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The Merry Adventures of Robin Hood

by Howard Pyle · in French

LES AVENTURES JOYEUSES DE ROBIN HOOD

par Howard Pyle

PRÉFACE

DE L’AUTEUR AU LECTEUR

Vous qui cheminez si lourdement parmi les choses sérieuses que vous jugez honteux de vous abandonner, ne fût-ce que pour quelques courts instants, à la gaieté et à la joie dans le pays de la Fantaisie ; vous qui pensez que la vie n’a rien à voir avec le rire innocent qui ne peut faire de mal à personne ; ces pages ne sont pas pour vous. Refermez ce livre et n’allez pas plus loin, car je vous dis clairement que si vous poursuivez, vous serez scandalisé de voir de braves gens, sobres et issus de l’histoire réelle, s’ébattre et gambader en couleurs vives et en habits de bouffon, à tel point que vous ne les reconnaîtriez pas sans les noms qui leur sont attachés. Voici un gaillard robuste et vigoureux, au tempérament vif, mais pas si méchant malgré tout, qui répond au nom d’Henri II. Voici une belle et douce dame devant qui tous s’inclinent et qu’ils nomment la reine Aliénor. Voici un drôle de corps, replet, vêtu de riches habits cléricaux, que toutes les braves gens appellent monseigneur l’évêque de Hereford. Voici un certain individu au tempérament aigre et à l’air sinistre : le vénérable shérif de Nottingham. Et voici, par-dessus tout, un grand et joyeux gaillard qui erre dans les bois verts, prend part aux jeux champêtres et s’assoit aux côtés du shérif lors de joyeux banquets, et qui porte pourtant le nom du plus fier des Plantagenêts : Richard Cœur de Lion. À côté d’eux se trouve toute une légion de chevaliers, prêtres, nobles, bourgeois, francs-tenanciers, pages, dames, jeunes filles, aubergistes, mendiants, colporteurs et autres, tous menant la plus joyeuse des vies, et n’étant liés que par quelques fils disparates de vieilles ballades (coupés, rognés et rattachés en une vingtaine de nœuds) qui entraînent ces joyeux lurons çà et là, chantant sur leur passage.

Ici, vous trouverez une centaine de lieux ternes, sobres et monotones, tous parés de fleurs et autres babioles, à tel point que personne ne les reconnaîtrait sous leur parure fantaisiste. Et voici un pays portant un nom bien connu, où nulle brume glaciale ne pèse sur nos esprits, et où ne tombe d’autre pluie que celle qui ruisselle sur nos dos comme les averses d’avril sur le dos des canards luisants ; où les fleurs fleurissent à jamais et où les oiseaux chantent toujours ; où chacun a un refrain joyeux lorsqu’il parcourt les routes, et où l’ale, la bière et le vin (de ceux qui n’embrouillent point l’esprit) coulent comme l’eau d’un ruisseau.

Ce pays n’est pas le pays des Fées. Qu’est-ce donc ? C’est le pays de la Fantaisie, et il est de cette nature plaisante que, lorsque vous vous en lassez — vlan ! — vous refermez les pages de ce livre, il disparaît, et vous voilà prêt pour la vie quotidienne, sans le moindre dommage.

Et maintenant, je lève le rideau qui pend entre ici et le pays de personne. Viendrez-vous avec moi, doux Lecteur ? Je vous remercie. Donnez-moi la main.

TABLE DES MATIÈRES

Comment Robin Hood devint un hors-la-loi Robin Hood et le rétameur Le concours de tir de la ville de Nottingham Will Stutely secouru par ses compagnons Robin Hood se fait boucher Little John va à la foire de Nottingham Comment Little John vécut chez le shérif Little John et le tanneur de Blyth Robin Hood et Will Scarlet L’aventure avec Midge, le fils du meunier Robin Hood et Allan a Dale Robin Hood cherche le frère Curtal Robin Hood arrange un mariage Robin Hood aide un chevalier affligé Comment sir Richard de la Lea paya ses dettes Little John se fait frère mendiant Robin Hood se fait mendiant Robin Hood tire en présence de la reine Aliénor La traque de Robin Hood Robin Hood et Guy of Gisbourne Le roi Richard vient dans la forêt de Sherwood Épilogue

PROLOGUE

Rendant compte de Robin Hood et de son aventure avec les forestiers du Roi. Racontant aussi comment sa bande se réunit autour de lui, et l’aventure joyeuse qui lui valut son bras droit, le célèbre Little John.

Comment Robin Hood devint un hors-la-loi

DANS L’ANGLETERRE JOYEUSE au temps jadis, quand le bon roi Henri II régnait sur le pays, vivait dans les clairières verdoyantes de la forêt de Sherwood, près de la ville de Nottingham, un célèbre hors-la-loi nommé Robin Hood. Aucun archer n’a jamais vécu qui pût décocher une flèche à plume d’oie grise avec autant d’adresse et de ruse que lui, et il n’y eut jamais de francs-tenanciers tels que les sept vingtaines de joyeux lurons qui erraient avec lui à travers les ombres des bois verts. Ils vivaient fort joyeusement au cœur de la forêt de Sherwood, ne connaissant ni souci ni besoin, passant le temps en joyeux jeux de tir à l’arc ou en joutes au bâton, vivant du gibier du Roi, arrosé de rasades d’ale brassée en octobre.

Non seulement Robin lui-même, mais toute la bande étaient des hors-la-loi et vivaient à l’écart des autres hommes ; pourtant, ils étaient aimés des gens de la campagne environnante, car personne ne vint jamais demander de l’aide au joyeux Robin en temps de besoin pour repartir les mains vides.

Et maintenant, je vais raconter comment il advint que Robin Hood se heurta à la loi.

Lorsque Robin fut un jeune homme de dix-huit ans, aux muscles robustes et au cœur hardi, le shérif de Nottingham proclama un concours de tir et offrit un prix d’un tonneau d’ale à quiconque décocherait la meilleure flèche dans le Nottinghamshire. « Eh bien, dit Robin, j’irai aussi, car j’aimerais fort tendre la corde pour les beaux yeux de ma mie et pour un tonneau de bonne bière d’octobre. » Il se leva donc, prit son bon arc d’if robuste et une vingtaine de flèches de longueur d’aune, et partit de Locksley Town à travers la forêt de Sherwood vers Nottingham.

C’était à l’aube du joyeux mois de mai, quand les haies sont vertes et que les fleurs ornent les prairies ; les pâquerettes panachées, les boutons d’or et les belles primevères tout le long des haies épineuses ; quand les bourgeons de pommier fleurissent et que les doux oiseaux chantent, l’alouette au point du jour, la grive et le coucou ; quand les gars et les filles se regardent avec de douces pensées ; quand les ménagères affairées étendent leur linge à blanchir sur l’herbe verte et brillante. Doux était le bois vert tandis qu’il parcourait ses sentiers, et brillantes les feuilles vertes et bruissantes, au milieu desquelles les petits oiseaux chantaient de toute leur force ; et Robin sifflait joyeusement en cheminant, pensant à Maid Marian et à ses yeux brillants, car en ces temps-là, les pensées d’un jeune homme tendent à se tourner agréablement vers la fille qu’il aime le mieux.

