux chez les insectes les plus divers est à peu près la même ; et j'attribuerais à l'héritage d'un progéniteur commun la similarité des tissus qui, dans des conditions semblables, leur permit de varier de la même manière et ainsi, par la sélection naturelle, d'arriver au même résultat pour la même fin générale. Mutatis mutandis, j'appliquerais la même doctrine aux organes électriques des poissons ; mais ici, je dois, dans mon esprit, formuler l'hypothèse violente qu'un poisson ancien était légèrement électrique sans posséder d'organes spéciaux à cet effet. Il a été affirmé, sur la foi de preuves peu dignes de confiance, que certains reptiles sont électriques. Il est, de plus, possible que les soi-disant organes électriques, alors qu'ils étaient dans une condition peu développée, aient rempli une fonction distincte : du moins, je crois que Matteucci n'a pu détecter aucune électricité pure chez certains poissons pourvus des organes appropriés. Dans l'une de vos lettres, vous faisiez allusion aux ongles, aux griffes, aux sabots, etc. En raison de leur parfaite coadaptation avec tout le reste de l'organisation, je ne peux admettre qu'ils aient été formés par l'action directe des conditions de vie. L'opinion de H. Spencer selon laquelle ils furent d'abord développés à partir d'une peau durcie, résultat de la pression sur les extrémités, me semble probable.
En ce qui concerne les épines et les dards, je suppose que des excroissances rabougries et durcies furent principalement laissées par l'avortement de divers appendices, mais je dois croire que leur extrême acuité et leur dureté sont le résultat d'une variabilité fluctuante et de la « survie du plus apte ». La forme précise, la courbure et la couleur des épines sont, je l'admets volontiers, le résultat des lois de croissance de chaque plante particulière, ou de leurs conditions, internes et externes. Ce serait un fait stupéfiant si une plante variable produisait soudainement, sans l'aide de la réversion ou de la sélection, des épines parfaites. Que la sélection naturelle tende à produire les épines les plus redoutables sera admis par quiconque a observé la distribution en Amérique du Sud et en Afrique (voir Livingstone) des plantes épineuses, car elles apparaissent toujours là où les buissons poussent isolés et sont exposés aux attaques des mammifères. Même en Angleterre, il a été remarqué que toutes les plantes à épines et à dards sont appétissantes pour les quadrupèdes, lorsque les épines sont broyées. En ce qui concerne le palmier grimpant malais, ce que je voulais exprimer est que les admirables crochets n'ont peut-être pas été développés d'abord pour grimper ; mais ayant été développés pour la protection, ils furent ultérieurement utilisés, et peut-être davantage modifiés, pour grimper.
LETTRE 224. À J.D. HOOKER. Down, 8 septembre [1868].
Au sujet de la « Pall Mall ». (224/1. « Pall Mall Gazette », 22 août 1868. Dans un article intitulé « Dr Hooker sur la religion et la science », et se référant au discours de la British Association, l'auteur s'oppose à toute opposition supposée entre la religion et la science. « La religion », dit-il, « est votre opinion sur un ensemble de sujets, la science votre opinion sur un autre ensemble de sujets. » Mais il oublie que d'un côté nous avons des opinions supposées être des vérités révélées ; et c'est une condition qui aboutit soit à l'opinion supplémentaire que ceux qui présentent des faits inconciliables sont plus ou moins méchants, soit à un changement de front du côté religieux, par lequel l'opinion théologique « déplace son terrain pour répondre aux exigences de chaque fait nouveau que la science établit, et de chaque vieille erreur que la science expose » (Dr Hooker tel que cité par la « Pall Mall »). Si les théologiens avaient eu l'habitude de reconnaître que, selon les mots de l'auteur de la « Pall Mall », « la science est un nom général pour la connaissance humaine dans sa forme la plus définie et la plus générale, quel que soit l'objet de cette connaissance », les remarques de Sir Joseph Hooker n'auraient probablement jamais été faites.) Je ne suis pas d'accord pour dire que l'article était tout à fait correct ; il m'a semblé monstrueux (et répondu sur-le-champ par le « Morning Advertiser ») que la religion n'attaquât pas la science. Cependant, quand je dis pas du tout correct, je ne suis pas sûr qu'il ne serait pas plus sage pour les hommes de science d'ignorer complètement le sujet de la religion. Goldwin Smith, qui déjeunait ici, venant avec les Norton (fils du professeur Norton et ami d'Asa Gray), qui ont loué pour quatre mois le presbytère de Keston, était fortement d'avis que c'était une erreur. Plusieurs personnes m'ont parlé avec insistance de leur grande admiration pour votre discours. Pour le cas où vous seriez curieux de vous voir en habit français, je vous envoie un journal ; également avec un faible article d'Agassiz sur la distribution géographique. Berkeley m'a envoyé son adresse (224/2. Le révérend M.J. Berkeley était président de la section D à Norwich en 1868.), j'ai donc eu une bonne excuse pour lui écrire. Je diffère de vous : je supporterais difficilement de serrer la main au « Sucre de plomb » (224/3. « Vous savez que Mme Carlyle disait que la douceur d'Owen lui rappelait le sucre de plomb. » (Huxley à Tyndall, 13 mai 1887 : « Vie » de Huxley, II, page 167.), ce que je n'avais jamais entendu auparavant : c'est capital. Je suis très heureux que vous veniez ici avec Asa Gray, car si je suis souffrant, il ne s'ennuiera pas. Nous demanderons aux Norton de venir dîner. Samedi, Wallace (et probablement Mme W.), J. Jenner Weir (un très brave homme), et Blyth, et je crains pas Bates, viennent passer le dimanche. La pensée me rend un peu nerveux ; mais je l'apprécierai énormément si cela ne me tue pas. Comme je souhaiterais qu'il vous soit possible d'être ici !
LETTRE 225. À M.J. BERKELEY. Down, 7 septembre 1868.
Je vous suis très obligé de m'avoir envoyé votre adresse (225/1. Adresse à la section D de la British Association. (« Rapport de la Brit. Assoc. », réunion de Norwich, 1868, page 83.))... car j'obtiens ainsi une bonne excuse pour vous importuner avec ce mot afin de vous remercier pour votre notice très aimable et extrêmement honorable sur mes travaux.
Quand je vous dis que depuis que j'étais étudiant à Cambridge, j'ai éprouvé à votre égard le respect le plus sincère, d'après tout ce que j'ai continuellement entendu du pauvre cher Henslow et d'autres sur votre grande connaissance et vos recherches originales, vous me croirez quand je dis que j'ai rarement été, dans ma vie, plus gratifié qu'en lisant votre adresse ; bien que je sente que vous parlez beaucoup trop fort de ce que j'ai fait. Votre notice sur la pangenèse (225/3. « Il serait impardonnable de terminer ces remarques quelque peu décousues sans faire allusion à l'un des sujets les plus intéressants du jour, la doctrine darwinienne de la pangenèse... Comme tout ce qui sort de la plume d'un auteur que je n'hésite pas, pour autant que mon jugement puisse en juger, à considérer comme étant de loin le plus grand observateur de notre âge, quoi que l'on puisse penser de ses théories lorsqu'elles sont poussées à leurs résultats extrêmes, le sujet demande une considération prudente et impartiale. » (Berkeley, page 86.)) m'a particulièrement plu, car elle a été généralement négligée ou mal accueillie par mes amis ; pourtant, j'espère pleinement qu'elle sera un jour plus couronnée de succès. Je crois être tout à fait d'accord avec vous sur la manière dont les atomes rejetés ou soi-disant gemmules agissent probablement (225/4. « En supposant la vérité générale de la théorie selon laquelle des molécules dotées de certains attributs sont rejetées par les cellules composantes, d'une infime petitesse telle qu'elles sont capables de circuler avec les fluides, et finalement d'être présentes dans la cellule embryonnaire non imprégnée et dans le spermatozoïde... il me semble bien plus probable qu'elles soient capables, dans des circonstances favorables, d'exercer une influence analogue à celle exercée par le contenu du tube pollinique ou du spermatozoïde sur le sac embryonnaire ou l'ovule, plutôt que ces particules soient elles-mêmes développées en cellules » (Berkeley, page 87).): je n'ai jamais supposé qu'elles étaient développées en cellules libres, mais qu'elles pénétraient d'autres cellules naissantes et modifiaient leur développement ultérieur. Ce processus, je l'ai effectivement comparé à la fertilisation ordinaire. Les cellules ainsi modifiées, je suppose qu'elles rejettent à leur tour des gemmules modifiées, qui se combinent à nouveau avec d'autres cellules naissantes, et ainsi de suite. Mais je ne dois pas vous déranger davantage.
LETTRE 226. À AUGUST WEISMANN. Down, 22 octobre 1868.
Je vous suis très obligé pour votre aimable lettre, et j'ai attendu une semaine avant d'y répondre dans l'espoir de recevoir la « kleine Schrift » (226/1. La « kleine Schrift » est « Ueber die Berechtigung der Darwin'schen Theorie », Leipzig, 1868. L'« Anhang » est « Ueber den Einfluss der Wanderung und raumlichen Isolirung auf die Artbildung ».) à laquelle vous faites allusion ; mais je crains qu'elle ne soit perdue, ce qui me surprend beaucoup, car j'ai rarement manqué de recevoir ce qui m'est envoyé par la poste.
Comme je n'en connais pas le titre et que je ne peux commander d'exemplaire, je vous serais très obligé si vous pouviez en épargner un autre.
Je suis ravi que vous, dont le nom m'est familier, approuviez mon travail. Je suis entièrement d'accord avec ce que vous dites sur le fait que chaque espèce varie selon ses propres lois particulières ; mais en même temps, il doit, je pense, être admis que les variations de la plupart des espèces ont été, au cours des âges, extrêmement diversifiées, car je ne vois pas comment il peut en être autrement expliqué que tant de formes aient acquis des structures analogues pour le même objet général, indépendamment de la descendance. Je suis très heureux d'apprendre que vous avez plaidé contre la loi de perfectibilité de Nageli, qui me semble superflue. D'autres soutiennent des vues similaires, mais aucun d'entre eux ne définit ce qu'est cette « perfection » qui ne peut être progressivement atteinte par la sélection naturelle. J'ai trouvé le premier pamphlet de M. Wagner (226/2. Le premier essai de Wagner, « Die Darwin'sche Theorie und das Migrationsgesetz », 1868, est un pamphlet publié séparément de 62 pages. Dans la préface, l'auteur déclare qu'il s'agit d'une version plus complète d'un document lu devant l'Académie royale des sciences de Munich en mars 1868. Nous ne pouvons dire quel écrit de Wagner est désigné comme le second pamphlet ; son second essai bien connu, « Ueber den Einfluss der Geogr. Isolirung », etc., est d'une date ultérieure, à savoir 1870.) (car je n'ai pas encore eu le temps de lire le second) très bon et intéressant ; mais je pense qu'il surestime grandement la nécessité de l'émigration et de l'isolement. Je doute qu'il ait réfléchi à ce qui doit se produire lorsque ses formes colonisent un nouveau pays, à moins qu'elles ne varient dès la toute première génération ; il n'accorde pas non plus, je pense, assez de poids aux cas de ce que j'ai appelé la sélection inconsciente par l'homme : dans ces cas, les races sont modifiées par la préservation des meilleures et la destruction des pires, sans aucun isolement.
Je compatis très sincèrement à l'état de votre vue : c'est en effet le mal le plus redoutable qui puisse arriver à quiconque, comme vous, est sincèrement attaché à la poursuite de la connaissance naturelle.
LETTRE 227. À F. MULLER. Down, 18 mars [1869].
Depuis que j'ai écrit il y a quelques jours et envoyé trois exemplaires de votre livre, j'ai lu la traduction anglaise (227/1. « Facts and Arguments for Darwin ». Voir « Life and Letters », III, page 37.), et je ne peux me refuser le plaisir d'exprimer une fois de plus ma chaleureuse admiration. Je pourrais, mais ne veux pas, répéter mes remerciements pour la manière très honorable dont vous mentionnez souvent mon nom ; mais je peux dire en vérité que je considère la publication de votre essai comme l'un des plus grands honneurs qui m'aient jamais été conférés. Rien ne peut être plus profond et frappant que vos observations sur le développement et la classification. Je suis très heureux que vous ayez ajouté votre justification concernant les métamorphoses des insectes ; car votre conclusion semble maintenant au plus haut degré probable. (227/2. Voir « Facts and Arguments for Darwin », page 119 (note), où F. Muller donne ses raisons de croire que la « métamorphose complète » des insectes n'était pas un caractère de la forme dont les insectes sont issus : son argument dépend largement de considérations tirées de l'étude des névroptères.) J'ai relu de nombreuses parties, surtout celle sur les cirripèdes, avec le plus vif intérêt. J'avais presque oublié votre discussion sur le développement rétrograde des Rhizocephala. Quelle admirable illustration elle fournit de toute ma doctrine ! Un homme doit vraiment être un fanatique en faveur d'actes de création séparés s'il n'est pas ébranlé après avoir lu votre essai ; mais je crains qu'il ne soit trop profond pour les lecteurs anglais, à l'exception d'un petit nombre choisi.
LETTRE 228. À A.R. WALLACE. 27 mars [1869].
J'ai récemment (c'est-à-dire dans la nouvelle édition de l'« Origine ») (228/1. Cinquième édition, 1869, pages 150-57.) modéré mon zèle, et attribué beaucoup plus à la simple variabilité inutile. Je pensais vous envoyer la feuille, mais j'ose dire que vous ne vous soucieriez pas de la voir, où je discute de l'essai de Nageli sur la sélection naturelle n'affectant pas les caractères sans importance fonctionnelle, et qui sont pourtant d'une grande importance classificatoire. Hooker est assez satisfait de ce que j'ai dit à ce sujet.
LETTRE 229. À J.D. HOOKER. Caerdeon, Barmouth, Pays de Galles du Nord, 24 juillet [1869].
Nous serons à la maison ce jour dans une semaine, prenant deux jours pour le voyage, et j'en serai très heureux. L'ensemble a été un échec pour moi, mais beaucoup de plaisir pour les jeunes... Ma femme a été souffrante une bonne partie du temps ; si bien que j'ai pris le lieu en grippe, malgré toute sa beauté. J'ai été heureux d'entendre ce que vous pensiez de F. Muller, et je suis entièrement d'accord avec vous. Votre lettre est arrivée au moment opportun, car j'écrivais le jour même à Muller, et j'ai transmis votre approbation des chapitres X et XI. Un jour, j'aimerais emprunter les « Transactions of the New Zealand Institute », afin de lire l'article de Colenso. (229/1. Colenso, « On the Maori Races of New Zealand ». « N.Z. Inst. Trans. » 1868, Pt. 3.) Vous devez lire Huxley c. Comte (229/2. « The Scientific Aspects of Positivism ». « Fortnightly Review », 1869, page 652, et « Lay Sermons », 1870, page 162. Il s'agissait d'une réponse à l'article de M. Congreve, « Mr. Huxley on M. Comte », publié dans le numéro d'avril de la « Fortnightly », page 407, qui avait été écrit en critique de l'article de Huxley dans le numéro de février de la « Fortnightly », page 128, « On the Physical Basis of Life ».) ; il n'a jamais rien écrit d'aussi intelligent auparavant, et a écrasé tout le monde à droite et à gauche dans un grand style. J'avais un vague désir de lire Comte, tout comme George, mais il nous a entièrement guéris d'un tel vain désir.
Il y a un autre article (229/3. « North British Review », volume 50, 1869 : « Geological Time », page 406. Les articles examinés sont ceux de Sir William Thomson, « Trans. R. Soc. Edin. » 1862 ; « Phil. Mag. » 1863 ; Thomson et Tait, « Natural Philosophy », volume I, App. D ; Sir W. Thomson, « Proc. R. Soc. Edin. » 1865 ; « Trans. Geol. Soc. Glasgow », 1868 et 1869 ; « Macmillan's Mag. » 1862 ; Prof. Huxley, discours présidentiel, « Geol. Soc. London », février 1869 ; Dr Hooker, discours présidentiel, « Brit. Assoc. » Norwich, 1868. Également la critique sur l'« Origine » dans la « North British Review », 1867, par Fleeming Jenkin, et un article dans la « Pall Mall Gazette », 3 mai 1869. L'auteur traite ce dernier avec mépris comme l'œuvre d'un journaliste anonyme, apparemment inconscient de sa propre position similaire.) qui vient de paraître dans la dernière « North British », par un grand mathématicien, qui est admirablement fait ; il vous décoche une sévère flèche (229/4. L'auteur de l'article de la « North British » semble mal comprendre ou interpréter la parabole de Sir J.D. Hooker sur le « soubassement ». Voir « Life and Letters », III, page 101 (note). Sir Joseph est attaqué avec une véhémence inutile sur un autre point à la page 413.), mais l'article est dirigé contre Huxley et pour Thomson. Cette revue me montre – non pas que j'avais besoin qu'on me le montre – à quel point Huxley est un sacré type intelligent, car le critique ne peut s'empêcher d'admirer ses capacités. Il y a de bons spécimens d'arrogance mathématique dans la revue, et incidemment il montre combien de fois les astronomes sont arrivés à des conclusions qui sont maintenant vues comme erronées ; de sorte que les géologues pourraient répondre en vérité que nous devons être lents à admettre vos conclusions. Néanmoins, tous les uniformitaristes feraient mieux de crier immédiatement « peccavi » – non pas que je ressente la conviction que le monde sera trouvé plutôt plus vieux que Thomson ne le fait, et beaucoup plus vieux que le critique ne le fait. Je suis heureux d'avoir affronté et admis la difficulté dans la dernière édition de l'« Origine », dont je suppose que vous avez reçu, selon la commande, un exemplaire.
LETTRE 230. À J.D. HOOKER. Down, 7 août [1869].
Il n'y a jamais eu un homme aussi bon que vous pour me dire des choses que j'aime entendre. Je ne suis pas du tout surpris que Hallett ait trouvé que certaines variétés de blé ne pouvaient être améliorées dans certaines qualités désirables aussi rapidement qu'au début. Toute l'expérience montre cela avec les animaux ; mais il serait, je pense, imprudent de supposer, à en juger par l'expérience réelle, qu'un peu plus d'amélioration ne pourrait être obtenue en un siècle, et théoriquement très improbable qu'après quelques milliers [d'années] de repos, il n'y aurait pas un départ dans la même ligne de variation. Ce qui m'étonne à l'encontre de l'expérience, et ce que je ne peux croire, c'est que les variétés déjà améliorées ou modifiées ne varient pas à d'autres égards. Je pense qu'il a dû généraliser à partir de deux ou trois variétés spontanément fixées. Même dans les semis issus d'une même capsule, certains varient beaucoup plus que d'autres ; ainsi en est-il des sous-variétés et des variétés. (230/1. Dans une lettre du 13 août 1869, Sir J.D. Hooker écrivait pour corriger l'impression de M. Darwin : « Je ne voulais pas dire que Hallett affirmait que toute variation s'arrêtait – loin de là : il soutenait le contraire, mais si je le comprends bien, il arrive bientôt à un point au-delà duquel toute accumulation ultérieure dans la direction recherchée est si petite et si lente que pratiquement une fixité de type (non absolue, cependant) est le résultat. »)
C'est un fait grandiose à propos de l'Anoplotherium (230/2. Cela fait peut-être référence à l'existence de l'Anoplotherium dans la formation éocène d'Amérique du Sud : c'est l'un des points où la faune d'Amérique du Sud ressemble à celle de l'Europe plutôt qu'à celle d'Amérique du Nord. (Voir Wallace, « Geographical Distribution », I, page 148.)) et montre comment même les quadrupèdes terrestres ont eu le temps autrefois de se répandre vers des régions très distinctes. À chaque époque, le monde tend à être peuplé assez uniformément, ce qui est une bénédiction pour la géologie.
L'article de la « N. British Review » (230/3. Voir lettre 229.) vaut vraiment la peine d'être lu scientifiquement ; George D. et Erasmus en ont été ravis. Comme l'auteur frappe ! C'était un euphémisme que de parler d'une flèche à votre égard : c'était un coup de pied. Il est très injuste envers Huxley, et l'accuse de « ergoter », etc. ; pourtant, l'auteur ne peut s'empêcher de l'admirer extrêmement. Je sais que je me suis senti bien petit quand j'ai fini l'article. Vous serez amusé d'observer que les géologues ont tous été induits en erreur par Playfair, qui fut induit en erreur par deux des plus grands mathématiciens ! Et il y a d'autres cas de ce genre ; ainsi, nous pourrions nous retourner et montrer à votre critique combien les géologues devraient être prudents en se fiant aux mathématiciens.
Il y a un autre excellent article original, je me sens sûr de McClennan, sur l'homme primitif, qui vaut bien la peine d'être lu.
Je ne suis pas tout à fait d'accord au sujet de Sabine : il est différent de tout autre soldat ou marin dont j'aie jamais entendu parler s'il ne mettait pas son deuxième pied dans la tombe avec plus de satisfaction en tant que K.C.B. qu'en tant qu'homme simple. Je suis tout à fait d'accord pour dire que le gouvernement aurait dû le nommer depuis longtemps, mais que sait ou que se soucie le gouvernement de la science ? Voilà pour votre splendide lettre.
LETTRE 231. À J.D. HOOKER. Down, 14 août [1869 ?]
J'écris un mot pour vous dire que vous êtes un vrai brave homme de proposer de venir ici pour un dimanche après Exeter. Gardez cette bonne intention... Je suis sûr qu'Exeter et votre autre visite vous feront du bien. Je me demande souvent comment vous supportez tout votre travail multifacette.
Je suis tout à fait d'accord sur la folie des souscriptions sans fin pour les hommes morts ; mais Faraday est une exception, et si vous voulez payer trois guinées pour moi, cela m'évitera quelques ennuis ; mais il sera préférable d'inclure un chèque, qui, comme vous le verrez, doit être endossé. Si vous lisez la « North British Review », vous aimerez savoir que George m'a convaincu, par la correspondance dans le style et l'esprit, que l'article est de Tait, le collaborateur de Thomson.
J'ai été très surpris que les feuilles de Drosophyllum soient toujours enroulées vers l'arrière à leurs pointes, mais je ne savais pas que c'était un caractère unique.
(PLANCHE : SIR J.D. HOOKER, 1870 ? D'après une photographie de Wallich.)
LETTRE 232. À J.D. HOOKER. Down, 13 novembre [1869].
J'ai appris hier par un parent qui l'avait lu dans un journal que vous étiez C.B. Il faut que je vous écrive un mot pour dire « hourra », bien que j'eusse souhaité que ce fût K.C.B., comme cela aurait dû l'être assurément ; mais je suppose qu'ils considèrent le K.C.B. avant le C.B. comme un duché avant un comté.
Nous avons passé une semaine très fructueuse à Londres ; j'étais exceptionnellement bien portant et j'ai vu bon nombre de personnes, ce qui, quand je me porte bien, est un grand plaisir pour moi. J'ai eu une joyeuse discussion avec Huxley, entre autres. Et maintenant, je suis au même travail qu'auparavant, et le serai encore pour deux mois, à savoir : rendre des phrases disgracieuses un peu plus correctes ; et ce travail m'écœure, et, comme le sujet porte entièrement sur la sélection sexuelle, je suis las de ces éternels mâles et femelles, coqs et poules.
C'est une honte de vous importuner, mais j'aimerais, à l'occasion, entendre parler de cette affaire de C.B.
J'ai lu récemment une ou deux brochures intéressantes, à savoir : Stirling l'hégélien contre Huxley et le protoplasme ; Tylor dans le « Journal of Royal Institute » sur les survivances de la pensée ancienne dans la civilisation moderne.
Adieu. Je suis aussi ennuyeux qu'un canard, mâle ou femelle.
Au Dr Hooker, C.B., F.R.S.
Dr Hooker, K.C.B. (Cela rend mieux).
P.-S. J'ai eu de bons échos de la dernière allocution de Bentham (232/1. Allocution présidentielle, traitant principalement de la distribution géographique, prononcée devant la « Linn. Soc. » le 24 mai 1869.), que je vais lire maintenant.
Je m'aperçois que j'ai fait une confusion au sujet de l'allocution de Bentham. Lyell parlait de celle que j'ai lue il y a quelques mois ; mais je l'ai relue à moitié hier soir, et je vais la terminer. Certains passages sont nouveaux ou n'avaient pas été assez étudiés par moi auparavant. Cela me semble admirable, comme à la première lecture, bien que je sois en désaccord sur quelques points.
Une telle allocution vaut son pesant d'or, je devrais dire, pour convertir les gens à nos vues. Lyell me dit que Bunbury en a été merveilleusement impressionné, alors qu'il n'avait jamais auparavant accordé d'importance à nos conceptions sur l'évolution.
P.-S. (2). Je viens de lire, et j'ai beaucoup apprécié, votre compte rendu sur Schimper. (232/2. Un compte rendu du « Traité de Paléontologie Végétale » de Schimper, dont la première partie fut publiée en 1869. « Nature », 11 novembre 1869, page 48.)
LETTRE 233. À J.D. HOOKER. Down, 19 novembre [1869].
Merci beaucoup de m'avoir tout raconté sur le C.B., car j'étais très désireux de savoir. Il me plaît énormément que le gouvernement ait fait ce geste ; et comme le nombre de K.C.B. est limité (ce que j'ignorais), je l'excuse. Je ne mentionnerai à personne ce que vous m'avez dit, car ce serait « murchisonien ». Mais quelle honte d'utiliser cette expression, car je crois fermement que Murchison se donnerait n'importe quel mal pour obtenir une marque d'honneur pour tout homme de science.
J'aime tous les périodiques scientifiques, y compris le pauvre « Scientific Opinion », et je pense mieux de « Nature » que vous ne le faites. Seigneur, quelle rapsodie c'était de Goethe, mais si bien traduite ; cela m'a semblé, comme je l'ai dit à Huxley, écrit par le plus fou des érudits anglais. C'est de la poésie, et puis-je dire quelque chose de plus sévère ? Le dernier numéro de l'« Academy » était splendide, et j'espère qu'elle paraîtra bientôt tous les quinze jours. Je souhaiterais que « Nature » fouillât plus attentivement toutes les revues et transactions étrangères.
Je lis en ce moment une épaisse brochure allemande (233/1. « Die Abhangigheit der Pflanzengestalt von Klima und Boden. Ein Beitrag zur Lehre von der Enstehung und Verbreitung der Arten, etc. » Festschrift zur 43 Versammlung Deutscher Naturforscher und Aertze in Innsbruck (Innsbruck, 1869).) de Kerner sur le Tubocytisus ; si vous tombez dessus, jetez un œil à la carte de la répartition des dix-huit quasi-espèces, et à l'arbre généalogique. Si ce dernier, comme le dit l'auteur, a été construit uniquement à partir des affinités des formes, alors la répartition est merveilleusement intéressante ; nous pouvons y voir les étapes mêmes de la formation d'une espèce. Si vous étudiez l'arbre généalogique et la carte, vous comprendrez presque le livre. Les deux anciens chaînons parents subsistent tout juste dans deux ou trois zones ; puis nous avons quatre espèces largement répandues, leurs descendantes ; et à partir d'elles, de petits groupes de descendants plus récents habitant des zones assez restreintes...
LETTRE 234. À CAMILLE DARESTE. Down, 20 novembre 1869.
Cher Monsieur,
Je suis heureux que vous soyez candidat à la chaire de physiologie à Paris. Comme vous le savez par mes ouvrages publiés, j'ai toujours considéré vos recherches sur la production des monstruosités comme pleines d'intérêt. Aucun sujet n'est à l'heure actuelle plus important, selon mon jugement, que de déterminer par l'expérience à quel point la structure peut être modifiée par l'action directe de conditions changées ; et vous avez jeté beaucoup de lumière sur ce sujet.
J'observe que plusieurs naturalistes dans diverses régions d'Europe ont récemment soutenu qu'il est désormais du plus haut intérêt pour la science de s'efforcer de diminuer, autant que possible, notre profonde ignorance sur la cause de chaque variation individuelle ; et, comme Is. Geoffroy St. Hilaire l'a fait remarquer il y a longtemps, les monstruosités ne peuvent être séparées par aucune ligne distincte des variations plus légères.
Avec mes meilleurs vœux de succès pour l'obtention de ce professorat, et avec une respectueuse considération.
J'ai l'honneur d'être, cher monsieur, votre fidèle, CHARLES DARWIN.
CHAPITRE 1.V. -- ÉVOLUTION, 1870-1882.
LETTRE 235. À J. JENNER WEIR. Down, 17 mars [1870].
C'est mon avis formel que vous devriez envoyer un compte rendu à quelque société scientifique, et je pense à la Royal Society. (235/1. Le cas de M. Jenner Weir est donné dans « Animaux et Plantes », édition II, volume I, page 435, et ne semble pas avoir été publié ailleurs. Les faits sont brièvement qu'un cheval, issu d'une jument de Lord Mostyn, qui avait précédemment porté un poulain d'un quagga, présentait un certain nombre de caractères semblables à ceux du quagga, tels que des rayures, une crinière courte et des sabots allongés. Le passage dans « Animaux et Plantes » auquel il attire l'attention de M. Weir en référence à l'objection de Carpenter, se trouve dans l'édition I, volume I, page 405 : « C'est une hypothèse très improbable que le simple sang d'un individu puisse affecter les organes reproducteurs d'un autre individu de telle manière à modifier la progéniture ultérieure. L'analogie de l'action directe du pollen étranger sur l'ovaire et les enveloppes séminales de la plante mère soutient fortement la croyance que l'élément mâle agit directement sur les organes reproducteurs de la femelle, aussi merveilleuse que soit cette action, et non par l'intervention de l'embryon croisé ». Pour les références aux expériences de M. Galton sur la transfusion sanguine, voir la lettre 273.) Je le communiquerais si vous en décidiez ainsi. Vous pourriez donner comme raison préliminaire la publication dans les « Transactions » du célèbre cas Morton et du cas du porc par M. Giles. Vous pourriez aussi faire allusion à l'évidente importance physiologique de tels faits en tant qu'ils concernent la théorie de la génération. S'il serait prudent de faire allusion à la méprisée pangenèse, je ne saurais le dire, mais je crois fermement que la pangenèse aura son heure de succès. Je vous prie de vérifier soigneusement la couleur de la mère et du père. Voyez ce que je dis sur les chevaux dun dans mon livre [« Animaux et Plantes »], volume I, page 55. L'extension de la crinière et la forme des sabots sont de grands faits nouveaux. Les poils de votre cheval sont-ils un peu frisés ? car [un] cas observé [est] donné par moi (volume II, page 325) d'après Azara, sur la corrélation entre les formes de sabots et les poils frisés. Voyez aussi dans mon livre (volume I, page 55 ; volume II, page 41) à quel point les rayures sont extrêmement rares sur le visage des chevaux en Angleterre. Donnez l'âge de votre cheval.
Vous savez que le Dr Carpenter et d'autres ont essayé d'expliquer les effets d'une première imprégnation par l'influence du sang de l'embryon croisé ; mais pour les physiologistes qui croient que les éléments reproducteurs sont réellement formés par les glandes reproductrices, cette vue est inconsistante. Je vous prie de regarder ce que j'ai dit dans « Animaux domestiques » (volume I, pages 402-5) contre cette doctrine. Il me semble plus probable que les gemmules affectent les ovaires seuls. Je me souviens avoir spéculé autrefois, comme vous, sur l'affirmation selon laquelle les épouses finissent par ressembler à leurs maris ; mais combien il est impossible d'éliminer les effets de l'imitation, des mêmes habitudes de vie, etc. Votre lettre m'a intéressé profondément.
P.-S. Depuis la publication, j'ai entendu parler de cas supplémentaires — un très bon exemple concernant des porcs westphaliens croisés par un verrat anglais, et toute la descendance ultérieure affectée, donné dans « Illust. Landwirth-Zeitung », 1868, page 143.
J'ai montré que les mules sont souvent rayées, bien qu'aucun des parents ne le soit peut-être, en raison d'une réversion ancienne. Or, Fritz Müller m'écrit du sud du Brésil : « J'ai été assuré, par des personnes qui n'avaient certainement jamais entendu parler de la jument de Lord Morton, que les juments qui ont porté des hybrides d'un âne sont particulièrement sujettes à produire par la suite des ânons rayés. » Ainsi, une fertilisation précédente donne apparemment à la progéniture ultérieure une tendance à certains caractères, tout comme les caractères réellement possédés par le premier mâle.
Dans la réimpression (non appelée seconde édition) de mes « Animaux domestiques », je donne un bon cas supplémentaire de progéniture ultérieure d'un chien sans poils naissant avec des poils à cause des effets de la première imprégnation.
P.-S. 2. La suggestion, sans doute, est superflue, mais vous devriez, je pense, mesurer l'extension de la crinière au-delà d'une ligne joignant l'avant ou l'arrière des oreilles, et comparer avec le cheval. Mesurez également (et donnez la comparaison avec le cheval) la longueur, la largeur et la profondeur des sabots.
LETTRE 236. À J.D. HOOKER. Down, 12 juillet [1870].
Votre conclusion selon laquelle toute spéculation sur la préordination est une perte de temps inutile est la seule sage ; mais combien il est difficile de ne pas spéculer ! Ma théologie est un simple méli-mélo ; je ne peux considérer l'univers comme le résultat d'un hasard aveugle, et pourtant je ne vois aucune preuve de dessein bienveillant, ni d'ailleurs de dessein d'aucune sorte, dans les détails. Quant à l'idée que chaque variation qui s'est jamais produite ait été préordonnée pour une fin particulière, je ne peux pas plus y croire que le fait que l'endroit où tombe chaque goutte de pluie ait été spécialement ordonné.
La génération spontanée semble presque une énigme aussi grande que la préordination. Je ne peux me persuader qu'une telle multiplicité d'organismes puisse avoir été produite, comme des cristaux, dans les solutions de Bastian (236/1. Le 2 septembre 1872, M. Darwin écrivit à M. Wallace, en référence au compte rendu de ce dernier sur « The Beginnings of Life » par H.C. Bastian (1872), dans « Nature », 1872, pages 284-99 : « Pour l'instant, je préférerais n'importe quelle hypothèse folle, telle que chaque molécule désintégrée des formes les plus basses puisse reproduire la forme parentale ; et que ces molécules soient universellement distribuées, et qu'elles ne perdent pas leur pouvoir vital jusqu'à ce qu'elles soient chauffées à une température telle qu'elles se décomposent comme des particules organiques mortes. ») du même type. Je suis étonné de n'avoir rencontré, jusqu'ici, aucune allusion à l'affirmation positive de Wyman (236/2. « Observations and Experiments on Living Organisms in Heated Water », par Jeffries Wyman, professeur d'anatomie au Harvard Coll. (« Amer. Journ. Sci. » XLIV, 1867, page 152.) Des solutions de matière organique dans des flacons hermétiquement scellés furent immergées dans l'eau bouillante pendant diverses durées. « Aucun infusoire d'aucune sorte n'apparaissait si l'ébullition était prolongée au-delà d'une période de cinq heures. ») que si les solutions sont bouillies pendant cinq heures, aucun organisme n'apparaît ; et pourtant, si ma mémoire est bonne, les solutions, une fois exposées à l'air, devenaient immédiatement peuplées. Contre toute évidence, je ne peux m'empêcher de soupçonner que les particules organiques (mes « gemmules » des cellules séparées des créatures inférieures !) resteront vivantes et se multiplieront par la suite dans des conditions appropriées.
Quel problème intéressant !
LETTRE 237. À W.B. TEGETMEIER. Down, 15 juillet [1870].
Il y a bien longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles, et je vous suis très obligé de votre lettre. C'est une bonne nouvelle que vous alliez publier une nouvelle édition de votre livre sur la volaille (237/1. « The Poultry Book », 1872.), et vous êtes tout à fait libre d'utiliser tous mes matériaux. Merci pour le cas curieux de la variation du canard sauvage : j'ai entendu parler d'autres exemples d'une tendance à varier chez un seul individu d'une grande nichée ou famille. J'ai trop de choses en main en ce moment pour profiter de votre offre de prêt du livre américain sur la volaille.
Je vous en prie, restez fidèle à votre idée d'étudier le sujet des variations analogues (237/2. « Par ce terme, je veux dire que des caractères semblables font occasionnellement leur apparition dans les diverses variétés ou races descendant de la même espèce, et plus rarement dans la progéniture d'espèces largement distinctes » (« Animaux et Plantes », II, édition II, page 340).) chez les pigeons ; je pense vraiment que vous pourriez ainsi apporter une contribution nouvelle et précieuse à la science. Je peux cependant très bien comprendre combien votre temps doit être occupé par les soucis éditoriaux sans fin, toujours recommencés.
Je reste à peu près le même, et je poursuis mon travail tant bien que mal.
LETTRE 238. À J.D. HOOKER. Down, 27 septembre [1870].
La vôtre était une lettre splendide, et j'étais très curieux d'entendre parler de la réunion de Liverpool (238/1. M. Huxley était président de l'Association britannique à Liverpool en 1870. Son allocution présidentielle sur « Biogenèse et Abiogenèse » est réimprimée dans ses essais recueillis, VIII, page 229. Un compte rendu de la réunion est donné dans la « Vie et lettres » de Huxley, volume I, pages 332, 336.), dont je souhaitais ardemment le succès pour l'amour de Huxley. Je suis surpris que vous pensiez que son allocution n'aurait pas été claire pour le public ; elle m'a semblé limpide. La ligne générale de son argumentation aurait pu être réfutée par le cas de la combustion spontanée : des dizaines de milliers de cas de choses ayant été vues s'enflammer ne seraient pas un argument vrai contre quiconque soutiendrait que des flammes éclatent parfois spontanément. Je suis ravi de l'apothéose de Sir Roderick ; je peux imaginer quels discours soignés et appropriés il tiendrait à chaque noble en franchissant les portes du ciel. Vous demandez ce que je pense de la conférence de Tyndall (238/2. La conférence de Tyndall était « Sur les usages scientifiques de l'imagination ».) : elle m'a semblé grandiose et très intéressante, bien que, par ignorance, je n'aie pu suivre certaines parties, et j'ai brûlé du désir de lui dire à quel point elle aurait été améliorée si toute la première partie avait été rendue beaucoup moins égotiste. George est arrivé indépendamment à la même conclusion, et a extrêmement apprécié toute la dernière partie. Il a trouvé la première partie non seulement égotiste, mais plutôt racoleuse.
Comme Tyndall expose bien la manière de philosopher « comme si », et montre qu'elle est justifiable. Certains de ces maudits Français s'en sont pris récemment à moi pour avoir utilisé cette forme de preuve ou d'argument.
Je viens de lire l'allocution de Rolleston dans « Nature » (238/3. Allocution présidentielle à la section biologique, Association britannique, 1870. « Nature », 22 septembre 1870, page 423. Rolleston faisait référence à la vitalité des graines dans le sol, un sujet sur lequel Darwin a fait des observations occasionnelles. Voir « Life and Letters », II, page 65.) : son style est tout à fait inégalé ! Je vois qu'il vous cite au sujet des graines, alors hier je suis allé observer plus attentivement le cas donné dans le papier ci-joint, que vous pourriez peut-être aimer lire et brûler.
Combien ce que vous dites sur Lyell est vrai et bon. Il est toujours le même ; Dohrn était ici hier, et faisait remarquer que personne n'était plus haut dans l'estime publique en Allemagne que Lyell.
Je suis vraiment et profondément heureux que vous pensiez à un ouvrage général sur la distribution géographique, ou quelque chose de ce genre ; je prie Dieu que vos occupations incessantes ne viennent pas interrompre cette intention. Quant à mon livre, je n'aurai pas fini ces maudites épreuves avant la fin novembre (238/4. Les épreuves de la « Filiation de l'homme » furent terminées le 15 janvier 1871.) : bon Dieu, quel cerveau embrouillé j'ai sur mes misérables vieilles épaules.
LETTRE 239. À H. SETTEGAST. Down, 29 septembre 1870.
Je vous suis très obligé de votre aimable lettre et de l'envoi de votre beau volume. (239/1. « Die Thierzucht », 1868.) Votre ouvrage ne m'est pas inconnu, car j'ai entendu dire tant de bien de lui que je me suis procuré un exemplaire de la première édition. Ce fut une grande satisfaction pour moi de trouver un homme qui avait longtemps étudié avec un esprit philosophique nos animaux domestiques, et qui était hautement compétent pour juger, en accord dans une large mesure avec mes vues. J'ai beaucoup regretté de ne pas avoir connu votre travail lorsque j'ai publié mes derniers volumes.
Je suis surpris et heureux d'apprendre que la science n'est pas tout à fait oubliée dans l'état de choses actuel si excitant. Tous ceux que je connais en Angleterre souhaitent avec enthousiasme le plein et complet succès de l'Allemagne.
P.-S. Je donnerai l'un de mes deux exemplaires de votre ouvrage à une bibliothèque scientifique publique à Londres.
LETTRE 240. À L'ÉDITEUR DE LA « PALL MALL GAZETTE ». Down, 24 mars [1871].
M. Darwin présente ses compliments à l'éditeur, et lui serait très obligé s'il voulait bien adresser et poster la lettre ci-jointe à l'auteur des deux admirables comptes rendus de la « Filiation de l'homme ». (240/1. Les notices sur la « Filiation de l'homme », publiées dans la « Pall Mall Gazette » des 20 et 21 mars 1871, étaient de M. John Morley. Nous sommes redevables à l'éditeur de la « Pall Mall Gazette » de nous avoir aimablement permis de consulter son dossier du journal.)
LETTRE 241. À JOHN MORLEY. Down, 24 mars 1871.
D'après l'esprit de votre compte rendu dans la « Pall Mall Gazette » de mon dernier livre, qui m'a fait grand plaisir, j'ai pensé que vous pourriez peut-être m'informer sur un point, en gardant, si vous le voulez bien, votre nom pour vous.
Vous dites que ma phraséologie sur la beauté est « scientifiquement vague et, sur le plan philosophique, des plus trompeuse ». (241/1. « L'ouvrage de M. Darwin est l'une de ces rares et capitales réussites de l'intellect qui opèrent une modification grave dans tous les départements les plus élevés du domaine de l'opinion... Il existe, tout au long de la description et de l'examen de la sélection sexuelle, une manière de parler de la beauté qui nous semble être hautement non philosophique, car elle suppose une certaine théorie de la beauté que les penseurs modernes les plus compétents sont bien trop loin d'accepter pour que son adoption soit tout à fait judicieuse... Pourquoi ne trouverions-nous la qualité esthétique chez les oiseaux merveilleuse que lorsqu'elle coïncide avec la nôtre ? En d'autres termes, pourquoi leur attribuer des qualités esthétiques conscientes ? Il n'y a pas plus de raison positive d'attribuer une conscience esthétique au paargus qu'il n'y en a d'attribuer aux abeilles une conscience géométrique des prismes hexagonaux et des plaques rhombiques de la ruche qu'elles construisent si merveilleusement. Par conséquent, la phraséologie que M. Darwin emploie dans cette partie du sujet, bien qu'elle n'affecte pas le degré de probabilité qui peut appartenir à cette théorie, nous semble être très vague scientifiquement et, sur le plan philosophique, des plus trompeuse. » — « Pall Mall Gazette ».) Cela n'est pas du tout improbable, car il y a presque toute une vie que je ne me suis occupé de la philosophie de l'esthétique, et je ne pensais pas alors que je ferais jamais usage de mes conclusions. Pouvez-vous m'indiquer un ou deux livres (car ma capacité de lecture n'est pas grande) qui pourraient m'éclairer ? Ou pouvez-vous m'expliquer en une ou deux phrases en quoi je me trompe ? Peut-être serait-il préférable que j'explique ce que j'entends par le sens de la beauté dans son stade le plus bas de développement, et qui ne peut s'appliquer qu'aux animaux. Lorsqu'une couleur intense, ou deux teintes en harmonie, ou une figure récurrente et symétrique plaisent à l'œil, ou qu'une seule note douce plaît à l'oreille, j'appelle cela un sens de la beauté ; et c'est dans ce sens que j'ai parlé (bien que je voie maintenant que ce ne fut pas d'une manière suffisamment prudente) d'un goût pour le beau comme étant le même chez l'humanité (car tous les sauvages admirent des morceaux de tissu brillant, des perles, des plumes, etc.) et chez les animaux inférieurs. Si le plumage bleu et jaune d'un ara (241/2. « Ce que l'homme juge être les horribles contrastes de jaune et de bleu attire l'ara, tandis que le plumage à motifs en rotule attire le paon argus » — « Pall Mall Gazette », 21 mars 1871, page 1075.) plaît à l'œil de cet oiseau, je dirais qu'il possède un sens de la beauté, bien que son goût soit mauvais selon nos critères. Maintenant, auriez-vous la bonté de me dire comment je peux apprendre à voir l'erreur de ma voie ? Bien entendu, je reconnais, comme je l'ai d'ailleurs fait remarquer dans mon livre, que le sens de la beauté dans le cas des paysages, des tableaux, etc., est quelque chose d'infiniment complexe, dépendant d'associations variées et de la culture de l'esprit. D'après une recension très intéressante dans le « Spectator », et d'après la vôtre et celle de Wallace, je m'aperçois que j'ai commis un grand oubli en n'ayant pas dit le peu que je pouvais sur l'acquisition du sens du beau par l'homme et les animaux inférieurs. Ce serait en effet un avantage immense pour un auteur s'il pouvait lire de telles critiques avant de publier. À la page 11 de votre compte rendu, vous citez par mégarde mes paroles placées par vous entre guillemets, extraites de mon volume II, page 354 : je dis que « l'homme ne peut supporter aucun grand changement », et les mots omis « aucun grand » font toute la différence dans la discussion. (241/3. « M. Darwin nous dit, et nous donne d'excellentes raisons de le penser, que "les hommes de chaque race préfèrent ce qu'ils sont habitués à voir ; ils ne peuvent supporter le changement". Pourtant, n'y a-t-il pas une contradiction entre ce fait et l'autre, à savoir qu'une race diffère d'une autre précisément parce que des nouveautés se sont présentées, et ont été avidement saisies et propagées ? »)
Permettez-moi d'ajouter quelques autres remarques. Je crois que votre critique est tout à fait juste au sujet de mon esprit historique déficient, car je suis conscient de mon ignorance dans ce domaine. (241/4. « Dans l'esprit historique, cependant, M. Darwin doit être déclaré assez déficient. Lorsque, par exemple, il parle du "grand péché de l'esclavage" comme ayant été général chez les nations primitives, il oublie que, bien que détenir un esclave serait une dégradation coupable pour un Européen d'aujourd'hui, la pratique consistant à transformer les prisonniers de guerre en esclaves, au lieu de les massacrer, n'était pas du tout un péché, mais marquait une amélioration décidée des mœurs humaines. ») D'un autre côté, si vous étiez un jour amené à relire le chapitre III, et surtout le chapitre V, je pense que vous trouverez que je ne suis pas sujet à toutes vos critiques ; bien que j'aie senti que je marchais sur un chemin qui m'était inconnu et rempli de chausse-trapes ; mais j'ai eu l'avantage de discussions antérieures menées par des hommes capables. J'ai essayé de dire avec la plus grande insistance qu'un grand philosophe, législateur, etc., faisait bien plus pour le progrès de l'humanité par ses écrits ou son exemple qu'en laissant une nombreuse descendance. Je me suis efforcé de montrer comment la lutte pour l'existence entre tribu et tribu dépend d'une avancée dans les qualités morales et intellectuelles des membres, et non simplement de leur capacité à obtenir de la nourriture. Lorsque je parle de la nécessité d'une lutte pour l'existence afin que l'humanité avance encore plus haut dans l'échelle, je ne fais pas référence au PLUS, mais au fait que « les hommes les plus hautement doués » réussissent dans la bataille pour la vie ; je faisais référence à ma supposition selon laquelle les hommes, dans n'importe quel pays, sont divisés en deux groupes égaux — à savoir, les plus et les moins hautement doués, et que les premiers réussissent en moyenne le mieux.
Mais j'ai bien des raisons de m'excuser de la longueur de cette lettre mal exprimée. Ma seule excuse est l'intérêt extraordinaire que j'ai éprouvé à lire votre recension, et le plaisir que j'ai eu à observer les points qui ont attiré votre attention. Je dois dire un mot de plus. Ayant gardé le sujet de la sélection sexuelle à l'esprit pendant de très nombreuses années, et étant devenu de plus en plus satisfait de celle-ci, j'ai la grande confiance que, dès que la notion sera rendue familière aux autres, elle sera acceptée, du moins dans une mesure beaucoup plus grande qu'à l'heure actuelle. Avec sincère respect et remerciements...
