L'ALLEMAGNE ET L'AGRICOLA DE TACITE.
TRADUCTION D'OXFORD RÉVISÉE, AVEC NOTES.
Par Tacite
Avec une introduction d'Edward Brooks, Jr.
INTRODUCTION.
On sait fort peu de chose sur la vie de l'historien Tacite, si ce n'est ce qu'il nous apprend lui-même dans ses écrits et les incidents rapportés à son sujet par son contemporain, Pline.
Son nom complet était Caius Cornelius Tacitus. La date de sa naissance ne peut être établie que par conjecture, et encore, de manière approximative. Le jeune Pline parle de lui comme prope modum aequales, à peu près du même âge. Pline est né en 61. Tacite, cependant, occupait la charge de questeur sous Vespasien en 78 ap. J.-C., époque à laquelle il devait donc avoir au moins vingt-cinq ans. Cela fixerait la date de sa naissance au plus tard en 53 ap. J.-C. Il est donc probable que Tacite fut l'aîné de Pline de plusieurs années.
Sa parenté est également une question de pure conjecture. Le nom Cornelius était courant chez les Romains, de sorte que nous ne pouvons en tirer aucune conclusion. Le fait qu'il ait occupé très jeune une charge publique importante indique qu'il était né d'une bonne famille, et il n'est pas impossible que son père fût un certain Cornelius Tacitus, chevalier romain, qui fut procurateur en Gaule belgique, et dont Pline l'Ancien parle dans son « Histoire naturelle ».
De la jeunesse de Tacite et de la formation qu'il suivit en préparation de ces efforts littéraires qui firent de lui par la suite une figure marquante parmi les gens de lettres romains, nous ne savons absolument rien.
Sur les événements de sa vie qui se déroulèrent après qu'il eut atteint l'âge d'homme, nous ne savons guère plus que ce qu'il a lui-même consigné dans ses écrits. Il occupait une position d'une certaine éminence comme plaideur au barreau romain, et en 77 ap. J.-C., il épousa la fille de Julius Agricola, citoyen humain et honorable, qui était à cette époque consul et fut par la suite nommé gouverneur de Bretagne. Il est fort possible que cette alliance très avantageuse ait hâté sa promotion à la charge de questeur sous Vespasien.
Sous Domitien, en 88, Tacite fut nommé l'un des quinze commissaires chargés de présider la célébration des jeux séculaires. La même année, il occupa la charge de préteur et fut membre de l'un des plus sélects des anciens collèges sacerdotaux, où la condition requise pour être membre était d'être né d'une bonne famille.
L'année suivante, il semble avoir quitté Rome, et il est possible qu'il ait visité l'Allemagne et y ait acquis ses connaissances et ses informations concernant les mœurs et coutumes de son peuple, dont il fait le sujet de son ouvrage connu sous le nom de « Germanie ».
Il ne retourna à Rome qu'en 93, après une absence de quatre ans, période durant laquelle son beau-père mourut.
Quelque temps entre les années 93 et 97, il fut élu au sénat, et durant cette période, il fut témoin des meurtres judiciaires de nombre des meilleurs citoyens de Rome, perpétrés sous le règne de Domitien. Étant lui-même sénateur, il sentit qu'il n'était pas entièrement innocent des crimes qui furent commis, et dans son « Agricola », nous le voyons exprimer ce sentiment en ces termes : « Nos propres mains traînèrent Helvidius en prison ; nous-mêmes fûmes torturés par le spectacle de Mauricus et de Rusticus, et aspergés du sang innocent de Senecio. »
En 97, il fut élu au consulat pour succéder à Virginius Rufus, qui mourut durant son mandat et aux funérailles duquel Tacite prononça une oraison d'une telle manière qu'elle fit dire à Pline : « La bonne fortune de Virginius fut couronnée par le fait d'avoir le plus éloquent des panégyristes. »
En 99, Tacite fut nommé par le sénat, avec Pline, pour mener l'accusation contre un grand délinquant politique, Marius Priscus, qui, en tant que proconsul d'Afrique, avait géré avec corruption les affaires de sa province. Nous avons le témoignage de son associé selon lequel Tacite fit une réponse des plus éloquentes et dignes aux arguments qui furent avancés par la défense. L'accusation réussit, et Pline et Tacite reçurent tous deux un vote de remerciements du sénat pour leurs efforts éminents et efficaces dans la conduite de l'affaire.
La date exacte de la mort de Tacite n'est pas connue, mais dans ses « Annales », il semble faire allusion à l'extension réussie des campagnes orientales de l'empereur Trajan durant les années 115 à 117, de sorte qu'il est probable qu'il ait vécu jusqu'en 117.
Tacite jouissait d'une réputation étendue de son vivant. À une occasion, on raconte que, alors qu'il était assis au cirque lors de la célébration de quelques jeux, un chevalier romain lui demanda s'il venait d'Italie ou des provinces. Tacite répondit : « Vous me connaissez par vos lectures », à quoi le chevalier répliqua promptement : « Êtes-vous donc Tacite ou Pline ? »
Il est également digne de noter que l'empereur Marcus Claudius Tacitus, qui régna durant le troisième siècle, prétendit descendre de l'historien, et ordonna que dix copies de ses ouvrages fussent publiées chaque année et placées dans les bibliothèques publiques.
La liste des œuvres existantes de Tacite est la suivante : la « Germanie » ; la « Vie d'Agricola » ; le « Dialogue des orateurs » ; les « Histoires » et les « Annales ».
Les pages suivantes contiennent des traductions des deux premiers de ces ouvrages. La « Germanie », dont le titre complet est « De la situation, des mœurs et des habitants de l'Allemagne », contient peu de valeur d'un point de vue historique. Elle décrit avec vivacité l'esprit farouche et indépendant des nations germaniques, avec de nombreuses suggestions quant aux dangers que l'empire courait de la part de ce peuple. L'« Agricola » est une esquisse biographique du beau-père de l'écrivain, qui, comme il a été dit, était un homme distingué et gouverneur de Bretagne. C'est l'un des premiers ouvrages de l'auteur et il fut probablement écrit peu après la mort de Domitien, en 96. Cet ouvrage, aussi court soit-il, a toujours été considéré comme un spécimen admirable de biographie en raison de la grâce et de la dignité de son expression. Quoi qu'il puisse être par ailleurs, c'est un hommage gracieux et affectueux à un homme intègre et excellent.
Le « Dialogue des orateurs » traite du déclin de l'éloquence sous l'empire. Il est sous la forme d'un dialogue et représente deux membres éminents du barreau romain discutant du changement en pire qui s'était produit dans l'éducation précoce de la jeunesse romaine.
Les « Histoires » relatent les événements qui se déroulèrent à Rome, commençant avec l'avènement de Galba, en 68, et se terminant avec le règne de Domitien, en 97. Seuls quatre livres et un fragment d'un cinquième nous ont été conservés. Ces livres contiennent un compte rendu des brefs règnes de Galba, Othon et Vitellius. La portion du cinquième livre qui a été préservée contient un récit intéressant, quoique plutôt partial, du caractère, des coutumes et de la religion de la nation juive, vus du point de vue d'un citoyen cultivé de Rome.
Les « Annales » contiennent l'histoire de l'empire depuis la mort d'Auguste, en 14, jusqu'à la mort de Néron, en 68, et consistaient à l'origine en seize livres. De ceux-ci, seuls neuf nous sont parvenus dans un état de conservation complète, et des sept autres, nous n'avons que des fragments de trois. Sur une période de cinquante-quatre ans, nous avons l'histoire d'environ quarante ans.
Le style de Tacite est, peut-être, noté principalement pour sa concision. La brièveté tacitéenne est proverbiale, et nombre de ses phrases sont si brèves, et laissent tant au lecteur pour lire entre les lignes, qu'afin d'être compris et apprécié, l'auteur doit être lu et relu, de peur que le lecteur ne manque le point de certaines de ses pensées les plus excellentes. Un tel auteur présente des difficultés graves, sinon insurmontables, au traducteur, mais malgré ce fait, les pages suivantes ne peuvent manquer d'impressionner le lecteur par le génie de Tacite.
TRAITÉ SUR LA SITUATION, LES MŒURS ET LES HABITANTS DE L'ALLEMAGNE. [1]
1. L'Allemagne [2] est séparée de la Gaule, de la Rhétie [3] et de la Pannonie [4] par les fleuves Rhin et Danube ; de la Sarmatie et de la Dacie par des montagnes [5] et une crainte mutuelle. Le reste est entouré par un océan, embrassant de larges promontoires [6] et de vastes étendues insulaires [7], dans lesquelles nos expéditions militaires ont récemment découvert diverses nations et royaumes. Le Rhin, issu du sommet inaccessible et escarpé des Alpes rhétiques [8], s'incurve doucement vers l'ouest et se jette dans l'Océan septentrional. Le Danube, jailli de la crête facile et doucement élevée du mont Abnoba [9], visite plusieurs nations dans son cours, jusqu'à ce qu'enfin il se déverse [10] par six canaux [11] dans la mer Pontique ; un septième se perd dans des marais.
2. Les peuples d'Allemagne me paraissent indigènes [12] et exempts de mélange avec des étrangers, que ce soit comme colons ou visiteurs occasionnels. Car les émigrants des âges passés effectuaient leurs expéditions non par terre, mais par eau [13] ; et cet immense, et, si je puis dire, hostile océan, est rarement navigué par des navires de notre monde [14]. Puis, outre le danger d'une mer agitée et inconnue, qui abandonnerait l'Asie, l'Afrique ou l'Italie pour l'Allemagne, une terre rude en sa surface, rigoureuse en son climat, sans gaieté pour quiconque la contemple ou la cultive, si ce n'est un indigène ? Dans leurs chants anciens [15], qui sont leurs seuls registres ou annales, ils célèbrent le dieu Tuisto [16], issu de la terre, et son fils Mannus, comme les pères et fondateurs de leur race. À Mannus, ils attribuent trois fils, d'après les noms desquels [17] les peuples bordant l'océan sont appelés Ingaevones ; ceux habitant les parties centrales, Herminones ; les autres, Istaevones. Certains [18], cependant, assumant la licence de l'antiquité, affirment qu'il y eut plus de descendants du dieu, d'où davantage d'appellations furent dérivées ; comme celles des Marses [19], des Gambriviens [20], des Suèves [21] et des Vandales [22] ; et que ce sont là les noms authentiques et originaux [23]. Celui d'Allemagne, d'autre part, ils affirment être un ajout moderne [24] ; car les peuples qui traversèrent le premier le Rhin, expulsèrent les Gaulois, et sont maintenant appelés Tungri, étaient alors nommés Germains ; laquelle appellation d'une tribu particulière, non d'un peuple entier, prévalut graduellement ; de sorte que le titre de Germains, d'abord assumé par les vainqueurs afin d'exciter la terreur, fut par la suite adopté par la nation en général [25]. Ils ont également la tradition d'un Hercule [26] de leur pays, dont ils chantent les louanges avant celles de tous les autres héros tandis qu'ils s'avancent au combat.
3. Une sorte particulière de vers est aussi courante parmi eux, par la récitation desquels, nommée « bardit » [27], ils stimulent leur courage ; tandis que le son lui-même sert d'augure de l'événement du combat imminent. Car, selon la nature du cri procédant de la ligne, la terreur est inspirée ou ressentie : et cela ne semble pas tant un chant articulé qu'un chœur sauvage de valeur. Une note âpre, perçante, et un rugissement rompu, sont les tons favoris ; qu'ils rendent plus pleins et sonores en appliquant leurs bouches à leurs boucliers [28]. Certains conjecturent qu'Ulysse, au cours de ses longues et fabuleuses errances, fut poussé dans cet océan et débarqua en Allemagne ; et qu'Asciburgium [29], lieu situé sur le Rhin, et habité à ce jour, fut fondé par lui et nommé Askipurgion. Ils prétendent qu'un autel fut autrefois découvert ici, consacré à Ulysse, avec le nom de son père Laërte ajouté ; et que certains monuments et tombes, inscrits en caractères grecs [30], sont encore existants sur les confins de l'Allemagne et de la Rhétie. Ces allégations, je ne tenterai ni de les confirmer ni de les réfuter : que chacun croie à leur sujet comme il est disposé.
4. Je partage l'opinion de ceux qui jugent que les Germains ne se sont jamais mariés avec d'autres nations ; mais qu'ils sont une race pure, non mélangée et marquée d'un caractère distinct. D'où une ressemblance familiale imprègne l'ensemble, bien que leur nombre soit si grand : yeux sévères et bleus ; cheveux roux ; grands corps [31], puissants dans des efforts soudains, mais impatients du labeur et du travail, moins capables que tout autre de soutenir la soif et la chaleur. Le froid et la faim, ils sont accoutumés par leur climat et leur sol à les endurer.
5. La terre, bien que variée dans une mesure considérable dans son aspect, est pourtant universellement hérissée de forêts, ou déformée par des marais : plus humide du côté de la Gaule, plus froide du côté du Norique et de la Pannonie [32]. Elle est productive de grain, mais peu clémente aux arbres fruitiers [33]. Elle abonde en troupeaux, mais en général d'une petite race. Même le genre bovin est dépourvu de sa statuaire et de sa dignité de tête habituelles [34] : ils sont cependant nombreux, et forment l'espèce de richesse la plus estimée, et, en vérité, la seule. L'argent et l'or, les dieux, je ne sais si en leur faveur ou colère, les ont refusés à ce pays [35]. Non pas que je soutiendrais qu'aucune veine de ces métaux n'est générée en Allemagne ; car qui a fait la recherche ? La possession d'eux n'est pas convoitée par ces peuples comme elle l'est par nous. Des vaisseaux d'argent sont en effet à voir parmi eux, qui ont été offerts à leurs ambassadeurs et chefs ; mais ils ne sont tenus en aucune estime supérieure à la terre cuite. Les frontaliers, cependant, attachent de la valeur à l'or et à l'argent dans le but du commerce, et ont appris à distinguer plusieurs sortes de notre monnaie, dont certaines ils préfèrent à d'autres : les habitants les plus éloignés continuent l'usage plus simple et ancien de troquer les marchandises. L'argent préféré par les Germains est l'espèce ancienne et bien connue, telle que les Serrati et Bigati [36]. Ils sont aussi plus satisfaits avec l'argent qu'avec l'or [37] ; non en raison d'une quelconque affection pour ce métal, mais parce que la petite monnaie est plus pratique dans leur commerce commun et petit.
6. Même le fer n'est pas abondant [38] parmi eux ; comme peut l'inférer la nature de leurs armes. Les épées ou les larges lances sont rarement utilisées ; mais ils portent généralement une lance (appelée dans leur langue framea [39]), qui a une lame de fer, courte et étroite, mais si tranchante et maniable que, selon que l'occasion l'exige, ils l'emploient soit dans le combat rapproché ou distant [40]. Cette lance et un bouclier sont toute l'armure de la cavalerie. Les fantassins ont, en outre, des armes de jet, plusieurs par homme, qu'ils lancent à une distance immense [41]. Ils sont soit nus [42], soit légèrement couverts d'un petit manteau ; et n'ont aucune fierté dans l'équipement : leurs boucliers seulement sont ornés des couleurs les plus choisies [43]. Peu sont pourvus d'une cotte de mailles [44] ; et à peine ici et là un seul avec un casque ou heaume [45]. Leurs chevaux ne sont remarquables ni par la beauté ni par la vitesse, et ils ne sont pas enseignés aux diverses évolutions pratiquées avec nous. La cavalerie fonce soit tout droit, soit pivote une fois vers la droite, dans un corps si compact que nul n'est laissé en arrière des autres. Leur force principale, dans l'ensemble, consiste dans leur infanterie : d'où, dans un engagement, ceux-ci sont mélangés avec la cavalerie [46] ; si bien accordée avec la nature des combats équestres est l'agilité de ces soldats de pied, qu'ils sélectionnent parmi tout le corps de leur jeunesse, et placent en avant de la ligne. Leur nombre, aussi, est déterminé : cent de chaque canton [47] ; et ils sont distingués à la maison par un nom expressif de cette circonstance ; de sorte que ce qui au début n'était qu'une appellation de nombre, devient dès lors un titre d'honneur. Leur ligne de bataille est disposée en coins [48]. Céder du terrain, pourvu qu'ils se rallient à nouveau, est considéré plutôt comme un stratagème prudent que comme de la lâcheté. Ils emportent leurs morts même alors que la bataille reste indécise. La plus grande disgrâce qui puisse leur arriver est d'avoir abandonné leurs boucliers [49]. Une personne marquée de cette ignominie n'est pas permise de se joindre à leurs rites religieux, ou d'entrer dans leurs assemblées ; de sorte que beaucoup, après avoir échappé à la bataille, ont mis fin à leur infamie par la corde.
7. Dans l'élection des rois, ils ont égard à la naissance ; dans celle des généraux [50], à la valeur. Leurs rois n'ont pas un pouvoir absolu ou illimité [51] ; et leurs généraux commandent moins par la force de l'autorité que par l'exemple. S'ils sont audacieux, aventureux et remarquables dans l'action, ils procurent l'obéissance par l'admiration qu'ils inspirent. Nul, cependant, sauf les prêtres [52], n'est permis de juger les délinquants, d'infliger des liens ou des coups ; de sorte que le châtiment n'apparaît pas comme un acte de discipline militaire, mais comme l'instigation du dieu qu'ils supposent présent avec les guerriers. Ils emportent aussi avec eux au combat certaines images et étendards pris dans les bois sacrés [53]. C'est une incitation principale à leur courage que leurs escadrons et bataillons ne soient pas formés par des hommes fortuitement rassemblés, mais par l'assemblage de familles et de clans. Leurs gages aussi sont à portée de main ; ils ont à portée d'oreille les cris de leurs femmes, et les pleurs de leurs enfants. Ceux-ci, aussi, sont les témoins les plus révérés de la conduite de chaque homme, ceux-ci ses plus libéraux applaudisseurs. À leurs mères et à leurs épouses, ils apportent leurs blessures pour soulagement, et celles-ci ne craignent pas de compter ou de rechercher les entailles. Les femmes administrent aussi nourriture et encouragement à ceux qui se battent.
8. La tradition rapporte que des armées commençant à céder ont été ralliées par les femmes, par l'empressement de leurs supplications, l'interposition de leurs corps [54], et les images qu'elles ont dessinées de l'esclavage imminent [55], une calamité que ces peuples portent avec plus d'impatience pour leurs femmes que pour eux-mêmes ; de sorte que les États qui ont été obligés de donner parmi leurs otages les filles de familles nobles, sont les plus efficacement liés à la fidélité [56]. Ils supposent même quelque chose de sainteté et de prescience inhérent au sexe féminin ; et par conséquent ne méprisent ni leurs conseils [57], ni ne négligent leurs réponses [58]. Nous avons contemplé, sous le règne de Vespasien, Veleda [59], longtemps révérée par beaucoup comme une divinité. Aurinia, de plus, et plusieurs autres [60], furent autrefois tenues en égale vénération, mais non avec une servile flatterie, ni comme si elles en faisaient des déesses [61].
9. Des dieux, Mercure [62] est l'objet principal de leur adoration ; qu'ils pensent licite de propitier, certains jours [63], même avec des victimes humaines. À Hercule et Mars [64], ils offrent les animaux habituellement alloués pour le sacrifice [65]. Certains des Suèves accomplissent aussi des rites sacrés pour Isis. Quelle fut la cause et l'origine de ce culte étranger, je n'ai pas été capable de le découvrir ; si ce n'est que le fait qu'elle soit représentée avec le symbole d'une galère semble indiquer une religion importée [66]. Ils conçoivent comme indigne de la grandeur des êtres célestes de confiner leurs divinités entre des murs, ou de les représenter sous une similitude humaine [67] : les bois et les bosquets sont leurs temples ; et ils apposent des noms de divinité à ce pouvoir secret, qu'ils contemplent avec l'œil de l'adoration seule.
Nulle part on ne s’adonne avec plus de ferveur à la divination par les présages et par le sort. La méthode de ce dernier est fort simple : on coupe une branche d’arbre fruitier en petits morceaux, on les marque de signes distinctifs, puis on les jette au hasard sur une étoffe blanche. Ensuite, le prêtre du canton, s’il s’agit d’une affaire publique, ou le chef de famille, s’il s’agit d’une affaire privée, après avoir invoqué les dieux et porté ses yeux au ciel, ramasse trois fois chaque morceau, et en interprète le sens selon les signes qui y sont tracés. Si le résultat est défavorable, on ne consulte plus sur la même affaire ce jour-là ; s’il est propice, on demande encore une confirmation par les augures. Comme les autres nations, les Germains connaissent la pratique consistant à augurer à partir du chant et du vol des oiseaux ; mais il leur est propre de tirer également des avertissements et des présages des chevaux. Certains de ces animaux, d’une blancheur éclatante et préservés de tout travail mortel, sont nourris aux frais du public dans les bois et bosquets sacrés. Attelés à un char consacré, ils sont accompagnés par le prêtre et par le roi ou le chef de la communauté, qui observent attentivement leurs hennissements et leurs ébats ; aucun augure n’est plus respecté, non seulement du peuple, mais aussi des nobles et des prêtres. Ces derniers se considèrent en effet comme les ministres des dieux, et les chevaux comme les confidents de la volonté divine. Un autre genre de divination, par lequel ils cherchent à prévoir l’issue de guerres importantes, consiste à obliger un prisonnier, capturé par quelque moyen que ce soit sur la nation avec laquelle ils sont en conflit, à combattre contre un homme choisi parmi les leurs, chacun armé des armes de son propre pays ; la victoire de l’un ou de l’autre leur sert à présager le succès de l’un ou de l’autre parti.
Les chefs délibèrent sur les affaires de moindre importance ; sur celles qui sont de plus grande conséquence, toute la communauté est consultée ; toutefois, ce qui est renvoyé à la décision du peuple est d’abord mûrement discuté par les chefs. Ils s’assemblent, sauf imprévu soudain, à des jours déterminés, soit à la nouvelle soit à la pleine lune, qu’ils considèrent comme le moment le plus favorable pour entreprendre toute activité. Dans leur calcul du temps, ils ne comptent pas comme nous par le nombre de jours, mais par le nombre de nuits. C’est ainsi qu’ils règlent leurs affaires ; c’est ainsi qu’ils fixent leurs rendez-vous ; de sorte que, chez eux, la nuit semble précéder le jour. L’inconvénient qui résulte de leur liberté est qu’ils ne s’assemblent pas tous à une heure fixe, comme s’ils obéissaient à un commandement ; mais deux ou trois jours sont perdus dans les lenteurs du rassemblement. Quand tous l’estiment bon, ils s’assoient armés. Le silence est ordonné par les prêtres, qui ont en cette occasion un pouvoir coercitif. Puis le roi, ou le chef, et ceux qui se distinguent par l’âge, la naissance, la renommée militaire ou l’éloquence, sont entendus ; ils gagnent l’attention davantage par leur capacité à persuader que par leur autorité à commander. Si une proposition déplaît, l’assemblée la rejette par un murmure inarticulé ; si elle convient, ils entrechoquent leurs javelots ; car l’expression d’assentiment la plus honorable parmi eux est le bruit des armes.
Devant ce conseil, il est également permis de porter des accusations et de poursuivre des crimes capitaux. Les peines varient selon la nature du crime. Les traîtres et les déserteurs sont pendus aux arbres ; les lâches, les couards et ceux qui se rendent coupables de pratiques contre nature sont étouffés dans la boue sous une claie. Cette différence de châtiment repose sur le principe que le crime doit être exposé au grand jour tandis qu’on le punit, mais que la turpitude doit être cachée. Les peines associées aux délits plus légers sont également proportionnées à la faute. Les condamnés sont frappés d’amendes en chevaux et en bétail : une partie de la composition revient au roi ou à l’État, l’autre à la personne lésée ou à ses parents. Dans ces mêmes assemblées, des chefs sont également élus pour rendre la justice à travers les cantons et les districts. Cent compagnons, choisis parmi le peuple, assistent chacun d’eux pour les aider tant par leurs conseils que par leur autorité.
Les Germains ne traitent aucune affaire, publique ou privée, sans être armés ; mais il n’est pas d’usage que quiconque prenne les armes avant que l’État n’ait approuvé son aptitude à les manier. Alors, au milieu de l’assemblée, l’un des chefs, le père ou un parent, équipe le jeune homme d’un bouclier et d’un javelot. C’est pour eux la toge virile ; c’est le premier honneur conféré à la jeunesse : auparavant, ils sont considérés comme faisant partie d’un foyer ; ensuite, de l’État. La dignité de chef est conférée même à de très jeunes gens, dont la lignée est éminemment illustre, ou dont les pères ont rendu des services insignes au public ; ils sont toutefois associés à ceux qui ont une force mûre et qui ont déjà été déclarés capables de servir ; et ils n’ont pas honte d’être vus dans le rang des compagnons. Car l’état de compagnonnage lui-même a ses différents degrés, déterminés par le jugement de celui qu’ils suivent ; il existe une grande émulation parmi les compagnons pour savoir qui occupera la place la plus élevée dans la faveur de son chef, et parmi les chefs, qui excellera par le nombre et la vaillance de ses compagnons. C’est leur dignité, leur force, d’être toujours entourés d’un grand nombre de jeunes gens d’élite, ornement en temps de paix, rempart en temps de guerre. Et non seulement dans son propre pays, mais parmi les États voisins, la renommée et la gloire de chaque chef consistent à se distinguer par le nombre et la bravoure de ses compagnons. Ces chefs sont courtisés par des ambassades, distingués par des présents, et souvent, par leur seule réputation, ils décident d’une guerre.
Sur le champ de bataille, il est déshonorant pour le chef d’être surpassé en vaillance ; il est déshonorant pour les compagnons de ne pas égaler leur chef ; mais c’est un reproche et une infamie que de survivre au chef en quittant le champ de bataille, et cela pour toute la durée de la vie. L’aider, le protéger, attribuer ses propres actions héroïques à sa gloire, tel est leur engagement premier et le plus sacré. Les chefs combattent pour la victoire ; les compagnons pour leur chef. Si leur pays natal est plongé trop longtemps dans la paix et l’inaction, beaucoup de jeunes nobles se tournent vers quelque autre État alors engagé dans une guerre. Car, outre que le repos est peu goûté de leur race, et que les labeurs et les périls leur offrent une meilleure occasion de se distinguer, ils sont incapables, sans la guerre et la violence, de maintenir une suite nombreuse de partisans. Le compagnon exige de la libéralité de son chef le coursier de guerre, la lance sanglante et victorieuse ; et au lieu d’une solde, il s’attend à être pourvu d’une table, certes rustique, mais abondante. Les fonds nécessaires à cette munificence doivent être trouvés dans la guerre et le pillage ; ils ne sont pas si aisément persuadés de cultiver la terre et d’attendre le produit des saisons que de défier l’ennemi et de s’exposer aux blessures ; ils trouvent même vil et sans esprit de gagner par la sueur ce qu’ils pourraient acquérir par le sang.
Durant les intervalles de la guerre, ils passent leur temps moins à la chasse que dans un repos paresseux, partagés entre le sommeil et la table. Tous les plus braves guerriers, confiant le soin de la maison, des affaires familiales et des terres aux femmes, aux vieillards et aux membres les plus faibles de la maisonnée, s’abrutissent dans l’inaction : merveilleux contraste de la nature, qui fait que ces mêmes hommes aiment l’oisiveté tout en détestant la tranquillité ! Il est d’usage que les différents États présentent, par des contributions volontaires et individuelles, du bétail ou du grain à leurs chefs ; ils les acceptent comme des cadeaux honorifiques, tout en y trouvant des subsistances nécessaires. Ils sont particulièrement sensibles aux présents des nations voisines, offerts non seulement par des individus, mais par la communauté dans son ensemble ; tels que de beaux chevaux, des armures lourdes, de riches harnais et des colliers d’or. Nous leur avons maintenant appris à accepter aussi l’argent.
Il est bien connu qu’aucune des nations germaniques n’habite dans des villes, ou ne tolère même que les habitations soient contiguës. Ils vivent dispersés et séparés, là où une source, une prairie ou un bosquet les invite. Leurs villages sont disposés, non pas comme les nôtres en rangées de bâtiments accolés, mais chacun entoure sa maison d’un espace vide, soit par mesure de sécurité contre l’incendie, soit par ignorance de l’art de bâtir. En effet, ils ne connaissent pas l’usage du mortier et des tuiles ; pour tout ouvrage, ils emploient des bois bruts et informes, façonnés sans aucun souci de plaire au regard. Ils prennent un soin particulier à enduire certaines parties de leurs bâtiments avec une sorte de terre si pure et si brillante qu’elle donne l’apparence de la peinture. Ils creusent aussi des grottes souterraines, et les recouvrent d’une grande quantité de fumier. Ils les utilisent comme retraites hivernales et comme greniers ; car elles conservent une température modérée ; et lors d’une invasion, quand la campagne est pillée, ces cachettes restent inviolées, soit parce que l’ennemi les ignore, soit parce qu’il ne veut pas se donner la peine de les chercher.
Le vêtement commun à tous est un sagum attaché par une agrafe, ou, à défaut, par une épine. Sans autre couverture, ils passent des journées entières auprès du foyer, devant le feu. Les plus riches se distinguent par une tunique, non pas flottante comme celles des Sarmates et des Parthes, mais serrée, révélant la forme de chaque membre. Ils portent aussi des peaux de bêtes ; celles des habitants des frontières sont moins choisies ou préparées que celles des peuples plus éloignés, qui ne peuvent se procurer d’autres vêtements par le commerce. Ceux-ci choisissent des peaux particulières, qu’ils panachent de taches et de bandes de fourrures d’animaux marins, produits de l’océan extérieur et des mers qui nous sont inconnues. La tenue des femmes ne diffère pas de celle des hommes, si ce n’est qu’elles portent plus fréquemment du lin, qu’elles teignent de pourpre ; elles ne prolongent pas leur vêtement supérieur en manches, mais laissent découvert le bras entier et une partie de la poitrine.
Le lien matrimonial est néanmoins strict et sévère chez eux ; il n’est rien dans leurs mœurs qui soit plus digne d’éloges. Presque seuls parmi les barbares, ils se contentent d’une seule femme ; à l’exception de quelques-uns, qui, non par incontinence, mais parce que leur alliance est sollicitée en raison de leur rang, pratiquent la polygamie. La femme n’apporte pas de dot à son mari, mais en reçoit une de lui. Les parents et les proches s’assemblent et donnent leur approbation aux cadeaux ; présents qui ne sont pas destinés à plaire à un goût féminin ou à parer la mariée, mais des bœufs, un coursier harnaché, un bouclier, une lance et une épée. En vertu de ces présents, la femme est épousée, et elle, en retour, offre quelques armes à son mari. Ils considèrent cela comme le lien d’union le plus ferme ; ce sont là leurs mystères sacrés, leurs divinités conjugales. Afin que la femme ne s’estime pas dispensée des exercices de courage ou exempte des hasards de la guerre, elle est avertie par le cérémonial même de son mariage qu’elle vient auprès de son époux comme une partenaire dans les labeurs et les dangers ; pour souffrir et pour oser également avec lui, dans la paix comme dans la guerre : cela est indiqué par les bœufs attelés, le coursier harnaché, les armes offertes. C’est ainsi qu’elle doit vivre, ainsi qu’elle doit mourir. Elle reçoit ce qu’elle doit rendre intact et honoré à ses enfants ; ce que ses belles-filles recevront, et transmettront à leur tour à ses petits-enfants.
Ils vivent donc entourés de chasteté, sans être corrompus par aucun spectacle séducteur, aucune incitation festive. Hommes et femmes ignorent également la correspondance clandestine. L’adultère est extrêmement rare chez un peuple si nombreux. Son châtiment est immédiat, et laissé au bon plaisir du mari. Il coupe les cheveux de la coupable, la dépouille de ses vêtements, et, en présence de ses proches, l’expulse de sa maison et la poursuit à coups de fouet à travers tout le village. Aucune indulgence n’est montrée envers une prostituée. Ni la beauté, ni la jeunesse, ni les richesses ne peuvent lui procurer un mari : car personne là-bas ne regarde le vice avec un sourire, ni ne qualifie la séduction mutuelle de « façon du monde ». Plus exemplaires encore sont les pratiques de ces États dans lesquels seules les vierges se marient, et où les attentes et les espoirs d’une épouse sont dès lors parvenus à leur terme. Ainsi, elles prennent un mari comme un seul corps et une seule vie, afin qu’aucune pensée, aucun désir ne s’étende au-delà de lui ; et il peut être aimé non seulement comme leur mari, mais comme leur mariage. Limiter le nombre des enfants ou mettre à mort l’une de leur progéniture ultérieure est considéré comme infâme : et les bonnes habitudes y ont plus d’influence que les bonnes lois ailleurs.
Dans chaque maison, les enfants grandissent, vêtus de peu et chichement, jusqu’à cette stature du corps et des membres que nous contemplons avec étonnement. Chaque mère allaite ses propres enfants, et ne les livre pas entre les mains de serviteurs et de nourrices. Aucune indulgence ne distingue le jeune maître de l’esclave. Ils vivent ensemble au milieu du même bétail, sur le même sol, jusqu’à ce que l’âge sépare et que la vaillance distingue les hommes nés libres. Les jeunes gens goûtent tardivement aux plaisirs de l’amour, et passent ainsi l’âge de la puberté sans épuisement : les vierges ne sont pas non plus précipitées dans le mariage ; la même maturité, le même plein développement est requis : les sexes s’unissent également appariés et robustes ; et les enfants héritent de la vigueur de leurs parents. Les enfants sont regardés avec autant d’affection par les frères de leur mère que par leurs pères : certains considèrent même cela comme le lien de parenté le plus sacré, et le préfèrent dans la réquisition d’otages, comme s’il tenait l’esprit par un lien plus ferme et la famille par une obligation plus étendue. Les propres enfants d’une personne sont cependant ses héritiers et successeurs ; et aucun testament n’est fait. S’il n’y a pas d’enfants, les héritiers sont les frères, les oncles paternels et maternels. Plus un homme a de parents et de proches, plus sa vieillesse est confortable ; et il n’y a là aucun avantage à être sans enfant.
C’est un devoir indispensable que d’adopter les inimitiés d’un père ou d’un parent, tout comme leurs amitiés ; celles-ci ne sont toutefois ni irréconciliables ni perpétuelles. Même l’homicide est expié par une certaine amende en bétail et en moutons ; et toute la famille accepte la satisfaction, à l’avantage du bien public, puisque les querelles sont très dangereuses dans un État libre. Nul peuple n’est plus adonné aux divertissements sociaux ou plus libéral dans l’exercice de l’hospitalité. Refuser à quiconque, quel qu’il soit, l’entrée sous son toit est considéré comme un crime. Chacun régale son hôte selon ses moyens : lorsque ses provisions sont épuisées, celui qui était tout à l’heure l’hôte devient le guide et le compagnon vers une autre table hospitalière. Ils entrent dans la maison suivante sans y être invités, et sont reçus avec la même cordialité. Personne ne fait de distinction, en ce qui concerne les droits de l’hospitalité, entre un étranger et une connaissance. L’hôte qui s’en va est gratifié de tout ce qu’il peut demander ; et avec la même liberté, une faveur est demandée en retour. Ils se plaisent aux cadeaux ; mais pensent qu’aucune obligation n’est encourue, que ce soit en donnant ou en recevant.