Comme il marchait ainsi d’un pas alerte et d’un sifflement joyeux, il tomba soudain sur quelques forestiers assis sous un grand chêne. Ils étaient quinze en tout, faisant bonne chère, festoyant et buvant autour d’un énorme pâté, auquel chacun se servait en enfonçant ses mains dans la tourte, et arrosant ce qu’ils mangeaient avec de grandes cornes d’ale qu’ils tiraient, moussante, d’un tonneau posé à proximité. Chacun était vêtu de vert Lincoln, et ils faisaient belle figure, assis sur le gazon sous cet arbre majestueux et étendu. Puis l’un d’eux, la bouche pleine, héla Robin : « Holà, où vas-tu, petit gars, avec ton arc à un sou et tes flèches à un liard ? »

Alors Robin se mit en colère, car nul adolescent n’aime être raillé pour son jeune âge.

« Eh bien, dit-il, mon arc et mes flèches sont aussi bons que les vôtres ; et de plus, je vais au concours de tir de la ville de Nottingham, qui a été proclamé par notre bon shérif du Nottinghamshire ; là, je tirerai avec d’autres francs-tenanciers robustes, car un prix a été offert : un beau tonneau d’ale. »

Alors l’un de ceux qui tenait une corne d’ale à la main dit : « Ho ! Écoutez le gamin ! Pourquoi, garçon, le lait de ta mère est à peine sec sur tes lèvres, et tu jacasses déjà de rivaliser avec de bons hommes robustes aux cibles de Nottingham, toi qui es à peine capable de bander une corde d’un arc de deux pierres ! »

« Je parierais vingt marcs avec le meilleur d’entre vous, dit le hardi Robin, que j’atteins la cible à soixante perches, avec la bonne aide de Notre-Dame. »

À cela, tous éclatèrent de rire, et l’un dit : « Beau fanfaron, petit enfant, beau fanfaron ! Et tu sais bien qu’il n’y a aucune cible à proximité pour honorer ton pari. »

Et un autre cria : « Il prendra bientôt de l’ale avec son lait. »

À cela, Robin devint fou de rage. « Écoutez, dit-il, là-bas, au bout de la clairière, je vois un troupeau de cerfs, à plus de soixante perches de distance. Je parie vingt marcs avec vous que, par la permission de Notre-Dame, je ferai mourir le plus beau cerf du troupeau. »

« Marché conclu ! cria celui qui avait parlé le premier. Et voici vingt marcs. Je parie que tu ne feras mourir aucune bête, avec ou sans l’aide de Notre-Dame. »

Alors Robin prit son bon arc d’if en main, et plaçant l’extrémité contre son cou-de-pied, il le banda adroitement ; puis il encocha une flèche à plume d’oie grise et, levant l’arc, tira la plume jusqu’à son oreille ; l’instant suivant, la corde de l’arc résonna et la flèche fendit la clairière comme un épervier plane dans un vent du nord. Le plus noble cerf du troupeau fit un bond prodigieux, pour s’effondrer mort, rougissant le sentier vert du sang de son cœur.

« Ha ! cria Robin, comment trouves-tu ce tir, mon brave ? Je sais que le pari était à moi, dussé-je gagner trois cents livres. »

Alors tous les forestiers furent remplis de rage, et celui qui avait parlé le premier et perdu le pari était plus furieux que tous les autres.

« Non, cria-t-il, le pari n’est point à toi, et va-t’en sur-le-champ, ou, par tous les saints du ciel, je te rosserai les côtes jusqu’à ce que tu ne puisses plus marcher ! Ne sais-tu pas, dit un autre, que tu as tué le cerf du Roi, et que, selon les lois de notre gracieux seigneur et souverain le roi Harry, tes oreilles devraient être coupées ras de ta tête ? »

« Attrapez-le ! » cria un troisième.

« Non, dit un quatrième, laisse-le partir à cause de son jeune âge. »

Robin Hood ne dit pas un mot, mais il regarda les forestiers avec un visage sombre ; puis, tournant les talons, il s’éloigna d’eux dans la clairière de la forêt. Mais son cœur était amèrement irrité, car son sang était bouillant et juvénile, et enclin à s’échauffer.

Or, il eût été préférable pour celui qui avait parlé le premier de laisser Robin Hood tranquille ; mais sa colère était vive, tant parce que le jeune homme l’avait surpassé que parce qu’il avait bu force rasades d’ale. Soudain, sans aucun avertissement, il bondit sur ses pieds, saisit son arc et y ajusta une flèche. « Oui, cria-t-il, et je vais te presser le pas sous peu. » Et il envoya la flèche siffler après Robin.

Il fut heureux pour Robin Hood que la tête de ce forestier tournât à cause de l’ale, sinon il n’aurait jamais fait un pas de plus. La flèche passa en sifflant à trois pouces de sa tête. Alors il se retourna, banda prestement son propre arc et renvoya une flèche en retour.

« Vous disiez que je n’étais pas un archer, cria-t-il tout haut, mais redites-le donc maintenant ! »

Le trait vola droit ; l’archer tomba en avant avec un cri et resta étendu face contre terre, ses flèches cliquetant autour de lui hors de son carquois, la plume d’oie grise trempée du sang de son cœur. Puis, avant que les autres pussent reprendre leurs esprits, Robin Hood avait disparu dans les profondeurs du bois vert. Certains se lancèrent à sa poursuite, mais sans grand courage, car chacun craignait de subir le sort de son compagnon ; ainsi, bientôt, ils vinrent tous soulever le mort et l’emportèrent vers la ville de Nottingham.

Pendant ce temps, Robin Hood courait à travers le bois vert. Toute joie et toute clarté avaient déserté chaque chose, car son cœur était malade en lui, et il lui pesait sur l’âme d’avoir tué un homme.

« Hélas ! cria-t-il, tu as trouvé en moi un archer qui fera pleurer ta femme ! Je voudrais que tu n’eusses jamais dit un mot, ou que je ne fusse jamais passé par ton chemin, ou même que mon index droit eût été tranché avant que cela n’arrivât ! J’ai frappé dans la hâte, mais je pleure amèrement à loisir ! » Et alors, même dans son tourment, il se souvint du vieil adage : « Ce qui est fait est fait ; et l’œuf cassé ne peut être réparé. »

Et c’est ainsi qu’il vint habiter dans le bois vert qui devait être sa demeure pour bien des années à venir, ne revoyant plus jamais les jours heureux avec les gars et les filles de la douce Locksley Town ; car il était mis hors-la-loi, non seulement pour avoir tué un homme, mais aussi pour avoir braconné le gibier du Roi, et deux cents livres étaient mises sur sa tête en récompense pour quiconque le livrerait à la cour du Roi.