LETTRE 242. À JOHN MORLEY. Down, 14 avril [1871].
Comme ce mot ne nécessite aucune réponse, je ne me fais aucun scrupule d'écrire quelques lignes pour dire combien fidèle et complet est le résumé que vous avez donné de mes notions sur le sens moral dans la « Pall Mall », et pour faire quelques remarques atténuantes ou explicatives. (242/1. « Ce qu'on appelle la question du sens moral en est réellement deux : comment la faculté morale est acquise, et comment elle est régulée. Pourquoi obéissons-nous à la conscience ou ressentons-nous de la douleur à lui désobéir ? Et pourquoi la conscience prescrit-elle un certain genre d'action et en condamne-t-elle un autre ? Pour le dire plus techniquement, il y a la question de l'existence subjective de la conscience, et il y a la question de ses prescriptions objectives. Premièrement, pourquoi est-ce que je pense qu'il est obligatoire de faire mon devoir ? Deuxièmement, pourquoi est-ce que je pense qu'il est de mon devoir de faire ceci et non de faire cela ? Bien que, cependant, la deuxième question doive être traitée indépendamment, pour des raisons que nous suggérerons bientôt, la réponse historique à celle-ci, ou les divers motifs pour lesquels les hommes ont identifié certaines sortes de conduite au devoir, plutôt que des conduites du genre opposé, jette de la lumière sur l'autre question des conditions de croissance de l'idée du devoir en tant que directeur souverain et impérial. M. Darwin ne nous semble pas avoir parfaitement reconnu la séparation logique entre les deux côtés de la question du sens moral. Par exemple, il dit (i. 97) que "les philosophes de l'école dérivative de la morale supposaient autrefois que le fondement de la morale résidait dans une forme d'égoïsme ; mais plus récemment dans le principe du plus grand bonheur". Mais M. Mill, auquel M. Darwin se réfère, a expressément montré que le principe du plus grand bonheur est une NORME, et non un FONDEMENT, et que sa validité en tant que norme de l'action juste et injuste est tout aussi soutenable par celui qui croit que le sens moral est inné que par celui qui soutient qu'il est acquis. Il dit distinctement que les sentiments sociaux de l'humanité forment "la base naturelle du sentiment pour la morale utilitariste". Loin de considérer le principe du plus grand bonheur comme le fondement de la morale, il le décrirait comme le principe formateur de la superstructure dont les sentiments sociaux de l'humanité sont le fondement. Entre M. Darwin et les utilitaristes, en tant qu'utilitaristes, il n'y a pas de querelle telle qu'il semble le supposer. L'utilitariste le plus étroit pourrait dire peu de chose de plus que ce que M. Darwin dit (ii. 393) : "Comme tous les hommes désirent leur propre bonheur, l'éloge ou le blâme est décerné aux actions et aux motifs selon qu'ils tendent à cette fin ; et, comme le bonheur est une partie essentielle du bien général, le principe du plus grand bonheur sert INDIRECTEMENT de norme PRESQUE sûre du bien et du mal." Il n'est peut-être pas impertinent de soupçonner que les adverbes hésitants que nous avons imprimés en italiques n'indiquent rien d'autre que la réticence d'un converti à moitié conscient au pur utilitarisme. À un autre endroit (i. 98), il admet que "comme tous souhaitent le bonheur, le principe du plus grand bonheur sera devenu un guide et un objet secondaires des plus importants, les instincts sociaux, y compris la sympathie, servant toujours d'impulsion et de guide primaires". C'est exactement ce que dit M. Mill, seulement au lieu d'appeler le principe un guide secondaire, il l'appellerait une norme, pour le distinguer de l'impulsion sociale, dans laquelle, tout autant que M. Darwin, il reconnaît la base et le fondement. » — « Pall Mall Gazette », 12 avril 1871.) Comment l'erreur que j'ai commise en parlant du plus grand bonheur comme fondement de la morale est apparue, m'est totalement inintelligible : n'importe quand au cours des dernières années, j'aurais tourné une telle idée en dérision. M. Lecky n'a jamais fait de plus grande bévue, et votre bienveillance vous a fait me laisser partir trop facilement. (242/2. Dans la première édition de « La Filiation de l'Homme », I., page 97, M. Lecky est cité comme l'un de ceux qui supposaient que « le fondement de la morale résidait dans une forme d'égoïsme ; mais plus récemment dans le principe du "plus grand bonheur" ». Le nom de M. Lecky est omis dans ce contexte dans la deuxième édition, page 120. Dans cette édition, M. Darwin rend plus clair le fait qu'il attache le plus d'importance à l'instinct social en tant qu'« impulsion et guide primaires ».) En ce qui concerne M. Mill, rien ne m'aurait fait plus plaisir que de m'être appuyé sur sa grande autorité au sujet des instincts sociaux, mais la phrase que je cite au [volume I.] page 71 (« si, comme c'est ma propre conviction, les sentiments moraux ne sont pas innés, mais acquis, ils ne sont pas pour autant moins naturels ») me semble quelque peu contradictoire avec les autres mots que je cite, de sorte que je ne savais qu'en penser ; d'autant plus qu'il dit si peu de chose sur les instincts sociaux. Lorsque je parle de l'activité intellectuelle comme base secondaire de la conscience, je voulais dire dans mon esprit secondaire dans la période de développement ; mais personne ne pouvait s'attendre à comprendre une ellipse aussi grande. En référence à votre dernière phrase, ne pensez-vous pas que l'homme aurait pu régresser dans ses instincts parentaux, matrimoniaux et autres sans avoir régressé dans ses instincts sociaux ? Et je ne pense pas qu'il existe une quelconque preuve que l'homme ait jamais existé en tant qu'animal non social. Je dois ajouter que j'ai été très heureux de lire vos remarques sur le cas supposé de l'abeille : cela offre un contraste amusant avec ce que Miss Cobbe a écrit dans la « Theological Review ». (242/3. M. Darwin dit (« La Filiation de l'Homme », édition I, volume I, page 73 ; édition II, page 99), « que si les hommes vivaient comme les abeilles, nos femelles célibataires penseraient qu'il est un devoir sacré de tuer leurs frères ». Miss Cobbe remarque à ce sujet « que les principes du devoir social seraient renversés » (« Theological Review », avril 1872). M. Morley, d'un autre côté, dit de l'assertion de Darwin qu'elle est « aussi rassurante que le plus absolu des moralistes pourrait le désirer. Car cela revient à dire que les fondements de la morale, les distinctions du bien et du mal, sont profondément ancrés dans les conditions mêmes de l'existence sociale ; qu'il existe face à ces conditions une différence positive et définie entre le moral et l'immoral, le vertueux et le vicieux, le bien et le mal, dans les actions des individus participant à cette existence sociale ».) Sans aucun doute, le grand principe d'agir pour le bien de tous les membres de la même communauté, et par conséquent le bien de l'espèce, aurait toujours conservé un pouvoir souverain.
LETTRE 243. À J.D. HOOKER.
Haredene, Albury, Guildford, 6 août [1871].
J'ai lu avec le plus grand intérêt l'adresse de Thomson ; mais vous dites si EXACTEMENT ET PLEINEMENT tout ce que je pense, que vous m'avez enlevé tous les mots de la bouche ; même au sujet de Tyndall. C'est un gain qu'un homme si merveilleux, bien que non naturaliste, devienne un converti à l'évolution ; Huxley, semble-t-il, a fait remarquer dans son discours que c'était le cas. J'aimerais savoir ce qu'il entend par dessein, — je ne peux absolument pas comprendre, car je présume qu'il ne croit pas aux interpositions spéciales. (243/2. Voir « British Association Report », page cv. Lord Kelvin parle très dubitativement de l'évolution. Après avoir cité le passage conclusif de l'« Origine », il poursuit : « J'ai omis deux phrases... décrivant brièvement l'hypothèse de "l'origine des espèces par la sélection naturelle", parce que j'ai toujours senti que cette hypothèse ne contient pas la vraie théorie de l'évolution, SI ÉVOLUTION IL Y A EU en biologie » (les italiques ne sont pas dans l'original). Lord Kelvin décrit ensuite comme une « critique des plus précieuses et instructives » la remarque de Sir John Herschel selon laquelle la doctrine de la sélection naturelle est « trop semblable à la méthode laputienne de faire des livres, et qu'elle ne prenait pas suffisamment en compte une intelligence continuellement directrice et contrôlante ». Mais il faut se rappeler que c'est dans ce discours de Lord Kelvin qu'il suggéra la possibilité que des « pierres météoriques porteuses de semences se déplaçant à travers l'espace » inoculent la terre avec des organismes vivants ; et s'il suppose que la population entière du globe doit être retracée jusqu'à ces « fragments moussus provenant des ruines d'un autre monde », il est évident qu'il croit en une forme d'évolution, et une dans laquelle une intelligence contrôlante n'est pas très évidente, en tout cas pas dans le stade initial et primordial.) La remarque de Herschel était une bonne raillerie. Elle m'a fait insérer la comparaison avec la Madone de Raphaël, lorsque je décrivais dans « La Filiation de l'Homme » la manière de formation des merveilleux ornements à motifs en rotule, et je jurerai de la vérité de ce cas. (243/3. Voir « La Filiation de l'Homme », II., page 141. Darwin dit que personne n'attribuera l'ombrage des « yeux » sur les ailes du paon argus au « concours fortuit d'atomes de matière colorante ». Il poursuit en disant que le développement de l'effet à rotule par le biais de la sélection naturelle semble d'abord aussi incroyable que le fait que « l'une des Madones de Raphaël ait pu être formée par la sélection de taches de peinture dues au hasard ». La remarque de Herschel, citée dans « Life and Letters », II., page 241, que l'« Origine » illustre la « loi du pêle-mêle », est probablement une variante conversationnelle de la comparaison laputienne qui a donné naissance au passage dans « La Filiation de l'Homme » (voir lettre 130).)
Vous connaissez la variété à feuilles de chêne du chèvrefeuille commun ; je ne pouvais pas persuader une dame que ce n'était pas le résultat du chèvrefeuille grimpant sur un jeune chêne ! N'est-ce pas semblable au cas de la Viola ?
LETTRE 244. À JOHN LUBBOCK (LORD AVEBURY). Haredene, Albury, Guildford, 12 août [1871].
J'espère que l'envoi des épreuves ici ne vous incommodera pas. Je les ai lues avec une satisfaction infinie, et toute la discussion me frappe comme étant admirable. Je n'ai aucun livre ici, et je souhaite vivement pouvoir voir une planche de Campodea. (244/1. « Sur l'origine des insectes ». Par Sir John Lubbock, Bart. « Journ. Linn. Soc. (Zoology) », volume XI., 1873, pages 422-6. (Lu le 2 novembre 1871.) Dans le paragraphe final, l'auteur écrit : « Si ces vues sont correctes, le genre Campodea [un insecte] doit être considéré comme une forme d'intérêt remarquable, puisqu'il est le représentant vivant d'un type primordial dont non seulement les Collembola et les Thysanura, mais les autres grands ordres d'insectes, ont tous tiré leur origine ». (Voir aussi « Brit. Assoc. Report », 1872, page 125 — Discours de Sir John Lubbock ; et pour une figure de Campodea, voir « Nature », volume VII., 1873, page 447.)) Je n'ai jamais beaucoup réfléchi à la difficulté que vous indiquez, et sur laquelle vous jetez tant de lumière. (244/2. La difficulté mentionnée est expliquée par la première phrase de l'article de Lord Avebury. « Les métamorphoses de ce groupe (insectes) m'ont toujours semblé être l'une des plus grandes difficultés de la théorie darwinienne... J'éprouve une grande difficulté à concevoir par quel processus naturel un insecte doté d'une bouche suceuse, comme celle d'un moustique ou d'un papillon, pourrait être développé à partir d'un type puissamment mandibulaire comme les orthoptères, ou même à partir des névroptères... Un indice pour la difficulté peut, je pense, être trouvé dans la distinction entre les changements développementaux et adaptatifs sur lesquels j'ai appelé l'attention de la Société dans un mémoire précédent. » La distinction entre changements développementaux et adaptatifs est mentionnée, mais non discutée, dans l'article « Sur l'origine des insectes » (loc. cit., page 422) ; dans un article antérieur, « Sur le développement de Chloeon (Ephemera) dimidiatum » (« Trans. Linn. Soc. » XXV. page 477, 1866), cette question est traitée en détail.) Je n'ai que quelques remarques insignifiantes à faire. À la page 44, j'aurais souhaité que vous ayez développé un peu ce que vous avez dit de la distinction entre les changements développementaux et adaptatifs ; car je ne me souviens pas tout à fait du point, et d'autres seront peut-être dans la même situation. Je pense avoir toujours vu que la larve et l'adulte pouvaient être séparément modifiés dans n'importe quelle mesure. En gardant à l'esprit les étranges changements de fonction que subissent les parties, avec l'état intermédiaire d'usage (244/3. Cette phrase légèrement obscure peut être paraphrasée : « les stades gradationnels étant utiles à l'organisme ».), il me semble que vous parlez avec un peu trop d'audace de l'impossibilité pour un insecte mandibulaire d'être converti en un insecte suceur (244/4. « Il existe, cependant, des difficultés particulières dans ces cas où, comme chez les lépidoptères, la même espèce est mandibulaire à l'état larvaire et suceuse à l'état d'embryon » (Lubbock, « Origin of Insects », page 423).); non pas que je doute le moins du monde de la valeur de votre explication.
Les cirripèdes passant par ce que j'ai appelé un état pupal (244/5. « Par conséquent, la larve, dans ce, son dernier stade, ne peut manger ; elle peut être appelée une "pupe locomotive" ; toute son organisation est apparemment adaptée à la seule grande fin de trouver un site approprié pour son attachement et sa métamorphose finale. » (« A Monograph on the Sub-Class Cirripedia ». Par Charles Darwin. Londres, Ray Soc., 1851.)) en ce qui concerne leurs bouches, soutient assez bien ce que vous dites à la page 52.
À la page 40, vos remarques sur le paon argus (244/6. Il n'y a aucune mention du paon argus dans l'article publié.) (bien que je n'aie pas la moindre objection à leur égard) ne me semblent pas très appropriées en tant qu'étant liées aux facultés mentales. Si vous pouvez me céder ces épreuves une fois terminées, je vous en serai obligé, car je corrigerai une nouvelle édition de l'« Origine » à mon retour, bien que ce sujet soit trop vaste pour que je puisse l'aborder. Je vous remercie sincèrement pour le grand intérêt que votre discussion m'a procuré.
Je vous suis très reconnaissant pour votre lettre du mois de novembre dernier, si intéressante et si généreuse, qui m’est parvenue il y a quelques jours seulement. Je me sens désormais bien mieux informé sur la signification de vos travaux, et je vous remercie sincèrement de m’avoir expliqué avec autant de clarté ce qui m’échappait auparavant. Il est tout à fait fascinant de voir comment, en étudiant ces fossiles, vous avez pu établir une loi de développement qui semble si bien expliquer la manière dont les formes se succèdent au fil du temps. Je comprends à présent le sens de votre « saut » de stades, que vous appelez accélération, et l’idée que les descendants puissent acquérir des caractéristiques adultes à un âge de plus en plus précoce. C’est une perspective qui me semble pleine de promesses, et je regrette d’autant plus ma méconnaissance initiale.
Quant à la question de savoir si j’ai moi-même pressenti ces idées, il est fort possible que, dans la confusion des premières éditions de l’« Origine », j’aie effleuré des notions similaires sans toutefois leur donner la rigueur nécessaire. Il m’arrive souvent, en relisant mes propres écrits, de m’étonner de ce que j’ai pu laisser en suspens. Je lirai avec la plus grande attention votre traité sur les « Ammonites » dès que je l’aurai reçu.
Veuillez m’excuser si je ne suis pas en mesure de discuter plus longuement de ces sujets complexes, car ma santé me contraint à une grande prudence. Je reste néanmoins votre obligé pour le temps que vous avez pris à m’éclairer, et je me réjouis de voir de tels travaux poursuivre l’exploration de ces lois de l’hérédité qui nous occupent tant. Avec mes sentiments les plus distingués.
Je vous remercie sincèrement de votre lettre des plus intéressantes. Vous faites preuve d'une modestie excessive quant à vos propres connaissances et discernement, car vous êtes bien mieux placé que moi pour éclairer vos propres problèmes complexes.
Il m’a fort contrarié de ne pas comprendre clairement vos vues et celles du professeur Cope (254/1. Les vues du professeur Cope peuvent être déduites de son ouvrage « Origin of the Fittest », 1887 ; dans ce livre (page 41) est réimprimé son « Origin of Genera » paru dans les « Proc. Philadelph. Acad. Nat. Soc. » de 1868, publié séparément par l’auteur en 1869, et qui est, à notre connaissance, sa première publication sur le sujet. Dans la préface de « Origin of the Fittest », page vi, il résume les points principaux de « Origin of Genera » en sept points, dont les suivants sont les plus importants : « Premièrement, que le développement de nouveaux caractères a été accompli par une ACCÉLÉRATION ou une RETARDATION dans la croissance des parties modifiées... Deuxièmement, qu’il existe un PARALLÉLISME EXACT entre l’adulte d’un individu ou d’un groupe d’individus, et un stade transitionnel d’un ou plusieurs autres individus. Cette doctrine est distincte de celle d’un parallélisme exact, déjà énoncée par von Baer. » Le dernier point est énoncé de manière moins précise par Hyatt dans sa lettre du 4 décembre 1872. « Je suis donc perpétuellement conduit à considérer une série un peu comme un individu, et je pense avoir trouvé que, dans de nombreux cas, celles-ci offrent des changements parallèles. » Voir aussi « Lamarck the Founder of Evolution, par A.S. Packard : New York, 1901 »), et la faute en revient, je pense, dans une certaine mesure au professeur Cope, qui n’écrit pas très clairement. Je crois comprendre maintenant les termes « accélération » et « retardation » ; mais auriez-vous l’obligeance de me dire, à l’aide de l’illustration suivante, si je saisis bien ? Lorsqu’un crustacé décapode d’eau douce naît avec une structure presque mature, et ne passe donc pas, contrairement aux autres décapodes, par le stade Zoé, n’est-ce pas là un cas d’accélération ? Inversement, si un décapode imaginaire conservait, à l’état adulte, de nombreux caractères de Zoé, ne serait-ce pas un cas de retardation ? Si ces illustrations sont correctes, je comprends pourquoi j’ai été si lent à saisir vos vues. Je cherchais autre chose, étant familier avec de tels cas, et les classant dans mon esprit comme étant simplement dus à l’oblitération de certains stades larvaires ou embryonnaires. Cette oblitération, j’imaginais qu’elle résultait parfois entièrement de cette loi de l’hérédité à laquelle vous faites allusion ; mais qu’elle était, dans de nombreux cas, aidée par la sélection naturelle, comme je l’ai déduit du fait que de tels cas surviennent si fréquemment chez les membres terrestres et d’eau douce de groupes qui conservent leurs divers stades embryonnaires dans la mer, aussi longtemps que les conditions appropriées sont présentes.
Une autre cause de mon incompréhension était l’hypothèse que dans votre série
a--ab--abd--ae,--------ad
les différences entre les espèces successives, exprimées par la lettre terminale, étaient dues à l’accélération : or, si je comprends bien, ce n’est pas le cas ; et de tels caractères ont dû être acquis indépendamment par quelque moyen.
Les deux points les plus nouveaux et les plus intéressants de votre lettre (et, pour autant que je m’en souvienne, de votre article précédent) me semblent concerner les caractères séniles d’une espèce apparaissant chez les espèces suivantes au stade de la maturité ; et deuxièmement, certains caractères dégradés apparaissant chez la dernière espèce d’une série. Vous me demandez mon opinion : je ne peux envoyer que les impressions conjecturales qui me sont venues à l’esprit et qui ne méritent pas d’être écrites. (Il faudrait savoir si le caractère sénile apparaît avant ou après la période de reproduction active.) Je serais enclin à attribuer le caractère, dans vos deux cas, aux lois de la croissance et de la descendance, et secondairement à la sélection naturelle. Ce fut une erreur de ma part, et un malheur pour moi, de ne pas avoir largement discuté ce que j’entends par lois de la croissance au début de certains de mes livres. J’ai dit quelque chose à ce sujet dans deux nouveaux chapitres de la dernière édition de « l’Origine ». Je serais heureux de vous en envoyer un exemplaire si vous ne le possédez pas et souhaitez l’avoir. Un homme dans un âge très avancé diffère beaucoup d’un jeune homme, et je présume que tout le monde expliquerait cela par le déclin des pouvoirs de croissance. D’un autre côté, le crâne de certains mammifères continue de se modifier pendant la maturité jusqu’à un âge avancé ; tout comme les bois du cerf, les plumes caudales de certains oiseaux, la taille des poissons, etc. ; et toutes ces différences, je les attribuerais simplement aux lois de la croissance, tant que la pleine vigueur est conservée. D’innombrables autres changements de structure dans les espèces successives peuvent, je crois, être expliqués par diverses lois complexes de la croissance. Or, tout changement de caractère ainsi induit avec l’avancement en âge chez l’individu pourrait facilement être hérité à un âge plus précoce que celui auquel il est apparu initialement, et devenir ainsi caractéristique de l’espèce mature ; ou encore, de tels changements auraient tendance à découler de la variation, indépendamment de l’hérédité, dans des conditions appropriées. Par conséquent, je m’attendrais à ce que des caractères de ce genre apparaissent souvent chez les espèces formées plus tardivement sans l’aide de la sélection naturelle, ou avec son aide si les caractères présentaient un quelconque avantage. Plus je vis, plus je suis convaincu à quel point nous ignorons dans quelle mesure toutes sortes de structures sont utiles à chaque espèce. Mais que des caractères survenant pendant la maturité chez une espèce apparaissent aussi régulièrement, comme vous l’affirmez, chez les espèces suivantes, me semble très surprenant et inexplicable.
En ce qui concerne la dégradation des espèces vers la fin d’une série, je n’ai rien à dire, si ce n’est qu’avant d’arriver à la fin de votre lettre, il m’est venu à l’esprit que les ammonites les plus anciennes et les plus simples devaient être bien adaptées à leurs conditions, et que lorsque les espèces tendaient vers l’extinction (en raison probablement de la présence de concurrents plus performants), elles devenaient naturellement réadaptées à des conditions plus simples. Avant d’avoir lu vos remarques finales, je pensais aussi que des conditions défavorables pouvaient provoquer, par la loi de la croissance, aidée peut-être par la réversion, une dégradation du caractère. Il ne fait aucun doute que de nombreuses lois restent à découvrir. Permettez-moi d’ajouter que je n’ai jamais été assez insensé pour imaginer avoir réussi à faire plus que d’esquisser quelques-unes des grandes lignes de l’origine des espèces.
Après une longue réflexion, je ne peux éviter la conviction qu’il n’existe aucune tendance innée au développement progressif, comme le soutiennent tant de naturalistes compétents, et peut-être vous-même. Il est curieux de voir à quel point les auteurs définissent rarement ce qu’ils entendent par développement progressif ; mais c’est un point que j’ai brièvement discuté dans « l’Origine ». J’espère ardemment que vous visiterez le célèbre gisement d’Hilgendorf. Avez-vous vu la brochure de Weismann, « Einfluss der Isolirung », Leipzig, 1872 ? Il fait un usage splendide des admirables observations d’Hilgendorf. (254/2. Hilgendorf, « Monatsb. K. Akad. » Berlin, 1866. Pour un compte rendu semi-populaire des travaux d’Hilgendorf et d’Hyatt sur ce sujet, voir « Darwin and after Darwin » de Romanes, I, page 201.) Je n’ai aucune force à épargner, étant en très mauvaise santé ; sinon, j’aurais tenté de rendre cette lettre plus digne d’être envoyée. Je vous souhaite très sincèrement du succès dans vos précieuses et difficiles recherches.
J’ai bien reçu vos trois brochures, et je vous en remercie. Autant que je puisse en juger, vos vues semblent très probables ; mais quel sujet effroyablement complexe que celui de la succession des ammonites. (254/3. Voir divers articles dans les publications de la « Boston Soc. Nat. Hist. » et dans le « Bulletin of the Harvard Museum of Comp. Zoology ».)
LETTRE 255. A. HYATT À CHARLES DARWIN. Cannstadt bei Stuttgart, 8 décembre 1872.
La rapidité et la sincérité de votre réponse à ma lettre m’apportent le plus grand encouragement, et je suis ravi de l’intérêt inattendu que vos questions et commentaires témoignent. Ce que vous dites du style du professeur Cope m’a souvent été dit auparavant, et j’ai remarqué dans ses écrits un traitement insatisfaisant de notre théorie commune. Cela, je pense, est peut-être largement dû à l’absorption complète de son esprit dans la contemplation de son sujet : cela semble le conduire à négliger les méthodes par lesquelles il peut être le mieux expliqué. Il possède cependant une connaissance plus étendue que la mienne, et a, à bien des égards, une saisie plus puissante du sujet, et pour cette raison même, peut-être, est-il enclin à tomber dans les extrêmes. Vous posez des questions sur le saut du stade Zoé chez les décapodes d’eau douce : est-ce là une illustration de l’accélération ? C’en est très certainement une, si le terme accélération signifie quelque chose. Encore une fois, une autre illustration, plus générale, serait si, parmi les décapodes marins, une série pouvait être formée dans laquelle le stade Zoé deviendrait de moins en moins important dans le développement, et serait relégué à des stades de développement de plus en plus jeunes, pour finalement disparaître dans ceux auxquels vous faites référence. C’est la manière habituelle dont le mode de développement accéléré se manifeste ; bien que, près des espèces les plus basses ou apparaissant le plus tôt, il faille également s’y attendre. Peut-être que ceci, auquel vous faites allusion, est une illustration quelque peu similaire à celle dont j’ai parlé dans ma série,
a--ab--abc--ae--------ad,
qui, comme « a d », provient du plus ancien d’une série, bien que je devrais penser, d’après le saut complet du stade Zoé, que cela doit être, comme « a e », le résultat d’une longue lignée d’ancêtres. En fait, le point essentiel de notre théorie est que les caractéristiques sont toujours héritées par les jeunes à des périodes plus précoces que celles auxquelles elles sont assumées dans le cours normal de la croissance par les parents, et que cela doit inévitablement conduire à l’extinction ou au saut pur et simple de ces caractéristiques...
De telles considérations, ainsi que le fait que près du sommet des séries ou près des derniers membres des séries, et non au début, se trouvaient généralement les types accélérés, qui sautaient des caractéristiques inférieures et se développaient très soudainement vers un point de vue plus élevé et plus complexe dans la structure, ont conduit Cope et [moi-même] à ce qui pourrait être une grave erreur. Je vois que cela vous a conduit, au moins, dans la difficulté dont vous vous plaignez très justement, et qui, je le regrette, vous a coûté une partie de votre précieux temps. Nous avons présumé que parce que les caractéristiques étaient perpétuellement héritées à des stades plus précoces, cette concentration même des caractéristiques développées laissait place à la production de différences chez les descendants adultes d’un couple donné. De plus, que dans l’espace ainsi créé, d’autres caractéristiques différentes devaient être produites, et que celles-ci apparaîtraient nécessairement plus tôt à mesure que l’espèce était plus ou moins accélérée, et seraient plus ou moins grandes dans la même proportion. Enfin, que chez les plus accélérés, tels que « a c » ou « a d », la différence serait si grande qu’elle constituerait des genres distincts. Cope et moi avons beaucoup différé ; tandis qu’il reconnaissait l’action du mode de développement accumulé seulement lorsque des caractéristiques génériques ou des différences plus grandes étaient produites, je voyais ce même mode de développement comme étant applicable dans tous les cas et à toutes les caractéristiques, même aux maladies. Jusqu’ici, les faits nous soutenaient, mais lorsque nous avons supposé que les différences adultes étaient le résultat du mode de développement accéléré, nous étions peut-être sur un terrain plutôt peu sûr. C’est évidemment cette supposition qui vous a conduit à mal interpréter la théorie. Cope a fondé sa conviction, selon laquelle les caractéristiques adultes étaient également le résultat de l’accélération, si je m’en souviens bien, principalement sur la classe de faits mentionnés ci-dessus chez l’homme, où un changement soudain dans deux organes peut produire des différences entièrement nouvelles et inattendues dans toute l’organisation, et sur les changements que l’accélération semblait produire dans le développement de chaque espèce successive. Votre difficulté à comprendre la théorie et les observations que vous avez faites me montrent immédiatement quelles ont été mes propres difficultés, mais je n’en parlerai pas pour le moment, car ma lettre s’étire à une longueur effrayante.
(255/1. Après avoir parlé de la comparaison de Cope entre l’accélération et la retardation dans l’évolution et la force de gravité dans les domaines physiques, M. Hyatt poursuit :--)
Maintenant, cela [l’accélération] me semble expliquer de moins en moins l’origine des caractéristiques progressives adultes ou simplement des différences, et peut-être que maintenant j’avancerai plus vite dans mon travail.
LETTRE 256. À A. HYATT. Down, 14 décembre [1872].
(256/1. En réponse à la lettre ci-dessus (255) de M. Hyatt.)
Malgré la considération bienveillante manifestée dans votre dernière phrase, je dois vous remercier pour votre lettre intéressante et clairement exprimée. J’ai demandé à mon éditeur de vous envoyer un exemplaire de la dernière édition de « l’Origine », et vous pourrez, si vous le souhaitez, y coller le « De la part de l’auteur » sur la page suivante. En ce qui concerne votre point de vue et celui du professeur Cope sur « l’accélération » provoquant un développement de nouveaux caractères, il serait, je pense, bon que vous compariez les décapodes qui passent et ceux qui ne passent pas par le stade Zoé, ainsi que le groupe qui (selon Fritz Müller) passe par les stades Nauplius encore plus précoces, et voyiez s’ils présentent des différences marquées. Vous constaterez, je crois, que ce n’est pas le cas. J’aimerais qu’il en soit ainsi, car j’ai souvent été perplexe face à l’omission de stades embryonnaires, tout comme face à l’acquisition de stades particuliers semblant ne produire aucun résultat spécial dans la forme mature.
(256/2. Le reste de cette lettre manque, et l’ensemble de la dernière phrase est déchiffré de manière quelque peu incertaine. (Note de M. Hyatt.))
LETTRE 257. À A. HYATT. Down, 13 février 1877.
Je vous remercie pour votre très aimable, longue et intéressante lettre. Le cas est si merveilleux et difficile que je n’ose exprimer aucune opinion à ce sujet. Bien sûr, je regrette qu’Hilgendorf ait été prouvé comme étant si grandement dans l’erreur (257/1. Ceci fait référence à une controverse avec Sandberger, qui avait attaqué Hilgendorf dans le « Verh. der phys.-med. Ges. zu Wurzburg », Bd. V., et dans le « Jahrb. der Malakol. Ges. » Bd. I., auxquels Hilgendorf a répondu dans le « Zeitschr. d. Deutschen geolog. Ges. » Jahrb. 1877. Le nom de Hyatt apparaît dans les pages d’Hilgendorf, mais nous ne trouvons aucune référence à un article de cette date ; son article bien connu est dans le « Boston. Soc. Nat. Hist. » 1880. Dans une lettre à Darwin (23 mai 1881), Hyatt regrette de n’avoir pas eu l’occasion d’une troisième visite à Steinheim, et poursuit : « J’aurais alors rendu plus justice à Hilgendorf, pour qui j’ai un tel respect »), mais c’est un confort égoïste pour moi que d’avoir toujours ressenti tant de doutes que je n’ai jamais cité son article. (257/2. Dans la cinquième édition de « l’Origine » (page 362), cependant, Darwin parle des formes graduées de Planorbis multiformis, décrites par Hilgendorf à partir de certains gisements en Suisse, par lesquels nous présumons qu’il entendait les gisements de Steinheim dans le Wurtemberg.) La variabilité de ces coquilles est tout à fait étonnante, et semble excéder celle de Rubus ou de Hieracium parmi les plantes. Le résultat qui me surprend le plus est que la même forme puisse être développée à partir de progéniteurs variés et différents. Cela semble montrer combien les conditions de vie sont puissantes, indépendamment du fait que les variations soient en quelque manière bénéfiques.
La production d’une espèce à partir d’un chaos de formes variables me rappelle la conclusion de Nägeli, telle que déduite de l’étude de Hieracium, que c’est le mode commun par lequel les espèces surgissent. Mais je continue à douter beaucoup sur ce point, et je m’accroche à la croyance exprimée dans la première édition de « l’Origine », selon laquelle les espèces protéennes ou polymorphes sont celles qui varient actuellement de telle manière que les variations ne sont ni avantageuses ni désavantageuses. Je suis heureux d’apprendre l’existence du gisement de Brunswick, car je suis certain que l’étude attentive de tels cas est hautement importante. J’espère que la Smithsonian Institution publiera votre mémoire.
LETTRE 258. À A. DE CANDOLLE. Down, 18 janvier [1873].
Il a été très aimable de votre part de consacrer tant de votre temps à m’écrire votre dernière lettre intéressante. Les preuves semblent bonnes quant à la docilité des papillons alpins, et le fait me semble très surprenant, car chaque papillon peut difficilement avoir acquis son expérience au cours de sa propre courte existence. Auriez-vous l’amabilité de remercier M. Humbert pour sa note, que j’ai été heureux de lire. J’avais autrefois reçu d’un homme, non naturaliste, séjournant à Cannes, un compte rendu similaire, mais je doutais de sa véracité. Le cas, cependant, ne répond pas à ma question, à savoir : les papillons sont-ils attirés par les couleurs vives, indépendamment de la présence supposée de nectar ?
Je dois admettre que j’ai une grande difficulté à croire qu’une condition temporaire des parents puisse affecter la progéniture. Si elle dure assez longtemps pour affecter la santé ou la structure des parents, je peux tout à fait croire que la progéniture serait modifiée. Mais quel sujet mystérieux que celui de la génération ! Bien que mon hypothèse de la pangenèse ait été vilipendée de toutes parts, je dois encore considérer la génération sous ce point de vue ; et cela me rend très réticent à croire qu’une émotion ait un quelconque effet sur la progéniture. Permettez-moi d’ajouter un mot sur le rougissement et la timidité : j’avais seulement l’intention de dire que l’habitude était primordialement acquise par l’attention portée au visage, et non que chaque homme timide faisait maintenant attention à son apparence personnelle.
LETTRE 259. À J.D. HOOKER. Down, 28 juin 1873.
Je vous écris un mot pour vous dire au revoir, car j’entends que vous partez mercredi, et pour vous remercier pour la Dionaea, mais je n’arrive pas à faire bien pousser la petite créature. J’ai lu ce jour l’adresse de Bentham, et je dois exprimer mon admiration pour celle-ci. (259/1. Adresse présidentielle à la Linnean Society, lue le 24 mai 1873.) Peut-être ne devrais-je pas le faire, car il m’écrase littéralement d’honneur.
Je suis ravi de voir à quel point je suis en accord avec lui sur les affinités, et surtout sur les formes éteintes telles qu’illustrées par son arbre à sommet plat. (259/2. Voir page 15 de la copie séparée : « Nous aurions alors les races actuelles représentées par les innombrables brindilles formant le sommet à sommet plat » d’un arbre généalogique, dans lequel « tout ce que nous pouvons faire est de cartographier le sommet comme depuis une vue à vol d’oiseau, et sous chaque groupe, ou groupe de groupes, de placer comme tronc commun un type imaginaire d’un genre, ordre ou classe selon la profondeur à laquelle nous souhaiterions aller ».) Mes travaux récents me conduisent à différer de lui sur un point, à savoir sur la séparation des sexes. (259/3. Sur la question de la sexualité, voir page 10 de l’adresse de Bentham. Au dos de la copie de M. Darwin, il a écrit : « Tant que les organismes les plus bas sont libres - sexes séparés : dès qu’ils deviennent attachés, pour empêcher la stérilité les sexes sont unis - séparés à nouveau comme moyen de fertilisation, adaptés [?] pour des organismes distants [?] - dans le cas des animaux par leurs sens et mouvements volontaires - avec les plantes l’aide des insectes et du vent, ces derniers ont toujours existé, et longtemps conservé. » Les deux mots marqués [?] sont douteux. L’introduction de la liberté ou de l’attachement, en tant que facteur dans le problème, apparaît également dans « Cross and Self-fertilisation », page 462. Je soupçonne fortement que les sexes étaient primordialement dans des individus distincts ; puis sont devenus communément unis dans le même individu, puis chez une multitude d’animaux et quelques rares plantes, sont redevenus séparés.) Demandez à Bentham d’envoyer une copie de son adresse au « Dr H. Müller, Lippstadt, Prusse », car je suis certain que cela lui fera GRANDEMENT plaisir.
...Quand vous serez en France, écrivez-moi un mot pour me dire comment vous allez, et comment va Huxley ; mais ne le faites pas si vous vous sentez paresseux, et que l’écriture vous ennuie.
LETTRE 260. À R. MELDOLA.
(260/1. Cette lettre, avec d’autres de Darwin à Meldola, est publiée dans « Charles Darwin and the Theory of Natural Selection », par E.B. Poulton, pages 199 et seq., Londres, 1896.)
Southampton, 13 août 1873.
Je vous suis très obligé pour votre présent, que je trouverai sans aucun doute à Down à mon retour. Je regrette de devoir dire que je ne peux répondre à votre question ; et je ne crois pas non plus que vous puissiez trouver nulle part une réponse, même approximative. Il est très difficile, voire impossible, de définir ce que l’on entend par une grande variation. Celles-ci se muent en monstruosités ou en variations généralement nuisibles. Pour ma part, je ne crois pas qu’elles soient souvent, ou jamais, mises à profit dans la nature. Il arrive fréquemment que des variations brusques et considérables soient transmises à la progéniture, ou à une partie de celle-ci, sans aucune altération, ou qu’elles ne soient pas transmises du tout. Il en va ainsi pour les animaux sans queue ou sans cornes, et pour les changements soudains et importants de couleur chez les fleurs. J’aurais aimé pouvoir vous donner une réponse.
LETTRE 261. À E.S. MORSE. [Sans date.]
Je tiens à vous remercier pour votre amabilité de m’avoir envoyé votre essai sur les Brachiopodes. (261/1. « The Brachiopoda, a Division of Annelida », « Amer. Assoc. Proc. » volume XIX, page 272, 1870, et « Annals and Mag. Nat. Hist. » volume VI, page 267, 1870.) Je viens de le lire avec le plus grand intérêt, et il me semble (bien que je ne sois pas un juge compétent) que vous démontrez avec une clarté remarquable une thèse extrêmement solide. Quel changement merveilleux pour un vieux naturaliste de devoir considérer ces « coquilles » comme des « vers » ; mais, comme vous le dites à juste titre, pour ce qui est de l’apparence extérieure, le cas n’est pas plus merveilleux que celui des cirripèdes. J’ai également été particulièrement intéressé par vos remarques sur les archives géologiques, et sur le fait que les formes inférieures et plus anciennes de chaque grande classe n’étaient probablement pas protégées par des valves calcaires ou une coquille.
P.-S. — Votre gravure de Lingula est introduite très habilement pour forcer le lecteur à voir sa ressemblance avec un annélide.
LETTRE 262. À H. SPENCER.
(262/1. Le livre de M. Spencer, « The Study of Sociology », 1873, a été publié dans la « Contemporary Review » par versements entre mai 1872 et octobre 1873.)
31 octobre [1873].
Je suis heureux de recevoir aujourd’hui une annonce de votre livre. J’ai été merveilleusement intéressé par les articles de la « Contemporary ». Il y avait là des coups magnifiques au sujet du prince de Galles et de Gladstone. (262/2. Voir « The Study of Sociology », page 392. M. Gladstone, en protestation contre certains mots de M. Spencer, avait dit que l’apparition de grands hommes « lors des grandes crises de l’histoire humaine » était des événements si frappants « que les hommes seraient enclins à les qualifier de providentiels dans une ère pré-scientifique ». À ce sujet, M. Spencer remarque que « de concert avec les anciens Grecs, M. Gladstone considère comme irréligieuse toute explication de la Nature qui se dispense d’une surveillance divine immédiate ». Et comme exemple du partenariat « entre les idées de causalité naturelle et d’interférence providentielle », il cite un cas où un prince « gagna en popularité en survivant à certains changements anormaux dans son sang », et où « à l’occasion de son rétablissement, l’aide providentielle et la causalité naturelle furent reconnues conjointement par une action de grâce à Dieu et un titre de baronnet au médecin ». Le passage sur le torysme se trouve à la page 395, où M. Spencer, avec sa tolérance habituelle, écrit : « La chose souhaitable est qu’une croissance des idées et des sentiments tendant à produire une modification soit jointe à une continuité des idées et des sentiments tendant à préserver la stabilité. » Et de ce point de vue, il conclut qu’il est très souhaitable que « quelqu’un dans la position de M. Gladstone pense comme lui ». La question est discutée plus avant dans les notes du chapitre XVI, page 423.) Je n’avais jamais lu auparavant une bonne défense du torysme. À un endroit (mais je ne pourrais, pour rien au monde, me rappeler où ni ce que c’était exactement), j’ai pensé que vous auriez tiré profit de mon principe (c’est-à-dire si vous ne le rejetez pas) exposé dans ma « Filiation de l’Homme », selon lequel les nouveaux caractères qui apparaissent tard dans la vie sont ceux qui sont transmis au même sexe seul. J’ai avancé des preuves assez solides, et le principe est d’une grande importance par rapport aux ressemblances sexuelles secondaires. (262/3. Ceci fait référence à la discussion de M. Spencer sur l’évolution des traits mentaux caractéristiques des femmes. À la page 377, il souligne l’importance de la limitation de l’hérédité par le sexe dans ce domaine. Une généralisation frappante sur cette question est donnée dans la « Filiation de l’Homme », édition I, volume II, page 285 : lorsque le mâle adulte diffère de la femelle adulte, il diffère de la même manière des jeunes des deux sexes. Cette loi peut-elle être appliquée dans le cas où la femelle adulte possède des caractères que le mâle ne possède pas : par exemple, le haut degré de pouvoir intuitif de lire les états mentaux des autres et de cacher les siens — caractères que M. Spencer montre comme étant expliqués par les relations entre le mari et la femme dans un état sauvage. Si tel est le cas, l’homme devrait ressembler aux « jeunes des deux sexes » par l’absence de ces qualités spéciales. Cela semble être le cas avec certaines caractéristiques masculines, et l’infantilisme de l’homme n’est pas sans être reconnu parmi les femmes : par exemple, par Dolly Winthrop dans « Silas Marner », qui se contente de pain pour elle-même, mais fait des gâteaux pour les enfants et les hommes, dont les « estomacs sont faits si bizarrement, ils veulent du changement — ils le veulent, je sais, que Dieu leur vienne en aide ».) J’ai appliqué cela à l’homme et à la femme, et c’est peut-être ici que j’ai pensé que vous auriez tiré profit de la doctrine. Je crains que cette note ne soit presque illisible, mais je suis très fatigué.
LETTRE 263. G.J. ROMANES À CHARLES DARWIN.
(263/1. Il s’agit, nous le croyons, de la première lettre adressée par le regretté M. Romanes à M. Darwin. Elle fut mise de côté avec une autre sur le même sujet, et annotée : « Romanes sur l’avortement, avec ma réponse (très important). » La réponse de M. Darwin donnée ci-dessous est imprimée à partir de son brouillon, qui est par endroits à peine déchiffrable. Sur le sujet de ces lettres, consulter Romanes, « Darwin and after Darwin », volume II, page 99, 1895.)
Dunskaith, Parkhill, Ross-shire, 10 juillet 1874.
Sachant que vous ne dissuadez pas les plus attentifs de vos lecteurs de communiquer directement avec vous toute idée qu’ils pourraient avoir sur des sujets liés à vos écrits, je prends la liberté de vous envoyer la copie ci-jointe d’une lettre que j’ai récemment adressée à M. Herbert Spencer. Vous percevrez que le sujet traité est le même que celui auquel se réfère une de mes lettres dans le « Nature » de la semaine dernière [2 juillet, page 164] — à savoir : « Le désuétude comme cause de réduction chez les espèces ». En soumettant cette exposition plus détaillée de mes vues à votre considération, je voudrais déclarer à nouveau ce que j’ai déclaré dans « Nature » il y a quelques semaines, à savoir qu’en proposant la cessation de la sélection comme cause de réduction, je ne suppose pas suggérer quelque chose qui ne vous soit déjà venu à l’esprit. Non seulement ce principe est incorporé dans la théorie exposée dans l’article sur les organes rudimentaires (« Nature », volume IX) ; mais il est plus d’une fois suggéré dans l’« Origine », dans les passages où les organes rudimentaires sont décrits comme étant plus variables que les autres, parce qu’ils ne sont plus sous l’influence restrictive de la sélection naturelle. Et ce principe est reconnu encore plus distinctement à la page 120.
Ainsi, en vous envoyant la lettre ci-jointe, je ne m’imagine pas apporter de nouvelles suggestions à votre attention. Comme je vois que vous avez déjà appliqué le principe en question au cas des structures élevées artificiellement, je ne peux que déduire que vous l’avez médité en relation avec les structures élevées naturellement. Quelle objection, cependant, vous avez pu voir à ce principe dans ce dernier contexte, je suis incapable de le deviner ; et je pense donc que la meilleure ligne de conduite pour moi est celle que j’adopte, à savoir vous envoyer mes considérations en détail.
En l’absence d’information expresse, l’inférence la plus naturelle est que la raison pour laquelle vous refusez d’adopter le principe en question est que vous montrez que la tendance régressive de la variabilité indifférenciée [est] inadéquate pour lutter contre la tendance conservatrice d’une longue hérédité. L’inverse est exprimé par ces mots : « Que la lutte entre la sélection naturelle d’une part, et la tendance à la réversion et à la variabilité d’autre part, cessera au cours du temps ; et que les organes les plus anormalement développés puissent être rendus constants, je ne vois aucune raison d’en douter » (« Origine », page 121). Certes non, si, comme je n’en doute pas, le mot « constant » est destiné à porter une signification relative ; mais dire que la constance puisse jamais devenir absolue — c’est-à-dire qu’un quelconque terme d’hérédité puisse assurer à un organe une immunité totale contre la moindre quantité de variabilité spontanée — dire cela serait injustifiable. Supposons, par exemple, que pour une raison ou une autre, une augmentation supplémentaire de la taille de l’aile d’une chauve-souris devienne soudainement hautement bénéfique à cet animal : nous pouvons difficilement supposer que des variations ne se produiraient pas pour que la sélection naturelle s’en saisisse (à moins que la limite de la taille possible ne soit maintenant atteinte, ce qui est une question tout à fait distincte). Et si nous supposons que des variations mineures dans le sens de l’augmentation ont lieu ainsi même maintenant occasionnellement, il est bien plus probable que des variations similaires dans le sens de la diminution aient lieu maintenant — c’est-à-dire que si l’influence conservatrice de la sélection naturelle était supprimée pendant une longue période, davantage de variations se produiraient en dessous de la taille actuelle des ailes de chauve-souris, qu’au-dessus. À cela, on peut ajouter que lorsque l’influence de la « sélection rapide » est supprimée, il semble en soi hautement probable que la structure deviendrait, pour cette raison, plus variable, car la seule raison pour laquelle elle a cessé d’être variable (c’est-à-dire après avoir atteint sa taille maximale) était l’influence de la sélection détruisant constamment les individus chez lesquels une tendance à varier se produisait. Lorsque, par conséquent, cette force antagoniste à la variabilité était supprimée, il semble hautement probable que ce dernier principe recommencerait à s’affirmer, et ce de manière cumulative. Les individus chez lesquels une tendance à varier se produisait n’étant plus éliminés, ils auraient autant de chances de laisser une progéniture héritant de leur disposition fluctuante que leurs compagnons plus inflexibles.
LETTRE 264. À G.J. ROMANES. 16 juillet 1874.