Dès qu’ils sortent du sommeil, qu’ils prolongent généralement jusqu’à une heure avancée de la journée, ils se baignent, habituellement dans de l’eau chaude, car le climat froid y prédomine principalement. Après le bain, ils prennent leur repas, chacun sur un siège distinct et à une table séparée. Ensuite, ils se rendent, armés, aux affaires, et non moins fréquemment à des réunions conviviales, où il n’est pas déshonorant de passer des jours et des nuits sans interruption à boire. Les fréquentes querelles qui s’élèvent parmi eux, lorsqu’ils sont enivrés, terminent rarement par des injures, mais plus souvent dans le sang. Dans leurs festins, ils délibèrent généralement sur la réconciliation des ennemis, sur les alliances familiales, sur la nomination des chefs, et enfin sur la paix et la guerre ; concevant qu’à aucun moment l’âme n’est plus ouverte à la sincérité, ou plus échauffée à l’héroïsme. Ce peuple, naturellement dépourvu d’artifice ou de déguisement, révèle les émotions les plus secrètes de son cœur dans la liberté de la fête. Les esprits de tous étant ainsi déployés sans réserve, les sujets de leur délibération sont à nouveau examinés le lendemain ; et chaque temps a ses avantages. Ils consultent lorsqu’ils sont incapables de dissimuler ; ils décident lorsqu’ils ne sont pas sujets à l’erreur.
Leur boisson est une liqueur préparée à partir d’orge ou de blé, amenée par fermentation à une certaine ressemblance avec le vin. Ceux qui bordent le Rhin achètent aussi du vin. Leur nourriture est simple : fruits sauvages, gibier frais ou lait caillé. Ils satisfont leur faim sans chercher les élégances et les mets délicats de la table. Leur soif de liqueur n’est pas étanchée avec la même modération. Si leur penchant pour l’ivresse est satisfait selon leurs désirs, l’intempérance s’avère aussi efficace pour les soumettre que la force des armes.
Ils n’ont qu’un seul genre de spectacle public, qui est exhibé dans chaque compagnie. De jeunes hommes, qui en font leur divertissement, dansent nus au milieu d’épées tirées et de lances présentées. La pratique a conféré de l’habileté à cet exercice ; et l’habileté a donné de la grâce ; mais ils ne s’exhibent pas pour un salaire ou un gain : la seule récompense de ce passe-temps, bien que périlleux, est le plaisir des spectateurs. Ce qui est extraordinaire, ils jouent aux dés, à jeun, comme une affaire sérieuse : et cela avec une telle audace de gain ou de perte que, lorsque tout le reste est perdu, ils engagent leur liberté et leurs personnes sur le dernier jet. Le perdant entre en servitude volontaire ; et, bien que le plus jeune et le plus fort, il souffre patiemment d’être lié et vendu. Telle est leur obstination dans une mauvaise pratique ; eux-mêmes appellent cela l’honneur. Les esclaves ainsi acquis sont échangés dans le commerce, afin que le vainqueur puisse se débarrasser du scandale de sa victoire.
Le reste de leurs esclaves n’a pas, comme les nôtres, des emplois particuliers dans la famille qui leur soient assignés. Chacun est le maître d’une habitation et d’un ménage qui lui est propre. Le seigneur exige de lui une certaine quantité de grain, de bétail ou de toile, comme d’un fermier ; et c’est seulement jusqu’à ce point que s’étend la sujétion de l’esclave. Ses offices domestiques sont accomplis par sa propre femme et ses enfants. Il est d’usage de fouetter un esclave, ou de le punir avec des chaînes ou des travaux pénibles. Ils sont parfois tués par leurs maîtres ; non par sévérité de châtiment, mais dans la chaleur de la passion, comme un ennemi ; avec cette différence que cela est fait en toute impunité. Les affranchis sont peu supérieurs aux esclaves ; remplissant rarement un office important dans la famille ; jamais dans l’État, sauf dans ces tribus qui sont sous un gouvernement royal. Là, ils s’élèvent au-dessus des hommes nés libres, et même des nobles : dans les autres, la condition subordonnée des affranchis est une preuve de liberté.
Prêter de l’argent à intérêt, et l’accroître par l’usure, est inconnu parmi eux : et cette ignorance empêche la pratique plus efficacement qu’une interdiction ne le ferait. Les terres sont occupées par des groupes de communes, en lots proportionnels au nombre de cultivateurs ; et sont ensuite partagées parmi les individus du district, en parts selon le rang et la condition de chaque personne. La vaste étendue de la plaine facilite ce partage. Les terres arables sont changées chaque année, et une partie laissée en jachère ; ils ne tentent pas non plus de tirer le meilleur parti de la fertilité et de l’abondance du sol, par leur propre industrie en plantant des vergers, en clôturant des prairies et en irriguant des jardins. Le grain est le seul produit requis de la terre : ainsi, leur année n’est pas divisée en autant de saisons que la nôtre ; car, bien qu’ils connaissent et distinguent par leur nom l’Hiver, le Printemps et l’Été, ils ignorent également l’appellation et la générosité de l’Automne.
Leurs funérailles sont sans faste. Le seul usage auquel ils tiennent est de brûler les corps des hommes éminents avec certaines essences de bois particulières. Ils n'entassent ni vêtements ni parfums sur le bûcher : les armes du défunt, et parfois son cheval, sont livrés aux flammes. Le tombeau est un tertre de gazon. Ils méprisent les honneurs élaborés et coûteux des structures monumentales, les tenant pour des fardeaux pour les morts. Ils se détournent vite des larmes et des lamentations, mais lentement du chagrin et du regret. Ils pensent qu’il sied aux femmes de pleurer leurs amis, et aux hommes de se souvenir d'eux.
C'est là la somme de ce que j'ai pu apprendre concernant l'origine et les mœurs des Germains en général. Je passe maintenant à mentionner les points sur lesquels ils diffèrent les uns des autres ; et à rapporter également quelles nations ont migré de Germanie en Gaule. Ce grand écrivain, le divin Jules, affirme que les Gaulois étaient autrefois le peuple supérieur ; d'où il est probable que certaines colonies gauloises passèrent en Germanie : car quel mince obstacle un fleuve constituerait-il pour empêcher une nation, à mesure qu'elle croît en force, d'occuper ou de changer des établissements gisant encore en commun, et non appropriés par la puissance des monarchies ! En conséquence, la contrée située entre la forêt hercynienne et les fleuves Rhin et Main était occupée par les Helvètes ; et celle au-delà, par les Boïens, deux tribus gauloises. Le nom de Boïème subsiste encore, mémorial de l'ancien établissement, bien que ses habitants aient maintenant changé. Mais si les Aravisques migrèrent en Pannonie depuis les Osi, nation germanique, ou les Osi en Germanie depuis les Aravisques, le langage, les institutions et les mœurs de part et d'autre étant toujours les mêmes, demeure une question incertaine ; car, dans leur état originel d'égale indigence et d'égale liberté, les mêmes avantages et désavantages étaient communs aux deux rives du fleuve. Les Trévires et les Nerviens sont ambitieux de passer pour être d'origine germanique ; comme si la réputation de cette descendance les distinguait des Gaulois, auxquels ils ressemblent en apparence et en efféminement. Les Vangions, les Triboques et les Némètes, qui habitent la rive du Rhin, sont sans aucun doute des tribus germaniques. Les Ubiens non plus, bien qu'ils aient été jugés dignes d'être faits colonie romaine et qu'ils prennent plaisir à porter le nom d'Agrippinenses d'après leur fondatrice, ne rougissent pas de reconnaître leur origine germanique ; d'où ils migrèrent autrefois, et furent, pour leur fidélité éprouvée, installés sur la rive du Rhin, non afin d'être eux-mêmes gardés, mais afin de servir de garde contre les envahisseurs.
De tous ces peuples, les plus renommés pour leur valeur sont les Bataves ; dont les territoires ne comprennent qu'une petite partie des rives du Rhin, mais consistent principalement en une île en son sein. C'étaient autrefois une tribu des Chattes qui, en raison d'une division intestine, se retira vers ses établissements actuels afin de devenir une partie de l'empire romain. Ils conservent encore cet honneur, ainsi qu'un mémorial de leur ancienne alliance ; car ils ne sont ni insultés par des impôts, ni opprimés par des fermiers du revenu. Exempts de charges fiscales et de contributions extraordinaires, et tenus à part pour l'usage militaire seul, ils sont réservés, tel un magasin d'armes, aux fins de la guerre. La nation des Mattiaques est sous un degré de sujétion du même genre : car la grandeur du peuple romain a porté la révérence pour l'empire au-delà du Rhin et des anciennes limites. Les Mattiaques, donc, bien qu'occupant un établissement et des frontières sur le côté opposé du fleuve, agissent avec nous par sentiment et attachement ; ressemblant aux Bataves à tous égards, sauf qu'ils sont animés d'un esprit plus vigoureux par le sol et l'air de leur propre pays. Je ne compte pas parmi les peuples de Germanie ceux qui occupent les Champs Décumates, bien qu'ils habitent entre le Rhin et le Danube. Certains des plus inconstants des Gaulois, rendus audacieux par l'indigence, se saisirent de ce district à la propriété incertaine. Par la suite, notre ligne de démarcation ayant été avancée et une chaîne de postes fortifiés établie, il devint une frange de l'empire et une partie de la province romaine.
Au-delà de ceux-ci habitent les Chattes, dont les établissements, commençant depuis la forêt hercynienne, sont dans une étendue de pays moins ouverte et marécageuse que celles qui s'étendent sur les autres États de Germanie ; car elle consiste en une chaîne continue de collines, qui deviennent progressivement plus éparses ; et la forêt hercynienne accompagne ses Chattes, et les laisse derrière elle. Cette nation se distingue par des charpentes plus robustes, la compacité des membres, la férocité du visage et une vigueur d'esprit supérieure. Pour des Germains, ils ont une part considérable de compréhension et de sagacité ; ils choisissent des personnes capables pour commander et leur obéissent une fois choisies ; gardent leurs rangs ; saisissent les occasions ; retiennent les mouvements impétueux ; distribuent correctement les affaires du jour ; se retranchent contre la nuit ; comptent la fortune comme douteuse et la valeur seule comme certaine ; et, ce qui est extrêmement rare et seulement une conséquence de la discipline, dépendent plus du général que de l'armée. Leur force consiste entièrement en infanterie ; qui, outre ses armes, est obligée de porter des outils et des provisions. Les autres nations semblent aller à une bataille ; les Chattes, à la guerre. Les excursions et les rencontres fortuites sont rares parmi eux. Il est, en effet, particulier à la cavalerie de remporter bientôt, et bientôt de céder, la victoire. La vitesse confine à la timidité ; les mouvements lents sont plus apparentés à une valeur constante.
Une coutume suivie parmi les autres nations germaniques seulement par quelques individus, d'un esprit plus audacieux que le reste, est adoptée par consentement général parmi les Chattes. Dès l'âge de maturité, ils laissent croître leurs cheveux et leur barbe ; et ne se dépouillent pas de cet insigne votif, promesse de valeur, avant d'avoir tué un ennemi. Sur le sang et les dépouilles, ils dévoilent le visage, et proclament qu'ils ont enfin payé la dette de l'existence et se sont prouvés dignes de leur pays et de leurs parents. Les lâches et les efféminés continuent dans leur déguisement sordide. Les plus braves parmi eux portent aussi un anneau de fer (marque d'ignominie dans cette nation) comme une sorte de chaîne, jusqu'à ce qu'ils se soient libérés par le massacre d'un ennemi. Beaucoup de Chattes assument cette distinction et blanchissent sous la marque, visibles tant pour les ennemis que pour les amis. Par ceux-ci, dans chaque engagement, l'attaque est commencée : ils composent la première ligne, présentant un nouveau spectacle de terreur. Même en paix, ils ne relâchent pas la sévérité de leur aspect. Ils n'ont ni maison, ni terre, ni soucis domestiques : ils sont entretenus par quiconque ils visitent : prodigues du bien d'autrui, indifférents au leur ; jusqu'à ce que la débilité de l'âge les rende inégaux à un tel cours rigide de vertu militaire.
À côté des Chattes, sur les rives du Rhin, où, maintenant stabilisé dans son lit, il est devenu une frontière suffisante, habitent les Usipiens et les Tenctères. Ce dernier peuple, en plus de la réputation militaire habituelle, est renommé pour la discipline de sa cavalerie ; et l'infanterie des Chattes n'est pas en plus haute estime que la cavalerie des Tenctères. Leurs ancêtres l'ont établie, et sont imités par la postérité. L'équitation est le sport de leurs enfants, le point d'émulation de leur jeunesse, et l'exercice dans lequel ils persévèrent jusqu'à un âge avancé. Les chevaux sont légués avec les domestiques, les dieux du foyer et les droits d'héritage : ils ne vont cependant pas, comme les autres choses, au fils aîné, mais au plus brave et au plus guerrier.
Contigus aux Tenctères étaient autrefois les Bructères ; mais la rumeur dit maintenant que les Chamaves et les Angrivariens, migrant dans leur pays, les ont expulsés et entièrement exterminés, avec le concours des nations voisines, induites soit par la haine de leur arrogance, l'amour du pillage, ou la faveur des dieux envers les Romains. Car ils nous gratifièrent même du spectacle d'une bataille, dans laquelle plus de soixante mille Germains furent tués, non par des armes romaines, mais, ce qui fut encore plus grandiose, par des hostilités mutuelles, comme pour notre plaisir et divertissement. Puissent les nations conserver et perpétuer, sinon une affection pour nous, du moins une animosité entre elles ! puisque, tandis que le sort de l'empire est ainsi urgent, la fortune ne peut nous accorder de plus grand bienfait que la discorde de nos ennemis.
Contigus aux Angrivariens et aux Chamaves, vers l'arrière, se trouvent les Dulgibiniens, les Chasuariens et d'autres nations moins connues. En avant, les Frisons succèdent ; qui sont distingués par les appellations de Plus Grands et Plus Petits, d'après leur puissance proportionnelle. Les établissements des deux s'étendent le long de la bordure du Rhin jusqu'à l'océan ; et incluent, en outre, de vastes lacs, qui ont été navigués par les flottes romaines. Nous avons même exploré l'océan lui-même de ce côté ; et la renommée rapporte que des colonnes d'Hercule subsistent encore sur cette côte ; que ce soit parce qu'Hercule fut jamais là en réalité, ou que tout ce qui est grand et magnifique rencontré quelque part soit, par consentement commun, attribué à son nom renommé. La tentative de Drusus Germanicus de faire des découvertes dans ces contrées fut suffisamment audacieuse ; mais l'océan s'opposa à toute enquête ultérieure en lui-même et Hercule. Après un certain temps, personne ne renouvela la tentative ; et il fut jugé plus pieux et révérencieux de croire aux actions des dieux que de les investiguer.
Jusqu'ici nous avons tracé le côté occidental de la Germanie. Il tourne de là avec une vaste courbe vers le nord : et survient d'abord le pays des Chauques, qui, bien que commençant immédiatement depuis la Frise et occupant une partie du bord de mer, s'étire pourtant si loin qu'il borde toutes les nations mentionnées précédemment, jusqu'à ce qu'il serpente pour rencontrer les territoires des Chattes. Cette étendue immense n'est pas seulement possédée, mais remplie par les Chauques ; un peuple le plus noble des Germains, qui choisit de maintenir sa grandeur par la justice plutôt que par la violence. Sans ambition, sans désirs effrénés, tranquilles et retirés, ils ne provoquent aucune guerre, ne sont coupables d'aucun rapt ou pillage ; et c'est une preuve principale de leur puissance et de leur bravoure que la supériorité qu'ils possèdent n'a pas été acquise par des moyens injustes. Pourtant, tous ont des armes en réserve ; et, si nécessaire, une armée est bientôt levée : car ils abondent en hommes et en chevaux, et maintiennent leur réputation militaire même dans l'inaction.
Bordant les Chauques et les Chattes sont les Chérusques ; qui, faute d'ennemi, chérirent longtemps une paix trop durable et énervante : un état plus flatteur que sûr ; puisque le repos joui au milieu de voisins ambitieux et puissants est traître ; et quand un appel est fait à l'épée, modération et probité sont des noms appropriés par les vainqueurs. Ainsi, les Chérusques, qui portaient autrefois les titres de justes et droits, sont maintenant chargés de lâcheté et de folie ; et la bonne fortune des Chattes, qui les soumirent, a grandi en sagesse. La ruine des Chérusques impliqua celle des Fosiens, une tribu voisine, copartageants de leur adversité, bien qu'ils eussent joui d'une part inférieure de leur prospérité.
Dans le même quartier de Germanie, adjacent à l'océan, habitent les Cimbres ; un petit État à présent, mais grand en renommée. De leur grandeur passée, de vastes vestiges subsistent encore, en campements et lignes sur chaque rive, de la circonférence desquels la force et le nombre de la nation peuvent encore être calculés, et du crédit tiré au récit d'une si prodigieuse armée. Ce fut dans la 640e année de Rome que les armes des Cimbres furent entendues pour la première fois, sous le consulat de Caecilius Metellus et Papirius Carbo ; depuis laquelle ère jusqu'au second consulat de l'empereur Trajan est une période de près de 210 ans. Si longtemps la Germanie a résisté aux armes de Rome. Durant ce long intervalle, beaucoup de blessures mutuelles ont été infligées. Ni le Samnite, le Carthaginois, l'Espagne, la Gaule, ou la Parthie n'ont donné d'alarmes plus fréquentes ; car la liberté des Germains est plus vigoureuse que la monarchie des Arsacides. Qu'a l'Orient, qui a lui-même perdu Pacorus et souffert un renversement de Ventidius, à se vanter contre nous, si ce n'est le massacre de Crassus ? Mais les Germains, par la défaite ou la capture de Carbo, Cassius, Scaurus Aurelius, Servilius Caepio, et Cneius Manlius, privèrent le peuple romain de cinq armées consulaires ; et par la suite prirent à Auguste lui-même Varus avec trois légions. Caius Marius en Italie, le divin Jules en Gaule, ou Drusus, Néron, ou Germanicus dans leur propre pays, ne les défirent pas sans perte. Les menaces puissantes ultérieures de Caligula terminèrent en ridicule. Puis succéda la tranquillité ; jusqu'à ce que, saisissant l'occasion de nos discordes et guerres civiles, ils forcèrent les quartiers d'hiver des légions, et visèrent même la possession de la Gaule ; et, de nouveau expulsés de là, ils ont en des temps plus récents été plutôt triomphés que vaincus.
Nous devons maintenant parler des Suèves ; qui ne composent pas un seul État, comme les Chattes ou les Tenctères, mais occupent la plus grande partie de la Germanie, et sont encore distribués en différents noms et nations, bien que portant tous l'appellation commune de Suèves. C'est une caractéristique de ce peuple de tourner leurs cheveux sur le côté et de les nouer sous la nuque en un nœud. Par cette marque, les Suèves sont distingués du reste des Germains ; et les hommes libres des Suèves des esclaves. Parmi d'autres nations, cette mode, soit en raison d'une certaine parenté avec les Suèves, ou de la propension habituelle à l'imitation, est parfois adoptée ; mais rarement, et seulement durant la période de la jeunesse. Les Suèves, même jusqu'à ce qu'ils soient chenus, continuent d'avoir leurs cheveux poussant rigidement vers l'arrière, et souvent ils sont attachés sur le sommet même de la tête. Les chefs les coiffent avec encore plus de soin : et à cet égard ils étudient l'ornement, bien que d'un genre qui ne dégrade pas. Car leur dessein n'est pas de faire l'amour, ou de l'inspirer ; ils se décorent de cette manière alors qu'ils procèdent à la guerre, afin de paraître plus grands et plus terribles ; et s'habillent pour les yeux de leurs ennemis.
Les Semnones affirment être les plus anciens et les plus nobles des Suèves ; et leurs prétentions sont confirmées par la religion. À un temps fixé, tout le peuple de la même lignée s'assemble par ses délégués dans un bois, consacré par les augures de leurs ancêtres et une terreur ancienne, et là, par le massacre public d'une victime humaine, célèbrent l'horrible origine de leurs rites barbares. Un autre genre de révérence est rendu au bosquet. Personne n'y entre sans être lié avec une chaîne, en reconnaissance de sa nature inférieure et de la puissance de la divinité y résidant. S'il tombe accidentellement, il n'est pas permis qu'il soit soulevé ou qu'il se relève ; ils roulent hors du lieu le long du sol. La totalité de leur superstition a cette portée : que de ce lieu la nation tire son origine ; qu'ici est la résidence de la Divinité, le Gouverneur de tout, et que tout le reste lui est sujet et subordonné. Ces opinions reçoivent une autorité additionnelle de la puissance des Semnones, qui habitent cent cantons, et, du grand corps qu'ils composent, se considèrent comme la tête des Suèves.
Les Langobards, d'autre part, sont ennoblis par la petitesse de leur nombre ; puisque, bien qu'entourés par beaucoup de nations puissantes, ils tirent sécurité, non de l'obséquiosité, mais de leur entreprise martiale. Les Reudignes voisins, et les Avions, Angles, Varins, Eudoses, Suardones et Nuithones, sont défendus par des fleuves ou des forêts. Rien de remarquable ne survient dans aucun de ceux-ci ; si ce n'est qu'ils s'unissent dans le culte d'Hertha, ou Terre Mère ; et supposent qu'elle interfère dans les affaires des hommes, et visite les différentes nations. Dans une île de l'océan se dresse un bosquet sacré et inviolé, dans lequel se trouve un char consacré, couvert d'un voile, que le prêtre seul est permis de toucher. Il devient conscient de l'entrée de la déesse dans ce recès secret ; et avec une profonde vénération assiste le véhicule, qui est traîné par des vaches attelées. À cette saison, tout est joie ; et chaque lieu que la déesse daigne visiter est une scène de festivité. Aucune guerre n'est entreprise ; les armes sont intactes ; et chaque arme hostile est enfermée. La paix au-dehors et au-dedans sont alors seulement connues ; alors seulement aimées ; jusqu'à ce qu'enfin le même prêtre reconduise la déesse, rassasiée de commerce mortel, à son temple. Le char, avec son rideau, et, si nous pouvons le croire, la déesse elle-même, subissent ensuite l'ablution dans un lac secret. Cet office est accompli par des esclaves, que le même lac engloutit instantanément. D'où procède une horreur mystérieuse ; et une sainte ignorance de ce que peut être ce qui est vu seulement par ceux qui sont sur le point de périr. Cette partie de la nation suève s'étend jusqu'aux recès les plus éloignés de la Germanie.
Si nous suivons maintenant le cours du Danube, comme nous l'avons fait précédemment pour celui du Rhin, nous rencontrons d'abord les Hermundures ; un peuple fidèle aux Romains, et pour ce compte les seuls Germains qui sont admis au commerce, non sur la rive seulement, mais au sein de nos territoires, et dans la colonie florissante établie dans la province de Rhétie. Ils passent et repassent à plaisir, sans être accompagnés d'une garde ; et tandis que nous exhibons aux autres nations nos armes et camps seulement, à ceux-ci nous ouvrons nos maisons et maisons de campagne, qu'ils contemplent sans convoiter. Dans le pays des Hermundures prend sa source l'Elbe ; un fleuve autrefois célèbre et connu parmi nous, maintenant seulement entendu parler par nom.
Contigus aux Hermundures sont les Narisques ; et à côté d'eux, les Marcomans et les Quades. De ceux-ci, les Marcomans sont les plus puissants et renommés ; et ont même acquis le pays qu'ils habitent, par leur valeur en expulsant les Boïens. Les Narisques et les Quades ne sont pas inférieurs en bravoure ; et c'est, pour ainsi dire, l'avant-garde de la Germanie autant qu'elle est bordée par le Danube. Dans notre mémoire, les Marcomans et les Quades étaient gouvernés par des rois de leur propre nation, de la noble lignée de Maroboduus et Tudrus. Ils se soumettent maintenant même à des étrangers ; mais toute la puissance de leurs rois dépend de l'autorité des Romains. Nous les assistons rarement avec nos armes, mais fréquemment avec notre argent ; et ils n'en sont pas moins puissants pour autant.
43. Derrière eux se trouvent les Marsigni, les Gothini, les Osi et les Burrii, qui ferment la marche des Marcomans et des Quades. Parmi ces peuples, les Marsigni et les Burrii ressemblent aux Suèves par leur langue et leur costume. Les Gothini et les Osi prouvent qu’ils ne sont pas Germains ; les premiers par l’usage de la langue gauloise, les seconds par celle de la langue pannonienne ; et tous deux par le fait qu’ils consentent à payer un tribut. Ce tribut leur est imposé, en tant qu’étrangers, en partie par les Sarmates, en partie par les Quades. Les Gothini, pour comble de honte, travaillent des mines de fer. Tous ces peuples habitent une faible partie de pays plat ; leurs établissements se situent principalement au milieu des forêts, sur les flancs et au sommet des montagnes ; car une chaîne de montagnes continue sépare la Suévie de diverses tribus plus lointaines. De celles-ci, les Lygiens sont les plus étendus et diffusent leur nom au sein de plusieurs communautés. Il suffira de nommer les plus puissantes : les Arii, les Helvecones, les Manimi, les Elysii et les Naharvali. Dans le pays de ces derniers se trouve un bois consacré à des rites religieux de la plus haute antiquité. Un prêtre les préside, vêtu en habit de femme ; mais les dieux qu’on y adore sont, selon l’interprétation romaine, Castor et Pollux. Leurs attributs sont les mêmes ; leur nom est Alcis. Il n’y a point d’images, en vérité, ni de vestiges d’une superstition étrangère dans leur culte ; mais ils sont vénérés sous le caractère de jeunes hommes et de frères. Les Arii, féroces au-delà de la supériorité de force qu’ils possèdent sur les autres peuples que je viens d’énumérer, rehaussent leur férocité naturelle par des artifices. Leurs boucliers sont noirs, leurs corps peints : ils choisissent les nuits les plus sombres pour leurs attaques et sèment la terreur par l’aspect funèbre de leurs troupes de ténèbres, aucun ennemi ne pouvant soutenir leur apparence singulière et, pour ainsi dire, infernale ; car dans chaque combat, ce sont les yeux qui sont les premiers vaincus. Au-delà des Lygiens se trouvent les Gothones, qui vivent sous une monarchie un peu plus stricte que celle des autres nations germaniques, mais sans que cela soit incompatible avec la liberté. À côté d’eux se trouvent les Rugii et les Lemovii, situés sur les côtes de la mer ; toutes ces tribus se distinguent par leurs boucliers ronds, leurs épées courtes et leur soumission à l’autorité royale.
44. Viennent ensuite les communautés des Suiones, établies dans l’Océan même, qui, outre leur force en hommes et en armes, possèdent une puissance navale. La forme de leurs vaisseaux diffère des nôtres en ce qu’ils ont une proue à chaque extrémité, de sorte qu’ils sont toujours prêts à avancer. Ils n’utilisent pas de voiles et n’ont pas de rangs réguliers de rames sur les côtés : ils rament, comme on le pratique sur certains fleuves, sans ordre, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, selon les besoins. Ce peuple honore la richesse ; c’est pourquoi ils sont soumis à un gouvernement monarchique sans aucune limitation, ni conditions précaires d’allégeance. Les armes ne sont pas non plus autorisées à être conservées indistinctement, comme chez les autres nations germaniques : elles sont confiées à la garde d’un gardien, qui est, de surcroît, un esclave. Le prétexte est que l’Océan les défend contre toute incursion soudaine, et que des hommes oisifs, avec des armes à la main, deviennent facilement licencieux. En fait, il est dans l’intérêt du roi de ne confier la garde des armes à aucun noble, à aucun homme libre, ni même à aucun esclave affranchi.
45. Au-delà des Suiones se trouve une autre mer, paresseuse et presque stagnante, par laquelle on imagine que le globe tout entier est ceint et enclos, en raison de cette circonstance que la dernière lumière du soleil couchant persiste si vivement jusqu’à son lever qu’elle obscurcit les étoiles. La croyance populaire ajoute que le bruit de son émergence hors de l’océan est également entendu, et que les formes des divinités, avec les rayons émanant de sa tête, sont aperçues. C’est seulement jusqu’ici, dit le rapport, que la nature s’étend. Sur la rive droite de la mer suévique habitent les tribus des Aestii, dont le costume et les coutumes sont les mêmes que ceux des Suèves, mais dont la langue ressemble davantage à celle des Bretons. Ils adorent la mère des dieux ; et, comme symbole de leur superstition, ils portent sur eux des figures de sangliers sauvages. Cela leur sert de cuirasse et de toute autre défense : cela rend l’adepte de la déesse en sécurité même au milieu des ennemis. Leurs armes sont principalement des massues, le fer étant peu utilisé parmi eux. Ils cultivent le blé et les autres fruits de la terre avec plus d’industrie que l’indolence germanique n’en déploie habituellement. Ils explorent même la mer ; et ils sont le seul peuple à recueillir l’ambre, qui est appelé par eux Glese, et qui est récolté parmi les bas-fonds et sur le rivage. Avec l’indifférence habituelle des barbares, ils n’ont ni recherché ni constaté de quel objet naturel ou par quel moyen il est produit. Il est longtemps resté méprisé parmi les autres choses rejetées par la mer, jusqu’à ce que notre luxe lui donne un nom. Inutile pour eux, ils le ramassent à l’état brut ; ils l’apportent non ouvré ; et ils s’étonnent du prix qu’ils en retirent. Il semblerait cependant s’agir d’une exsudation de certains arbres ; puisque des reptiles, et même des animaux ailés, sont souvent vus brillant à travers lui, lesquels, empêtrés alors qu’il était à l’état liquide, furent enfermés à mesure qu’il durcissait. J’imaginerais donc que, de même que les bois et bosquets luxuriants dans les recoins secrets de l’Orient exsudent l’encens et le baume, ainsi en est-il de même dans les îles et continents de l’Occident ; lesquels, sous l’effet des rayons proches du soleil, laissent tomber leurs sucs liquides dans la mer sous-jacente, d’où, par la force des tempêtes, ils sont rejetés sur les côtes opposées. Si la nature de l’ambre est examinée par l’application du feu, il s’enflamme comme une torche, avec une flamme épaisse et odorante ; et se résout bientôt en une matière glutineuse ressemblant à de la poix ou à de la résine. Les diverses communautés des Sitones succèdent à celles des Suiones ; ils leur sont semblables à d’autres égards, mais diffèrent en ce qu’ils se soumettent à un règne féminin ; tant ils ont dégénéré, non seulement de la liberté, mais même de l’esclavage. Ici se termine la Suévie.
46. Je suis dans le doute s’il faut compter les Peucini, les Venedi et les Fenni parmi les Germains ou les Sarmates ; bien que les Peucini, que certains appellent Bastarnae, s’accordent avec les Germains pour la langue, l’habillement et les habitations. Tous vivent dans la crasse et la paresse. Les mariages de leurs chefs avec les Sarmates les ont avilis par un mélange des mœurs de ce peuple. Les Venedi ont beaucoup puisé à cette source ; car ils parcourent dans leurs excursions prédatrices toutes les étendues boisées et montagneuses entre les Peucini et les Fenni. Pourtant, même ceux-ci doivent être plutôt rapportés aux Germains, puisqu’ils construisent des maisons, portent des boucliers et voyagent avec rapidité à pied ; en quoi ils diffèrent totalement des Sarmates, qui passent leur temps dans des chariots et à cheval. Les Fenni vivent dans un état d’une sauvagerie et d’une pauvreté crasseuses étonnantes. Ils sont dépourvus d’armes, de chevaux et de demeures fixes : leur nourriture est constituée d’herbes ; leurs vêtements, de peaux ; leur lit, du sol. Leur seul recours est dans leurs flèches, qui, faute de fer, sont emmanchées d’os ; et la chasse est le soutien des femmes aussi bien que des hommes ; les premières accompagnent les seconds dans la poursuite et réclament une part de la proie. Ils ne fournissent pas non plus d’autre abri à leurs nourrissons contre les bêtes sauvages et les tempêtes qu’un recouvrement de branches entrelacées. C’est là le refuge de la jeunesse ; c’est là le réceptacle de la vieillesse. Pourtant, même ce mode de vie est à leurs yeux plus heureux que de gémir sur la charrue ; de peiner à l’érection de maisons ; de soumettre leurs propres fortunes et celles d’autrui aux agitations de l’espoir et de la crainte alternés. À l’abri des hommes, à l’abri des dieux, ils ont atteint le point le plus difficile, celui de ne même pas avoir besoin d’un souhait.
Tous nos autres récits sont entremêlés de fables ; comme celle selon laquelle les Hellusii et les Oxionae auraient des visages humains, avec les corps et les membres de bêtes sauvages. Ces rapports non authentifiés, je les laisserai de côté.
L’année suivante infligea une blessure cruelle à sa tranquillité d’esprit et à ses affaires domestiques. La flotte d’Othon, errant de manière désordonnée sur la côte, fit une descente hostile sur Intemelii, une partie de la Ligurie, où la mère d’Agricola fut assassinée dans son propre domaine ; ses terres furent ravagées et une grande partie de ses biens, qui avaient attiré les assassins, fut emportée. Alors qu’Agricola se hâtait, suite à cet événement, d’accomplir les devoirs de la piété filiale, il fut rattrapé par la nouvelle que Vespasien aspirait à l’empire, et il rejoignit immédiatement son parti. Les premiers actes du pouvoir, ainsi que le gouvernement de la cité, furent confiés à Mucianus ; Domitien étant à cette époque fort jeune, et ne tirant de l’élévation de son père d’autre privilège que celui de satisfaire ses goûts licencieux. Mucianus, ayant approuvé la vigueur et la fidélité d’Agricola lors des levées de troupes, lui donna le commandement de la vingtième légion, qui s’était montrée rétive à prêter serment dès qu’elle avait eu vent des pratiques séditieuses de son commandant. Cette légion avait été ingouvernable et redoutable même pour les lieutenants consulaires ; et son dernier commandant, de rang prétorien, n’avait pas une autorité suffisante pour la maintenir dans l’obéissance ; bien qu’il fût incertain si cela provenait de sa propre disposition ou de celle de ses soldats. Agricola fut donc nommé pour lui succéder et pour les punir ; mais, avec une modération peu commune, il choisit de laisser paraître qu’il avait trouvé la légion obéissante plutôt qu’il ne l’avait rendue telle.
Vettius Bolanus était à cette époque gouverneur de Bretagne, et il régnait avec une douceur peu adaptée à une province si turbulente. Sous son administration, Agricola, accoutumé à obéir et instruit à consulter l’utilité autant que la gloire, tempéra son ardeur et réfréna son esprit entreprenant. Ses vertus eurent bientôt un champ plus vaste pour se déployer grâce à la nomination de Petilius Cerealis, un homme de dignité consulaire, au gouvernement. Au début, il ne partagea que les fatigues et les dangers de son général ; mais il lui fut bientôt permis de partager sa gloire. Cerealis lui confia fréquemment une partie de son armée pour mettre à l’épreuve ses capacités ; et, selon les résultats, il étendit parfois son commandement. En ces occasions, Agricola ne fut jamais ostentatoire en s’attribuant le mérite de ses exploits ; mais toujours, en officier subordonné, il rapporta l’honneur de sa bonne fortune à son supérieur. Ainsi, par sa fougue dans l’exécution des ordres et sa modestie dans le rapport de ses succès, il évita l’envie, sans pour autant manquer d’acquérir la réputation.