Le shérif de Nottingham jura alors qu’il traduirait lui-même ce coquin de Robin Hood devant la justice, et ce pour deux raisons : d’abord parce qu’il voulait les deux cents livres, et ensuite parce que le forestier que Robin Hood avait tué était un parent à lui.

Mais Robin Hood resta caché dans la forêt de Sherwood pendant une année, et durant ce temps se rassemblèrent autour de lui beaucoup d’autres comme lui, rejetés par les autres hommes pour une raison ou pour une autre. Certains avaient tiré des cerfs en hiver, alors qu’ils n’avaient rien d’autre à manger, et avaient été vus par les forestiers, mais s’étaient échappés, sauvant ainsi leurs oreilles ; certains avaient été chassés de leur héritage, afin que leurs terres pussent être ajoutées aux domaines du Roi dans la forêt de Sherwood ; certains avaient été dépouillés par un grand baron, un riche abbé ou un puissant écuyer ; tous, pour une cause ou une autre, étaient venus à Sherwood pour échapper à l’injustice et à l’oppression.

Ainsi, en cette année, cinq vingtaines ou plus de bons francs-tenanciers robustes se rassemblèrent autour de Robin Hood et le choisirent pour chef. Ils firent alors le vœu que, tout comme ils avaient été dépouillés eux-mêmes, ils dépouilleraient leurs oppresseurs, qu’il s’agît de baron, d’abbé, de chevalier ou d’écuyer, et qu’ils prendraient à chacun ce qui avait été arraché aux pauvres par des taxes injustes, des rentes foncières ou des amendes abusives. Mais aux gens pauvres, ils tendraient une main secourable en cas de besoin et de peine, et leur rendraient ce qui leur avait été injustement enlevé. En outre, ils jurèrent de ne jamais faire de mal à un enfant ni de tort à une femme, qu’elle fût jeune fille, épouse ou veuve ; si bien qu’après un certain temps, lorsque les gens commencèrent à comprendre qu’ils ne leur voulaient aucun mal, mais que de l’argent ou de la nourriture arrivait en temps de besoin à bien des familles pauvres, ils se mirent à louer Robin et ses joyeux lurons, et à raconter bien des histoires sur lui et ses exploits dans la forêt de Sherwood, car ils le sentaient être l’un des leurs.

Robin Hood se leva un matin joyeux où tous les oiseaux chantaient gaiement parmi les feuilles, et tous ses joyeux lurons se levèrent, chacun se lavant la tête et les mains dans le ruisseau brun et froid qui sautait en riant de pierre en pierre. Puis Robin dit : « Voilà quatorze jours que nous n’avons eu aucune distraction, je vais donc partir de ce pas chercher l’aventure. Mais restez, mes joyeux lurons, ici dans le bois vert ; veillez seulement à bien entendre mon appel. Trois coups de cor que je sonnerai à mon heure de besoin ; alors venez rapidement, car j’aurai besoin de votre aide. »

Cela dit, il s’en alla à grands pas à travers les clairières verdoyantes de la forêt jusqu’à atteindre la lisière de Sherwood. Là, il erra longtemps, par les grandes routes et les chemins de traverse, par les vallons ombreux et les lisières de la forêt. Tantôt il rencontrait une belle jeune fille plantureuse dans un sentier ombragé, et ils échangeaient un mot joyeux ; tantôt il voyait une belle dame sur une mule à l’amble, à qui il ôtait son bonnet, et qui s’inclinait posément en retour devant le beau jeune homme ; tantôt il voyait un moine replet sur un âne chargé de paniers ; tantôt un chevalier galant, avec lance, bouclier et armure brillant sous le soleil ; tantôt un page vêtu de cramoisi ; et tantôt un bourgeois robuste de la bonne ville de Nottingham, cheminant d’un pas sérieux ; il voyait toutes ces choses, mais d’aventure, il n’en trouvait point. Finalement, il prit un chemin bordant la forêt, un sentier qui descendait vers un large ruisseau aux galets, enjambé par un pont étroit fait d’un tronc d’arbre. Alors qu’il approchait de ce pont, il vit un grand inconnu venir de l’autre côté. Là-dessus, Robin pressa le pas, tout comme l’inconnu, chacun pensant traverser le premier.

« Recule, dit Robin, et laisse le meilleur homme passer le premier. »

« Non, répondit l’inconnu, alors recule toi-même, car le meilleur homme, je le sais, c’est moi. »

« Nous verrons cela sur-le-champ, dit Robin, et en attendant reste où tu es, ou bien, par le front brillant de sainte AElfrida, je te montrerai le bon jeu de Nottingham avec un trait d’aune entre les côtes. »

« Eh bien, dit l’inconnu, je tannerai ta peau jusqu’à ce qu’elle soit de toutes les couleurs du manteau d’un mendiant, si tu oses seulement toucher à la corde de cet arc que tu tiens entre tes mains. »

« Tu jacasses comme un âne, dit Robin, car je pourrais envoyer ce trait droit à travers ton cœur fier avant qu’un frère Curtal ne puisse dire le bénédicité sur une oie rôtie à la Saint-Michel. »

« Et tu jacasses comme un lâche, répondit l’inconnu, car tu te tiens là avec un bon arc d’if pour tirer sur mon cœur, alors que je n’ai rien en main qu’un simple bâton de prunellier pour te faire face. »

« Eh bien, dit Robin, sur la foi de mon cœur, jamais personne ne m’a traité de lâche auparavant. Je déposerai mon arc fidèle et mes flèches, et si tu oses attendre ma venue, j’irai couper un gourdin pour éprouver ta virilité. »

« Oui, par Dieu, j’attendrai ta venue, et joyeusement encore ! » dit l’inconnu ; sur quoi il s’appuya fermement sur son bâton pour attendre Robin.

Alors Robin Hood s’avança prestement vers le taillis et coupa un bon bâton de chêne, droit, sans nœuds, et long de six pieds, et revint en taillant les tiges tendres, tandis que l’inconnu l’attendait, appuyé sur son bâton, et sifflotant en regardant autour de lui. Robin l’observa furtivement tout en taillant son bâton, le mesurant de la tête aux pieds du coin de l’œil, et pensa qu’il n’avait jamais vu d’homme plus vigoureux ou plus robuste. Robin était grand, mais l’inconnu le dépassait d’une tête et d’un cou, car il mesurait sept pieds de haut. Robin était large d’épaules, mais l’inconnu était plus large de deux fois la largeur d’une paume, tandis qu’il mesurait au moins une aune de tour de taille.