Je vous suis très obligé pour votre aimable et longue communication, que j’ai lue avec grand intérêt, ainsi que vos articles dans « Nature ». Le sujet me semble aussi important et intéressant qu’il est difficile. Je suis très souffrant, et je travaille très dur sur un sujet très différent, donc je ne peux accorder à vos remarques l’attention qu’elles méritent. Je garderai cependant votre lettre pour un moment plus tardif, quand je pourrai reprendre le sujet. Votre lettre me rend plus clair qu’il ne l’a jamais été auparavant comment une partie ou un organe qui a déjà commencé à diminuer pour une raison quelconque continuera à diminuer par une variabilité dite spontanée, avec croisement ; car dans de telles circonstances, il est très peu probable qu’il y ait variation dans le sens de l’augmentation au-delà de la taille moyenne, et aucune raison pour qu’il n’y ait pas de variations de diminution. Je pense que cela exprime votre point de vue. J’avais l’intention cet été de soumettre des plantes à des conditions [illisible] et d’observer les effets sur la variation ; mais le travail serait très laborieux, bien que je sois enclin à penser qu’il vaudra plus tard la peine de l’effort.
LETTRE 265. À T. MEEHAN. Down, 9 octobre 1874.
Je suis heureux que vous vous occupiez des couleurs des fleurs dioïques ; mais il est bon de se rappeler que leurs couleurs peuvent être aussi insignifiantes pour elles que celles d’une galle, ou, en vérité, comme la couleur d’une améthyste ou d’un rubis l’est pour ces gemmes. Il y a une trentaine d’années, j’ai commencé à étudier les petites fleurs violettes au centre des ombelles de la carotte. Je suppose que ma mémoire me fait défaut, mais elle me dit que ces fleurs sont femelles, et je pense qu’une fois j’ai obtenu une graine de l’une d’elles ; mais ma mémoire peut être tout à fait défaillante. J’espère que vous poursuivrez vos recherches intéressantes.
LETTRE 266. À G. JAGER. Down, 3 février 1875.
J’ai reçu ce matin un exemplaire de votre ouvrage « Contra Wigand », soit de vous-même, soit de votre éditeur, et je vous en suis très obligé. (266/1. « In Sachen Darwins insbesondere contra Wigand » de Jager (Stuttgart, 1874) est dirigé contre l’ouvrage de A. Wigand « Der Darwinismus und die Naturforschung Newtons und Cuviers » (Brunswick, 1874).) J’avais cependant acheté un exemplaire auparavant, et j’ai envoyé le nouveau à notre meilleure bibliothèque, celle de la Royal Society. Comme je suis un très pauvre érudit en allemand, je n’ai lu jusqu’ici qu’une quarantaine de pages ; mais celles-ci m’ont intéressé au plus haut point. Vos remarques sur les espèces fixes et variables méritent la plus grande attention ; mais je ne suis pas actuellement tout à fait convaincu qu’il en existe d’indépendantes des conditions auxquelles elles sont soumises. Je pense que vous avez rendu un grand service au principe de l’évolution, que nous soutenons tous deux, en publiant cet ouvrage. Je suis d’autant plus heureux de le lire que je n’avais pas eu le temps de lire le volume important et fastidieux de Wigand.
LETTRE 267. À CHAUNCEY WRIGHT. Down, 13 mars 1875.
Je vous écris aujourd’hui afin qu’il n’y ait aucun retard cette fois pour vous remercier de votre intéressante et longue lettre reçue ce matin. Je suis sûr que vous excuserez ma brièveté quand je vous dirai que je m’épuise à moitié en essayant de préparer un livre pour l’impression. (267/1. Le manuscrit des « Plantes insectivores » fut prêt pour l’impression en mars 1875. Darwin semble avoir été plus oppressé que d’habitude par le travail.) Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites sur les avantages de divers degrés d’importance qui sont co-sélectionnés (267/2. M. Chauncey Wright écrivait (24 février 1875) : « L’enquête sur laquelle, parmi plusieurs utilisations réelles, est celle à travers laquelle la sélection naturelle a agi... m’a semblé depuis plusieurs années une question un peu moins importante qu’elle ne semblait auparavant, et qu’elle apparaît encore à la plupart des penseurs sur le sujet... Les utilisations du cliquetis du serpent à sonnettes comme protection par l’avertissement de ses ennemis et comme appel sexuel ne sont pas des utilisations rivales ; le cou de la girafe ne l’est pas non plus pour ses utilisations de hauteur et de vision lointaine »), et aidés par les effets de l’usage, etc. Le sujet me semble valoir bien un développement ultérieur. Je ne pense pas avoir remarqué nulle part l’utilisation des sourcils, mais je sais depuis longtemps qu’ils protègent les yeux de la sueur. Pendant le voyage du « Beagle », l’un des hommes a gravi une colline élevée par une journée très chaude. Il avait de petits sourcils, et ses yeux devinrent terriblement enflammés par la sueur qui y coulait. Les habitants portugais connaissaient bien ce mal. Je pense que vous faites allusion aux rides transversales sur le front comme protection contre la sueur ; mais n’oubliez pas que celles-ci apparaissent incessamment sur le front des babouins.
P.-S. — J’ai été grandement satisfait par les avis dans la « Nation ».
LETTRE 268. À A. WEISMANN. Down, 1er mai 1875.
Je n’ai reçu votre essai que quelques jours après votre très aimable lettre, et je lis l’allemand si lentement que je viens seulement de le terminer. (268/1. « Studien zur Descendenz-Theorie » I. « Ueber den Saison-Dimorphismus », 1875. Le fait était préalablement connu que deux formes du genre Vanessa, qui avaient été considérées comme des espèces distinctes, ne sont que des formes SAISONNIÈRES de la même espèce — l’une apparaissant au printemps, l’autre en été. Cette relation remarquable forme le sujet de l’essai.) Votre travail m’a beaucoup intéressé, et vos conclusions semblent bien établies. J’ai longtemps ressenti beaucoup de curiosité au sujet du dimorphisme saisonnier, mais je n’ai jamais pu former aucune théorie sur le sujet. Sans aucun doute, votre point de vue est très important, en tant qu’il porte sur la question générale de la variabilité. Quand j’ai écrit l’« Origine », je n’ai pu trouver aucun fait prouvant l’action directe du climat et d’autres conditions externes. J’ai longtemps pensé que le temps viendrait bientôt où les causes de variation seraient pleinement discutées, et personne n’a fait autant que vous sur cet important sujet. La preuve récente de la différence entre les oiseaux de la même espèce dans le Nord et le Sud des États-Unis montre bien le pouvoir du climat. Les deux sexes de quelques rares oiseaux y sont différemment modifiés par le climat, et j’ai introduit ce fait dans la dernière édition de ma « Filiation de l’Homme ». (268/2. « Filiation de l’Homme », édition II (en un volume), page 423. Allen a montré que de nombreuses espèces d’oiseaux sont plus fortement colorées dans le sud des États-Unis, et que parfois un sexe est plus affecté que l’autre. C’est ce dernier point qui porte sur les remarques de Weismann (loc. cit., pages 44, 45) sur Pieris napi. Les mâles de la forme alpino-boréale bryoniae diffèrent à peine de ceux de la forme allemande (var. vernalis), tandis que les femelles sont étonnamment différentes. Ainsi, le caractère des différences sexuelles secondaires est déterminé par le climat.) Je suis, par conséquent, tout à fait préparé à admettre la justesse de votre critique sur la sélection sexuelle des lépidoptères ; mais, en considérant le déploiement de leur beauté, je ne suis pas encore enclin à penser que je suis tout à fait dans l’erreur.
Ce que vous dites sur la réversion (268/3. Par exemple, le fait que la réversion à la forme hivernale primaire peut être produite par l’effet perturbateur d’une température élevée (page 7)) étant excitée par diverses causes, concorde avec ce que j’ai conclu en ce qui concerne les effets remarquables du croisement de deux races : à savoir que tout ce qui perturbe la constitution conduit à la réversion, ou, comme j’ai présenté le cas sous mon hypothèse de pangenèse, donne une bonne chance aux gemmules latentes de se développer. Votre essai, à mon avis, est admirable, et je vous remercie pour l’intérêt qu’il m’a procuré.
P.-S. Je trouve qu’il y a plusieurs points que j’ai oubliés. M. Jenner Weir n’a rien publié de plus sur les chenilles, mais je lui ai écrit pour lui demander s’il avait tenté d’autres expériences, et je retiendrai cette lettre jusqu’à ce que je reçoive sa réponse. M. Riley des États-Unis soutient M. Weir, et vous trouverez une référence à lui et à d’autres articles à la page 426 de la nouvelle édition, très corrigée, de ma « Filiation de l’Homme ». Comme j’ai un exemplaire en double du volume I. (je crois que le volume II n’est pas encore publié en allemand), je vous l’envoie par ce courrier. M. Belt, dans ses voyages au Nicaragua, donne plusieurs cas frappants d’animaux aux couleurs voyantes (mais pas des chenilles) qui sont déplaisants pour les oiseaux de proie : c’est un excellent observateur, et son livre, « The Naturalist in Nicaragua », est très intéressant.
Je vous suis très obligé pour votre photographie, que je suis particulièrement heureux de posséder, et je vous envoie la mienne en retour.
Je vois que vous faites allusion aux déclarations de Hilgendorf, que j’ai été désolé de voir contestées par un bon observateur allemand. M. Hyatt, un excellent paléontologue des États-Unis, a visité l’endroit, et m’a également assuré que Hilgendorf était tout à fait dans l’erreur. (268/4. Voir les lettres 252-7.)
Je suis peiné d’apprendre que votre vue continue d’être mauvaise, mais en tout cas, elle a forcé votre excellent travail dans votre dernier essai.
4 mai. Voici ce que dit M. Weir :
« En réponse à votre demande de samedi, je regrette d’avoir peu à ajouter à mes deux communications aux "Transactions de la Société Entomologique".
« J’ai répété les expériences avec des chenilles voyantes pendant des années, et toujours avec les mêmes résultats : pas une seule fois je n’ai trouvé de larves richement colorées et voyantes mangées par des oiseaux. Il était plus remarquable d’observer que les oiseaux ne prêtaient pas la moindre attention aux chenilles voyantes, même lorsqu’elles étaient en mouvement — les expériences ont si parfaitement satisfait mon esprit que j’ai maintenant renoncé à les faire. »
LETTRE 269. À LAWSON TAIT.
(269/1. Le regretté M. Lawson Tait a écrit à M. Darwin (2 juin 1875) : « J’observe un groupe de mes souris dont j’ai retiré la queue à la naissance, et j’en arrive à la conclusion que l’utilisation essentielle de la queue est celle d’un organe d’enregistrement — c’est-à-dire qu’elles enregistrent dans leur mémoire les coins qu’elles tournent et la hauteur des trous qu’elles traversent en les touchant avec leur queue. » M. Darwin était intéressé par l’idée parce que « certains Allemands se moquaient de la sélection naturelle et citaient les queues des souris ».)
11 juin 1875.
Il m'est venu à l'esprit de consulter l'« Origine des espèces » (édition VI, page 170), et il est certain que Bronn, dans le chapitre annexé à sa traduction de mon livre en allemand, a bien fait valoir les oreilles et la queue de diverses espèces de souris comme une difficulté opposée à la sélection naturelle. J'ai répondu au sujet des oreilles en faisant allusion à l'étrange article de Schobl (j'oublie quand il a été publié) (269/2. J. Schobl, « Das aussere Ohr der Mause als wichtiges Tastorgan », « Archiv. Mik. Anat. », VII, 1871, page 260) sur le fait que les poils des oreilles sont sensibles et pourvus de nerfs. Je présume qu'il a réalisé des coupes fines : si vous êtes habitué à de tels travaux histologiques, ne vaudrait-il pas la peine d'examiner les poils de la queue des souris ? À la page 189, je cite Henslow (confirmé par Gunther) sur le *Mus messorius* (et d'autres espèces ?) utilisant sa queue comme un organe préhensile.
Le Dr Kane, dans son récit de la deuxième expédition Grinnell, dit que les Esquimaux, par temps rigoureux, portent une queue de renard attachée au cou, qu'ils utilisent comme respirateur en tenant le bout de la queue entre leurs dents. (269/3. Le fait est rapporté au volume II, page 24, de « Arctic Explorations: The Second Grinnell Expedition in Search of Sir John Franklin », de E.K. Kane, Philadelphie, 1856.)
Il dit aussi qu'il a trouvé un renard gelé, recroquevillé avec le museau enfoui dans sa queue.
N.B. Il est tout à fait possible que ce dernier fait soit rapporté par M'Clintock, et non par le Dr Kane.
(269/4. Le passage final est un post-scriptum de M. W.E. Darwin concernant l'idée de M. Lawson Tait sur la fonction respiratoire de la queue du renard.)
LETTRE 270. À G.J. ROMANES. Down, 12 juillet 1875.
Je corrige une seconde édition de « La Variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication » et je constate que je dois le faire de manière assez approfondie. Par conséquent, je donne un court résumé des hybrides de greffe de pomme de terre, et je veux savoir si je ne vous ai pas envoyé une référence concernant la betterave. Avez-vous examiné cela, et pouvez-vous m'en dire quelque chose ?
J'espère de tout cœur que vous progressez assez bien dans vos expériences.
J'ai été amené à beaucoup réfléchir sur le sujet, et je suis convaincu de sa haute importance, bien qu'il faudra des années de martèlement avant que les physiologistes n'admettent que les organes sexuels ne font que collecter les éléments génératifs.
L'édition sera publiée en novembre, et vous verrez alors tout ce que j'ai rassemblé, mais je crois que vous avez donné tous les cas les plus importants. Le cas de la vigne dans la « Gardeners' Chronicle », que je vous ai envoyé, ne pourrait, je pense, n'être qu'une variation bourgeonnante non due à la greffe. J'ai entendu parler indirectement de votre succès éclatant avec les nerfs des méduses. Nous avons passé un mois à Abinger Hall pour nous reposer, ce dont j'avais grand besoin, et j'y ai vu la vigne à feuilles découpées qui semble splendide pour l'hybridation par greffe.
LETTRE 271. À FRANCIS GALTON. Down, 7 novembre 1875.
J'ai lu votre essai avec beaucoup de curiosité et d'intérêt, mais vous n'avez probablement aucune idée à quel point il est excessivement difficile à comprendre. (271/1. « A Theory of Heredity » (« Journal of the Anthropological Institute », 1875). Dans cet article, M. Galton admet que l'hypothèse des unités organiques « doit se trouver au fondement de la science de l'hérédité », et procède à montrer en quoi sa conception diffère de l'hypothèse de la pangenèse. L'exemplaire de l'article de M. Galton, que Darwin a numéroté en correspondance avec les critiques de sa lettre, n'est pas disponible, et nous ne pouvons donc que deviner certains des points évoqués.) Je ne peux pas saisir pleinement, seulement conjecturer çà et là, quels sont les points sur lesquels nous différons. J'ose dire que cela est principalement dû à une certaine confusion d'esprit de ma part, mais je ne pense pas que ce soit entièrement le cas. Vos nombreux termes, non définis, « germes développés », « germes fertiles » et « germes stériles » (le mot « germe » lui-même, par association, m'étant trompeur), « stirpe », « sept », « résidu », etc., etc., m'ont tout à fait confondu. Si je me demande comment vous dérivez, et où vous placez les innombrables gemmules contenues dans les spermatozoïdes formés par un animal mâle durant toute sa vie, je ne peux pas me répondre. À moins que vous ne puissiez rendre plusieurs parties plus claires, je crois (bien que j'espère avoir tout à fait tort) que peu de gens s'efforceront ou réussiront à sonder votre pensée. J'ai marqué quelques passages avec des chiffres, et je fais ici quelques remarques et exprime mon opinion, comme vous le désirez, non pas que je suppose que cela vous sera d'une quelconque utilité.
1. Si cela implique que de nombreuses parties ne sont pas modifiées par l'usage et le non-usage durant la vie de l'individu, je diffère grandement de vous, car chaque année, j'en viens à attribuer de plus en plus à une telle agence. (271/2. Cela semble faire référence à la page 329 de l'article de M. Galton. Le passage a dû être lu à la hâte et a été tout à fait mal compris. M. Galton n'a jamais exprimé le point de vue qui lui est attribué.)
2. Cela semble assez audacieux, car la sexualité n'a pas été détectée dans certaines des formes les plus basses, bien que j'ose dire qu'elle le sera peut-être ultérieurement. (271/3. M. Galton, op. cit., pages 332-3 : « Il n'y a pas nécessairement deux sexes, car des nuées de créatures aux organisations les plus simples se multiplient principalement par quelque processus d'auto-division. »)
3. Si les gemmules (pour utiliser mon propre terme) étaient souvent déficientes dans les bourgeons, je ne peux m'empêcher de penser que les variations de bourgeons seraient plus courantes qu'elles ne le sont à l'état de nature ; il ne semble pas non plus que les variations de bourgeons présentent souvent des déficiences qui pourraient être expliquées par l'absence des gemmules appropriées. J'ai une vision très différente de la signification ou de la cause de la sexualité. (271/4. L'idée de M. Galton est que dans un bourgeon ou toute autre partie produite de manière asexuée, les germes (c'est-à-dire les gemmules) peuvent ne pas être complètement représentatifs de l'organisme entier, et si la reproduction se poursuit de manière asexuée « à chaque étape successive, il y a toujours une chance que l'une ou plusieurs des diverses espèces de germes... disparaissent » (page 333). M. Galton suppose, dans la reproduction sexuée, où deux parents contribuent des germes à l'embryon, que la chance de déficience de l'un des germes nécessaires est grandement diminuée. La « vision très différente de la signification ou de la cause de la sexualité » de Darwin est sans aucun doute celle donnée dans « Fécondation croisée et autofécondation » — c'est-à-dire que la sexualité est équivalente à des conditions modifiées, que les parents ne sont pas représentatifs de sexes différents, mais de conditions de vie différentes.)
4. J'ai commandé le « Fraser's Magazine » (271/5. « The History of Twins », par F. Galton, « Fraser's Magazine », novembre 1875, republié avec des ajouts dans le « Journal of the Anthropological Institute », 1875. M. Galton explique la dissemblance frappante des jumeaux parfois rencontrée en supposant que la progéniture, dans ce cas, divise les gemmules disponibles entre eux de telle manière que chacun est le complément de l'autre. Ainsi, pour poser le cas de manière exagérée, des jumeaux semblables auraient chacun la moitié des gemmules A, B, C... Z, etc., tandis que dans le cas de jumeaux dissemblables, l'un aurait toutes les gemmules A, B, C, D... M, et l'autre aurait N... Z.), et je suis curieux d'apprendre comment les jumeaux issus d'un seul ovule se distinguent des jumeaux issus de deux ovules. Rien ne me semble plus curieux que la similitude et la dissimilitude des jumeaux.
5. Affreusement difficile à comprendre.
6. J'ai donné presque la même notion.
7. J'espère que tout cela sera modifié. J'ai reçu des cas nouveaux et supplémentaires, de sorte que je n'ai maintenant pas l'ombre d'un doute.
8. De tels cas peuvent difficilement être qualifiés de très rares, comme vous le diriez si vous aviez reçu la moitié du nombre de cas que j'ai eus.
(271/6. Nous sommes incapables de déterminer à quels paragraphes les points 5, 6, 7, 8 font référence.)
Je suis vraiment désolé de différer autant de vous, mais j'ai pensé que vous désireriez mon opinion ouverte. Frank est absent, sinon il aurait copié mon gribouillis.
J'ai une bonne réserve de gousses de pois de senteur, mais l'automne a été terriblement mauvais ; peut-être pourrons-nous encore en faire mûrir quelques-unes de plus.
LETTRE 272. À T.H. HUXLEY. Down, 12 novembre [1875].
Merci beaucoup pour votre « Biologie », que j'ai lue. (272/1. « A Course of Practical Instruction in Elementary Biology », par T.H. Huxley et H.N. Martin, 1875. Pour un compte rendu du livre, voir « Life and Letters of T.H. Huxley », volume I, page 380.) C'était un véritable coup de génie que de penser à un tel plan. Seigneur, comme je souhaiterais avoir suivi un tel cours !
LETTRE 273. À FRANCIS GALTON. 18 décembre [1875].
George a expliqué nos différences. J'ai admis dans la nouvelle édition (273/1. Dans la seconde édition (1875) de « La Variation des animaux et des plantes », volume II, page 350, une référence est faite aux expériences de transfusion de M. Galton, « Proc. R. Soc. » XIX, page 393 ; ainsi qu'à la lettre de M. Galton à « Nature », 27 avril 1871, page 502. Il s'agit d'une curieuse erreur ; la lettre dans « Nature », 27 avril 1871, est de Darwin lui-même, et concerne principalement la question de savoir si les gemmules peuvent être supposées être dans le sang. La lettre de M. Galton se trouve dans « Nature », 4 mai 1871, volume IV, page 5. Voir Lettre 235.) (avant de voir votre essai) que peut-être les gemmules sont largement multipliées dans les organes reproducteurs ; mais cela ne me fait pas douter que chaque unité du système entier envoie également ses gemmules. Vous aurez sans doute pensé à l'objection suivante à vos vues, et j'aimerais entendre quelle est votre réponse. Si deux plantes sont croisées, il arrive souvent, ou plutôt généralement, que chaque partie de la tige, de la feuille, jusqu'aux poils, et les fleurs de l'hybride sont de caractère intermédiaire ; et cet hybride produira par bourgeons des millions et des millions d'autres bourgeons reproduisant tous exactement le caractère intermédiaire. Je ne peux douter que chaque unité de l'hybride soit hybridée et envoie des gemmules hybridées. Ici, nous n'avons rien à voir avec les organes reproducteurs. Il ne peut guère y avoir de doute, d'après ce que nous savons, que la même chose se produirait avec tous les animaux capables de bourgeonner, et certains d'entre eux (comme les Ascidies composées) sont suffisamment complexes et hautement organisés.
LETTRE 274. À LAWSON TAIT. 25 mars 1876.
(274/1. La référence concerne la théorie avancée dans la première édition de « La Variation des animaux et des plantes », II, page 15, selon laquelle la tendance affirmée à la régénération après l'amputation de chiffres surnuméraires chez l'homme est un retour aux pouvoirs récupérateurs caractéristiques d'un « progéniteur peu organisé pourvu de plus de cinq chiffres ». La rétractation de Darwin se trouve au volume I, page 459 de la seconde édition.)
Depuis la lecture de votre premier article (274/2. Lawson Tait a écrit deux notices sur « La Variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication » dans le « Spectator » du 4 mars 1876, page 312, et du 25 mars, page 406.), le Dr Rudinger m'a écrit et m'a envoyé un essai, dans lequel il donne les résultats des recherches LES PLUS ÉTENDUES auprès de tous les chirurgiens éminents d'Allemagne, et tous sont unanimes sur la non-croissance des chiffres supplémentaires après amputation. Ils expliquent certains cas apparents, comme Paget l'a fait pour moi. À propos, j'ai supprimé de ma seconde édition une citation de Sir J. Simpson sur la repousse dans l'utérus, car Paget s'y est opposé, et comme je ne pouvais pas dire comment un rudiment de membre dû à une cause quelconque pourrait être distingué d'une repousse imparfaite. Il y a deux ou trois jours, j'ai reçu une autre lettre d'Allemagne d'un bon naturaliste, le Dr Kollmann (274/3. Le Dr Kollmann était secrétaire de l'Anthropologische Gesellschaft de Munich, société au sein de laquelle a eu lieu la discussion mentionnée dans « La Variation des animaux et des plantes », I, 459, comme étant à l'origine des doutes de Darwin sur toute la question. La nouvelle preuve apportée par Kollmann quant à l'apparition normale d'un sixième chiffre rudimentaire chez les Batraciens est l'article de Borus, « Die sechste Zehe der Anuren » dans « Morpholog. Jahrbuch », Bd. I, page 435. Sur ce sujet, voir Lettre 178.), disant qu'il était désolé que j'aie abandonné l'atavisme et les chiffres supplémentaires, et m'informant de nouvelles et bonnes preuves de rudiments d'un sixième chiffre rudimentaire chez les Batraciens (que j'avais moi-même vus, mais abandonnés en raison des vues de Gegenbaur) ; mais, la repousse me faisant défaut, je ne pouvais maintenir mon ancienne notion.
LETTRE 275. À G.J. ROMANES.
(275/1. La réponse de M. Romanes à cette lettre est imprimée dans ses « Life and Letters », page 93, où, par mégarde, elle est datée de 1880-81.)
H. Wedgwood, Esq., Hopedene, Dorking, 29 mai [1876].
Comme vous vous intéressez à la pangenèse, et que vous convertirez un jour, je l'espère, un « vain néant » en une théorie substantielle, j'envoie par ce courrier un essai de Hackel (275/2. « Die Perigenesis der Plastidule oder die Wellenzeugung der Lebenstheilchen », 79 pages, Berlin, 1876.) attaquant la Pan. et substituant une hypothèse moléculaire. Si je comprends bien ses vues, il dirait qu'avec un oiseau qui a renforcé ses ailes par l'usage, le protoplasme formatif des parties renforcées est devenu modifié, et ses vibrations moléculaires par conséquent modifiées, et que ces vibrations sont transmises à travers tout le corps de l'oiseau, et affectent les éléments sexuels de telle manière que les ailes de la progéniture sont développées de manière semblablement renforcée. J'imagine qu'il dirait, dans des cas comme ceux de la jument de Lord Morton (275/3. Une jument alezane arabe presque pur-sang porta un hybride à un quagga, et produisit par la suite deux poulains rayés par un étalon arabe noir : voir « Animaux et plantes », I, page 403. Le cas a été décrit à l'origine dans les « Philosophical Transactions », 1821, page 20. Pour un compte rendu des travaux récents portant sur cette question, voir l'article « Zebras, Horses, and Hybrids » dans la « Quarterly Review », octobre 1899. Voir Lettre 235.), que les vibrations provenant du protoplasme, ou « plasson », du fluide séminal du zèbre ont mis en vibration le plasson chez la jument ; et que ces vibrations ont continué jusqu'à ce que le poil du second poulain soit formé, ce qui est par conséquent devenu rayé comme celui d'un zèbre. Comment il explique le retour à un ancêtre éloigné, je l'ignore. Peut-être l'ai-je mal compris, bien que j'aie survolé l'ensemble avec un certain soin. Il insiste beaucoup sur le fait que l'hérédité est une forme de mémoire inconsciente, mais dans quelle mesure cela fait partie de ses vibrations moléculaires, je ne le comprends pas. Ses vues ne rendent rien plus clair pour moi ; mais c'est peut-être ma faute. Personne, je présume, ne douterait des mouvements moléculaires d'une certaine nature. Son essai est intelligent et frappant. Si vous le lisez (mais vous ne devez pas le faire pour moi), j'aimerais beaucoup entendre votre jugement, et vous pourrez me le renvoyer à tout moment. Les lignes bleues sont celles de Hackel pour attirer mon attention.
Nous sommes venus ici pour que je puisse me reposer, ce dont j'avais grand besoin ; et nous resterons ici encore une dizaine de jours environ, puis retour à la maison pour travailler, ce qui est mon seul plaisir dans la vie. J'espère que votre splendide travail sur les méduses et vos expériences sur la pangenèse se passent bien. J'ai appris hier par mon fils Frank qu'il était fébrile à cause d'un rhume et qu'il ne pouvait pas dîner avec les physiologistes, ce que je regrette beaucoup, car j'aurais voulu entendre ce qu'ils pensent du nouveau projet de loi. Je vois que vous êtes l'un des secrétaires de cette jeune Société.
LETTRE 276. À H.N. MOSELEY. Down, 22 novembre [1876].
C'est très gentil de votre part de m'envoyer les livres japonais, qui sont extrêmement curieux et amusants. Mon fils Frank est absent, mais je suis sûr qu'il sera très reconnaissant pour les deux articles que vous lui avez envoyés.
Merci également pour votre note intéressante. Il est dommage que le *Peripatus* (276/1. Moseley, « On the Structure and Development of Peripatus capensis » (« Phil. Trans. R. Soc. », volume 164, page 757, 1874). « Lorsqu'ils sont soudainement manipulés ou irrités, ils (c'est-à-dire les *Peripatus*) projettent des fils fins d'un fluide laiteux remarquablement visqueux et tenace... projeté depuis les extrémités des papilles orales » (page 759).) soit si stupide de cracher la matière visqueuse par la mauvaise extrémité de son corps ; il aurait été magnifique d'expliquer ainsi l'origine de la toile d'araignée.
LETTRE 277. NAPHTALI LEWY À CHARLES DARWIN.
(277/1. La lettre suivante fait référence à un livre, « Toledoth Adam », écrit par un juif érudit dans le but de convaincre ses coreligionnaires de la vérité de la théorie de l'évolution. La traduction est due au regretté Henry Bradshaw, bibliothécaire universitaire à Cambridge. Le livre ne se trouve malheureusement plus dans la bibliothèque de M. Darwin.)
[1876].
Au Seigneur, au Prince, qui « se dresse pour être la bannière des peuples » (Es. xi. 10), l'Investigateur de la génération, le « fils brillant du matin » (Es. xiv. 12), Charles Darwin, puisse-t-il vivre longtemps !
« Du lever du soleil et de l'occident » (Es. xlv. 6), toutes les nations connaissent la Torah (Théorie) (277/2. Litt., instruction. La Torah est le Pentateuque, au sens strict, la source de toute connaissance.) qui a « procédé de toi pour être une lumière des peuples » (Es. li. 4), et les nations « entendent et disent : C'est la vérité » (Es. xliii. 9). Mais avec « la portion de mon peuple » (Jér. x. 16), Jacob, « le lot de mon héritage » (Deut. xxxii. 9), il n'en va pas ainsi. Cette nation, « le peuple ancien » (Es. xliv. 7), qui « se souvient des choses passées et considère les choses d'autrefois » (Es. xliii. 18), « ne connaît pas, et ne comprend pas » (Ps. lxxxii. 5), que par ta Torah (instruction ou théorie), tu as jeté la lumière sur leur Torah (la Loi), et que les yeux des Hébreux (277/3. Une lettre changée dans ce mot donnerait le mot « aveugle », ce qu'Isaïe utilise dans le passage auquel il est fait allusion.) « peuvent maintenant voir de l'obscurité et des ténèbres » (Es. xxix. 18). C'est pourquoi « je me suis levé » (Juges v. 7) et j'ai écrit ce livre, « Toledoth Adam » (« les générations de l'homme », Gen. v. 1), pour enseigner aux enfants de mon peuple, la semence de Jacob, la Torah (instruction) que tu as donnée en héritage à toutes les nations de la terre.
Et j'ai « procédé à faire une œuvre merveilleuse parmi ce peuple, une œuvre merveilleuse et un prodige » (Es. xxix. 14), leur permettant maintenant de lire dans la Torah de Moïse notre maître, « clairement et en en donnant le sens » (Néh. viii. 8), ce que tu as donné dans tes Torahs (œuvres d'instruction). Et quand mon peuple percevra que ton point de vue n'a nullement « dévié » (Nom. v. 12, 19, etc.) de la Torah de Dieu, il tiendra ton nom dans la plus haute révérence, et « glorifiera en même temps le Dieu d'Israël » (Es. xxix. 23).
« La vision de tout cela » (Es. xxix. 11), tu la verras, ô Prince de la Sagesse, dans ce livre, « qui va devant moi » (Gen. xxxii. 21) ; et tout ce que ton grand entendement trouve à critiquer, viens, « écris-le sur une table et note-le dans un livre » (Es. xxx. 8) ; et permets-moi de nommer mon œuvre de ton nom, qui est glorifié et grandement révéré par
Ton serviteur, Naphtali Hallevi [c'est-à-dire le Lévite].
Daté ici dans la ville de Radom, dans la province de Pologne, au mois de Nisan de l'année 636, selon le comput moindre (c'est-à-dire A.M. [5]636 = A.D. 1876).
LETTRE 278. À OTTO ZACHARIAS. 1877.
Lorsque j'étais à bord du « Beagle », je croyais à la permanence des espèces, mais, pour autant que je m'en souvienne, de vagues doutes effleuraient occasionnellement mon esprit. À mon retour à la maison, à l'automne 1836, j'ai immédiatement commencé à préparer mon journal pour la publication, et j'ai alors vu combien de faits indiquaient la descendance commune des espèces (278/1. « Les faits auxquels il est fait référence ici étaient, sans aucun doute, éminemment aptes à attirer l'attention d'un penseur philosophique ; mais jusqu'à ce que les relations des espèces existantes avec les espèces éteintes et des espèces des différentes zones géographiques entre elles fussent déterminées avec une certaine exactitude, ils ne fournissaient qu'un fondement peu sûr pour la spéculation. Il n'était pas possible que cette détermination fût effectuée avant le retour du « Beagle » en Angleterre ; et ainsi, la date que Darwin (écrivant en 1837) assigne à l'aube de la nouvelle lumière qui se levait dans son esprit devient intelligible. » — Extrait de « Darwiniana », Essais de Thomas H. Huxley, Londres, 1893 ; pages 274-5.), de sorte qu'en juillet 1837, j'ai ouvert un carnet pour noter tous les faits susceptibles d'avoir un rapport avec la question ; mais je ne suis devenu convaincu que les espèces étaient mutables que, je pense, deux ou trois ans plus tard. (278/2. Sur ce dernier point, voir page 38.)
LETTRE 279. À G.J. ROMANES.
(279/1. La lettre suivante fait référence à des notes manuscrites de Romanes, que nous n'avons pas vues. Les remarques de Darwin à ce sujet sont cependant suffisamment claires.)
Mon adresse sera « Bassett, Southampton », 11 juin [1877].
J'ai reçu le document sur le croisement que vous avez eu l'amabilité de m'envoyer. Il est très clair, et je suis tout à fait d'accord avec lui ; mais la question en jeu ne m'a pas posé de difficulté, car je n'ai jamais cru qu'une nouvelle forme pût provenir d'une variation unique. Ce que j'ai appelé la sélection inconsciente par l'homme illustre, me semble-t-il, le même principe que le vôtre, dans le même domaine. L'homme achète les animaux ou les plantes individuels qui lui semblent les meilleurs à tout égard — certains plus, d'autres moins — et, sans aucun appariement ou croisement dirigé, la race est assurément altérée avec le temps. L'absence, dans de nombreux cas, de formes intermédiaires ou hybrides, dans la zone frontalière entre deux races géographiques étroitement alliées ou deux espèces proches, m'a semblé être une difficulté plus grande lorsque j'ai discuté le sujet dans l'« Origine ».
En ce qui concerne votre illustration, il m'arrivait autrefois de devenir à moitié fou en essayant d'expliquer l'augmentation ou la diminution de la productivité d'un organisme ; mais je ne parviens pas à me rappeler où résidait ma difficulté. La sélection naturelle s'applique toujours, selon moi, à chaque individu et à sa progéniture, comme ses graines, ses œufs, qui sont formés par la mère et qui sont protégés de diverses manières. Il ne semble y avoir aucune difficulté à comprendre comment la productivité d'un organisme pourrait être augmentée ; mais c'est, autant que je m'en souvienne, dans la réduction de la productivité que j'étais le plus perplexe. Mais pourquoi je griffonne à ce sujet, je l'ignore.
J'ai lu votre critique du livre de M. Allen, et cela me rend encore plus sceptique, si possible, qu'auparavant quant au fait qu'il ait réellement apporté beaucoup de lumière sur le sujet.
Je suis heureux d'apprendre que certains physiologistes partagent le point de vue que j'avais sur le fait que vous accordiez trop de crédit à H. Spencer — bien que, Dieu sait que c'est là un défaut rare.
Plus je réfléchis à votre travail sur les nerfs des méduses, plus il me semble splendide.
LETTRE 280. À A. DE CANDOLLE. Down, 3 août 1877.
Je dois avoir le plaisir de vous remercier pour votre longue et intéressante lettre. La cause et les moyens de la transition d'une condition hermaphrodite à une condition unisexuée me semblent être un problème très déconcertant, et je serai extrêmement heureux de lire vos remarques sur le Smilax, dès que je recevrai l'essai que vous avez l'amabilité de dire que vous m'enverrez. Il y a beaucoup de justesse dans vos critiques sur mon usage des termes objet, fin, but ; mais ceux qui croient que les organes ont été graduellement modifiés par la sélection naturelle pour un but spécial peuvent, je pense, utiliser correctement les termes ci-dessus, bien qu'aucun être conscient n'ait été impliqué. J'ai trouvé beaucoup de difficulté dans mes tentatives occasionnelles pour éviter ces termes, mais j'aurais peut-être dû parler toujours d'un effet bénéfique ou utile. Mon fils Francis sera intéressé d'entendre parler du Smilax. Il vous a expédié un exemplaire de son article sur les glandes du Dipsacus, et j'espère que vous trouverez le temps de le lire, car le cas me semble nouveau et hautement remarquable. Nous travaillons maintenant d'arrache-pied pour tenter de découvrir la fonction ou l'usage de la pruine ou sécrétion cireuse sur les feuilles et les fruits de nombreuses plantes ; mais je doute fort que nos expériences nous en disent beaucoup. Si vous avez une opinion arrêtée sur la question de savoir si les plantes aux feuilles remarquablement glauques sont plus fréquentes dans les pays chauds que dans les pays tempérés ou froids, dans les pays secs que dans les pays humides, je vous serais reconnaissant d'ajouter à vos nombreuses bontés en m'en informant. Veuillez présenter mes bons souvenirs à votre fils, et dites-lui que mon fils a essayé à grande échelle les effets de l'alimentation de la Drosera avec de la viande, et que les résultats sont très frappants et bien plus favorables que ce que j'avais anticipé.
LETTRE 281. À G.J. ROMANES.
Down, samedi soir [1877].
Je viens de terminer votre conférence ; c'est un argument scientifique admirable, et des plus puissants. J'aimerais qu'il puisse être semé à tout vent à travers le pays. Votre courage est merveilleux, et je m'étonne que vous n'ayez pas été lapidé sur-le-champ — et en Écosse ! Dites-moi, je vous prie, comment cela a été reçu dans la salle de conférence. L'idée que l'homme soit fait comme un singe est tout à fait nouvelle pour moi, et l'argument exposé plus tôt sur la loi de parcimonie est admirablement formulé. Oui, la page 21 est nouvelle pour moi. Tout me semble très clair, et, compte tenu du peu d'espace, vous avez excellemment choisi vos lignes de raisonnement.
Les quelques dernières pages sont terriblement puissantes, à mon avis.
Dimanche matin. — Ce qui précède a été écrit hier soir dans l'enthousiasme du moment, et maintenant — en ce sombre et lugubre dimanche matin — je suis pleinement d'accord avec ce que j'ai dit.
Je suis très désolé d'apprendre les échecs dans les expériences de greffe, et ce n'est pas de votre faute ni dû à votre malchance. Trollope, dans l'un de ses romans, donne comme maxime d'usage constant par un briquetier : « C'est l'obstination qui réussit » — et j'ai souvent et souvent pensé que c'était là la devise de tout travailleur scientifique. Je suis sûr que c'est la vôtre — si vous ne renoncez pas à la pangenèse avec de méchantes imprécations.
Au fait, G. Jager a publié dans « Kosmos » une sorte de pangenèse chimique se rapportant principalement à l'hérédité.
Je ne conçois pas pourquoi je n'ai pas offert mon jardin pour vos expériences. Je m'occuperais des plantes, pour ce qui est du simple soin, avec plaisir ; mais Down est un endroit difficile d'accès.
Vaudrait-il la peine d'essayer de voir si la « Fortnightly » voudrait le republier [c'est-à-dire la conférence] ?
LETTRE 282. À T.H. HUXLEY.
Down, lundi soir, 19 novembre [1877].
Je ne peux rester tranquille sans vous dire, plus gravement que je ne l'ai fait lorsque nous nous sommes rencontrés pendant cinq minutes près du musée, à quel point j'ai été touché par les nombreuses choses généreuses (autant que Frank a pu s'en souvenir) que vous avez dites à mon sujet lors du dîner. Frank est venu tôt le lendemain matin débordant d'enthousiasme à propos de votre discours. Vous avez en effet toujours été pour moi un ami des plus généreux, mais je sais, hélas, trop bien combien vous me surestimez. Pardonnez-moi de vous importuner avec ces quelques lignes.
LETTRE 283. À W. BOWMAN.
Down, 22 février 1878.
J'ai reçu votre lettre ce matin, et il était tout à fait impossible que vous receviez une réponse avant 16 heures aujourd'hui. Mais cela n'a aucune importance, car votre proposition me semble très bonne, et je suis tout à fait d'accord avec vous pour dire qu'il est bien préférable de suggérer une question spéciale plutôt que d'avoir une discussion générale compilée à partir de livres. La règle selon laquelle l'essai doit être « illustratif de la sagesse et de la bienfaisance du Tout-Puissant » limiterait les sujets à proposer. En ce qui concerne le règne végétal, je pourrais suggérer deux ou trois sujets sur lesquels, me semble-t-il, les informations font grandement défaut ; mais ces sujets nécessiteraient un long cours d'expériences, et malheureusement il n'y a presque personne dans ce pays qui semble enclin à se consacrer à l'expérimentation.
LETTRE 284. À J. TORBITT.
Down, lundi 4 mars 1878.
Je n'ai rien de bon à rapporter. M. Caird m'a rendu visite hier ; lui et M. Farrer ont été des plus énergiques et obligeants. Il ne sert à rien de penser à la Société d'Agriculture. M. Caird a vu plusieurs personnes à ce sujet, notamment M. Carruthers, botaniste de la Société. Il (M. Carruthers) juge la tentative désespérée, mais avance, dans un long mémorandum envoyé à M. Caird, des raisons qui, j'en suis convaincu, ne sont pas fondées. Il précise cependant deux points qui méritent bien votre attention, à savoir qu'une variété doit être testée trois ans avant que l'on puisse se fier à sa robustesse ; et surtout qu'elle doit être cultivée dans un climat humide. L'opinion de M. Carruthers sur ce point est précieuse car il a été employé par la Société pour juger les variétés envoyées pour le prix offert il y a un an ou deux. Si j'avais la force de monter un mémoire au gouvernement, je crois que je pourrais réussir ; car Sir J. Hooker écrit qu'il croit que vous êtes sur la bonne voie ; mais je ne sais à qui d'autre m'adresser dont le jugement aurait du poids auprès du gouvernement, et je n'ai vraiment pas la force de discuter de la question et de convaincre les gens.
À la demande de M. Farrer, alors que nous espérions que la Société d'Agriculture pourrait s'en charger, je lui ai écrit une longue lettre lui donnant mon avis sur le sujet ; et cette lettre, M. Caird l'a emportée hier avec lui, et il examinera avec M. Farrer si une demande peut être faite au gouvernement.
Je suis cependant loin d'être optimiste. Je verrai M. Farrer ce soir, et ferai ce que je pourrai. Lorsque je recevrai ma lettre en retour, je vous l'enverrai pour que vous puissiez la lire.
Après mûre réflexion, il me semble que votre meilleur plan sera, si nous ne parvenons pas à obtenir l'aide du gouvernement, de continuer au cours de la présente année, sur une échelle réduite, à élever de nouvelles variétés fécondées par croisement, et l'année prochaine, si vous en êtes capable, de tester la capacité de résistance uniquement du type le plus prometteur. S'il était possible, il serait très conseillé pour vous d'en faire cultiver sur le côté ouest humide de l'Irlande. Si vous réussissez à obtenir une variété résistante aux champignons, vous pouvez être sûr que ses mérites seraient bientôt connus localement et qu'elle se répandrait ensuite rapidement au loin. M. Caird m'a donné un exemple frappant d'un tel cas en Écosse. Je rentre chez moi demain matin.
J'ai le plaisir de joindre un chèque de 100 livres. Si vous recevez une subvention gouvernementale, je devrais être remboursé.
P.-S. Si j'étais à votre place, je ne dépenserais aucun travail ni argent pour publier ce que vous avez déjà fait, ou pour envoyer des graines ou des tubercules à qui que ce soit. Je travaillerais tranquillement jusqu'à ce que des résultats certains soient obtenus. Et ceux-ci seraient si précieux que votre travail dans ce cas serait bientôt connu. Je m'efforcerais aussi de porter un jugement aussi sévère que possible sur l'état des tubercules et des plantes.
LETTRE 285. À E. VON MOJSISOVICS. Down, 1er juin 1878.
J'ai enfin trouvé le temps de lire le premier chapitre de vos « Dolomit Riffe », et j'en ai été extrêmement intéressé. Quel changement merveilleux dans l'avenir de la chronologie géologique vous indiquez, en supposant la théorie de la descendance comme établie, puis en prenant les changements gradués du même groupe d'organismes comme véritable étalon ! Je n'ai jamais espéré vivre assez longtemps pour voir une telle étape ne serait-ce que proposée par quelqu'un.
Néanmoins, j'ai entrevu obscurément que chaque couche dans une formation ne pouvait contenir que les organismes propres à une certaine profondeur, et à d'autres conditions y existant, et que toutes les formes intermédiaires entre une espèce marine et une autre pouvaient rarement être préservées au même endroit et dans la même couche. Oppel, Neumayr et vous-même rendrez un service durable et admirable à la noble science de la géologie, si vous pouvez répandre vos vues de manière à ce qu'elles soient généralement connues et acceptées.
En ce qui concerne les périodes continentales et océaniques communes à tout l'hémisphère nord, auxquelles vous faites référence, j'ai parfois spéculé sur le fait que la répartition actuelle de la terre et de la mer sur le globe pourrait avoir été autrefois très différente de ce qu'elle est maintenant ; et que de nouveaux genres et familles pourraient avoir été développés sur les rivages de zones isolées dans le sud, puis se seraient répandus vers le nord.
LETTRE 286. À J.W. JUDD. Down, 27 juin 1878.
Je suis sincèrement heureux d'apprendre votre futur mariage. Une bonne épouse est la bénédiction suprême dans cette vie, et j'espère et je crois, d'après ce que vous dites, que vous serez aussi heureux que je l'ai été à cet égard. Puisse votre futur travail géologique être aussi précieux que celui que vous avez déjà accompli ; et il n'est pas besoin de souhaiter davantage pour aucun homme. L'enseignement pratique de la géologie semble être une excellente idée.
Merci beaucoup pour Neumayr, mais j'ai déjà reçu et lu une copie du même, ou du moins d'un essai très similaire, et il m'a semblé admirablement bon.
Cet essai, et celui de Mojsisovics, que j'ai lus récemment, montrent ce que la paléontologie fera à l'avenir pour la classification et la séquence des formations. Cela m'a ravi de voir un ordre de procéder si inversé, à savoir supposer la descendance des espèces comme certaine, puis prendre les changements de formes étroitement alliées comme étalon du temps géologique. Ma santé est meilleure qu'elle ne l'était il y a quelques années, mais je ne passe jamais une journée sans beaucoup d'inconfort et un sentiment d'extrême fatigue.
LETTRE 287. À L'COMTE DE SAPORTA. Down, 15 août 1878.
Je vous remercie très sincèrement de votre aimable et intéressante lettre. Il serait faux de ma part de prétendre que mon élection à l’Institut m’importe beaucoup, mais la sympathie de quelques-uns de mes amis m’a profondément touché.
Je suis extrêmement heureux d’apprendre que vous allez publier un ouvrage sur les plantes fossiles les plus anciennes ; et je vous remercie par avance pour le volume que vous avez l’obligeance de me dire que vous m’enverrez. J’espère ardemment que vous donnerez, au moins incidemment, les résultats auxquels vous êtes parvenu concernant les plantes tertiaires les plus récentes ; car la gradation étroite de telles formes me semble être un fait d’une importance capitale pour le principe de l’évolution. Vos cas sont semblables à ceux sur la gradation dans le genre Equus, récemment découverts par Marsh en Amérique du Nord.
LETTRE 288. AU DUC D’ARGYLL.
(288/1. La lettre suivante fut publiée dans « Nature », le 5 mars 1891, volume XLIII, page 415, accompagnée d’une note du regretté duc d’Argyll, dans laquelle il déclarait que la lettre avait été écrite à son intention par M. Darwin en réponse à la question : « pourquoi supposait-il l’unité du genre humain comme descendant d’un seul couple ». Le duc ajoutait que, dans sa réponse, M. Darwin « ne répudie pas cette interprétation de sa théorie, mais procède simplement à expliquer et à défendre la doctrine ». À une occasion précédente, le duc d’Argyll avait « fait allusion, comme à un fait, à la circonstance selon laquelle Charles Darwin supposait que le genre humain était apparu en un seul lieu, et par conséquent en un seul couple ». La lettre de Darwin fut publiée en réponse à certains amis scientifiques qui mettaient ce fait en doute et demandaient la référence sur laquelle la déclaration était basée.)