À son retour du commandement de la légion, il fut élevé par Vespasien à l’ordre patricien, puis investi du gouvernement de l’Aquitaine, une promotion distinguée, tant par rapport à la charge elle-même que par les espoirs du consulat auquel elle le destinait. C’est une supposition courante que les hommes militaires, habitués aux procédés sans scrupules et sommaires des camps, où les choses se mènent d’une main forte, manquent de l’adresse et de la subtilité d’esprit requises dans la juridiction civile. Agricola, cependant, par sa prudence naturelle, fut capable d’agir avec facilité et précision même parmi les civils. Il distinguait les heures de travail de celles du repos. Lorsque la cour ou le tribunal exigeaient sa présence, il était grave, attentif, imposant, mais généralement enclin à la clémence. Lorsque les devoirs de sa charge étaient terminés, l’homme de pouvoir était instantanément mis de côté. Rien de la rudesse, de l’arrogance ou de la rapacité n’apparaissait ; et, ce qui était une félicité singulière, son affabilité n’altérait pas son autorité, et sa sévérité ne le rendait pas moins aimé. Mentionner l’intégrité et l’absence de corruption chez un tel homme serait une injure à ses vertus. Il ne recherchait même pas la réputation, objet auquel les hommes de valeur sacrifient fréquemment, par ostentation ou artifice : évitant également la compétition avec ses collègues et la contention avec les procurateurs. Vaincre dans un tel concours lui semblait peu glorieux ; et être vaincu, une honte. Un peu moins de trois ans furent passés dans cette charge, lorsqu’il fut rappelé avec la perspective immédiate du consulat ; tandis qu’en même temps une opinion populaire prévalait que le gouvernement de Bretagne lui serait conféré ; une opinion non fondée sur des suggestions de sa part, mais sur le fait qu’il était jugé à la hauteur de la fonction. La renommée commune ne se trompe pas toujours, parfois elle dirige même un choix. Une fois consul, il fiança sa fille, une dame déjà de la plus heureuse promesse, à moi-même, alors un très jeune homme ; et après l’expiration de sa charge, je la reçus en mariage. Il fut immédiatement nommé gouverneur de Bretagne, et le pontificat fut ajouté à ses autres dignités.
La situation et les habitants de la Bretagne ont été décrits par de nombreux auteurs ; et je n’ajouterai pas au nombre dans le but de rivaliser avec eux en précision et en ingéniosité, mais parce que ce fut sous la période de la présente histoire qu’elle fut pour la première fois entièrement soumise. Ces choses qui, alors qu’elles étaient encore incertaines, furent embellies par leur éloquence, seront ici relatées avec une adhésion fidèle aux faits connus. La Bretagne, la plus grande de toutes les îles parvenues à la connaissance des Romains, s’étend à l’est vers la Germanie, à l’ouest vers l’Espagne, et au sud elle est même en vue de la Gaule. Son extrémité septentrionale n’a pas de terre opposée, mais est baignée par une mer large et ouverte. Tite-Live, le plus éloquent des auteurs anciens, et Fabius Rusticus, des modernes, ont comparé la forme de la Bretagne à une cible oblongue ou à une hache à deux tranchants. Et tel est en réalité son aspect, à l’exclusion de la Calédonie ; d’où l’on a populairement attribué cette forme à l’île entière. Mais cette étendue de terre, s’étirant irrégulièrement sur une immense longueur vers le rivage le plus éloigné, se resserre graduellement en forme de coin. La flotte romaine, faisant à cette époque pour la première fois le tour de cette côte la plus reculée, apporta la preuve certaine que la Bretagne était une île ; et découvrit et soumit en même temps les Orcades, îles jusqu’alors inconnues. Thulé fut également distinctement aperçue, que l’hiver et la neige éternelle avaient jusque-là dissimulée. La mer est rapportée comme paresseuse et laborieuse pour le rameur ; et même comme étant à peine agitée par les vents. La cause de cette stagnation est, j’imagine, l’absence de terre et de montagnes où les tempêtes sont engendrées ; et la difficulté avec laquelle une telle masse imposante d’eaux, dans un océan ininterrompu, est mise en mouvement. Il n’est pas du ressort de cet ouvrage d’étudier la nature de l’océan et des marées ; un sujet que de nombreux auteurs ont déjà entrepris. J’ajouterai seulement une circonstance : que la domination de la mer n’est nulle part plus étendue ; qu’elle porte de nombreux courants dans cette direction et dans celle-là ; et que ses flux et reflux ne sont pas confinés au rivage, mais qu’elle pénètre au cœur du pays et se fraie un chemin parmi les collines et les montagnes, comme si elle était dans son propre domaine.
Qui furent les premiers habitants de la Bretagne, indigènes ou immigrés, est une question enveloppée dans l’obscurité habituelle chez les barbares. Leur tempérament physique est varié, d’où l’on tire des déductions sur leurs différentes origines. Ainsi, les cheveux roux et les membres larges des Calédoniens indiquent une dérivation germanique. Le teint basané et les cheveux bouclés des Silures, ainsi que leur situation face à l’Espagne, rendent probable qu’une colonie des anciens Ibères s’empara de ce territoire. Ceux qui sont les plus proches de la Gaule ressemblent aux habitants de ce pays ; que ce soit par la durée de l’influence héréditaire, ou que, lorsque les terres s’avancent dans des directions opposées, le climat donne la même condition physique aux habitants des deux contrées. Lors d’une étude générale, cependant, il semble probable que les Gaulois prirent originellement possession de la côte voisine. Les rites sacrés et les superstitions de ces peuples sont discernables parmi les Bretons. Les langues des deux nations ne diffèrent pas grandement. La même audace à provoquer le danger et la même irrésolution à l’affronter quand il est présent sont observables chez les deux. Les Bretons, cependant, déploient plus de férocité, n’étant pas encore amollis par une longue paix : car il apparaît par l’histoire que les Gaulois furent autrefois renommés dans la guerre, jusqu’à ce qu’en perdant leur valeur avec leur liberté, la langueur et l’indolence s’introduisirent parmi eux. Le même changement a également eu lieu parmi ceux des Bretons qui ont été longtemps soumis ; mais les autres continuent d’être tels que les Gaulois étaient autrefois.
Leur force militaire consiste en l’infanterie ; certaines nations utilisent aussi des chars à la guerre ; dans la conduite desquels la personne la plus honorable tient les rênes, tandis que ses dépendants combattent depuis le char. Les Bretons étaient autrefois gouvernés par des rois, mais à présent ils sont divisés en factions et en partis parmi leurs chefs ; et ce manque d’union pour concerter un plan général est la circonstance la plus favorable pour nous dans nos desseins contre un peuple si puissant. Il est rare que deux ou trois communautés concourent à repousser le danger commun ; et ainsi, tandis qu’ils s’engagent isolément, ils sont tous soumis. Le ciel dans ce pays est déformé par les nuages et les pluies fréquentes ; mais le froid n’est jamais extrêmement rigoureux. La durée des jours excède grandement celle dans notre partie du monde. Les nuits sont brillantes et, à l’extrémité de l’île, si courtes que la fin et le retour du jour sont à peine distingués par un intervalle perceptible. Il est même affirmé que, lorsque les nuages n’interviennent pas, la splendeur du soleil est visible pendant toute la nuit, et qu’il ne semble pas se lever et se coucher, mais se déplacer en travers. La cause en est que les parties extrêmes et plates de la terre, projetant une ombre basse, ne font pas monter l’obscurité, et ainsi la nuit tombe sous le ciel et les étoiles. Le sol, bien qu’impropre à l’olivier, à la vigne et aux autres productions des climats plus chauds, est fertile et convient au blé. La croissance est rapide, mais la maturation lente ; les deux pour la même cause : la grande humidité du sol et de l’atmosphère. La terre produit de l’or, de l’argent et d’autres métaux, récompenses de la victoire. L’océan produit des perles, mais d’une teinte trouble et livide ; ce que certains imputent à l’inhabileté des récolteurs ; car dans la mer Rouge les poissons sont arrachés vivants et vigoureux des rochers, mais en Bretagne ils sont collectés tels que la mer les rejette. Pour ma part, je peux plus facilement concevoir que le défaut soit dans la nature des perles que dans notre avarice.
Les Bretons se soumettent joyeusement aux levées, aux tributs et aux autres services du gouvernement, s’ils ne sont pas traités injustement ; mais un tel traitement, ils le supportent avec impatience, leur sujétion s’étendant seulement à l’obéissance, non à la servitude. En conséquence, Jules César, le premier Romain qui entra en Bretagne avec une armée, bien qu’il terrifia les habitants par un engagement victorieux et devint maître du rivage, peut être considéré plutôt comme ayant transmis la découverte que la possession du pays à la postérité. Les guerres civiles succédèrent bientôt ; les armes des chefs furent tournées contre leur patrie ; et une longue négligence de la Bretagne s’ensuivit, qui dura même après l’établissement de la paix. Auguste attribua cela à la politique ; et Tibère aux injonctions de son prédécesseur. Il est certain que Caius César médita une expédition en Bretagne ; mais son tempérament, précipité dans la formation des projets et instable dans leur poursuite, ainsi que le mauvais succès de ses tentatives grandioses contre la Germanie, rendirent le dessein avorté. Claude accomplit l’entreprise, transportant ses légions et ses auxiliaires, et associant Vespasien à la direction des affaires, ce qui jeta les bases de sa fortune future. Dans cette expédition, des nations furent soumises, des rois faits captifs, et Vespasien fut révélé aux destins.
Aulus Plautius, le premier gouverneur consulaire, et son successeur, Ostorius Scapula, furent tous deux éminents par leurs capacités militaires. Sous eux, la partie la plus proche de la Bretagne fut graduellement réduite en forme de province, et une colonie de vétérans fut établie. Certains districts furent accordés au roi Cogidunus, un prince qui resta dans une fidélité parfaite jusqu’à notre mémoire. Cela fut fait conformément à la pratique ancienne et établie de longue date des Romains, de faire même des rois les instruments de la servitude. Didius Gallus, le gouverneur suivant, préserva les acquisitions de ses prédécesseurs et ajouta quelques très rares postes fortifiés dans les parties les plus reculées, pour la réputation d’agrandir sa province. Veranius lui succéda, mais mourut dans l’année. Suetonius Paullinus commanda alors avec succès pendant deux ans, soumettant diverses nations et établissant des garnisons. Dans la confiance que cela lui inspira, il entreprit une expédition contre l’île Mona, qui avait fourni des approvisionnements aux révoltés ; et exposa par là les établissements derrière lui à une surprise.
Car les Bretons, soulagés de la crainte présente par l’absence du gouverneur, commencèrent à tenir des conférences, dans lesquelles ils peignaient les misères de la servitude, comparaient leurs blessures respectives et s’enflammaient les uns les autres avec des représentations telles que celles-ci : « Que les seuls effets de leur patience étaient des impositions plus graves sur un peuple qui se soumettait avec une telle facilité. Autrefois ils avaient un roi respectivement ; maintenant deux étaient placés au-dessus d’eux, le lieutenant et le procurateur, dont le premier déversait sa rage sur leur sang et leur vie, le second sur leurs propriétés ; l’union ou la discorde de ces gouverneurs était également fatale à ceux qu’ils dirigeaient, tandis que les officiers de l’un et les centurions de l’autre s’unissaient pour les opprimer par toutes sortes de violences et d’outrages ; de sorte que rien n’était exempté de leur avarice, rien de leur luxure. Dans la bataille, c’étaient les plus braves qui prenaient des dépouilles ; mais ceux qu’ils laissaient s’emparer de leurs maisons, emmener leurs enfants et exiger des levées, étaient, pour la plupart, les lâches et les efféminés ; comme si la seule leçon de souffrance qu’ils ignoraient était comment mourir pour leur pays. Pourtant, combien insignifiant paraîtrait le nombre des envahisseurs si les Bretons ne faisaient que compter leurs propres forces ! De telles considérations, la Germanie avait jeté le joug, bien qu’un fleuve et non l’océan fût sa barrière. Le bien-être de leur pays, de leurs épouses et de leurs parents les appelait aux armes, tandis que l’avarice et le luxe incitaient seuls leurs ennemis ; qui se retireraient comme le divin Jules l’avait fait, si la race actuelle des Bretons voulait émuler la valeur de leurs ancêtres et ne pas être effrayée par l’issue du premier ou du second engagement. Un esprit supérieur et la persévérance étaient toujours le partage des misérables ; et les dieux eux-mêmes semblaient maintenant compatir avec les Bretons, en ordonnant l’absence du général et la détention de son armée dans une autre île. Le point le plus difficile, s’assembler aux fins de délibération, était déjà accompli ; et il y avait toujours plus de danger à découvrir des desseins comme ceux-ci qu’à les exécuter. »
Instigués par de telles suggestions, ils se levèrent unanimement en armes, menés par Boadicea, une femme de lignée royale (car ils ne font aucune distinction entre les sexes dans la succession au trône), et attaquant les soldats dispersés dans les garnisons, ils prirent d’assaut les postes fortifiés et envahirent la colonie elle-même, comme le siège de l’esclavage. Ils ne négligèrent aucune espèce de cruauté dont la rage et la victoire pouvaient inspirer les barbares ; et si Paullinus, en étant informé du mouvement de la province, n’avait pas marché rapidement à son secours, la Bretagne aurait été perdue. La fortune d’une seule bataille, cependant, la réduisit à son ancienne sujétion ; bien que beaucoup restassent encore en armes, que la conscience de la révolte et la crainte particulière du gouverneur avaient poussés au désespoir. Paullinus, bien qu’autrement exemplaire dans son administration, ayant traité ceux qui se rendaient avec sévérité et ayant poursuivi des mesures trop rigoureuses, comme quelqu’un qui vengeait aussi sa propre blessure personnelle, Petronius Turpilianus fut envoyé à sa place, comme une personne plus encline à la clémence, et quelqu’un qui, étant ignorant de la délinquance de l’ennemi, pouvait plus facilement accepter leur pénitence. Après avoir rétabli les choses dans leur état de calme antérieur, il livra le commandement à Trebellius Maximus. Trebellius, indolent et inexpérimenté dans les affaires militaires, maintint la tranquillité de la province par des manières populaires ; car même les barbares avaient maintenant appris à pardonner sous l’influence séductrice des vices ; et l’intervention des guerres civiles offrit une excuse légitime à son inactivité. La sédition, cependant, infecta les soldats qui, au lieu de leurs services militaires habituels, s’adonnaient à l’oisiveté. Trebellius, après avoir échappé à la fureur de son armée par la fuite et la dissimulation, déshonoré et abaissé, regagna une autorité précaire ; et une sorte de pacte tacite eut lieu, de sécurité pour le général et de licence pour l’armée. Cette mutinerie ne fut pas accompagnée d’effusion de sang. Vettius Bolanus, succédant pendant la continuation des guerres civiles, fut incapable d’introduire la discipline en Bretagne. La même inaction envers l’ennemi et la même insolence dans le camp continuèrent ; excepté que Bolanus, immaculé dans son caractère et non odieux par quelque crime, substitua dans une certaine mesure l’affection à la place de l’autorité.
Enfin, quand Vespasien reçut la possession de la Bretagne avec le reste du monde, les grands commandants et les armées bien équipées qui furent envoyés apaisèrent la confiance de l’ennemi ; et Petilius Cerealis frappa la terreur par une attaque sur les Brigantes, qui sont réputés composer l’État le plus populeux de toute la province. De nombreuses batailles furent livrées, dont certaines accompagnées de beaucoup d’effusion de sang ; et la plus grande partie des Brigantes fut soit soumise, soit impliquée dans les ravages de la guerre. La conduite et la réputation de Cerealis furent si brillantes qu’elles auraient pu éclipser la splendeur d’un successeur ; pourtant Julius Frontinus, un homme véritablement grand, soutint l’ardente compétition, aussi loin que les circonstances le permettaient. Il soumit la nation forte et guerrière des Silures, dans laquelle expédition, outre la valeur de l’ennemi, il eut à lutter avec les difficultés du pays.
Tel était l’état de la Bretagne, et telles avaient été les vicissitudes de la guerre, lorsque Agricola arriva au milieu de l’été ; à une époque où les soldats romains, supposant que les expéditions de l’année étaient terminées, pensaient à jouir de leur tranquillité sans souci, et les indigènes à saisir l’occasion qui leur était ainsi offerte. Peu avant son arrivée, les Ordovices avaient taillé en pièces presque un corps entier de cavalerie stationné sur leurs frontières ; et les habitants de la province, plongés dans une anxiété pleine de suspense par ce début, d’autant plus qu’ils souhaitaient la guerre, soit approuvaient cet exemple, soit attendaient pour découvrir les dispositions du nouveau gouverneur. La saison était alors fort avancée, les troupes dispersées à travers le pays et possédées par l’idée qu’on leur permettrait de rester inactives le reste de l’année ; circonstances qui tendaient à retarder et à décourager toute entreprise militaire ; de sorte que l’on jugea généralement plus avisé de se contenter de défendre les postes suspects : pourtant, Agricola résolut de marcher au-devant du danger qui s’annonçait. À cet effet, il rassembla des détachements des légions et un petit corps d’auxiliaires ; et lorsqu’il s’aperçut que les Ordovices n’oseraient pas descendre dans la plaine, il mena lui-même un détachement en avant pour donner l’assaut, afin d’inspirer aux autres troupes une ardeur égale. Le résultat de l’action fut l’extermination presque totale des Ordovices ; alors Agricola, conscient qu’il faut poursuivre la renommée et que les événements futurs de la guerre seraient déterminés par ce premier succès, résolut de tenter une expédition contre l’île de Mona, dont l’occupation avait été abandonnée par Paullinus en raison de la rébellion générale de la Bretagne, comme il a été relaté précédemment. La carence habituelle d’une expédition imprévue se manifestant par le manque de navires de transport, l’habileté et la résolution du général furent mises à contribution pour pallier ce défaut. Un corps d’élite d’auxiliaires, déchargé de ses bagages, qui connaissait bien les gués et était accoutumé, selon la coutume de leur pays, à diriger leurs chevaux et à manier leurs armes tout en nageant, reçut l’ordre de se précipiter soudainement dans le chenal ; par ce mouvement, l’ennemi, qui attendait l’arrivée d’une flotte et une invasion formelle par mer, fut frappé de terreur et d’étonnement, concevant qu’il n’était rien d’ardu ou d’insurmontable pour des troupes qui avançaient ainsi à l’assaut. Ils furent donc conduits à demander la paix et à faire la reddition de l’île ; événement qui jeta de l’éclat sur le nom d’Agricola, qui, dès son entrée dans sa province, avait employé à des labeurs et à des dangers ce temps qui est habituellement consacré aux parades ostentatoires et aux compliments de cour. Il ne fut pas tenté, dans l’orgueil du succès, de nommer cela une expédition ou une victoire, ce qui n’était que brider les vaincus ; ni même d’annoncer son succès par des dépêches lauréates. Mais cette dissimulation de sa gloire servit à l’augmenter ; car les hommes furent amenés à concevoir une haute idée de la grandeur de ses vues futures, lorsque de tels services importants étaient passés sous silence.
Instruit du tempérament de la province, et enseigné par l’expérience des gouverneurs précédents combien peu de progrès avaient été faits par les armes, lorsque le succès était suivi d’injustices, il entreprit ensuite d’éradiquer les causes de la guerre. Commençant par lui-même et par ceux qui l’entouraient, il imposa d’abord des restrictions à sa propre maison, tâche tout aussi ardue pour la plupart des gouverneurs que l’administration de la province. Il ne permit à aucune affaire publique de passer par les mains de ses esclaves ou de ses affranchis. En admettant des soldats au service régulier, pour le service auprès de sa personne, il ne fut pas influencé par la faveur privée, ou par la recommandation ou la sollicitation des centurions, mais considéra les meilleurs hommes comme étant les plus fidèles. Il voulait tout savoir, mais se contentait de laisser certaines choses passer inaperçues. Il pouvait pardonner les petites fautes et user de sévérité pour les grandes ; pourtant, il ne punissait pas toujours, mais se satisfaisait fréquemment de la pénitence. Il préférait conférer des charges et des emplois à ceux qui ne contreviendraient pas, plutôt que de condamner ceux qui avaient contrevenu. L’augmentation des tributs et des contributions fut mitigée par une évaluation juste et égale, abolissant ces exactions privées qui étaient plus lourdes à porter que les impôts eux-mêmes. Car les habitants avaient été contraints, par dérision, de s’asseoir à côté de leurs propres greniers verrouillés, d’acheter du grain inutilement, et de le revendre à un prix fixé. De longs et difficiles voyages leur avaient également été imposés ; car les divers districts, au lieu d’être autorisés à fournir les quartiers d’hiver les plus proches, étaient forcés de transporter leur blé vers des lieux éloignés et détournés ; par ce moyen, ce qui était facile à se procurer pour tous était converti en un article de gain pour quelques-uns.
En supprimant ces abus dès la première année de son administration, il établit une idée favorable de la paix, qui, par la négligence ou l’oppression de ses prédécesseurs, n’avait pas été moins redoutée que la guerre. Au retour de l’été, il assembla son armée. En marche, il félicitait les soldats réguliers et ordonnés, et réprimandait les traînards ; il marquait les emplacements des camps et explorait en personne les estuaires et les forêts. En même temps, il harcelait perpétuellement l’ennemi par des incursions soudaines ; et, après les avoir suffisamment alarmés, par un intervalle d’abstention, il leur présentait les attraits de la paix. Par cette gestion, de nombreux États, qui jusqu’à cette époque avaient revendiqué leur indépendance, furent induits à mettre de côté leur animosité et à livrer des otages. Ces districts furent entourés de châteaux et de forts, disposés avec tant d’attention et de jugement, qu’aucune partie de la Bretagne, jusqu’alors nouvelle pour les armes romaines, n’échappa sans être inquiétée.
L’hiver suivant fut employé aux mesures les plus salutaires. Afin, par un avant-goût des plaisirs, de ramener les indigènes de cet état rude et instable qui les poussait à la guerre, et de les réconcilier avec le calme et la tranquillité, il les incita, par des instigations privées et des encouragements publics, à ériger des temples, des tribunaux et des maisons. Il prodiguait des louanges à ceux qui étaient prompts à se conformer à ses intentions, et réprimandait ceux qui étaient lents ; favorisant ainsi un esprit d’émulation qui avait toute la force de la nécessité. Il fut également attentif à fournir une éducation libérale aux fils de leurs chefs, préférant le génie naturel des Bretons aux acquis des Gaulois ; et ses tentatives furent couronnées d’un tel succès que ceux qui dédaignaient naguère de faire usage de la langue romaine ambitionnaient maintenant de devenir éloquents. Dès lors, l’habit romain commença à être tenu en honneur, et la toge fut fréquemment portée. À la longue, ils dérivèrent graduellement vers un goût pour ces luxes qui stimulent le vice ; portiques, bains et élégances de la table ; et cela, par leur inexpérience, ils le nommèrent politesse, tandis qu’en réalité, cela constituait une part de leur esclavage.
Les expéditions militaires de la troisième année révélèrent de nouvelles nations aux Romains, et leurs ravages s’étendirent jusqu’à l’estuaire du Tay. Les ennemis furent ainsi frappés d’une telle terreur qu’ils n’osèrent pas molester l’armée bien que tourmentée par de violentes tempêtes ; de sorte qu’ils eurent suffisamment d’opportunités pour l’érection de forteresses. Les personnes expérimentées firent remarquer qu’aucun général n’avait jamais montré plus d’habileté dans le choix de situations avantageuses qu’Agricola ; car aucun de ses postes fortifiés ne fut ni pris d’assaut, ni rendu par capitulation. Les garnisons faisaient de fréquentes sorties ; car elles étaient à l’abri du blocus grâce à une année de provision dans leurs magasins. Ainsi l’hiver passa sans alarme, et chaque garnison se révéla suffisante pour sa propre défense ; tandis que l’ennemi, qui était généralement accoutumé à réparer les pertes de l’été par les succès de l’hiver, se retrouvant alors également malheureux en toute saison, fut déconcerté et poussé au désespoir. Dans ces transactions, Agricola ne tenta jamais de s’arroger la gloire d’autrui ; mais rendit toujours un témoignage impartial aux actions méritoires de ses officiers, du centurion au commandant d’une légion. Il fut représenté par certains comme étant plutôt dur dans ses réprimandes ; comme si la même disposition qui le rendait affable envers les méritants l’avait incliné à l’austérité envers les indignes. Mais sa colère ne laissait aucun vestige derrière elle ; son silence et sa réserve ne devaient pas être redoutés ; et il estimait plus honorable de montrer des marques de déplaisir ouvertes que d’entretenir une haine secrète.
Le quatrième été fut passé à sécuriser le pays qui avait été envahi ; et si la valeur de l’armée et la gloire du nom romain l’avaient permis, nos conquêtes auraient trouvé une limite au sein même de la Bretagne. Car les marées des mers opposées, s’élevant fort avant dans les estuaires de Clota et de Bodotria, intersectent presque le pays ; ne laissant qu’un étroit isthme de terre, qui était alors défendu par une chaîne de forts. Ainsi, tout le territoire de ce côté était tenu en sujétion, et les ennemis restants étaient repoussés, pour ainsi dire, dans une autre île.
Lors de la cinquième campagne, Agricola, traversant sur le premier navire, soumit, par des engagements fréquents et fructueux, plusieurs nations jusque-là inconnues ; et stationna des troupes dans cette partie de la Bretagne qui est opposée à l’Irlande, plutôt dans une perspective d’avantage futur que par crainte d’un danger venant de ce quartier. Car la possession de l’Irlande, située entre la Bretagne et l’Espagne, et se trouvant commodément placée pour la mer Gauloise, aurait formé une liaison très bénéfique entre les parties les plus puissantes de l’empire. Cette île est plus petite que la Bretagne, mais plus grande que celles de notre mer. Son sol, son climat, ainsi que les mœurs et les dispositions de ses habitants, diffèrent peu de ceux de la Bretagne. Ses ports et havres sont mieux connus, en raison du concours des marchands à des fins de commerce. Agricola avait reçu sous sa protection l’un de ses petits rois, qui avait été expulsé par une sédition domestique ; et le retint, sous l’apparence de l’amitié, jusqu’à ce qu’une occasion se présente de faire usage de lui. Je l’ai fréquemment entendu affirmer qu’une seule légion et quelques auxiliaires suffiraient entièrement à conquérir l’Irlande et à la maintenir en sujétion ; et qu’un tel événement aurait également contribué à contenir les Bretons, en les effrayant par la perspective des armes romaines tout autour d’eux, et, pour ainsi dire, en bannissant la liberté de leur vue.
Au cours de l’été qui marqua le début de la sixième année de l’administration d’Agricola, étendant ses vues vers les contrées situées au-delà de Bodotria, comme une insurrection générale des nations les plus reculées était appréhendée et que l’armée ennemie rendait la marche périlleuse, il fit explorer les ports par sa flotte, qui, agissant alors pour la première fois en aide aux forces terrestres, offrait le spectacle formidable d’une guerre menée à la fois par mer et par terre. La cavalerie, l’infanterie et les troupes de marine étaient fréquemment mêlées dans le même camp, et racontaient avec un plaisir mutuel leurs exploits et aventures respectifs ; comparant, dans le langage vantard des hommes de guerre, les sombres recoins des bois et des montagnes avec les horreurs des vagues et des tempêtes ; et la terre et l’ennemi soumis avec l’océan vaincu. Il fut également découvert par les captifs que les Bretons avaient été frappés de consternation à la vue de la flotte, concevant que le dernier refuge des vaincus était coupé, maintenant que les retraites secrètes de leurs mers étaient révélées. Les divers habitants de la Calédonie prirent immédiatement les armes, avec de grands préparatifs, magnifiés cependant par la rumeur, comme c’est l’usage quand la vérité est inconnue ; et en entamant les hostilités et en attaquant nos forteresses, ils inspirèrent la terreur, osant agir de manière offensive ; si bien que certaines personnes, dissimulant leur timidité sous le masque de la prudence, préconisaient de battre immédiatement en retraite de ce côté du bras de mer et de renoncer au pays plutôt que d’attendre d’en être chassés. Agricola, entre-temps, étant informé que l’ennemi avait l’intention d’attaquer en plusieurs corps, distribua son armée en trois divisions, afin que son infériorité numérique et son ignorance du pays ne leur donnassent pas l’opportunité de l’encercler.
Lorsque cela fut connu de l’ennemi, ils changèrent soudainement de dessein ; et menant une attaque générale dans la nuit contre la neuvième légion, qui était la plus faible, dans la confusion du sommeil et la consternation, ils massacrèrent les sentinelles et percèrent les retranchements. Ils combattaient maintenant à l’intérieur du camp, lorsque Agricola, qui avait reçu l’information de leur marche de ses éclaireurs et les avait suivis de près, donna l’ordre aux plus lestes de ses cavaliers et fantassins de charger l’arrière-garde de l’ennemi. Bientôt, toute l’armée poussa un cri général ; et les étendards scintillèrent à l’approche du jour. Les Bretons furent distraits par des dangers opposés ; tandis que les Romains dans le camp reprirent courage et, assurés de leur salut, commencèrent à lutter pour la gloire. Ils se précipitèrent maintenant à leur tour vers l’attaque, et un engagement furieux s’ensuivit aux portes du camp ; jusqu’à ce que, par les efforts émulateurs des deux armées romaines, l’une pour apporter de l’aide, l’autre pour paraître ne pas en avoir besoin, l’ennemi fut mis en déroute : et si les bois et les marécages n’avaient abrité les fugitifs, ce jour aurait mis fin à la guerre.
Les soldats, inspirés par la fermeté qui caractérisait et la renommée qui accompagnait cette victoire, s’écrièrent que « rien ne pouvait résister à leur valeur ; le moment était venu de pénétrer au cœur de la Calédonie, et dans une série continue d’engagements, de découvrir enfin les limites extrêmes de la Bretagne. » Ceux-là mêmes qui avaient auparavant recommandé la prudence et la circonspection furent rendus téméraires et vantards par le succès. C’est la dure condition du commandement militaire que, si une part des événements prospères est réclamée par tous, les infortunes sont imputées à un seul. Les Bretons, cependant, attribuant leur défaite non pas à la bravoure supérieure de leurs adversaires, mais au hasard et à l’habileté du général, ne relâchèrent rien de leur confiance ; mais procédèrent à armer leur jeunesse, à envoyer leurs femmes et leurs enfants dans des lieux sûrs, et à ratifier la confédération de leurs divers États par des assemblées solennelles et des sacrifices. Ainsi les parties se séparèrent, les esprits mutuellement irrités.
Durant le même été, une cohorte d’Usipiens, qui avait été levée en Germanie et envoyée en Bretagne, accomplit une action extrêmement audacieuse et mémorable. Après avoir assassiné un centurion et quelques soldats qui avaient été incorporés parmi eux dans le but de leur enseigner la discipline militaire, ils s’emparèrent de trois navires légers et contraignirent les maîtres à monter à bord. L’un d’eux, cependant, s’échappant sur le rivage, ils tuèrent les deux autres sur des soupçons ; et avant que l’affaire ne soit publiquement connue, ils prirent la mer, comme par miracle. Ils furent bientôt livrés à la merci des vagues ; et eurent de fréquents conflits, avec un succès variable, avec les Bretons, défendant leurs biens contre le pillage. À la longue, ils furent réduits à une telle extrémité de détresse qu’ils furent obligés de se nourrir les uns les autres ; les plus faibles étant d’abord sacrifiés, puis ceux qui étaient pris au sort. De cette manière, ayant fait le tour de l’île, ils perdirent leurs navires faute d’habileté ; et, étant considérés comme des pirates, furent interceptés, d’abord par les Suèves, puis par les Frisons. Certains d’entre eux, après avoir été vendus comme esclaves, par le changement de maîtres, furent amenés sur la rive romaine du fleuve et devinrent notoires par le récit de leurs extraordinaires aventures.
Au début de l’été suivant, Agricola reçut une blessure domestique sévère par la perte d’un fils, âgé d’environ un an. Il supporta cette calamité, non pas avec la fermeté ostentatoire que beaucoup ont affectée, ni avec les larmes et les lamentations d’une douleur féminine ; et la guerre fut l’un des remèdes à son chagrin. Ayant envoyé sa flotte en avant pour répandre ses ravages à travers diverses parties de la côte, afin d’exciter une alarme étendue et incertaine, il marcha avec une armée équipée pour l’expédition, à laquelle il avait joint les plus braves des Bretons dont la fidélité avait été éprouvée par une longue allégeance, et arriva aux monts Grampius, où l’ennemi était déjà campé. Car les Bretons, nullement découragés par l’issue de l’action précédente, attendant la vengeance ou l’esclavage, et ayant enfin appris que le danger commun devait être repoussé par l’union seule, avaient rassemblé la force de toutes leurs tribus par des ambassades et des confédérations. Plus de trente mille hommes en armes furent alors aperçus ; et la jeunesse, ainsi que ceux d’un âge vigoureux et robuste, renommés à la guerre, et portant leurs diverses décorations honorifiques, affluaient encore ; lorsque Calgacus, le plus distingué par la naissance et la valeur parmi les chefs, harangua, dit-on, la multitude, se rassemblant autour, avide de bataille, de la manière suivante :
« Lorsque je réfléchis aux causes de la guerre et aux circonstances de notre situation, je ressens la forte conviction que nos efforts unis en ce jour marqueront le début d’une liberté universelle pour la Bretagne. Car nous sommes tous préservés de l’esclavage ; et il n’y a plus de terre derrière nous, et même la mer ne nous offre aucun refuge, tandis que la flotte romaine rôde à l’entour. Ainsi, l’usage des armes, qui est en tout temps honorable aux braves, offre maintenant le seul salut même aux lâches. Dans toutes les batailles qui ont été livrées jusqu’ici, avec un succès variable, contre les Romains, nos compatriotes peuvent être considérés comme ayant déposé leurs derniers espoirs et ressources en nous : car nous, les plus nobles fils de la Bretagne, et donc stationnés dans ses derniers recoins, loin de la vue des rivages serviles, avons préservé même nos yeux d’être souillés par le contact de la sujétion. Nous, aux limites extrêmes tant de la terre que de la liberté, avons été défendus jusqu’à ce jour par l’éloignement de notre situation et de notre renommée. L’extrémité de la Bretagne est maintenant révélée ; et tout ce qui est inconnu devient un objet d’importance. Mais il n’y a aucune nation au-delà de nous ; rien que des vagues et des rochers, et les Romains plus hostiles encore, dont nous ne pouvons échapper à l’arrogance par l’obséquiosité et la soumission. Ces pillards du monde, après avoir épuisé la terre par leurs dévastations, fouillent l’océan : stimulés par l’avarice, si leur ennemi est riche ; par l’ambition, s’il est pauvre ; insatiables à l’Orient comme à l’Occident : le seul peuple qui contemple la richesse et l’indigence avec une avidité égale. Ravager, massacrer, usurper sous de faux titres, ils appellent cela empire ; et là où ils créent un désert, ils appellent cela la paix.