« Néanmoins, dit Robin en lui-même, je tannerai ta peau joyeusement, mon brave ; puis, tout haut : Voici mon bon bâton, vigoureux et tenace. Maintenant attends ma venue, si tu l’oses, et rencontre-moi si tu ne crains rien. Alors nous nous battrons jusqu’à ce que l’un ou l’autre de nous tombe dans le ruisseau à force de coups. »

« Par Dieu, voilà qui me va droit au cœur ! » cria l’inconnu, faisant tournoyer son bâton au-dessus de sa tête, entre ses doigts et son pouce, jusqu’à ce qu’il en siffle.

Robin s’avança alors sur le pont, et l’inconnu en fit autant. Tous deux étaient des hommes d’une taille imposante, et chacun observa l’autre avec une attention redoublée, cherchant le défaut dans sa garde. Le ruisseau murmurait doucement en coulant sous leurs pieds, mais dans le cœur de ces deux hommes, le sang bouillonnait.

« Maintenant, mon garçon, » dit Robin, « fais attention à tes os, car je vais te faire danser une gigue sur ce pont. »

« Moins de paroles et plus d’action, » répliqua l’inconnu. « C’est avec le bois qu’on discute, pas avec la langue. »

À ces mots, ils s’élancèrent. Le premier coup fut porté par Robin, rapide comme l’éclair, mais l’inconnu le para avec une dextérité surprenante. Le choc du bois résonna comme un coup de tonnerre dans la clairière. L’inconnu rendit aussitôt la pareille, et Robin dut se mouvoir avec une agilité de chat pour esquiver la volée qui menaçait de lui briser l’épaule. Ils échangèrent ainsi une série de coups formidables, frappant et parant, chaque mouvement étant exécuté avec une précision qui témoignait de leur grande habitude du bâton. Leurs muscles se tendaient, leurs visages s’empourpraient, mais aucun ne cédait un pouce de terrain. Leurs bâtons se croisaient, se heurtaient et se séparaient dans une danse violente, tandis que les échos de leurs assauts troublaient le calme de la forêt. Robin, bien que conscient d’avoir affaire à un adversaire d’une force peu commune, ne perdait rien de sa verve. Il riait en lançant ses assauts, et l’inconnu, bien qu’austère, répondait par des rires tout aussi sonores. Ils semblaient prendre un plaisir sauvage à cette épreuve de force, oubliant tout le reste dans l’ivresse du combat. Enfin, après de longues minutes, un coup plus appuyé de Robin fit vaciller l’inconnu. Ce dernier, loin de se laisser abattre, reprit aussitôt son équilibre et, d’un mouvement rapide, porta une estocade qui fit chanceler Robin à son tour. Ils s’arrêtèrent un instant, haletants, pour reprendre haleine, se regardant avec une admiration tacite.

« Tu es un rude gaillard, » dit Robin en essuyant la sueur qui perlait sur son front. « Je ne pensais pas trouver, en ce jour, quelqu’un capable de me tenir tête aussi longtemps. »

« Et toi, » répondit l’inconnu, « tu ne manques ni de vigueur ni d’adresse. Mais la partie n’est pas terminée. »

Ils reprirent le combat avec une ardeur redoublée. Chaque coup semblait vouloir décider de l’issue. Le bois s’entrechoquait avec une telle violence que des éclats volaient dans l’air. C’était une lutte acharnée, un duel de titans au milieu des bois. Robin chercha une ouverture, feinta, et porta un coup vers les côtes de son adversaire, mais celui-ci, tel un roc, encaissa le choc et répliqua par un coup sec qui atteignit Robin à la hanche. La douleur fut vive, mais le hors-la-loi ne broncha pas. Au contraire, il se sentit galvanisé. Il comprit que ce combat ne s’achèverait que par la chute de l’un d’eux. Il rassembla toutes ses forces pour un assaut final, mais son pied glissa sur une pierre humide. En un instant, l’inconnu saisit l’avantage et, d’un mouvement magistral, fit tournoyer son bâton pour frapper Robin en plein torse. Le coup, porté avec une précision infaillible, envoya Robin valser en arrière. Il tenta de se rattraper au garde-fou, mais en vain. Avec un grand fracas, il bascula par-dessus bord et tomba dans l’eau froide du ruisseau, soulevant une gerbe d’écume.

L’inconnu resta immobile sur le pont, son bâton à la main, tandis que Robin émergeait, trempé jusqu’aux os, parmi les poissons effrayés qui se dispersaient en tous sens. Un silence pesant suivit la chute, puis un éclat de rire tonna sous les arbres. C’était Robin, qui, tout en se débattant dans l’eau, ne pouvait s’empêcher de rire de sa propre mésaventure. Il se redressa, l’eau ruisselant de ses vêtements, et gagna la rive en pataugeant.

« Par ma foi, » cria Robin en atteignant la terre ferme, « tu as gagné la partie, et de belle manière ! Je n’ai jamais reçu une telle volée de coups en toute ma vie. Tu as le bras solide, mon ami. »

L’inconnu, toujours sur le pont, s’esclaffa de plus belle. « Je t’avais bien dit que je ne céderais pas. Mais tu es un brave, toi aussi, et je n’ai jamais rencontré un joueur de bâton qui m’ait donné autant de fil à retordre. »

Robin fit sonner son cor, et bientôt le son cuivré résonna dans toute la forêt, appelant ses hommes. « Tu es un homme de taille, » dit Robin en s’adressant à l’inconnu, « et je serais fier de compter un tel gaillard parmi les miens. Veux-tu abandonner ton métier pour vivre avec nous dans les bois, sous le feuillage des grands chênes ? Tu ne manqueras ni de venaison ni de bonne cervoise, et nous partagerons tout, le bon comme le mauvais. »

L’inconnu hésita, regardant Robin avec une curiosité nouvelle. « Qui es-tu donc pour m’offrir une telle vie ? »

« Je suis Robin Hood, » répondit-il avec un sourire.

L’inconnu ouvrit de grands yeux. « Robin Hood ! Celui dont parlent toutes les ballades ? Alors, c’est avec toi que je me suis battu ? » Il s’inclina alors devant Robin. « Je m’appelle John Little, et je serais honoré de devenir l’un des tiens. »

C’est ainsi que fut scellée leur amitié, sous les branches des arbres de Sherwood, le jour même où l’inconnu avait, pour la première fois, fait mordre la poussière, ou plutôt l’eau, au célèbre archer de la forêt.