Down, 23 septembre 1878.
Le problème que vous exposez si clairement est très intéressant, et j’y ai souvent réfléchi. Pour autant que je puisse en juger, l’improbabilité est extrême que la même espèce bien caractérisée puisse être produite dans deux pays distincts, ou à deux époques distinctes. Il est certain qu’une même variation peut apparaître dans deux lieux distincts, comme pour l’albinisme ou pour la nectarine sur les pêchers. Mais la preuve me semble écrasante qu’une espèce bien marquée est le produit, non d’une seule ou de quelques variations, mais d’une longue série de modifications, chaque modification résultant principalement d’une adaptation à des conditions infiniment complexes (y compris les habitants du même pays), avec une hérédité plus ou moins marquée de toutes les modifications précédentes. De plus, comme la variabilité dépend davantage de la nature de l’organisme que de celle de l’environnement, les variations tendront à différer à chaque stade successif de la descendance. Or, il me semble improbable au plus haut point qu’une espèce ait jamais été exposée en deux lieux à des relations infiniment complexes de nature exactement identique au cours d’une longue série de modifications. Une illustration rendra peut-être plus claire ce que je viens de dire, bien qu’elle ne s’applique qu’aux facteurs les moins importants de l’hérédité et de la variabilité, et non à l’adaptation ; à savoir l’improbabilité que deux hommes naissent dans deux pays en étant identiques de corps et d’esprit. Si toutefois l’on suppose qu’une espèce, à chaque stade successif de sa modification, était entourée dans deux pays ou époques distincts par exactement le même assemblage de plantes et d’animaux, et par les mêmes conditions physiques, alors je ne vois aucune difficulté théorique à ce qu’une telle espèce donne naissance à la nouvelle forme dans les deux pays. Si vous consultez la sixième édition de mon « Origine », à la page 100, vous trouverez une discussion quelque peu analogue, peut-être plus intelligible que cette lettre.
LETTRE 289. W.T. THISELTON-DYER À L’ÉDITEUR DE « NATURE ».
(289/1. La lettre suivante (« Nature », volume XLIII, page 535) critique l’interprétation donnée par le duc à la lettre de M. Darwin.)
Jardins royaux, Kew, 27 mars [1891].
Dans « Nature » du 5 mars (page 415), le duc d’Argyll a publié une lettre très intéressante de M. Darwin, dont il a tiré la conclusion que l’auteur « supposait que le genre humain était apparu… en un seul couple ». Je ne pense pas moi-même que la lettre supporte cette interprétation. Mais le point, dans son aspect le plus général, est très important et présente souvent quelque difficulté aux étudiants des écrits de M. Darwin.
Tout récemment, j’ai trouvé par hasard, parmi les papiers du regretté M. Bentham à Kew, une lettre de critique amicale de M. Darwin sur le discours présidentiel que M. Bentham a prononcé devant la Linnean Society le 24 mai 1869. Cette lettre, je pense, a été oubliée et n’a pas été publiée auparavant. M. Darwin s’y exprime avec un langage très explicite concernant l’origine multiple des races et quelques autres points. Le professeur Meldola, à qui j’avais mentionné en conversation l’existence de cette lettre, m’a vivement pressé de la publier. C’est donc ce que je fais maintenant, en y ajoutant quelques notes explicatives.
LETTRE 290. À G. BENTHAM. Down, 25 novembre 1869.
(290/1. Les notes de cette lettre sont de Sir W. Thiselton-Dyer et sont apparues dans « Nature », op. cit.)
J’ai été très intéressé par votre discours, que j’ai maintenant lu trois fois, et qui, je crois, aura beaucoup d’influence sur tous ceux qui le liront. Mais vous avez tort de penser que j’aie jamais dit que vous aviez tort sur quelque point que ce soit. Tout ce que je voulais dire, c’est que sur certains points, et des points très douteux, j’étais enclin à différer de vous. Et maintenant, en considérant davantage le point sur lequel, il y a deux ou trois mois, j’étais le plus enclin à différer — à savoir sur l’isolement — je trouve que je diffère très peu. Ce que j’ai à dire ne vaut vraiment pas la peine d’être dit, mais comme je serais très désolé de ne pas faire tout ce que vous me demandez, je vais griffonner les pensées légèrement divergentes qui me sont venues à l’esprit. Ce serait un travail sans fin que de spécifier les points sur lesquels vous m’avez intéressé ; mais je peux juste mentionner la relation de la flore extrême occidentale de l’Europe (quelques pensées très vagues à ce sujet, concernant la période glaciaire, m’ont traversé l’esprit) avec l’Afrique du Sud, et vos remarques sur le contraste entre la distribution passive et active.
Page lxx. — Je pense que la contingence d’une île en émergence, pas encore entièrement peuplée de plantes, devrait toujours être gardée à l’esprit lorsque l’on parle de colonisation.
Page lxxiv. — Je n’ai rien rencontré qui me fasse douter le moins du monde que les grands genres présentent un plus grand nombre de variétés par rapport à leur taille que ne le font les petits genres. (290/2. Bentham pensait que le « degré de variabilité… comme d’autres caractères constitutionnels, est en premier lieu un caractère individuel, qui… peut devenir plus ou moins héréditaire, et donc spécifique ; et par là, mais à un degré très faible, générique ». Il semble vouloir argumenter contre la conclusion que Sir Joseph Hooker avait citée de M. Darwin selon laquelle « les espèces des grands genres sont plus variables que celles des petits ». [Sur la variation des grands genres, voir la lettre 53.]) Hooker a été convaincu par mes données, jamais publiées intégralement à ce jour, seulement résumées dans l’« Origine ».
Page lxxviii. — Je conteste qu’une nouvelle race ou espèce soit nécessairement, ou même généralement, descendue d’un seul parent ou d’un couple de parents. Le corps entier des individus, je le crois, se trouve altéré ensemble — comme nos chevaux de course, et comme toutes les races domestiques qui sont changées par « sélection inconsciente » par l’homme. (290/3. Bentham avait dit : « Nous devons aussi admettre que chaque race a probablement été la progéniture d’un parent ou d’un couple de parents, et a par conséquent pris naissance en un seul endroit. » Le duc d’Argyll inverse la proposition.)
Lorsque l’on considère des laps de temps aussi longs que ceux nécessaires pour changer une forme spécifique, je doute fort que des pouvoirs de multiplication plus ou moins rapides aient un poids autre qu’insignifiant. Ces pouvoirs, je pense, sont liés à une destruction plus ou moins grande au début de la vie.
Page lxxix. — Je pense toujours que vous sous-estimez un peu l’importance de l’isolement. J’en suis venu à penser qu’il est très important pour diverses raisons ; les formes anormales et quasi éteintes sur les îles, etc., etc., etc.
Concernant les zones aux nombreuses formes « individuellement durables », peut-on dire qu’elles présentent généralement une surface « brisée » avec des « barrières infranchissables » ? Cela est sans doute vrai dans certains cas, comme Tenerife. Mais est-ce le cas pour le sud-ouest de l’Australie ou le Cap ? J’en doute fort. J’ai pris l’habitude de voir la cause d’un si grand nombre de formes comme étant en partie un climat aride ou sec (comme le soutient De Candolle) qui conduit indirectement à des conditions diversifiées [?] ; et, deuxièmement, à l’isolement du reste du monde pendant une très longue période, de sorte que d’autres formes plus dominantes ne sont pas entrées, et qu’il y a eu amplement le temps pour beaucoup de spécification et d’adaptation des caractères.
Page lxxx. — Je suppose que vous pensez que les Restionacées, les Protéacées (290/4. Il est douteux que Bentham l’ait pensé. Dans son discours de 1870, il dit : « Je ne peux résister à l’opinion que toute preuve présomptive est contre les Protéacées européennes, et que toute preuve directe en leur faveur s’est effondrée lors du contre-interrogatoire »), etc., etc., s’étendaient autrefois sur tout le monde, laissant des fragments dans le sud.
À plusieurs reprises, vous parlez de la distribution des plantes comme si elle était exclusivement gouvernée par le sol et le climat. Je sais que vous ne voulez pas dire cela, mais je regrette chaque fois que l’occasion est manquée de souligner que la lutte avec d’autres plantes (et des animaux hostiles) est bien plus importante.
Je vous ai dit que je n’avais rien qui vaille la peine d’être dit, mais je vous ai donné mes PENSÉES.
Comme les chiffres romains sont détestables ! Pourquoi les discours du président, qui valent souvent, et je suis sûr que c’est le cas ici, plus que tout le reste du numéro, ne seraient-ils pas paginés avec des chiffres chrétiens ?
LETTRE 291. À R. MELDOLA.
(291/1. « Cette lettre était en réponse à une suggestion selon laquelle M. Darwin devrait, dans sa préface, indiquer par des références à « L’Origine des espèces » et à ses autres écrits jusqu’où il avait déjà tracé le chemin que Weismann a parcouru. La suggestion a été faite parce que, dans un très grand nombre d’écrits continentaux sur la théorie de la descendance, beaucoup des points qui avaient été clairement pressentis, et dans certains cas même explicitement énoncés par Darwin, avaient été redécouverts et publiés comme s’ils étaient originaux. Dans les notes de mon édition de Weismann, j’ai tenté de rendre pleinement justice à Darwin. — R.M. » Voir lettre 310.)
4, Bryanston Street, 26 novembre 1878.
Je suis très désolé de dire que je ne peux accepter votre suggestion. Un auteur n’est jamais un juge approprié de son propre travail, et je détesterais extrêmement souligner quand et comment les conclusions et le travail de Weismann concordaient avec les miens. Je suis certain que je ne devrais pas le faire, et ce serait pour moi une tâche intolérable. Il ne me semble pas non plus que ce soit la fonction appropriée de la préface, qui est de montrer ce que contient le livre, et que le contenu me semble précieux. Mais je ne vois aucune objection à ce que vous, si vous le jugez bon, écriviez une introduction avec des remarques ou des critiques de toute nature. Bien sûr, je serais heureux de vous conseiller sur tout point dans la mesure de mes moyens, mais dans l’ensemble, je ne pourrais rien y avoir à faire, pour les raisons spécifiées ci-dessus, à savoir qu’un auteur ne peut et ne doit pas tenter de juger ses propres œuvres, ni de les comparer avec d’autres. Je suis désolé de refuser de faire quoi que ce soit que vous souhaitiez.
LETTRE 292. À T.H. HUXLEY. Down, 18 janvier 1879.
Je viens de terminer le cadeau que vous m’avez fait, la Vie de Hume (292/1. « Hume » dans la série « English Men of Letters » de M. Morley. Concernant la partie biographique de ce livre, M. Huxley écrivait, dans une lettre à M. Skelton, janvier 1879 (« Life of T.H. Huxley », II, page 7) : « C’est l’approche la plus proche d’une œuvre de fiction dont je sois encore coupable »), et je dois vous remercier pour le grand plaisir qu’elle m’a procuré. Vos discussions sont, me semble-t-il, claires à un degré tout à fait merveilleux, et beaucoup des petits éclats d’esprit intercalés sont délicieux. J’ai particulièrement apprécié le jugement concis en environ cinq mots sur Comte. (292/2. Le passage référencé se trouve peut-être à la page 52.) Malgré la clarté de chaque phrase, les sujets sont en partie si difficiles que j’ai trouvé la lecture ardue. Je crains donc que ce ne soit trop ardu pour le grand public ; mais j’espère sincèrement que cela s’avérera être une erreur, et dans ce cas, l’intelligence du public sera grandement exaltée à mes yeux. L’écriture de ce livre a dû être un travail terriblement dur, je pense.
LETTRE 293. À F. MULLER. Down, 4 mars [1879].
Je vous remercie cordialement pour votre lettre. Vos faits et votre discussion sur la perte des poils sur les pattes des phryganes me semblent être la chose la plus importante et la plus intéressante que j’aie lue depuis très longtemps. J’espère que vous ne désapprouverez pas, mais j’ai envoyé votre lettre à « Nature » (293/1. Fritz Müller, « Sur une grenouille ayant des œufs sur le dos — Sur l’avortement des poils sur les pattes de certaines phryganes, etc. » : la lettre de Müller et une de Charles Darwin ont été publiées dans « Nature », volume XIX, page 462, 1879.), avec quelques remarques liminaires, signalant au lecteur général l’importance de votre point de vue, et déclarant que j’ai été intrigué pendant de nombreuses années par ce point précis. Si, comme je suis enclin à le croire, votre point de vue peut être largement étendu, ce sera un gain capital pour la doctrine de l’évolution. Je vois par vos divers articles que vous travaillez énergiquement, et, où que vous regardiez, vous semblez découvrir quelque chose de tout à fait nouveau et d’extrêmement intéressant. Votre frère continue également à faire un excellent travail sur la fertilisation des fleurs et des sujets apparentés.
J’ai peu ou rien à vous dire sur moi-même. Je rampe lentement avec mon sujet actuel — les mouvements divers et compliqués des plantes. Je n’ai pas été très bien ces derniers temps, et je suis fatigué aujourd’hui, donc je n’écrirai pas davantage. Avec la plus cordiale sympathie pour tout votre travail, etc.
LETTRE 294. À T.H. HUXLEY. Down, 19 avril 1879.
Merci beaucoup pour le livre. (294/1. « La Liberté dans la science et dans l’enseignement » d’Ernst Haeckel, avec une note liminaire de T.H. Huxley, 1879. Le professeur Haeckel a récemment publié (sans autorisation) une lettre dans laquelle M. Darwin commente sévèrement Virchow. Il est difficile de dire ce qui aurait fait plus de peine à M. Darwin : l’affront à un collègue ou l’abus de confiance d’un ami.) Je n’ai lu que la préface… Elle est capitale, et j’ai apprécié la formidable tape sur les doigts que vous avez donnée à Virchow à la fin. Quel plaisir cela doit être d’écrire comme vous pouvez le faire !
LETTRE 295. À E.S. MORSE. Down, 21 octobre 1879.
Bien que vous soyez assez aimable pour me dire de ne pas écrire, je dois juste vous remercier pour les épreuves de votre article, qui m’a beaucoup intéressé. (295/1. Voir « Les amas de coquillages d’Omori » dans les « Mémoires du Département des sciences de l’Université de Tokio », volume I, partie I, 1879. Les crêtes sur Arca sont mentionnées à la page 25. Dans « Nature », le 15 avril 1880, M. Darwin a publié une lettre de M. Morse concernant la critique de l’article ci-dessus, parue dans « Nature », XXI, page 350. M. Darwin introduit la lettre de M. Morse avec quelques remarques liminaires. La correspondance est republiée dans l’« American Naturalist », septembre 1880.) L’augmentation du nombre de crêtes dans les trois espèces d’Arca semble être un fait très remarquable, tout comme l’augmentation de taille dans tant d’espèces, bien que pas toutes. Quel état constant de fluctuation semble être le monde organique tout entier ! Il est intéressant d’entendre que, partout, le premier changement consiste apparemment dans les nombres proportionnels des espèces. J’ai été très frappé par le fait dans les coquillages soulevés de Coquimbo, au Chili, comme mentionné dans mes « Observations géologiques sur l’Amérique du Sud ».
De toutes les merveilles du monde, le progrès du Japon, auquel vous avez contribué, me semble être la plus merveilleuse.
LETTRE 296. À A.R. WALLACE. Down, 5 janvier 1880.
Comme cette note ne nécessite aucune réponse, vous devez me permettre d’exprimer ma vive admiration pour votre article dans le « Nineteenth Century ». (296/1. « Nineteenth Century », janvier 1880, page 93, « Sur l’origine des espèces et des genres ».) Vous êtes certainement un maître dans l’art difficile de l’exposé clair. Il est impossible de répéter trop souvent que la sélection à partir d’un seul individu variant ou d’un seul organe variant ne suffira pas. Vous avez magistralement intégré les recherches admirables d’Allen. (296/2. J.A. Allen, « Sur les mammifères et les oiseaux d’hiver de Floride orientale, etc. » (« Bull. Mus. Comp. Zoolog. Harvard », volume II).) Comme d’habitude, vous prenez plaisir à m’honorer plus que je ne le mérite. Lorsque j’ai écrit sur l’extrême lenteur de la sélection naturelle (296/3. M. Wallace fait un calcul basé sur les résultats d’Allen quant à la période très courte dans laquelle la formation d’une race d’oiseaux différant de 10 à 20 % de la moyenne en longueur d’aile et en force de bec pourrait concevablement être effectuée. Il pense que la lenteur de l’action de la sélection naturelle dépend en réalité de la lenteur des changements survenant naturellement dans les conditions physiques, etc.) (en espérant que je puisse avoir tort), j’avais surtout à l’esprit les effets du croisement. Je souscris à presque tout ce que vous dites, à l’exception de la dernière courte phrase. (296/4. Le passage en question est le suivant : « J’ai aussi tenté de montrer que les causes qui ont produit les espèces séparées d’un genre, d’une famille, ou peut-être d’un ordre, à partir d’un ancêtre commun, ne sont pas nécessairement les mêmes que celles qui ont produit les ordres, classes et sous-règnes séparés à partir d’ancêtres communs plus éloignés. Que tous aient été produits de la même manière par « descendance avec modification » à partir de quelques types primitifs, l’ensemble des preuves l’indique clairement ; mais alors que la variation individuelle avec la sélection naturelle s’avère adéquate pour la production des premières, nous n’avons aucune preuve et pratiquement aucune évidence qu’elle soit adéquate pour initier ces divergences importantes de type qui caractérisent les secondes. » Dans ce passage, l’accent devrait être mis (comme M. Wallace nous le signale) sur le mot PREUVE. Il n’affirme nullement que les causes qui ont produit les espèces d’un genre sont inadéquates pour produire de plus grandes différences. Son objectif est plutôt de souligner la différence entre preuve et probabilité.)
LETTRE 297. À J.H. FABRE.
(297/1. Une lettre à M. Fabre est donnée dans « Life and Letters », III, page 220, dans laquelle la suggestion est faite de faire tourner l’insecte avant qu’une expérience de « retour au gîte » n’ait lieu.)
Down, 20 février 1880.
Je vous remercie pour votre aimable lettre, et je suis ravi que vous tentiez l’expérience de la rotation. Il est très curieux qu’une telle croyance soit entretenue à propos des chats dans votre pays (297/2. M. Fabre avait écrit de Sérignan, Vaucluse : « Parmi la population des paysans de mon village, l’habitude est de faire tourner dans un sac le chat que l’on se propose de porter ailleurs, et dont on veut empêcher le retour. J’ignore si cette pratique obtient du succès »), je n’ai jamais entendu parler de rien de tel en Angleterre. J’ai été amené, je crois, à penser à l’expérience après avoir lu dans les « Voyages en Sibérie » de Wrangel (297/3. Amiral Ferdinand Petrovich von Wrangell, « Le Nord de la Sibérie, Voyage parmi les Peuplades de la Russie asiatique, etc. » Paris, 1843.) le pouvoir merveilleux que possèdent les Samoyèdes de garder leur direction dans le brouillard tout en voyageant en ligne tortueuse à travers la glace brisée. Concernant les chats, j’ai vu un compte rendu selon lequel il existe en Belgique une société qui remet des prix au chat qui peut le plus rapidement retrouver son chemin vers la maison, et à cet effet, ils sont transportés dans des quartiers éloignés de la ville.
Voici une occasion capitale pour tenter la rotation.
Je suis extrêmement heureux d’apprendre que votre livre sera probablement traduit en anglais.
P.-S. — Je serai très heureux de connaître le résultat de vos expériences.
LETTRE 298. À J.H. FABRE. Down, 21 janvier 1881.
Je vous suis très obligé pour votre lettre très intéressante. Vos résultats me semblent hautement importants, car ils éliminent un moyen par lequel les animaux pourraient peut-être reconnaître la direction ; et cela, d’après ce qui a été dit sur les sauvages, et d’après notre propre conscience, semblait être le moyen le plus probable. Si vous pensez que cela en vaut la peine, vous pouvez bien sûr mentionner mon nom en relation avec ce sujet.
Si vous réussissez à éliminer le sens des courants magnétiques de la terre, vous laisserez le champ d'investigation tout à fait ouvert. Je suppose que même ceux qui croient encore que chaque espèce a été créée séparément admettraient que certains animaux possèdent un sens par lequel ils perçoivent la direction, et dont ils se servent instinctivement. En mentionnant le sujet à mon fils George, qui est mathématicien et connaît quelque chose au magnétisme, il a suggéré de faire d'une aiguille très fine un aimant ; puis de la briser en très courts morceaux, qui seraient toujours magnétiques, et de fixer l'un de ces morceaux avec un peu de ciment sur le thorax de l'insecte sur lequel on expérimente.
Il croit qu'un tel petit aimant, du fait de sa grande proximité avec le système nerveux de l'insecte, l'affecterait davantage que ne le feraient les courants terrestres.
J'ai reçu votre essai sur les Halictus (298/1. « Sur les Moeurs et la Parthénogenèse des Halictes » (« Ann. Sc. Nat. » IX., 1879-80).), que je suis certain de lire avec beaucoup d'intérêt.
LETTRE 299. À T.H. HUXLEY.
(299/1. Le 9 avril 1880, M. Huxley fit une conférence à la Royal Institution sur « La majorité de l'Origine des espèces ». La conférence fut publiée dans « Nature » et dans les « Collected Essays » de Huxley, volume II, page 227. La lettre de Darwin à Huxley à ce sujet est donnée dans « Life and Letters », III, page 240 ; dans la réponse de Huxley du 10 mai (« Life and Letters of T.H. Huxley », II, page 12), il écrit : « J'espère que vous n'imaginez pas, parce que je n'avais rien à dire sur la "Sélection naturelle", que je suis le moins du monde faible de foi sur cet article... Mais la première chose me semble être de faire entrer le fait de l'évolution dans la tête des gens ; une fois cela acquis, le reste viendra facilement ».)
Down, 11 mai 1880.
Je n'avais aucune intention de vous faire écrire, ni l'attente que vous le fissiez ; mais votre mot a été tellement plus « réjouissant » (299/2. « Vous êtes le correspondant le plus réjouissant que je connaisse » : Huxley à Darwin. Voir « Life » de Huxley, II, page 12.) pour moi que le mien n'aurait pu l'être pour vous, que je dois et veux écrire à nouveau. J'ai vu votre motif pour ne pas faire allusion à la sélection naturelle, et j'étais tout à fait d'accord en mon esprit sur sa sagesse. Mais en même temps, il m'est venu à l'esprit que vous pourriez l'abandonner, et que de toute façon vous ne pourriez pas y faire allusion sans diverses « conditions » trop longues à donner dans une conférence. Si je pense continuellement à une demi-douzaine de structures dont nous ne voyons actuellement aucune utilité, je peux me persuader que la sélection naturelle est d'une importance tout à fait subordonnée. D'un autre côté, quand je réfléchis aux innombrables structures, surtout chez les plantes, qui il y a vingt ans auraient été simplement appelées « morphologiques » et inutiles, et dont on sait maintenant qu'elles sont hautement importantes, je peux me persuader que chaque structure peut avoir été développée par la sélection naturelle. Il est vraiment curieux de voir combien, dans une liste de structures que Bronn a énumérées comme ne pouvant pas être dues à la sélection naturelle en raison de leur manque d'importance fonctionnelle, peuvent maintenant être démontrées comme hautement importantes. Les feuilles lobées étaient, je crois, un cas, et il y a seulement deux ou trois jours, Frank m'a montré comment elles agissent d'une manière tout à fait suffisamment importante pour expliquer le lobage de toute grande feuille. Je suis particulièrement ravi de ce que vous dites au sujet des chiens domestiques, des chacals et des loups, car à partir de simples preuves indirectes, je suis arrivé dans « Variétés des animaux domestiques » exactement à la même conclusion (299/3. Le point de vue de M. Darwin était que les chiens domestiques descendent de plus d'une espèce sauvage.) en ce qui concerne les chiens domestiques d'Europe et d'Amérique du Nord. Voyez combien cette conclusion est importante sous un autre aspect ; car personne ne peut douter que les grands et les petits chiens soient parfaitement fertiles ensemble, et produisent des métis fertiles ; et combien cela soutient bien la doctrine de Pallas (299/4. Voir lettre 80.) selon laquelle la domestication élimine la stérilité presque universelle entre des formes développées lentement à l'état de nature.
Je vous demande humblement pardon de vous ennuyer avec un mot si long ; mais c'est votre propre faute.
Les plantes sont splendides pour faire croire à la sélection naturelle, car la volonté et la conscience sont exclues. J'ai récemment fait des expériences sur une structure si curieuse pour faire éclater les téguments des graines : je déclare qu'on pourrait tout aussi bien dire qu'une paire de ciseaux ou un casse-noisette a été développé par des conditions extérieures que la structure en question. (299/5. Le crochet ou talon chez Cucurbita : voir « Power of Movement in Plants », page 102.)
LETTRE 300. À T.H. HUXLEY. Down, 5 novembre 1880.
En lisant votre excellente critique (300/1. Voir « Nature », 4 novembre 1880, page 1, une critique du volume I des publications du « Challenger », auquel Sir Wyville Thomson a contribué par une Introduction générale.) avec la phrase citée de Sir Wyville Thomson, il m'a semblé opportun, compte tenu de la nature de la publication, de remarquer « l'extrême variation » et un autre point. Maintenant, voulez-vous lire ce qui est ci-joint, et si vous approuvez, postez-le bientôt. Si vous désapprouvez, jetez-le au feu, et ajoutez ainsi une de plus aux mille bontés que vous m'avez faites. N'écrivez pas : je verrai le résultat dans le « Nature » de la semaine prochaine. Veuillez observer que dans le brouillon j'avais ajouté une phrase finale que je ne copie pas d'abord, car elle m'a semblé par déduction trop méprisante ; mais je l'ai maintenant épinglée au dos, et vous pouvez l'envoyer ou non, comme vous le jugerez le mieux -- c'est-à-dire, si vous pensez qu'une partie quelconque mérite d'être envoyée. Ma requête ne vous coûtera pas beaucoup de peine -- c'est-à-dire lire deux pages, car je sais que vous pouvez décider immédiatement. J'ai sincèrement apprécié ma conversation avec vous dimanche matin.
P.-S. -- Si mon manuscrit semble trop plat, trop méprisant, trop haineux, ou trop quoi que ce soit, je vous supplie ardemment de le jeter au feu.
LETTRE 301. CHARLES DARWIN À L'ÉDITEUR DE « NATURE ».
(301/1. « Nature », 11 novembre 1880, page 32.)
Down, 5 novembre 1880.
Sir Wyville Thomson et la sélection naturelle.
Je suis désolé de constater que Sir Wyville Thomson ne comprend pas le principe de la sélection naturelle, tel qu'expliqué par M. Wallace et moi-même. S'il l'avait compris, il n'aurait pas pu écrire la phrase suivante dans l'Introduction au Voyage du « Challenger » : « Le caractère de la faune abyssale refuse d'apporter le moindre soutien à la théorie qui réfère l'évolution des espèces à une variation extrême guidée seulement par la sélection naturelle. » C'est un standard de critique qui n'est pas rarement atteint par les théologiens et les métaphysiciens, quand ils écrivent sur des sujets scientifiques, mais c'est quelque chose de nouveau venant d'un naturaliste. Le professeur Huxley s'y oppose dans le dernier numéro de « Nature » ; mais il n'aborde pas l'expression de variation extrême, ni celle de l'évolution étant guidée seulement par la sélection naturelle. Sir Wyville Thomson peut-il nommer quelqu'un qui ait dit que l'évolution des espèces dépend seulement de la sélection naturelle ? En ce qui me concerne, je crois que personne n'a apporté autant d'observations sur les effets de l'usage et du désusage des parties que je l'ai fait dans ma « Variation des animaux et des plantes sous la domestication » ; et ces observations ont été faites dans ce but spécial. J'y ai également cité un nombre considérable de faits montrant l'action directe des conditions extérieures sur les organismes ; bien que sans doute, depuis la publication de mes livres, beaucoup ait été appris sur ce point. Si Sir Wyville Thomson devait visiter la cour d'un éleveur et voyait tous ses bovins ou moutons presque absolument conformes -- c'est-à-dire étroitement similaires, il s'exclamerait : « Monsieur, je ne vois ici aucune variation extrême ; et je ne peux trouver aucun soutien à la croyance que vous avez suivi le principe de sélection dans l'élevage de vos animaux. » D'après ce que j'ai vu autrefois des éleveurs, je ne doute pas que l'homme ainsi réprimandé aurait souri sans dire un mot. S'il avait raconté l'histoire par la suite à d'autres éleveurs, je crains fort qu'ils n'auraient utilisé un langage emphatique mais irrévérencieux au sujet des naturalistes.
(301/2. Voici le passage omis sur le conseil de Huxley : voir sa « Life and Letters », II, page 14 :--
« Peut-être eût-il été plus sage de ma part de rester tout à fait silencieux, comme l'éleveur ; car, comme le professeur Sedgwick le faisait remarquer il y a bien des années, en référence au pauvre vieux doyen d'York, qui ne se lassait jamais d'invectiver contre les géologues, un homme qui parle de ce qu'il ne comprend pas le moins du monde, est invulnérable. »)
LETTRE 302. À G.J. ROMANES.
(302/1. Une partie de cette lettre a été publiée dans la note de M. C. Barber sur « Graft-Hybrids of the Sugar-Cane », dans « The Sugar-Cane », novembre 1896.)
Down, 1er janvier 1881.
J'envoie le manuscrit, mais pour autant que je puisse en juger en le parcourant simplement, il ne vous sera d'aucune utilité. Il semble porter sur des formes de transition. Je suis sûr que j'ai d'autres et meilleurs cas, mais je ne peux me souvenir où chercher.
Je vous aurais écrit dans quelques jours au sujet du cas suivant. Le baron de Villa Franca m'a écrit du Brésil il y a environ deux ans, décrivant de nouvelles variétés de canne à sucre qu'il avait obtenues en plantant deux vieilles variétés en apposition. Je crois (mais ma mémoire est très défaillante) que j'ai écrit que je ne pouvais croire à un tel résultat, et j'ai attribué les nouvelles variétés au sol, etc. Je crois que je n'avais pas compris ce qu'il entendait par apposition. Hier, un paquet de manuscrits est arrivé de la Légation du Brésil, avec une lettre en français du Dr Glass, directeur des jardins botaniques, décrivant pleinement comment il a d'abord tenté de greffer des variétés de canne à sucre de diverses manières, et a toujours échoué, puis a fendu les tiges de deux variétés, les a liées ensemble et les a plantées, et a ensuite obtenu quelques nouvelles variétés très précieuses qui, comme les plantes croisées, semblent croître avec une vigueur supplémentaire, sont constantes et participent apparemment du caractère des deux variétés. Le baron m'envoie également une copie certifiée par un certain nombre de cultivateurs brésiliens du succès du plan d'obtention de nouvelles variétés. Je ne suis pas sûr si la Légation du Brésil souhaite que je retourne le document, mais si je n'entends pas dans trois ou quatre jours qu'ils doivent être retournés, ils vous seront envoyés, car ils me semblent mériter amplement votre considération.
Peut-être que si je m'étais contenté que mes bulbes de jacinthe soient simplement liés ensemble sans aucune adhésion véritable ou plutôt sans croissance commune, j'aurais réussi comme le vieux Hollandais.
Il y a une quantité de verbiage superflu dans les documents, mais j'ai marqué au crayon où commence la partie importante. Les attestations sont en double. Maintenant, après les avoir lues, voulez-vous me donner votre opinion sur le fait que les parties principales méritent d'être publiées dans « Nature » : je suis enclin à le penser, et il est bon d'encourager la science dans les parties reculées du monde.
Gardez ce mot jusqu'à ce que vous receviez les documents ou ayez de mes nouvelles. Je me demande si deux variétés de blé pourraient être traitées de la même manière ? Non, je suppose que non -- par manque de bourgeons latéraux. J'ai été extrêmement intéressé par votre résumé sur le suicide.
LETTRE 303. À K. SEMPER. Down, 6 février 1881.
En raison de toutes sortes de travaux, je viens seulement de finir la lecture de vos « Conditions naturelles d'existence ». (303/1. « Natural Conditions of Existence as they affect Animal Life » de Semper (International Science Series), 1881.) Bien que ce soit un livre de petite taille, il contient une quantité étonnante de matière, et j'ai été particulièrement frappé par l'originalité avec laquelle vous traitez tant de sujets, et par votre précision scrupuleuse. Sur la très grande majorité des points, je vous suis tout à fait dans vos conclusions, mais je diffère sur certains, et je suppose que nulle part dans le monde deux hommes ne seraient pleinement d'accord sur tant de sujets différents. J'ai été intéressé par tant de points que je peux à peine dire lequel le plus. Peut-être autant par la distribution géographique que par tout autre, surtout en relation avec M. Wagner. (Non ! non ! les parasites m'ont intéressé encore plus.) Comme il est étrange que Wagner ait pu penser que j'entendais, par lutte pour l'existence, lutte pour la nourriture. Il est curieux qu'il n'ait pas pensé aux innombrables adaptations pour la dispersion des graines et la fertilisation des fleurs.
Encore une fois, j'ai été très intéressé par Branchipus et Artemia. (303/2. La référence concerne les expériences de Schmankewitsch, page 158 : il a gardé Artemia salina dans de l'eau salée, progressivement diluée avec de l'eau douce jusqu'à ce qu'elle soit pratiquement exempte de sel ; les crustacés ont progressivement changé au cours des générations, jusqu'à ce qu'ils acquièrent les caractères du genre Branchipus.) Quand j'ai lu imparfaitement il y a quelques années l'article original, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'une explication spéciale serait trouvée par la suite pour un cas si curieux. J'ai spéculé si une espèce très sujette à des changements répétés et importants de conditions ne pourrait pas acquérir une condition fluctuante prête à être adaptée à l'une ou l'autre condition. En ce qui concerne les animaux arctiques qui sont blancs (page 116 de votre livre), il vaudrait peut-être la peine pour vous de regarder ce que je dis à partir des observations de Pallas et des miennes dans « La Descendance de l'homme » (éditions ultérieures), chapitre VIII, page 229, et chapitre XVIII, page 542.
Je suis tout à fait d'accord avec ce que je comprends être votre jugement, à savoir que l'action directe des conditions de vie sur les organismes, ou la cause de leur variabilité, est le plus important de tous les sujets pour l'avenir. Depuis quelques années, je songe à commencer une série d'expériences sur les plantes, car elles varient presque invariablement lorsqu'elles sont cultivées. Je m'imagine que je vois mon chemin avec l'aide d'une autofécondation continue. Mais je suis trop vieux, et je n'ai pas assez de force. Néanmoins, l'espoir renaît occasionnellement.
Enfin, permettez-moi de vous remercier pour la manière très aimable dont vous vous référez souvent à mes travaux, et pour la manière encore plus aimable dont vous n'êtes pas d'accord avec moi.
Avec mes cordiaux remerciements pour le plaisir et l'instruction que j'ai tirés de votre livre, etc.
LETTRE 304. AU COMTE SAPORTA. Down, 13 février 1881.
J'ai reçu il y a une ou deux semaines l'ouvrage que vous et le professeur Marion avez eu la gentillesse de m'envoyer. (304/1. Probablement « L'Évolution du Règne végétal », I. « Cryptogames », Saporta & Marion, Paris, 1881.) Quand il est arrivé, j'étais très occupé, et ce doit être mon excuse pour ne pas vous en avoir remercié plus tôt, et cela expliquera également pourquoi je n'ai lu jusqu'ici que la préface.
Mais j'attends maintenant avec grand plaisir la lecture de l'ensemble immédiatement. Si j'ai alors des remarques qui méritent d'être envoyées, ce qui n'est pas très probable, j'écrirai à nouveau. Je suis très heureux de voir avec quelle audace vous exprimez votre croyance en l'évolution dans la préface. J'ai parfois pensé que certains de vos compatriotes avaient été un peu timides pour publier leur croyance sur ce point, et avaient ainsi manqué d'aider une bonne cause.
LETTRE 305. À R.G. WHITEMAN. Down, 5 mai 1881.
Dans la première édition de « l'Origine », après la phrase se terminant par les mots « ...insectes dans l'eau », j'ai ajouté la phrase suivante :--
« Même dans un cas aussi extrême que celui-ci, si l'approvisionnement en insectes était constant, et si des concurrents mieux adaptés n'existaient pas déjà dans le pays, je ne vois aucune difficulté à ce qu'une race d'ours soit rendue par la sélection naturelle de plus en plus aquatique dans ses structures et ses habitudes, avec des bouches de plus en plus grandes, jusqu'à ce qu'une créature soit produite aussi monstrueuse qu'une baleine. » (305/1. Voir lettres 110 et 120.)
Cette phrase fut omise dans les éditions ultérieures, sur le conseil du professeur Owen, car elle pouvait être mal interprétée ; mais j'ai toujours regretté d'avoir suivi ce conseil, car je pense toujours que le point de vue est tout à fait raisonnable.
LETTRE 306. À A. HYATT. Down, 8 mai 1881.
Je vous suis très obligé pour votre aimable cadeau de « The Genesis, etc. » (306/1. « The Genesis of the Tertiary Species of Planorbis », dans le « Boston Soc. Nat. Hist. Anniversary Mem. » 1880.), que je serai heureux de lire, car le cas m'a toujours semblé être très curieux. Il est d'autant plus aimable de votre part de m'envoyer ce livre, car je suis conscient que vous pensez que je n'ai rien fait pour faire avancer la bonne cause de la théorie de la descendance. (306/2. Ce qui précède m'a conduit à écrire une lettre exprimant un sentiment de regret et d'humiliation, qui, je l'espère, est toujours conservé, car certainement un tel sentiment, causé sans aucun doute par mes écrits, qui traitaient trop exclusivement de désaccords sur des points spéciaux, nécessitait un démenti catégorique. J'ai utilisé la théorie darwinienne dans de nombreux cas, surtout pour expliquer la préservation des différences ; et je n'en ai nié l'application que dans la préservation de caractéristiques fixes et héréditaires, qui sont devenues des similitudes essentiellement homologues. (Note du professeur Hyatt.))
(306/3. Nous avons pris la liberté de citer le passage de la réponse du professeur Hyatt, datée du 23 mai 1881 :--
« Vous penseriez que je ne suis pas sincère si je vous écrivais ce que je ressentais vraiment à l'égard de ce que vous avez fait pour la théorie de la Descendance. Peut-être cet essai vous conduira-t-il à une vue plus correcte que celle que vous avez actuellement de mon estimation, si l'on peut dire que j'ai une quelconque prétention à faire une estimation de votre travail dans cette direction. Vous ne m'en voudrez pas, cependant, si je vous dis que vos plus fervents partisans peuvent difficilement vous accorder plus d'estime et d'honneur. Je me suis efforcé d'avoir une idée juste de votre théorie, mais sans aucun doute ai-je échoué à la transmettre dans mes publications comme elle aurait dû l'être. »
Nous trouvons d'autres expressions tout aussi fortes et authentiques de respect dans les lettres du professeur Hyatt.)
LETTRE 307. À LORD FARRER.
(307/1. Le livre de M. Graham, le « Creed of Science », est mentionné dans « Life and Letters », I, page 315, où une lettre intéressante à l'auteur est imprimée. En ce qui concerne le hasard, Darwin a écrit : « Vous avez exprimé ma conviction intérieure, quoique bien plus clairement et vivement que je n'aurais pu le faire, que l'univers n'est pas le résultat du hasard. »)
Down, 28 août 1881.
J'ai été très intéressé par votre lettre, et je suis heureux que vous aimiez le livre de M. Graham... (307/2. Dans la lettre de Lord Farrer du 27 août, il fait référence à la vieille difficulté, en relation avec le dessein, de l'existence du mal.)
Tout ce que je lis maintenant sort bientôt de ma tête, et j'avais oublié qu'il implique que mes vues expliquent l'univers ; mais c'est une exagération des plus monstrueuses. Plus on réfléchit, plus on ressent l'immensité désespérante de l'ignorance humaine. Bien que cela rende fier de voir ce que la science a accompli au cours du dernier demi-siècle. Cela a été vivement mis devant mon esprit par le fait d'avoir juste lu la plupart des épreuves du discours de Lubbock pour York (307/3. Lord Avebury était président de la British Association en 1881.), dans lequel il tentera de passer en revue les progrès de toutes les branches de la science au cours des cinquante dernières années.
Je suis entièrement d'accord avec ce que vous dites au sujet du « hasard », sauf en relation avec les variations des êtres organiques qui auraient été conçues ; et j'imagine que M. Graham a dû utiliser le « hasard » uniquement en relation avec le but dans l'origine des espèces. C'est la seule façon dont j'ai utilisé le mot hasard, comme j'ai tenté de l'expliquer dans les deux dernières pages de ma « Variation sous la domestication ».
D'un autre côté, si nous considérons l'univers entier, l'esprit refuse de le regarder comme le résultat du hasard -- c'est-à-dire sans dessein ou but. Toute la question me semble insoluble, car je ne peux accorder beaucoup ou aucune foi aux soi-disant intuitions de l'esprit humain, qui ont été développées, comme je ne peux en douter, à partir d'un esprit tel que les animaux en possèdent ; et que vaudraient leurs convictions ou intuitions ? Il y a bon nombre de points sur lesquels je ne peux pas tout à fait suivre M. Graham.
En ce qui concerne votre dernière discussion, j'ose dire qu'elle contient beaucoup de vérité ; mais je ne peux pas voir, en ce qui concerne le bonheur, qu'elle puisse s'appliquer aux souffrances infinies des animaux -- non seulement celles du corps, mais celles de l'esprit -- comme lorsqu'une mère perd sa progéniture ou un mâle sa femelle. Si le point de vue ne s'applique pas aux animaux, suffira-t-il pour l'homme ? Mais vous pouvez bien vous plaindre de ce mot long et mal exprimé dans mon écriture terriblement mauvaise.
La mort de mon frère Erasmus est une perte très lourde pour nous tous, dans cette famille. Il était si bienveillant et affectueux. Et je n'ai jamais connu personne de plus agréable. C'était toujours un très grand plaisir de discuter avec lui de n'importe quel sujet, et cela, je ne le ferai plus jamais. La clarté de son esprit m'a toujours semblé admirable. Il n'était pas, je crois, un homme heureux, et pendant de nombreuses années, il n'a pas attaché de valeur à la vie, bien qu'il ne se soit jamais plaint. Je suis si heureux qu'il ait échappé à de très grandes souffrances durant ses derniers jours. Je ne reverrai jamais un tel homme.
Pardonnez-moi de griffonner ainsi, mon cher Farrer.
LETTRE 308. À G.J. ROMANES.
(308/1. Romanes avait fait la critique de l'ouvrage de Roux, « La lutte des parties dans l'organisme », dans « Nature », le 20 septembre 1881, page 505. Cela mena à une attaque du duc d'Argyll (20 octobre, page 581), suivie d'une réponse de Romanes (27 octobre, page 604), d'une réplique du duc (3 novembre, page 6), et enfin de la lettre de Romanes (10 novembre, page 29) à laquelle Darwin fait référence. La « fioriture » du duc se trouve à la page 7 : « Je souhaiterais que les disciples de M. Darwin imitassent un peu de la réserve digne de leur maître. Il marche d'un pas patient et majestueux le long des sentiers de l'observation consciencieuse, etc., etc. »)
Down, 12 novembre 1881.
Je dois vous écrire pour vous dire combien j'admire votre lettre dans le dernier numéro de « Nature ». Je souscris à chaque mot que vous dites, et cela n'aurait pu être exprimé plus clairement ou plus vigoureusement. Après la dernière lettre du duc et sa fioriture à mon sujet, j'ai trouvé mesquin de ne pas dire que j'étais d'accord avec ce que vous aviez écrit. Mais après avoir noirci deux pages in-folio, je me suis rendu compte que je ne pouvais dire ce que je souhaitais sans prendre trop de place ; et ce que j'avais écrit ne me plaisait pas du tout, alors je l'ai déchiré, et maintenant, par tous les dieux, je me réjouis de l'avoir fait, car vous avez exposé l'affaire incomparablement mieux que je ne l'avais fait ou ne pourrais le faire.
De plus, je hais la controverse, et cela fait perdre beaucoup de temps, du moins à un homme qui, comme moi, ne peut travailler que pendant une courte période par jour. La façon dont vous venez à bout de tout votre travail m'étonne.
Maintenant, ne me faites pas sentir coupable en répondant à cette lettre, et en perdant un peu de votre temps.
Vous ne devriez pas jurer contre le livre de Roux, qui vous a entraîné dans cette controverse, car je suis certain que votre dernière lettre méritait d'être écrite — non qu'elle produira le moindre effet sur le duc.
LETTRE 309. À J. JENNER WEIR.
(309/1. Le 27 décembre 1881, M. Jenner Weir écrivait à M. Darwin : « Après quelque hésitation, au lieu d'une carte de Noël, je prends la liberté de vous envoyer le résultat de quelques observations sur les mulets faites en Espagne au cours des deux dernières années... C'est un fait que le père possède la prépotence sur la progéniture, comme cela a été observé par la plupart des auteurs sur le sujet, vous y compris. Le mulet est plus semblable à l'âne, et le bardot plus semblable au cheval, tant par la longueur respective des oreilles que par la forme de la queue ; mais j'ai observé un point que je ne me souviens pas avoir rencontré, à savoir que le pelage du mulet ressemble à celui de sa mère la jument, et celui du bardot à celui de sa mère l'ânesse, de sorte que, à cet égard, la prépotence des sexes est inversée. » L'hermaphrodisme chez les lépidoptères, mentionné ci-dessous, est, selon M. Weir, notable dans le cas des hybrides de Smerinthus populi-ocellatus.)
Down, 29 décembre 1881.
Je vous remercie pour votre « carte de Noël », et vous adresse en retour mes meilleurs vœux. Ce que vous dites au sujet du pelage des mulets est nouveau pour moi, tout comme l'affirmation concernant l'hermaphrodisme chez les papillons hybrides. Ce dernier fait me semble particulièrement curieux ; et pour avancer une hypothèse très audacieuse, je serais enclin à l'expliquer par un retour à la condition primordiale où les deux sexes étaient réunis, car je pense qu'il est certain que l'hybridisme conduit effectivement à une réversion.
Je me porte assez bien, mais je n'ai plus beaucoup de force, et je me sens très vieux.
LETTRE 310. À R. MELDOLA. Down, 2 février 1882.
Je suis très navré de ne pouvoir rien ajouter à ma très brève notice, sans relire l'ouvrage de Weismann et me remettre au courant de tout le sujet en consultant mes propres livres et ceux des autres, et pour un tel labeur, je n'ai pas la force. Je travaille sur d'autres sujets depuis quelques années maintenant, et lorsqu'un homme atteint mon âge, c'est une grande déchirure pour son cerveau que de revenir à d'anciens sujets à moitié oubliés. Vous ne croiriez pas facilement combien on me pose de questions de toutes sortes, et tout récemment, j'ai dû consacrer beaucoup de temps à faire un travail qui ne me concernait pas du tout, mais que je ne pouvais refuser. Je dois cependant fixer une limite quelque part, ou ma vie sera un tourment.
J'ai lu votre préface, et elle me semble excellente. (310/1. « Études sur la théorie de la descendance. » Par A. Weismann. Traduit et édité par Raphael Meldola ; avec une notice liminaire de C. Darwin et une préface du traducteur. Voir lettre 291.) Je suis désolé à bien des égards, y compris pour l'honneur de l'Angleterre en tant que pays scientifique, que votre traduction se soit jusqu'ici mal vendue. L'éditeur ou vous-même y perdez-vous ? Si c'est l'éditeur, bien que je sois désolé pour lui, cela fait partie des affaires ; mais si vous y perdez vous-même, je vous prie instamment de me permettre de souscrire une modeste somme, à savoir dix guinées, pour contribuer aux frais de cet ouvrage que vous avez entrepris pour des raisons d'intérêt public.
LETTRE 311. À W. HORSFALL. Down, 8 février 1882.