« Nos enfants et nos parents sont, par l’ordonnance de la nature, ce qu’il y a de plus cher à nos yeux. Ils sont arrachés par des levées pour servir en des terres étrangères. Nos épouses et nos sœurs, même si elles échappent à la violation de la force hostile, sont souillées sous des noms d’amitié et d’hospitalité. Nos domaines et nos possessions sont consumés en tributs ; notre grain en contributions. Même nos corps sont usés au milieu des coups et des insultes à défricher les bois et à drainer les marais. Les misérables nés pour l’esclavage sont achetés une fois, puis entretenus par leurs maîtres : la Bretagne achète chaque jour, nourrit chaque jour sa propre servitude. Et comme parmi les esclaves domestiques chaque nouveau venu sert de risée et de dérision à ses compagnons ; ainsi, dans cette ancienne maison du monde, nous, en tant que les plus nouveaux et les plus vils, sommes recherchés pour la destruction. Car nous n’avons ni terres cultivées, ni mines, ni ports, qui puissent les inciter à nous préserver pour nos travaux. La valeur aussi et l’esprit indomptable des sujets ne les rendent qu’encore plus odieux à leurs maîtres ; tandis que l’éloignement et le secret de la situation elle-même, à mesure qu’ils contribuent à la sécurité, tendent à inspirer la suspicion. Puisque donc tout espoir de merci est vain, assumez enfin le courage, vous à qui le salut est cher comme vous à qui la gloire est chère. Les Trinobantes, même sous la conduite d’une femme, eurent assez de force pour brûler une colonie, pour prendre d’assaut des camps, et, si le succès n’avait émoussé leur vigueur, auraient été capables de rejeter entièrement le joug ; et nous, intacts, invaincus, et luttant non pour l’acquisition mais pour la sécurité de la liberté, ne montrerons-nous pas dès le premier assaut quels hommes la Calédonie a réservés pour sa défense ? »
« Imaginez-vous que les Romains soient aussi braves à la guerre qu’ils sont licencieux en temps de paix ? Tirant leur renommée de nos discordes et de nos dissensions, ils convertissent les fautes de leurs ennemis en la gloire de leur propre armée ; une armée composée des nations les plus disparates, que le succès seul a maintenue unie, et que le malheur dissipera tout aussi certainement. À moins, en vérité, que vous ne puissiez supposer que les Gaulois, les Germains et (j’en rougis) les Bretons eux-mêmes, qui, bien qu’ils versent leur sang pour établir une domination étrangère, ont été plus longtemps ses ennemis que ses sujets, seront retenus par la loyauté et l’affection ! La terreur et l’effroi sont les seuls faibles liens de l’attachement ; une fois rompus, ceux qui cessent de craindre commenceront à haïr. Tout ce qui incite à la victoire est de notre côté. Les Romains n’ont point d’épouses pour les animer ; point de parents pour leur reprocher leur fuite. La plupart n’ont pas de foyer, ou n’en ont qu’un lointain. Peu nombreux, ignorants du pays, regardant autour d’eux avec une horreur silencieuse les bois, les mers et un ciel qui leur est inconnu, ils sont livrés par les dieux, comme emprisonnés et enchaînés, entre nos mains. Ne soyez point terrifiés par un vain étalage et le scintillement de l’argent et de l’or, qui ne peuvent ni protéger ni blesser. Dans les rangs mêmes de l’ennemi, nous trouverons nos propres troupes. Les Bretons reconnaîtront leur propre cause. Les Gaulois se souviendront de leur ancienne liberté. Le reste des Germains les désertera, comme les Usipii l’ont fait récemment. Et rien n’est redoutable derrière eux : des forts sans garnison ; des colonies de vieillards ; des villes municipales malades et déchirées entre des maîtres injustes et des sujets qui obéissent mal. Ici se trouve un général ; ici, une armée. Là, des tributs, des mines et tout l’attirail des châtiments infligés aux esclaves ; qu’il faille les supporter éternellement ou les venger à l’instant, ce champ doit en décider. Marchez donc au combat, et songez à vos ancêtres et à votre postérité. »
Ils accueillirent cette harangue avec empressement et témoignèrent leur approbation à la manière barbare, par des chants, des hurlements et des cris dissonants. Et maintenant, les diverses divisions étaient en mouvement, le scintillement des armes se faisait voir, tandis que les plus audacieux et les plus impétueux se hâtaient vers le front et que la ligne de bataille se formait ; lorsque Agricola, bien que ses soldats fussent d’une humeur belliqueuse et qu’on pût à peine les contenir dans leurs retranchements, attisa une ardeur supplémentaire par ces mots :
« C’est maintenant la huitième année, mes compagnons d’armes, au cours de laquelle, sous les auspices élevés de l’empire romain, par votre valeur et votre persévérance, vous avez conquis la Bretagne. Dans tant d’expéditions, dans tant de batailles, que vous ayez été requis d’exercer votre courage contre l’ennemi, ou vos patients labeurs contre la nature même du pays, jamais je n’ai été mécontent de mes soldats, ni vous de votre général. Dans cette confiance mutuelle, nous avons dépassé les limites des commandants et des armées précédentes ; et nous connaissons maintenant l’extrémité de l’île, non par d’incertaines rumeurs, mais par une occupation effective avec nos armes et nos campements. La Bretagne est découverte et soumise. Combien de fois, en marche, encombré par les montagnes, les marais et les rivières, ai-je entendu les plus braves parmi vous s’exclamer : "Quand apercevrons-nous l’ennemi ? Quand serons-nous menés au champ de bataille ?" Enfin, ils sont débusqués de leurs retraites ; vos vœux et votre valeur ont maintenant libre cours ; et chaque circonstance est également propice au vainqueur et ruineuse pour le vaincu. Car, plus grande est notre gloire d’avoir marché sur de vastes étendues de terre, pénétré des forêts et traversé des bras de mer en avançant vers l’ennemi, plus grands seront notre danger et notre difficulté si nous tentions une retraite. Nous sommes inférieurs à nos ennemis dans la connaissance du pays, et moins capables de commander des approvisionnements ; mais nous avons des armes entre les mains, et en elles nous avons tout. Pour ma part, mon principe a longtemps été qu’un général ou une armée qui se retire n’est jamais en sécurité. Il ne faut donc pas seulement réfléchir que la mort avec honneur est préférable à la vie avec ignominie, mais se rappeler que la sécurité et la gloire siègent au même endroit. Même tomber sur cette limite extrême de la terre et de la nature ne saurait être considéré comme un destin sans gloire. »
« Si des nations inconnues ou des troupes inéprouvées étaient rangées contre vous, je vous exhorterais par l’exemple d’autres armées. À présent, rappelez-vous vos propres honneurs, interrogez vos propres yeux. Ce sont eux qui, l’an dernier, attaquant par surprise une seule légion dans l’obscurité de la nuit, furent mis en fuite par un cri : les plus grands fugitifs de tous les Bretons, et par conséquent ceux qui ont survécu le plus longtemps. De même que, dans les forêts et les fourrés, les bêtes les plus féroces se précipitent audacieusement sur les chasseurs, tandis que les faibles et les timorés fuient au moindre de leurs bruits ; ainsi les plus braves des Bretons sont tombés depuis longtemps : le nombre restant consiste uniquement en lâches et en êtres sans courage ; que vous voyez enfin à votre portée, non parce qu’ils ont tenu bon, mais parce qu’ils sont rattrapés. Engourdis par la peur, leurs corps sont figés et enchaînés dans ce champ, qui sera bientôt pour vous le théâtre d’une victoire glorieuse et mémorable. Ici, menez vos labeurs et vos services à leur terme ; clôturez une lutte de cinquante ans par un grand jour ; et convainquez vos compatriotes que l’on ne saurait imputer à l’armée ni la prolongation de la guerre, ni les causes de la rébellion. »
Tandis qu’Agricola parlait encore, l’ardeur des soldats se manifesta ; et dès qu’il eut fini, ils éclatèrent en joyeuses acclamations et volèrent instantanément aux armes. Ainsi désireux et impétueux, il les forma de telle sorte que le centre fût occupé par l’infanterie auxiliaire, au nombre de huit mille, et trois mille cavaliers furent répartis sur les ailes. Les légions furent postées à l’arrière, devant les retranchements ; une disposition qui rendrait la victoire singulièrement glorieuse, si elle était obtenue sans le sacrifice du sang romain ; et assurerait un soutien si le reste de l’armée était repoussé. Les troupes britanniques, pour un plus grand déploiement de leur nombre et une apparence plus redoutable, étaient rangées sur les hauteurs, de telle sorte que la première ligne se tenait sur la plaine, les autres, comme enchaînées les unes aux autres, s’élevant les unes au-dessus des autres sur la pente. Les conducteurs de chars et les cavaliers remplissaient le milieu du champ de leur tumulte et de leurs évolutions. Alors Agricola, craignant, en raison du nombre supérieur de l’ennemi, d’être contraint de combattre aussi bien sur ses flancs que sur le front, étendit ses rangs ; et bien que cela rendît sa ligne de bataille moins ferme, et que plusieurs de ses officiers lui eussent conseillé de faire avancer les légions, il était, rempli d’espoir et résolu dans le danger, descendu de cheval et avait pris position à pied devant les enseignes.
Au début, l’action fut menée à distance. Les Bretons, armés de longues épées et de petits boucliers, évitaient ou abattaient avec fermeté et dextérité nos traits, tout en déversant un torrent des leurs. Agricola encouragea alors trois cohortes bataves et deux tongriennes à engager le combat au corps à corps ; une méthode de combat familière à ces soldats vétérans, mais embarrassante pour l’ennemi en raison de la nature de leurs armes ; car les énormes épées britanniques, émoussées à la pointe, sont inaptes à la lutte rapprochée et aux engagements dans un espace confiné. Lorsque les Bataves, par conséquent, commencèrent à redoubler leurs coups, à frapper avec les umbos de leurs boucliers et à mutiler les visages de l’ennemi ; et, renversant tous ceux qui leur résistaient dans la plaine, faisaient avancer leurs lignes sur la pente ; les autres cohortes, enflammées d’ardeur et d’émulation, se joignirent à la charge et renversèrent tout ce qui se trouvait sur leur chemin : et si grande fut leur impétuosité dans la poursuite de la victoire, qu’ils laissèrent derrière eux beaucoup de leurs ennemis à moitié morts ou indemnes. Entre-temps, les troupes de cavalerie prirent la fuite, et les chars armés se mêlèrent à l’engagement de l’infanterie ; mais bien que leur premier choc occasionnât quelque consternation, ils furent bientôt empêtrés parmi les rangs serrés des cohortes et les inégalités du terrain. Il ne restait pas la moindre apparence d’un engagement de cavalerie ; car les hommes, tenant difficilement leur position, étaient entraînés avec les corps des chevaux ; et fréquemment, des chars dispersés et des chevaux effrayés, sans leurs cavaliers, volant diversement selon que la terreur les poussait, se précipitaient obliquement en travers ou directement à travers les lignes.
Ceux des Bretons qui, encore dégagés du combat, étaient assis sur les sommets des collines et regardaient avec un mépris insouciant la petitesse de nos effectifs, commencèrent alors à descendre graduellement ; et seraient tombés sur l’arrière des troupes victorieuses, si Agricola, appréhendant cet événement même, n’avait opposé quatre escadrons de cavalerie en réserve à leur attaque, qui, plus ils s’étaient avancés furieusement, les repoussèrent avec d’autant plus de célérité. Leur projet fut ainsi retourné contre eux-mêmes ; et les escadrons reçurent l’ordre de virer depuis le front de la bataille et de tomber sur l’arrière de l’ennemi. Un spectacle frappant et hideux apparut alors sur la plaine : les uns poursuivant, les autres frappant ; certains faisant des prisonniers, qu’ils massacraient au fur et à mesure que d’autres se présentaient. Maintenant, selon que leurs dispositions respectives les y incitaient, des foules de Bretons armés fuyaient devant des nombres inférieurs, ou quelques-uns, même désarmés, se précipitaient sur leurs ennemis et s’offraient à une mort volontaire. Des armes, des carcasses et des membres mutilés étaient pêle-mêle jonchés sur le sol, et le champ était teint de sang. Même parmi les vaincus, on vit des exemples de rage et de valeur. Lorsque les fugitifs approchèrent des bois, ils se rassemblèrent et entourèrent les premiers poursuivants, qui avançaient imprudemment et sans connaître le pays ; et si Agricola, partout présent, n’avait fait en sorte que quelques cohortes vigoureuses et légèrement équipées encerclassent le terrain, tandis qu’une partie de la cavalerie descendait de cheval pour se frayer un chemin à travers les fourrés, et qu’une partie à cheval écumait les bois ouverts, quelque désastre aurait pu résulter d’un excès de confiance. Mais quand l’ennemi vit ses poursuivants à nouveau formés en ordre compact, il reprit sa fuite, non plus en corps comme auparavant, ou attendant ses compagnons, mais dispersé et s’évitant mutuellement ; et prit ainsi le chemin des retraites les plus lointaines et les plus détournées. La nuit et la satiété du carnage mirent fin à la poursuite. Dix mille ennemis furent tués ; de notre côté, trois cent soixante tombèrent ; parmi lesquels Aulus Atticus, préfet de cohorte, qui, par son ardeur juvénile et le feu de son cheval, fut porté au milieu de l’ennemi.
Le succès et le butin contribuèrent à rendre la nuit joyeuse pour les vainqueurs ; tandis que les Bretons, errants et délaissés, au milieu des lamentations mêlées des hommes et des femmes, traînaient les blessés ; appelant ceux qui étaient indemnes ; abandonnant leurs habitations et, dans la rage du désespoir, y mettant le feu ; choisissant des lieux de dissimulation pour ensuite les déserter ; consultant ensemble pour ensuite se séparer. Parfois, en contemplant les chers gages de la parenté et de l’affection, ils étaient fondus en tendresse, ou plus fréquemment poussés à la fureur ; à tel point que plusieurs, selon des informations authentiques, poussés par une sauvage compassion, portèrent des mains violentes sur leurs propres femmes et enfants. Le jour suivant, un vaste silence tout autour, des collines désolées, la fumée lointaine des maisons en feu, et pas une âme vivante aperçue par les éclaireurs, déployèrent plus amplement le visage de la victoire. Après que des détachements eurent été envoyés dans toutes les directions sans découvrir aucune trace certaine de la fuite de l’ennemi, ni aucun corps encore en armes, la fin de la saison rendant impraticable l’extension de la guerre à travers le pays, Agricola conduisit son armée aux confins des Horesti. Ayant reçu des otages de ce peuple, il ordonna au commandant de la flotte de faire le tour de l’île ; expédition pour laquelle il fut pourvu d’une force suffisante, et précédé par la terreur du nom romain. Lui-même ramena alors la cavalerie et l’infanterie, marchant lentement afin d’imprimer une crainte plus profonde aux nations nouvellement conquises ; et distribua finalement ses troupes dans leurs quartiers d’hiver. La flotte, à la même époque, avec des vents propices et de la renommée, entra dans le port Trutulense, d’où, longeant tout le rivage proche de la Bretagne, elle retourna intacte à son ancienne station.
Le récit de ces transactions, bien qu’orné d’aucune pompe de langage dans les lettres d’Agricola, fut reçu par Domitien, comme il était de coutume chez ce prince, avec des expressions extérieures de joie, mais une anxiété intérieure. Il était conscient que son récent simulacre de triomphe sur la Germanie, au cours duquel il avait exhibé des esclaves achetés, dont les vêtements et les cheveux étaient conçus pour leur donner la ressemblance de captifs, était un sujet de dérision ; alors qu’ici, une victoire réelle et importante, dans laquelle tant de milliers d’ennemis avaient été tués, était célébrée par des applaudissements universels. Sa plus grande crainte était que le nom d’un simple particulier ne fût exalté au-dessus de celui du prince. En vain avait-il réduit au silence l’éloquence du forum et jeté une ombre sur tous les honneurs civils, si la gloire militaire était encore en possession d’un autre. D’autres accomplissements pouvaient plus facilement être tolérés, mais les talents d’un grand général étaient véritablement impériaux. Torturé par de telles pensées anxieuses, et les couvrant en secret, indication certaine de quelque intention maligne, il jugea plus prudent pour le présent de suspendre sa rancœur jusqu’à ce que le premier éclat de gloire et l’affection de l’armée se fussent apaisés : car Agricola possédait toujours le commandement en Bretagne.
Il fit donc décréter par le sénat des ornements triomphaux — une statue couronnée de laurier et tous les autres honneurs qui sont substitués à un triomphe réel, ainsi qu’une profusion d’expressions élogieuses ; et fit également naître l’attente que la province de Syrie, vacante par la mort d’Atilius Rufus, un consulaire, et habituellement réservée à des personnes de la plus haute distinction, était destinée à Agricola. Il était communément cru que l’un des affranchis, employés dans des services confidentiels, fut dépêché avec l’instrument nommant Agricola au gouvernement de Syrie, avec l’ordre de le remettre s’il était encore en Bretagne ; mais que ce messager, rencontrant Agricola dans le détroit, retourna directement auprès de Domitien sans même l’aborder. Que cela fût réellement le fait, ou seulement une fiction fondée sur le génie et le caractère du prince, est incertain. Agricola, entre-temps, avait remis la province, en paix et en sécurité, à son successeur ; et de peur que son entrée dans la ville ne fût rendue trop visible par le concours et les acclamations du peuple, il déclina les salutations de ses amis en arrivant de nuit ; et se rendit de nuit, comme il lui était ordonné, au palais. Là, après avoir été reçu avec une légère étreinte, sans qu’un mot fût prononcé, il fut mêlé à la foule servile. Dans cette situation, il s’efforça d’adoucir l’éclat de sa réputation militaire, qui est offensante pour ceux qui vivent eux-mêmes dans l’indolence, par la pratique de vertus d’un autre ordre. Il se résigna à l’aisance et à la tranquillité, fut modeste dans ses vêtements et son équipage, affable dans la conversation, et n’était accompagné en public que par un ou deux de ses amis ; à tel point que le grand nombre, habitué à former ses idées des grands hommes d’après leur suite et leur prestance, lorsqu’ils contemplaient Agricola, étaient portés à mettre en doute sa renommée : peu pouvaient interpréter sa conduite.
Il fut fréquemment, durant cette période, accusé en son absence devant Domitien, et en son absence également acquitté. La source de son danger n’était aucune action criminelle, ni la plainte d’une personne lésée ; mais un prince hostile à la vertu, à sa propre haute réputation, et la pire espèce d’ennemis, les laudateurs. Car la situation des affaires publiques qui s’ensuivit était telle qu’elle ne permettait pas au nom d’Agricola de rester dans le silence : tant d’armées en Mésie, en Dacie, en Germanie et en Pannonie perdues par la témérité ou la lâcheté de leurs généraux ; tant d’hommes de caractère militaire, avec de nombreuses cohortes, défaits et faits prisonniers ; tandis qu’un concours douteux était maintenu, non pour les frontières de l’empire et les rives des fleuves limitrophes, mais pour les quartiers d’hiver des légions et la possession de nos territoires. Dans cet état des choses, lorsque la perte succédait à la perte, et que chaque année était signalée par des désastres et des massacres, la voix publique réclamait hautement Agricola pour général : chacun comparant sa vigueur, sa fermeté et son expérience de la guerre avec l’indolence et la pusillanimité des autres. Il est certain que les oreilles de Domitien lui-même furent assaillies par de tels discours, tandis que les meilleurs de ses affranchis le poussaient à ce choix par des motifs de fidélité et d’affection, et les pires par envie et malignité, émotions auxquelles il était lui-même suffisamment enclin. Ainsi Agricola, tant par ses propres vertus que par les vices des autres, fut précipité vers la gloire.
L’année arriva maintenant où le proconsulat d’Asie ou d’Afrique devait échoir par le sort à Agricola ; et comme Civica avait récemment été mis à mort, Agricola n’était pas dépourvu d’une leçon, ni Domitien d’un exemple. Certaines personnes, au courant des inclinations secrètes de l’empereur, vinrent trouver Agricola et s’informèrent s’il avait l’intention de se rendre dans sa province ; et commencèrent d’abord, assez distamment, à louer une vie de loisir et de tranquillité ; puis offrirent leurs services pour obtenir qu’il fût dispensé de la charge ; et finalement, rejetant tout déguisement, après avoir usé d’arguments tant pour le persuader que pour l’intimider, le contraignirent à les accompagner chez Domitien. L’empereur, préparé à dissimuler, et adoptant un air de majesté, reçut sa requête de dispense, et se laissa formellement remercier pour l’avoir accordée, sans rougir d’une faveur si odieuse. Il ne fit cependant pas allouer à Agricola le traitement habituellement offert à un proconsul, et qu’il avait lui-même accordé à d’autres ; s’offensant soit du fait qu’il ne fût pas sollicité, soit ressentant la conscience que cela semblerait un pot-de-vin pour ce qu’il avait en réalité extorqué par son autorité. C’est un principe de la nature humaine de haïr ceux que nous avons lésés ; et Domitien était constitutionnellement enclin à la colère, qui était d’autant plus difficile à détourner qu’elle était mieux dissimulée. Pourtant, il fut adouci par le tempérament et la prudence d’Agricola ; qui ne crut pas nécessaire, par un esprit contumace ou une vaine ostentation de liberté, de défier la renommée ou de précipiter son destin. Que ceux qui sont habitués à admirer toute opposition à l’autorité soient informés que, même sous un mauvais prince, les hommes peuvent être véritablement grands ; que la soumission et la modestie, si elles sont accompagnées de vigueur et d’industrie, élèveront un caractère à une hauteur d’estime publique égale à celle que beaucoup, par des chemins abrupts et dangereux, ont atteinte, sans profit pour leur pays, par une mort ambitieuse.
43. Son décès fut une cruelle affliction pour sa famille, un chagrin pour ses amis, et un sujet de regret même pour les étrangers et ceux qui n’avaient aucune connaissance personnelle de lui. Le peuple aussi, ainsi que la classe qui s’intéresse peu aux affaires publiques, s’enquit fréquemment de lui à sa demeure pendant sa maladie, et fit de lui le sujet de ses conversations au forum et dans les cercles privés ; personne ne se réjouit à la nouvelle de sa mort, et nul ne l’oublia de sitôt. Leur commisération fut aggravée par un bruit persistant selon lequel il aurait été emporté par le poison. Je ne puis m’aventurer à affirmer quoi que ce soit de certain à ce sujet ; pourtant, durant tout le cours de sa maladie, le principal des affranchis impériaux et le plus confident des médecins furent envoyés bien plus fréquemment qu’il n’était d’usage auprès d’une cour dont les visites se faisaient principalement par messages ; que cela fût fait par sollicitude réelle ou aux fins d’une enquête d’État. Le jour de son décès, il est certain que des comptes rendus de sa fin prochaine étaient transmis à chaque instant à l’empereur par des courriers postés à cet effet ; et personne ne crut que l’information, que l’on avait pris tant de peine à accélérer, pût être reçue avec regret. Il revêtit, cependant, sur son visage et dans son maintien, l’apparence du chagrin : car il était désormais à l’abri d’un objet de haine, et pouvait plus aisément dissimuler sa joie que sa peur. Il était bien connu qu’à la lecture du testament, dans lequel il était nommé cohéritier avec l’excellente épouse et la très dévouée fille d’Agricola, il exprima une grande satisfaction, comme s’il s’agissait d’un témoignage volontaire d’honneur et d’estime : tant son esprit avait été rendu aveugle et corrompu par une adulation continuelle, qu’il ignorait que nul autre qu’un mauvais prince ne pouvait être nommé héritier d’un bon père.
44. Agricola naquit aux ides de juin, durant le troisième consulat de Caius Caesar ; il mourut dans sa cinquante-sixième année, le dixième jour des calendes de septembre, alors que Collega et Priscus étaient consuls. La postérité pourra souhaiter se faire une idée de sa personne. Sa silhouette était avenante plutôt que majestueuse. Dans son visage, rien n’inspirait la crainte ; son caractère était gracieux et engageant. On l’aurait volontiers cru un homme de bien, et on aurait souhaité qu’il fût un grand homme. Et en effet, bien qu’il fût enlevé au milieu d’un âge vigoureux, si sa vie est mesurée à sa gloire, ce fut une période de la plus grande étendue. Car après avoir pleinement joui de tout ce qui est véritablement bon, ce qui ne se trouve que dans les poursuites vertueuses, décoré des ornements consulaires et triomphaux, que pouvait la fortune ajouter de plus à son élévation ? Des richesses immodérées ne furent pas son partage, pourtant il possédait une aisance décente. Sa femme et sa fille lui survivant, sa dignité intacte, sa réputation florissante, et ses proches et amis encore en sécurité, on peut même considérer comme une félicité supplémentaire qu’il ait été ainsi soustrait aux maux imminents. Car, comme nous l’avons entendu exprimer ses vœux de continuer jusqu’à l’aube du présent jour propice, et de contempler Trajan sur le siège impérial — vœux dans lesquels il formait un certain présage de l’événement ; ainsi est-ce une grande consolation que, par sa fin prématurée, il ait échappé à cette dernière période, au cours de laquelle Domitien, non par intervalles et rémissions, mais par un acte continu et, pour ainsi dire, unique, visa la destruction de la chose publique.
45. Agricola ne vit pas le sénat assiégé, et les sénateurs enfermés dans un cercle d’armes ; et, en un seul carnage, le massacre de tant d’hommes consulaires, la fuite et le bannissement de tant de femmes honorables. Jusque-là, Carus Metius n’était distingué que par une seule victoire ; les conseils de Messalinus ne résonnaient que dans la citadelle albanaise ; et Massa Baebius était lui-même parmi les accusés. Peu après, nos propres mains traînèrent Helvidius en prison ; nous-mêmes fûmes torturés par le spectacle de Mauricus et Rusticus, et aspergés du sang innocent de Senecio.
Même Néron détourna ses yeux des cruautés qu’il commandait. Sous Domitien, c’était la part principale de nos misères que de voir et d’être vus : quand nos soupirs étaient enregistrés ; et que ce visage sévère, avec sa rougeur fixe, sa défense contre la honte, était employé à noter l’horreur livide de tant de spectateurs. Heureux, ô Agricola ! non seulement par la splendeur de votre vie, mais par l’à-propos de votre mort. Avec résignation et gaieté, d’après le témoignage de ceux qui étaient présents à vos derniers moments, vous avez accueilli votre destin, comme si vous vous efforciez de toutes vos forces de faire paraître l’empereur innocent. Mais pour moi-même et votre fille, outre l’angoisse de perdre un parent, demeure l’affliction aggravante que nous n’ayons pas eu le sort de veiller sur votre lit de maladie, de vous soutenir lorsque vous languissiez, et de nous rassasier en vous contemplant et en vous embrassant. Avec quelle attention aurions-nous reçu vos dernières instructions, et les aurions-nous gravées dans nos cœurs ! C’est là notre peine ; c’est là notre blessure : pour nous, vous étiez perdu quatre ans auparavant par une absence fastidieuse. Tout, sans doute, ô meilleur des parents ! fut administré pour votre confort et votre honneur, tandis qu’une épouse très aimante était assise auprès de vous ; pourtant, moins de larmes furent versées sur votre bière, et dans la dernière lumière que vos yeux contemplèrent, quelque chose manquait encore.
46. S’il existe une demeure pour les ombres des vertueux ; si, comme le supposent les philosophes, les âmes exaltées ne périssent pas avec le corps, puissiez-vous reposer en paix, et appeler nous, votre famille, loin du vain regret et des lamentations féminines, à la contemplation de vos vertus, qui ne laissent aucune place au deuil ou aux plaintes ! Ornons plutôt votre mémoire par notre admiration, par nos louanges de courte durée, et, autant que nos natures le permettront, par une imitation de votre exemple. C’est là véritablement honorer les morts ; c’est là la piété de chaque proche parent. Je recommanderais aussi à l’épouse et à la fille de ce grand homme de montrer leur vénération pour la mémoire d’un époux et d’un père en faisant tourner ses actions et ses paroles dans leurs cœurs, et en s’efforçant de retenir une idée de la forme et des traits de son esprit, plutôt que de sa personne. Non que je rejette ces ressemblances de la figure humaine qui sont gravées dans l’airain ou le marbre ; mais comme leurs originaux sont fragiles et périssables, ainsi le sont-ils eux aussi : tandis que la forme de l’esprit est éternelle, et ne peut être retenue ou exprimée par aucune matière étrangère, ou par le talent de l’artiste, mais par les mœurs des survivants. Tout ce qui, chez Agricola, fut l’objet de notre amour, de notre admiration, demeure, et demeurera dans l’esprit des hommes, transmis dans les annales de la renommée, à travers une éternité d’années. Car, tandis que beaucoup de grands personnages de l’antiquité seront enveloppés dans un oubli commun avec les vils et les obscurs, Agricola survivra, représenté et consigné aux âges futurs.
[41] Bien que la manière de combattre ait beaucoup changé aux temps modernes, les armes des anciens sont toujours en usage. Nous avons, tout comme eux, deux sortes d’épées, celle à pointe aiguë et celle à tranchant (l’épée courte et le sabre). La lance large a subsisté jusqu’à récemment dans la hallebarde ; la pique et la framea dans la longue lance et le sponton ; les armes de jet dans la hache de guerre, ou tomahawk nord-américain. On trouve, en outre, dans les anciens tumulus allemands, des boules de pierre perforées, qu’ils lançaient au moyen de courroies passées à travers.
[42] Nudi. Le mot latin nudus, comme le grec gemnos, ne désigne pas une personne dépourvue de tout vêtement, mais simplement quelqu’un sans vêtement de dessus — vêtu seulement d’une veste ou d’une tunique, et peut-être d’une courte. — White.
[43] Cette décoration désignait d’abord la valeur, ensuite la noblesse, de celui qui la portait ; et avec le temps, elle donna naissance aux insignes armoriés si célèbres aux âges de la chevalerie. Les boucliers des hommes du rang étaient simplement colorés ; ceux des chefs portaient des figures d’animaux peintes.
[44] Plutarque, dans sa Vie de Marius, décrit quelque peu différemment les armes et l’équipage des Cimbres. « Ils portaient (dit-il) des casques représentant des têtes de bêtes sauvages, et d’autres figures inhabitudes, couronnés d’un cimier ailé pour les faire paraître plus grands. Ils étaient couverts de cottes de mailles en fer, et portaient des boucliers blancs et étincelants. Chacun avait une hache de combat ; et dans le corps à corps, ils usaient de grandes épées lourdes. » Mais le savant Eccard observe avec justesse qu’ils s’étaient procuré ces armes au cours de leur marche ; car les tumulus du Holstein de cette époque contiennent peu d’armes de bronze, et aucune de fer ; mais des pointes de lance en pierre, et au lieu d’épées, des corps en forme de coin vulgairement appelés foudres.
[45] Les casques (cassis) sont de métal ; les heaumes (galea) de cuir. — Isidorus.
[46] Ce mode de combat est admirablement décrit par César. « Les Germains s’engageaient de la manière suivante : il y avait 6 000 cavaliers, et un nombre égal de fantassins les plus rapides et les plus braves ; qui étaient choisis, homme par homme, par la cavalerie, pour leur protection. C’est par eux qu’ils étaient escortés dans la bataille ; c’est vers eux qu’ils se repliaient ; et ceux-ci, s’ils étaient vivement pressés, se joignaient à eux dans le combat. Si quelqu’un tombait blessé de son cheval, il était couvert par eux. S’il était nécessaire d’avancer ou de battre en retraite sur une distance considérable, ils avaient acquis par l’exercice une telle agilité qu’en se soutenant aux crinières des chevaux, ils parvenaient à suivre leur rythme. » — Bell. Gall. i. 48.
[47] Pour comprendre ceci, il faut remarquer que les Germains étaient divisés en nations ou tribus, celles-ci en cantons, et celles-ci en districts ou communes. Les cantons (pagi en latin) étaient appelés par eux-mêmes gauen. Les districts ou communes (vici) étaient appelés hunderte, d’où viennent les hundreds anglais. Le nom donné à ces jeunes gens d’élite, selon le savant Dithmar, était die hunderte, les cent hommes. D’après le passage suivant de César, il apparaît que dans les tribus les plus puissantes, un plus grand nombre était sélectionné dans chaque canton. « La nation des Suèves est de loin la plus grande et la plus belliqueuse des Germains. On dit qu’ils habitent cent cantons ; dont chacun envoie annuellement mille hommes pour faire la guerre en dehors de ses propres territoires. Ainsi, ni les travaux de l’agriculture ni l’usage des armes ne sont interrompus. » — Bell. Gall. iv. 1. Les guerriers étaient convoqués par le heribannum, ou édit d’armée ; d’où est dérivé le français arrière-ban.
[48] Un coin est décrit par Végèce (iii. 19) comme un corps d’infanterie, étroit à l’avant et s’élargissant vers l’arrière ; disposition par laquelle ils étaient capables de briser les rangs ennemis, car toutes leurs armes étaient dirigées vers un seul point. Les soldats l’appelaient tête de sanglier.
[49] C’était aussi considéré comme le comble de l’injure que d’en accuser quelqu’un injustement. Ainsi, par la loi salique, tit. xxxiii, 5, une amende de 600 deniers (environ 9 livres) est imposée à « tout homme libre qui accusera un autre d’avoir jeté son bouclier et fui, sans être en mesure de le prouver. »
[50] Vertot (Mém. de l’Acad. des Inscrip.) suppose que les maires du palais français trouvaient leur origine dans ces chefs militaires germains. Si les rois étaient aussi remarquables par leur valeur que par leur naissance, ils unissaient le commandement royal au commandement militaire. Habituellement, cependant, plusieurs rois et généraux étaient assemblés dans leurs guerres. Dans ce cas, le plus éminent commandait, et obtenait une juridiction commune en temps de guerre, qui ne subsistait pas en temps de paix. Ainsi César (Bell. Gall. vi.) dit : « En temps de paix, ils n’ont pas de magistrature commune. » Un général était élu en le plaçant sur un bouclier et en le soulevant sur les épaules des assistants. Le même cérémonial était observé lors de l’élection des rois.
[51] De là, Ambiorix, roi des Éburons, déclare que « la nature de son autorité était telle que le peuple n’avait pas moins de pouvoir sur lui, qu’il n’en avait sur le peuple. » — César, Bell. Gall. v. L’autorité des chefs nord-américains est presque exactement similaire.
[52] Le pouvoir de vie et de mort, cependant, était entre les mains des magistrats. Ainsi César : « Lorsqu’un État s’engage dans une guerre offensive ou défensive, des magistrats sont choisis pour la présider, et exercer le pouvoir de vie et de mort. » — Bell. Gall. vi. L’infliction des peines était confiée aux prêtres, afin de leur donner plus de solennité et de les rendre moins odieuses.
[53] Effigiesque et signa quaedam. Que effigies ne signifie pas les images de leurs divinités est prouvé par ce qui est énoncé au chap. ix., à savoir qu’ils jugeaient dérogatoire pour leurs divinités de les représenter sous forme humaine ; et, si sous forme humaine, nous pouvons arguer, a fortiori, sous la forme des animaux inférieurs. L’interprétation du passage sera mieux tirée de l’Hist. iv. 22, où Tacite dit : « Depromptae silvis lucisve ferarum imagines, ut cuique genti inire praelium mos est. » Il apparaîtrait dès lors que ces effigies et signa étaient des images d’animaux sauvages, et étaient des étendards nationaux conservés avec un soin religieux dans les bois et bosquets sacrés, d’où ils étaient sortis quand le clan ou la tribu était sur le point d’entrer en campagne. — White.