« Eh bien donc, » dit Robin, « écoute et je te dirai, mais prends ton courage à deux mains, car les nouvelles sont tristes, je le sais. Voici : j’apprends que deux chaudronniers sont au pilori pour avoir bu de la bière et de l’ale ! »

« Que la peste t’étouffe, toi et tes nouvelles, misérable chien, » dit le Chaudronnier, « car tu ne parles qu’en mal des braves gens. Mais ce sont de tristes nouvelles en effet, s’il y a deux gaillards robustes au pilori. »

« Non, » dit Robin, « tu as manqué ta cible et tu ne pleures que pour la mauvaise truie. La tristesse de la nouvelle réside dans le fait qu’il n’y en a que deux au pilori, car les autres errent librement dans le pays. »

« Par le plat d’étain de Saint Dunstan, » s’écria le Chaudronnier, « j’ai bien envie de t’administrer une correction pour ton mauvais plaisant. Mais si les hommes sont mis au pilori pour avoir bu de la bière et de l’ale, je gage que tu ne perdrais pas ta part. »

Robin rit bruyamment et s’écria : « Bien envoyé, Chaudronnier, bien envoyé ! Pourquoi, ton esprit est comme la bière, il mousse le plus quand il s’aigrit ! Mais tu as raison, l’homme, car j’aime beaucoup l’ale et la bière. Viens donc sans attendre avec moi tout près, à l’enseigne du Sanglier Bleu, et si tu bois comme tu en as l’air — et je sais que tu ne démentiras pas ton apparence — j’arroserai ta gorge avec une bière artisanale aussi bonne que jamais il en fut tirée dans tout le vaste Nottinghamshire. »

« Par ma foi, » dit le Chaudronnier, « tu es un bien brave compagnon malgré tes plaisanteries de vilain. Je t’aime, mon gentil drôle, et si je ne viens pas avec toi à ce même Sanglier Bleu, tu pourras me traiter de païen. »

« Dis-moi tes nouvelles, mon bon ami, je t’en prie, » dit Robin tandis qu’ils marchaient péniblement ensemble, « car les chaudronniers, je crois, sont tous aussi pleins de nouvelles qu’un œuf est plein de chair. »

« Je t’aime comme mon frère, mon brave gaillard, » dit le Chaudronnier, « sinon je ne te dirais pas mes nouvelles ; car je suis rusé, l’homme, et j’ai en main une entreprise grave qui exige toute ma ruse, car je viens chercher un hors-la-loi audacieux que les hommes, par ici, appellent Robin Hood. Dans ma sacoche, j’ai un mandat, tout dûment écrit sur parchemin, ma foi, avec un grand sceau rouge pour le rendre légal. Si seulement je pouvais rencontrer ce même Robin Hood, je le lui signifierais sur son corps délicat, et s’il n’en tenait pas compte, je le battrais jusqu’à ce que chacune de ses côtes crie Amen. Mais tu vis dans le voisinage, peut-être connais-tu Robin Hood toi-même, mon brave. »

« Oui, par ma foi, je le connais quelque peu, » dit Robin, « et je l’ai vu ce matin même. Mais, Chaudronnier, les hommes disent que ce n’est qu’un triste et rusé voleur. Tu ferais mieux de surveiller ton mandat, l’homme, ou bien il pourrait te le voler jusque dans ta propre sacoche. »

« Qu’il essaie seulement ! » s’écria le Chaudronnier. « Rusé, il peut l’être, mais je le suis aussi. Je voudrais l’avoir ici maintenant, homme contre homme ! » Et il fit tournoyer son lourd gourdin. « Mais quel genre d’homme est-ce, mon garçon ? »

« Assez semblable à moi, » dit Robin en riant, « et en taille, en carrure et en âge presque pareil ; et il a aussi des yeux bleus. »

« Non, » dit le Chaudronnier, « tu n’es qu’un jeune blanc-bec. Je l’imaginais comme un grand homme barbu. Les gens de Nottingham le craignaient tant. »

« À vrai dire, il n’est ni si vieux ni si robuste que toi, » dit Robin. « Mais les hommes disent qu’il est très adroit au bâton. »

« Peut-être, » dit le Chaudronnier très vigoureusement, « mais je suis plus adroit que lui, car n’ai-je pas vaincu Simon d’Ely lors d’un combat loyal dans l’arène de Hertford Town ? Mais si tu le connais, mon joyeux compagnon, veux-tu venir avec moi et me mener à lui ? Quatre-vingts anges brillants m’a promis le Shérif si je signifie le mandat sur le corps du coquin, et dix d’entre eux je te les donnerai si tu me le montres. »

« Oui, je le ferai, » dit Robin, « mais montre-moi ton mandat, l’homme, jusqu’à ce que je voie s’il est bon ou non. »

« Je ne le ferai pas, même à mon propre frère, » répondit le Chaudronnier. « Personne ne verra mon mandat avant que je ne le signifie sur le corps de ce gaillard. »

« Qu’il en soit ainsi, » dit Robin. « Et si tu ne me le montres pas, je ne sais pas à qui tu le montreras. Mais nous voici à l’enseigne du Sanglier Bleu, alors entrons et goûtons son October brune. »

On ne pouvait trouver auberge plus douce dans tout le Nottinghamshire que celle du Sanglier Bleu. Aucune n’avait de si beaux arbres autour, ou n’était si couverte de clématites traînantes et de doux chèvrefeuille ; aucune n’avait d’aussi bonne bière et d’ale si forte ; ni, en hiver, quand le vent du nord hurlait et que la neige dérivait autour des haies, ne trouvait-on ailleurs un feu aussi rugissant que celui qui flambait dans l’âtre du Sanglier Bleu. En ces temps-là, on pouvait trouver une joyeuse compagnie de yeomen ou de gens du pays assis autour de l’âtre flamboyant, échangeant des plaisanteries, tandis que des pommes sauvages rôties flottaient dans des bols d’ale sur le foyer. L’auberge était bien connue de Robin Hood et de sa bande, car là, lui et ses joyeux compagnons comme Little John ou Will Stutely ou le jeune David de Doncaster s’étaient souvent rassemblés quand toute la forêt était remplie de neige. Quant à l’aubergiste, il savait tenir sa langue et ravaler ses mots avant qu’ils ne passent ses dents, car il savait très bien de quel côté son pain était beurré, car Robin et sa bande étaient les meilleurs des clients et payaient leurs comptes sans avoir à les faire noter à la craie derrière la porte. Ainsi, maintenant, quand Robin Hood et le Chaudronnier arrivèrent et demandèrent à haute voix deux grands pots d’ale, personne n’aurait pu deviner, à son regard ou à ses paroles, que l’aubergiste avait déjà vu le hors-la-loi auparavant.

« Attends ici, » dit Robin au Chaudronnier, « pendant que je vais voir que l’aubergiste tire l’ale du bon tonneau, car il a une bonne October, je le sais, et brassée par Withold de Tamworth. » Ce disant, il entra et chuchota à l’aubergiste d’ajouter une mesure d’eaux-de-vie flamandes à la bonne ale anglaise ; ce que fit ce dernier en la leur apportant.