Dans la succession des formations plus anciennes, les espèces et les genres de trilobites changent, puis ils finissent par s'éteindre. Pour quiconque croit que les géologues connaissent l'aube de la vie (c'est-à-dire les formations contemporaines de la première apparition des créatures vivantes sur terre), sans nul doute, l'apparition soudaine de trilobites parfaits et d'autres organismes dans les strates les plus anciennes connues contenant des restes fossiles serait fatale à l'évolution. Mais pour ma part, ainsi que beaucoup d'autres, je rejette totalement une telle croyance. On connaît déjà trois ou quatre empilements de strates discordantes sous le Cambrien ; et celles-ci sont généralement dans un état cristallin, et pourraient autrefois avoir été chargées de restes organiques.
En ce qui concerne les animaux et les plantes, les spores locomotrices de certaines algues, pourvues de cils, auraient été classées parmi les animaux si l'on n'avait su qu'elles se développaient en algues.
LETTRE 312. À JOHN COLLIER. Down, 16 février 1882.
Je dois vous remercier pour le don de votre « Art Primer », que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Certaines parties étaient trop techniques pour moi qui n'ai jamais su tracer une ligne, mais j'ai été très intéressé par l'ensemble de la première partie. J'aimerais que vous puissiez expliquer pourquoi certaines lignes courbes et figures symétriques procurent du plaisir. Mais vos collègues artistes ne vous mépriseront-ils pas pour vous être montré si bon évolutionniste ? Peut-être diront-ils qu'il faut être indulgent avec lui, puisqu'il s'est allié à un homme aussi redoutable qu'Huxley. Cela me rappelle que je viens de lire son dernier volume d'essais. Par chance, je n'avais pas lu celui sur Priestley (312/1. « Science and Culture, and other Essays » : Londres, 1881. Le cinquième essai porte sur Joseph Priestley (page 94).), et il m'apparaît comme le plus magnifique essai que j'aie jamais lu. Celui sur l'automatisme (312/2. L'essai IX (page 199) est intitulé « Sur l'hypothèse que les animaux sont des automates, et son histoire ») est merveilleusement intéressant : tant pis pour moi, dirais-je, car si j'étais aussi bien armé qu'Huxley, je le défierais en duel sur ce sujet. Mais je suis bien trop sage pour faire quoi que ce soit de ce genre, car il me transpercerait le corps une demi-douzaine de fois avec sa rapière fine et polie avant que je ne sache où j'en suis. Je n'avais pas l'intention de griffonner toutes ces absurdités, mais seulement de vous remercier pour votre cadeau.
Tous ceux que j'ai vus et qui ont vu votre portrait de moi en sont enchantés. Je serai fier un jour de me voir suspendu à la Linnean Society. (312/3. Le portrait peint par M. Collier est accroché dans la salle de réunion de la Linnean Society.)
CHAPITRE 1.VI. — DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE, 1843-1867.
LETTRE 313. À J.D. HOOKER. Down, mardi [12 décembre 1843].
Je vous suis très obligé pour votre lettre intéressante. Je suis depuis longtemps très anxieux, ne serait-ce que pour avoir un aussi bref croquis que celui que vous avez eu l'amabilité de m'envoyer sur la géographie botanique de l'hémisphère sud. Je serai très curieux de voir vos résultats en détail. En raison de mon ignorance totale de la botanique, je suis désolé de dire que je ne peux répondre à aucune des questions que vous me posez. Je crois mentionner dans mon « Journal » que j'ai trouvé mon vieil ami le hêtre du sud (je ne peux dire positivement quelle espèce), au sommet de la montagne, dans les parties méridionales de Chiloe et au niveau de la mer par 45 degrés de latitude, dans l'archipel des Chonos. L'extrémité sud de Chiloe ne constituerait-elle pas une bonne division pour vous ? Je présume, d'après la collection de Brydges et Anderson, que Chiloe est assez bien connu, et qu'au sud commence une terra incognita. J'ai recueilli quelques plantes parmi les îles Chonos. Le fait que le hêtre s'y trouve, que la tourbe s'y trouve, et l'aspect général du paysage, relient les îles Chonos et la Terre de Feu. J'ai vu l'Alerce (313/1. « Alerce » est le nom local d'un bois sud-américain, décrit dans les « Voyages of the 'Adventure' and 'Beagle' » du capitaine King, page 281, et identifié avec quelque doute comme étant Thuja tetragona, Hook. (« Flora Antarctica », page 350.)) sur les montagnes de Chiloe (sur le continent, il atteint une taille énorme, et j'ai toujours cru que l'Alerce et l'Araucaria imbricata étaient identiques), mais j'ai honte de dire que j'ai absolument tout oublié de son aspect. J'ai vu quelques buissons ressemblant à des genévriers en Terre de Feu, mais je ne peux vous en dire plus à leur sujet, car je présume que vous avez vu la collection du capitaine King en possession de M. Brown, provisoirement pour le British Museum. Je crains que vous ne soyez très déçu par mes quelques plantes : une personne ignorante ne peut pas collecter ; et j'ai, de plus, perdu l'un des premiers et des meilleurs lots de plantes alpines. En revanche, j'espère que les plantes des Galapagos (313/2. Voir « Life and Letters », II, pages 20, 21, pour les notes de Sir J.D. Hooker sur les débuts de son amitié avec M. Darwin, et pour la lettre de ce dernier sur le fait que les plantes des Galapagos ont été remises entre les mains de Hooker.) (à en juger par les remarques de Henslow) se révéleront plus intéressantes que vous ne l'espérez. Je vous en prie, prenez soin d'observer si jamais j'ai marqué les îles individuelles des Galapagos, pour les raisons que vous verrez dans mon « Journal ». Menzies et Cumming y sont allés, et il y a quelques plantes (je crois que M. Bentham me l'a dit) à la Horticultural Society et au British Museum. Je crois n'avoir recueilli aucune plante à l'Ascension, la pensant bien connue.
La similitude des plantes de la terre Kerguelen et du sud de l'Amérique du Sud n'est-elle pas très curieuse ? Existe-t-il un exemple dans l'hémisphère nord de plantes étant semblables à de si grandes distances ? Avec mes remerciements pour votre lettre et pour avoir pris en charge ma petite collection de plantes,
Croyez-moi, mon cher Monsieur, très sincèrement à vous, C. DARWIN.
N'oubliez pas ma prière, et écrivez aussi bien pour les ignorants en botanique que pour les grands botanistes. Il y a un article de Carmichael (313/3. « Compte rendu de l'île de Tristan da Cunha et de ses productions naturelles. » — « Linn. Soc. Trans. » XII, 1818, page 483.) sur Tristan d'Acunha, qui, faute de remarques générales et de comparaisons, m'a semblé [arraché] être lettre morte. — Je présume que vous inclurez cette île dans vos vues de l'hémisphère sud.
P.-S. — J'ai examiné mon pauvre et misérable essai de remarques paysagères-botaniques, et je vois que j'y déclare que l'espèce de hêtre qui est la moins commune en Terre de Feu est commune dans la forêt du centre de Chiloe. Mais je vais joindre pour vous cette seule page de mon journal de notes.
LETTRE 314. À J.D. HOOKER. Down, 31 mars (1844).
J'ai mis un temps honteux à vous retourner vos documents, mais j'ai été très occupé scientifiquement, et non scientifiquement à planter. J'ai été extrêmement intéressé par les détails sur les îles Galapagos. Je n'ai pas besoin de dire que j'ai collecté à l'aveugle, et que je n'ai pas tenté de faire des séries complètes, mais que j'ai simplement pris tout ce qui était en fleur, aveuglément. La flore des sommets et des bases des îles semble totalement différente ; cela peut vous aider à observer si les différentes îles possèdent des espèces représentatives occupant les mêmes places dans l'économie de la nature, de savoir que j'ai recueilli des plantes de la région inférieure et sèche dans toutes les îles, c'est-à-dire à Chatham, Charles, James et Albemarle (le moins sur cette dernière) ; et que je n'ai pu monter dans la région haute et humide qu'aux îles James et Charles ; et dans la première, je pense avoir obtenu chaque plante alors en fleur. Veuillez garder cela à l'esprit en comparant les espèces représentatives. (Vous savez que Henslow a décrit une nouvelle Opuntia des Galapagos.) Vos observations sur la distribution des grands genres mondains m'ont beaucoup intéressé ; mais ce n'était pas le point précis que j'étais curieux de vérifier ; cela n'a pas nécessairement de relation avec la taille du genre (bien que peut-être vos déclarations montreront que c'en a une). C'était simplement ceci : supposez un genre avec dix espèces ou plus, habitant les dix principales régions botaniques, vous attendriez-vous à ce que toutes ou la plupart de ces dix espèces aient de vastes aires de répartition (c'est-à-dire qu'elles se trouvent dans la plupart des parties) de leurs pays respectifs ? (314/1. Ce point est discuté dans une lettre dans « Life and Letters », volume II, page 25, mais pas, nous semble-t-il, dans l'« Origine » ; pour des lettres sur de grands genres contenant de nombreuses variétés, voir « Life and Letters », volume II, pages 102-7, également dans l'« Origine », édition I, page 53, édition VI, page 44. Dans une lettre du 5 avril 1844, Sir J.D. Hooker donnait son opinion : « Dans l'ensemble, je crois que de nombreuses espèces représentatives individuelles de grands genres ont de vastes aires de répartition, mais je ne considère pas le fait comme étant d'une grande valeur, car la proportion de telles espèces ayant une vaste aire de répartition n'est pas grande comparée à d'autres espèces représentatives du même genre dont les limites sont restreintes. »
Il est à noter que dans les grands genres, les espèces ont souvent des aires de répartition restreintes (« Origine », édition VI, page 45), et les grands genres ont plus communément de vastes aires de répartition que l'inverse.) Pour donner un exemple, le genre Felis se trouve dans tous les pays sauf l'Australie, et les espèces individuelles s'étendent généralement sur des milliers de kilomètres dans leurs pays respectifs ; d'autre part, aucun genre de singe ne s'étend sur une aussi grande partie du monde, et les espèces individuelles dans leurs pays respectifs s'étendent rarement sur de vastes espaces. Je soupçonne (mais je n'en suis pas sûr) que dans le genre Mus (le genre le plus mondain de tous les mammifères), les espèces individuelles n'ont pas de vastes aires de répartition, ce qui s'oppose à ma question.
J'imagine, d'après un article de Don, que certains genres de graminées (c'est-à-dire Juncus ou Juncaceae) sont largement diffusés à travers le monde, et certainement beaucoup de leurs espèces ont de très vastes aires de répartition — en bref, il semble que ma question soit de savoir s'il existe une relation entre les aires de répartition des genres et celles des espèces individuelles, sans aucune relation avec la taille des genres. Il est évident qu'un genre pourrait être largement diffusé de deux manières : 1°, par de nombreuses espèces différentes, chacune ayant des aires de répartition restreintes ; et 2°, par de nombreuses ou quelques espèces ayant de vastes aires de répartition. Je vous serais très obligé pour toute lumière que vous pourriez apporter sur ce point. Merci très gentiment, aussi, pour votre offre dans une lettre précédente de considérer d'autres points ; et un jour futur, je serai très reconnaissant pour un peu d'assistance, mais je ne serai pas sans merci.
Swainson a fait remarquer (et Westwood a contredit) que les genres typiques ont de vastes aires de répartition : Waterhouse (sans connaître ces remarques précédentes) m'a fait la même observation : j'éprouve un doute louable et une aversion à croire toute affirmation de Swainson ; mais maintenant que Waterhouse le fait remarquer, je suis curieux à ce sujet. Il y a cependant tant de vague dans le sens des « formes typiques », et pas peu d'ambiguïté dans la simple assertion de « vastes aires de répartition » (car les zoologistes s'aventurent rarement dans l'arithmétique stricte et désagréable, comme vous, botanistes, le faites si sagement) que je me sens très dubitatif, bien que certaines considérations me tentent de croire en cette remarque. Ici encore, si vous pouvez éclairer ma lanterne, je vous en serai très obligé. Après vos aimables remarques, je ne m'excuserai pas de vous ennuyer avec mes questions et remarques vagues.
LETTRE 315. À J.D. HOOKER. Down, 25 décembre [1844]. Joyeux Noël à vous.
(315/1. La lettre suivante fait référence à des notes de Sir J.D. Hooker que nous n'avons pas vues. Bien que nous soyons donc incapables d'éclaircir de nombreux points mentionnés, la lettre nous semble dans l'ensemble si intéressante qu'elle est imprimée avec l'omission d'une seule phrase sans importance.
Les sujets traités dans la lettre sont ceux qui occupaient l'attention de Hooker en relation avec sa « Flora Antarctica » (1844).)
Je dois vous remercier une fois encore pour tous vos documents, qui m'ont beaucoup intéressé et surpris. J'ai trouvé très difficile de garder en tête tous vos résultats tabulés, mais je sais parfaitement bien que cela est en grande partie dû au fait que cette tête n'est pas une tête de botaniste, aidée par le fait que les tables sont des manuscrits ; je pense toutefois qu'à un ignorant, ils pourraient être rendus plus clairs ; mais je vous en prie, notez bien que cela est très différent de dire que je pense que les botanistes devraient organiser leurs plus hauts résultats pour que les non-botanistes puissent les comprendre facilement. Je vais vous dire comment, pour ma propre personne, j'aimerais voir les résultats élaborés, et vous pourrez alors juger si cela est conseillé pour le monde botanique.
En regardant le globe, les îles Auckland et Campbell, la Nouvelle-Zélande et la Terre de Van Diemen sont si évidemment géographiquement apparentées, que je souhaiterais, avant qu'aucune comparaison ne soit faite avec des pays bien plus lointains, comprendre leurs flores, en relation les unes avec les autres ; et les flores méridionales avec l'hémisphère tempéré nord, qui est, je présume, pour tout le monde, un étalon de comparaison presque involontaire. Pour comprendre la relation des flores de ces îles, j'aimerais voir le groupe divisé en une moitié nord et une moitié sud, et savoir combien d'espèces existent dans cette dernière —
1. Appartenant à des genres confinés à l'Australie, la Terre de Van Diemen et le nord de la Nouvelle-Zélande.
2. Appartenant à des genres trouvés seulement sur les montagnes d'Australie, de la Terre de Van Diemen et du nord de la Nouvelle-Zélande.
3. Appartenant à des genres distribués dans de nombreuses parties du monde (c'est-à-dire qui ne racontent aucune histoire particulière).
4. Appartenant à des genres trouvés dans l'hémisphère nord et non sous les tropiques ; ou seulement sur les montagnes sous les tropiques.
J'ose espérer que tout cela (dans la mesure où les matériaux actuels servent) pourrait être extrait de vos tables, telles qu'elles sont ; mais pour quiconque n'est pas familier avec les noms des plantes, cela serait difficile. J'ai ressenti particulièrement le manque de ne pas savoir quels genres se trouvent dans les tropiques de basse altitude, pour comprendre la relation des flores antarctiques avec les flores arctiques.
Si la flore fuégienne était traitée de manière analogue (et cela montrerait incidemment dans quelle mesure la Cordillère est une grande route pour les genres), je serais alors préparé bien plus facilement et de manière satisfaisante à comprendre les relations de la Terre de Feu avec les îles Auckland, et par conséquent avec les montagnes de la Terre de Van Diemen. De plus, les faits merveilleux de leur relation botanique intime (entre la Terre de Feu et les îles Auckland, etc.) ressortiraient plus en évidence, après que les îles Auckland auraient été traitées sous la relation purement géographique de leur position. Une triple division comme la vôtre m'amènerait à supposer que les trois lieux étaient quelque peu également distants, et non si grandement différents en taille : la relation de la Terre de Van Diemen semble si comparativement petite, et cette relation étant dans ses plantes alpines, me fait sentir qu'elle ne devrait être traitée que comme une subdivision du grand groupe, incluant Auckland, Campbell, la Nouvelle-Zélande...
et ainsi de suite. Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que la flore de l'Antarctique, de la Terre de Van Diemen, de la Nouvelle-Zélande, etc., constitue un grand groupe, et je pense qu'il sera très instructif de voir dans quelle mesure les espèces sont les mêmes ou étroitement liées.
À propos de la question de savoir si la Nouvelle-Zélande devrait être traitée comme un groupe distinct, ou comme faisant partie de l'Australie ou de l'Amérique du Sud : je ne me souviens pas de ce que j'ai dit, mais si j'ai suggéré qu'elle était intermédiaire, c'était sur la base de la conviction (erronée, comme vous me l'avez montré) que sa flore était très distincte. Maintenant que je sais qu'elle présente tant de similitudes avec le sud de l'Amérique et les îles antarctiques, ma vue a changé, et je la considérerais certainement comme une partie intégrante de votre grand groupe antarctique.
Pour en revenir à la question de savoir si les genres communs indiquent des conditions extérieures similaires, je suis tout à fait d'accord avec vous : cela ne peut être le cas que dans une mesure très limitée. Il me semble évident que la répartition géographique est régie par d'autres lois, et que la présence de genres communs, en particulier dans des régions aussi éloignées, est le résultat d'une origine commune ou d'une migration, plutôt que d'une adaptation aux conditions locales.
J'ai hâte de voir votre travail sur la flore de la Nouvelle-Zélande. C'est une entreprise très originale et importante, et je suis sûr qu'elle apportera beaucoup de lumière sur les problèmes de distribution géographique.
Quant à vos remarques sur les rochers de l'île Cockburn, je suis tout à fait d'accord pour dire qu'ils ne sont d'intérêt que comme indicateurs de l'ancien climat.
En ce qui concerne le travail de Watson sur les Açores, je suis tout à fait d'accord avec vous : c'est très surprenant. Il serait certainement très intéressant d'avoir une comparaison des flores alpines des Açores, de Madère et des Canaries.
Je suis très heureux d'apprendre votre succès à Édimbourg. Vos impressions sur la ville sont très gratifiantes, et je partage vos sentiments.
En ce qui concerne l'ambre, votre opinion sur l'extinction des espèces est, je le crois, tout à fait correcte.
Je vous enverrai toutes les corrections que je pourrai trouver pour la deuxième partie de votre ouvrage, dès que je les aurai préparées.
Je vous remercie infiniment pour votre gentillesse et pour la patience avec laquelle vous répondez à mes questions, parfois si indiscrètes. C'est un grand privilège pour moi de pouvoir discuter de ces sujets avec vous.
J'ai été un bien ingrat de ne pas vous avoir remercié plus tôt pour le gâteau et les livres. Les enfants et leurs aînés ont trouvé le premier excellent, et Annie a voulu savoir s'il s'agissait du monsieur « qui jouait tant avec nous ». Je souhaiterais que nous fussions à une distance plus raisonnable, afin qu'Emma et moi-même pussions rendre visite à Lady Hooker pour lui présenter nos félicitations en cette occasion. Il a été fort aimable à vous d'inclure les deux numéros du « Hort. Journal ». Je trouve l'article du doyen Herbert tout à fait digne d'être lu. J'ai eu l'extravagance de commander M[oquin] Tandon, car bien que je n'y aie rien trouvé, jusqu'à présent, de particulièrement nouveau ou frappant, j'ai constaté que je souhaitais noter un bon nombre de passages afin de les relire à l'avenir, et j'ai donc commandé l'ouvrage. Par conséquent, j'espère vous renvoyer vos livres prochainement. J'ai expédié les plantes d'Ascension par l'intermédiaire de Bunsen à Ehrenberg.
Il y avait beaucoup de choses dans votre dernière longue lettre qui m'ont vivement intéressé ; et je suis particulièrement heureux que vous comptiez vous occuper du polymorphisme, dans notre sens dernier et incorrect, au sein de vos travaux ; je vois qu'il doit être fort difficile d'établir une limite constante quelle qu'elle soit pour la quantité de variation possible. Comme je souhaite ardemment que tous vos ouvrages soient parus et complets, afin que je puisse y réfléchir tranquillement. Je crains que les îles du Pacifique ne soient encore dans un lointain futur. Je crains, en vérité, que Forbes n'aille un peu trop vite en besogne ; mais nous verrons bientôt tous ses arguments, car j'apprends qu'il corrige actuellement les épreuves sur ce sujet ; il a nombre de gens qui l'attaquent ; je vois que Falconer ne perd jamais une occasion, et il est merveilleux de voir avec quelle aisance Forbes y résiste. Quel fait frappant que la relation botanique entre l'Afrique et Java ; tel que vous l'exposez maintenant, j'en suis plutôt satisfait que dégoûté, car cela concorde parfaitement avec la distribution des mammifères : si ce n'est que je juge, d'après vos lettres, que le Cap diffère encore plus nettement que je ne l'avais pensé du reste de l'Afrique, et bien plus que ne le font les mammifères. Je suis surpris de constater à quel point les mammifères et les plantes semblent concorder dans leur distribution générale. En ce qui concerne ma vive objection au langage d'Aug. St. Hilaire sur l'AFFAIBLISSEMENT, elle est peut-être peu rationnelle, et pourtant il confesse que certaines des plantes les plus vigoureuses de la nature ont certains de leurs organes frappés par cette faiblesse — il ne prétend pas, bien sûr, qu'ils aient jamais été autrement dans les générations précédentes — ou qu'une plante poussant plus vigoureusement produise des organes moins affaiblis, et échoue ainsi à produire sa structure typique. Dans une plante à l'état naturel, le fait de couper la sève tend-il à produire des bourgeons floraux ? Je sais que c'est le cas pour les arbres dans les vergers. Owen a accompli un travail grandiose sur la morphologie des vertébrés : votre bras et votre main sont des parties de votre tête, ou plutôt les processus (c'est-à-dire des côtes modifiées) de la vertèbre occipitale ! Il m'a fait un grand cours sur une tête de morue. Soit dit en passant, ne vous semblerait-il pas monstrueux, si en parlant des mâchoires, palpes, etc., minuscules et décroissants d'un insecte ou d'un crustacé, quelqu'un disait qu'ils ont été produits par l'affaiblissement des organes de locomotion, moins importants mais plus grands. Je vois d'après votre lettre (bien que je ne suppose pas qu'il vaille la peine de revenir sur le sujet) que je n'ai pu exprimer ce que je voulais dire lorsque je vous ai laissé inférer que la règle d'Owen, selon laquelle les organes uniques sont d'un ordre supérieur aux organes multiples, s'appliquait seulement aux organes locomoteurs, etc. ; elle s'applique à chaque organe, même le plus important. Je ne doute pas qu'il dirait que les placentaires ayant des utérus uniques, tandis que les marsupiaux en ont des doubles, sont une illustration de cette loi. Je crois, cependant, que dans la plupart des cas où un organe, tel qu'un centre nerveux ou un cœur, prend la place de plusieurs, il gagne en complexité ; mais il me semble vraiment étrange de voir, dans cette instance, d'éminents botanistes et zoologistes partir de principes inverses. Je vous prie de bien vouloir garder à l'esprit la question de l'imprégnation dans le bourgeon : je n'ai jamais (bien que je sois à l'affût depuis quelques années) entendu parler d'un tel cas : j'ai longtemps souhaité savoir ce qu'il en était chez la Subularia, ou un nom semblable, qui pousse au fond des lacs écossais, et également chez une plante herbacée qui vit dans l'eau saumâtre, j'en oublie tout à fait le nom, près de la Tamise ; les botanistes plus anciens doutaient qu'il s'agît d'une phanérogame. Lorsque nous nous rencontrerons, je vous dirai pourquoi je doute de cette imprégnation par le bourgeon.
Nous sommes actuellement dans une confusion extrême, car nous avons démoli toutes nos dépendances et nous nous apprêtons à les reconstruire et à les modifier. Je suis personnellement dans une confusion extrême également, car ma cruelle épouse m'a persuadé d'arrêter le tabac à priser pour un mois ; et je suis, en conséquence, des plus léthargiques, stupides et mélancoliques.
Adieu, mon cher Hooker. Toujours vôtre.
LETTRE 321. À J.D. HOOKER. Down, 19 avril [1855].
Merci pour votre liste de candidats à la R.S., qui me sera fort utile.
J'ai beaucoup réfléchi à mes expériences sur la salaison, et je pense réellement qu'elles valent la peine d'être poursuivies jusqu'à un certain point ; mais je ne vois guère l'utilité (du moins, une utilité équivalente au travail énorme) de tenter l'expérience à l'échelle immense que vous suggérez. Je devrais penser que quelques graines des ordres principaux, ou quelques graines de chacune des classes mentionnées par vous, avec de l'albumen de différentes sortes, suffiraient à montrer la possibilité d'un transport maritime considérable. Déterminer si une flore insulaire particulière a été transportée de cette manière exigerait que chaque espèce soit examinée. Voulez-vous parcourir ces listes imprimées et, si vous le pouvez, marquer d'une croix rouge celles que vous suggéreriez ? En vérité, je crains de mettre à profit votre grande bonté bien plus, mon cher Hooker, que je n'en ai le droit ; mais vous l'avez offert, car je n'avais jamais songé à vous demander plus qu'une suggestion. Je ne pense pas pouvoir gérer plus de quarante ou cinquante types à la fois, car l'eau, je le constate, doit être renouvelée tous les deux jours, tant elle finit par sentir horriblement : et je ne pense pas que votre plan de petits paquets de batiste soit bon, car cela emprisonne trop d'air. Je garderai le grand récipient d'eau salée avec les quarante ou cinquante petites bouteilles, entrouvertes, immergées dedans, à la cave pour une température uniforme. Je dois planter en plein air, car je n'ai pas de serre.
Je vous ai dit que j'avais inséré une notice dans le « Gardeners' Chronicle », et aujourd'hui j'ai appris de Berkeley qu'il avait déjà envoyé un assortiment de graines à Margate pour qu'un ami les mette dans de l'eau salée ; je suppose donc qu'il juge l'expérience digne d'être tentée, puisqu'il a ainsi si promptement pris les choses en main.
En relisant ceci, on dirait que je suis offensé !!! ce qui, je n'ai pas besoin de le dire, n'est pas le cas.
Je peux simplement mentionner que les graines mentionnées dans ma précédente note ont toutes germé après quatorze jours d'immersion, excepté les choux, tous morts, et les radis dont la germination a été retardée et dont plusieurs, je pense, sont morts ; le cresson est resté tout à fait vigoureux. L'épinard de France, l'avoine, l'orge, l'alpiste, la bourrache, la betterave ont germé après sept jours d'immersion.
Il est tout à fait surprenant que les radis aient poussé, car l'eau salée était putride à un point que je n'aurais pu croire crédible si je ne l'avais senti moi-même, tout comme l'eau avec les graines de chou.
LETTRE 322. À J.D. HOOKER. Down, 10 juin [1855].
Si le fait d'être profondément intéressé par vos lettres me rend digne d'elles, alors je le suis amplement.
J'ai fait pousser quelques semis de plantes sensibles, mais si vous pouvez FACILEMENT vous passer d'une plante de taille modérée, j'en serais heureux.
Vous m'encouragez tellement que je vais lentement continuer à saler les graines. Je vois que je me suis mal expliqué, en vous laissant supposer que je m'opposais à des cas comme l'union passée de l'Angleterre et du continent ; je considère ce cas comme prouvé par les animaux, etc., etc. ; et, en effet, ce serait un fait étonnant si la terre était restée si stable qu'ils n'aient pas été unis, avec Snowdon élevé de 1 300 pieds récemment, etc., etc.
C'est seulement contre l'union passée avec les îles volcaniques océaniques que je suis véhément. Quel cas déroutant semble être la Nouvelle-Zélande : l'absence de légumineuses, etc., etc., n'est-elle pas TOUT AUTANT opposée à une connexion continentale qu'à toute autre théorie ? Quel fait curieux vous énoncez au sujet de la distribution et de la petitesse allant de pair.
La présence d'une grenouille en Nouvelle-Zélande me semble un fait assez fort en faveur d'une connexion continentale, car je présume que l'eau de mer tuerait le frai, mais je vais essayer. Le frai, je le constate, peut vivre environ dix jours hors de l'eau, mais je ne pense pas qu'il puisse éventuellement coller à un oiseau.
Ce que vous dites sur le fait que personne ne réalise la création me semble très vrai ; mais je pense et j'espère qu'il y a presque autant de différence entre essayer de découvrir si les espèces d'un genre ont eu un ancêtre commun et s'occuper de l'origine première de la vie, qu'entre établir les lois de l'attraction chimique et l'origine première de la matière.
Je pensais que la lettre de Gray vous était parvenue ouverte, et que vous l'aviez lue : vous verrez ce que j'ai demandé, à savoir les habitats des plantes alpines, mais je présume qu'il n'y aura rien de nouveau pour vous. Veuillez retourner les deux. Avec quelle amabilité Gray accueille ma requête, et je pense que j'aurai fait une bonne action si je l'incite à écrire un article sur la distribution géographique des plantes des États-Unis.
Je lui ai écrit une très longue lettre, lui exposant certains des points sur lesquels je serais curieux. Mais sur ma vie, c'est sublimement ridicule, moi faisant des suggestions à un tel homme.
Je ne peux m'empêcher de penser que ce que vous dites sur les plantes inférieures étant largement distribuées et supportant mieux les conditions dommageables que les plus élevées (mais n'est-ce pas très difficile à démontrer ?) est également favorable au transport maritime, aux connexions continentales et à tous les autres moyens. Je vous prie de ne pas supposer que je m'imagine, si je pouvais montrer que presque toutes les graines pouvaient supporter une période presque indéfinie d'immersion dans l'eau de mer, avoir fait plus d'un pas EXTRÊMEMENT PETIT dans la résolution du problème de la distribution, car je peux tout à fait apprécier l'importance du fait que vous soulignez ; et puis les directions des courants dans les temps passés et présents doivent être considérées !!
Je serai très curieux d'entendre les résultats de Berkeley dans le domaine de la salaison.
En ce qui concerne les changements géologiques, je devrais être l'un des derniers hommes à les sous-estimer après ma carte des îles coralliennes, et après ce que j'ai vu de l'élévation sur la côte d'Amérique. Adieu. J'espère que mes lettres ne vous ennuient pas. Encore, et pour la dernière fois, je dis que je serais extrêmement contrarié si vous m'écriviez jamais à contre-cœur ou lorsque vous êtes fatigué.
LETTRE 323. À J.S HENSLOW. Down, 2 juillet [1855].
Mille mercis pour tout ce que vous avez fait, et si gentiment promis de faire pour moi.
Voulez-vous faire cadeau à chacune des petites filles (si ce n'est trop grand et grandiose) de six pence (pour lesquels j'envoie des timbres), qui vont collecter des graines pour moi : à savoir, Lychnis, blanc, rouge et couleur chair (si cela existe).
...Serez-vous assez aimable pour les examiner avant l'envoi, juste pour voir positivement qu'elles sont correctes, car souvenez-vous de mon ignorance en botanique.
Lisez-vous le « Gardeners' Chronicle », et avez-vous remarqué certaines de mes petites expériences sur les graines salées ? Les graines de céleri et d'oignon ont germé après quatre-vingt-cinq jours d'immersion dans l'eau salée, ce qui me semble surprenant, et je pense que cela éclaire la large dispersion de certaines plantes. Or, il m'est venu à l'esprit que ce serait une manière intéressante de tester la probabilité du transport maritime des graines, de dresser une liste de toutes les plantes européennes trouvées aux Açores — un archipel très océanique — de collecter les graines, et d'essayer si elles supportaient une immersion assez longue. Pensez-vous que la plus capable de vos petites filles aimerait collecter pour moi un paquet de graines de ces plantes açoriennes qui poussent près de Hitcham, en payant, disons, 3 pence par paquet : cela mettrait quelques shillings dans leurs poches, et serait un avantage énorme pour moi, car je regrette le temps passé à collecter les graines, d'autant plus que je dois apprendre à connaître les plantes ! L'expérience me semble valoir la peine d'être tentée : qu'en pensez-vous ? Vous opposeriez-vous à offrir pour moi cette récompense ou ce paiement à vos petites filles ? Vous devriez sélectionner les plus consciencieuses, afin que je n'obtienne pas de mauvaises graines. Je viens de comparer les listes, et je soupçonne que vous n'auriez pas un très grand nombre de plantes açoriennes. Vous avez, cependant,
Ranunculus repens, Ranunculus parviflorus, Papaver rhoeas,? Papaver dubium,? Chelidonium majus,? Fumaria officinalis.?
Toutes celles-ci sont des plantes açoriennes.
En ce qui concerne la culture des plantes, je compte commencer par très peu, car je pourrais trouver cela trop fastidieux. J'ai déjà eu pendant quelques mois des primevères et des coucous, fortement fumés au guano, et avec les fleurs coupées, et un coucou fait pour pousser à l'ombre ; et au printemps prochain je collecterai les graines.
Je pense que vous m'avez tout à fait mal compris en ce qui concerne mon objectif en vous demandant de marquer dans la liste ci-jointe avec (x) toutes les « espèces proches », c'est-à-dire celles que vous ne pensez pas être des variétés, mais qui sont néanmoins très étroitement apparentées ; cela n'a absolument rien à voir avec leur culture, mais je ne peux vous dire [mon] objectif, car cela pourrait vous influencer inconsciemment dans le marquage. Voulez-vous barrer au crayon tous les noms de ces (quelques) espèces dont vous pourriez ne rien savoir. Ensuite, quand ce sera fait, je vous dirai mon objectif — non pas que cela vaille la peine d'être dit, bien que je sois moi-même très curieux à ce sujet. Je sais et je peux percevoir que la définition d'« espèce proche » est très vague, et c'est pourquoi je ne me soucierais pas que la liste soit marquée par quiconque, excepté par quelqu'un tel que vous.
Pardonnez cette longue lettre. Je vous remercie cordialement pour toute votre assistance.
Mon cher vieux Maître, Affectueusement vôtre, C. Darwin.
Peut-être 3 pence seraient à peine assez, et si le nombre de types ne s'avère pas très grand, ce sera 6 pence par paquet.
LETTRE 324. ASA GRAY À CHARLES DARWIN.
Harvard University, Cambridge, U.S., 30 juin 1855.
Votre longue lettre du 8 de ce mois est pleine d'intérêt pour moi, et je suivrai vos indications aussi loin que je le pourrai. Je me réjouis de fournir des faits à d'autres pour qu'ils les traitent dans leurs rapports avec les questions générales, et je ressens d'autant plus le devoir de le faire qu'en raison de la préoccupation de l'esprit et du temps, et du manque d'expérience, je suis incapable de contribuer directement par des recherches originales de ce genre à l'avancement de la science.
Votre requête à la fin de votre lettre, que vous avez une hésitation si inutile à formuler, est exactement le genre de celle à laquelle il m'est facile de répondre, car elle se situe directement sur mon chemin. Elle sortirait probablement de mon esprit, cependant, au moment que vous proposez, donc je m'en occuperai immédiatement, pour remplir les intervalles de temps qui me restent pendant que je m'occupe d'un ou deux élèves. Je prends donc quelques feuilles non reliées d'un exemplaire du « Manual », et je marque les « espèces proches » en les reliant par une accolade.
Celles ainsi reliées, pour certaines d'entre elles, je les réunirais lors d'une révision sous une seule, le Dr Hooker en réunirait bien d'autres, et pour le reste, il ne serait pas extraordinaire si, dans un cas quelconque, la découverte de formes intermédiaires forçait leur union.
Comme je l'ai noté sur la page blanche des feuilles que je vous envoie (par l'intermédiaire de Sir William Hooker), je suppose que si nous étendions la zone, disons à celle de notre flore d'Amérique du Nord, nous constaterions que la proportion d'« espèces proches » par rapport à l'ensemble de la flore augmenterait considérablement. Mais ici je parle au hasard. Un jour, je le testerai pour quelques familles.
Si vous prenez pour comparaison avec ce que je vous envoie, la « British Flora », ou la « Flora Germanica » de Koch, ou la « Flora de France » de Godron, et marquez les « espèces proches » sur le même principe, vous trouverez sans aucun doute un nombre bien plus grand. Bien sûr, vous n'en déduirez pas que les deux flores diffèrent à cet égard ; puisque la différence est probablement due aux faits que (1) il n'y a pas eu autant d'observateurs ici déterminés à détecter des différences ; et (2) nos espèces, grâce surtout au Dr Torrey et à moi-même, ont été plus minutieusement châtiées. Ce qui représente une espèce dans le « Manual » figurerait dans presque toute flore européenne comme deux, trois ou plus, dans un nombre très considérable de cas.
En réduisant audacieusement les espèces nominales, J. Hooker fait un bon travail ; mais sa vocation — comme celle de tout autre réformateur — l'expose à des tentations et à des dangers.
Parce que vous avez montré que a et b sont si connectés par des formes intermédiaires que nous ne pouvons faire autrement que de les considérer comme des variations d'une seule espèce, nous ne pouvons conclure que c et d, différant beaucoup de la même manière et au même degré, sont d'une même espèce, avant qu'une quantité égale de preuves ne soit réellement obtenue. C'est-à-dire que, lorsque deux ensembles d'individus présentent des différences graves, le fardeau de la preuve de leur origine commune incombe à la personne qui soutient ce point de vue ; et chaque cas doit être décidé selon ses propres preuves, et non par analogie, si nos conclusions de cette manière doivent avoir une valeur réelle. Bien sûr, nous devons souvent sauter aux conclusions à partir de preuves imparfaites. J'aimerais écrire un essai sur les espèces un jour ; mais avant que j'aie le temps de le faire, à ma manière laborieuse, j'espère que vous ou Hooker le ferez, et bien mieux encore. Je suis très heureux d'être en conférence avec Hooker et vous-même sur ces questions, et je pense que nous pouvons, ou plutôt vous pouvez, dans quelques années, trancher la question de savoir si les points de vue d'Agassiz ou ceux de Hooker sont corrects ; ils sont certainement très différents.
À ce propos, mille mercis pour l'article contenant vos expériences sur les graines exposées à l'eau de mer. Pourquoi personne n'a-t-il pensé à essayer l'expérience avant, au lieu de prendre pour acquis que l'eau salée tue les graines ? Je vais le faire réimprimer presque entièrement dans le « Silliman's Journal » comme une noix à casser pour Agassiz.
Je vous remercie de votre très aimable mot du 8 avril. À vrai dire, il est absurde de ma part de vous donner des pistes ; mais cela me procurera un réel plaisir de vous écrire exactement comme je parle à Hooker, qui dit que mes questions sont parfois suggestives grâce à ma comparaison des chaînes, etc., dans les différents règnes de la Nature. Je ne présenterai plus d'excuses sur ma présomption ; mais je vous dirai simplement (bien que je sois certain qu'il y aura TRÈS peu de nouveau dans ce que je suggère et demande) les points sur lesquels je suis très impatient d'avoir votre avis. J'oublie si vous incluez l'Amérique arctique, mais si c'est le cas, pour la comparaison avec d'autres parties du monde, j'exclurais l'Arctique et l'Alpin-arctique, comme appartenant à une catégorie tout à fait distincte. En excluant les naturalisées, je pense que De Candolle doit avoir raison de conseiller l'exclusion (en donnant une liste) des plantes exclusivement trouvées dans les terres cultivées, même lorsqu'on ne sait pas qu'elles ont été introduites par l'homme. Je donnerais une liste des plantes tempérées (s'il y en a) trouvées en Asie orientale, en Chine et au Japon, et nulle part ailleurs. Rien ne me donnerait une meilleure idée de la flore des États-Unis que la proportion de ses genres par rapport à tous les genres confinés à l'Amérique ; et la proportion des genres confinés à l'Amérique et à l'Asie orientale avec le Japon ; les genres restants seraient communs à l'Amérique et à l'Europe et au reste du monde ; je présume qu'il serait impossible de montrer une affinité particulière dans les genres, aussi minime soit-elle, entre l'Amérique et l'Europe occidentale. L'Amérique pourrait être apparentée à l'Asie orientale (en excluant toujours les formes arctiques) par un genre ayant les mêmes espèces confinées à ces deux régions ; ou elle pourrait être apparentée par le genre ayant des espèces différentes, le genre lui-même ne se trouvant nulle part ailleurs. La relation des genres (en excluant les espèces identiques) me semble être un élément très important de la distribution géographique, souvent ignoré, et je présume d'une application plus difficile chez les plantes que chez les animaux, en raison de l'aire de répartition plus étendue des plantes ; mais je trouve en Nouvelle-Zélande (d'après Hooker) que la considération des genres avec des espèces représentatives raconte l'histoire de la parenté encore plus clairement que l'identité des espèces avec les différentes parties du monde. J'aimerais voir les genres des États-Unis, disons 500 (en excluant l'Arctique et l'Alpin), divisés en trois classes, avec les proportions données ainsi :
100/500 genres américains ;
200/500 genres de l'Ancien Monde, mais n'ayant aucune espèce identique en commun ;
200/500 genres de l'Ancien Monde, mais ayant quelques espèces identiques en commun ;
En supposant que ces 200 genres incluent 600 plantes des États-Unis, alors les 600 seraient le dénominateur de la fraction des espèces communes à l'Ancien Monde. Mais je m'étends avec une longueur insensée.
Il y a une discussion intéressante dans De Candolle (environ pages 503-514) sur la relation de la taille des familles avec l'aire de répartition moyenne des espèces individuelles ; je ne peux m'empêcher de penser, d'après certains faits que j'ai recueillis bien avant la publication de De Candolle, qu'il fait fausse route en ayant pris les familles (en raison de leur inclusion d'une trop grande diversité dans la constitution des espèces), mais que s'il avait pris les genres, il aurait trouvé que les espèces individuelles dans les grands genres se répartissent sur une plus grande surface que les espèces dans les petits genres : je pense que si vous avez des matériaux, cela vaudrait la peine d'être étudié, car c'est une relation très singulière.
En ce qui concerne les plantes naturalisées : y en a-t-il chez vous qui soient sociales, et qui ne le soient pas dans leur pays d'origine ? Je suis surpris que l'importance de ce point n'ait pas plus frappé De Candolle. Parmi ces plantes naturalisées, y en a-t-il, ou beaucoup, qui sont plus variables à votre avis que la moyenne de vos plantes des États-Unis ? Je suis conscient à quel point cela doit être vague ; mais De Candolle a déclaré que les plantes naturalisées ne présentent pas de variétés ; toutefois, être très variable et présenter des variétés distinctes me semble être un cas plutôt différent : si vous vouliez bien prendre la peine de répondre à cette question, je vous en serais très obligé, que vous abordiez ou non de tels points dans votre essai.
En ce qui concerne les plantes dont les limites méridionales se trouvent dans votre zone, les individus sont-ils parfois ou souvent chétifs dans leur croissance ou en mauvaise santé ? J'ai vainement tenté de trouver un botaniste ayant observé ce point ; mais j'ai vu quelques remarques de Barton sur les arbres aux États-Unis. Les arbres semblent à cet égard se comporter assez différemment des autres plantes.
Ce serait un point très curieux, mais je crains que vous ne pensiez qu'il est hors sujet pour votre essai, que de comparer la liste des plantes européennes en Terre de Feu (chez Hooker) avec celles d'Amérique du Nord ; car, sans création multiple, je pense que nous devons admettre que toutes celles qui se trouvent maintenant en Terre de Feu ont dû voyager à travers l'Amérique du Nord, et dans cette mesure, elles vous concernent.
La discussion sur les plantes sociales (aussi vagues que soient les termes et les faits) chez De Candolle me frappe comme étant la meilleure que j'aie jamais vue : deux points me semblent éminemment remarquables chez elles ; le fait qu'elles soient parfois sociales à proximité de leurs limites extrêmes ; et deuxièmement, que des espèces ayant une aire de répartition extrêmement restreinte soient pourtant sociales là où elles se trouvent : je vous serais infiniment obligé pour tout cas, par lettre ou publiquement, sur ces sujets, plus particulièrement concernant une espèce restant sociale ou cessant de l'être aux confins de son aire de répartition.
Il y a un autre point sur lequel, individuellement, je vous serais extrêmement obligé si vous pouviez prendre le temps d'y réfléchir un peu et de m'informer : à savoir, s'il existe des cas où la même espèce est plus variable aux États-Unis que dans d'autres pays où elle se trouve, ou dans différentes parties des États-Unis ? Wahlenberg dit généralement que les mêmes espèces, en allant vers le sud, deviennent plus variables que dans l'extrême nord. Je suis encore plus impatient de savoir si certains des genres qui ont la plupart de leurs espèces horriblement variables (comme le sont Rubus ou Hieracium) en Europe, ou dans d'autres parties du monde, sont moins variables aux États-Unis ; ou, le cas inverse, avez-vous chez vous des genres odieux qui sont moins odieux dans d'autres pays ? Toute information sur ce sujet serait une réelle gentillesse de ma part.
Je suppose que votre flore est trop vaste ; mais une simple liste, en colonnes serrées et en petits caractères, de toutes les espèces, genres et familles, chacun numéroté consécutivement, m'a toujours semblé très utile ; et Hooker regrette de ne pas avoir donné une telle liste dans l'introduction à la Nouvelle-Zélande et aux autres Flores. Je suis certain de vous avoir administré une dose de questions plus importante que vous ne l'espériez, et j'ai tenu parole en vous traitant exactement comme je le fais avec Hooker. Néanmoins, si quelque chose me vient à l'esprit au cours des deux prochains mois, je vous écrirai librement, convaincu que vous me pardonnerez et ne me trouverez pas trop présomptueux.
Comme De Candolle montre bien la nécessité de comparer des zones presque égales pour la proportion des familles !
J'ai relu cette lettre, et elle ne vaut vraiment pas la peine d'être envoyée, sauf pour mon propre compte. Je vois que j'ai oublié, au début, d'indiquer qu'il me semblait que les six chapitres de votre essai incluaient presque chaque point que l'on pourrait désigner, et que par conséquent, je n'avais pas grand-chose à dire.
LETTRE 326. À J.D. HOOKER.
Down, le 8 [juillet 1856].
J'espère vivement que ce mot arrivera à temps pour vous épargner des ennuis à un égard. J'ai honte de moi-même, car je trouve dans l'introduction à la Flora of Fuegia une courte discussion sur les plantes de Tristan qui, bien que soulignée, m'était complètement sortie de l'esprit à ce moment-là, et je n'avais pensé qu'à consulter l'introduction à la Flora de Nouvelle-Zélande. C'était très stupide de ma part. Dans mon esquisse, je suis contraint de choisir les cas les plus frappants d'espèces qui favorisent la doctrine de la création multiple, à moins que de grandes extensions continentales ne soient admises. Parmi les nombreux cas merveilleux dans vos livres, celui qui me frappe le plus est cette liste d'espèces, que vous avez faite pour moi, communes à la Nouvelle-Zélande et à l'Amérique, et confinées à l'hémisphère sud ; et dans cette liste, celles communes au Chili et à la Nouvelle-Zélande me semblent les plus merveilleuses. Je les ai copiées et jointes. Maintenant, je promets de ne plus poser de questions si vous me parlez un peu de celles-ci. Ce que je veux savoir, c'est si certaines ou beaucoup d'entre elles sont des plantes de montagne du Chili, de manière à les faire entrer dans une certaine mesure (comme les plantes de Chonos) dans la même catégorie que les plantes fuegiennes ? Je vois que tous les genres (même Edwardsia ayant des espèces aux îles Sandwich et en Inde) sont des genres à large répartition, à l'exception de Myosurus, qui semble extraordinairement merveilleux. Est-ce que l'un de ces genres s'accroche au bord de mer ? Les autres espèces de ces genres sont-elles à large répartition ? Soyez un bon chrétien et ne me détestez pas.
J'ai commencé hier soir à relire votre article sur les Galapagos, et à mon goût, il est tout à fait admirable : j'y vois certains points que je trouvais meilleurs chez A. De Candolle ! Telle est ma mémoire.
Lyell ne veut exprimer aucune opinion sur les extensions continentales.
LETTRE 327. À C. LYELL. Down, le 8 juillet [1856].
Mille mercis pour vos deux notes, et spécialement pour la carte de Maury : ainsi que pour les livres que vous allez me prêter.
Je suis désolé que vous ne puissiez donner aucun verdict sur les extensions continentales ; et j'en déduis que vous pensez que mon argument n'a pas beaucoup de poids contre de telles extensions ; je sais que j'aimerais pouvoir y croire.
J'ai jeté un coup d'œil à Maury (que j'avais déjà regardé auparavant), et en ce qui concerne Madère et compagnie, je dois dire que la carte me semble aller à l'encontre de l'idée que l'extension des terres expliquerait l'introduction des êtres organiques. Madère, les Canaries et les Açores sont si liées entre elles que j'aurais pensé qu'elles auraient dû être connectées par quelque banc, si les changements de niveau avaient été liés à leur relation organique. Les Açores auraient dû, aussi, montrer plus de connexion avec l'Amérique. J'avais parfois spéculé si les icebergs pouvaient expliquer le plus grand nombre de plantes européennes et leur caractère plus septentrional aux Açores, par rapport à Madère ; mais cela semble dangereux tant que des blocs erratiques n'y sont pas trouvés.