[54] Non seulement elles s’interposaient pour empêcher la fuite de leurs maris et de leurs fils, mais, dans des urgences désespérées, elles s’engageaient elles-mêmes dans la bataille. Cela arriva lors de la défaite des Cimbres par Marius (qui sera mentionnée plus loin) ; et Dion raconte que lorsque Marc Aurèle terrassa les Marcomans, les Quades et d’autres alliés germains, des corps de femmes en armure furent trouvés parmi les tués.
[55] Ainsi, dans l’armée d’Arioviste, les femmes, les cheveux défaits et pleurant, suppliaient les soldats de ne pas les livrer captives aux Romains. — César, Bell. Gall. i.
[56] Relative à ceci, peut-être, est une circonstance mentionnée par Suétone dans sa Vie d’Auguste. « De certaines nations, il tenta d’exiger un nouveau genre d’otages, les femmes : parce qu’il observa que celles du sexe masculin étaient négligées. » — Aug. xxi.
[57] Voir la même observation concernant les femmes celtes, dans Plutarque, sur les vertus des femmes. Les Nord-Américains portent une attention similaire à leurs femmes.
[58] Un exemple remarquable de ceci est donné par César. « Lorsqu’il demanda aux captifs la raison pour laquelle Arioviste ne s’engageait pas, il apprit que c’était parce que les matrones, qui chez les Germains sont accoutumées de prononcer, d’après leurs divinations, si une bataille sera ou non favorable, avaient déclaré qu’ils ne seraient pas victorieux s’ils combattaient avant la nouvelle lune. » — Bell. Gall. i. La manière cruelle dont les femmes cimbres effectuaient leurs divinations est ainsi relatée par Strabon : « Les femmes qui suivent les Cimbres à la guerre sont accompagnées par des prophétesses aux cheveux gris, en vêtements blancs, avec des manteaux de toile fixés par des agrafes, une ceinture de bronze, et les pieds nus. Elles vont avec des épées tirées à travers le camp, et, frappant ceux des prisonniers qu’elles rencontrent, les traînent vers une chaudière de bronze, contenant environ vingt amphores. Celle-ci a une sorte d’estrade au-dessus, sur laquelle montant, la prêtresse coupe la gorge de la victime, et, de la manière dont le sang coule dans le récipient, juge de l’événement futur. D’autres déchirent les corps des captifs ainsi égorgés, et, de l’inspection des entrailles, présagent la victoire à leur propre camp. » — Lib. vii.
[59] Elle fut plus tard faite prisonnière par Rutilius Gallicus. Stace, dans ses Sylvae, i. 4, se réfère à cet événement. Tacite a plus de détails sur elle dans son Histoire, iv. 61.
[60] Viradesthis était une déesse des Tungri ; Harimella, une autre divinité provinciale ; dont les noms furent trouvés par M. Pennant inscrits sur des autels à la station romaine de Burrens. Ceux-ci furent érigés par les auxiliaires germains. — Vide Tour in Scotland, 1772, partie ii. p. 406.
[61] Ritter considère qu’il y a ici une référence à la flatterie servile du sénat telle qu’elle s’est manifestée à l’époque de Néron, par la déification de la fille en bas âge de Poppée, et plus tard de Poppée elle-même. (Voir Ann. xv. 23, Dion. lxiii, Ann. xiv. 3.) Il n’y a aucune contradiction dans le présent passage avec celui trouvé dans Hist. iv. 61, où Tacite dit : « plerasque feminarum fatidicas et, augescente superstitione, arbitrantur deas » ; c’est-à-dire, ils jugent (arbitrantur) que beaucoup de leurs femmes possèdent des pouvoirs prophétiques, et, à mesure que leur sentiment religieux augmente, ils les jugent (arbitrantur) déesses, c’est-à-dire, possédant une nature surhumaine ; ils n’en font cependant pas des déesses pour les adorer, comme les Romains l’ont fait pour Poppée et son enfant, ce qui est implicitement suggéré par facerent deas. — White.
[62] Mercure, c’est-à-dire un dieu que Tacite nomme ainsi, parce que ses attributs ressemblaient à ceux du Mercure romain. Selon Paul Diacre (de Gestis Langobardorum, i. 9), cette divinité était Wodun, ou Gwodan, appelé aussi Odin. Mallet (North. Ant. ch. v.) dit que dans la mythologie islandaise, il est appelé « le Dieu terrible et sévère, le Père du Carnage, celui qui donne la victoire et reçoit le courage dans le conflit, qui nomme ceux qui doivent être tués. » « Les Germains dessinaient leurs dieux d’après leur propre caractère, eux qui n’aimaient rien tant que de déployer leur force et leur pouvoir dans la bataille, et de signaler leur vengeance sur leurs ennemis par le carnage et la désolation. » Il reste à ce jour quelques traces du culte rendu à Odin dans le nom donné par presque tous les peuples du nord au quatrième jour de la semaine, qui lui était autrefois consacré. Il est appelé par un nom qui signifie « le jour d’Odin » ; vieux norrois, Odinsdagr ; suédois et danois, Onsdag ; anglo-saxon, Wodenesdaeg, Wodnesdaeg ; hollandais, Woensdag ; anglais, Wednesday. Comme Odin ou Wodun était supposé correspondre au Mercure des Grecs et des Romains, le nom de ce jour fut exprimé en latin Dies Mercurii. — White.
[63] « Le temps fixé pour ces sacrifices, » dit Mallet (North. Ant. ch. vi.), « était toujours déterminé par une opinion superstitieuse qui faisait que les nations du nord regardaient le nombre “trois” comme sacré et particulièrement cher aux dieux. Ainsi, tous les neuf mois, ils renouvelaient la cérémonie sanglante, qui devait durer neuf jours, et chaque jour ils offraient neuf victimes vivantes, qu’il s’agisse d’hommes ou d’animaux. Mais les sacrifices les plus solennels étaient ceux qui étaient offerts à Upsal en Suède tous les neuf ans... » Après avoir déclaré la nature obligatoire de la présence à ce festival, Mallet ajoute : « Alors ils choisissaient parmi les captifs en temps de guerre, et parmi les esclaves en temps de paix, neuf personnes à sacrifier. De quelque manière qu’ils immolassent les hommes, le prêtre prenait toujours soin, en consacrant la victime, de prononcer certains mots, comme : “Je te dévoue à Odin”, “Je t’envoie à Odin”. » Voir Lucain i. 444.
« Et quibus immitis placatur sanguine diro Teutates, horrensque feris altaribus Hesus. »
Teutates est Mercure, Hesus, Mars. Ainsi aussi au iii. 399, etc.
« Lucus erat longo nunquam violatus ab aevo. ... Barbara ritu Sacra Deum, structae diris altaribus arae, Omnis et humanis lustrata cruoribus arbor. »
[64] C’est-à-dire, comme dans le cas précédent, une divinité dont les attributs correspondaient à ceux du Mars romain. Cela semble n’avoir pas été Thor, qui est plutôt le représentant du Jupiter romain, mais Tyr, « un dieu guerrier, et le protecteur des champions et des hommes braves ! » « De Tyr est dérivé le nom donné au troisième jour de la semaine dans la plupart des langues teutoniques, et qui a été rendu en latin par Dies Martis. Vieux norrois, Tirsdagr, Tisdagr ; suédois, Tisdag ; danois, Tirsdag ; allemand, Dienstag ; hollandais, Dingsdag ; anglo-saxon, Tyrsdaeg, Tyvesdaeg, Tivesdaeg ; anglais, Tuesday » — (Mallet’s North. Ant. ch. v.) — White.
[65] Les Suèves apparaissent comme étant les tribus germaniques, et ceci aussi le culte mentionné au chap. xl. Signum in modum liburnae figuration correspond avec le vehiculum mentionné là ; la chose réelle étant, selon le point de vue de Ritter, une pinasse placée sur des roues. Que signum ipsum (« le symbole lui-même ») ne signifie aucune image de la déesse, peut être déduit aussi du ch. xl., où la déesse elle-même, si credere velis, est décrite comme étant lavée dans le lac sacré.
[66] Comme les Romains sur leurs anciennes monnaies, dont beaucoup sont maintenant existantes, enregistraient l’arrivée de Saturne par la poupe d’un navire ; ainsi d’autres nations ont fréquemment dénoté l’importation d’un rite religieux étranger par la figure d’une galère sur leurs médailles.
[67] Tacite parle ailleurs de temples de divinités germaines (par ex. 40 ; Templum Nerthae, Ann. i. 51 ; Templum Tanfanae) ; mais un bois consacré, ou tout autre lieu sacré, était appelé templum par les Romains.
[68] Les Scythes sont mentionnés par Hérodote, et les Alains par Ammien Marcellin, comme faisant usage de ces baguettes divinatoires. La méthode germanique de divination avec elles est illustrée par ce qui est dit par Saxo-Grammaticus (Hist. Dan. xiv, 288) des habitants de l’île de Rügen dans la mer Baltique : « Jetant, à titre de sorts, trois morceaux de bois, blancs d’un côté et noirs de l’autre, sur leurs genoux, ils prédisaient la bonne fortune par l’apparition du blanc ; la mauvaise par celle du noir. »
[69] La même pratique prévalait parmi les Perses, dont les Germains semblent être issus. Darius fut élu roi par le hennissement d’un cheval ; des chevaux blancs sacrés étaient dans l’armée de Cyrus ; et Xerxès, battant en retraite après sa défaite, était précédé par les chevaux sacrés et le char consacré. Justin (i. 10) mentionne la cause de cette superstition, à savoir que « les Perses croyaient que le Soleil était le seul Dieu, et que les chevaux lui étaient particulièrement consacrés. » Le prêtre de l’île de Rügen prenait aussi des auspices d’un cheval blanc, comme on peut le voir chez Saxo-Grammaticus.
[70] Montesquieu trouve dans cette coutume l’origine du duel, et de la chevalerie errante.
[71] Ce passage remarquable, si curieux dans l’histoire politique, est commenté par Montesquieu, dans son Esprit des Lois. vi. 11. Ce célèbre auteur exprime sa surprise de l’existence d’un tel équilibre entre la liberté et l’autorité dans les forêts d’Allemagne ; et trace l’origine de la constitution anglaise à partir de cette source. Tacite mentionne encore la forme germanique de gouvernement dans ses Annales, iv. 33.
[72] La haute antiquité de ce mode de calcul apparaît dès le Livre de la Genèse. « Le soir et le matin furent le premier jour. » Les Gaulois, nous informe César, « affirment que, selon la tradition de leurs druides, ils sont tous issus du Père Dis ; pour cette raison, ils comptent chaque période de temps selon le nombre de nuits, non de jours ; et observent les anniversaires et les débuts des mois et des années de telle manière que le jour semble suivre la nuit. » (Bell. Gall. vi. 18.) Les vestiges de cette méthode de calcul apparaissent encore dans la langue anglaise, dans les termes se’nnight et fort’night.
[73] Ut turbae placuit. Doederlein interprète ce passage comme représentant la manière confuse dont le peuple prenait ses sièges dans l’assemblée nationale, sans référence à l’ordre, au rang, à l’âge, etc. Il représente plutôt, cependant, que le peuple, et non les chefs, déterminait quand les affaires du conseil devaient commencer. — White.
[74] Et dans une plaine ouverte. De vastes tas de pierre subsistant encore désignent les scènes de ces conseils nationaux. (Voir Mallet’s Introduct. to Hist. of Denmark.) Le Stonehenge anglais a été supposé être une relique de ce genre. Dans ces assemblées, on voit l’origine de celles qui, sous la race mérovingienne des rois français, étaient appelées les Champs de Mars ; sous les Carlovingiens, les Champs de Mai ; ensuite, les Cours Plénières de Noël et de Pâques ; et enfin, les États Généraux.
[75] Le discours de Civilis fut reçu avec cette expression d’applaudissements. Tacite, Hist. iv. 15.
[76] Mis au gibet vivant. De lourdes peines étaient dénoncées contre ceux qui les détacheraient, vivants ou morts. Celles-ci sont détaillées dans la loi salique.
[77] Par lâches et couards, dans ce passage, sont probablement désignés ceux qui, étant convoqués à la guerre, refusaient ou négligeaient d’y aller. César (Bell. Gall. vi. 22) mentionne que ceux qui refusaient de suivre leurs chefs à la guerre étaient considérés comme des déserteurs et des traîtres. Et, plus tard, l’empereur Clothaire fit l’édit suivant, conservé dans la loi lombarde : « Tout homme libre, convoqué à la défense de son pays par son Comte, ou ses officiers, qui négligera d’y aller, et que l’ennemi pénètre dans le pays pour le ravager, ou endommage autrement nos sujets fidèles, encourra une peine capitale. » Comme les crimes de lâcheté, de trahison et de désertion étaient si odieux et ignominieux parmi les Germains, nous trouvons par la loi salique que des peines étaient annexées à l’imputation injuste de ceux-ci.
[78] Ceux-ci étaient si rares et si infâmes parmi les Germains qu’appeler simplement une personne par un nom signifiant ceux-ci était sévèrement puni.
[79] Les personnes incestueuses étaient enterrées vivantes dans des tourbières en Écosse. Pennant’s Tour in Scotland, 1772 ; partie i. p. 351 ; et partie ii. p. 421.
[80] Parmi ces délits plus légers, cependant, étaient comptés l’homicide, l’adultère, le vol, et beaucoup d’autres d’un genre similaire. Cela apparaît d’après les lois des Germains, et d’un passage ultérieur de Tacite lui-même.
[81] C’étaient à cette époque les seules richesses du pays, comme cela a déjà été observé dans ce traité. Plus tard, l’or et l’argent devinrent abondants : de là, toutes les amendes requises par la loi salique sont pécuniaires. L’argent, cependant, portait toujours une proportion fixe au bétail ; comme cela apparaît de la loi saxonne (Tit. xviii.) : « Le Solidus est de deux sortes ; l’un contient deux trémisses, c’est-à-dire un bœuf de douze mois, ou une brebis avec son agneau ; l’autre, trois trémisses, ou un bœuf de seize mois. L’homicide est composé par le moindre solidus ; les autres crimes par le plus grand. » Les Saxons avaient leur Weregeld, — les Écossais leur Cro, Galnes, et Kelchin, — et les Gallois leur Gwerth, et Galanus, ou compensations pour les injures ; et le bétail était également l’amende habituelle. Vide Pennant’s Tour in Wales de 1773, pp. 273, 274.
[82] Cette amende est fréquemment dans la loi salique appelée « fred », c’est-à-dire, paix ; parce qu’elle était payée au roi ou à l’État, comme gardiens de la paix publique.
[83] Un bref compte rendu de l’économie civile des Germains sera ici utile. Ils étaient divisés en nations ; dont certaines étaient sous un gouvernement royal, d’autres républicain. Les premières avaient des rois, les secondes des chefs. Tant dans les royaumes que dans les républiques, les affaires militaires étaient sous la conduite des généraux. Les nations étaient divisées en cantons ; dont chacun était supervisé par un chef, ou comte, qui y administrait la justice. Les cantons étaient divisés en districts ou centaines, ainsi appelés parce qu’ils contenaient cent villes ou communes. Dans chaque centaine était un compagnon, ou centenaire, choisi parmi le peuple, devant lequel les petites causes étaient jugées. Devant le comte, toutes les causes, aussi bien grandes que petites, étaient justiciables. Les centenaires sont appelés compagnons par Tacite, selon la coutume des Romains ; parmi lesquels les titres d’honneur étaient, César, le Legatus ou Lieutenant de César, et ses comites, ou compagnons. Les cours de justice étaient tenues en plein air, sur une hauteur, sous l’ombre d’un chêne, d’un orme, ou de quelque autre grand arbre.
[84] Même les juges étaient armés sur le siège de la justice. Les Romains, au contraire, ne sortaient jamais armés que lorsqu’ils étaient réellement engagés dans le service militaire.
[85] Ce sont les rudiments de la célèbre institution de la chevalerie. Les fils des rois semblent avoir reçu les armes de princes étrangers. De là, quand Audoin, après avoir vaincu les Gépides, fut prié par les Lombards de dîner avec son fils Alboin, son partenaire dans la victoire, il refusa ; car, dit-il, « vous savez qu’il n’est pas coutumier chez nous pour le fils d’un roi de dîner avec son père, avant qu’il n’ait reçu les armes du roi d’un autre pays. » — Warnefrid, De gestis Langobardorum, i. 23.
[86] Allusion à la toga virilis des Romains. La jeunesse germanique recevait probablement le bouclier et la lance vers l'âge de douze ou quinze ans. Cette initiation précoce aux affaires de la guerre leur donnait ce caractère belliqueux pour lequel ils étaient si célèbres. Ainsi, Sénèque (Epist. 46) dit : « Un natif de Germanie brandit, alors qu'il est encore enfant, son frêle javelot. » Et encore (dans son livre sur la Colère, i. 11) : « Qui est plus brave que les Germains ? qui plus impétueux dans la charge ? qui plus épris d'armes, dans l'usage desquelles ils sont nés et nourris, et qui sont leur seul souci ? qui plus endurci aux épreuves, au point que, pour la plupart, ils ne prévoient aucune couverture pour leur corps, aucun refuge contre la rigueur perpétuelle du climat ? »
[87] Il semble donc que ces nobles garçons étaient considérés comme principes par leur rang, mais n'avaient leur position que parmi les comites. Le mot allemand Gesell est particulièrement approprié à ces compagnons d'armes. Ils étaient si hautement estimés en Allemagne que, pour les tuer ou les blesser, une amende était exigée, triple de celle pour les autres hommes libres.
[88] De là, quand Chonodomarus, roi des Alamans, fut fait prisonnier par les Romains, « ses compagnons, au nombre de deux cents, et trois amis particulièrement attachés à lui, jugeant infâme de survivre à leur prince, ou de ne pas mourir pour lui, se livrèrent eux-mêmes pour être mis dans les chaînes. » — Ammien Marcellin, xvi. 13.
[89] C'est pourquoi Montesquieu (Esprit des Lois, xxx, 3) fait justement dériver l'origine du vasselage. Au début, le prince donnait à ses nobles des armes et des vivres : à mesure que l'avarice progressait, l'argent, puis les terres, devinrent nécessaires ; celles-ci, de bénéfices, devinrent à terme des possessions héréditaires et furent appelées fiefs. D'où l'établissement du système féodal.
[90] César, avec moins de précision, dit : « Les Germains passent leur vie entière dans la chasse et les exercices militaires. » (Bell. Gall, vi. 21.) Le tableau dressé par Tacite est plus conforme au génie d'un peuple barbare : outre que la chasse n'étant l'occupation que de quelques mois de l'année, une plus grande partie doit nécessairement être passée dans l'oisiveté par ceux qui n'avaient point d'autre occupation. Sur ce point, et sur ceux qui sont relatés plus loin, les sauvages d'Amérique du Nord s'accordent exactement avec les anciens Germains.
[91] Cette contradiction apparente est cependant parfaitement conforme aux principes de la nature humaine. Chez les peuples gouvernés par l'impulsion plus que par la raison, tout est dans l'extrême : la guerre et la paix ; le mouvement et le repos ; l'amour et la haine ; rien n'est poursuivi avec modération.
[92] Ce sont les rudiments des tributs ; bien que les contributions dont il est ici question fussent volontaires et sans contrainte. L'origine des échiquiers est indiquée plus haut, là où il est dit qu'une « partie de l'amende » est « payée au roi ou à l'État ». La fiscalité fut enseignée aux Germains par les Romains, qui levaient des impôts sur eux.
[93] Ainsi, dans les temps ultérieurs, quand les tributs furent d'usage, cinq cents bœufs ou vaches étaient exigés annuellement des Saxons par les rois francs Clotaire Ier et Pépin. (Voir Eccard, tom. i. pp. 84, 480.) Le miel, le grain et d'autres produits de la terre étaient également reçus en tribut. (Ibid. p. 392.)
[94] Pour les dépenses de guerre, et autres nécessités de l'État, et particulièrement pour les réceptions publiques. De là, outre le Steora, ou tribut annuel, l'Osterstuopha, ou coupe de Pâques, précédant l'assemblée publique du Champ de Mars, était payée aux rois francs.
[95] Ce fut une leçon dangereuse, et qui, à la fin, se révéla ruineuse pour l'empire romain. Hérodien dit des Germains de son temps : « Ils se laissent principalement gagner par des pots-de-vin ; étant avides d'argent et vendant continuellement la paix aux Romains pour de l'or. » — Lib. vi. 139.
[96] Cette coutume fut de longue durée ; car il n'est fait mention d'aucune ville chez Ammien Marcellin, qui écrivait sur les guerres des Romains en Germanie. Les noms de lieux chez Ptolémée (ii. 11) ne sont donc pas ceux de cités, mais de villages épars. Les Germains n'avaient même pas ce que nous appellerions des villes, malgré ce qu'en affirme César.
[97] L'espace entourant la maison, et clos par des haies, était cette célèbre terre salique, qui descendait en ligne masculine, à l'exclusion de la ligne féminine.
[98] Le danger d'incendie était particulièrement urgent en temps de guerre ; car, comme nous en informe César, ces peuples connaissaient une méthode pour lancer des balles d'argile rougies au feu avec des frondes, ainsi que des javelots enflammés, sur le chaume des maisons. (Bell. Gall. v. 42.)
[99] Ainsi également Méla (ii. 1), au sujet des Sarmates : « En raison de la longueur et de la rigueur de leurs hivers, ils habitent sous terre, soit dans des cavernes naturelles ou artificielles. » À l'époque où la Germanie fut dévastée par une guerre de quarante ans, Kircher vit plusieurs indigènes qui, avec leurs troupeaux et leurs autres possessions, se réfugièrent dans les cavernes des plus hautes montagnes. Pour de nombreux autres détails curieux concernant ces grottes et d'autres souterrains, voir son Mundus Subterraneus, viii. 3, p. 100. En Hongrie, à ce jour, le grain est communément stocké dans des chambres souterraines.
[100] Près de Newbottle, le siège du marquis de Lothian, se trouvent quelques appartements et passages souterrains taillés dans la roche vive, qui avaient probablement servi aux mêmes usages de refuges hivernaux et de greniers que ceux creusés par les anciens Germains. Pennant's Tour in 1769, 4to, p. 63.
[101] C'était une sorte de manteau de forme carrée, appelé aussi rheno. Ainsi César (Bell. Gall. vi. 21) : « Ils utilisent des peaux pour se vêtir, ou les courts rhenones, et laissent la plus grande partie du corps nue. » Isidore (xix. 23) décrit les rhenones comme des « vêtements couvrant les épaules et la poitrine, jusqu'au nombril, si rudes et poilus qu'ils sont impénétrables à la pluie. » Méla (iii. 3), parlant des Germains, dit : « Les hommes ne sont vêtus que du sagum, ou de l'écorce des arbres, même au plus profond de l'hiver. »
[102] Tous les sauvages aiment la variété des couleurs ; c'est pourquoi les Germains tachaient leurs fourrures avec les peaux d'autres animaux, dont celles mentionnées ici étaient probablement du genre du phoque. Cette pratique est encore maintenue en ce qui concerne l'hermine, qui est tachée avec de la peau d'agneau noir.
[103] La mer du Nord et l'océan Glacial.
[104] Pline témoigne de la même chose ; et ajoute que « les femmes au-delà du Rhin ne connaissent aucun type de vêtement plus élégant. » — xix. 1.
[105] Non pas cette pourpre riche et coûteuse dans laquelle brillait la noblesse romaine, mais quelque matériau ordinaire, tel que le vaccinium, dont Pline dit qu'il était utilisé par les Gaulois comme teinture pourpre pour les vêtements des esclaves. (xvi. 18.)
[106] La chasteté des Germains, et leur strict respect des lois du mariage, sont attestés par tous leurs anciens codes de lois. La pureté de leurs mœurs à cet égard offrait un contraste frappant avec la licence des Romains au déclin de l'empire, et est exposée sous ce jour par Salvien, dans son traité De Gubernatione Dei, lib. vii.
[107] Ainsi trouvons-nous chez César (Bell. Gall. i. 53) qu'Arioviste avait deux épouses. D'autres en avaient davantage. Cette indulgence se révéla plus difficile à abolir, car elle était considérée comme une marque d'opulence et un attribut de la noblesse.
[108] Les Germains achetaient leurs épouses, comme il ressort des clauses suivantes de la loi saxonne concernant le mariage : « Une personne qui épouse une femme paiera à ses parents 300 solidi (environ 180 livres sterling) ; mais si le mariage se fait sans le consentement des parents, la jeune fille consentant néanmoins, il paiera 600 solidi. Si ni les parents ni la jeune fille ne consentent, c'est-à-dire si elle est enlevée par la violence, il paiera 300 solidi aux parents, et 340 à la jeune fille, et il la rendra à ses parents. »
[109] Ainsi, dans la loi saxonne, concernant les dots, il est dit : « Les Ostfalii et les Angrarii déterminent que, si une femme a une descendance mâle, elle doit posséder la dot qu'elle a reçue lors de son mariage durant sa vie, et la transmettre à ses fils. »
[110] Ergo septae pudicitiâ agunt. Certaines éditions ont septâ pudicitiâ. Cela impliquerait cependant plutôt le résultat du soin et de la vigilance de leurs maris ; tandis qu'il semble que l'objet de Tacite soit de montrer que cette chasteté était l'effet d'une vertu innée, ce qui est mieux exprimé par septae pudicitiâ, qui est la lecture du manuscrit d'Arundel.
[111] Sénèque parle avec une grande force et une grande chaleur à ce sujet : « Rien n'est si destructeur pour les mœurs que de flâner dans les divertissements publics ; car le vice s'insinue plus facilement dans le cœur lorsqu'il est amolli par le plaisir. Que dirai-je ! J'en reviens plus cupide, plus ambitieux et plus luxurieux. » — Epist. vii.
[112] Les Germains avaient un grand respect pour les cheveux, et considéraient le fait de les couper comme une lourde disgrâce ; si bien que cela fut fait une punition pour certains crimes, et était ressenti comme une injure si pratiqué sur une personne innocente.
[113] D'une épître de saint Boniface, archevêque de Mayence, à Ethelbald, roi d'Angleterre, nous apprenons que chez les Saxons, les femmes elles-mêmes infligeaient la punition pour la chasteté violée ; « Dans l'ancienne Saxe (aujourd'hui la Westphalie), si une vierge pollue la maison de son père, ou si une femme mariée se montre infidèle à ses vœux, parfois elle est forcée de mettre fin à ses propres jours par la corde, et sur les cendres de son corps brûlé son séducteur est pendu : parfois une troupe de femmes s'assemblant la conduit à travers les villages environnants, lacérant son corps, dépouillé jusqu'à la ceinture, avec des verges et des couteaux ; et ainsi, sanglante et pleine de petites blessures, elle est continuellement rencontrée par de nouveaux tourmenteurs, qui, dans leur zèle pour la chasteté, ne la quittent pas jusqu'à ce qu'elle soit morte, ou à peine vivante, afin d'inspirer la crainte de telles offenses. » Voir Annales Ecclesiae Anglo-Saxon. de Michael Alford, et Eccard.
[114] Un passage de Valère Maxime rend probable que les États cimbres étaient de ce nombre : « Les épouses des Teutons supplièrent Marius, après sa victoire, qu'il les livrât en présent aux vierges vestales ; affirmant qu'elles s'abstiendraient désormais, tout comme elles, des embrassements de l'autre sexe. Cette requête n'ayant pas été accordée, elles s'étranglèrent toutes la nuit suivante. » — Lib. vi. 1.3.
[115] Chez les Hérules, on attendait de l'épouse qu'elle se pendît aussitôt sur la tombe de son mari, si elle ne voulait pas vivre dans l'infamie perpétuelle.
[116] Cette expression peut signifier aussi bien le meurtre de jeunes enfants que la pratique de l'avortement ; ces deux crimes étaient sévèrement punis par les lois germaniques.
[117] Quemquam ex agnatis. Par agnati, en droit romain, on entendait généralement les parents du côté du père ; ici, cela signifie les enfants nés après qu'il y a déjà un héritier au nom et aux biens du père.
[118] Justin a une pensée similaire au sujet des Scythes : « La justice est cultivée par les dispositions du peuple, non par les lois. » (ii. 2.) À quel point les bonnes lois auxquelles Tacite fait allusion étaient inefficaces pour prévenir les énormités chez les Romains, cela apparaît dans les plaintes fréquentes des sénateurs, et particulièrement de Minucius Félix : « Je vous vois exposer vos nouveau-nés aux bêtes sauvages et aux oiseaux, ou étrangler les malheureuses créatures de vos propres mains. Certains d'entre vous, au moyen de drogues, éteignent l'homme nouvellement formé dans vos entrailles, et commettent ainsi un parricide sur votre progéniture avant que vous ne les mettiez au monde. » (Octavius, c. 30.) Tant cette pratique était devenue familière à Rome que le vertueux Pline s'en excuse, alléguant que « la grande fertilité de certaines femmes peut exiger une telle licence. » — xxix. 4, 37.
[119] Nudi ac sordidi ne signifie pas « dans la nudité et la crasse », comme la plupart des traducteurs l'ont supposé. La saleté personnelle est incompatible avec la pratique quotidienne des bains mentionnée au c. 22 ; et nudus n'implique pas nécessairement la nudité absolue (voir note 4, p. 293).
[120] Cet âge semble avoir été initialement de douze ans ; car alors un jeune homme devenait passible des peines de la loi. Ainsi, dans la loi salique, il est dit : « Si un enfant de moins de douze ans commet une faute, le "fred", ou une amende, ne sera pas exigé de lui. » Ensuite, le terme fut de quinze ans. Ainsi dans la loi ripuaire : « Un enfant de moins de quinze ans ne sera pas responsable. » Et encore : « Si un homme meurt, ou est tué, et laisse un fils ; avant qu'il n'ait accompli sa quinzième année, il ne poursuivra aucune cause, et ne sera appelé à répondre dans aucun procès : mais à ce terme, il devra soit répondre lui-même, soit choisir un avocat. De même en ce qui concerne le sexe féminin. » La loi burgonde prévoit la même chose. C'était donc là le terme de la majorité, qui, dans les temps ultérieurs, quand des armures plus lourdes furent utilisées, fut encore plus tardif.
[121] Ceci est illustré par un passage de César (Bell. Gall. vi. 21) : « Ceux qui sont les plus lents à prouver leur virilité sont les plus loués. Par ce délai, ils imaginent que la stature est augmentée, la force améliorée, et les nerfs fortifiés. Avoir connaissance de l'autre sexe avant vingt ans est considéré comme scandaleux au plus haut point. »
[122] Égaux non seulement en âge et en constitution, mais en condition. Plusieurs des codes de lois germaniques assortissent de peines ceux des deux sexes qui épousent des personnes de rang inférieur.
[123] D'où, dans l'histoire des rois mérovingiens de France, tant d'exemples d'égards envers les sœurs et leurs enfants apparaissent, et tant de guerres entreprises pour leur compte.
[124] La cour faite à Rome aux personnes riches sans enfants, par les Haeredipetae, ou chasseurs d'héritages, est un sujet fréquent de censure et de ridicule chez les écrivains romains.
[125] Les vengeurs du sang sont mentionnés dans la loi de Moïse, Nomb. xxxv. 19. Dans le droit romain également, sous la rubrique « ceux qui, en raison de leur indignité, sont privés d'héritage », il est prononcé que « les héritiers qui auront négligé de venger la mort du testateur seront obligés de restituer l'intégralité des profits ».
[126] C'était une sage disposition, que parmi ce peuple féroce et belliqueux, la vengeance fût commuée en un paiement. Afin que cette intention ne fût pas frustrée par la pauvreté du contrevenant, toute sa famille était conjointement tenue de faire compensation.
[127] Toutes les nations non civilisées s'accordent sur cette propriété, qui devient moins nécessaire à mesure qu'une nation s'améliore dans les arts de la vie civile.
[128] Convictibus et hospitiis. « Festivités et réceptions. » Le premier mot s'applique aux amis et aux compatriotes ; le second, à ceux qui ne sont pas de la même tribu, et aux étrangers. César (Bell. Gall. vi. 23) dit : « Ils pensent qu'il est illicite d'user de violence envers leurs invités, qui, quelle que soit l'occasion pour laquelle ils viennent à eux, sont protégés contre toute injure, et considérés comme sacrés. Chaque maison leur est ouverte, et des vivres leur sont partout présentés. » Méla (iii. 3) dit des Germains : « Ils font consister le droit dans la force, si bien qu'ils n'ont pas honte du vol : ils ne sont bienveillants qu'envers leurs invités, et miséricordieux envers les suppliants. La loi burgonde impose une amende de trois solidi à tout homme qui refuse son toit ou son foyer à l'invité qui arrive. » La loi salique, cependant, interdit à juste titre l'exercice de l'hospitalité envers les criminels atroces ; imposant une pénalité à la personne qui hébergerait celui qui a déterré ou dépouillé les morts jusqu'à ce qu'il ait fait satisfaction aux parents.
[129] La clause ici mise entre crochets est probablement déplacée ; puisqu'elle ne se connecte bien ni avec ce qui précède ni avec ce qui suit.
[130] Les Russes sont actuellement les plus remarquables parmi les nations du Nord pour l'usage des bains chauds. Certaines tribus d'Amérique du Nord ont aussi leurs hypocaustes, ou poêles.
[131] Manger à des tables séparées est généralement une indication de voracité. Des traces peuvent en être trouvées chez Homère, et d'autres écrivains qui ont décrit les mœurs anciennes. La même pratique a aussi été observée chez les habitants d'Otaheite ; qui dévorent occasionnellement de grandes quantités de nourriture.
[132] L'article suivant de la loi salique montre à la fois la fréquence de ces querelles sanglantes, et les louables efforts de la législature pour les restreindre : « Si, lors d'un festin où il y a quatre ou cinq hommes en compagnie, l'un d'eux est tué, les autres devront soit désigner l'un d'eux comme le coupable, soit payer conjointement la composition pour sa mort. Et cette loi s'étendra à sept personnes présentes à une réception. »
[133] La même coutume est relatée par Hérodote, i. p. 66, comme prévalant chez les Perses.
[134] De cette liqueur, la bière ou l'ale, Pline parle dans le passage suivant : « Les nations occidentales ont leur liqueur enivrante, faite de grains trempés. Les Égyptiens ont aussi inventé des boissons du même genre. Ainsi l'ivresse n'est étrangère nulle part au monde ; car ces liqueurs sont prises pures, et non diluées comme l'est le vin. Pourtant, certes, la Terre pensait produire du grain. Oh, la merveilleuse sagacité de nos vices ! nous avons découvert comment rendre enivrante même l'eau. » — xiv. 22.
[135] Méla dit : « Leur manière de vivre est si rude et sauvage, qu'ils mangent même de la chair crue ; soit fraîchement tuée, soit amollie en la travaillant avec leurs mains et leurs pieds, après qu'elle a durci dans les peaux d'animaux domestiques ou sauvages. » (iii. 3.) Florus relate que la férocité des Cimbres fut atténuée par le fait qu'ils mangeaient du pain et de la viande apprêtée, et buvaient du vin, dans la partie la plus douce de l'Italie. — iii. 3.