« Par Notre-Dame, » dit le Chaudronnier, après une longue gorgée d’ale, « ce même Withold de Tamworth -- un nom saxon bien bon, aussi, je veux que tu le saches -- brasse l’ale la plus chantante qui ait jamais passé les lèvres de Wat o’ the Crabstaff. »

« Bois, l’homme, bois, » cria Robin, ne faisant que mouiller ses propres lèvres en attendant. « Holà, l’aubergiste ! Apporte à mon ami un autre pot de la même. Et maintenant, une chanson, mon joyeux compagnon. »

« Oui, je te donnerai une chanson, mon gentil compagnon, » dit le Chaudronnier, « car je n’ai jamais goûté une telle ale de tous mes jours auparavant. Par Notre-Dame, elle me fait bourdonner la tête dès maintenant ! Hé, Dame Aubergiste, viens écouter, si tu veux entendre une chanson, et toi aussi, ma jolie fille, car je ne chante jamais aussi bien que quand de brillants yeux me regardent pendant ce temps. »

Puis il chanta une ancienne ballade du temps du bon roi Arthur, intitulée « Le Mariage de Sir Gawaine », que vous pourrez lire vous-même un jour, dans le vigoureux anglais des premiers temps ; et tandis qu’il chantait, tous écoutaient ce noble récit de noble chevalier et de son sacrifice pour son roi. Mais bien avant que le Chaudronnier n’arrive au dernier vers, sa langue commença à trébucher et sa tête à tourner, à cause des eaux-de-vie mélangées à l’ale. D’abord sa langue trébucha, puis elle devint pâteuse ; puis sa tête oscilla d’un côté et de l’autre, jusqu’à ce qu’enfin il s’endorme comme s’il ne devait jamais se réveiller.

Alors Robin Hood rit aux éclats et prit rapidement le mandat de la sacoche du Chaudronnier avec ses doigts agiles. « Rusé, tu l’es, Chaudronnier, » dit-il, « mais pas encore, je gage, aussi rusé que ce même rusé voleur Robin Hood. »

Puis il appela l’aubergiste et lui dit : « Tiens, brave homme, voici dix gros shillings pour le divertissement que tu nous as offert ce jour. Prends bien soin de ton charmant invité ici, et quand il se réveillera, tu pourras lui demander dix shillings de plus, et s’il ne les a pas, tu pourras prendre son sac et son marteau, et même son manteau, en paiement. C’est ainsi que je punis ceux qui viennent dans les bois pour me chercher querelle. Quant à toi-même, je n’ai jamais connu d’aubergiste qui ne facturerait pas deux fois s’il le pouvait. »

À cela, l’aubergiste sourit sournoisement, comme s’il se disait à lui-même le dicton rustique : « Apprends à une pie à manger des œufs. »

Le Chaudronnier dormit jusqu’à ce que l’après-midi touche à sa fin et que les ombres s’allongent au bord de la forêt, puis il se réveilla. Il regarda d’abord en haut, puis en bas, puis à l’est, puis à l’ouest, car il rassemblait ses esprits, comme des pailles d’orge soufflées par le vent. Il pensa d’abord à son joyeux compagnon, mais il était parti. Puis il pensa à son robuste bâton, et qu’il l’avait dans sa main. Puis à son mandat, et aux quatre-vingts anges qu’il devait gagner en le signifiant à Robin Hood. Il plongea la main dans sa sacoche, mais il n’y avait pas le moindre bout de papier ni le moindre sou. Puis il bondit sur ses pieds dans une rage folle.

« Holà, l’aubergiste ! » cria-t-il, « où est passé ce coquin qui était avec moi tout à l’heure ? »

« Quel coquin Votre Honneur veut-il dire ? » dit l’aubergiste, appelant le Chaudronnier « Votre Honneur » pour l’apaiser, comme on verserait de l’huile sur une eau en colère. « Je n’ai vu aucun coquin avec Votre Honneur, car je jure que nul homme n’oserait appeler cet homme coquin si près de la forêt de Sherwood. Un très robuste yeoman, je l’ai vu avec Votre Honneur, mais je pensais que Votre Honneur le connaissait, car rares sont ceux par ici qui le croisent sans le connaître. »

« Eh bien, comment devrais-je, moi qui n’ai jamais couiné dans ta porcherie, connaître tous les pourceaux qui s’y trouvent ? Qui était-il donc, si tu le connais si bien ? »

« Eh bien, ce même homme est un très robuste gaillard que les hommes, par ici, appellent Robin Hood, lequel même... »

« Par Notre-Dame ! » cria le Chaudronnier précipitamment, et d’une voix grave comme celle d’un taureau en colère, « tu m’as vu entrer dans ton auberge, moi, un artisan honnête et loyal, et tu ne m’as jamais dit qui était mon compagnon, sachant bien toi-même qui il était. Maintenant, j’ai bien envie de te casser la tête, espèce de coquin ! » Puis il prit son gourdin et regarda l’aubergiste comme s’il allait le frapper là où il se tenait.

« Non, » cria l’aubergiste, levant le coude, car il craignait le coup, « comment savais-je que tu ne le connaissais pas ? »

« Bien et vraiment reconnaissant peux-tu être, » dit le Chaudronnier, « que je sois un homme patient et que j’épargne ton crâne chauve, sinon tu ne tricherais plus jamais un client. Mais quant à ce coquin de Robin Hood, je vais tout droit le chercher, et si je ne lui entaille pas sa tête de coquin, coupez mon bâton en fagots et traitez-moi de femme. » Ce disant, il se prépara à partir.

« Non, » dit l’aubergiste, se tenant devant lui et tendant les bras comme un gardien d’oies menant son troupeau, car l’argent le rendait audacieux, « tu ne partiras pas avant de m’avoir payé mon dû. »

« Mais ne t’a-t-il pas payé ? »

« Pas le moindre sou ; et vous avez bu pour dix bons shillings d’ale ce jour. Non, je dis, tu ne pars pas sans me payer, sinon notre bon Shérif en aura connaissance. »

« Mais je n’ai rien pour te payer, mon brave, » dit le Chaudronnier.

« Ne m’appelle pas "mon brave", » dit l’aubergiste. « Je ne suis pas un brave quand il s’agit de perdre dix shillings ! Paie-moi ce que tu me dois en monnaie sonnante, ou bien laisse ton manteau, ton sac et ton marteau ; pourtant, je sais qu’ils ne valent pas dix shillings, et j’y perdrai. Non, si tu bouges, j’ai un gros chien à l’intérieur et je le lâcherai sur toi. Maken, ouvre la porte et laisse sortir Brian si ce gaillard fait un pas. »

« Non, » dit le Chaudronnier — car, en parcourant le pays, il avait appris ce qu’étaient les chiens — « prends ce que tu veux, et laisse-moi partir en paix, et que la peste t’emporte. Mais oh, aubergiste ! Si j’attrape ce coquin de drôle, je jure qu’il paiera le prix fort avec les intérêts pour ce qu’il a fait ! »

Ce disant, il s’éloigna à grands pas vers la forêt, parlant tout seul, tandis que l’aubergiste, sa digne épouse et Maken restaient à le regarder, et riaient quand il fut bien loin.