L'un des points les plus curieux chez Maury est, me semble-t-il, le peu de changement qu'environ 9 000 pieds d'élévation soudaine feraient dans le continent visible, et quel changement prodigieux 9 000 pieds d'affaissement feraient ! La différence est-elle due à la dénudation pendant l'élévation ? Certes, une élévation de 12 000 pieds ferait un changement prodigieux. Je viens de vous citer dans mon essai sur la glace transportant des graines dans l'hémisphère sud, mais cela ne fonctionnera pas dans tous les cas. J'ai eu une semaine de travail si acharné pour établir les relations de toute la flore antarctique à partir des admirables travaux de Hooker. Assez curieusement, je viens de terminer, dans les moindres détails, de fournir la preuve du refroidissement dans les régions tropicales pendant l'époque glaciaire, et la migration conséquente des organismes à travers les tropiques. Il y a bon nombre de difficultés, mais dans l'ensemble, cela explique beaucoup de choses. C'était une notion favorite pour moi, presque depuis que j'ai écrit sur les blocs erratiques du sud. Cela s'harmonise avec la modification des espèces ; et sans admettre ce postulat redoutable, l'époque glaciaire dans le sud et les tropiques ne fonctionne pas bien. À propos de l'Atlantide, je doute que les îles Canaries soient autant liées au continent qu'elles devraient l'être, si elles avaient été autrefois reliées par une terre continue.
Hooker, avec qui j'ai autrefois discuté de la notion selon laquelle le monde ou de grandes ceintures de celui-ci avaient été plus frais, bien qu'il ait d'abord vu de grandes difficultés (et les difficultés sont assez grandes), je pense qu'il est très enclin à adopter l'idée. Avec la modification des formes spécifiques, cela explique quelques faits étranges et merveilleux dans la distribution.
Mais je ne m'arrêterai jamais si je m'engage sur ce sujet, sur lequel j'ai travaillé, parfois en triomphe, parfois en désespoir, durant le dernier mois.
LETTRE 328. ASA GRAY À CHARLES DARWIN. Reçue le 20 août 1856.
Je vous joins une épreuve de la dernière page, afin que vous puissiez voir à quoi se monte notre flore. Les genres des Cryptogames (des Fougères jusqu'aux Hépatiques) sont illustrés dans quatorze planches surchargées. De sorte que le volume est devenu assez formidable en tant que manuel, ce pour quoi il est destiné.
J'ai révisé les dernières épreuves aujourd'hui. Les éditeurs le feront paraître dans le courant du mois d'août. En attendant, je vais prendre un peu de vacances, que j'ai méritées, aussi peu que je puisse me permettre de prendre du temps pour cela. Et ma femme et moi partons vendredi rendre visite à ma mère et à des amis dans l'ouest de l'État de New York, et sur le chemin du retour, je ferai un saut à la réunion scientifique d'Albany le 20 du mois, ou plus tard, juste pour rencontrer quelques vieux amis là-bas.
Pourquoi ne pourriez-vous pas venir, sur l'invitation pressante faite aux savants européens — et le passage gratuit prévu aller et retour dans les navires à vapeur ? Pourtant, je crois que personne ne vient. Ne viendrez-vous pas l'année prochaine, si une invitation spéciale vous est envoyée aux mêmes conditions ?
Boott m'a envoyé dernièrement votre photographie, que (bien qu'elle ne soit pas très parfaite) je suis très heureux d'avoir...
Mais il y a une autre question dans votre dernière lettre — une question sur laquelle une personne ne peut donner qu'une impression — et mon impression est que, en parlant des plantes d'une flore bien connue, ce que nous appelons des variétés intermédiaires sont généralement moins nombreuses en individus que les deux états qu'elles connectent. Que ce soit le cas dans une flore où les choses sont placées comme elles devraient naturellement l'être, je n'en doute guère ; et plus vos points de vue sur les espèces sont larges (disons, par exemple, avec les notions très latitudinaires du Dr Hooker), plus cela apparaîtrait clairement. Mais pratiquement, deux choses font grandement obstacle à toute application du fait ou du principe, si c'en est un. 1. Notre choix de ce qu'il faut prendre comme formes typiques n'est très souvent pas libre. Nous prenons, par exemple, pour l'une d'elles la forme particulière dont Linné, disons, a reçu par hasard un spécimen, et sur laquelle [il] a établi l'espèce ; et je connais plus d'un cas où il s'agit d'une forme rare d'une espèce commune ; l'autre variété sera peut-être l'extrême opposé — qu'elle soit la plus commune ou non, ou sera ce que L. ou [illisible] a décrit comme une 2e espèce. Ici, diverses formes intermédiaires peuvent être les plus abondantes. 2. C'est exactement la même chose maintenant, en ce qui concerne les spécimens provenant de notre nouveau pays de l'Ouest. La forme qui arrive en premier, et qui est décrite et nommée, détermine le caractère spécifique, et cela reste longtemps comme le type, bien qu'en fait elle puisse être loin d'être la forme la plus commune. Pourtant, pour des plantes très bien connues sous tous leurs aspects, je peux penser à plusieurs dont nous reconnaissons deux formes principales, et voyons rarement quelque chose de vraiment intermédiaire, comme notre Mentha borealis, ses variétés poilues et lisses.
Votre précédente requête sur la variabilité des plantes naturalisées comparée à d'autres des mêmes genres, je ne l'avais pas oubliée, mais n'ai pris aucune mesure pour y répondre. J'allais plus tard prendre notre liste de plantes naturalisées et les considérer — cela ne tombait pas encore dans mon plan de le faire. À brûle-pourpoint, je peux seulement dire qu'il ne me semble pas que nos plantes introduites soient généralement plus variables, ni aussi variables, peut-être, que les indigènes. Mais ce n'est qu'une simple supposition. Lorsque vous recevrez mes feuilles de la première partie de l'article dans le « Silliman's Journal », rappelez-vous que je serai très heureux d'avoir des commentaires critiques libres ; et plus tôt je les recevrai, plus ils me seront utiles...
Une faveur de plus. Ne parlez pas, je vous en prie, de vos lettres qui me causeraient des ennuis. Je serais vraiment désolé de vous voir arrêter, ou écrire plus rarement, même si j'étais mortifié de constater que je peux si rarement vous donner les informations que vous pourriez raisonnablement attendre.
LETTRE 329. À ASA GRAY. Down, le 24 août [1856].
Je vous suis très obligé pour votre lettre, qui a été très intéressante pour moi. Vos réponses « indéfinies » ne sont peut-être pas la partie la moins précieuse ; car la botanique a été suivie dans un esprit bien plus philosophique que la zoologie, de sorte que je n'aime presque jamais me fier à une remarque générale en zoologie sans constater que les botanistes sont d'accord. Ainsi, en ce qui concerne la rareté des variétés intermédiaires, j'ai trouvé qu'elle était avancée, comme je le soupçonnais, beaucoup trop fortement (sans les limitations et les doutes que vous soulignez) par un très bon naturaliste, M. Wollaston, en ce qui concerne les insectes ; et si cela pouvait être établi comme vrai, ce serait, je pense, un point curieux. Votre réponse concernant les plantes introduites qui ne sont pas particulièrement variables concorde avec une réponse que M. H.C. Watson m'a envoyée concernant les plantes agraires britanniques, ou celles (naturalisées ou non) [qui] ne se trouvent maintenant que dans les terres cultivées. Il me semble très étrange, sans aucune notion théorique d'aucune sorte, que de telles plantes ne soient pas variables ; mais les preuves semblent aller à l'encontre.
Sincères remerciements pour votre aimable invitation aux États-Unis : en vérité, il n'y a rien que j'apprécierais davantage ; mais ma santé n'est pas, et ne sera jamais, je suppose, assez forte, sauf pour la vie de routine la plus tranquille à la campagne. Je serai particulièrement heureux de recevoir les feuilles de votre article sur la distribution géographique ; mais il est vraiment hautement improbable que je puisse faire des suggestions.
En ce qui concerne ma remarque selon laquelle je supposais qu'il y avait peu de plantes communes à l'Europe et aux États-Unis, ne s'étendant pas jusqu'aux régions arctiques ; elle était fondée sur des bases vagues, et en partie sur l'aire de répartition des animaux. Mais j'ai repris les remarques de H.C. Watson (1835) et dans le tableau à la fin, j'ai trouvé que sur 499 plantes supposées communes à l'Ancien et au Nouveau Monde, seulement 110 ne s'étendaient pas de chaque côté de l'Atlantique jusqu'à la région arctique. Et en écrivant à M. Watson pour lui demander s'il connaissait des plantes ne s'étendant pas au nord de la Grande-Bretagne (disons 55 degrés) qui étaient communes, il m'écrit qu'il imagine qu'il y en a très peu ; avec l'aide de M. Syme, il a trouvé quelque 20 à 25 espèces dans cette situation, mais beaucoup d'entre elles, pour une raison ou une autre, étaient selon lui douteuses. Comme exemples, il me spécifie, avec doute, Chrysosplenium oppositifolium ; Isnardia palustris ; Astragalus hypoglottis ; Thlaspi alpestre ; Arenaria verna ; Lythrum hyssopifolium.
J'espère que vous serez enclin à déterminer pour votre prochain article quel nombre, de vos 321 plantes en commun, ne s'étend pas jusqu'aux régions arctiques. De telles plantes semblent exposées à des difficultés bien plus grandes de diffusion. Mille mercis pour toute votre gentillesse et vos réponses à mes questions.
P.-S. — Si quelque chose vous vient à l'esprit sur la variabilité des plantes naturalisées ou agraires, j'espère que vous aurez la gentillesse de m'en faire part, car c'est un point qui m'intéresse beaucoup.
Le Dr Engelmann, de Saint-Louis, Missouri, qui connaissait bien la botanique européenne avant de venir ici, et qui est un observateur perspicace, de façon générale, depuis vingt ans ou plus dans ce pays, en réponse à votre question que je lui ai posée, a promptement déclaré que les plantes introduites ne sont pas particulièrement variables — qu'elles ne sont peut-être pas aussi variables que les plantes indigènes en général.
La difficulté de répondre à vos questions, à savoir s'il existe ici des plantes sociales qui ne le sont pas dans l'Ancien Monde, tient au fait que je connais si peu les plantes européennes dans la nature. Voici tout ce que j'ai à contribuer. Récemment, j'ai emmené Engelmann et Agassiz lors d'une excursion botanique sur une dizaine de kilomètres dans l'un de nos comtés littoraux ; ils ont tous deux fait remarquer qu'ils n'avaient jamais vu en Europe, au total, ne serait-ce que la moitié de l'épine-vinette observée au cours de cette sortie. Dans tout ce district, on peut dire que *B. vulgaris* est devenue une plante véritablement sociale dans les champs négligés et les bosquets, pénétrant même dans de vieux bois assez denses. J'ai toujours supposé que les oiseaux diffusaient les graines. Mais je ne suis pas certain qu'ils touchent beaucoup aux baies. Du moins, celles-ci restent suspendues aux buissons pendant tout l'hiver en très grande abondance. Peut-être l'épine-vinette appartient-elle à un pays plus chaud que le nord de l'Europe, et se trouve-t-elle plus à son aise sous nos étés ensoleillés. Pourtant, en dehors de la Nouvelle-Angleterre, elle ne semble pas du tout se répandre.
*Maruta Cotula*, fide Engelmann, est une plante dispersée et assez rare en Allemagne. Ici, de Boston à Saint-Louis, elle recouvre le bord des routes et est l'une de nos plantes les plus sociales. Mais cette plante est sans aucun doute originaire d'un pays plus chaud que l'Allemagne du Nord.
Le millepertuis (*Hypericum perforatum*) est une mauvaise herbe intrusive dans tous les pâturages vallonnés, etc., et peut être qualifié, à juste titre, de plante sociale. En Allemagne, on ne le trouve pas ainsi, fide Engelmann.
*Verbascum Thapsus* est diffusé dans tout le pays, il est infiniment plus commun ici qu'en Allemagne, fide Engelmann.
Je suppose qu'*Erodium cicutarium* a été apporté en Amérique avec le bétail depuis l'Espagne : il semble être largement répandu en Amérique du Sud, en dehors des tropiques. Dans l'est des États-Unis, il est très rare et localisé. Mais il remplit la Californie et l'intérieur de l'Oregon jusqu'au versant ouest des montagnes Rocheuses. Fremont le mentionne comme la première nourriture printanière pour son bétail lorsqu'il atteignit le côté ouest des montagnes Rocheuses. Et presque personne ne veut me croire quand je déclare qu'il s'agit d'une plante introduite. J'ose dire qu'il est tout aussi abondant en Espagne. Je doute qu'il le soit davantage.
Engelmann et moi avons noté les espèces véritablement indigènes ici qui, devenant rudérales ou champêtres, augmentent en nombre d'individus au lieu de diminuer à mesure que le pays est davantage peuplé et que les forêts sont défrichées. La liste de nos plantes sauvages devenues de véritables mauvaises herbes est plus longue que je ne l'avais supposé, et elles ont probablement toutes étendu leur aire de répartition géographique — du moins se sont-elles multipliées en nombre dans les États du Nord depuis la colonisation.
Il y a quelque temps, j'ai envoyé une copie de la première partie de mon petit essai sur les statistiques (330/1. « Statistics of the Flora of the Northern U.S. » (« Silliman's Journal », XXII. et XXIII.)) des plantes de nos États du Nord à Trubner & Co., 12, Paternoster Row, pour qu'elle vous soit ensuite expédiée. Elle a peut-être été retardée ou égarée, alors j'en poste une autre d'ici.
Ce n'est qu'un début. La répartition des espèces en latitude doit être mise en tableau ensuite — les espèces disjointes cataloguées (c'est-à-dire celles qui apparaissent dans des zones éloignées et entièrement séparées, par ex. *Phryma*, *Monotropa uniflora*, etc.) — puis certaines des questions curieuses que vous avez suggérées — le degré de consanguinité entre les espèces apparentées de notre pays et celles d'autres pays, et la répartition comparative des espèces dans les grands et petits genres, etc., etc. Maintenant, vaut-il la peine de poursuivre avec autant de détails ? Impossible de savoir quel espace cela peut couvrir. Pourtant, après tout, les faits dans toute leur plénitude sont ce qui est recherché, et ceux-ci ne doivent pas être rassemblés pour soutenir (ou même tester) des conclusions préétablies. Ce sera fastidieux, mais peut-être utile.
Ensuite, je n'ai pas le temps de réviser correctement les manuscrits et de corriger les oublis. À mon grand désarroi, dans ma courte liste de nos espèces alpines, j'ai omis, d'une manière inexplicable, deux des plus caractéristiques — à savoir *Cassiope hypnoides* et *Loiseleuria procumbens*. Veuillez les ajouter à la page 28.
Il y a beaucoup à dire sur nos plantes introduites. Mais pour l'instant, et pour quelque temps encore, je dois penser à des questions tout à fait différentes. J'ai l'intention de poursuivre cet essai dans le numéro de janvier — pour lequel mon manuscrit doit être prêt vers le 1er novembre.
Je n'ai pas encore tenté de les compter ; mais je suis bien sûr prêt à croire que les trois quarts de nos espèces communes à l'Europe seront trouvés s'étendant vers le nord jusqu'aux régions arctiques. Je voulais simplement dire que j'avais en tête un certain nombre qui ne le font pas ; je pense que ce nombre ne sera pas très faible ; et je pensais que vous aviez l'impression que très peu ne s'étendaient absolument pas vers le nord. Le cas le plus frappant que je connaisse est celui de *Convallaria majalis*, dans les montagnes de Virginie et de Caroline du Nord, et pas plus au nord. Je crois vous en avoir déjà parlé.
LETTRE 331. À ASA GRAY. Down, 12 octobre [1856].
J'ai reçu hier votre très aimable lettre du 23 et vos « Statistiques », et deux jours auparavant une autre copie. Je vous en remercie cordialement. Les botanistes écrivent, bien sûr, pour les botanistes ; mais, pour autant que l'opinion d'un « profane » compte, je trouve votre article admirable. J'ai lu attentivement un bon nombre d'articles et d'ouvrages sur la distribution géographique, et je ne connais qu'un seul essai (à savoir le « Nouvelle-Zélande » de Hooker) qui approche la clarté avec laquelle votre article permet à un non-botaniste d'apprécier le caractère de la flore d'un pays. C'est merveilleusement condensé (quel travail cela a dû demander !). Vous demandez si de tels détails valent la peine d'être donnés : à mon avis, il n'y a littéralement pas un mot de trop.
Je vous remercie sincèrement pour les informations sur les « plantes sociales » et « variables », ainsi que pour m'avoir donné une idée de la proportion (c'est-à-dire 1/4) des plantes européennes qui, selon vous, ne s'étendent pas jusqu'à l'extrême Nord. Cette proportion est beaucoup plus élevée que ce à quoi je m'attendais, d'après ce que j'avais glané dans les conversations, etc.
Pour revenir à vos « Statistiques ». J'ose dire que vous indiquerez à combien de genres (et d'ordres) appartiennent vos 260 plantes introduites. Je vois qu'elles comprennent 113 genres non indigènes. Comme vous avez probablement une liste des plantes introduites, serait-ce trop vous demander que de m'envoyer, par Hooker ou autrement, juste le nombre total de genres et d'ordres auxquels appartiennent les plantes introduites ? Je m'y intéresse beaucoup et j'ai trouvé les remarques de De Candolle à ce sujet très instructives.
Rien ne m'a plus surpris que la plus grande affinité générique et spécifique avec l'Asie de l'Est qu'avec l'Amérique de l'Ouest. Pouvez-vous me dire (et je promets de ne poser aucune autre question) si le climat explique cette plus grande affinité ? ou est-ce l'un des nombreux problèmes totalement inexplicables de la géographie botanique ? L'Asie de l'Est est-elle aussi bien connue que l'Amérique de l'Ouest ? de sorte que l'état des connaissances permet-il une comparaison assez équitable ? Je suppose que ce serait impossible, mais je pense que cela rendrait, sur un point, vos tableaux de répartitions génériques plus clairs (admirablement clairs tels qu'ils me semblent) si vous pouviez montrer, même grossièrement, quelle proportion des genres communs à l'Europe (c'est-à-dire près de la moitié) sont des genres très généraux ou cosmopolites. Tels que vos résultats se présentent maintenant, au premier coup d'œil, l'affinité semble si forte avec l'Europe, en raison, je suppose, du fait que près de la moitié des genres incluent de très nombreux genres communs au monde ou à de grandes parties de celui-ci. L'Europe est ainsi injustement exaltée. N'est-ce pas le cas ? Si nous avions le nombre de genres strictement, ou presque strictement européens, on pourrait mieux comparer avec l'Asie et l'Amérique du Sud, etc. Mais j'ose dire que c'est un souhait utopique, en raison de la difficulté de dire quels genres appeler cosmopolites ; et je n'ai pas non plus mes idées très claires sur le sujet, et je les ai exprimées encore moins clairement que je ne les ai.
Je suis très heureux que vous ayez l'intention d'étudier la répartition nord des 321 espèces européennes ; car cela me semble être l'élément de loin le plus important de leur distribution.
Et je suis également heureux que vous ayez l'intention d'étudier la répartition des espèces en fonction de la taille des genres — c'est-à-dire du nombre d'espèces dans le genre. J'ai tenté de le faire dans quelques rares cas, mais c'est folie pour quiconque n'est pas botaniste d'essayer. Je dois penser que De Candolle a commis une erreur en tentant de faire cela pour les ordres au lieu des genres — pour des raisons avec lesquelles je ne vous ennuierai pas.
LETTRE 332. À J.D. HOOKER.
(332/1. Le « verdict » mentionné dans la lettre suivante était l'opinion de Sir J.D. Hooker sur le manuscrit de Darwin concernant la distribution géographique. Le premier paragraphe a déjà été publié dans « Life and Letters », II, page 86.)
Down, 4 novembre [1856].
Je vous remercie plus cordialement que vous ne le croirez probablement pour votre mot. Votre verdict a été un grand soulagement. Sur mon honneur, je n'avais aucune idée si vous diriez (et je savais que vous le diriez très gentiment) que c'était si mauvais que vous m'auriez supplié de tout brûler. Dans mon esprit, mon manuscrit me soulageait de quelques difficultés, et les difficultés me semblaient assez équitablement exposées ; mais j'étais devenu si déconcerté par des faits contradictoires — preuves, raisonnements et opinions — que je sentais que j'avais perdu tout jugement. Votre verdict général est incomparablement plus favorable que ce à quoi je m'attendais.
Mille mercis pour votre invitation. J'avais pris la décision, à cause de ma pauvre femme, de ne pas venir au prochain Phil. Club ; mais je suis tellement tenté par votre invitation, et ma pauvre chère femme est si bonne à ce sujet, que je pense que je ne résisterai pas — c'est-à-dire, si elle ne va pas plus mal. Je viendrais dîner à peu près à la même heure qu'auparavant, si cela vous convenait, et si je n'entends rien en sens contraire ; et je repartirais par le train de bonne heure — c'est-à-dire vers 9 heures. Je trouve que mon travail actuel m'éprouve beaucoup et fait palpiter mon cœur, je dois donc être prudent. Mais j'aimerais tellement voir Henslow, et également rencontrer Lindley si le destin le permet. Vous verrez s'il y aura du temps pour une critique détaillée de mon manuscrit avant le dîner : non pas que je sois le moins du monde pressé, car il faudra des mois avant que je ne revienne à la Distribution Géographique ; seulement j'ai peur que vous n'oubliiez des remarques.
Je ne sais pas si mes observations très insignifiantes sur les moyens de distribution valent votre lecture, mais cela m'amuse de vous les dire.
Les graines que l'aigle avait dans l'estomac pendant dix-huit heures avaient l'air si fraîches que j'aurais parié cinq contre un qu'elles auraient toutes poussé ; mais certaines sortes ont été TOUTES tuées, et deux avoines, une graine de canari, un trèfle et une betterave seule ont poussé ! Maintenant, je n'aurais pas juré que la betterave ne serait pas tuée, et je me serais pleinement attendu à ce que le trèfle le soit. Ces graines, cependant, ont été conservées pendant trois jours dans des boulettes humides, imprégnées de suc gastrique, après avoir été éjectées, ce qui aurait aidé à les endommager.
Récemment, j'ai observé, lors de quelques promenades, les excréments de petits oiseaux. J'y ai trouvé six sortes de graines, ce qui est plus que ce à quoi je m'attendais. Enfin, j'ai eu une perdrix avec vingt-deux grains de terre sèche sur un pied, et à ma surprise un caillou gros comme une graine de vesce ; et je comprends maintenant comment cela est possible, car l'oiseau se gratte, [et les] petites plumes plumeuses font une sorte de plâtre très tenace. Pensez aux millions de cailles migratrices (332/2. Voir « Origin », Édition I, page 363, où les millions de cailles migratrices apparaissent à nouveau.), et il serait étrange que certaines plantes n'aient pas été transportées à travers de bons bras de mer.
En parlant de cela, je viens de lire votre curieux article sur l'île Raoul. (332/3. « Linn. Soc. Journal. » I, 1857.) Cela ressemble plus à un cas de terre continue, ou peut-être de plusieurs îles intermédiaires, maintenant perdues, que tout autre (selon mes notions hétérodoxes) que j'ai vu jusqu'à présent. La concordance de la végétation semble si complète avec la Nouvelle-Zélande, et avec cette terre seule.
J'ai lu l'article de Salter et je peux à peine le digérer. Je me demande si les allèges étaient utilisées pour transporter du grain et du foin vers les navires. (332/4. Salter, « Linn. Soc. Journal », I, 1857, page 140, « On the Vitality of Seeds after prolonged Immersion in the Sea ». Il semble qu'en 1843 la boue fut raclée du fond des chenaux dans le port de Poole, et transportée à terre dans des barges. Sur cette boue, une végétation différant de celle du rivage environnant a jailli.)
Adios, mon cher Hooker. Je vous remercie très honnêtement pour votre aide — aide, soit dit en passant, désormais étalée sur une douzaine d'années.
P.-S. — Mercredi. Je vois à l'expression de ma femme qu'elle n'aime pas vraiment que j'y aille, et par conséquent je dois renoncer, bien sûr, à ce plaisir.
Si vous aviez quelque chose à discuter au sujet de mon manuscrit, je vois que je pourrais vous rejoindre vers midi, puis revenir par le train de 2h19, et être à la maison vers 5h30, et j'aurais ainsi deux heures de discussion. Mais ce serait un effort considérable pour moi, et je ne l'entreprendrais pas pour le simple plaisir, mais très volontiers pour le bien de mon livre.
LETTRE 333. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. 9 novembre 1856.
J'ai terminé la lecture de votre manuscrit, et j'ai été très enchanté et instruit. Votre cas est des plus solides, et me donne une idée beaucoup plus élevée du changement que je n'en avais entretenue auparavant ; et bien que, comme vous le savez, je n'aie jamais été très obstiné sur l'inaltérabilité du type spécifique, je ne m'étais jamais senti aussi incertain au sujet des espèces auparavant.
La première moitié, vous pourrez l'exposer plus clairement lorsque vous la peaufinerez. J'ai apporté dans plusieurs cas des modifications au crayon dans les détails quant aux mots, etc., pour me permettre de mieux suivre — une partie est une lecture assez ardue. J'ai une page ou deux de notes pour discussion, dont beaucoup ont été répondues, au fur et à mesure que j'avançais dans le manuscrit, plus ou moins complètement. Votre doctrine du refroidissement des tropiques est frappante, lorsqu'elle est poussée jusqu'à soutenir des plantes des régions tempérées froides ; et je dois avouer que, même si cela me plaît, je peux difficilement avaler le maintien de genres tropicaux vivants dans une serre si très fraîche [note au crayon de C.D., « Pas si très fraîche, mais les genres du nord pourraient s'étendre plus au sud s'ils n'étaient pas opposés »]. Pourtant, je dois admettre que tous vos arguments pour peuvent être exprimés bien plus fortement que vous ne l'avez fait. Je suis plus réconcilié avec le transport par iceberg que je ne l'étais, d'autant plus que je vous donne toute latitude de temps pour conserver la vitalité dans la glace, et plus que cela, je vous laisserai transporter les racines de cette façon également.
(333/1. La lettre ci-dessus était épinglée à la note suivante de M. Darwin.)
En réponse à cela, montrez par la similitude des plantes américaines, européennes et alpines-arctiques, qu'elles ont voyagé énormément sans aucun changement.
Comme les subarctiques, tempérées et tropicales marchent toutes lentement vers l'équateur, les tropicales seront les premières freinées et en détresse, de même (333/2. Presque illisible.) les tempérées envahiront... ; après que les tempérées ne puissent [pas] avancer ou ne souhaitent pas avancer davantage, les arctiques seront freinées et envahiront. Les tempérées auront été bien plus longtemps sous les tropiques que les subarctiques. Les subarctiques devront d'abord traverser la [zone] tempérée, puis les tropiques. Elles pénétreraient parmi des étrangers, tout comme les nombreuses plantes naturalisées apportées par l'homme, grâce à quelque avantage inconnu. Mais plus encore, car presque toutes ont une chance de le faire.
(333/3. Le point de vue est plus clairement exposé dans les lettres suivantes.)
LETTRE 334. À J.D. HOOKER. Down, 15 novembre [1856].
Je n'examinerai pas toutes vos notes sur mon manuscrit avant quelques semaines, jusqu'à ce que j'en aie fini avec le croisement ; mais je n'ai pas pu m'empêcher de méditer sur votre puissante objection à la période froide mondiale (334/1. Voir Lettre 49.), à savoir que BIEN plus d'espèces tempérées chaudes auraient dû traverser les tropiques que de formes subarctiques. Je pense vraiment que pour ceux qui nient la modification des espèces, cela réfuterait absolument ma théorie. Mais selon les notions que je teste — à savoir que les espèces changent, et que le temps est un élément très important (ce que je pense pouvoir montrer très clairement dans ce cas) — dans un tel changement, je pense que le résultat serait le suivant. Certaines des formes tempérées chaudes pénétreraient dans les tropiques bien avant les subarctiques, et certaines pourraient traverser l'équateur bien avant que les formes subarctiques ne puissent le faire (c'est-à-dire en supposant toujours que le froid survienne lentement), et par conséquent, elles auraient été exposées à de nouveaux associés et à de nouvelles conditions bien plus longtemps que les subarctiques. J'en déduirais donc que nous devrions avoir dans l'hémisphère sud tempéré chaud plus de formes représentatives ou modifiées, et moins d'espèces identiques qu'en comparant les régions plus froides du Nord et du Sud. J'ai exprimé cela très obscurément, mais vous comprendrez, je pense, ce que je veux dire. C'est un cas parallèle (mais avec une différence plus grande) aux espèces des montagnes du sud de l'Europe comparées aux plantes arctiques, les espèces alpines du sud de l'Europe ayant été isolées pendant une période plus longue que sur les îles arctiques. S'il existe de nombreuses espèces assez proches dans les terres tempérées chaudes du Sud et du Nord, je l'ignore ; comme à La Plata, au cap de Bonne-Espérance et en Australie du Sud comparés au Nord, je ne sais pas. Je suppose qu'il serait très difficile de tester cela, mais peut-être garderez-vous cela un peu à l'esprit, car votre argument me frappe comme étant de loin la difficulté la plus sérieuse qui m'est venue à l'esprit. Toutes vos critiques et approbations sont en toute vérité inestimables pour moi. Je m'imagine avoir raison de parler dans cette note des espèces communes au Nord et au Sud comme étant plutôt subarctiques qu'arctiques.
Cette lettre ne nécessite aucune réponse. Je l'ai écrite pour me soulager, et pour vous amener juste à garder votre argument, sous l'angle du point de vue de la modification, à l'esprit. J'ai eu ce matin un coup très cruel sur mon idée de la distribution des mammifères en relation avec les sondages.
LETTRE 335. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, dimanche [novembre 1856].
Je n'écris que pour dire que j'apprécie entièrement votre réponse à mon objection concernant la rareté comparative des formes tempérées chaudes du Nord dans l'hémisphère sud. Vous vous en êtes certainement tiré en leur donnant plus de temps pour changer, mais comme vous devez admettre que la distance parcourue n'est pas aussi grande que celle que les arctiques doivent parcourir, et que les extrêmes de la cause modificatrice ne sont pas aussi grands que ceux que subissent les arctiques, le résultat devrait en être considérablement modifié. Ainsi : les subarctiques ont (1) à voyager deux fois plus loin, (2) prenant deux fois plus de temps, (3) subissant beaucoup plus d'influences perturbatrices.
Tout cela, vous devez y répondre en donnant aux formes tempérées du Nord simplement plus de temps. Je pense que cela tiendra difficilement la route.
LETTRE 336. À J.D. HOOKER. Down, 18 novembre [1856].
Merci beaucoup pour votre mot reçu ce matin ; et maintenant, pour une autre « contorsion ». Selon mes idées, les espèces subarctiques avanceraient en bloc, progressant de manière à conserver un climat à peu près identique ; et tant qu’elles feraient cela, je ne crois pas qu’il y aurait la moindre tendance au changement, mais seulement lorsque quelques-unes se retrouveraient parmi des associés étrangers. Lorsque les espèces tropicales se seraient retirées aussi loin qu’elles le pouvaient vers l’équateur, elles s’arrêteraient, et alors la confusion se propagerait en remontant la ligne de marche depuis le grand nord, et les plus robustes se frayeraient un chemin vers l’avant, etc., etc. (Mais je deviens tout à fait poétique dans mes contorsions). En bref, je PENSE que les espèces tempérées chaudes seraient exposées beaucoup plus longtemps à ces causes qui, selon moi, sont les seules efficaces pour produire le changement que les subarctiques ; mais je dois réfléchir davantage à cela, et faire une bonne contorsion. Je ne peux pas être tout à fait d’accord avec votre proposition selon laquelle, parce que les subarctiques doivent voyager deux fois plus loin, elles seraient plus sujettes au changement. Regardez les deux voyages que les arctiques ont effectués du N. au S. et du S. au N., sans changement, comme on peut l’inférer, si ma doctrine est correcte, à partir de la similitude des espèces arctiques en Amérique, en Europe et dans les Alpes. Mais je ne vous lasserai pas ; je pense vraiment et sincèrement que votre dernière objection n’est pas aussi forte qu’elle en a l’air au premier abord. Vous ne faites jamais une objection sans me faire beaucoup de bien. Hourra ! une graine vient de germer après 21 heures et demie dans l’estomac d’un hibou. Cela, selon le calcul des ornithologues, la transporterait Dieu sait sur combien de kilomètres ; mais je pense qu’un hibou pourrait réellement parcourir en tempête, en ce laps de temps, 400 ou 500 milles. Adios.
Les hiboux et les faucons ont souvent été vus en plein milieu de l’Atlantique.
(336/1. Une lettre intéressante, datée du 23 novembre 1856, figure dans le « Life and Letters », II, page 86, qui fait partie de cette discussion. À la page 87, on trouve le passage suivant : « Je devrai discuter et réfléchir davantage à votre difficulté concernant les formes tempérées et subarctiques de l’hémisphère Sud que je ne l’ai fait jusqu’ici. Mais je suis enclin à penser que j’ai raison (si mes principes généraux sont corrects), qu’il y aurait peu de tendance à la formation d’une nouvelle espèce pendant la période de migration, qu’elle soit plus courte ou plus longue, bien qu’une variabilité considérable puisse être survenue. »)
LETTRE 337. À J.D. HOOKER. Down, 10 décembre [1856].
C’est un inconvénient très lassant pour ma satisfaction à écrire que, bien que je laisse de côté une bonne partie et essaie de condenser, chaque chapitre atteint une longueur démesurée. Mon chapitre actuel sur les causes de la fertilité et de la stérilité et sur le croisement naturel a atteint 100 pages de manuscrit, et pourtant je ne pense pas y avoir mis quoi que ce soit de superflu...
Depuis quinze mois, je suis tourmenté et hanté par les mollusques terrestres, que l’on trouve sur chaque île océanique ; et je pensais que les partisans de la création double ou de l’extension continentale avaient ici une victoire complète. Les quelques œufs que j’ai essayés coulent tous deux et sont tués. Personne ne doute que l’eau salée leur soit éminemment destructrice ; et j’étais vraiment au désespoir, quand j’ai pensé que je les essaierais lorsqu’ils sont torpides ; et ce jour, j’en ai retiré un lot de l’eau de mer, après exactement sept jours d’immersion. (337/1. Cette méthode de dispersion n’est pas donnée dans l’« Origine » ; il semble donc probable que des expériences ultérieures aient contredit la conclusion tirée en 1856. Cela expliquerait la satisfaction exprimée l’année suivante lors de la découverte d’une autre méthode, au sujet de laquelle Darwin écrivit à Sir J.D. Hooker : « La distribution des mollusques d’eau douce a été un horrible incubus pour moi, mais je pense connaître mon chemin maintenant. Lorsqu’ils viennent d’éclore, ils sont très actifs, et j’en ai eu trente ou quarante qui rampaient sur le pied d’un canard mort ; et ils ne peuvent être secoués, et vivront quinze ou même vingt-quatre heures hors de l’eau » (« Life and Letters », II, page 93). Le compte rendu publié de ces expériences se trouve dans l’« Origine », Édition I, page 385.) Certains coulent et d’autres nagent ; et dans les deux cas, j’en ai eu (jusqu’à présent) un qui est revenu à la vie, ce qui m’a tout à fait étonné et ravi. Je me sens comme si un poids de mille livres m’avait été enlevé du dos. Adios, mon cher et aimable ami.
Je dois vous raconter une autre de mes profondes expériences ! [Frank] m’a dit : « Pourquoi un oiseau ne pourrait-il pas être tué (par un faucon, la foudre, une apoplexie, la grêle, etc.) avec des graines dans son jabot, et flotter ? » Aussitôt dit, aussitôt fait : un pigeon a flotté pendant trente jours dans l’eau salée avec des graines dans son jabot, et elles ont poussé magnifiquement ; et à ma grande surprise, même des vesces (Légumineuses, si généralement tuées par l’eau de mer), que l’oiseau avait naturellement mangées, ont bien poussé. Vous direz que les mouettes et les roussettes, etc., mangeraient le cadavre, et c’est ce qu’elles feraient 999 fois sur mille, mais l’une d’elles pourrait échapper : j’ai vu des oiseaux terrestres morts dans les laisses de mer.
LETTRE 338. ASA GRAY À CHARLES DARWIN.
(338/1. En réponse à la lettre de Darwin donnée dans « Life and Letters », II, page 88.)
Cambridge, Mass., 16 février 1857.
J’avais l’intention de répondre à votre intéressante lettre du 1er janvier bien avant ce jour, ainsi qu’à celle du 24 novembre, dont je doute avoir jamais accusé réception. Mais après avoir terminé mon manuel scolaire, Lessons in Botany — qui m’a pris un temps bien au-delà de ce que sa taille aurait pu laisser supposer — j’ai dû me mettre sérieusement au travail sur une collection de petite taille provenant du Japon — principalement du Japon du Nord, que je viens tout juste de terminer. Comme je m’y attendais, le nombre d’espèces communes à l’Amérique du Nord est considérablement augmenté dans cette collection, ainsi que le nombre d’espèces étroitement représentatives dans les deux, et un nombre assez considérable d’espèces européennes également. J’ai expédié mes manuscrits (bien que je sache à peine ce qu’il en adviendra), sinon je vous renverrais à quelques illustrations. La plus grande partie des espèces identiques (du Japon et de l’Amérique du Nord) sont celles s’étendant à la côte Nord-Ouest de l’Amérique ou appartenant à celle-ci, mais il y en a plusieurs particulières au Japon et à l’Est des États-Unis : par exemple, notre Viburnum lantanoides est l’une des espèces de Thunberg. Le cas remarquable de Phryma de De Candolle, sur lequel il insiste tant, s’avère, comme le Dr Hooker l’avait prédit, n’être qu’un cas parmi une multitude d’autres du même genre. (Hooker a rapporté Monotropa uniflora, vous le savez, de l’Himalaya ; et maintenant, soit dit en passant, je l’ai reçue d’aussi loin vers le sud, c’est-à-dire de St. Fee, Nouvelle-Grenade)...
Eh bien, je n’ai jamais eu l’intention de tirer de conclusions du tout, et je suis vraiment désolé que la seule dans laquelle je me sois laissé entraîner doive vous « irriter » (338/2. « L’une de vos conclusions me fait gémir, à savoir que la ligne de connexion des plantes strictement alpines passe par le Groenland. J’aimerais extrêmement voir vos raisons publiées en détail, car cela m’« irrite » (c’est une expression appropriée, n’est-ce pas ?) terriblement » (Darwin à Gray, 1er janvier 1857, « Life and Letters », II, page 89).) comme vous dites qu’elle le fait, — celle de la page 73 de mon deuxième article : car si elle vous trouble, il est peu probable qu’elle soit fondée. Bien sûr, je n’avais aucune intention d’insister lourdement sur le fait (au premier abord si inattendu pour moi) qu’un tiers de nos espèces alpines communes à l’Europe n’atteignent pas le cercle arctique ; mais la remarque que j’ai notée était une inférence improvisée de ce que vous, géologues, semblez avoir établi, à savoir que les régions du nord ont dû être bien plus fraîches qu’elles ne le sont maintenant — la limite nord de la végétation étant donc beaucoup plus basse qu’aujourd’hui — vers l’époque où il semblerait probable que les espèces existantes de nos plantes aient été créées. En tout cas, pendant la période glaciaire, il ne pouvait y avoir de plantes phanérogames sur notre continent nulle part près des régions polaires ; et il semble qu’une bonne règle soit de chercher en premier lieu la cause ou la raison de ce qui est, dans ce qui a immédiatement précédé. Je ne vois pas que le Groenland puisse nous aider beaucoup, mais s’il y a eu un échange d’espèces entre l’Amérique du Nord et l’Europe du Nord en ces temps-là, la communication n’était-elle pas plus susceptible de se faire sous des latitudes plus basses que par-dessus le pôle ?
Si, cependant, vous dites — comme vous pourriez avoir de très bonnes raisons de le dire — que les espèces existantes ont acquis leur diffusion actuelle avant l’époque glaciaire, je n’aurais aucune réponse. Je suppose que vous devez nécessairement supposer une très grande antiquité pour les espèces de plantes afin d’expliquer leur dispersion actuelle, tant que nous nous accrochons — comme on ne peut s’empêcher de le faire — à l’idée du lieu de naissance unique des espèces.
Je suis curieux de voir si, comme vous le suggérez, il se trouverait une harmonie ou une similitude étroite entre l’aire géographique dans ce pays des espèces communes à l’Europe et celles strictement représentatives ou strictement congénères avec les espèces européennes. Si j’obtiens un peu de temps, je chercherai les faits : bien que, comme le Dr Hooker me le dit à juste titre, je n’aie pas à courir après du gibier secondaire de quelque sorte que ce soit, alors qu’il y a tant de choses que je dois faire — bien plus que je n’en ferai probablement jamais — pour terminer des entreprises que j’ai commencées il y a longtemps.
...Quant à votre P.-S. Si vous avez le temps de m’envoyer une liste plus longue de vos genres protéiformes, je dirai s’ils semblent être protéiformes ici. Parmi ceux que vous mentionnez :
Salix, je n’en sais vraiment rien.
Rubus, les espèces nord-américaines, à une exception près, sont vraiment très clairement marquées.
Mentha, nous n’avons qu’une seule espèce sauvage ; elle a deux formes assez bien marquées, qui ont été prises pour des espèces ; l’une lisse, l’autre velue.
Saxifraga, ne pose aucun problème ici.
Myosotis, seulement une ou deux espèces ici, et très bien marquées.
Hieracium, peu d’espèces, mais assez bien marquées.
Rosa, en notant un ensemble d’espèces nominales, il nous en reste quatre ; deux d’entre elles polymorphes, mais faciles à distinguer...
LETTRE 339. À J.D. HOOKER. Down, [1857 ?]
On doit juger selon sa propre lumière, aussi imparfaite soit-elle, et comme je n’ai trouvé aucun autre livre (339/1. « Géographie botanique » d’A. De Candolle, 1855.) aussi utile pour moi, je suis tenu de me sentir reconnaissant : sans aucun doute, cela est dû en grande partie à la lumière concentrée du noble art de la compilation. (339/2. Voir Lettre 49.) J’étais conscient qu’il n’était pas le premier à avoir insisté sur l’aire de répartition des Monocotylédones. (R. Brown [avec] Flinders ne l’était-il pas ?) (339/3. « Voyage to Terra Australis in 1801-3, in H.M.S. Investigator » de M. Flinders ; avec un « Botanical Appendix » par Robert Brown, Londres, 1814.), et je m’imagine n’avoir utilisé que l’expression « fortement insisté sur », — mais c’est tout à fait sans importance.
Si vous et moi avions du temps à perdre, j’aimerais parcourir son livre [de De Candolle] et souligner les divers sujets sur lesquels j’imagine qu’il est original. Ses remarques sur les relations des plantes naturalisées me seront très utiles ; sur les aires de répartition des grandes familles, elles m’ont semblé bonnes, bien que je croie qu’il ait commis une grande erreur en prenant des familles au lieu de groupes plus petits, comme j’ai été ravi de le constater dans le dernier article d’A. Gray. Mais il est inutile de continuer.
Je souhaite tellement pouvoir comprendre clairement pourquoi vous ne croyez pas du tout aux moyens accidentels de dispersion des plantes. L’argument le plus fort dont je puisse me souvenir à cet instant est celui d’A. de C., selon lequel les plantes à très large répartition se trouvent aussi communément sur les îles que sur les continents. Il est vraiment provocant pour moi que l’immense contraste dans la proportion de plantes en Nouvelle-Zélande et en Australie me semble un argument fort en faveur d’une terre non continue ; et cela ne semble pas peser le moins du monde pour vous. J’aimerais pouvoir me mettre dans votre état d’esprit. À Madère, je trouve dans les livres de Wollaston un cas parallèle à votre cas néo-zélandais — à savoir, l’absence frappante de genres et d’ordres entiers maintenant communs en Europe, et (comme je viens de le rechercher) communs en Europe aux périodes du Miocène. Bien sûr, je ne peux offrir aucune explication sur la raison pour laquelle tel ou tel groupe est absent ; mais si les moyens d’introduction ont été accidentels, alors on pourrait s’attendre à des proportions et des absences étranges. Lorsque nous nous rencontrerons, essayez de me faire voir plus clairement que je ne le fais, vos raisons.
LETTRE 340. À J.D. HOOKER. Down, 14 novembre [1858].
Je suis sincèrement heureux d’apprendre que mes notes lyelliennes vous ont été de la moindre utilité. (340/1. La médaille Copley fut décernée à Sir Charles Lyell en 1858. M. Darwin a fourni à Sir J.D. Hooker, qui siégeait au Conseil de la Royal Society, des notes sur les raisons de cette distinction. Voir Lettre 69.) Je ne pense pas que la vue soit exagérée...
Votre lettre et vos listes m’ont PROFONDÉMENT intéressé. D’abord pour le point le moins important, concernant les arbres hermaphrodites. (340/2. Voir « Life and Letters », II, page 89. Dans l’« Origine », Édition I, page 100, l’auteur cite le Dr Hooker selon lequel « la règle ne tient pas en Australie », c’est-à-dire que les arbres ne sont pas plus généralement unisexués que les autres plantes. Dans la 6e édition, page 79, Darwin ajoute : « mais si la plupart des arbres australiens sont dichogames, le résultat serait le même que s’ils portaient des fleurs aux sexes séparés. ») C’est suffisant pour me renverser, pourtant je peux difficilement penser que l’Amérique du Nord britannique et la Nouvelle-Zélande aient toutes été théoriquement dans le vrai par hasard. Avez-vous à Kew un Eucalyptus ou un Mimosa australien qui produit ses graines ? Si oui, serait-il très gênant d’observer quand le pollen est mûr, et si les tubes polliniques pénètrent facilement dans le stigmate immédiatement après la maturité du pollen ou quelque temps après ? Bien que si le pollen n’est pas mûr quelque temps après l’ouverture de la fleur, le stigmate pourrait être prêt le premier, bien que selon C.C. Sprengel ce soit un cas plus rare. J’ai écrit à Muller pour voir s’il serait capable et disposé à observer cela.
Votre fait concernant un plus grand nombre de plantes européennes (N.B. — Mais voulez-vous dire un pourcentage plus élevé ?) en Australie qu’en Amérique du Sud est stupéfiant et très désagréable pour moi ; car de l’Amérique du Nord-Ouest (où existe presque la même flore qu’au Canada ?) jusqu’à la Terre de Feu, il y a beaucoup plus de terres élevées continues que de l’Europe à la Tasmanie. Il doit avoir existé, je pense, une curieuse barrière sur la grande route américaine : la sécheresse du Pérou, l’humidité excessive de Panama, ou quelque autre cause maudite, qui a soit empêché l’immigration, soit les a détruites depuis. Vous dites que je peux poser des questions, et c’est ce que j’ai fait sur le papier ci-joint ; mais ce sera bien sûr une toute autre chose si vous pensez qu’elles valent la peine d’y répondre.
Puis-je garder les listes maintenant retournées ? Sinon, je les ferai copier.
Vous avez dit que vous me donneriez quelques cas de formes australiennes et d’espèces identiques allant vers le nord par les montagnes de l’archipel malais jusqu’aux Philippines et au Japon ; mais si elles sont données dans votre « Introduction », cela me suffira. (340/3. Voir l’« Introductory Essay » de Hooker, page l.)
Vos listes me semblent merveilleusement intéressantes.