[136] Cela ne doit pas être compris comme ayant été du fromage ; bien que César dise des Germains : « Leur régime consiste principalement en lait, fromage et viande. » (Bell. Gall. vi. 22.) Pline, qui connaissait parfaitement les mœurs germaniques, dit plus précisément : « Il est surprenant que les nations barbares qui vivent du lait aient ignoré pendant tant de siècles, ou rejeté, la préparation du fromage ; surtout depuis qu'ils épaississent leur lait en une substance agréable et acidulée, et un beurre gras : ceci est l'écume du lait, d'une consistance plus épaisse que ce qu'on appelle le petit-lait. Il ne faut pas omettre qu'il a les propriétés de l'huile, et est utilisé comme onguent par tous les barbares, et par nous pour les enfants. » — xi. 41.
[137] Cette politique a été pratiquée par les Européens à l'égard des sauvages d'Amérique du Nord, dont certaines tribus ont été presque totalement exterminées par elle.
[138] Saint Ambroise a un passage remarquable concernant cet esprit de jeu chez un peuple barbare : « On dit que les Huns, qui font continuellement la guerre aux autres nations, sont eux-mêmes soumis aux usuriers, auprès de qui ils s'endettent au jeu ; et que, tout en vivant sans lois, ils obéissent aux lois des dés seulement ; jouant lorsqu'ils sont rangés en ligne de bataille ; portant des dés avec leurs armes, et périssant plus par les mains les uns des autres que par l'ennemi. Au milieu de la victoire, ils se soumettent à devenir captifs, et subissent le pillage de leurs propres compatriotes, ce qu'ils ne savent pas supporter de la part de l'ennemi. À cause de cela, ils ne déposent jamais les armes, parce que, quand ils ont perdu tout leur butin aux dés, ils n'ont aucun moyen d'acquérir de nouvelles provisions pour jouer, qu'en recourant à l'épée. Ils sont fréquemment emportés par une telle ardeur désespérée que, quand le perdant a donné ses armes, la seule partie de ses biens qu'il apprécie grandement, il met le pouvoir sur sa vie à un seul coup de dé pour le vainqueur ou l'usurier. C'est un fait qu'une personne, connue de l'empereur romain, paya le prix d'une servitude qu'il s'était imposée par ce moyen, en subissant la mort sur l'ordre de son maître. »
[139] La condition de ces esclaves était la même que celle des vassaux, ou serfs, qui, il y a quelques siècles, constituaient la majeure partie de la population dans chaque pays d'Europe. Les Germains, dans les temps ultérieurs, imitant les Romains, eurent des esclaves de condition inférieure, à qui le nom d'esclave devint approprié ; tandis que ceux qui étaient dans l'état de vasselage rural étaient appelés lidi.
[140] Un ennemi privé ne pouvait être tué impunément, puisqu'une amende était fixée pour l'homicide ; mais un homme pouvait tuer son propre esclave sans aucune punition. Si, cependant, il tuait l'esclave d'une autre personne, il était obligé de payer son prix au propriétaire.
[141] L'incroyable hauteur de pouvoir et d'insolence à laquelle les affranchis arrivèrent en se faisant serviteurs des vices du prince, est une caractéristique frappante des règnes de certains des pires empereurs romains.
[142] À Rome, d'autre part, la pratique de l'usure était, comme notre auteur le nomme, « un mal ancien, et une source perpétuelle de sédition et de discorde. » — Annales, vi. 16.
[143] Tous les exemplaires lisent per vices, « par tours », ou alternativement ; mais la connexion semble évidemment exiger la modification facile de per vicos, qui a été approuvée par de nombreux commentateurs érudits, et est donc adoptée dans cette traduction.
[144] César a plusieurs détails concernant cette partie de la politique germanique. « Ils ne s'adonnent point à l'agriculture, la plus grande partie de leur nourriture consistant en lait, fromage et chair ; et nul ne possède une portion de terre déterminée, comme propriété particulière ; mais les magistrats et les chefs distribuent chaque année aux tribus et aux clans formant des communautés, autant de terre, et dans des situations telles qu'ils le jugent bon, et les obligent à se déplacer l'année suivante. Pour cette pratique, ils avancent plusieurs raisons : de peur que, par l'habitude d'un seul endroit, ils ne soient conduits à échanger les travaux de la guerre contre les occupations de l'agriculture ; de peur qu'ils n'acquièrent une passion pour la possession de vastes domaines, et que les plus puissants ne soient tentés de déposséder les plus faibles ; de peur qu'ils ne construisent des bâtiments avec plus d'art qu'il n'est nécessaire pour les protéger des intempéries ; de peur que l'amour de l'argent ne s'éveille parmi eux, source de factions et de dissensions ; et afin que le peuple, voyant ses propres possessions égales à celles des plus puissants, puisse être retenu par les liens de l'équité et de la modération. » — Bell. Gall. vi. 21.
[145] Les Germains, ne plantant pas d'arbres fruitiers, ignoraient les produits propres à l'automne. Ils possèdent désormais tous les fruits automnaux de leur climat ; pourtant, leur langue conserve encore un souvenir de leurs anciennes lacunes, n'ayant aucun terme pour cette saison de l'année, si ce n'est un mot désignant uniquement la récolte du grain — Herbst, Harvest.
[146] À cet égard, tout comme en bien d'autres, les mœurs des Germains étaient en contraste direct avec celles des Romains. Pline mentionne un simple particulier, C. Caecilius Claudius Isidorus, qui ordonna qu'une somme d'environ 10 000 livres sterling fût dépensée pour ses funérailles : et, dans un autre passage, il dit : « Des personnes intelligentes ont affirmé que l'Arabie ne produisait pas une telle quantité d'épices en une année que celle que Néron brûla aux obsèques de sa Poppée. » — xxxiii. 10, et xii. 18.
[147] Les vers suivants de Lucain, décrivant les derniers honneurs rendus par Cornelia au corps de Pompée le Grand, illustrent heureusement les coutumes auxquelles il est ici fait référence :
Collegit vestes, miserique insignia Magni. Armaque, et impressas auro, quas gesserat olim Exuvias, pictasque togas, velamina summo Ter conspecta Jovi, funestoque intulit igni. — Lib. ix. 175.
« Là brillaient ses armes, incrustées d'or antique, Là les riches robes qu'elle-même avait tissées, Robes triomphales trois fois offertes au souverain Jupiter : Les reliques de ses jours victorieux passés, Servent maintenant à dresser ce dernier trophée, Et brûlent ensemble dans une même flamme. » — ROWE.
[148] Ainsi, dans la tombe de Childéric, roi des Francs, furent trouvés sa lance et son épée, et aussi la tête de son cheval, avec un fer, des boucles d'or et des harnais. Un crâne humain fut également découvert, qui était, peut-être, celui de son écuyer.
[149] Le récit de César est le suivant : « Il fut autrefois un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en bravoure, et leur faisaient la guerre ; et, à cause de leur multitude et de la rareté des terres, ils envoyèrent des colonies au-delà du Rhin. Les parties les plus fertiles de la Germanie, adjacentes à la forêt hercynienne (qui, je le remarque, était connue par ouï-dire d'Ératosthène et d'autres Grecs, et appelée par eux Orcinia), furent en conséquence occupées par les Volques et les Tectosages, qui s'y installèrent. Ces peuples continuent encore de résider dans ces mêmes établissements, et jouissent d'une haute réputation tant pour l'administration de la justice que pour la prouesse militaire : et ils demeurent maintenant dans le même état de pénurie et de contentement que les Germains, dont ils ont adopté le genre de vie. » — Bell. Gall. vi. 24.
[150] Les habitants de la Suisse, qui s'étendait alors plus loin qu'aujourd'hui, vers Lyon.
[151] Une nation de Gaulois, limitrophe des Helvètes, comme il appert de Strabon et de César. Après avoir été vaincus par César, les Éduens leur donnèrent un établissement dans le pays aujourd'hui appelé le Bourbonnais. Le nom de leur colonie germanique, Boiemum, subsiste encore en Bohême. L'ère à laquelle les Helvètes et les Boïens pénétrèrent en Germanie n'est pas établie. Il semble probable, toutefois, que ce fut sous le règne de Tarquin l'Ancien ; car à cette époque, comme nous le rapporte Tite-Live, Ambigatus, roi des Bituriges (peuple du Berry), envoya Sigovèse, fils de sa sœur, dans la forêt hercynienne, avec une colonie, afin de soulager son royaume qui était surpeuplé. (Tite-Live, v. 33 ; et seq.)
[152] Du temps d'Auguste, les Boïens, chassés de Boiemum par les Marcomans, se retirèrent en Norique, qui fut appelée d'après eux Boioaria, aujourd'hui la Bavière.
[153] Ce peuple habitait cette partie de la Basse-Hongrie aujourd'hui appelée le Palatinat de Pilis.
[154] Vers la fin de ce traité, Tacite semble lui-même trancher ce point, en observant que leur usage de la langue pannonienne, et leur acquiescement au paiement du tribut, prouvent que les Osi ne sont pas une nation germanique. Ils étaient établis au-delà des Marcomans et des Quades, et occupaient la partie septentrionale de la Hongrie transdanubienne ; s'étendant peut-être jusqu'en Silésie, où se trouve un lieu appelé Ossen dans le duché d'Oels, célèbre pour ses mines de sel et ses verreries. Le savant Pelloutier soutient cependant que les Osi étaient Germains ; mais avec moins de probabilité.
[155] Les habitants du diocèse moderne de Trèves.
[156] Ceux du Cambrésis et du Hainaut.
[157] Ceux des diocèses de Worms, Strasbourg et Spire.
[158] Ceux du diocèse de Cologne. Les Ubiens, migrant de Germanie en Gaule à cause de l'inimitié des Cattes et de leur propre attachement aux intérêts romains, furent reçus sous la protection de Marcus Agrippa, en l'an de Rome 717. (Strabon, iv. p. 194.) Agrippine, épouse de Claude et mère de Néron, qui naquit parmi eux, obtint l'établissement d'une colonie en ce lieu, qui fut nommée d'après son nom.
[159] Aujourd'hui la Betuwe, partie des provinces de Hollande et de Gueldre.
[160] C'est pourquoi les Bataves sont qualifiés, dans une inscription ancienne, de « frères et amis du peuple romain ».
[161] Cette nation habitait une partie des pays aujourd'hui appelés le Wetterau, la Hesse, Isenburg et Fulda. Sur ce territoire se trouvait Mattium, aujourd'hui Marbourg, et les Fontes Mattiaci, aujourd'hui Wiesbaden, près de Mayence.
[162] Les différents peuples de Germanie avaient leurs frontières respectives, appelées marques ou marches, qu'ils défendaient en les préservant dans un état désert et inculte. Ainsi César, Bell. Gall. iv. 3 : « Ils considèrent comme le plus grand honneur pour une nation d'avoir une étendue de terre vacante aussi vaste que possible autour de ses domaines ; par quoi il est indiqué qu'un grand nombre de communautés voisines sont incapables de leur résister. Pour cette raison, on dit que les Suèves ont, d'un côté, une étendue de 600 (certains savants pensent qu'il faut lire 60) milles de désert pour frontières. » Dans un autre passage, César mentionne, comme raison supplémentaire à cette politique, qu'ils pensent ainsi se rendre sûrs contre le danger d'incursions soudaines. (Bell. Gall. vi. 13.)
[163] La différence entre la situation basse et l'air humide de la Batavie, et le pays haut et sec des Mattiaques, justifiera suffisamment cette remarque aux yeux de ceux qui accordent quelque influence au climat.
[164] Aujourd'hui la Souabe. Lorsque les Marcomans, vers la fin du règne d'Auguste, quittant leurs établissements près du Rhin, migrèrent en Bohême, les terres qu'ils laissèrent vacantes furent occupées par des Gaulois sans foyer parmi les Rauraques et les Séquanes. Ils semblent avoir été appelés Décumates (décimés), parce que les habitants, exposés aux incursions des Germains, payaient une dîme de leurs produits pour être reçus sous la protection des Romains. Adrien les défendit par un rempart, qui s'étendait de Neustadt, ville sur le Danube près de l'embouchure de la rivière Altmühl, jusqu'au Neckar près de Wimpfen ; un espace de soixante lieues françaises.
[165] De la Germanie supérieure.
[166] Les Cattes possédaient un vaste territoire entre le Rhin, le Main et la Sala, et la forêt du Hartz de ce côté de la Weser ; là où se trouvent aujourd'hui les pays de Hesse, de Thuringe, une partie de Paderborn, de Fulda et de Franconie. Des écrivains savants ont fréquemment noté que ce que César, Florus et Ptolémée ont dit des Suèves doit être compris des Cattes. Leibnitz suppose que les Cattes étaient ainsi nommés d'après l'animal actif auquel ils ressemblent par le nom, le mot allemand pour chat étant Catte, ou Hessen.
[167] Pline, qui connaissait bien la Germanie, donne une description très frappante de la forêt hercynienne : « Les vastes arbres de la forêt hercynienne, intacts depuis des âges et aussi vieux que le monde, surpassent par leur destin presque immortel les merveilles communes. Sans parler de circonstances qui ne seraient pas crues, il est certain que des collines sont soulevées par la répercussion de leurs racines qui se rencontrent ; et là où la terre ne les suit pas, des arches se forment aussi hautes que les branches, qui, luttant pour ainsi dire les unes avec les autres, sont courbées en forme de portes ouvertes, si larges que des troupes de cavalerie peuvent passer dessous. » — xvi. 2.
[168] Duriora corpora. « Des corps plus endurcis » ; c'est-à-dire que le reste des Germains. Dans Hist. ii. 32, on dit des Germains, en général, qu'ils ont des fluxa corpora ; tandis qu'au chapitre 4 de ce traité, ils sont décrits comme tantùm ad impetum valida.
[169] Florus, ii. 18, exprime bien cette pensée par la sentence « Tanti exercitus, quanti imperator. » « Une armée vaut ce que vaut son général. »
[170] Ainsi, Civilis est dit, par notre auteur (Hist. iv. 61), avoir laissé croître ses cheveux et sa barbe à la suite d'un vœu privé. Ainsi aussi, dans l'« Histoire des Lombards » de Paul Diacre, iii. 7, il est rapporté que « six mille Saxons qui survécurent à la guerre jurèrent qu'ils ne couperaient jamais leurs cheveux, ni ne raseraient leurs barbes, tant qu'ils n'auraient pas été vengés de leurs ennemis, les Suèves. » Un exemple plus récent de cette coutume est mentionné par Strada (Bell. Belg. vii. p. 344), au sujet de Guillaume Lume, l'un des comtes de la Marck, « qui s'obligea par un vœu à ne pas se couper les cheveux jusqu'à ce qu'il eût vengé la mort d'Egmont et de Horn. »
[171] L'anneau de fer semble avoir été une marque d'esclavage. Cette coutume fut remise en honneur à des époques ultérieures, mais plutôt dans une intention galante que militaire. Ainsi, en l'an 1414, Jean, duc de Bourbon, afin de s'attirer les bonnes grâces de sa maîtresse, fit le vœu, avec seize chevaliers et gentilshommes, qu'ils porteraient, lui et les chevaliers un anneau d'or, les gentilshommes un anneau d'argent, autour de la jambe gauche, chaque dimanche pendant deux ans, jusqu'à ce qu'ils eussent rencontré un nombre égal de chevaliers et gentilshommes pour se mesurer avec eux dans un tournoi. (Vertot, Mém. de l'Acad. des Inscr. tom. ii. p. 596.)
[172] Ce fut cette nation des Cattes qui, environ 150 ans plus tard, s'unissant aux restes des Chérusques de ce côté de la Weser, aux Attuaires, Sicambres, Chamaves, Bructères et Chauques, entra dans la ligue franque et, conquérant les Romains, s'empara de la Gaule. C'est d'eux que dérivent le nom, les mœurs et les lois des Français.
[173] Ces deux tribus, unies par une communauté de guerres et de malheurs, avaient été autrefois chassées de leurs établissements sur le Rhin, un peu en dessous de Mayence. Elles occupèrent alors, selon César (Bell. Gall. iv. 1, et seq.), les territoires des Ménapiens des deux côtés du Rhin. Ayant toujours été malheureuses, elles obtinrent les terres des Sicambres qui, sous le règne d'Auguste, furent transférés de ce côté du Rhin par Tibère : c'étaient les actuels comtés de Berg, de la Marck, de Lippe et de Waldeck, et l'évêché de Paderborn.
[174] Leurs établissements se trouvaient entre les rivières Rhin, Lippe (Luppia) et Ems (Amisia), et la province de Frise ; aujourd'hui les pays de Westphalie et d'Over-Yssel. Alting (Notit. German. Infer, p. 20) suppose qu'ils dérivèrent leur nom de Broeken, ou Bruchen, marais, en raison de leur fréquence dans cette étendue de pays.
[175] Avant cette migration, les Chamaves étaient établis sur l'Ems, là où se trouvent actuellement Lingen et Osnabrück ; les Angrivariens, sur la Weser (Visurgis), là où sont Minden et Schauenburg. Une migration plus ancienne des Chamaves vers les rives du Rhin est mentionnée en passant par Tacite, Annal. xiii. 55. Les Angrivariens furent plus tard appelés Angraires, et devinrent partie de la nation saxonne.
[176] Ils ne furent pas si totalement exterminés qu'il n'en restât aucun vestige. Ils furent même une partie marquante de la ligue franque, comme il a été rapporté précédemment. Claudien aussi, dans son panégyrique sur le quatrième consulat d'Honorius, v. 450, les mentionne.
Venit accola sylvae Bructerus Hercyniae.
« Le Bructère, riverain de la forêt hercynienne, vint. »
Après leur expulsion, ils s'établirent, selon Eccard, entre Cologne et la Hesse.
[177] Les Bructères étaient sous un gouvernement royal et maintinrent de nombreuses guerres contre les Romains. D'où leur arrogance et leur puissance. Avant qu'ils ne fussent détruits par leurs compatriotes, Vestricius Spurinna les terrifia au point de les soumettre sans combat, et obtint pour ce fait une statue triomphale. Pline le Jeune mentionne ce fait, livre ii, épître 7.
[178] Une allusion aux spectacles de gladiateurs. Ce massacre eut lieu près du canal de Drusus, où la garde romaine sur le Rhin pouvait être spectatrice de la bataille. Le récit en parvint à Rome la première année de Trajan.
[179] Comme ce traité fut écrit sous le règne de Trajan, alors que les affaires des Romains paraissaient exceptionnellement prospères, certains critiques ont imaginé que Tacite avait écrit vigentibus, « florissant », au lieu de urgentibus, « pressant ». Mais il est suffisamment évident, d'après d'autres passages, que les causes qui opéraient graduellement, mais sûrement, à la destruction de l'empire romain, n'échappaient pas à la pénétration de Tacite, même lorsqu'elles étaient déguisées par les apparences les plus flatteuses. La lecture commune est donc, probablement, exacte. — Aikin.
[180] Ces peuples résidèrent d'abord près de la source de la Lippe ; puis ils déménagèrent vers les établissements des Chamaves et des Angrivariens, qui avaient expulsé les Bructères. Ils semblent être les mêmes que ceux que Velleius Paterculus, ii. 105, appelle les Attuaires, et sous ce nom ils entrèrent dans la ligue franque. Strabon les appelle Chattuaires.
[181] À savoir, les Ansibariens et les Tubantes. Les Ansibariens ou Amsibariens sont considérés par Alting comme ayant dérivé leur nom de leur voisinage avec la rivière Ems (Amisia) ; et les Tubantes, de leur fréquent changement d'habitation, comme ayant été appelés Tho Benten, ou les troupes errantes, et avoir habité là où se trouve aujourd'hui la Drenthe en Over-Yssel. Parmi ces nations, Furstenburg (Monum. Paderborn.) énumère les Ambrones, riverains de la rivière Ambrus, aujourd'hui Emmeren.
[182] Les Frisons. Les Frisons mineurs étaient établis de ce côté, les plus grands, de l'autre, du Flevum (Zuyderzée).
[183] Du temps des Romains, ce pays était couvert de vastes étangs, ou lacs ; qui furent rendus encore plus grands par les fréquentes inondations de la mer. De celles-ci, l'une, si tard qu'en 1530, submergea soixante-douze villages ; et une autre, plus terrible encore, en 1569, mit sous l'eau une grande partie de la côte de Hollande, et presque toute la Frise, où 20 000 personnes furent noyées.
[184] Partout où la terre semblait se terminer, et où il paraissait impossible de procéder plus avant, les nations maritimes ont imaginé des piliers d'Hercule. Ceux célébrés par les Frisons devaient être à l'extrémité de la Frise, et non en Suède ou au promontoire cimbrique, comme le suppose Rudbeck.
[185] Drusus, le frère de Tibère et père de Germanicus, imposa un tribut aux Frisons, comme mentionné dans les Annales, iv. 72, et accomplit d'autres services éminents en Germanie ; lui-même fut surnommé Germanicus.
[186] Les Chauques s'étendaient le long de la côte maritime depuis l'Ems jusqu'à l'Elbe (Albis) ; d'où ils étaient limitrophes de toutes les nations susmentionnées, entre lesquelles et les Chérusques ils contournaient jusqu'aux Cattes. Les Chauques étaient distingués en Grands et Petits. Les Grands, selon Ptolémée, habitaient le pays entre la Weser et l'Elbe ; les Petits, celui entre la Weser et l'Ems ; mais Tacite (Annales xi. 19) semble renverser cet ordre. Alting suppose que les Chauques tenaient leur nom de Kauken, signifiant des personnes éminentes par leur valeur et leur fidélité, ce qui s'accorde avec le caractère que Tacite leur donne. D'autres le dérivent de Kauk, un hibou, en référence à l'inimitié de cet animal pour les chats (Cattes). D'autres, de Kaiten, choucas, dont il y a de grands nombres sur leur côte. Pline a admirablement décrit le pays et les mœurs des Chauques maritimes, dans son récit des peuples qui vivent sans arbres ni végétaux portant des fruits : « Au Nord se trouvent les nations des Chauques, qui sont divisées en Grands et Petits. Ici, l'océan, ayant un flux et reflux prodigieux deux fois dans l'espace de chaque jour et de chaque nuit, roule sur une immense étendue, laissant comme une question de doute perpétuel si c'est une partie de la terre ou de la mer. En cet endroit, les misérables natifs, occupant soit le sommet des collines, soit des monticules artificiels de tourbe, élevés hors de portée des plus hautes marées, construisent leurs petites cabanes ; qui paraissent comme des vaisseaux à voile quand l'eau couvre le sol cirjacent, et comme des épaves quand elle s'est retirée. Ici, depuis leurs huttes, ils poursuivent le poisson, fuyant continuellement devant eux avec les vagues. Ils ne possèdent pas, comme leurs voisins, de bétail, et ne se nourrissent pas de lait ; ils n'ont pas non plus de guerre à maintenir contre les bêtes sauvages, car tout fruit de la terre est bien éloigné d'eux. Avec des joncs et des algues, ils tordent des cordages pour leurs filets de pêche. Pour combustible, ils utilisent une sorte de boue, ramassée à la main, et séchée, plutôt au vent qu'au soleil : avec cette terre, ils chauffent leur nourriture, et réchauffent leurs corps, raidis par le Nord rigoureux. Leur seule boisson est l'eau de pluie recueillie dans des fossés sur le seuil de leurs portes. Pourtant, ce peuple misérable, s'il était conquis aujourd'hui par les armes romaines, se dirait esclave. C'est ainsi que la fortune épargne beaucoup de gens pour leur propre punition. » — Hist. Nat. xvi. 1.
[187] Pour cette raison, des postes fortifiés furent établis par les Romains pour contenir les Chauques ; qui, par Lucain, sont appelés Cayci dans le passage suivant :
Et vos crinigeros bellis arcere Caycos Oppositi. — Phars. i. 463.
« Vous aussi, avancez vers Rome, vous, bande guerrière, Qui aviez l'habitude de résister aux Chauques chevelus. » — ROWE
[188] Les Chérusques, à cette époque, demeuraient entre la Weser et l'Elbe, là où se trouvent aujourd'hui Lunebourg, Brunswick et une partie de la Marche de Brandebourg de ce côté de l'Elbe. Sous le règne d'Auguste, ils occupaient une étendue plus vaste, atteignant même ce côté de la Weser, comme il appert des récits de l'expédition de Drusus donnés par Dion et Velleius Paterculus : à moins que, comme l'observe Dithmar, ce qui est dit des Chérusques de ce côté de la Weser ne se rapporte aux Dulgibiniens, leurs dépendants. Car, selon Strabon, Varus fut exterminé par les Chérusques et le peuple qui leur était soumis. Les actions courageuses d'Arminius, le célèbre chef des Chérusques, sont racontées par Tacite dans les livres 1 et 2 de ses Annales.
[189] Cluver, et plusieurs autres, supposent que les Fosi étaient les mêmes que les anciens Saxons : mais, puisqu'ils étaient limitrophes des Chérusques, l'opinion de Leibnitz est plus proche de la vérité, à savoir qu'ils habitaient les rives de la rivière Fusa, qui entre dans l'Aller (Allera) à Celle ; et étaient une sorte d'appendice aux Chérusques, comme Hildesheim l'est maintenant à Brunswick. Le nom de Saxons est postérieur à Tacite, et ne fut connu que sous le règne d'Antonin le Pieux, période à laquelle ils se répandirent de la Chersonèse cimbrique, et plus tard, conjointement avec les Angles, s'emparèrent de la Grande-Bretagne.
[191] Le nom de ce peuple existe toujours ; et le pays qu'ils habitaient est appelé la Chersonèse cimbrique, ou Péninsule ; comprenant le Jutland, le Schleswig et le Holstein. La renommée et la fortune variée des Cimbres sont brièvement, mais avec précision, relatées par Mallet dans l'« Introduction » à l'« Histoire du Danemark ».
[192] Bien qu'à cette époque ils fussent grandement réduits par les migrations, les inondations et les guerres, ils se relevèrent plus tard ; et de ce magasin de nations sortirent les Francs, les Saxons, les Normands et diverses autres tribus, qui amenèrent toute l'Europe sous la domination germanique.
[193] Leur renommée se répandit à travers la Germanie, la Gaule, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, et jusqu'à la mer d'Azov (Palus Maeotis), où, selon Posidonius, ils pénétrèrent, et nommèrent le Bosphore cimmérien ou cimbrique d'après leur propre nom.
[194] Ceci est habituellement, et probablement à juste titre, expliqué comme se rapportant aux deux rives de la Chersonèse cimbrique. Cluver et Dithmar, cependant, supposent que ces campements doivent être recherchés soit en Italie, sur la rivière Athesis (Adige), soit dans la Gaule narbonnaise près d'Aquae Sextiae (Aix-en-Provence), où Florus (iii. 3) mentionne que les Teutons vaincus par Marius prirent position dans une vallée avec une rivière coulant à travers elle. Du nombre prodigieux de Cimbres qui firent cette terrible irruption, nous avons un récit dans Plutarque, qui rapporte que leurs hommes de combat étaient 300 000, avec un nombre beaucoup plus grand de femmes et d'enfants. (Plut. Marius, p. 411.)
[195] Nerva était consul pour la quatrième fois, et Trajan pour la seconde, en la 851e année de Rome ; année où Tacite composa ce traité.
[196] Après la défaite de P. Decidius Saxa, lieutenant de Syrie, par les Parthes, et la prise de la Syrie par Pacorus, fils du roi Orodès, P. Ventidius Bassus y fut envoyé ; il vainquit les Parthes, tua Pacorus et rétablit entièrement les affaires romaines.
[197] L'Abrégé de Tite-Live nous informe qu’« en l’an 640 de Rome, les Cimbres, tribu errante, firent une incursion prédatrice en Illyricum, où ils mirent en déroute le consul Papirius Carbo et son armée. » Selon Strabon, ce fut à Noreia, ville des Taurisques, près d’Aquilée, que Carbo fut vaincu. Dans les années qui suivirent, les Cimbres et les Teutons ravagèrent la Gaule et causèrent de grandes calamités dans ce pays ; mais finalement, dissuadés par la bravoure inébranlable des Gaulois, ils tournèrent ailleurs, comme il apparaît dans César, Bell. Gal. vii. 17. Ils vinrent alors en Italie et envoyèrent des ambassadeurs au Sénat pour demander des terres où s’établir. Cela leur fut refusé ; et le consul M. Junius Silanus livra contre eux une bataille infructueuse en l’an 645 de Rome. (Abrégé de Tite-Live, lxv.)
[198] « L. Cassius, le consul, en l’an 647 de Rome, fut exterminé avec son armée dans les confins des Allobroges par les Gaulois Tigurins, un canton des Helvètes (aujourd'hui les cantons de Zurich, Appenzell, Schaffhouse, etc.), qui avaient migré de leurs établissements. Les soldats qui survécurent au carnage donnèrent des otages pour le paiement de la moitié de leur valeur, afin d'être renvoyés sains et saufs. » (Ibid.) César rapporte en outre que l’armée romaine fut passée sous le joug par les Tigurins : « Ce seul canton, migrant de chez lui, de la mémoire de nos pères, tua le consul L. Cassius et passa son armée sous le joug. » — Bell. Gall. i. 12.
[199] M. Aurelius Scaurus, lieutenant du consul (ou plutôt consul, car il semble avoir occupé cette fonction en l’an 646 de Rome), fut vaincu et pris par les Cimbres ; et, lorsqu’interrogé sur son avis, il les dissuada de franchir les Alpes pour entrer en Italie, leur assurant que les Romains étaient invincibles, il fut tué par un jeune homme furieux nommé Boiorix. (Abrégé de Tite-Live, lxvii.)
[200] Florus, de la même manière, considère ces deux affaires séparément : « Ni Silanus ne put soutenir le premier assaut des barbares ; ni Manlius, le second ; ni Caepio, le troisième. » (iii. 3.) Tite-Live les réunit : « Par le même ennemi (les Cimbres), Cn. Manlius le consul et Q. Servilius Caepio le proconsul furent vaincus dans un engagement, et tous deux dépossédés de leurs camps. » (Abrégé, lxvii.) Paulus Orosius relate l’affaire plus en détail : « Manlius le consul et Q. Caepio, proconsul, étant envoyés contre les Cimbres, Teutons, Tigurins et Ambrons, nations gauloises et germaniques qui avaient conspiré pour éteindre l’empire romain, divisèrent leurs provinces respectives par le fleuve Rhône. Ici, les dissensions les plus violentes régnant entre eux, ils furent tous deux vaincus, au grand déshonneur et péril du nom romain. Selon Antias, 80 000 Romains et alliés furent massacrés. Caepio, par la témérité de qui ce malheur fut causé, fut condamné et ses biens confisqués par ordre du peuple romain. » (Lib. v. 16.) Cela arriva en l’an 649 de Rome ; et l’anniversaire fut compté parmi les jours néfastes.
[201] La République ; par opposition à Rome lorsqu'elle était gouvernée par des empereurs.
[202] Cette catastrophe tragique affecta si profondément Auguste que, comme nous l'informe Suétone, « on dit qu’il laissa croître sa barbe et ses cheveux pendant plusieurs mois ; durant lesquels il lui arriva de frapper sa tête contre les portes en criant : "Varus, rends-moi mes légions !" et il célébra toujours après l'anniversaire comme un jour de deuil. » (Aug. s. 23.) La plus belle pièce d’histoire sans doute jamais dessinée par un écrivain est la description par Tacite de l’armée de Germanicus visitant le champ de bataille six ans après, et rendant les honneurs funèbres aux restes dispersés de leurs compatriotes massacrés. (Annales, i. 61.)
[203] « Après tant de malheurs, le peuple romain ne pensa aucun général aussi capable de repousser des ennemis si formidables que Marius. » Et l’opinion publique ne fut pas démentie. Dans son quatrième consulat, en l’an 652 de Rome, « Marius engagea les Teutons au-delà des Alpes près d’Aquae Sextiae (Aix-en-Provence), tuant, le jour de la bataille et le jour suivant, plus de 150 000 ennemis et exterminant entièrement la nation teutonne. » (Velleius Paterculus, ii. 12.) Tite-Live dit qu’il y eut 200 000 tués et 90 000 faits prisonniers. L’année suivante, il défit les Cimbres, qui avaient pénétré en Italie et franchi l’Adige, dans la plaine Raudienne, où se trouve aujourd'hui Rubio, tuant et faisant prisonniers plus de 100 000 hommes. Qu’il n’ait cependant pas obtenu une victoire sans coût sur ce peuple belliqueux, peut être conjecturé par la résistance qu’il rencontra même de la part de leurs femmes. Nous apprenons par Florus (iii. 3) qu’« il fut obligé de soutenir un engagement contre leurs épouses aussi bien qu’eux-mêmes ; lesquelles, s’retranchant de tous côtés avec des chariots et des voitures, combattaient depuis ceux-ci, comme depuis des tours, avec des lances et des perches. Leur mort ne fut pas moins glorieuse que leur résistance. Car, lorsqu’elles ne purent obtenir de Marius ce qu’elles demandaient par une ambassade, leur liberté et leur admission dans la prêtrise vestale (ce qui, en vérité, ne pouvait légalement être accordé) ; après avoir étranglé leurs enfants, elles tombèrent soit par des blessures mutuelles, soit se pendirent aux arbres ou aux perches de leurs voitures avec des cordes faites de leurs propres cheveux. Le roi Boiorix fut tué, non sans vengeance, combattant bravement sur le champ. » En raison de ces grandes victoires, Marius, en l’an 652 de Rome, triompha des Teutons, Ambrons et Cimbres.
[204] En la 596e année de Rome, Jules César défit Arioviste, un roi germanique, près de Dampierre en Franche-Comté, et poursuivit ses troupes en déroute avec un grand carnage sur trente milles vers le Rhin, remplissant tout cet espace de dépouilles et de corps morts. (Bell. Gall. i. 33 et 52.) Il avait auparavant châtié les Tigurins qui, comme déjà mentionné, avaient vaincu et tué L. Cassius. Drusus : C’était le fils de Livie et le frère de l’empereur Tibère. Il fut en Germanie en 12 et 11 av. J.-C. Sa perte fut principalement due à un naufrage sur la côte des Chauques. Voir Lynam, *Roman Emperors*, i. 37, 45. Néron ; c'est-à-dire Tibère, plus tard empereur. Son nom était Tiberius Claudius Drusus Nero. Voir Lynam, *Roman Emperors*, i. 51, 53, 62, 78. Germanicus : Il était le fils de Drusus, et donc neveu de Tibère. Ses victoires en Germanie eurent lieu de 14 à 16 apr. J.-C. Lui aussi, comme son père, fit naufrage, et presque au même endroit. Voir Lynam, *Roman Emperors*, i. 103-118.
[205] Dans la guerre de Civilis, relatée par Tacite, Histoires, iv et v.
[206] Par Domitien, comme il est plus particulièrement mentionné dans la Vie d’Agricola.
[207] Les Suèves possédaient cette vaste étendue de pays située entre l’Elbe, la Vistule, la mer Baltique et le Danube. Ils s’étaient autrefois étendus encore plus loin, atteignant même le Rhin. D’où Strabon, César, Florus et d’autres ont rapporté aux Suèves ce qui concernait les Cattes.