« Robin et moi avons dépouillé cet âne de son paquet fort proprement, » dit l’aubergiste.

Il advint vers ce temps-là que Robin Hood traversait la forêt vers la Fosse Way, pour voir ce qu’il y avait à voir, car la lune était pleine et la nuit promettait d’être claire. À la main, il portait son robuste bâton de chêne, et à son côté pendait son cor. Alors qu’il marchait ainsi sur un sentier forestier, en sifflotant, le Chaudronnier arriva par un autre chemin, marmonnant pour lui-même et secouant la tête comme un taureau en colère ; et ainsi, à un détour soudain, ils se rencontrèrent brusquement face à face. Chacun resta immobile un moment, puis Robin parla :

« Holà, mon doux oiseau, » dit-il en riant joyeusement, « comment as-tu trouvé ton ale ? Ne veux-tu pas me chanter une autre chanson ? »

Le Chaudronnier ne dit rien d’abord mais resta à regarder Robin avec un visage sombre. « Maintenant, » dit-il enfin, « je suis bien content de t’avoir rencontré, et si je ne fais pas cliqueter tes os dans ta peau ce jour, je te donne la permission de mettre ton pied sur mon cou. »

« De tout cœur, » cria le joyeux Robin. « Fais cliqueter mes os, si tu le peux. » Ce disant, il saisit son bâton et se mit en garde. Puis le Chaudronnier cracha dans ses mains et, saisissant son bâton, se précipita droit sur l’autre. Il donna deux ou trois coups, mais découvrit bientôt qu’il avait trouvé son maître, car Robin parait et détournait tous ses coups, et, avant que le Chaudronnier ne s’y attende, il lui donna un coup sur les côtes en retour. À cela, Robin rit aux éclats, et le Chaudronnier devint plus en colère que jamais, et frappa encore de toutes ses forces. Robin parait encore deux des coups, mais au troisième, son bâton se brisa sous les coups puissants du Chaudronnier. « Malheur à toi, bâton traître, » cria Robin, tandis qu’il tombait de ses mains ; « un vil bâton tu es pour me servir ainsi à mon heure de besoin. »

« Rends-toi maintenant, » dit le Chaudronnier, « car tu es mon captif ; et si tu ne le fais pas, je te briserai la tête comme un pudding. »

À cela, Robin Hood ne fit aucune réponse, mais, portant son cor à ses lèvres, il souffla trois coups, forts et clairs.

« Oui, » dit le Chaudronnier, « tu peux souffler, mais tu devras venir avec moi à Nottingham Town, car le Shérif aimerait bien te voir là-bas. Maintenant, vas-tu te rendre, ou devrai-je te casser ta jolie tête ? »

« S’il faut que je boive de l’ale aigre, il le faut, » dit Robin, « mais je ne me suis jamais rendu à un homme auparavant, et ce, sans blessure ni marque sur mon corps. Et, quand j’y pense, je ne me rendrai pas maintenant. Holà, mes joyeux hommes ! Venez vite ! »

Alors, de la forêt sautèrent Little John et six robustes yeomen vêtus de vert de Lincoln.

« Quoi donc, bon maître, » cria Little John, « quel besoin as-tu pour que tu sonnes si fort du cor ? »

« Là se tient un chaudronnier, » dit Robin, « qui aimerait bien m’emmener à Nottingham, pour m’y pendre au gibet. »

« Alors il sera lui-même pendu sur-le-champ, » cria Little John, et lui et les autres se jetèrent sur le Chaudronnier pour le saisir.

« Non, ne le touchez pas, » dit Robin, « car c’est un homme bien robuste. Un homme de métal par métier, et un homme de caractère par nature ; de plus, il chante une charmante ballade. Dis, mon brave, veux-tu rejoindre tous mes joyeux hommes ? Trois habits de vert de Lincoln tu auras par an, outre quarante marcs en gage ; tu partageras tout avec nous et mèneras une vie bien joyeuse dans les bois ; car nous n’avons pas de soucis, et le malheur ne nous atteint pas dans les douces ombres de Sherwood, où nous chassons le daim et nous nourrissons de venaison et de doux gâteaux d’avoine, et de caillé et de miel. Veux-tu venir avec moi ? »

« Oui, par ma foi, je vous rejoindrai tous, » dit le Chaudronnier, « car j’aime une vie joyeuse, et je t’aime, bon maître, même si tu m’as rossé les côtes et m’as trompé par-dessus le marché. Je suis prêt à admettre que tu es à la fois plus robuste et plus rusé que moi ; ainsi je t’obéirai et serai ton fidèle serviteur. »

Alors tous tournèrent leurs pas vers les profondeurs de la forêt, où le Chaudronnier allait vivre désormais. Pendant bien des jours, il chanta des ballades à la bande, jusqu’à ce que le célèbre Allan a Dale les rejoigne, devant la douce voix duquel toutes les autres semblaient aussi rudes que celles d’un corbeau ; mais de lui, nous en apprendrons plus par la suite.

Le Tir à l’arc de Nottingham Town

ALORS LE SHÉRIF fut très courroucé à cause de cet échec à prendre le joyeux Robin, car il arriva à ses oreilles, comme toutes les mauvaises nouvelles, que les gens se moquaient de lui et plaisantaient sur sa volonté de signifier un mandat à un tel homme que le hardi hors-la-loi. Et un homme ne déteste rien tant que d’être tourné en dérision ; alors il dit : « Notre gracieux seigneur et souverain Roi lui-même saura cela, et comment ses lois sont perverties et méprisées par cette bande de rebelles hors-la-loi. Quant à ce traître de Chaudronnier, je le pendrai, si je l’attrape, au plus haut gibet de tout le Nottinghamshire. »

Puis il ordonna à tous ses serviteurs et hommes de main de se préparer à partir pour Londres, pour voir et parler au Roi.

À cela, il y eut de l’agitation au château du Shérif, et les hommes couraient çà et là pour cette affaire ou pour une autre, tandis que les feux de forge de Nottingham rougeoyaient tard dans la nuit comme des étoiles scintillantes, car tous les forgerons de la ville étaient occupés à fabriquer ou à réparer des armures pour la troupe d’escorte du Shérif. Pendant deux jours ce travail dura, puis, au troisième, tout fut prêt pour le voyage. Alors ils partirent sous le soleil éclatant, de Nottingham Town vers la Fosse Way et de là vers Watling Street ; et ainsi ils voyagèrent pendant deux jours, jusqu’à ce qu’ils voient enfin les flèches et les tours de la grande ville de Londres ; et beaucoup de gens s’arrêtaient, tandis qu’ils voyageaient le long des routes, et regardaient le spectacle qu’ils offraient en chevauchant avec leurs armures scintillantes et leurs plumes et harnais gais.

À Londres, le roi Henri et sa belle reine Éléonore tenaient leur cour, gaie avec des dames en soies, satins, velours et drap d’or, ainsi que de braves chevaliers et de galants courtisans.