Selon mes notions théoriques, je ne suis pas satisfait de ce que vous dites à propos des plantes locales dans le coin sud-ouest de l’Australie (340/4. Sir Joseph a répondu dans une lettre non datée : « Merci pour votre indice. Je serai très prudent sur la façon dont je mentionne une connexion entre la flore variée et le sol pauvre du Sud-Ouest de l’Australie... Ce n’est pas seulement, soit dit en passant, que les espèces sont si nombreuses, mais que celles-ci et les genres sont si mauditement bien marqués. Vous avez, en bref, un nombre incroyable de genres et d’espèces TRÈS LOCAUX et BIEN MARQUÉS entassés dans ce coin de l’Australie. » Voir « Introductory Essay to the Flora of Tasmania », 1859, page li.), et les graines ne germant pas facilement : soyez prudent là-dessus ; considérez le laps de temps. Cela ne convient pas du tout à mon estomac. C’est comme les escargots terrestres confinés de Wollaston à Porto Santo, et confinés aux mêmes endroits depuis une période tertiaire, à cause de leurs pouvoirs de reptation lents ; et pourtant nous savons que d’autres escargots à coquille ont peuplé tout un pays en quelques années seulement avec les mêmes pouvoirs de reproduction, et les mêmes pouvoirs de reptation, quand les conditions ont été favorables à la vie de l’espèce introduite. Hypothétiquement, je considérerais plutôt le cas comme étant dû à — mais comme mes notions ne sont pas très simples ou claires, et seulement hypothétiques, elles ne valent pas la peine de vous les infliger.
J’avais juré de ne plus mentionner mon éternel Résumé (340/5. L’« Origine des espèces » a été abrégé à partir du manuscrit d’un livre non publié.) à vous, car je suis sûr de vous avoir assez ennuyé à ce sujet ; mais comme vous faites allusion à sa publication antérieure, je peux dire que j’ai des chapitres sur l’Instinct et l’Hybridation à résumer, ce qui pourrait prendre une quinzaine de jours chacun ; et mes matériaux pour la Paléontologie, la Distribution Géographique et les Affinités étant moins travaillés, j’ose dire que chacun d’eux me prendra trois semaines, de sorte que je n’aurai pas terminé au plus tôt avant avril, et alors mon Résumé fera en volume un petit livre. Je ne donne jamais plus d’un ou deux exemples, et je passe brièvement sur toutes les difficultés, et pourtant je ne peux pas rendre mon Résumé plus court, pour être satisfaisant, que ce que je fais maintenant, et pourtant il s’étendra jusqu’à un petit volume.
LETTRE 341. À J.D. HOOKER. Down, [novembre ?] 27 [1858].
Ce que vous dites sur la relation directe de la flore du Cap avec l’Australie est un grand trouble pour moi. Les hautes terres d’Abyssinie (341/1. Dans une lettre à Darwin, le 21 décembre (?), 1858, Sir J.D. Hooker a écrit : « Les hautes terres d’Abyssinie ne vous aideront pas à connecter les flores tempérées du Cap et de l’Australie : il leur manque tous les types communs aux deux, et pire encore, l’Inde en manque notoirement. Les Proteaceae, Thymeleae, Haemodoraceae, Acacia, Rutaceae, de genres étroitement apparentés (et dans certains cas d’espèces), sont coincés dans le Sud-Ouest de l’Australie, et au Cap de Bonne-Espérance : ajoutez à cela les Epacrideae (qui sont de simples (symbole de paragraphe) des Ericaceae) et l’absence ou la rareté des Rosaceae, etc., etc., et vous avez un degré [de] similarité dans les flores et de dissimilarité avec celle de l’Abyssinie et de l’Inde dans les mêmes caractéristiques qui exige une explication dans toute histoire théorique de la végétation australe ».), et les montagnes sur la côte Ouest connectent-elles dans une certaine mesure les flores extra-tropicales du Cap et de l’Australie ? À mon esprit, l’importance énorme de la période glaciaire s’élève chaque jour de plus en plus fort. Je suis très heureux d’entendre parler du Sud-Est et du Sud-Ouest de l’Australie : je soupçonnais après le départ de ma lettre que le cas devait être tel qu’il est. Vous savez bien sûr que presque la même règle s’applique aux oiseaux et aux mammifères. Il y a plusieurs années, j’ai passé en revue dans les « Annals of Natural History » (341/2. « Annals and Mag. of Nat. Hist. » Volume XIX, 1847, pages 53-56, une revue non signée de « A Natural History of the Mammalia », par G.R. Waterhouse, Volume I. Le passage auquel il est fait référence est à la page 55 : « Le fait que l’Australie du Sud ne possède que peu d’espèces particulières, ayant été apparemment colonisée depuis les côtes est et ouest, est très intéressant ; car nous croyons que M. Robert Brown a montré que presque la même remarque est applicable aux plantes ; et M. Gould trouve que la plupart des oiseaux de ces rivages opposés, bien qu’étroitement apparentés, sont distincts. En considérant ces faits, ainsi que la présence en Australie du Sud de dépôts tertiaires modernes soulevés et de volcans éteints, il semble probable que les rivages est et ouest formaient autrefois deux îles, séparées l’une de l’autre par une mer peu profonde, avec leurs habitants génériquement, bien que non spécifiquement, apparentés, exactement comme le sont ceux de la Nouvelle-Guinée et de l’Australie du Nord, et qu’au sein d’une période géologiquement récente une série de soulèvements a converti la mer intermédiaire en ces plaines désertiques qui, sait-on, s’étendent maintenant de la côte sud loin vers le nord, et qui sont alors devenues colonisées depuis les régions à l’est et à l’ouest. » Sur ce point, voir l’« Introductory Essay to the Flora of Tasmania » de Hooker, page ci, où les vues de Jukes sont discutées. Pour un compte rendu intéressant des implications de la submersion de parties de l’Australie, voir Thiselton-Dyer, « R. Geogr. Soc. Jour. » XXII, n° 6.) les « Mammalia » de Waterhouse, et j’ai spéculé que ces deux coins, maintenant séparés par un golfe et des terres basses, ont dû exister comme deux grandes îles ; mais il est étrange que les productions ne soient pas devenues plus mélangées ; mais cela s’accorde, je pense, avec une règle très générale dans la propagation des êtres organiques. Je suis d’accord avec ce que vous dites sur Lyell ; il apprend plus par la parole que par la lecture.
Henslow vient de partir, et m’a laissé dans un accès d’admiration enthousiaste pour son caractère. C’est un homme vraiment noble et bon.
LETTER 349. À J. D. HOOKER. Down, 26 décembre [1859].
Je viens de lire avec un intérêt intense jusqu’à la page xxvi, c’est-à-dire jusqu’à l’endroit où vous traitez de la flore australienne elle-même ; et je me souviens d’avoir beaucoup réfléchi à cette dernière partie dans les épreuves. Ou bien vous avez beaucoup modifié le texte, ou bien je n’avais pas tout vu ou j’étais myope, car j’ai été beaucoup plus intéressé par toute la première partie que je ne l’étais auparavant — non pas que je ne l’aie pas aimée au début. Tout me semble très clairement écrit, et je n’ai buté que sur une seule phrase. Dans l’ensemble, je pense que je préfère la discussion géologique, ou plutôt paléontologique : elle me semble excellente et admirablement prudente. Je suis d’accord avec tout ce que vous dites, dans la mesure où mon manque de connaissances spécialisées me permet d’en juger.
Je n’ai aucune critique d’importance, mais j’aurais aimé trouver plus de faits à un ou deux endroits, sur lesquels je ne vous interrogerai pas. Je conteste quelque peu la justesse de votre comparaison entre les zones en exhaussement et celles en affaissement, car dans l’océan Indien, vous comparez des terres volcaniques à des îles exclusivement coralliennes ; or, ces dernières ont une superficie très réduite et un sol très particulier, et il est probable qu’elles aient été totalement submergées, peut-être à maintes reprises, au cours de leur formation, avant d’être repeuplées par des plantes existantes. Dans le Pacifique, l’ignorance où nous sommes au sujet des îles Mariannes, Carolines et autres îles principales rend presque toute comparaison impossible ; et est-il correct d’y inclure des îles américaines comme Juan Fernández et les Galapagos ? Dans des îles aussi élevées et probablement aussi anciennes que les Sandwich et Tahiti, le fait qu’elles se soient affaissées ou exhaussées de quelques milliers de pieds à une époque récente ne peut pas faire une grande différence pour la flore.
Je souhaiterais que vous puissiez intégrer votre idée selon laquelle certaines parties des tropiques sont restées chaudes, tandis que d'autres se sont refroidies ; j'ai essayé ce schéma dans mon esprit, et il a semblé échouer. Dans l'ensemble, j'aime beaucoup tout ce que j'ai lu de votre Introduction, et je ne peux douter qu'elle aura un grand poids pour convertir d'autres botanistes à la doctrine de la création immuable. Quelle quantité de matière y a-t-il dans l'une de vos pages !
Il y a beaucoup de points que je souhaite vivement discuter avec vous.
Comme je voudrais que vous puissiez étudier les flores du Pacifique : je me souviens qu'il y a des lustres, j'ai lu une partie de votre manuscrit. À Paris, il doit y avoir, je devrais penser, des matériaux provenant de voyages français. Mais de tous les endroits au monde, j'aimerais voir une bonne flore des îles Sandwich. Je souscrirais 50 livres pour tout collecteur qui irait là-bas pour travailler sur ces îles. Ne serait-il pas rentable pour un collecteur de s'y rendre, surtout s'il est aidé par une souscription ? Ce serait une occasion équitable de demander une aide provenant de la subvention gouvernementale de la Royal Society. Je pense que c'est le groupe le plus isolé au monde, et les îles elles-mêmes sont bien isolées les unes des autres.
LETTRE 349. À ASA GRAY. Down, 7 janvier [1860].
Je viens de terminer votre mémoire sur le Japon, et je dois vous remercier pour l'extrême intérêt avec lequel je l'ai lu. Il me semble être un cas de distribution des plus curieux ; et combien vous argumentez très bien, et présentez le cas par analogie sur la haute probabilité de centres de création uniques. Ce grand homme Agassiz, lorsqu'il en vient à raisonner, me semble aussi grand dans l'adoption d'un point de vue erroné qu'il est grand dans l'observation et la classification. L'un des points qui m'a frappé comme étant le plus remarquable et inexplicable dans votre mémoire est le nombre de genres monotypiques (ou presque) parmi les formes représentatives du Japon et de l'Amérique du Nord. Et combien est singulière la prépondérance d'espèces identiques et représentatives dans l'Est, comparée à l'Ouest, de l'Amérique. Je n'ai pas de bonne carte montrant à quel point le pays modérément bas est étendu sur le côté ouest des montagnes Rocheuses ; ni, bien sûr, ne sais-je si l'ensemble du territoire bas occidental a été botanisé ; mais il m'est venu à l'esprit, en regardant les cartes dont je dispose, que la zone orientale doit être plus grande que l'occidentale, ce qui expliquerait dans une certaine petite mesure la prépondérance du côté oriental des espèces représentatives. Y a-t-il une part de vérité dans ce soupçon ? Votre mémoire me laisse émerveillé et pensif. J'avoue que je ne suis pas tout à fait capable de comprendre votre géologie aux pages 447, 448 ; mais vous ne vous soucieriez probablement pas d'entendre mes difficultés, et par conséquent, je ne vous ennuierai pas avec elles.
J'ai été si attristé de recevoir une lettre de Dana à Florence, me donnant un compte rendu très pauvre (bien qu'amélioré) de sa santé.
LETTRE 350. À T.H. HUXLEY. 15, Marine Parade, Eastbourne, 1er novembre [1860].
Votre note a été merveilleusement intéressante. Votre terme, « homme pithécoïde », est un article et une théorie à lui tout seul. Comme j'espère que le crâne du nouveau Macrauchenia est arrivé. Il est grandiose. Je renvoie la lettre de Hooker, avec mes plus vifs remerciements. L'action glaciaire sur le Liban est particulièrement intéressante, compte tenu de sa position entre l'Europe et l'Himalaya. Je suis de plus en plus convaincu que ma doctrine d'une période glaciaire mondiale est correcte, et qu'elle est le plus important de tous les phénomènes récents en ce qui concerne la distribution des plantes et des animaux. J'espère que votre Revue progresse favorablement. Je suis épuisé et souffrant, donc j'écris brièvement ; car nous avons eu neuf jours d'autant de misère qu'un homme peut en endurer. Ma pauvre fille a souffert de façon pitoyable, et jour et nuit a nécessité trois personnes pour la soutenir. La crise de danger extrême est passée, et elle se rétablit étonnamment, mais les médecins doutent encore de l'issue finale. Mais la souffrance était si pitoyable que j'en suis presque venu à souhaiter la voir mourir. Elle est soulagée maintenant. Quand elle sera en état de rentrer chez elle, je l'ignore. J'espère très sincèrement que Mme Huxley se maintient assez bien. Le travail que la plupart des hommes doivent faire est une bénédiction pour eux dans des cas comme le vôtre. Que Dieu vous bénisse.
Sir H. Holland est venu ici pour la voir, et a été merveilleusement gentil.
LETTRE 351. À C. LYELL. Down, 20 novembre [1860].
Je suis tout à fait d'accord dans mon admiration pour l'Essai de Forbes, pourtant, sur ma vie, je pense qu'il a fait, à certains égards, autant de mal que de bien. Ceux qui croient aux vastes extensions continentales n'étudieront jamais les moyens de distribution. Grands dieux, regardez la carte de l'Atlantide de Heer ! Je pensais que sa division et ses lignes de voyage des plantes britanniques étaient très extravagantes, et sans pratiquement aucun fondement. Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous dites de la quasi-certitude que l'époque glaciaire a détruit les saxifrages espagnols, etc., en Irlande. Je me souviens bien en avoir discuté avec Hooker ; et j'ai suggéré qu'un climat légèrement différent ou plus équable et humide aurait pu permettre (avec peut-être une certaine extension de terre) aux plantes en question de pousser le long de toutes les rives occidentales entre l'Espagne et l'Irlande, et qu'ensuite elles se sont éteintes, sauf aux points actuels sous un climat océanique. La pointe du Devonshire a maintenant une touche du même caractère.
Je m'oppose dans ce cas particulier au transport par la glace de Forbes. Le sujet est plutôt sorti de mon esprit, et cela ne vaut pas la peine de chercher dans ma discussion manuscrite sur la migration pendant la période glaciaire ; mais je me souviens que la distribution des mammifères, et la relation très régulière des plantes alpines avec des points situés plein nord (mentionnée dans l'« Origine »), semblaient indiquer une terre continue à la fin de la période glaciaire.
LETTRE 352. À J.D. HOOKER. Down, 18 mars [1861].
J'ai rappelé mes pensées sur la question de savoir si la période glaciaire a affecté le monde entier de façon contemporaine, ou seulement une ceinture longitudinale après l'autre. À mon regret, mes vieilles raisons pour rejeter cette dernière alternative me semblent suffisantes, et j'aimerais beaucoup savoir ce que vous en pensez. Supposons que le froid ait affecté les deux Amériques avant ou après l'Ancien Monde. Qu'il avance d'abord soit du nord ou du sud jusqu'à ce que les tropiques deviennent légèrement refroidis, et que quelques formes tempérées atteignent la Silla de Caracas et les montagnes du Brésil. Vous diriez, je suppose, que presque toutes les productions tropicales seraient tuées ; et qu'ensuite, après que le froid se soit modéré, les plantes tropicales immigreraient des autres parties non refroidies du monde. Mais c'est impossible à moins de jeter un pont sur les parties tropicales de l'Atlantique – une doctrine que vous savez que je ne peux admettre, bien que je souhaite à certains égards pouvoir le faire. Oswald Heer ne tirerait rien d'un tel pont. Lorsque la période glaciaire a affecté l'Ancien Monde, ne serait-il pas assez téméraire de supposer que le méridien de l'Inde, l'archipel malais et l'Australie ont été réfrigérés, et l'Afrique non réfrigérée ? Mais accordons que ce fût le cas ; pontons la mer Rouge (bien qu'assez opposé à l'ancienne communication presque certaine entre la mer Rouge et la Méditerranée) ; accordons que l'Arabie et la Perse étaient humides et propices au passage des plantes tropicales : néanmoins, regardez simplement le globe et imaginez le froid arrivant lentement, et les plantes sous les tropiques voyageant vers l'équateur, et il me semble hautement improbable qu'elles puissent s'échapper de l'Inde vers les régions encore chaudes de l'Afrique, car elles devraient aller vers l'ouest avec un peu de nord autour des rives septentrionales de l'océan Indien. Donc si l'Afrique était réfrigérée en premier, il y aurait une difficulté considérable à ce que les productions tropicales de l'Afrique s'échappent dans les régions encore chaudes de l'Inde. Ici encore, il vous faudrait jeter un pont sur l'océan Indien dans une période si récente, et non dans la ligne de l'archipel des Laquedives. Si vous supposez que le froid voyage du pôle sud vers le nord, cela ne nous aidera pas, à moins de supposer que les pays immédiatement au nord du tropique nord étaient en même temps plus chauds, afin de permettre un libre passage de l'Inde vers l'Afrique, ce qui me semble être une hypothèse trop complexe et non étayée pour être admise. Par conséquent, je ne vois pas en quoi la supposition de différentes ceintures longitudinales du monde refroidies à différentes périodes nous aide beaucoup. La supposition que le monde entier soit refroidi de façon contemporaine (mais peut-être pas tout à fait également, l'Amérique du Sud étant moins refroidie que l'Ancien Monde) me semble être l'hypothèse la plus simple, et n'ajoute pas à la grande difficulté que toutes les productions tropicales n'aient pas été exterminées. Je pense toujours que quelques espèces de chaque genre tropical existant encore ont dû survivre dans les endroits les plus chauds ou les plus favorables, secs ou humides. Les productions tropicales, bien que très affligées par la chute de température, seraient toujours sous les mêmes conditions de durée du jour, etc., et seraient toujours exposées à presque les mêmes ennemis, comme les insectes et autres animaux ; tandis que les productions tempérées envahissantes, bien que trouvant une température favorable, auraient certaines de leurs conditions de vie nouvelles, et seraient exposées à beaucoup de nouveaux ennemis. Mais j'admets pleinement que la difficulté est très grande. Je ne vois pas toute la force de votre difficulté concernant l'absence de cause connue de changement de température mondiale. Nous ne connaissons aucune cause aux élévations et dépressions continentales, pourtant nous les admettons. Pouvez-vous croire, en regardant l'Europe seule, que le froid intense, qui a dû prévaloir lorsque de si gigantesques glaciers s'étendaient sur les plaines du nord de l'Italie, était dû simplement aux positions changées de la terre dans une période si récente ? Je ne peux pas. Ce serait une histoire bien trop longue, mais on pourrait, je pense, montrer clairement que tous nos continents existaient approximativement dans leurs positions actuelles bien avant la période glaciaire ; ce qui semble opposé à de tels changements géographiques gigantesques nécessaires pour causer une si vaste chute de température. La période glaciaire a duré en Europe et en Amérique du Nord tandis que le niveau de la terre oscillait en hauteur de plus de 3 000 pieds, et cela ne ressemble pas à ce qu'un changement de niveau ait été la cause de la période glaciaire. Mais j'ai écrit une discussion déraisonnablement longue. Ne me répondez pas longuement, mais envoyez-moi quelques mots un jour sur le sujet.
J'ai fait copier ceci, pour ne pas vous ennuyer trop à le lire.
Quelques mots de plus. Lorsque les productions équatoriales étaient terriblement affligées par la chute de température, et probablement par l'humidité changée, et les nombres proportionnels changés d'autres plantes et ennemis (bien qu'ils puissent favoriser certaines des espèces), je dois admettre qu'elles seraient toutes exterminées si des productions exactement adaptées, non seulement au climat, mais à toutes les conditions des régions équatoriales pendant la période glaciaire, existaient et avaient pu partout immigrer. Mais les productions des régions tempérées auraient probablement trouvé, sous l'équateur, dans leurs nouveaux foyers et sols, des conditions d'humidité et de périodicité considérablement différentes, et elles auraient rencontré un nouvel ensemble d'ennemis (une considération très importante) ; car il semble y avoir de bonnes raisons de croire que les animaux n'étaient pas capables de migrer près de l'étendue à laquelle les plantes l'ont fait pendant la période glaciaire. Par conséquent, je peux me persuader que les productions tempérées ne remplaceraient pas entièrement et n'extermineraient pas les productions des tropiques refroidis, mais se mélangeraient partiellement avec elles.
Je suis loin d'être satisfait de ce que j'ai griffonné. Je conclus qu'il doit y avoir eu une période glaciaire mondiale, et que les difficultés sont à peu près les mêmes que nous supposions qu'elle soit contemporaine sur le monde entier, ou que des ceintures longitudinales aient été affectées l'une après l'autre. Pour l'amour du ciel, pardonnez-moi !
LETTRE 353. À H.W. BATES. 26 mars [1861].
J'ai été particulièrement frappé par vos remarques sur la période glaciaire. Vous me semblez avoir posé le cas avec une clarté admirable et une force écrasante. Je suis tout à fait stupéfait par le coup, et je ne sais que penser. Dernièrement, plusieurs faits sont apparus me conduisant à croire plus fermement que la période glaciaire a affecté les régions équatoriales ; mais je ne peux donner aucune réponse à votre argument, et je suis complètement dans une impasse. Par un étrange hasard, je discutais il y a seulement quelques jours de ce sujet, en relation avec les plantes, avec le Dr Hooker, qui y croit jusqu'à un certain point, mais a fortement insisté sur la faible extinction apparente dans les régions équatoriales. J'ai déclaré dans une lettre il y a quelques jours qu'il lui semblait que les tropiques d'Amérique du Sud avaient moins souffert que l'Ancien Monde. Il y a beaucoup de points perplexes ; les plantes tempérées semblent avoir migré bien plus que les animaux. Peut-être des espèces ont-elles été formées plus rapidement sous les tropiques que ce à quoi on se serait attendu. J'avoue librement que vous m'avez confondu ; mais je ne peux pas encore abandonner ma croyance que la période glaciaire a, dans une certaine mesure, affecté les tropiques.
LETTRE 354. À J.D. HOOKER. Down, 25 février [1862].
J'ai presque terminé votre article sur l'Arctique, et je dois vous dire combien je l'admire. Le sujet, traité comme vous l'avez traité, est vraiment magnifique. Grands dieux, quel travail cela a dû vous coûter ! Et quelle perspective grandiose il y a pour l'avenir. Je n'ai pas besoin de dire combien je suis heureux de votre avis sur mon travail ; car vous savez que je considère votre opinion plus que celle de tous les autres. De tels articles sont le véritable moteur pour forcer les gens à réfléchir sur la modification des espèces ; quiconque doté d'un esprit curieux pourrait difficilement ne pas vouloir considérer le sujet dans son ensemble après avoir lu votre article. Par Jupiter ! vous serez conduit, nolens volens, vers un globe refroidi. Pensez à votre propre cas de l'Abyssinie et de Fernando Po, et de l'Afrique du Sud, et à votre cas du Liban ; accordez qu'il y a des hautes terres pour favoriser la migration, mais sûrement les basses terres ont dû être quelque peu refroidies. Quelle preuve nouvelle et originale splendide est celle du Groenland : je ne vois pas comment, même en accordant des ponts de terre continue, on peut comprendre la flore existante. Je penserais, de l'état de l'Écosse et de l'Amérique, et des isothermes, que pendant la partie la plus froide de la période glaciaire, le Groenland a dû être tout à fait dépeuplé. Comme un chien à son vomi, je ne peux m'empêcher de revenir en arrière et de pencher pour des moyens accidentels de transport par la glace et les courants. Combien est curieux aussi le cas de l'Islande. Quel article splendide vous avez fait du sujet. Lorsque nous nous rencontrerons, je devrai vous demander combien vous attribuez la richesse de la flore de Laponie au simple climat ; il me semble très merveilleux que ce point ait été une sorte de foyer de rayonnement ; si, cependant, il est anormalement riche, c'est-à-dire contient plus d'espèces qu'il ne devrait pour sa latitude, en comparaison avec les autres régions arctiques, ne semblerait-il pas ainsi faussement un foyer de rayonnement ? Mais je devrai dorénavant parcourir encore et encore votre article ; à présent, je suis tout à fait embrouillé sur le sujet. Combien très étrange, sous quelque angle que ce soit, est la relation du Groenland aux montagnes de l'est de l'Amérique du Nord ; cela semble indiquer qu'il y a eu une extinction massive dans l'est de l'Amérique du Nord. Mais je ne dois pas continuer. À propos, je trouve que Link en 1820 spéculait sur la relation des plantes alpines et arctiques comme étant due à un climat plus froid passé, qu'il attribuait à des montagnes plus élevées coupant les vents chauds du sud.
LETTRE 355. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, 2 novembre 1862.
Vous ai-je dit combien j'ai été profondément heureux de l'avis de Gray sur mon essai arctique ? C'était terriblement gentil de sa part, car je suis sûr qu'il a dû voir plusieurs bévues. Il me dit que le Dr Dawson est après moi, et j'ai une très belle conférence sur les plantes arctiques et alpines de la part du Dr D., avec une critique sur l'essai arctique – qu'il n'a vu qu'après. Il a trouvé quelques nids-de-poule dans mon essai, et une bévue très vénielle dans les tableaux – il semble DÉTESTER le darwinisme – il m'accuse de négliger les faits géologiques, et insiste beaucoup sur le fait que je néglige l'affaissement de l'Amérique tempérée pendant la période glaciaire – et sur le fait que j'affirme un affaissement de l'Amérique arctique, qui n'est jamais entré dans ma tête. Je souhaiterais, cependant, si cela ne devait pas trop vous faire mal à la tête, que vous jetiez juste un coup d'œil sur mes trois premières pages, et me disiez si j'ai outragé un quelconque fait géologique ou commis des oublis. J'ai exposé le tout deux fois à Lyell avant de l'imprimer, avec carte et tableaux, ayant l'intention d'obtenir (et je pensais l'avoir fait) son imprimatur pour tout ce que j'ai fait et dit ; mais lorsqu'il était ici il y a trois nuits, j'ai trouvé qu'il ignorait tout autant le fait que j'avais écrit un essai arctique qu'il était possible ! Et donc je suppose soit qu'il ne l'a pas assimilé, soit qu'il pensait que c'était de peu de conséquence. Hector l'a approuvé in toto. Je n'ai guère besoin de dire que j'ai commencé sur des bases biologiques, et que je me tiens pour indépendant des théories d'affaissement comme vous l'êtes des opinions des physiciens sur la chaleur du globe ! J'ai écrit une longue [lettre] à Dawson.
À propos, avez-vous vu l'avis de l'« Athenaeum » sur la langue basque et finnoise de L. Bonaparte ? – n'est-il pas possible que les Basques soient des Finnois restés sur place après la période glaciaire, comme les plantes arctiques ? J'ai souvent pensé que cette théorie expliquerait les affinités nationales mexicaines et chinoises. Je travaille laborieusement sur le Welwitschia la nuit et le Genera Plantarum le jour. Nous avons eu un dîner très joyeux au Club jeudi. Nous allons tous bien.
J'ai lu les pages (356/1. L'article sur les plantes arctiques dans le volume XXIII des « Transactions » de la Linnean Society, 1860-62) avec attention (et même avec beaucoup plus d'admiration que la première fois) et je ne peux imaginer ce qui pousse le Dr D. à vous accuser d'affirmer une subsidence de l'Amérique arctique. (356/2. Le regretté Sir J.W. Dawson a écrit une critique (signée J.W.D.) de l'article de Hooker sur l'Arctique, parue dans le « Canadian Naturalist », 1862, volume VII, page 334. La majeure partie de l'article est composée de citations de l'article d'Asa Gray mentionné ci-dessous. Le reste est un résumé des arguments géologiques contre les vues de Hooker. Nous ne trouvons pas l'accusation mentionnée plus haut, qui semble être apparue dans une conférence.) Il y a sans aucun doute eu une subsidence de l'Amérique du Nord pendant la période glaciaire, et sur une grande partie, mais soutenir que la subsidence s'étendait sur presque toute la largeur du continent, ou a duré pendant toute la période glaciaire, je ne crois pas qu'il puisse le prouver. Je soupçonne qu'une grande partie des preuves de subsidence pendant la période glaciaire se révélera fausse, car elle repose largement sur l'action glaciaire, qui, comme vous le savez, est de plus en plus considérée comme subaérienne. Si Dawson a publié des critiques, j'aimerais les voir. J'ai entendu dire qu'il est enragé contre moi, et sans doute, en conséquence, contre tout ce que vous écrivez en ma faveur (et rien n'a jamais été publié de plus favorable que l'article sur l'Arctique). Lyell a eu du mal à empêcher Dawson de critiquer l'« Origine » (356/3. Dawson a critiqué l'« Origine » dans le « Canadian Naturalist », 1860) sur la base de ouï-dire, sans l'avoir lue. On ne peut attendre aucun esprit d'équité d'un juge si partial.
Tout ce que je peux dire, c'est que vos quelques premières pages m'ont impressionné bien davantage à cette lecture qu'à la première. La portion scandinave de la flore peut-elle être si puissante (356/4. Le Dr Hooker a écrit : « Considérée dans son ensemble, la flore arctique est décidément scandinave ; car la Scandinavie arctique, ou la Laponie, bien que constituant une très petite étendue de terre, contient de loin la plus riche flore arctique, s'élevant aux trois quarts de l'ensemble » ; il a souligné « que la flore scandinave est présente sous toutes les latitudes du globe, et est la seule à l'être » (cité par Gray, loc. cit. infra)) pour avoir été préservée dans ce coin, réchauffé par le Gulf Stream, et pour représenter maintenant à elle seule l'intégralité de la flore circumpolaire, durant la période préglaciaire plus chaude ? Dès le début, je n'ai pas pu résister à l'impression (partagée par Asa Gray, dont la critique (356/5. « Scientific Papers » d'Asa Gray, volume I, page 122) sur votre travail m'a beaucoup plu) que, pendant la période glaciaire, il a dû y avoir une extinction presque totale au Groenland ; car la profondeur de la mer ne favorise pas l'ancienne extension des terres vers le sud à cet endroit. (356/6. Dans la poussée vers le sud de la végétation par l'époque glaciaire, la flore du Groenland serait « chassée vers la mer, c'est-à-dire exterminée » (Hooker cité par Gray, loc. cit. page 124)). Je dois soupçonner que les plantes ont été largement introduites par les courants marins, qui apportent tant de bois d'Europe du Nord. Mais là, nous nous séparerons autant que les pôles. Le monde entier ne pourrait me persuader, s'il essayait, que le vôtre n'est pas un grand essai. Je ne comprends pas bien si c'est cet essai que Dawson a « descendu ». Quelle curieuse notion sur le climat glaciaire, et les Basques et les Finnois ! Les Basques sont-ils des montagnards ? Je l'espère. Je regrette de ne pas avoir vu l'« Athenaeum », mais je suis maintenant abonné au « Parthenon ». Au fait, je viens de lire avec beaucoup d'intérêt Max Muller (356/7. Probablement ses « Lectures on the Science of Language », 1861-64) ; la dernière partie, sur l'origine du langage, semble être la moins satisfaisante.
Je vous prie de remercier chaleureusement Oliver pour son tas de références sur les poisons. (356/8. Sans doute en lien avec le travail de Darwin sur le Drosera : il travaillait sur ce sujet pendant son séjour à Bournemouth à l'automne 1862). Comment diable les trouve-t-il ?
Je ne dois pas m'autoriser [à m'occuper du] Cypripedium. Asa Gray a établi assez clairement que, dans certains cas au moins, l'acte de fertilisation est effectué par de petits insectes forcés de ramper dans et hors de la fleur dans une direction particulière ; et je me trompe peut-être complètement en pensant que cela est jamais effectué par la trompe.
Je me rétracte dans la mesure où, si vous avez le rare C. hirsutissimum, j'aimerais beaucoup examiner une seule fleur coupée ; car j'en ai vu une lors d'une exposition florale et, pour autant que j'aie pu en juger, elle semblait très différente des autres formes.
P.-S. Répondez à ceci, si par hasard vous le pouvez. Je me souviens distinctement avoir lu dans quelque livre de voyages, je suis presque certain en Australie, le récit des indigènes qui, pendant les famines, essayaient et cuisinaient de toutes les façons possibles diverses productions végétales, et en étaient parfois incommodés. Vous souvenez-vous d'un tel récit ? Je veux le trouver. Je pensais que c'était chez Sir G. Grey, mais ce n'est pas le cas. Est-ce que cela aurait pu être dans le livre d'Eyre ?
LETTRE 357. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. [Novembre 1862].
...J'ai spéculé sur la probabilité d'une connexion arctique-norvégienne-groenlandaise post-glaciaire, ce qui expliquerait le fait frappant selon lequel le Groenland tempéré est aussi arctique que le Groenland arctique – un fait, pour moi, d'une force stupéfiante. J'avoue qu'une migration septentrionale peuplerait ainsi le Groenland tel qu'il est peuplé, dans la mesure où toute la flore (tempérée et arctique) serait arctique – mais alors, les mêmes plantes auraient dû se rendre dans les autres îles polaires, et surtout, tant de plantes arctiques scandinaves ne devraient pas être absentes au Groenland, et moins encore des ordres naturels entiers devraient être absents, et par-dessus tout les Légumineuses arctiques. Il est difficile (comme je l'ai dit à Dawson) de concevoir la force avec laquelle les arguments tirés de l'absence de certaines plantes omniprésentes familières frappent les botanistes. Je ne voudrais pas rejeter complètement le transport par la glace et par l'eau, mais je ne peux concevoir qu'ils donnent lieu à de telles anomalies, dans la distribution, que celles que présente le Groenland. De même, j'ai toujours ressenti la force de votre objection selon laquelle le Groenland aurait dû être dépeuplé pendant la période glaciaire, mais j'ai ensuite réfléchi au fait que la végétation monte maintenant, j'oublie à quelle hauteur (environ 1 000 pieds), à Disco, par 70 degrés, et que même dans un océan glaciaire, il a pu toujours y avoir des cachettes pour les quelques centaines de plantes que possède actuellement le Groenland. En supposant que le Groenland ait été repeuplé depuis la Scandinavie par la voie océanique, pourquoi les Carex seraient-ils les principaux éléments apportés ? Pourquoi aucune Légumineuse n'aurait-elle été apportée, aucune plante autre que des espèces hautement arctiques ? Pourquoi pas de Caltha palustris, qui dore les marais de Norvège et peint les toits de l'Islande ? En bref, à mes yeux, la migration transocéanique ne créerait pas un tel assemblage, pas plus que des créations spéciales n'expliqueraient les espèces représentatives – et aucune « contorsion ingénieuse » ne m'a jamais convaincu du contraire. Voilà, c'est dit !
J'ai dîné avec Henry Christy hier soir, qui venait juste de rentrer d'une chasse aux silex avec Lartet, parmi les Basques – ce sont des Pyrénéens. Lubbock était là et m'a dit que ma précieuse spéculation était l'une de celles de Von Baer, et que les Finnois sont supposés avoir créé les Kjokken moddings. J'ai lu Max Muller il y a un an – et je suis tout à fait d'accord, la première partie est excellente ; la dernière, sur l'origine du langage, est aussi sotte et faible qu'un argument scientifique.
LETTRE 358. À J.D. HOOKER. Down, 12 novembre [1862].
Je vous renvoie par ce courrier la conférence de Dawson, qui me semble intéressante, mais sans rien de nouveau. Je pense qu'il doit être assez vaniteux, avec son « Si le Dr Hooker avait su ceci et cela, il aurait dit ceci et cela ». Il me semble absurde que Dawson suppose que l'Amérique du Nord était sous la mer pendant toute la période glaciaire. Certes, le Groenland est un problème très curieux et difficile. Mais quant aux Légumineuses, mon cher ami, le cas est aussi clair que de l'eau de roche, car les graines sont très rapidement tuées par l'eau salée. Sérieusement, ce serait une expérience curieuse que de tester la vitalité dans l'eau salée des plantes qui devraient se trouver au Groenland. J'oublie cependant qu'il serait impossible, je suppose, d'en obtenir presque aucune, excepté la Caltha, et si jamais je tombe sur cette plante en graines, j'essaierai.
Je voudrais au ciel que quelqu'un examine les rochers près du niveau de la mer à la pointe sud du Groenland, pour voir s'ils sont bien striés ; cela indiquerait quelque chose. Mais alors, la subsidence pourrait avoir abaissé des rochers plus élevés jusqu'au niveau actuel de la mer. Je suis beaucoup plus disposé à admettre votre terre de connexion Norvège-Groenland que la plupart des autres cas, en raison de la nature des rochers au Spitzberg et à l'île aux Ours. Vous avez abordé et jeté beaucoup de lumière sur un problème splendide, qui sera un jour résolu. Cela me réjouit de penser que, quand j'étais garçon, on m'a montré un bloc erratique à Shrewsbury, et qu'un vieil homme intelligent m'a dit que jusqu'à la fin du monde, personne ne devinerait jamais comment il était arrivé là.
Cela me fait rire de penser à l'indignation du Dr Dawson face à votre phrase sur l'« obliquité de vision » (358/1. Voir lettre 144). Par Jupiter, il essaiera de vous attaquer un jour. Bonne nuit pour le moment.
Pour revenir un instant à la période glaciaire. Vous auriez pu demander à Dawson si le bouquetin, la marmotte, etc., etc., étaient transportés de montagne en montagne en Europe sur des glaces flottantes ; et si le bœuf musqué est arrivé en Angleterre sur des icebergs ? Pourtant, l'Angleterre a subi une subsidence, si nous nous fions à la bonne preuve des coquillages seuls, plus grande pendant la période glaciaire que ce que l'on sait de l'Amérique.
Pour l'amour du ciel, inculquez un mot de prudence aux oreilles de Tyndall. J'ai vu un extrait disant que les vallées de la Suisse étaient entièrement dues aux glaciers. Il ne peut avoir réfléchi aux vallées dans les pays tropicaux. Les plus grandioses vallées que j'aie jamais vues étaient à Tahiti. Encore une fois, si je comprends bien, il suppose que les glaciers usent des chaînes de montagnes entières ; abaissant ainsi leur hauteur, diminuant la température, et diminuant les glaciers eux-mêmes. Suppose-t-il que toute l'Écosse a été ainsi usée ? Sûrement, il doit oublier que l'oscillation du niveau serait plus puissante dans un sens ou dans l'autre pendant d'aussi énormes laps de temps. Il serait difficile de croire qu'une quelconque chaîne de montagnes soit restée stationnaire aussi longtemps.
Je suppose que le livre de Lyell sortira bientôt. (358/2. « The Antiquity of Man », 1863). J'ai été très heureux de voir dans un journal que Murray en a vendu 4 000. Quelle vente !
Je travaille maintenant sur les plantes cultivées, et mon travail me plaît assez ; mais j'ai horriblement peur de faire les remarques les plus imprudentes sur la valeur des différences. Je me fie à une sorte d'instinct, et, Dieu le sait, je peux rarement donner une raison pour mes remarques. Seigneur, quel méli-mélo que l'origine des plantes cultivées. J'ai lu sur les fraisiers, et je trouve à peine deux botanistes d'accord sur ce que sont les formes sauvages ; mais je pioche dans les livres d'horticulture ici et là des cas étranges de variation, d'hérédité, etc., etc.
Quelle longue lettre j'ai griffonnée ; mais vous devez me pardonner, car c'est un grand plaisir de parler ainsi avec vous.
Avez-vous jamais entendu parler de l'« Eau ozonisée de Condy » ? J'ai essayé cela avec, je crois, un avantage extraordinaire – pour le confort, du moins. Une cuillère à café, dans de l'eau, trois ou quatre fois par jour. Si vous rencontrez quelque pauvre diable dyspeptique comme moi, suggérez-le.
LETTRE 359. À J.D. HOOKER. Down, 26 [Mars 1863].
J'espère et je pense que vous êtes trop sévère envers les premiers chapitres de Lyell. Bien que si condensés, et mal agencés, ils m'ont semblé transmettre avec une force peu commune l'antiquité de l'homme, et c'était là son but. (359/1. « The Geological Evidences of the Antiquity of Man » : Londres, 1863). Cela ne m'est pas venu à l'esprit, mais je crains qu'il n'y ait une part de vérité dans votre critique, à savoir que rien n'est digne de confiance tant qu'il [Lyell] ne l'a pas observé.
Je suis heureux de vous voir vous activer au sujet des plantes tropicales pendant la période glaciaire.
Rappelez-vous que je vous ai juré maintes fois qu'elles coexistaient ; donc, mon cher ami, vous devez les faire coexister. Je ne pense pas qu'une plus grande fraîcheur dans une condition perturbée des choses exigerait davantage que la zone de l'Himalaya, dans laquelle vous décrivez certaines formes tropicales et tempérées se mélangeant (359/2. « Pendant cette [période glaciaire], le point le plus froid, les basses terres sous l'équateur, ont dû être vêtues d'une végétation mixte tropicale et tempérée, semblable à celle décrite par Hooker comme poussant luxurieusement à une hauteur de quatre à cinq mille pieds sur les pentes inférieures de l'Himalaya, mais avec peut-être une prépondérance encore plus grande de formes tempérées » (« L'Origine des espèces », édition VI, page 338)) ; et comme dans la partie inférieure des Cameroun, et comme Seemann le décrit, dans les basses montagnes de Panama. Il est, comme vous le dites, absurde de supposer qu'un genre tel que Dipterocarpus (359/3. Dipterocarpus, un genre de Dipterocarpacées, une famille de plantes dicotylédones restreinte aux tropiques de l'Ancien Monde) puisse avoir été développé depuis l'ère glaciaire ; mais vous sentez-vous assez sûr, pour opposer (359/4. Le sens semble être : « Vous sentez-vous assez sûr pour apporter en opposition un large ensemble de considérations pour montrer, etc. ») un large ensemble de considérations de l'autre côté, pour affirmer que ce genre n'aurait pas pu être lentement habitué à un climat plus frais ? Je vois que Lindley dit qu'il n'a pas été amené en Angleterre, et n'a donc pas pu être essayé en serre. Avez-vous des matériaux pour montrer à quelle faible hauteur il s'élève jamais dans les montagnes de Java ou de Sumatra ? Cela fait une immense différence, la zone entière étant refroidie ; et la zone n'étant peut-être pas à tous égards, comme l'humidité, etc., adaptée à de telles plantes tempérées qui pourraient y pénétrer. Mais, de toute façon, je suis prêt à jurer encore que le Dipterocarpus et tout autre genre que vous voudrez nommer ont survécu pendant une période plus fraîche.
À propos de la réversion, vous exprimez exactement ce que je veux dire. J'ai d'une manière ou d'une autre commis une erreur, et mentalement pris littéralement le fait que l'enfant héritait de son grand-père. Cette vue de la latence rassemble un tas de faits – caractères sexuels secondaires chez chaque individu ; tendance d'un caractère latent à apparaître temporairement dans la jeunesse ; effet du croisement pour induire le talent, le caractère, etc. Quand on pense à un caractère latent transmis, caché pendant mille ou dix mille générations, et apparaissant soudainement, on est tout à fait déconcerté devant la multitude de caractères écrits à l'encre invisible sur le germe. Je n'ai aucune preuve de la réversion de tous les caractères dans une variété. Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous dites au sujet du génie. J'ai dit à Lyell que ce passage m'avait fait gémir.
Quel dommage pour Falconer ! (359/5. Cela fait référence à la revendication de priorité de Falconer contre Lyell. Voir « Life and Letters », III, page 14 ; voir aussi lettres 166 et 168). Quelle singularité et quel regret !
Rappelez-vous les gousses d'orchidées. J'ai une passion pour cultiver les graines (et d'autres motivations). Je n'ai pas un fait sur lequel m'appuyer, mais j'ai une notion (non, j'ai une conviction ferme !) qu'elles sont parasites au début de leur jeunesse sur des cryptogames ! (359/6. Dans un article sur les orchidées épiphytes britanniques (« Gard. Chron. » 1884, page 144), Malaxis paludosa est décrite par F.W. Burbidge comme étant une véritable épiphyte sur les tiges de Sphagnum. Stahl déclare que la difficulté de cultiver les orchidées dépend largement de leur dépendance à un champignon mycorhizien – bien qu'il n'applique pas sa vue à la germination. Voir « Jahrbucher » de Pringsheim, XXXIV, page 581. Nous sommes redevables à Sir Joseph Hooker pour la référence à l'article de Burbidge). Voici la notion d'un fou. J'en ai quelques-unes plantées sur du Sphagnum. Des lichens ou mousses tropicaux, ou européens, résistent-ils à la chaleur, ou croissent-ils sur des arbres dans les serres chaudes à Kew ? Si oui, pour l'amour du ciel, favorisez ma folie, et faites-en gratter et m'en envoyer.
Je suis comme un joueur, et j'adore une expérience folle. Cela me procure un grand plaisir d'imaginer que je vois les radicules de graines d'orchidées pénétrant le Sphagnum. Je sais que je ne le verrai pas, et je ne serai donc pas déçu.
LETTRE 360. À J.D. HOOKER. Down [26 septembre 1863].
...À propos de la Nouvelle-Zélande, je commence enfin à changer d'avis, et j'admets qu'elle a dû être connectée avec une quelconque terre ferme, mais je mourrai plutôt que d'admettre l'Australie. Comme je souhaiterais que les montagnes de Nouvelle-Calédonie soient bien étudiées !...
LETTRE 361. À J.D. HOOKER.
(361/1. Dans la première partie de cette lettre, M. Darwin fait référence à une critique sur Planchon dans la « Nat. History Review », avril 1865. Il ne fait donc aucun doute que « l'article de Thomson » doit être la critique des « Diagnoses d'espèces nouvelles ou méconnues », etc., de Jordan, dans le même numéro, page 226. Il traite des « regroupeurs » et des « diviseurs », et d'une possible nomenclature trinominale.)
17 avril [1865].
J'ai été très frappé par l'article de Thomson ; il me semble tout à fait remarquable par son jugement, sa force et sa clarté. Il m'a beaucoup intéressé. J'ai parfois spéculé vaguement sur ce que deviendrait la nomenclature, et conclu qu'elle serait trinominale. Quel nom une plante portera-t-elle formellement avec le nom de l'auteur après le genre (comme certains le recommandent), et après l'espèce et la sous-espèce ! C'est vraiment l'une des plus grandes questions qui puissent être discutées pour l'histoire naturelle systématique. Avec quelle impartialité Thomson ajuste les prétentions des « coupeurs de cheveux en quatre » et des « regroupeurs » ! J'espère sincèrement qu'il écrira assez souvent des critiques ou des essais. C'est un vieux sujet de peine pour moi, autrefois en géologie et dernièrement en zoologie et en botanique, que les meilleurs hommes (à l'exception de ceux qui doivent écrire des principes et des éléments, etc.) lisent si peu, et consacrent la quasi-totalité de leur temps au travail original. J'ai souvent pensé que la science progresserait davantage s'il y avait plus de lecture. Combien lisent des articles longs et laborieux ! La seule utilité d'en publier semble être la preuve que l'auteur a consacré du temps et du travail à son œuvre.
LETTRE 362. À J.D. HOOKER. Down, 22 et 28 octobre 1865.
Quant au fait que les anthropologues soient une bête noire pour les hommes de science, je ne suis pas surpris, car je viens de parcourir le dernier « Journal anthropologique », et il montre, surtout la longue attaque contre l'Association britannique, un curieux esprit d'insolence, de vanité, de lourdeur et de vulgarité. J'ai lu avec un intérêt peu commun le court article de Travers sur les îles Chatham. (362/1. Voir Travers, H.H., « Notes on the Chatham Islands », « Linn. Soc. Journ. » IX, octobre 1865. M. Travers dit qu'il a ramassé une graine d'Edwardsia, évidemment rejetée par la mer. Les troncs échoués indiquaient un courant venant de Nouvelle-Zélande). Je me souviens que vous m'avez attaqué avec une férocité terrible parce que j'ai dit que je pensais que la graine d'Edwardsia aurait pu être portée par les flots du Chili à la Nouvelle-Zélande : maintenant, que dites-vous, mon jeune ami, aux trois jeunes arbres de même taille au même endroit de l'île, et avec la gousse rejetée sur le rivage ? S'il n'y avait pas ces malheureux oiseaux aptères, je pourrais croire que le groupe avait été colonisé par des moyens accidentels ; mais, en l'état, cela m'apparaît de loin comme la meilleure preuve d'extension continentale jamais observée. La distance, je le vois, est de 360 miles. J'aimerais savoir si la mer était plus profonde qu'entre la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Je crains que vous n'admettiez pas un accident aussi petit que le transport d'oiseaux aptères sur des icebergs. Suggérez, si vous en avez l'occasion, à quiconque visite à nouveau les îles, de chercher des blocs erratiques à cet endroit. Quelle curiosité, sa déclaration sur les arbres fruitiers et les abeilles ! (362/2. « Depuis l'importation des abeilles, les arbres fruitiers et les buissons européens ont produit librement ». Travers, « Linn. Soc. Journal », IX, page 144). J'aimerais savoir si le trèfle s'était propagé avant que les abeilles ne soient introduites...