[208] Parmi les Suèves, et aussi le reste des Germains, les esclaves semblent avoir été rasés ; ou du moins les cheveux coupés si court qu’ils ne pouvaient les tordre ou les nouer en chignon.
[209] Les Semnons habitaient les deux rives du Viadrus (Oder) ; le pays qui est aujourd'hui une partie de la Poméranie, de la Marche de Brandebourg et de la Lusace.
[210] Sous le règne d’Auguste, les Langobards habitaient de ce côté-ci de l’Elbe, entre Lunebourg et Magdebourg. Lorsqu’ils furent vaincus et chassés au-delà de l’Elbe par Tibère, ils occupèrent cette partie du pays où se trouvent aujourd'hui la Prignitz, Ruppin et une partie de la Moyenne-Marche. Ils fondèrent ensuite le royaume lombard en Italie ; qui, en l’an 774 du Christ, fut détruit par Charlemagne, qui prit leur roi Didier et soumit toute l’Italie. Les lois des Langobards sont encore existantes et peuvent être trouvées dans Lindenbrog. Les Burgondes ne sont pas mentionnés par Tacite, probablement parce qu’ils étaient alors un peuple insignifiant. Plus tard, se joignant aux Langobards, ils s’installèrent sur les terres décumates et la frontière romaine. De là, ils firent une irruption en Gaule et s’emparèrent de ce pays qui est encore nommé d’après eux Bourgogne. Leurs lois sont également existantes.
[211] D’après la description de Tacite, les Reudignes ont dû habiter une partie de l’actuel duché de Mecklembourg et du Lauenbourg. Ils avaient été autrefois établis de ce côté-ci de l’Elbe, sur les sables de Lunebourg.
[212] Peut-être le même peuple que ceux appelés par Mamertinus, dans son Panégyrique sur Maximien, les Chaibones. De par leur proximité avec les nations susmentionnées, ils ont dû habiter une partie du duché de Mecklembourg. Ils avaient autrefois habité de ce côté-ci de l’Elbe, sur les rives de la rivière Ilmenavia à Lunebourg ; qui est maintenant appelée Ava ; d’où, probablement, le nom du peuple.
[213] Habitants de ce qui est aujourd'hui une partie du Holstein et du Slesvig ; dans lequel tracé existe encore un district appelé Angeln, entre Flensbourg et Slesvig. Au cinquième siècle, les Angles, en conjonction avec les Saxons, migrèrent en Bretagne et perpétuèrent leur nom en donnant l’appellation à l’Angleterre.
[214] De l’énumération de Tacite et de la situation des autres tribus, il apparaît que les Eudoses ont dû occuper les modernes Wismar et Rostock ; les Suardones, Stralsund, la Poméranie suédoise et une partie de la Poméranie ultérieure et de la Marche d'Uckermark. Eccard suppose cependant que ces nations étaient beaucoup plus largement étendues ; et que les Eudoses habitaient sur l’Oder ; les Suardones, sur la Warte ; les Nuithones, sur la Netze.
[215] L'ancien nom de la déesse Herth subsiste encore dans l’allemand *Erde* et dans l’anglais *Earth*.
[216] Beaucoup supposent que cette île était l’île de Rügen dans la mer Baltique. Il est plus probable, cependant, que c’était une île près de l’embouchure de l’Elbe, maintenant appelée l’île de Heligoland ou Heiligeland (Sainte Terre). Outre la preuve découlant du nom, la situation s'accorde mieux avec celle des nations énumérées précédemment.
[217] Olaus Rudbeck soutient que ce festival était célébré en hiver et continue encore en Scandinavie sous l’appellation de Julifred, la paix de Juul. (Yule est le terme utilisé pour la saison de Noël dans les anciens dialectes anglais et écossais.) Mais cette fête n’était pas solennisée en l’honneur de la Terre, mais du Soleil, appelé par eux Thor ou Taranium. Le festival d’Herth était tenu plus tard, au mois de février ; comme on peut le voir dans l’« Introduction à l’histoire du Danemark » de Mallet.
[218] *Templo* signifie ici simplement « le lieu consacré », c’est-à-dire le bois mentionné précédemment, car selon le chapitre 9, les Germains ne construisaient aucun temple.
[219] On suppose que ce peuple, en raison de sa valeur, était appelé Heermänner ; corrompu par les Romains en Hermundures. Ils étaient d’abord établis entre l’Elbe, la Sala et la Bohême ; où sont aujourd'hui l’Anhalt, le Voightland, la Saxe, une partie de la Misnie et de la Franconie. Plus tard, lorsque les Marcomans prirent possession de la Bohême, d’où les Boïens avaient été expulsés par Maroboduus, les Hermundures ajoutèrent leurs établissements aux leurs et y plantèrent le nom suève, d’où est dérivée l’appellation moderne de ce pays, la Souabe.
[220] Ils l’étaient à cette époque ; mais se joignirent plus tard aux Marcomans et à d’autres Germains contre les Romains à l’époque de Marc Aurèle, qui les vainquit.
[221] Augusta Vindelicorum, aujourd'hui Augsbourg ; une célèbre colonie romaine dans la province de Rhétie, dont la Vindélicie faisait alors partie.
[222] Tacite se trompe grandement s’il confond la source de l’Egra, qui est dans le pays des Hermundures, avec celle de l’Elbe, qui prend sa source en Bohême. L’Elbe avait été autrefois, comme l’observe Tacite, bien connu des Romains par les victoires de Drusus, Tibère et Domitius ; mais plus tard, lorsque la puissance croissante des Germains tint les armes romaines à distance, on n’en entendit parler que confusément. Sa source fut donc probablement tracée de manière inexacte dans les tables géographiques romaines. Peut-être, cependant, les Hermundures, lorsqu’ils servirent dans l’armée de Maroboduus, reçurent-ils des terres dans cette partie de la Bohême où l’Elbe prend sa source ; auquel cas il n’y aurait aucune erreur dans le récit de Tacite.
[223] Habitants de cette partie de la Bavière qui se trouve entre la Bohême et le Danube.
[224] Habitants de la Bohême.
[225] Habitants de la Moravie et de la partie de l’Autriche située entre celle-ci et le Danube. De ce peuple, Ammianus Marcellinus, dans son récit du règne de Valentinien et Valens, parle ainsi : « Une commotion soudaine s’éleva parmi les Quades ; une nation à présent de peu de conséquence, mais qui était autrefois extrêmement belliqueuse et puissante, comme leurs exploits le prouvent suffisamment. » — xxix. 15.
[226] Leur expulsion des Boïens, qui avaient donné leur nom à la Bohême, a déjà été mentionnée. Avant cette période, les Marcomans habitaient près des sources du Danube, où se trouve aujourd'hui le duché de Wurtemberg ; et, comme le suppose Dithmar, en raison de leur habitation sur les bordures de la Germanie, ils étaient appelés Marcmänner, de *Marc* (le même que l’ancien anglais *March*) une bordure ou frontière.
[227] Ces gens justifièrent leur réputation militaire par la guerre dangereuse qu’ils excitèrent, en conjonction avec les Marcomans, contre les Romains sous le règne de Marc Aurèle.
[228] De ce prince, et de son alliance avec les Romains contre Arminius, Tacite fait mention, Annales, ii.
[229] Ainsi Vannius fut fait roi des Quades par Tibère. (Voir Annales, ii. 63.) À une époque ultérieure, Antonin le Pieux (comme il apparaît sur une médaille conservée par Spanheim) leur donna Furtius pour roi. Et lorsqu’ils l’eurent expulsé et mis Ariogaesus sur le trône, Marc Aurèle, à qui il était odieux, refusa de confirmer l’élection. (Dion, lxxi.)
[230] Ces gens habitaient ce qui est aujourd'hui Glatz, Jägerndorf et une partie de la Silésie.
[231] Habitants d’une partie de la Silésie et de la Hongrie.
[232] Habitants d’une partie de la Hongrie jusqu’au Danube.
[233] Ceux-ci étaient établis autour des monts Carpathes et des sources de la Vistule.
[234] Il est probable que les Suèves se distinguaient du reste des Germains par un dialecte particulier, ainsi que par leur costume et leurs mœurs.
[235] Ptolémée mentionne des mines de fer dans ou près du pays des Quades. J’imaginerais que l’expression « honte supplémentaire » (ou, plus littéralement, « ce qui pourrait les rendre plus honteux ») ne se réfère pas seulement à l’esclavage de travailler dans les mines, mais à la circonstance qu’ils déterrent le fer, la substance au moyen de laquelle ils pourraient acquérir liberté et indépendance. Ceci est tout à fait dans la manière de Tacite. Le mot fer était figurativement utilisé par les anciens pour signifier la force militaire en général. Ainsi Solon, dans sa réponse bien connue à Crésus, lui fit observer que la nation qui possédait plus de fer serait maître de tout son or. — Aikin.
[236] Les montagnes entre la Moravie, la Hongrie, la Silésie et la Bohême.
[237] Les Lygies habitaient ce qui est aujourd'hui une partie de la Silésie, de la Nouvelle Marche, de la Prusse et de la Pologne de ce côté-ci de la Vistule.
[238] Ces tribus étaient établies entre l’Oder et la Vistule, où se trouvent aujourd'hui une partie de la Silésie, du Brandebourg et de la Pologne. Les Élysiens sont supposés avoir donné leur nom à la Silésie.
[239] Les Grecs et les Romains, sous le nom de Dioscures, ou Castor et Pollux, adoraient ces exhalations météoriques qui, durant une tempête, apparaissent sur les mâts des navires et sont supposées indiquer un calme approchant. Une sorte de vénération religieuse est encore portée à ce phénomène par les catholiques romains, sous l’appellation du feu de Saint-Elme. Les Naharvales semblent avoir attribué le même caractère de divinité à l’ignis fatuus ; et le nom d’Alcis est probablement le même que celui d’Alff ou Alp, que les nations du nord appliquent encore aux génies imaginaires des montagnes. Les divinités sarmates Lebus et Polebus, dont la mémoire subsiste encore dans les festivals polonais, avaient peut-être la même origine.
[240] Aucune coutume n’a été plus universelle parmi les peuples non civilisés que de peindre le corps, soit dans un but d’ornement, soit dans celui d’inspirer la terreur.
[241] Habitants de ce qui est aujourd'hui la Poméranie ultérieure, la Nouvelle Marche et la partie occidentale de la Pologne, entre l’Oder et la Vistule. C’était un peuple différent des Goths, bien que, peut-être, en alliance avec eux.
[242] Ces gens étaient établis sur le rivage de la Baltique, où se trouvent aujourd'hui Colberg, la Cassubie et la Poméranie ultérieure. Leur nom est encore préservé dans la ville de Rügenwalde et l’île de Rügen.
[243] Ceux-ci étaient également des colons sur la Baltique, autour des modernes Stolp, Dantzig et Lauenburg. Les Hérules semblent avoir occupé plus tard les établissements des Lémoviens. De ces derniers, aucune mention ultérieure n’apparaît ; mais les Hérules se rendirent célèbres dans toute l’Europe et l’Asie, et furent les premiers des Germains à fonder un royaume en Italie sous Odoacre.
[244] Les Suiones habitaient la Suède et les îles danoises de Fionie, Langeland, Seeland, Lolland, etc. D’eux et des Cimbres furent dérivés les Normands, qui, après avoir répandu la terreur à travers diverses parties de l’empire, s’emparèrent finalement de la fertile province de Normandie en France. Les noms de Goths, Wisigoths et Ostrogoths devinrent encore plus célèbres, étant les nations qui accomplirent la ruine de l’empire romain. Les lois des Wisigoths sont encore existantes ; mais elles s’éloignent beaucoup de l’habituelle simplicité des lois germaniques.
[245] Les Romains, qui n’avaient qu’une connaissance imparfaite de cette partie du monde, imaginèrent ici ces « vastes étendues insulaires » mentionnées au début de ce traité. D’où Pline, aussi, dit de la mer Baltique (sinus Codanus), qu’« elle est remplie d’îles, dont la plus célèbre, la Scandinavie (aujourd’hui la Suède et la Norvège), est d’une magnitude non découverte ; seule étant connue la partie occupée par les Hilleviones, une nation habitant cinq cents cantons ; qui appellent ce pays un autre globe. » (Lib. iv. 13.) La mémoire des Hilleviones est encore préservée dans la partie de la Suède nommée Halland.
[246] Leur puissance navale resta si grande qu’ils eurent la gloire de rédiger le code nautique, dont les lois furent écrites pour la première fois à Wisby, la capitale de l’île de Gothland, au onzième siècle.
[247] C’est exactement la forme des canoës indiens, qui, cependant, sont généralement manœuvrés avec des voiles aussi bien que des rames.
[248] La grande opulence d’un temple des Suiones, tel que décrit par Adam de Brême (Hist. Eccl., ch. 233), est une preuve de la richesse qui a de tout temps accompagné la domination navale. « Cette nation, dit-il, possède un temple de grand renom, appelé Ubsola (aujourd’hui Upsal), non loin des villes de Sictona et Birca (aujourd’hui Sigtuna et Bioerkoe). Dans ce temple, qui est entièrement orné d’or, le peuple adore les statues de trois dieux ; dont le plus puissant, Thor, est assis sur un lit au milieu ; avec Woden d’un côté et Fricca de l’autre. » Des ruines des villes de Sictona et Birca s’éleva l’actuelle capitale de la Suède, Stockholm.
[249] D’où Spener (Notit. German. Antiq.) conclut à juste titre que la couronne était héréditaire, et non élective, parmi les Suiones.
[250] Il est incertain si ce qu’on appelle aujourd'hui l’océan Glacial est visé ici, ou les extrémités septentrionales de la mer Baltique, les golfes de Botnie et de Finlande, qui sont si gelés chaque hiver qu’ils sont innavigables.
[251] Les vrais principes de l’astronomie nous ont maintenant appris la raison pour laquelle, à une certaine latitude, le soleil, au solstice d’été, ne semble jamais se coucher ; et à une latitude inférieure, le crépuscule du soir continue jusqu’au matin.
[252] La vraie lecture ici est probablement « immergeant » ; puisqu’il était une notion commune à cette période que la descente du soleil dans l’océan était accompagnée d’une sorte de bruit de sifflement, comme du fer rouge plongé dans l’eau. Ainsi Juvénal, Sat. xiv, 280 :— *Audiet Herculeo stridentem gurgite solem.* « Entendra le soleil siffler dans le gouffre herculéen. »
[253] Au lieu de *formas deorum*, « formes de divinités », certains, avec plus de probabilité, lisent *equorum*, « des chevaux », qui sont feints de tirer le char du soleil.
[254] Ainsi Quintus Curtius, parlant de l’océan Indien, dit : « La nature elle-même ne peut aller plus loin. »
[255] La mer Baltique.
[256] Aujourd'hui le royaume de Prusse, les duchés de Samogitie et de Courlande, les palatinats de Livonie et d’Esthonie, dans le nom de laquelle dernière l’ancienne appellation de ce peuple est préservée.
[257] Parce que les habitants de cette partie extrême de la Germanie conservaient la langue scythico-celtique, qui prévalut longtemps en Bretagne.
[258] Une divinité d’origine scythique, appelée Frea ou Fricca. Voir l’Introduction de Mallet à l’Histoire du Danemark.
[259] Beaucoup de vestiges de cette superstition subsistent à ce jour en Suède. Les paysans, au mois de février, la saison autrefois sacrée à Frea, fabriquent de petites images de sangliers en pâte, qu’ils appliquent à divers usages superstitieux. (Voir Eccard.) Une figure d’une *Mater Deum*, avec le sanglier, est donnée par M. Pennant, dans son Tour en Écosse, 1769, p. 268, gravée d’après une pierre trouvée à la grande station de Netherby dans le Cumberland.
[260] La cause en était, probablement, leur situation confinée, qui ne leur permettait pas d’errer en bandes de chasseurs et de pillards, comme le reste des Germains.
[261] Ce nom fut transféré au verre lorsqu’il entra en usage. Pline parle de la production de l’ambre dans ce pays comme suit : « Il est certain que l’ambre est produit dans les îles de l’Océan septentrional, et est appelé par les Germains *gless*. L’une de ces îles, nommée Austravia par les indigènes, fut pour cette raison appelée Glessaria par nos marins de la flotte de Germanicus. » — Lib. xxxvii. 3.
[262] Une grande partie de l’ambre de Prusse est encore aujourd’hui recueillie sur les rivages de la Baltique. Beaucoup se trouve également rejeté par les eaux des falaises argileuses d’Holderness. Voir Tour in Scotland, 1769, p. 16.
[263] À tel point que les Guttones, qui habitaient autrefois cette côte, faisaient usage de l’ambre comme combustible, et le vendaient à cet effet aux Teutones voisins. (Plin. xxxvii. 2.)
[264] Divers jouets et ustensiles en ambre, tels que bracelets, colliers, anneaux, coupes et même des colonnes, se rencontraient chez les Romains luxueux.
[265] Dans un ouvrage de Goeppert et Berendt, sur « L’ambre et les restes fossiles de plantes qu’il contient », publié à Berlin en 1845, se trouve un passage (dont une traduction est donnée ici) qui s’accorde parfaitement avec le récit de Tacite : « Autour des régions connues sous le nom de Samland, une île émergea, ou plutôt un groupe d’îles… qui augmenta graduellement en circonférence et, favorisé par un climat marin doux, fut recouvert de végétation et de forêt. Cette forêt fut le moyen par lequel l’ambre fut produit. Certains arbres y exhalaient des gommes en telles quantités que le sol forestier englouti apparaît maintenant en être rempli à un tel degré, comme s’il n’avait été privé que d’une partie très insignifiante de son contenu par les éruptions ultérieures de la mer et les tempêtes innombrables qui ont fouetté l’océan pendant des siècles. » Ainsi, bien que trouvé sous terre, il semble avoir été à l’origine la production de quelque arbre résineux. De là, aussi, la raison de l’apparition d’insectes, etc., en son sein, comme mentionné par Tacite.
[266] Norvégiens.
[267] Tout ce qui se trouvait au-delà de la Vistule était compté comme Sarmatie. Ces peuples, par conséquent, étaient proprement des habitants de la Sarmatie, bien que, par leurs mœurs, ils parussent d’origine germanique.
[268] Pline compte également les Peucini parmi les nations germaniques : « La cinquième partie de la Germanie est possédée par les Peucini et les Bastarnae, qui confinent aux Daces. » (iv. 14.) De Strabon, il apparaît que les Peucini, partie des Bastarnae, habitaient le pays autour des bouches du Danube, et particulièrement l’île Peuce, aujourd’hui Piczina, formée par le fleuve.
[269] Les habitations des Peucini étaient fixes ; tandis que les Sarmates erraient çà et là dans leurs chariots.
[270] « Sordes omnium ac torpor; procerum connubiis mixtis nonnihil in Sarmatarum habitum foedantur. » Dans de nombreuses éditions, le point-virgule n’est pas placé après *torpor*, mais après *procerum*. Le sens du passage ainsi lu est : « Les chefs sont paresseux et stupides, en plus d’être sales, comme tout le reste. Les mariages mixtes avec les Sarmates ont avili », etc.
[271] Les Venedi s’étendaient au-delà des Peucini et des Bastarnae jusqu’à la mer Baltique ; où se trouve le Sinus Venedicus, aujourd’hui le golfe de Dantzig. Leur nom est également préservé à Wenden, une partie de la Livonie. Lorsque les nations germaniques firent irruption en Italie, en France et en Espagne, les Venedi, aussi appelés Winedi, occupèrent leurs établissements vacants entre la Vistule et l’Elbe. Plus tard, ils traversèrent le Danube et s’emparèrent de la Dalmatie, de l’Illyricum, de l’Istrie, de la Carniole et des Alpes noriques. Une partie de la Carniole conserve encore le nom de Windismarck, dérivé d’eux. Ce peuple était aussi appelé Slavi ; et leur langue, le slavon, prévaut encore à travers une vaste étendue de pays.
[272] C’est encore le mode de vie des successeurs des Sarmates, les Tatars Nogaïs.
[273] Leur pays est appelé par Pline Eningia, aujourd’hui Finlande. Warnefrid (De Gest. Langobard. i. 5) décrit ainsi leur état sauvage et misérable : « Les Scritobini, ou Scritofinni, ne sont pas sans neige au milieu de l’été ; et, étant peu supérieurs en sagacité aux brutes, ne vivent d’autre nourriture que la chair crue des animaux sauvages, dont ils utilisent les peaux velues pour se vêtir. Ils tirent leur nom, selon la langue barbare, de sauter, parce qu’ils chassent les bêtes sauvages par une certaine méthode de saut ou de bond avec des morceaux de bois courbés en forme d’arc. » Voici une description évidente des raquettes à neige d’un usage commun parmi les sauvages d’Amérique du Nord, ainsi que parmi les habitants des parties les plus septentrionales de l’Europe.
[274] Comme il est mentionné juste après que leur principale dépendance est sur le gibier procuré par la chasse, cela ne peut signifier que la nourriture végétale qu’ils consomment consiste en herbes sauvages, par opposition aux produits cultivés de la terre.
[275] Les Esquimaux et les insulaires de la mer du Sud font la même chose à ce jour.
[276] Peuple de Laponie. L’origine de cette fable était probablement le mode vestimentaire dans ces régions froides, où les habitants s’enfouissent dans les fourrures les plus épaisses, laissant à peine apparaître quelque chose de la forme d’une créature humaine.
[277] C’est avec un vrai jugement que cet excellent historien s’abstient d’entremêler des récits fabuleux à la matière très intéressante et instructive de ce traité. Un tel mélange aurait pu mettre en doute la fidélité du récit en général ; lequel, malgré les soupçons professés par certains critiques, ne contient rien qui ne soit entièrement conforme à la vérité et à la nature. Si Tacite avait laissé libre cours à son invention dans la description des mœurs germaniques, est-il probable qu’il aurait pu donner une image si juste de l’état d’un peuple dans des circonstances similaires, les tribus sauvages de l’Amérique du Nord, telles que nous les avons vues au cours du présent siècle ? Est-il vraisemblable que ses relations auraient été si admirablement confirmées par les codes de lois encore existants des diverses nations germaniques ; tels que les codes salique, ripuaire, burgonde, anglais et lombard ? Ou qu’après le cours de tant de siècles, et les nombreux changements d’empire, les coutumes, lois et mœurs qu’il décrit puissent encore être retracées chez tous les divers peuples de dérivation germanique ? Tant que la constitution et la jurisprudence originales de notre pays et des autres pays européens seront étudiées, ce traité sera considéré comme l’un des monuments les plus précieux et authentiques de l’antiquité historique.
LA VIE DE CNAEUS JULIUS AGRICOLA.
[1] Rutilius fut consul en 104 av. J.-C. ; et, pour sa vie intègre et sa grande rigueur, il fut banni en 92 av. J.-C. Tacite est le seul écrivain à dire qu’il a écrit sa propre vie. Athénée mentionne qu’il écrivit une histoire des affaires de Rome en langue grecque. Scaurus fut consul en 114 av. J.-C., puis de nouveau en 106 av. J.-C. C’est le même Scaurus que Salluste mentionne comme ayant été corrompu par Jugurtha. Comme le bannissement de Rutilius eut lieu sur l’accusation de Scaurus, il est possible que, lorsque le premier écrivit sa vie, le second écrivit aussi la sienne, afin de se défendre des accusations portées contre lui.
[2] Venia opus fuit. Tout ce passage a grandement embarrassé les critiques. Le texte est disputé, et l’on ne s’accorde pas sur la raison pour laquelle Tacite demande indulgence. Brotier, Dronke et d’autres disent qu’il demande indulgence pour l’infériorité de son style et de sa manière (incondita ac rudi voce, c. 3), comparés aux auteurs distingués (quisque celeberrimus) d’un âge antérieur et meilleur. Mais il n’y aurait pas eu moins d’occasion de s’en excuser si les temps dont il écrivait n’avaient pas été si hostiles à la vertu. Hertel, La Bletterie et de nombreux critiques français comprennent qu’il s’excuse d’écrire le mémoire de son beau-père si tard (nunc), alors qu’il était déjà mort (defuncti), au lieu de le faire, comme les grands hommes d’autrefois, pendant que l’objet de leurs mémoires était encore en vie ; et il plaide, pour justifier ce retard, qu’il n’aurait pu l’écrire plus tôt sans rencontrer les dangers de cet âge cruel (l’âge de Domitien). Cela donne un très bon sens. La seule objection est que l’expression, opus fuit, semble plutôt impliquer qu’il était nécessaire de se justifier de l’écrire du tout, en citant les exemples d’anciens biographes distingués, comme il l’a fait dans l’introduction précédente. Mais pourquoi n’aurait-il pas été nécessaire de s’excuser d’écrire la vie d’Agricola si les temps dans lesquels il a vécu n’avaient pas été si peu favorables à la vertu ? Parce qu’alors Agricola aurait eu l’opportunité d’accomplir des victoires et des honneurs, qui auraient exigé narration, mais pour lesquels la jalousie et la cruauté de Domitien ne laissaient maintenant aucune place. C’est l’explication de Roth ; et il l’appuie en se référant au fait que les accomplissements d’Agricola dans la conquête de la Bretagne, bien que sans doute tels que Tacite les a décrits, occupent si peu d’espace dans l’histoire générale qu’ils ne sont même pas mentionnés par aucun historien ancien excepté Dion Cassius ; et il les mentionne principalement par égard pour la découverte faite par Agricola, pour la première fois, que la Bretagne était une île (Vid. R. Exc. 1.) Cette explication répond à toutes les exigences de la grammaire et de la logique ; mais en tant que question de goût et de sentiment, je ne peux l’accepter. Une telle excuse pour l’indignité de son sujet au commencement de la biographie s’accorde mal avec le ton de confiance digne qui imprègne le mémoire. Le meilleur commentaire que j’aie vu sur le passage est celui de Walther ; et ce ne serait peut-être pas accorder trop d’espace à une question aussi débattue que celle que le savant exige, que de l’extraire en entier : « Venia », dit-il, « n’est ici rien d’autre que ce que nous appelons, dans le langage de la modestie, une excuse, et se rapporte à la justification qu’il vient d’offrir dans l’exorde précédent. Car Tacite y en appelle à l’usage, non seulement de l’antiquité reculée, mais aussi des temps postérieurs, pour justifier son dessein d’écrire la biographie d’un homme distingué. Il n’y aurait eu aucun besoin d’une telle excuse en d’autres temps. En d’autres temps, se dispensant de tout préambule, il aurait commencé, comme au c. 4, “Cnaeus Julius Agricola”, etc., assuré que personne ne questionnerait la convenance de sa démarche. Mais maintenant, après un long et servile silence, quand on recommence “facta moresque posteris tradere”, quand il prononce le premier mot là où la parole et presque la mémoire (c. 2) s’étaient perdues depuis si longtemps, quand il se présente comme le premier défenseur de la vertu condamnée, il semble s’aventurer sur quelque chose de si nouveau, de si étrange, de si audacieux, que cela peut bien exiger des excuses. » En commentant *cursaturus-tempora*, Walther ajoute : « S’il y a de l’audace dans l’usage des mots par l’auteur ici, ce fait même sied à la connexion, afin que par la complexion même de son langage, il puisse peindre l’audace “cursandi tam saeva et infesta virtutibus tempora” — de courir à travers (comme dans une course, car telle est l’interprétation de Walther de *cursandi*) des temps si cruels et si hostiles à la vertu. Non pas que ces temps pussent exciter chez Tacite une peur personnelle réelle, car ils étaient passés, et il pouvait maintenant penser ce qu’il voulait, et dire ce qu’il pensait (Hist. i. 1). Pourtant, il frissonne au souvenir de ces cruautés ; et il foule avec un pas tremblant, pour ainsi dire, même le chemin récemment obstrué par elles. Il regarde autour de lui pour voir si, même maintenant, il peut exprimer sa voix en toute sécurité, et il demande timidement pardon d’oser rompre le silence régnant. » — Tyler.
[3] Un passage chez Dion illustre excellemment le fait auquel il est ici fait référence : « Il (Domitien) fit mettre à mort Rusticus Arulenus, parce qu’il étudiait la philosophie, et qu’il avait donné à Thrasea l’appellation de saint ; et Herennius Senecio, parce que, bien qu’il eût vécu de nombreuses années après avoir servi la charge de questeur, il ne sollicita aucun autre poste, et parce qu’il avait écrit la Vie d’Helvidius Priscus. » (lxvii. p. 765.) Avec moins d’exactitude, Suétone, dans sa Vie de Domitien (s. 10), dit : « Il fit mettre à mort Junius Rusticus, parce qu’il avait publié les panégyriques de Paetus Thrasea et d’Helvidius Priscus, et les avait qualifiés de personnes très saintes ; et à cette occasion, il expulsa tous les philosophes de la cité et d’Italie. » Arulenus Rusticus était un stoïcien ; pour cette raison, il était appelé par dérision par M. Regulus « le singe des stoïciens, marqué de la cicatrice vitellienne. » (Pline, Epist. i. 5.) Thrasea, qui tua Néron, est particulièrement enregistré dans les Annales, livre xvi.
[4] L’expulsion des philosophes, mentionnée dans le passage ci-dessus cité de Suétone.
[5] Cette période vraiment heureuse commença lorsque, après la mort de Domitien et la rescision de ses actes, l’autorité impériale dévolut à Nerva, dont les vertus furent imitées par les empereurs successifs, Trajan, Hadrien et les deux Antonins.
[6] *Securitas publica*, « la sécurité publique », était une expression et un vœu courants, et était fréquemment inscrit sur les médailles.
[7] La durée du règne de Domitien.
[8] Il apparaît qu’à cette époque, Tacite se proposait d’écrire non seulement les livres de son Histoire et de ses Annales, qui contiennent le « mémorial de la servitude passée », mais un compte rendu des « bénédictions présentes » illustrées dans les événements sous Nerva et Trajan.
[9] Il y avait deux colonies romaines de ce nom ; l’une en Ombrie, supposée être le lieu aujourd’hui appelé Frioul ; l’autre en Gaule narbonnaise, dont le nom moderne est Fréjus. Cette dernière fut probablement le lieu de naissance d’Agricola.
[10] Parmi les procurateurs qui étaient envoyés dans les provinces, certains avaient la charge du revenu public ; d’autres, non seulement de celui-ci, mais du revenu privé de l’empereur. C’étaient les procurateurs impériaux. Toutes les charges relatives aux finances étaient en la possession des chevaliers romains ; dont les procurateurs impériaux étaient considérés comme nobles. D’où la noblesse équestre dont parle Tacite. Dans certaines des provinces moindres, les procurateurs avaient la juridiction civile, ainsi que l’administration du revenu. C’était le cas en Judée.
[11] Sénèque porte un témoignage très honorable à cette personne : « Si », dit-il, « nous avons besoin d’un exemple de grand esprit, citons celui de Julius Graecinus, une personne excellente, que Caius César mit à mort pour cette seule raison, qu’il était un homme meilleur que ce qui pouvait être toléré sous un tyran. » (De Benef. ii. 21.) Ses livres concernant les vignobles sont recommandés par Columelle et Pline.
[12] Caligula.
[13] Marcus Silanus était le père de Claudia, la première femme de Caius. Selon les historiens de cette période, Caius était jaloux de lui et prenait toutes les occasions de l’humilier. Tacite (Hist. iv. 48) mentionne que l’empereur le priva du commandement militaire des troupes en Afrique d’une manière insultante. Dion (lix.) déclare que, lorsque, par son âge et son rang, Silanus était habituellement interrogé en premier au sénat, l’empereur trouvait un prétexte pour empêcher que ce respect fût rendu à son mérite. Suétone (iv. 23) enregistre que l’empereur prit un jour la mer de manière précipitée et ordonna à Silanus de le suivre. Par peur de la maladie, il refusa de le faire ; sur quoi l’empereur, alléguant qu’il restait à terre afin de prendre possession de la cité au cas où quelque accident lui arriverait, le força à se couper la gorge lui-même. Il semblerait, d’après le présent passage de Tacite, que certaines formes légales furent prises dans le cas de Silanus, et que Julius Graecinus fut ordonné d’être l’accusateur ; et que cet homme à l’esprit noble, refusant de prendre part à des procédures si cruelles et iniques, fut lui-même mis à mort.
[14] Du rôle que les matrones romaines prenaient dans l’éducation de la jeunesse, Tacite a donné un récit élégant et intéressant dans son Dialogue sur les orateurs, c. 28.
[15] Aujourd’hui Marseille. C’était une colonie des Phocéens ; d’où elle dérivait cette politesse grecque pour laquelle elle fut longtemps célèbre.
[16] Il était d’usage pour les généraux d’admettre de jeunes hommes de caractère prometteur à cette honorable camaraderie, qui ressemblait à la fonction d’aide de camp dans le service moderne. Ainsi, Suétone nous informe que César fit sa première campagne en Asie comme compagnon de tente du préteur Marcus Thermus.
[17] Ce fut le sort de la colonie de vétérans à Camalodunum, aujourd’hui Colchester ou Maldon. Un récit particulier de cette révolte est donné dans le 14e livre des Annales.
[18] Cela fait allusion à la défaite de Petilius Cerialis, qui vint avec la neuvième légion au secours de la colonie de Camalodunum. Toute l’infanterie fut massacrée ; et Petilius, avec la cavalerie seule, s’échappa vers le camp. C’est peu après cela que Suétone défit Boadicée et ses forces.
[19] Ceux de Néron.
[20] La charge de questeur était l’entrée de tous les emplois publics. Les questeurs et leurs secrétaires étaient distribués par le sort dans les différentes provinces, afin qu’il n’y eût pas de relations préalables entre eux et les gouverneurs, mais qu’ils pussent servir de contrepoids les uns aux autres.
[21] Frère de l’empereur Othon.
[22] À la tête des préteurs, dont le nombre variait selon les époques de l’empire, étaient le *Praetor Urbanus* et le *Praetor Peregrinus*. Le premier administrait la justice parmi les citoyens, le second parmi les étrangers. Les autres présidaient les débats publics et avaient la charge d’exhiber les jeux publics, qui étaient célébrés avec grande solennité pendant sept jours successifs, et à des frais immenses. C’était, en effet, aux temps des empereurs, presque l’unique affaire des préteurs, dont la dignité, comme l’exprime Tacite, consistait dans les vains apparats de l’État ; d’où Boèce qualifie justement la préture de « nom vide, et de fardeau pénible sur le rang sénatorial. »
[23] Néron avait pillé les temples pour subvenir à son extravagance et à sa débauche. Voir Annales, xv. 45.
[24] C’était l’an de Rome 822 ; de la naissance du Christ, 69.
[25] Les cruautés et déprédations commises sur la côte d’Italie par cette flotte sont décrites en couleurs vives par Tacite, Hist. ii. 12, 13.
[26] Aujourd’hui le comté de Vintimille. L’attaque sur la ville municipale de ce lieu, appelée Albium Intemelium, est particulièrement mentionnée dans le passage susmentionné.
[27] Au mois de juillet de cette année.
[28] La vingtième légion, surnommée la Victorieuse, était stationnée en Bretagne à Deva, le Chester moderne, où de nombreuses inscriptions et autres monuments d’antiquités romaines ont été découverts.
[29] Roscius Caelius. Ses disputes avec le gouverneur de Bretagne, Trebellius Maximus, sont relatées par Tacite, Hist. i. 60.
[30] Les gouverneurs de la province, et commandants en chef sur toutes les légions qui y étaient stationnées.
[31] Il avait été autrefois commandant de la neuvième légion.
[32] La province d’Aquitaine s’étendait des montagnes pyrénéennes au fleuve Liger (Loire).
[33] Les gouverneurs des provinces voisines.
[34] Agricola fut consul en l’an de Rome 830, ap. J.-C. 77, avec Domitien. Ils succédèrent, aux calendes de juillet, aux consuls Vespasien et Titus, qui avaient commencé l’année.
[35] Il fut admis au Collège pontifical, à la tête duquel se trouvait le Pontifex Maximus.
[36] Jules César, Tite-Live, Strabon, Fabius Rusticus, Pomponius Mela, Pline, etc.
[37] Ainsi César : « Un côté de la Bretagne incline vers l’Espagne, et le soleil couchant ; sur laquelle partie l’Irlande est située. » — Bell. Gall. v. 13.
[38] Celles-ci, ainsi que d’autres ressemblances suggérées par les géographes anciens, ont été pour la plupart détruites par la plus grande précision des cartes modernes.
[39] Ceci est vrai dans la mesure où l’extrémité septentrionale de l’Écosse est beaucoup plus étroite que la côte méridionale de l’Angleterre.
[40] Les îles Orcades. Celles-ci, bien que maintenant connues pour la première fois complètement par les Romains, avaient été entendues parler auparavant, et mentionnées par des auteurs. Ainsi Mela, iii. 6 : « Il y a trente Orcades, séparées les unes des autres par des détroits étroits. » Et Pline, iv. 16 : « Les Orcades sont au nombre de quarante, à une petite distance les unes des autres. » Sous le règne de Claude, le rapport concernant ces îles était particulièrement courant, et la flatterie le convertit en la nouvelle d’une victoire. D’où Jérôme dans son *Chronicon* dit : « Claude triompha des Bretons, et ajouta les Orcades à l’empire romain. »
[41] Camden suppose que les îles Shetland sont désignées ici par Thulé ; d’autres imaginent que c’était l’une des Hébrides. Pline, iv. 16, mentionne Thulé comme la plus éloignée de toutes les îles connues ; et, en la plaçant à seulement une journée de navigation de l’Océan Glacial, rend probable que l’Islande était visée. Procope (Bell. Goth, ii. 15) parle d’une autre Thulé, qui devait être la Norvège, que beaucoup d’anciens pensaient être une île. M. Pennant suppose que la Thulé ici visée était Foula, une île très élevée, l’une des plus occidentales des Shetlands, qui pourrait facilement être aperçue par la flotte.
[42] Pour autant que le sens de ce passage puisse être élucidé, il semblerait que les premiers circumnavigateurs de la Bretagne, afin d’exagérer l’idée de leurs dangers et de leurs épreuves, aient représenté la mer du Nord comme étant dans un état si épaissi et à moitié solide que les rames pouvaient à peine être manœuvrées, ou que l’eau pût être agitée par les vents. Tacite, cependant, préfère expliquer son état stagnant par l’absence de vents et la difficulté de mouvoir une si grande masse d’eaux. Mais le fait, pris dans un sens ou dans l’autre, est erroné ; car cette mer n’est jamais observée gelée, et est remarquablement orageuse et tempétueuse. — Aiken.
[43] Le grand nombre de firths et de bras de mer, qui coupent presque de part en part les régions septentrionales de l’île, ainsi que la hauteur des marées sur la côte, rendent cette observation particulièrement appropriée.
[44] César mentionne que les habitants de l’intérieur de la Bretagne étaient supposés être originaires de l’île elle-même. (Bell. Gall. v. 12.)
[45] La Calédonie, aujourd’hui l’Écosse, était à cette époque recouverte par de vastes forêts. Ainsi Pline, iv. 16, parlant de la Bretagne, dit que « depuis trente ans, les armes romaines n’avaient pas étendu la connaissance de l’île au-delà de la forêt calédonienne. »
[46] Habitants de ce qui constitue aujourd’hui les comtés de Glamorgan, Monmouth, Brecknock, Hereford et Radnor.
[47] Les Ibères étaient un peuple d’Espagne, ainsi nommés en raison de leur voisinage avec le fleuve Iberus, aujourd’hui l’Èbre.
[48] Parmi ceux-ci, les habitants du Kent sont mentionnés honorablement par César. « De tous ces peuples, les plus civilisés sont de loin ceux qui habitent la région maritime de Cantium, qui diffèrent peu dans leurs mœurs des Gaulois. » — Bell. Gall. v. 14.
[49] Du fait de l’obliquité des côtes opposées de l’Angleterre et de la France, une partie de la première s’étend plus au sud que l’extrémité septentrionale de la seconde.
[50] Particulièrement les solennités mystérieuses et sanglantes des Druides.
[51] Les enfants naissaient et étaient élevés dans cette férocité. Ainsi Solinus, c. 22, parlant de la nation guerrière des Bretons, dit : « Lorsqu’une femme accouche d’un enfant mâle, elle dépose sa première nourriture sur l’épée du mari, et avec la pointe, l’introduit doucement dans la bouche du petit, priant ses divinités nationales pour que sa mort puisse, de la même manière, survenir au milieu des armes. »
[52] Sous le règne de Claude.
[53] La pratique des Grecs à l’époque homérique était l’inverse de celle-ci.
[54] Ainsi les rois Cunobelinus, Caractacus et Prasutagus, et les reines Cartismandua et Boadicée, sont mentionnés dans différentes parties de Tacite.
[55] César dit de la Bretagne : « le climat est plus tempéré que celui de la Gaule, le froid y étant moins sévère. » (Bell. Gall. v. 12.) Cela provient certainement de sa situation insulaire et de l’humidité de son atmosphère.
[56] Ainsi Pline (ii. 75) : « Le jour le plus long en Italie est de quinze heures, en Bretagne de dix-sept, où en été les nuits sont claires. »
[57] Tacite, par l’intermédiaire d’Agricola, a dû obtenir ce rapport, soit des hommes de Scandinavie, soit de ceux des Bretons qui étaient passés dans ce pays, ou en avoir été informé par ceux qui l’avaient visité. Il est tout à fait vrai que dans la partie la plus éloignée de la Norvège, et tout autant en Islande et dans les régions autour du pôle Nord, il y a, au solstice d’été, un jour presque ininterrompu pendant près de deux mois. Tacite semble ici affirmer que tel est le cas universellement, n’ayant pas entendu dire qu’au solstice d’hiver, il y a une nuit de durée égale.
[58] Tacite, après avoir donné le rapport des Bretons tel qu’il l’avait entendu, probablement d’Agricola, passe maintenant à l’exposé de ses propres vues sur le sujet. Il représente que, comme l’extrême nord est plat, il n’y a rien, quand le soleil est à l’horizon lointain, pour projeter une ombre vers le ciel : que la lumière est, certes, interceptée par la surface de la terre elle-même, et qu’il y a donc obscurité sur celle-ci ; mais que le ciel au-dessus reste clair et brillant grâce à ses rayons. Et de là, il suppose que la luminosité des régions supérieures neutralise l’obscurité sur la terre, formant un degré de lumière équivalent au crépuscule du soir ou à l’aube du matin, ou, en vérité, rendant presque impossible de décider quand le soir finit et quand le matin commence. Comparez le récit suivant, tiré d’une « Description d’une visite aux Shetland », dans le vol. viii des Chambers’ Miscellany : « Étant maintenant au 60e degré de latitude nord, on pouvait à peine dire que la lumière du jour nous avait quittés durant la nuit, et à 2 heures du matin, bien que la brume nous enveloppât encore, nous pouvions voir aussi clairement que nous le faisons à Londres, à peu près à toute heure d’une journée de novembre. »
[59] M. Pennant a une remarque plaisante concernant le sol et le climat de notre île, s’accordant bien avec celle de Tacite : « Le climat de la Grande-Bretagne est plus que tout autre producteur de la plus grande variété et abondance de végétaux sains, qui, pour couronner notre bonheur, sont presque également diffusés dans toutes ses parties : cette fertilité générale est due à ces ciels nuageux, que les étrangers invoquent à tort comme un reproche à notre pays ; mais supportons gaiement une obscurité temporaire, qui habille non seulement nos prairies, mais aussi nos collines, de la plus riche verdure. » — Brit. Zool. 4to. i. 15.
[60] Strabon (iv. 138) témoigne de la même chose. Cicéron, d’autre part, affirme qu’un seul grain d’argent ne se trouve sur cette île. (Ep. ad Attic, iv. 16.) Si nous recourons aux autorités modernes, nous trouvons Camden mentionnant des mines d’or et d’argent dans le Cumberland, d’argent dans le Flintshire, et d’or en Écosse. Le Dr Borlase (Hist. of Cornwall, p. 214) rapporte que, si tard qu’en 1753, plusieurs morceaux d’or furent trouvés dans ce que les mineurs appellent l’étain de ruisseau ; et l’argent est maintenant obtenu en quantité considérable de plusieurs de nos minerais de plomb. Un document curieux, concernant les mines d’or d’Écosse, est donné par M. Pennant dans l’Append. (No. x.) à sa seconde partie d’un « Tour in Scotland in 1772 », et un compte rendu beaucoup plus général des mines et minerais de la Grande-Bretagne aux premiers temps, dans son « Tour in Wales of 1773 », pp. 51-66.
[61] Camden mentionne que des perles furent trouvées dans les comtés de Caernarvon et de Cumberland, et dans la mer britannique. M. Pennant, dans son « Tour in Scotland in 1769 », remarque une pêche à la perle considérable à partir de la moule d’eau douce, dans le voisinage de Perth, d’où pour 10 000 £ de perles furent envoyées à Londres de 1761 à 1764. Elle était cependant presque épuisée lorsqu’il visita le pays. Voir aussi le quatrième volume du Br. Zool. de M. Pennant (Classe vi. No. 18), où il donne un compte rendu beaucoup plus ample des perles britanniques. Origène, dans son Comment. sur Matthieu, pp. 210, 211, donne une description de la perle britannique, qui, dit-il, était la seconde en valeur après l’indienne ; « Sa surface est de couleur or, mais elle est trouble, et moins transparente que l’indienne. » Pline parle des unions britanniques comme suit : « Il est certain que de petites perles décolorées sont produites en Bretagne ; puisque le divin Jules nous a donné à comprendre que la cuirasse qu’il a dédiée à Vénus Genitrix, et placée dans son temple, était faite de perles britanniques. » — ix. 35.
[62] Les deux expéditions de César en Bretagne eurent lieu les années de Rome 699 et 700. Il en donne lui-même le récit, et elles sont également mentionnées par Strabon et Dion.
[63] C’était la sage politique d’Auguste de ne pas étendre davantage les limites de l’empire ; et concernant la Bretagne en particulier, il pensait que sa conquête et sa préservation entraîneraient plus de dépenses qu’elle ne pourrait en rembourser. (Strabon, ii. 79, et iv. 138.) Tibère, qui professa toujours une déférence entière pour les maximes et les injonctions d’Auguste, était, en cette occurrence, probablement convaincu de leur pertinence.
[64] Caligula.
[65] Claude envahit la Bretagne l’an de Rome 796, ap. J.-C. 43.
[66] Dans la paroisse de Dinder, près d’Hereford, subsistent encore les vestiges d’un campement romain, appelé Oyster-hill, comme on le suppose, d’après cet Ostorius. Camden’s Britain, par Gibson, p. 580.
[67] Celui de Camalodunum, aujourd’hui Colchester, ou Maldon.
[68] La Mona de Tacite est l’île d’Anglesey, celle de César est l’île de Man, appelée par Pline Monapia.
[69] L’avarice de Catus Decidianus, le procurateur, est mentionnée comme la cause par laquelle les Bretons furent poussés à cette guerre, par Tacite, Annal. xiv. 32.
[70] Julius Classicianus, qui succéda à Decidianus, était en désaccord avec le gouverneur, mais n’en fut pas moins oppressif pour la province.
[71] Par le massacre de Varus.
[72] Le Rhin et le Danube.
[73] Boadicée, dont le nom est écrit diversement Boudicea, Bonduca, Voadicea, etc., était reine des Icéniens, ou peuple du Suffolk, Norfolk, Cambridgeshire et Huntingdonshire. Un compte rendu particulier de cette révolte est donné dans les Annales, xiv. 31, et seq.
[74] De Camalodunum.
[75] C’était en l’an 61 ap. J.-C. Selon Tac. Hist. i. 6, Petronius Turpilianus fut mis à mort par Galba, en l’an 68 ap. J.-C.
[76] La date de son arrivée est incertaine.
[77] Il fut envoyé en Bretagne par Vespasien, en l’an 69 ap. J.-C.
[78] Les Brigantes habitaient le Yorkshire, le Lancashire, le Westmoreland, le Cumberland et Durham.
[79] La date de son arrivée en Bretagne est incertaine. Ce Frontin est l’auteur de l’ouvrage sur les « Stratagèmes » et, au moment de sa nomination à la lieutenance de Bretagne, il était curator aquarum à Rome. C’est probablement ce qui l’a poussé à écrire son autre ouvrage sur les aqueducs de Rome.
[80] Cela semble se rapporter au fait qu’il ait été restreint dans ses opérations militaires par la parcimonie de Vespasien, qui lui refusa la permission d’attaquer d’autres peuples que les Silures. Voir c. 11.
[81] Où ces gens habitaient est mentionné p. 355, note 5.
[82] C’était en l’an de Rome 831, du Christ 78.
[83] Habitants du pays de Galles septentrional, à l’exclusion de l’île d’Anglesey.
[84] C’est-à-dire : certains étaient pour une action immédiate, d’autres pour le délai. Au lieu d’et quibus, nous lisons avec l’édition du Dr Smith (Londres, 1850), ut quibus.
[85] Vexilla est ici utilisé pour vexillarii. « Sous l’Empire, le nom de Vexillarii était donné à un corps distinct de soldats supposé avoir été composé de vétérans, qui étaient libérés du serment militaire et du service régulier, mais maintenus incorporés sous un étendard séparé (vexillum), pour prêter assistance à l’armée si nécessaire, garder la frontière, et garnir les provinces récemment conquises ; un certain nombre de ces surnuméraires étant rattachés à chaque légion. (Tac. Hist. ii. 83, 100 ; Ann. i. 36.) » — Rich, Comp. to Dict. and Lex. s. v. Vexillum.
[86] Un passage dans le val de Clwyd, dans la paroisse de Llanarmon, est encore appelé Bwlch Agrikle, probablement pour avoir été occupé par Agricola, sur sa route vers Mona. — M. Pennant.
[87] De cette circonstance, il apparaîtrait que ces auxiliaires étaient des Bataves, dont l’habileté dans cette pratique est relatée par Tacite, Hist. iv. 12.
[88] Il était coutumier pour les généraux romains de décorer avec des branches de laurier les lettres dans lesquelles ils envoyaient chez eux la nouvelle de tout succès remarquable. Ainsi Pline, xv. 30 : « Le laurier, le principal messager de joie et de victoire chez les Romains, est apposé aux lettres, et aux lances et javelots des soldats. » Le laurus des anciens était probablement le laurier noble, et non ce que nous appelons aujourd’hui laurier.
[89] Ascire, al. accire, « Recevoir dans le service régulier ». La référence concerne le transfert de soldats des surnuméraires aux légions. Ainsi Walch, suivi par Dronke, Both et Walther. La clause suivante implique qu’il prit soin de ne recevoir dans le service que les meilleurs hommes (optimum quemque), qui, il en était confiant, se montreraient fidèles (fidelissimum).
[90] De même, Suétone dit de Jules César : « Il ne remarquait ni ne punissait chaque crime ; mais alors qu’il enquêtait strictement sur la désertion et la mutinerie et les punissait rigoureusement, il fermait les yeux sur d’autres délinquances. » — Vie de Jules César, s. 67.
[91] De nombreux commentateurs proposent de lire « exaction », au lieu d’« augmentation ». Mais cette dernière peut être conservée, d’autant plus que Suétone nous informe que « Vespasien, non content de renouveler certaines taxes remises sous Galba, en ajouta de nouvelles et lourdes : et augmenta les tributs payés par les provinces, doublant même certains. » — Vie de Vesp. s. 19.
[92] En l’an de Rome 832. Ap. J.-C. 79.
[93] De nombreux vestiges de ces camps romains ou d’autres subsistent encore dans différentes parties de la Grande-Bretagne. Deux principaux, dans le comté d’Annandale, en Écosse, appelés Burnswork et Middleby, sont décrits en détail par Gordon dans son Itiner. Septentrion, pp. 16, 18.
[94] L’an de Rome 833, ap. J.-C. 80.
[95] Aujourd’hui le Firth of Tay.
[96] Le principal de ceux-ci était à Ardoch, situé de manière à commander l’entrée de deux vallées, Strathallan et Strathearn. Une description et un plan de ses vestiges, toujours en bon état de conservation, sont donnés par M. Pennant dans son Tour in Scotland in 1772, part ii. p. 101.
[97] L’an de Rome 834, ap. J.-C. 81.
[98] Les Firths de Clyde et de Forth.
[99] L’isthme entre ces bras de mer opposés n’est large que d’environ trente milles. Environ cinquante-cinq ans après qu’Agricola eut quitté l’île, Lollius Urbicus, gouverneur de Bretagne sous Antonin le Pieux, érigea un vaste mur ou rempart, s’étendant d’Old Kirkpatrick sur la Clyde, à Caeridden, deux milles à l’ouest d’Abercorn, sur le Forth, un espace de près de trente-sept milles, défendu par douze ou treize forts. Ceux-ci sont supposés avoir été sur le site de ceux d’Agricola. Ce mur est généralement appelé la digue de Graham ; et certaines parties en subsistent encore.
[100] L’an de Rome 835, ap. J.-C. 82.
[101] Traversant le Firth of Clyde, ou la baie de Dumbarton, et tournant vers la côte occidentale de l’Argyleshire, ou les îles d’Arran et de Bute.
[102] Le golfe de Gascogne.
[103] La Méditerranée.
[104] L’an de Rome 836, ap. J.-C. 83.
[105] Les parties orientales de l’Écosse, au nord du Firth of Forth, où se trouvent aujourd’hui les comtés de Fife, Kinross, Perth, Angus, etc.
[106] Cette légion, qui avait été affaiblie par de nombreux engagements, fut plus tard recrutée, et alors appelée Gemina. Sa station lors de cet événement est supposée par Gordon avoir été Lochore dans le Fifeshire. M. Pennant imagine plutôt que le lieu de l’attaque fut Comerie dans le Perthshire.
[107] Pour un compte rendu de ces peuples, voir Mœurs des Germains, c. 32.
[108] M. Pennant reçut en cadeau à Skye une épée de cuivre et un denier trouvés sur cette île. Ne pourraient-ils pas avoir été perdus par certains de ces gens lors de l’un de leurs débarquements ?
[109] Le Rhin.
[110] Cette expédition extraordinaire, selon Dion, partit du côté occidental de l’île. Ils ont donc dû longer toute cette partie de l’Écosse, ont dû passer la navigation complexe à travers les Hébrides, et le détroit dangereux du Pentland Firth, et, après être arrivés du côté oriental, ont dû être poussés à l’embouchure de la mer Baltique. Ici ils perdirent leurs navires ; et, dans leur tentative de regagner leur foyer par voie terrestre, furent saisis comme pirates, une partie par les Suèves, et le reste par les Frisons.
[111] L’an de Rome 837, ap. J.-C. 84.
[112] La scène de ce célèbre engagement est, selon Gordon (Itin. Septent.), supposée se situer dans le Strathern, près d’un lieu appelé maintenant Kirk of Comerie, où se trouvent les restes de deux camps romains. M. Pennant, cependant, dans son Tour de 1772, part ii. p. 96, donne des raisons qui semblent bien fondées pour être en désaccord avec l’opinion de Gordon.
[113] L’orthographe la plus courante de ce nom est Galgacus ; mais l’autre est préférée comme étant de meilleure autorité.
[114] « Paix donnée au monde » est une inscription très fréquente sur les médailles romaines.
[115] C’était la politique romaine d’envoyer les recrues levées dans les provinces vers quelque pays lointain, par crainte de leur désertion ou de leur révolte.
[116] À quel point ce fut le sort des Romains eux-mêmes, lorsque, dans le déclin de l’empire, ils furent obligés de payer tribut aux barbares environnants, est montré sous des couleurs vives par Salvien : « Nous appelons cela un don qui est un achat, et un achat d’une condition des plus dures et misérables. Car tous les captifs, lorsqu’ils sont une fois rachetés, jouissent de leur liberté : nous payons continuellement une rançon, et pourtant nous ne sommes jamais libres. » — De Gubern. Dei, vi.
[117] L’expédition de Claude en Bretagne eut lieu l’an de Rome 796, depuis lequel, jusqu’à la période de cet engagement, seulement quarante-deux ans s’étaient écoulés. Le nombre cinquante est donc donné de manière oratoire plutôt qu’exacte.
[118] Le mot latin utilisé ici, covinarius, signifie le conducteur d’un covinus, ou char, dont l’essieu était courbé en forme de faux. La manière britannique de combattre depuis des chars est décrite particulièrement par César, qui leur donne le nom d’essedae : « Voici la manière de combattre depuis des essedae : ils conduisent d’abord tout autour avec eux vers toutes les parties de la ligne, lançant leurs javelots, et désorganisant généralement les rangs par l’alarme même provoquée par les chevaux, et le cliquetis des roues : puis, aussitôt qu’ils se sont insinués entre les troupes de cavalerie, ils sautent de leurs chars et combattent à pied. Les conducteurs se retirent alors un peu de la bataille, afin que, si leurs amis sont submergés par le nombre, ils puissent avoir une retraite sûre vers les chars. Ainsi ils agissent avec la célérité de la cavalerie, et la stabilité de l’infanterie ; et par l’usage et l’exercice quotidiens, ils acquièrent le pouvoir de retenir leurs chevaux à pleine vitesse dans une pente abrupte, de les arrêter soudainement, et de tourner dans un court espace ; et ils s’accoutument à courir sur le timon, et à se tenir sur le joug, et de là, avec une grande agilité, à reprendre leur place dans le char. » — Bell. Gall. iv. 33.
[119] Ces boucliers, appelés cetrae, en latin, étaient faits de cuir. L’épée large et le bouclier furent, jusqu’à très récemment, les armes particulières des Highlanders.
[120] Plusieurs inscriptions ont été trouvées en Bretagne commémorant les cohortes Tongres.
[121] La grande concision de Tacite a rendu la description de cette bataille quelque peu obscure. Ce qui suit, cependant, semble avoir été le cours général des événements : l’infanterie des deux côtés commença l’engagement. La première ligne des Bretons qui était formée dans la plaine étant rompue, les auxiliaires romains avancèrent sur la colline après eux. Entre-temps, la cavalerie romaine sur les ailes, incapable de résister au choc des chars, recula, et fut poursuivie par les chars et la cavalerie britanniques, qui tombèrent alors parmi l’infanterie romaine. Ceux-ci, qui au début avaient relâché leurs files pour éviter d’être débordés, se resserrèrent maintenant, afin de mieux résister à l’ennemi, qui par ce moyen fut incapable de les pénétrer. Les chars et la cavalerie devinrent donc empêtrés au milieu des inégalités du terrain, et des rangs serrés des Romains ; et, ne pouvant plus pivoter et caracoler comme sur la plaine ouverte, ne donnèrent pas la moindre apparence d’une escarmouche équestre : mais, gardant difficilement pied sur la déclivité, furent poussés hors, et dispersés dans le désordre sur le champ.
[122] Peuple du Fifeshire.
[123] Où cela se trouvait n’apparaît pas. Brotier l’appelle Sandwich, l’identifiant au Rutupium : d’autres Plymouth ou Portsmouth. Il est clair, cependant, que cela ne peut être le cas, d’après les mots subséquents. — White.
[124] Cette circumnavigation fut dans une direction contraire à celle des déserteurs Usipiens, la flotte partant du Firth of Tay sur la côte orientale, et naviguant autour des côtes septentrionale, occidentale et méridionale, jusqu’à ce qu’elle arrivât au port de Sandwich dans le Kent. Après y être restée quelque temps pour réparer, elle retourna à sa station précédente, dans le Firth of Forth, ou Tay.
[125] C’est au cours de cette même année que Domitien fit sa pompeuse expédition en Allemagne, d’où il revint sans jamais avoir vu l’ennemi.
[126] Caligula obtint de même un nombre de grands hommes aux cheveux teints en rouge pour donner crédit à une prétendue victoire sur les Germains.
[127] Ainsi Pline, dans son Panégyrique de Trajan, xlviii., représente Domitien comme « affectant toujours l’obscurité et le secret, et n’émergeant jamais de sa solitude si ce n’est pour créer une solitude. »
[128] Non pas le triomphe lui-même, qui, après l’an de Rome 740, n’était plus accordé à des personnes privées, mais réservé à la famille impériale. Cette nouvelle pièce d’adulation fut inventée par Agrippa afin de flatter Auguste. Les « ornements triomphaux » qui étaient encore décernés, étaient un vêtement particulier, une statue et d’autres insignes qui avaient distingué la personne du général triomphant.
[129] De Douvres.
[131] Domitien, semble-t-il, craignait qu’Agricola ne refusât d’obéir au rappel qu’il lui transmettait, et ne conservât même son poste par la force. Il dépêcha donc l’un de ses affranchis de confiance avec une lettre autographe, dans laquelle il était informé que la Syrie lui était assignée comme province. Ce n’était là qu’une ruse ; aussi la lettre ne fut-elle jamais remise, car Agricola était déjà en route pour son retour. En conformité avec ces instructions, l’affranchi retourna immédiatement auprès de Domitien, alors qu’il trouva Agricola en route pour Rome. Selon Dion (liii.), les lieutenants de l’empereur étaient tenus de quitter leur province immédiatement après l’arrivée de leur successeur, et de retourner à Rome dans un délai de trois mois. — White.
[132] Le successeur d’Agricola en Bretagne semble avoir été Sallustius Lucullus, qui, comme nous l’apprend Suétone, fut mis à mort par Domitien parce qu’il avait permis que certaines lances d’une nouvelle conception fussent appelées Luculléennes. — Vie de Domitien, s. 10.
[133] De cette pire espèce d’ennemis, qui louent un homme afin de le rendre odieux, l’empereur Julien, qui avait lui-même beaucoup souffert de leur fait, parle avec émotion dans sa douzième épître à Basilius : « Car nous ne vivons pas ensemble dans cet état de dissimulation, que, j’imagine, vous avez éprouvé jusqu’ici : dans lequel ceux qui vous louent vous haïssent avec une aversion plus confirmée que vos ennemis les plus invétérés. »
[134] Ces événements calamiteux sont consignés par Suétone dans sa Vie de Domitien.
[135] Le Rhin et le Danube.
[136] Les deux consulaires les plus anciens tiraient au sort le gouvernement de l’Asie et de l’Afrique.
[137] Suétone rapporte que Civica Cerealis fut mis à mort lors de son proconsulat d’Asie, sous l’accusation de méditer une révolte. (Vie de Domitien, s. 10.)
[138] Contraindre des personnes à rendre grâce pour une injure était un raffinement de tyrannie fréquemment pratiqué par les pires des empereurs romains. Ainsi, Sénèque nous informe que « Caligula fut remercié par ceux dont les enfants avaient été mis à mort, et dont les biens avaient été confisqués. » (De Tranquil, xiv.) Et encore : « La réponse d’une personne qui avait vieilli dans son service auprès des rois, lorsqu’on lui demanda comment il avait obtenu une chose si peu commune dans les cours qu’une vieillesse avancée, est bien connue. C’est, dit-il, en recevant des injures, et en rendant des grâces. » — De Ira, ii. 33.
[139] D’après un passage de Dion, lxxviii. p. 899, cette somme semble avoir été decies sestertium, environ 9 000 livres sterling.
[140] Ainsi Sénèque : « Les petites âmes rendues insolentes par la prospérité ont cette pire propriété, qu’elles haïssent ceux qu’elles ont lésés. » — De Ira, ii. 33.
[141] Plusieurs de ceux qui souffrirent sous Néron et Domitien commirent une erreur, bien que noble, à cet égard.
[142] Une épigramme grecque encore existante d’Antiphilus, un Byzantin, à la mémoire d’un certain Agricola, est supposée par les savants se rapporter au grand homme qui est le sujet de cet ouvrage. Elle se trouve dans l’Anthologie, lib. i. tit. 37.
[143] Dion l’affirme absolument ; mais d’après la manière dont Tacite, qui disposait de meilleurs moyens d’information, en parle, l’histoire était probablement fausse.
[144] Il apparaît que la coutume de faire de l’empereur le cohéritier des enfants du testateur n’était nullement inhabituelle. On agissait ainsi pour assurer le reste des biens à la famille. Ainsi Prasutagus, roi des Icéniens en Bretagne, fit de Néron le cohéritier de ses deux filles. De même, lorsque Lucius Vetus fut mis à mort par Néron, ses amis l’exhortèrent à laisser une partie de ses biens à l’empereur, afin que ses petits-fils pussent jouir du reste. (Ann. xvi. 11.) Suétone (viii. 17) mentionne que Domitien avait coutume de saisir les domaines de personnes qui lui étaient totalement inconnues, si l’on pouvait trouver quelqu’un pour affirmer que le défunt avait exprimé l’intention de faire de l’empereur son héritier. — White.
[145] Caligula. C’était en l’an 40, lorsqu’il était consul unique.
[146] Selon ce récit, la naissance d’Agricola eut lieu le 13 juin, l’an de Rome 793, 40 après J.-C. ; et sa mort le 23 août, l’an de Rome 846, 93 après J.-C. : car ce fut, selon les Fastes consulaires, l’année du consulat de Collega et Priscus. Il n’était donc que dans sa cinquante-quatrième année lorsqu’il mourut ; les copistes ont donc probablement écrit par erreur LVI au lieu de LIV.
[147] D’après cette représentation, Dion semble s’être trompé en affirmant qu’Agricola passa la dernière partie de sa vie dans le déshonneur et l’indigence.
[148] Juvénal s’emporte dans un noble élan d’indignation contre cette cruauté sauvage, qui distingua la dernière partie du règne de Domitien :
Atque utinam his potius nugis tota illa dedisset Tempora saevitiae : claras quibus abstulit Urbi Illustresque animas impune, et vindice nullo. Sed periit, postquam cerdonibus esse timendus Coeperat : hoc nocuit Lamiarum, caede madenti. — Sat. iv. 150.
« Quelle folie ! mais oh ! si tout le reste De son règne funeste avait été passé en plaisanteries ! Et si tout ce temps avait été employé à des bagatelles, Alors qu’il détruisit tant de nobles ! Il est sauf, ils ne sont pas vengés, au déshonneur De la race patricienne, docile, qui survécut ! Mais quand il devint redoutable à la populace, Celui qui avait tué tant de seigneurs, ils le tuèrent. » — DUKE.
[149] Cela arriva l’an de Rome 848.
[150] Carus et Massa, qui étaient proverbialement infâmes en tant que délateurs, sont représentés par Juvénal comme redoutant un scélérat encore plus dangereux, Héliodore.
— Quem Massa timet, quem munere palpat Carus. — Sat. i. 35.
« Celui que Massa craint, celui que Carus caresse par des présents. »
Carus est également mentionné avec une infamie méritée par Pline et Martial. Il était mime de profession.
[151] De cet odieux instrument de la tyrannie, Pline le Jeune s’exprime ainsi : « La conversation tomba sur Catullus Messalinus, dont la perte de la vue ajoutait les maux de la cécité à un tempérament cruel. Il était irrévérencieux, impudent, sans pitié. Tel une arme, aveugle et inconsciente par elle-même, il était fréquemment lancé par Domitien contre tout homme de valeur. » (iv. 22.) Juvénal lance le tonnerre de l’invective contre lui dans les lignes suivantes :
Et cum mortifero prudens Vejento Catullo, Qui numquam visae flagrabat amore puellae, Grande, et conspicuum nostro quoque tempore monstrum, Caecus adulator, dirusque a ponte satelles, Dignus Aricinos qui mendicaret ad axes, Blandaque devexae jactaret basia rhedae. — Sat. iv. 113.
« Le rusé Vejento ensuite, et à ses côtés Le sanglant Catullus s’appuyant sur son guide : Décrépit, pourtant amant furieux, Et profondément épris de charmes qu’il ne pouvait voir. Un monstre, qui surpasse même ce pire âge, Conspicu et au-dessus de la taille commune. Un flagorneur aveugle et vil ; depuis quelque pont ou porte, Élevé au rang de ministre meurtrier de l’État. Méritant encore de mendier sur la route, Et de bénir chaque chariot qui passe et son chargement. » — DUKE.
[152] C’était une célèbre villa de Domitien, près du site de l’ancienne Albe, à environ douze milles de Rome. L’endroit est aujourd’hui appelé Albano, et de vastes ruines de ses édifices magnifiques subsistent encore.
[153] Tacite, dans ses Histoires, mentionne ce Massa Baebius comme une personne très destructrice pour tous les hommes de valeur, et constamment engagée aux côtés des scélérats. D’après une lettre de Pline à Tacite, il apparaît qu’Herennius Senecio et lui-même furent joints comme avocats pour la province de Bétique dans une poursuite contre Massa Baebius ; et que Massa, après sa condamnation, demanda aux consuls la permission de poursuivre Senecio pour trahison.
[154] Par « nos propres mains », Tacite désigne l’un des nôtres, un sénateur. Comme Publicius Certus s’était saisi d’Helvidius et l’avait conduit en prison, Tacite impute le crime à tout l’ordre sénatorial. Dans le même ordre d’idées, Pline observe : « Parmi les nombreuses vilenies de nombreuses personnes, rien ne parut plus atroce que le fait qu’au sénat un sénateur mît la main sur un autre, un prétorien sur un consulaire, un juge sur un criminel. » — L. ix. ep. 13.
[155] Helvidius Priscus, un ami de Pline le Jeune, qui ne souffrit pas que sa mort demeurât invengée. Voir l’épître précitée.
[156] Il existe à cet endroit quelque défaut dans les manuscrits, que les critiques ont tenté de suppléer de différentes manières. Brotier semble préférer, bien qu’il ne l’adopte pas dans le texte, « nos Mauricum Rusticumque divisimus », « nous avons séparé Mauricus et Rusticus », par la mort de l’un et le bannissement de l’autre. La poursuite et le crime de Rusticus (Arulenus) sont mentionnés au début de cet ouvrage, c. 2. Mauricus était son frère.
[157] Herennius Senecio. Voir c. 2.
[158] Ainsi Pline, dans son Panégyrique sur Trajan, xlviii. : « Domitien était terrible même à voir ; la fierté dans le sourcil, la colère dans les yeux, une pâleur féminine dans le reste du corps, sur le visage l’impudence répandue dans un rouge ardent. » Sénèque, dans Epist. xi. remarque que « certains ne sont jamais plus redoutables que lorsqu’ils rougissent ; comme s’ils avaient épanché toute leur pudeur. Sylla était toujours plus furieux quand le sang lui était monté aux joues. »