J'ai vu dans la « Gardeners' Chronicle » la phrase sur l'« Origine » mourant en Allemagne, mais je ne savais pas qu'elle était de Seemann.
LETTRE 363. À C. LYELL. Down, 7 février [1866].
Je vous suis très obligé de votre mot et de l'extrait, qui m'ont extrêmement intéressé. Je ne peux douter un instant d'Agassiz concernant l'action glaciaire après toute son expérience, comme vous le dites, et après ce livre excellent illustré de planches qu'il a publié tôt (363/1. « Études sur les Glaciers » ; Neuchâtel, 1840.) ; quant à ses déductions et son raisonnement sur la vallée de l'Amazone, c'est une tout autre question, et il ne peut avoir vu toutes les régions auxquelles Mme A. fait allusion (363/2. Une lettre de Mme Agassiz à Lady Lyell, qui avait été transmise à M. Darwin. La même lettre fut également envoyée à Sir Charles Bunbury, qui, en écrivant à Lyell le 3 février 1866, critique certaines des affirmations. Il qualifie les observations d'Agassiz sur les phénomènes glaciaires au Brésil de « vraiment très étonnantes ; si étonnantes que j'ai beaucoup de mal à les croire. Elles ébranlent complètement ma foi dans le système glaciaire ; ou peut-être devraient-elles plutôt ébranler la foi en Agassiz... Si le Brésil fut jamais couvert de glaciers, je ne vois aucune raison pour que la terre entière ne l'ait pas été. Peut-être le globe terrestre tout entier fut-il autrefois "une stalactite unique et parfaite". » (Extrait de la « Vie » de Sir Charles Bunbury, imprimée à titre privé, éditée par Lady Bunbury, volume ii, page 334).). Sa lettre n'est pas très claire pour moi, et je ne comprends pas ce qu'elle veut dire par « jusqu'à une hauteur de plus de trois mille pieds ». Il n'y a pas de blocs erratiques (auxquels j'ai prêté une attention particulière) dans les basses terres autour de Rio. Il est possible, voire probable, que cette zone ait pu s'affaisser, car je n'ai pu déceler aucune preuve de soulèvement, ni aucune formation tertiaire ou activité volcanique. Les monts Organ ont de six à sept mille pieds de hauteur ; et je ne suis que peu surpris qu'ils portent les traces d'une action glaciaire. Car certains genres de plantes tempérées, à savoir Vaccinium, Andromeda, Gaultheria, Hypericum, Drosera, Habenaria, habitent ces montagnes, et je considère cela comme une preuve d'une période froide presque aussi valable que l'action glaciaire. Le fait qu'il n'y ait pas davantage de plantes tempérées peut s'expliquer par la position isolée de ces montagnes. Il n'y a pas de blocs erratiques sur la côte du Pacifique au nord de Chiloé, et peu de glaciers dans la Cordillère, mais il ne s'ensuit nullement, je pense, qu'il n'ait pu y avoir autrefois des glaciers gigantesques sur le versant oriental et plus humide.
Dans la troisième édition de « l'Origine », page 403 (363/3. « Origine », Édition VI, page 335, 1882. « M. D. Forbes m'informe qu'il a trouvé dans diverses parties de la Cordillère, depuis le 13e degré de latitude O. jusqu'au 30e degré S., à environ douze mille pieds de hauteur, des roches profondément sillonnées... ainsi que de grandes masses de détritus, incluant des galets striés. Le long de tout cet espace de la Cordillère, de véritables glaciers n'existent pas aujourd'hui, même à une hauteur beaucoup plus considérable. »), vous trouverez une brève allusion, sous l'autorité de M. D. Forbes, à l'extension autrefois beaucoup plus basse des glaciers dans la Cordillère équatoriale. Veuillez également regarder page 407 ce que je dis sur la nature de la végétation tropicale (que je pourrais maintenant beaucoup améliorer) durant la période glaciaire (363/4. « Durant cette période, la plus froide, les basses terres sous l'Équateur devaient être couvertes d'une végétation mêlée, tropicale et tempérée... » (« Origine », Édition VI, 1882, page 338).).
J'ai la ferme conviction que bientôt tout le monde croira que le monde entier était plus frais durant la période glaciaire. Rappelez-vous le cas merveilleux découvert récemment par Hooker, l'identité de tant de plantes tempérées au sommet de Fernando Po et sur les montagnes d'Abyssinie (363/5. « Le Dr Hooker a aussi récemment montré que plusieurs des plantes vivant dans les parties élevées de la haute île de Fernando Po, et dans les montagnes voisines du Cameroun, dans le golfe de Guinée, sont étroitement apparentées à celles des montagnes d'Abyssinie, et également à celles de l'Europe tempérée » (loc. cit., page 337).). Je considère comme certain que ces plantes ont traversé l'Afrique tout entière d'est en ouest durant la même période. Je regrette de ne pas avoir publié un long chapitre écrit en entier, et presque prêt pour l'impression, sur ce sujet, que j'ai rédigé il y a dix ans. Il était impossible dans « l'Origine » de donner un résumé équitable.
Ma santé s'est considérablement améliorée, de sorte que je suis capable de travailler près de deux heures par jour, et ainsi de faire quelques petits progrès avec mon éternel livre sur les variétés domestiques. Vous aurez appris la mort paisible de ma sœur Catherine vendredi matin dernier (363/6. Catherine Darwin est morte en février 1866.). Elle souffrait beaucoup, et nous considérons tous sa mort comme une bénédiction, car il y avait une grande crainte de souffrances prolongées et plus intenses. Nous sommes inquiets pour Susan, mais elle l'a supporté jusqu'ici mieux que nous n'aurions pu l'espérer (363/7. Susan Darwin est morte en octobre 1866.).
Rappelez-vous l'action glaciaire du Liban quand vous parlez de l'absence d'action glaciaire au sud de l'Himalaya et dans le sud-est de l'Australie.
P.-S. — J'ai été très heureux de voir la lettre de Sir C. Bunbury (363/8. La lettre de Bunbury à Lyell, déjà citée sur ce sujet. Bunbury écrit : « Il n'y a rien de moins SEPTENTRIONAL, rien qui ne soit pas caractéristiquement brésilien, dans la flore des monts Organ. »). Si les genres que je nomme d'après Gardner (363/9. « Travels in the Interior of Brazil », par G. Gardner : Londres, 1846.) ne sont pas considérés par lui comme des formes habituellement tempérées, je suis, bien sûr, réduit au silence ; mais Hooker a relu le chapitre manuscrit il y a une dizaine d'années et n'a pas barré mes remarques à leur sujet, et il est généralement assez prompt à s'en prendre à mon ignorance et à me rabrouer, comme je le mérite souvent. Mon étonnement était de savoir comment quelques formes tempérées, si peu nombreuses soient-elles, ont atteint les montagnes du Brésil ; et j'ai supposé qu'elles avaient voyagé par les terres et chaînes assez élevées (nom oublié) qui s'étendent de la Cordillère vers le Brésil. Des genres de plantes de la Cordillère ont aussi, d'une manière ou d'une autre, atteint la Silla de Caracas. Quand je pense à la végétation de la Nouvelle-Zélande et de la côte ouest de l'Amérique du Sud, où les glaciers descendent maintenant jusqu'à la mer ou très près d'elle, je trouve téméraire de conclure que toutes les formes tropicales seraient détruites par une période considérablement plus fraîche sous l'Équateur.
LETTRE 364. À C. LYELL. Down, jeudi 15 février [1866].
Merci beaucoup pour la lettre de Hooker ; c'est un vrai plaisir pour moi de lire ses lettres ; elles sont toujours écrites avec tant d'esprit. Je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'Agassiz ne pourrait jamais confondre des blocs altérés avec l'action glaciaire ; bien que l'erreur ait été faite, je le sais, dans deux ou trois coins du monde. Je me suis souvent battu avec Hooker au sujet des physiciens mettant leur veto sur le fait que le monde ait été plus frais ; cela me semble aussi irrationnel que si, lorsque les géologues ont pour la première fois avancé quelques preuves de soulèvement et d'affaissement, un Hooker d'autrefois avait déclaré que cela ne pouvait absolument pas être admis tant que les géologues ne pourraient expliquer ce qui faisait monter et descendre la terre. Il semble que je me sois grandement trompé au sujet de certaines plantes des monts Organ (364/1. « Sur les monts Organ du Brésil, quelques rares genres européens tempérés, quelques genres antarctiques et quelques genres andins furent trouvés par Gardner, qui n'existaient pas dans les pays chauds et bas situés entre eux » (« Origine », Édition VI, page 336).). Mais je suis très heureux d'entendre parler du Fuchsia, etc. Je ne peux comprendre ce que Hooker croit réellement ; il semble admettre le climat plus frais d'autrefois, et presque dans le même souffle rejeter cette idée. Pour retourner les mots de Hooker, « il est inexplicable pour moi » comment il peut comparer le transport des semences des Andes aux monts Organ avec celui d'un continent à une île. Sans parler de la distance beaucoup plus grande, il n'y a pas de courants marins de l'un à l'autre ; et qu'est-ce qui, au nom du ciel, ferait voler un oiseau sur cette distance sans se reposer de nombreuses fois ? Je ne suppose nullement que la quasi-totalité des formes tropicales furent exterminées durant la période froide ; mais dans des zones quelque peu dépeuplées, vers lesquelles il ne pouvait y avoir de migration, probablement beaucoup d'espèces étroitement apparentées se seront formées depuis cette période. L'article de Hooker dans la « Natural History Review » (364/2. Possiblement un article non signé, intitulé « New Colonial Floras » (une recension de la « Flora of the British West Indian Islands » de Grisebach et de l'« Enumeratio Plantarum Zeylaniae » de Thwaites). — « Nat. Hist. Review », janvier 1865, page 46. Voir Lettre 184.) vaut la peine d'être étudié ; mais je ne me souviens pas qu'il donne de bons fondements à sa conviction que certains ordres de plantes ne pourraient supporter un climat un peu plus frais, même s'il était survenu très progressivement. Nous venons tout juste d'apprendre sous quelle température fraîche plusieurs orchidées tropicales peuvent prospérer. J'ai clairement vu la difficulté de Hooker quant à la préservation des formes tropicales durant la période froide, et j'ai fait de mon mieux pour conserver un endroit après l'autre comme une serre pour leur préservation ; mais cela ne tenait pas, et ce n'était qu'une simple soumission de ma part lorsque j'ai suggéré que les ceintures longitudinales du monde étaient refroidies l'une après l'autre. J'aimerais beaucoup voir la lettre d'Agassiz, quand vous en recevrez une. J'ai écrit une longue lettre ; mais une querelle avec ou à propos de Hooker me fait toujours un bien fou, et nous y sommes depuis de longues années. Je ne peux comprendre s'il m'attaque comme un tortueux ou comme un assénant, mais je suis bien certain qu'il faut beaucoup de tortuosité.
LETTRE 365. À J.D. HOOKER. Down, 30 juillet [1866].
Merci beaucoup pour le lupin. Votre lettre m'a extrêmement intéressé, et me rappelle le bon vieux temps. Je suppose, d'après votre écriture, que vous aimeriez connaître mes idées. Je ne peux admettre l'Atlantide reliant Madère et les îles Canaries sans les preuves les plus solides, et tout est de ce côté (365/1. Sir J.D. Hooker a donné une conférence sur les « Flores insulaires » à la réunion de la British Association à Nottingham le 27 août 1866. Sa conférence est publiée dans la « Gardeners' Chronicle », 1867, page 6. Sans aucun doute préparait-il à ce moment ses remarques sur l'extension continentale, qui prennent la forme d'un exposé judiciaire, donnant les arguments et les difficultés des deux côtés. Il conclut contre l'extension continentale, qui, dit-il, rend compte de tout et n'explique rien ; « tandis que l'hypothèse de la migration transocéanique, bien qu'elle laisse une multitude de faits inexpliqués, offre une solution rationnelle à beaucoup des phénomènes les plus déroutants ». Dans sa conférence, Sir Joseph écrit qu'en montant dans les montagnes de Madère, il y a peu de remplacement des espèces de basse altitude par celles d'une latitude septentrionale plus élevée. « Les plantes deviennent de moins en moins nombreuses à mesure que nous montons, et leurs places ne sont pas prises par des plantes boréales, ou par très peu d'entre elles. ») : la profondeur est si grande ; il n'y a rien géologiquement dans les îles qui favorise cette croyance ; il n'y a pas de mammifères ou de batraciens endémiques. Bunbury n'a-t-il pas montré que certains Ordres de plantes étaient singulièrement déficients ? Mais je m'appuie principalement sur le degré élevé de distinction spécifique chez les insectes et les escargots terrestres de Porto Santo et Madère : sûrement, les Canaries et Madère n'auraient pu être connectées si Madère et Porto Santo avaient été distinctes depuis longtemps. Si vous admettez l'Atlantide, je pense que vous êtes tenu d'admettre ou d'expliquer les difficultés.
En ce qui concerne les plantes tempérées froides à Madère, je ne sais naturellement pas assez pour former une opinion ; mais, en admettant l'Atlantide, je vois que leur rareté est une grande difficulté ; sinon, voyant que la latitude n'est qu'un peu au nord du golfe Persique, et voyant le transport maritime long pour les graines, la rareté des plantes du nord ne me semble pas difficile. L'immigration peut avoir été d'une direction méridionale, et il semble que quelques plantes africaines ainsi que des plantes assez froides soient communes aux montagnes au sud.
Croyant au transport occasionnel, je ne peux ressentir tant de surprise à ce qu'il y ait pas mal de choses en commun entre Madère et les Canaries, étant les points de terre les plus proches l'un de l'autre. C'est tout nouveau et très intéressant pour moi ce que vous dites au sujet des plantes endémiques qui sont, pour une si grande proportion, des espèces rares. En raison de la plus grande taille de l'atelier (c'est-à-dire plus grande compétition et plus grand nombre d'individus, etc.), je m'attendrais à ce que les formes continentales, à mesure qu'elles sont occasionnellement introduites, tendent toujours à battre les formes insulaires ; et, comme dans toute zone, il y aura toujours beaucoup de formes plus ou moins rares tendant vers l'extinction, je me serais certainement attendu à ce que, dans les îles, une grande proportion des formes les plus rares fussent d'origine insulaire. Plus longtemps une forme aura existé dans une île où des formes continentales sont occasionnellement introduites, plus les chances seront en faveur du fait qu'elle soit particulière ou anormale par nature, et en même temps rare en nombre. La durée de son existence lui aura aussi autrefois donné la meilleure chance, lorsqu'elle n'était pas si rare, d'être largement distribuée aux archipels voisins. Voici une contorsion : plus une forme est ancienne, meilleure sera la chance qu'elle se soit développée en arbre ! Une île, étant entourée par la mer, empêchera la libre immigration et compétition, d'où un plus grand nombre de formes anciennes survivront sur une île que sur le continent le plus proche d'où l'île a été peuplée ; et j'ai toujours considéré Clethra (365/2. Clethra est un genre arbustif américain d'Éricacées, trouvé nulle part plus près de Madère qu'en Amérique du Nord. De cette plante et de Persea, Sir Charles Lyell (« Principles », 1872, volume II, page 422) dit : « Considérées comme des reliques d'une flore miocène, ce sont exactement les formes que nous devrions naturellement nous attendre à voir provenir du continent miocène adjacent. » Voir aussi « Origine des espèces », Édition VI, page 83, où une vue similaire est citée de Heer.) et les autres formes extra-européennes comme des restes de la flore tertiaire qui habitait autrefois l'Europe. Cette préservation des formes anciennes dans les îles m'apparaît comme la préservation des poissons ganoïdes dans nos eaux douces actuelles. Vous parlez de l'absence de plantes du nord sur les montagnes au sud des Pyrénées : ma mémoire me trompe-t-elle complètement si je pense que Boissier a publié une longue liste provenant des montagnes du sud de l'Espagne ? Je n'ai pas vu le « Catalogue » de Wollaston (365/4. Probablement le « Catalogue of the Coleopterous Insects of the Canaries in the British Museum », 1864.), mais je dois l'acheter, s'il donne les faits sur les plantes rares que vous mentionnez.
Et maintenant, j'ai donné plus qu'assez de mes idées, qui, je le sais bien, seront en contradiction flagrante avec toutes les vôtres.
Wollaston, dans ses « Insecta Maderensia » (365/5. « Insecta Maderensia », Londres, 1854.), in-4°, page 12, et dans sa « Variation of Species », pages 82-87, donne le cas des insectes aptères, mais je me souviens avoir élaboré quelques détails supplémentaires.
Je pense qu'il donne dans ces mêmes ouvrages la proportion d'insectes européens.
LETTRE 366. À J.D. HOOKER.
(366/1. Sir Joseph avait demandé (31 juillet 1866) : « Existe-t-il une preuve que le sud de l'Angleterre et de l'Irlande n'étaient pas submergés durant l'époque glaciaire, quand l'O. et le N. de l'Angleterre étaient des îles dans une mer glaciaire ? Et en supposant qu'ils étaient hors de l'eau, les flores atlantiques et du N.-O. de la France actuelles que nous y trouvons auraient-elles pu être là durant l'époque glaciaire ? — Pourtant, c'est ce que Forbes exige, page 346. À la page 347, il voit cette objection, et se sort de sa difficulté en plaçant la date de la Manche "vers la fin de l'époque glaciaire". Quelle date Austen donne-t-il à la Manche ? — anté ou post-glaciaire ? » Les changements de niveau et autres questions sont traités dans un article de R.A.C. Austen (plus tard Godwin-Austen), « On the Superficial Accumulations of the Coasts of the English Channel and the Changes they indicate ». « Quart. Journ. Geol. Soc. » VII, 1851, page 118.)
Down, 3 août [1866].
Je vais prendre votre lettre point par point. Il existe de bonnes preuves que le sud-est de l'Angleterre était terre ferme durant la période glaciaire. J'oublie ce qu'Austen dit, mais les mammifères prouvent, je pense, que l'Angleterre a été unie au continent depuis la période glaciaire. Je ne vois pas votre difficulté concernant ce que je dis sur la rupture d'un isthme : si Panama était rompu, la faune du Pacifique ne s'écoulerait-elle pas dans les Antilles, ou vice-versa, et ne détruirait-elle pas une multitude de créatures ? Bien sûr, je ne suis pas juge, mais je pensais que De Candolle avait prouvé son cas au sujet des petites zones d'arbres. Vous trouverez à la page 112, 3e édition de « l'Origine », une allusion trop concise au fait que la flore de Madère est un reste de la flore européenne tertiaire. Je me sentirai profondément intéressé par la lecture de vos difficultés botaniques contre l'immigration occasionnelle. Les faits que vous donnez au sujet de certaines plantes, comme les bruyères, sont certainement très curieux (366/2. Dans la conférence de Hooker, il cite la bruyère de Saint-Daboec et Calluna vulgaris comme les plus frappantes des quelques plantes boréales aux Açores.). Je pensais que la flore des Açores était plus boréale, mais que voulez-vous dire en disant que les Açores sont plus proches de la Grande-Bretagne et de Terre-Neuve que de Madère ? — sur le globe, elles sont presque deux fois plus éloignées (366/3. Voir Lettre 368.). En ce qui concerne les courants marins, j'ai autrefois fait des recherches à Madère, mais je ne peux maintenant vous en donner les résultats ; mais je me souviens que les faits étaient différents de ce qui est généralement déclaré : je pense qu'un navire naufragé aux îles Canaries fut rejeté sur la côte de Madère.
Vous parlez comme si seuls les escargots terrestres différaient entre Madère et Porto Santo : ma mémoire me trompe-t-elle si je pense qu'il y a une foule d'insectes représentatifs ?
Quand vous exorcisez à Nottingham les moyens occasionnels de transport, soyez honnête, et admettez le peu que l'on sait sur le sujet. Rappelez-vous combien récemment vous et d'autres pensiez que l'eau salée tuerait bientôt les graines. Réfléchissez au fait qu'il n'y a pas un îlot corallien dans l'océan qui ne soit assez bien couvert de plantes, et le petit nombre d'espèces peut difficilement être attribué en toute justice à l'arrivée de peu de graines, car les îlots coralliens proches d'autres terres ne supportent que la même végétation limitée. Rappelez-vous que personne ne savait que les graines pouvaient rester pendant de nombreuses heures dans le jabot des oiseaux et conserver leur vitalité ; que les poissons mangent des graines, et que lorsque les poissons sont dévorés par les oiseaux, les graines peuvent germer, etc. Rappelez-vous que chaque année, beaucoup d'oiseaux sont poussés par le vent vers Madère et les Bermudes. Rappelez-vous que de la poussière est soufflée sur 1 000 miles au-dessus de l'Atlantique. Maintenant, en gardant tout cela à l'esprit, ne serait-ce pas un prodige si une île non peuplée ne recevait pas au cours des âges des colons venant des côtes d'où les courants s'écoulent, où les arbres sont transportés par la dérive et les oiseaux poussés par les tempêtes. Les objections au fait que les îles soient ainsi peuplées sont, pour autant que je comprenne, que certains espèces et genres ont été plus librement introduits, et d'autres moins librement qu'on aurait pu s'y attendre. Mais alors la mer tue certaines sortes de graines, d'autres sont tuées par la digestion des oiseaux, et certaines seraient plus sujettes que d'autres à adhérer aux pattes des oiseaux. Mais nous savons si peu de choses sur ces points qu'il me semble que nous ne pouvons absolument pas dire quelles formes seraient probablement introduites et lesquelles ne le seraient pas. Je ne prétends pas un seul instant que ces moyens d'introduction puissent être prouvés avoir agi ; mais ils me semblent suffisants, sans objections valables ou lourdes, tandis qu'il existe, me semble-t-il, les plus lourdes objections sur des bases géologiques et de distribution géographique (pages 387, 388, « Origine » (366/4. Édition III, ou Édition VI, page 323).) aux énormes extensions continentales de Forbes. Mais je crains de vous avoir ennuyé et de continuer à le faire.
LETTRE 367. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN.
(367/1. Dans une lettre du 31 juillet, Sir J.D. Hooker écrivait : « Vous ne devez pas me supposer un champion de la connexion continentale, parce que je ne suis pas favorable à la migration transocéanique... l'une ou l'autre hypothèse me semble bien couvrir les faits des flores océaniques, mais il y a de graves objections aux deux, botaniques à la vôtre, géologiques à celle de Forbes. »)
Les lettres intéressantes suivantes donnent certaines des difficultés de Sir Joseph.
Kew, 4 août 1866.
Vous mentionnez (« Journal ») l’absence d’oiseaux terrestres, hormis ceux introduits, à Sainte-Hélène. Beatson (Introduction xvii) en mentionne un (367/2. Aegialitis sanctae-helenae, un petit pluvier « très étroitement apparenté à une espèce trouvée en Afrique du Sud, mais présentant certaines différences qui lui confèrent le rang d’espèce particulière » (Wallace, « Island Life », page 294). Dans les premières éditions de l'« Origine » (par ex. Édition III, page 422), Darwin écrivait que « Madère ne possède pas un seul oiseau particulier ». Dans l’Édition IV, 1866, page 465, l’erreur a été corrigée.) « en nombre considérable », ressemble à l'alouette des sables – est appelé « oiseau de fil », a de longues pattes verdâtres pareilles à des fils, court vite, les yeux grands, le bec modérément long, est assez craintif, ne possède pas de grandes capacités de vol. Qu’était-ce ? J’ai écrit pour demander à Sclater, également au sujet des oiseaux de Madère et des Açores. Il est très curieux que les Açores ne contiennent pas le genre américain (non européen) Clethra, que l’on trouve à Madère et aux Canaries, et que les Açores ne contiennent aucune trace d’élément américain (au-delà de ce qui est commun à Madère), excepté une espèce de Sanicula, un genre doté de soies crochues sur les petits péricarpes. La Sanicula européenne erre de la Norvège à Madère, aux Canaries, au Cap-Vert, au Cameroun, au cap de Bonne-Espérance, et de la Grande-Bretagne au Japon, et se trouve aussi, je crois, en Amérique du Nord ; mais elle n’existe pas aux Açores, où elle est remplacée par une espèce qui est d'un type décidément américain.
Ceci plaide lourdement contre la doctrine qui joint l’Atlantide à l’Amérique, et va fort à l’encontre de votre migration transocéanique — car, si l’on considère la proximité des Açores avec l’Amérique, et l’influence du Gulf Stream et des vents dominants, cela paraît certainement merveilleux. Non seulement les Açores sont dans un courant qui balaie la côte des États-Unis, mais elles sont dans les vents du sud-ouest, et dans l’œil des ouragans du sud-ouest !
Je suppose que vous répondrez que les formes européennes sont prépotentes, mais c’est abuser de la prépotence.
R.T. Lowe m’a écrit une excellente lettre sur les flores de Madère, des Canaries et du Cap-Vert.
Je vous ai induit en erreur si je vous ai laissé entendre que le catalogue de Wollaston disait quoi que ce soit sur les plantes rares. Je suis épuisé et tourmenté à mort par cette conférence : et je me maudis comme un imbécile à la tête et au cœur mous de l'avoir acceptée.
LETTRE 368. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, lundi [6 août 1866].
Encore merci pour votre lettre. Vous n’avez pas à craindre que je ne rende pas justice à vos objections contre l’hypothèse continentale !
En revenant à la page 344 (368/1. « Origine des espèces », Édition III, pages 343-4 : « Dans certains cas, cependant, comme par la rupture d’un isthme et l’irruption conséquente d’une multitude de nouveaux habitants, ou par la subsidence finale d’une île, l’extinction peut avoir été comparativement rapide. »), il ne m’est jamais venu à l’esprit que vous faisiez allusion à l’extinction de la vie marine : un isthme est un morceau de terre, et vous poursuivez dans la même phrase au sujet d’« une île », ce qui m’a tout à fait dérouté, car la destruction d’un isthme crée une île !
Je n’ai sûrement pas dit que les Açores étaient plus proches de la Grande-Bretagne et de Terre-Neuve « que de Madère », mais « que Madère ne l’est desdits lieux ».
En ce qui concerne les coléoptères de Madère, je me fie très peu à la distribution locale des insectes — ils sont eux-mêmes si locaux. Un papillon est une grande rareté à Kew, même un blanc, bien que nous soyons entourés de jardins maraîchers. Tous les insectes sont très rares chez nous, même les espèces qui abondent de l’autre côté de la Tamise.
Il en va de même pour les coquillages, nous n’en avons littéralement aucun — pas même une Helix, bien qu’elles abondent dans les chemins à 200 mètres des Jardins. Sur les 89 insectes des Desertas, [seulement ?] 11 sont particuliers. Sur les 162 de Porto Santo, 113 sont de Madère et 51 des Desertas.
Ne vous donnez pas la peine d’ennuyer Murray pour la nouvelle édition de l’« Origine » pour moi. Vous me direz tout ce qui se rapporte à mon sujet.
LETTRE 369. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, 7 août 1866.
Cher vieux Darwin,
Vous ne devez pas me laisser vous tourmenter. Je suis un cochon obstiné, mais vous ne devez pas être malheureux du fait que je voie la même chose sous un jour différent du vôtre. Je dois aller au fond de cette question, et c’est tout ce que je peux faire. Un camarade plus intelligent finira un jour par en découvrir le fond, et verra comment expliquer ce qui, pour un botaniste sans théorie à soutenir, doit être de très grandes difficultés. Certes, tout peut être expliqué, comme vous raisonnez que ce le sera — j’admets tout à fait cela ; mais en attendant, tout n’est pas ainsi expliqué, et je ne peux accepter une hypothèse qui laisse tant de faits inexpliqués. Vous dites que les parties tempérées de l’Amérique du Nord [sont] presque deux fois et demie plus éloignées des Açores que l’Europe. Selon un calcul approximatif sur la carte du colonel James, j’évalue la distance des Açores orientales au Portugal à 850, et des Açores occidentales à Terre-Neuve à 1500, mais j’écris à un ami à l’Amirauté pour faire calculer la distance (ce qui ressemble à casser des noix avec le marteau de Nasmyth !)
Les oiseaux européens sont-ils soufflés jusqu’en Amérique ? Les erratiques des Açores sont-ils un fait établi ? J’en ai très grand besoin, bien qu’ils ne soient pas d’une grande importance, car un léger affaissement masquerait toute preuve de ce genre.
Je veux résumer impartialement, en laissant le verdict au jury. Je ne peux le faire sans exposer très clairement toutes les difficultés. Comment savez-vous comment vous vous en sortiriez avec moi si vous étiez continentaliste ! Ensuite, nous devons nous rappeler que je dois affronter une troupe qui est tout entière du côté continental — en fait, presque tous les penseurs, Forbes, Hartung, Heer, Unger, Wollaston, Lowe (Wallace, je suppose), et maintenant Andrew Murray. Je ne prends pas garde à tous ceux-là, et je claque des doigts devant tous sauf vous ; au plus profond de mon âme, je dis consciencieusement que je penche pour votre théorie, mais je ne peux l’accepter comme une vérité établie ou une hypothèse irréprochable.
L’« Oiseau de fil » étant un Grallator est un fait curieux qui vous est favorable... Comme j’ai soif de retourner à Sainte-Hélène.
Bien sûr, j’accepte la preuve ornithologique comme extrêmement solide, bien que la raison pour laquelle ils devraient être soufflés vers l’ouest, et ne pas changer spécifiquement, comme l’ont fait les insectes, les coquillages et les plantes, soit un mystère.
LETTRE 370. À J.D. HOOKER. Down, 8 août [1866].
Ce serait un très grand plaisir pour moi si je pouvais penser que mes lettres vous étaient de la moindre utilité. J’ai dû mal m’exprimer pour que vous supposiez que je considère le peuplement des îles par transport occasionnel comme une hypothèse bien établie. Nous renonçons tous deux à la création, et devons donc rendre compte des habitants des îles soit par des extensions continentales, soit par un transport occasionnel. Or, tout ce que je soutiens, c’est que de ces deux alternatives, dont l’une doit être admise, malgré de très nombreuses difficultés, le transport occasionnel est de loin la plus probable. Je vais plus loin — je soutiens, sachant ce que nous savons, qu’il serait inexplicable que des îles non peuplées ne fussent pas peuplées jusqu’à un certain point au moins par ces moyens occasionnels. Les oiseaux européens sont occasionnellement poussés vers l’Amérique, mais bien plus rarement que dans la direction opposée : ils arrivent via le Groenland (Baird) ; pourtant une alouette européenne a été capturée aux Bermudes.
À propos, vous aimeriez peut-être savoir que les oiseaux européens migrent régulièrement via les îles du nord vers le Groenland.
À propos des erratiques aux Açores, voir « Origine », page 393. (370/1. « Origine », Édition VI, page 328. L’importance des blocs erratiques sur les Açores réside dans la démonstration de la probabilité que des graines transportées par la glace aient peuplé les îles, expliquant ainsi le nombre d’espèces européennes et leur caractère inopinément boréal. Le plaisir de Darwin à la vérification de sa théorie est décrit dans une lettre à Sir Joseph du 26 avril 1858, dans « Life and Letters », II, page 112.) Hartung pouvait difficilement se tromper sur des blocs de granit sur une île volcanique.
Je ne pense pas que ce soit un mystère que les oiseaux n’aient pas été modifiés à Madère. (370/2. « Origine », Édition VI, page 328. Madère n’a qu’un seul oiseau endémique. Darwin explique le fait par le fait que l’île a été peuplée d’oiseaux qui avaient lutté ensemble et étaient devenus mutuellement co-adaptés sur les continents voisins. « Par conséquent, une fois installée dans leurs nouveaux foyers, chaque espèce a été maintenue par les autres à sa place et dans ses habitudes, et a par conséquent été peu susceptible de modification. » Le croisement avec des immigrants arrivant fréquemment tendra aussi à limiter la modification.) Je vous prie de regarder la page 422 de l’« Origine » [Édition III]. Vous ne penseriez pas que c’est un mystère si vous aviez vu les longues listes que j’ai (quelque part) des oiseaux soufflés annuellement, même en bandes, vers Madère. Le stock croisé serait le plus vigoureux.
Rappelez-vous, si vous ne venez pas ici avant Nottingham, si vous ne venez pas après, je me considérerai comme diaboliquement mal traité.
LETTRE 371. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, 9 août 1866.
Si mes lettres ne vous agaçaient pas, il est impossible que vous supposiez que les vôtres ne me sont d’aucune utilité ! Je laisserais tomber toute l’affaire sans la correspondance avec vous, qui est le seul morceau d’argent dans cette affaire. Je trouve dégoûtant de devoir insister sur une spécialité dans laquelle je ne vois pas plus loin que je ne le pouvais avant de commencer. Certes, j’ai une notion bien plus claire des pour et des contre des deux côtés (bien que ce fussent des faits oubliés plutôt que des redécouvertes). Je vois les parois du puits plus bas plus distinctement, mais le fond est aussi obscur que jamais.
Je pense connaître l’« Origine » par cœur en ce qui concerne le sujet, et c’est sa lecture qui a suggéré les questions sur les blocs erratiques des Açores et les oiseaux de Madère. Les premiers, vous et moi en avons discuté, et je croyais me souvenir que vous vouliez que cela soit confirmé. Les seconds me frappent ainsi : pourquoi les plantes et les insectes ont-ils été si largement changés et les oiseaux pas du tout ? Je comprends parfaitement et je ressens la force de votre argument en ce qui concerne les oiseaux per se, mais pourquoi ne s’appliquent-ils pas aux insectes et aux plantes ? Ne pouvez-vous pas voir que cela suggère la conclusion que les plantes sont dérivées d’une manière et les oiseaux d’une autre ?
J’ai certainement pris pour acquis que vous supposiez que le peuplement [par] transport occasionnel était quelque chose d’encore plus qu’une « hypothèse bien établie », mais les débatteurs s’arrêtent rarement pour mesurer la force de l’opinion de leur antagoniste.
Je serai avec vous samedi dans huit jours, j’espère. Je serais venu avant, mais j’ai fait si peu de progrès que je ne le pouvais. Je suis maintenant à Sainte-Hélène, et j’irai ensuite aux îles Kerguelen pour finir.
(371/1. Après avoir donné les distances des Açores, etc., par rapport à l’Amérique, Sir Joseph poursuit : --)
Mais à mon avis, [cela] n’arrange pas l’affaire — car je ne demande pas pourquoi les Açores ont même proportionnellement (à la distance) un plus petit nombre de plantes américaines, mais pourquoi elles n’en ont aucune, étant donné que les vents et les courants se dirigent de ce côté. Les Bermudes sont toutes américaines dans leur flore, mais d’après ce que le colonel Munro m’informe, je dirais qu’elles n’ont rien d’autre que des mauvaises herbes américaines communes et le genévrier (cèdre). Aucune forme changée, pourtant elles sont aussi loin de l’Amérique que les Açores le sont de l’Europe. Je suppose qu’elles sont modernes et hors du champ.
...Il y a cette différence, pour moi stupéfiante, entre certaines îles océaniques qui ont été peuplées par extension continentale et celles peuplées par immigration (en suivant dans les deux définitions votre opinion), que les premières [continentales] contiennent de nombreux types du continent le plus éloigné, les secondes n’en contiennent aucun ! Prenez Madagascar, avec ses nombreux genres asiatiques inconnus en Afrique ; Ceylan, avec de nombreux types malais non péninsulaires ; le Japon, avec de nombreux types américains non asiatiques. Le fait de Baird sur la migration du Groenland, j’en avais connaissance depuis que j’ai écrit mon article sur l’Arctique. Je souhaiterais être aussi satisfait des [extensions] continentales ou des moyens de transport que je le suis de mon hypothèse sur le Groenland !
Oh, mon Dieu, quel réconfort d’avoir une croyance (ricanez donc).
LETTRE 372. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, 4 décembre 1866.
Je viens de terminer le « Manuel » de Nouvelle-Zélande (372/1. « Handbook of the New Zealand Flora »), et je réfléchis à une discussion sur la distribution géographique, etc., des plantes. Il n’y a presque pas une seule plante annuelle indigène dans le groupe. Je souhaiterais en savoir plus sur la condition passée des îles, et si elles se sont élevées ou abaissées. Il y a beaucoup de choses qui suggèrent l’idée que les îles étaient autrefois connectées pendant une époque plus chaude, ont été séparées par la suite et leur superficie a été très réduite par rapport à ce qu’elle est maintenant, et enfin ont pris leur taille actuelle. La remarquable uniformité générale de la flore, même de la flore arborée, à travers tant de degrés de latitude, est un trait très remarquable, tout comme la représentation d’un bon nombre de la moitié sud de certaines espèces du nord, par des variétés ou des espèces très étroitement apparentées ; et enfin, il y a l’immense prépondérance de certains genres dont les espèces s’interpénètrent toutes et varient horriblement, et qui suggèrent une zone en élévation. J’apprends qu’une baleine a été trouvée à quelques kilomètres à l’intérieur des terres.
LETTRE 373. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, 14 décembre 1866.
Je ne vois pas comment les montagnes de Nouvelle-Zélande, d’Australie du Sud et de Tasmanie auraient pu être peuplées, et [avec] une si grande étendue de formes antarctiques (373/1. « Introductory Essay to Flora of New Zealand », page xx. « Les plantes des îles antarctiques, qui sont également natives de Nouvelle-Zélande, de Tasmanie et d’Australie, se trouvent presque invariablement seulement sur les hautes montagnes de ces pays. ») communes à la Terre de Feu, sans une certaine intercommunication. Et j’ai toujours supposé que cela datait d’avant l’immigration des plantes asiatiques en Australie, plantes dont les plantes tempérées et tropicales de ce pays peuvent être considérées comme des formes altérées. La présence de tant de ces genres australiens et néo-zélandais tempérés et froids au sommet du Kini Balu à Bornéo (sous l’équateur) est un effrayant sujet d’étonnement, et exige une distribution septentrionale très étendue des formes tempérées australiennes. C’est une supposition effrayante que les plaines de Bornéo aient été couvertes d’une végétation tempérée froide qui fut poussée sur le Kini Balu par le froid de retour. Ensuite, il y a la distribution très lointaine de quelques types australiens vers le nord jusqu’aux Philippines, à la Chine et au Japon : c’est un fait effrayant et merveilleux, bien que, comme ces plantes sont aussi en Nouvelle-Zélande pour la plupart, la migration vers le nord ait pu se faire à l’est de l’Australie.
LETTRE 374. À J.D. HOOKER. 24 décembre [1866].
...Un mot de plus sur la flore dérivée d’une terre antarctique pléistocène supposée nécessitant une intercommunication terrestre. Cela dépendra beaucoup, me semble-t-il, de la mesure dans laquelle vous déciderez finalement si les Açores, le Cap-Vert, Tristan da Cunha, les Galapagos, Juan Fernández, etc., etc., etc., ont tous eu une intercommunication terrestre. Si vous ne pensez pas cela nécessaire, la Nouvelle-Zélande, etc., n’auraient-elles pas pu être peuplées durant le début de la période glaciaire par des moyens occasionnels depuis une terre antarctique ? Quant aux basses terres de Bornéo habitées par un nombre modéré de formes tempérées durant la période glaciaire, c’est si loin d’apparaître comme une « supposition effrayante » que je suis arrivé à ce degré de bigoterie que je regarde cela comme prouvé !
LETTRE 375. J.D. HOOKER À CHARLES DARWIN. Kew, 25 décembre 1866.
J’étais sur le point d’écrire aujourd’hui, quand votre joyeuse lettre est arrivée ce matin, pour vous dire qu’après avoir soigneusement parcouru la flore de N.-Z., je trouve qu’il n’y a qu’environ trente dicotylédones annuelles réputées indigènes, dont presque la moitié, n’ayant pas été trouvées par Banks et Solander, sont probablement non indigènes. C’est juste 1/20e des dicots, ou, en excluant les douteuses, environ 1/40e, alors que la proportion britannique d’annuelles est de 1/4,6 parmi les dicots !!! Parmi les plantes naturalisées de Nouvelle-Zélande, la moitié sont annuelles ! Je suppose qu’il ne peut y avoir de doute qu’une végétation à feuilles caduques offre plus de conditions à la vie végétale qu’une végétation à feuilles persistantes, et que c’est pour cela que nous trouvons les pays caractérisés par des climats uniformes pauvres en espèces, et que celles-ci sont des plantes à feuilles persistantes. Je peux maintenant élaborer ce point pour la Nouvelle-Zélande et la Grande-Bretagne. Le Japon peut être une exception : c’est un pays extraordinaire à feuilles persistantes, et il a beaucoup d’espèces apparemment, mais il a tellement de nouveautés qu’il n’est peut-être pas si riche en espèces en réalité qu’il y paraît, et je crois vraiment qu’il est très pauvre. Il a très peu d’annuelles. Ensuite, encore, je pense que le nombre de plantes à fleurs irrégulières, et surtout celles qui nécessitent l’action des insectes, diminue beaucoup avec la persistance des feuilles. Par conséquent, dans toutes les régions tempérées humides, nous avons, en règle générale, peu d’espèces, beaucoup de feuilles persistantes, peu d’annuelles, peu de légumineuses et d’orchidées, peu de lépidoptères et autres insectes volants, beaucoup de conifères, amentacées, graminées, cypéracées, et autres arbres et plantes fertilisés par le vent, etc. Les orchidées et les légumineuses sont rares dans les îlots, parce que les insectes fertilisateurs nécessaires n’ont pas migré avec les plantes. Peut-être avez-vous publié ceci.
LETTRE 376. À J.D. HOOKER. Down, 9 janvier [1867].
J’aime la première partie de votre article dans le « Gard. Chronicle » (376/1. La conférence sur les Flores Insulaires (« Gard. Chron. » janvier 1867).) à un degré extraordinaire : vous n’avez jamais, à mon avis, écrit rien de mieux. Vous demandez toutes les critiques, même mineures. Dans la première colonne, vous parlez de l’absence de plantes alpines et de remplacement par zones, ce qui frappera tout le monde d’étonnement après avoir lu Humboldt et Webb sur les zones à Tenerife. Ne voulez-vous pas dire plantes boréales ou arctiques ? (376/2. Le passage auquel il semble être fait référence mentionne bien l’absence de plantes BORÉALES.) Dans la troisième colonne, vous parlez comme si les sauvages (376/3. « De telles plantes sur les îles océaniques sont, comme les sauvages qui dans certaines îles ont été si longtemps les seuls témoins de leur existence, les derniers représentants de leurs races respectives. ») avaient généralement vu les plantes endémiques des îles atlantiques. Or, comme vous le savez bien, les Canaries seules parmi tous les archipels étaient habitées. Dans la troisième colonne, avez-vous vraiment des matériaux pour parler de confirmer la proportion d’insectes ailés et aptères sur les îles ?
Votre comparaison des plantes de Madère avec les îlots de Grande-Bretagne est admirable. (376/4. « Que dirions-nous, par exemple, si une plante si totalement différente de tout ce qui est britannique comme le Monizia edulis... était trouvée sur un îlot rocheux des Scilly, ou une autre plante ombellifère, Melanoselinum... sur une montagne au Pays de Galles ; ou si l’île de Wight et les îles Scilly avaient des variétés, des espèces et des genres aussi, différents de tout ce qui existe en Grande-Bretagne, et trouvés nulle part ailleurs dans le monde ! »)
Je dois faire allusion à l’une de vos dernières notes avec un cas très curieux de proportion d’annuelles en Nouvelle-Zélande. (376/5. Sur ce sujet, voir l’article intéressant de Hildebrand « Die Lebensdauer der Pflanzen » (Engler’s « Botanische Jahrbücher », Volume II, 1882, page 51). Il montre que les annuelles sont rares dans les terres désertiques très sèches, dans les régions nordiques et alpines.)
Les annuelles sont-elles adaptées aux saisons courtes, comme dans les régions arctiques, ou les pays tropicaux avec saison sèche, ou pour les terrains périodiquement perturbés et cultivés ? Vous parlez de la végétation à feuilles persistantes comme conduisant à peu de conditions ou des conditions confinées ; mais la végétation à feuilles persistantes n’est-elle pas liée à un climat humide et équable ? Un climat très humide n’implique-t-il pas presque (Tyndall) un climat équable ?
Je n’ai jamais imprimé un mot dont je me souvienne au sujet des orchidées et des plantes papilionacées qui seraient peu nombreuses dans les îles à cause de la rareté des insectes ; et je me souviens que vous avez crié après moi quand j’ai suggéré cela à propos des Papilionacées en Nouvelle-Zélande, et de la déclaration sur le trèfle qui ne produisait pas de graines là-bas jusqu’à ce que l’abeille domestique soit introduite, comme je l’ai déclaré dans mon article dans le « Gard. Chronicle ». (376/6. « Dans un vieux numéro du « Gardeners’ Chronicle », un extrait est donné d’un journal de Nouvelle-Zélande dans lequel beaucoup de surprise est exprimée que le trèfle introduit n’ait jamais produit de graines librement jusqu’à ce que l’abeille domestique soit introduite. » « On the Agency of Bees in the Fertilisation of Papilionaceous Flowers... » (« Gard. Chron. » 1858, page 828). Voir Lettre 362, note.) J’ai été ces derniers jours vexé et ennuyé à un degré stupide d’apprendre que mon manuscrit sur les Animaux Domestiques, etc., fera deux volumes, tous deux plus gros que l’« Origine ». Les volumes devront être in-octavo de taille normale, j’ai donc écrit à Murray pour suggérer que les détails soient imprimés en petits caractères. Mais je sens que la taille est tout à fait ridicule par rapport au sujet. Je suis prêt à jurer contre moi-même et contre tout imbécile qui écrit un livre.
LETTRE 377. À J.D. HOOKER. Down, 15 janvier [1867].
Merci pour votre joyeuse lettre. J'ai lu votre second article (377/1. La conférence sur les flores insulaires fut publiée en plusieurs épisodes dans le « Gardeners' Chronicle », les 5, 12, 19 et 26 janvier 1867.), et je l'aime encore plus que le premier, et je ne saurais rien dire de plus. Par pur hasard, je suis tombé hier sur un passage de Humboldt selon lequel une violette pousse sur le pic de Tenerife, commune avec les Pyrénées. Si Humboldt a raison de dire que les îles Canaries situées le plus près du continent ont un caractère africain beaucoup plus marqué que les autres, ne devriez-vous pas simplement y faire allusion ? Je ne sais pas si vous admettez, et si vous y faites allusion le cas échéant, l'opinion qui me semble probable, à savoir que la plupart des genres confinés aux îles de l'Atlantique (je ne dis pas les espèces) existaient à l'origine en Europe, en étaient issus, et se sont éteints sur ce continent. J'expliquerais ainsi la communauté de genres particuliers dans les différentes îles de l'Atlantique. Ce que vous dites sur les îles Salvages est excellent. (377/2. Les Salvages sont des îlots rocheux situés à mi-chemin entre Madère et les Canaries ; ils possèdent une flore atlantique au lieu d'une flore composée d'immigrants africains, comme on aurait pu s'y attendre. (« Insular Floras », page 5 de l'exemplaire séparé.)) Je suis heureux que vous parliez de LIEN, bien que cela semble un peu trop étroit, au lieu d'une continuité. Tout ce qui concerne Sainte-Hélène est grandiose. Vous n'avez aucune foi, mais si je connaissais quelqu'un qui vit à Sainte-Hélène, je le supplierais de m'envoyer un baril ou deux de terre prélevée à quelques pouces sous la surface dans la partie supérieure de l'île, ainsi que dans n'importe quel étang asséché, et ainsi, aussi vrai que je suis un tortillard, je recevrais une multitude de plantes disparues.
Je vous avais suggéré d'étudier la proportion de plantes à fleurs irrégulières sur les îles ; je l'ai fait après avoir donné une très courte discussion sur les fleurs irrégulières dans mon article sur le Lythrum. (377/3. « Linn. Soc. Journ. » VIII, 1865, page 169.) Mais qu'est-ce qu'une simple suggestion comme celle-ci a à voir avec le mien et le tien ? Vous m'avez beaucoup réconforté au sujet de l'ampleur de mon livre, qui me rend pourtant malade rien que d'y penser.