Le Shérif y vint et fut introduit en présence du Roi.

« Une faveur, une faveur, » dit-il, tandis qu’il s’agenouillait sur le sol.

« Maintenant, que voudrais-tu avoir ? » dit le Roi. « Faisons-nous entendre quels peuvent être tes désirs. »

« Ô mon bon Seigneur et Souverain, » parla le Shérif, « dans la forêt de Sherwood, dans notre propre bon comté de Nottingham, vit un hardi hors-la-loi dont le nom est Robin Hood. »

« En bonne vérité, » dit le Roi, « ses méfaits ont atteint même nos propres oreilles royales. C’est un drôle impertinent et rebelle, pourtant, je suis prêt à admettre, une âme bien joyeuse avec cela. »

« Mais écoutez, Ô mon plus gracieux Souverain, » dit le Shérif. « Je lui ai envoyé un mandat avec ton propre sceau royal attaché, par un drôle fort vigoureux, mais il a battu le messager et volé le mandat. Et il tue tes cerfs et vole tes propres sujets loyaux jusque sur les grandes routes. »

« Eh bien, qu’est-ce à dire, » s’écria le Roi avec courroux. « Que voudrais-tu que je fasse ? Ne viens-tu pas à moi avec une grande troupe d’hommes d’armes et de gens de suite, et n’es-tu pourtant pas capable de prendre une simple bande de joyeux drilles sans cuirasse sur le poitrail, dans ton propre comté ! Que voudrais-tu que je fasse ? N’es-tu pas mon Shérif ? Mes lois ne sont-elles pas en vigueur dans le Nottinghamshire ? Ne peux-tu pas prendre tes propres dispositions contre ceux qui enfreignent les lois ou causent quelque tort à toi ou aux tiens ? Va, retire-toi, et réfléchis bien ; conçois quelque plan par toi-même, mais ne m’importune pas davantage. Mais prends-y garde, Maître Shérif, car je veux que mes lois soient obéies par tous les hommes au sein de mon royaume, et si tu n’es pas capable de les faire appliquer, tu n’es pas un shérif pour moi. Ainsi, avise-toi bien, dis-je, ou le malheur pourrait t’atteindre aussi bien que tous ces drilles de voleurs du Nottinghamshire. Quand le déluge survient, il emporte le grain aussi bien que la balle. »

Alors le Shérif s’en retourna le cœur amer et troublé, et il regretta tristement son beau déploiement de gens de suite, car il vit que le Roi était irrité parce qu’il avait tant d’hommes autour de lui et ne pouvait pourtant pas faire respecter les lois. Ainsi, tandis qu’ils chevauchaient tous lentement vers Nottingham, le Shérif était pensif et plein de souci. Il ne dit pas un mot à personne, et aucun de ses hommes ne lui adressa la parole, mais tout au long du chemin il était occupé à concevoir quelque plan pour capturer Robin Hood.

« Aha ! » s’écria-t-il soudain, frappant sa main sur sa cuisse, « Je tiens mon idée ! Chevauchez, mes joyeux hommes, et regagnons la ville de Nottingham aussi promptement que nous le pouvons. Et marquez bien mes paroles : avant qu’une quinzaine ne soit passée, ce méchant drôle de Robin Hood sera solidement enfermé dans la prison de Nottingham. »

Mais quel était le plan du Shérif ?

Tout comme un usurier prend chacune des pièces d’un sac d’anges d’argent, tâtant chaque monnaie pour découvrir si elle est rognée ou non, ainsi le Shérif, tandis qu’ils chevauchaient tous lentement et tristement vers Nottingham, examinait pensée après pensée, en tâtant les bords de chacune mais ne trouvant en aucune quelque défaut. Enfin, il songea à l’âme audacieuse du joyeux Robin et à la façon dont, comme le Shérif le savait, il venait souvent jusque dans les murs de Nottingham.

« Maintenant, » pensa le Shérif, « si seulement je pouvais persuader Robin de s’approcher de la ville de Nottingham de sorte que je puisse le trouver, je garantis que je mettrais la main sur lui si fermement qu’il ne s’échapperait plus jamais. » Puis soudain, cela lui vint comme un éclair que s’il proclamait un grand concours de tir et offrait quelque grand prix, Robin Hood pourrait être persuadé par son esprit de venir aux cibles ; et c’était cette pensée qui l’avait poussé à crier « Aha ! » et à frapper sa paume sur sa cuisse.

Ainsi, dès qu’il fut retourné sain et sauf à Nottingham, il envoya des messagers au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, pour proclamer à travers la ville, les hameaux et la campagne, ce grand concours de tir, et chacun fut convié à y prendre part s’il savait bander un arc long, et le prix devait être une flèche d’or pur battu.

Quand Robin Hood entendit pour la première fois la nouvelle, il était dans la ville de Lincoln, et se hâtant de retourner dans la forêt de Sherwood, il appela bientôt tous ses joyeux hommes autour de lui et leur parla ainsi :

« Maintenant, écoutez, mes joyeux hommes, la nouvelle que j’ai rapportée de la ville de Lincoln aujourd’hui. Notre ami le Shérif de Nottingham a proclamé un concours de tir, et a envoyé des messagers pour l’annoncer à travers toute la campagne, et le prix doit être une brillante flèche d’or. Or, je voudrais bien que l’un de nous la remporte, tant à cause de la beauté du prix que parce que notre cher ami le Shérif l’a offerte. Nous prendrons donc nos arcs et nos traits et irons là-bas pour tirer, car je sais fort bien que la réjouissance sera de mise. Qu’en dites-vous, les gars ? »

Alors le jeune David of Doncaster prit la parole et dit : « Maintenant, écoutez, je vous en prie, bon maître, ce que j’ai à dire. Je viens directement de chez notre ami Eadom o’ the Blue Boar, et là-bas, j’ai entendu la nouvelle complète de ce même concours. Mais, maître, je sais par lui, et il le tenait de Ralph o’ the Scar, l’homme du Shérif, que ce maudit Shérif n’a tendu un piège pour vous qu’à travers ce concours de tir et ne souhaite rien tant que de vous y voir. N’y allez donc pas, bon maître, car je sais fort bien qu’il cherche à vous séduire, mais restez dans le bois vert de peur que nous ne rencontrions tous le deuil et le malheur. »

« Maintenant, » dit Robin, « tu es un gars avisé et tu gardes tes oreilles ouvertes et ta bouche fermée, comme il sied à un forestier sage et rusé. Mais laisserons-nous dire que le Shérif de Nottingham a intimidé le hardi Robin Hood et sept vingtaines d’archers aussi bons qu’il en est dans toute la joyeuse Angleterre ? Non, bon David, ce que tu me racontes me fait désirer le prix encore plus que je ne l’aurais fait autrement. Mais que dit notre bon commère Swanthold ? N’est-ce pas : "Un homme pressé se brûle la bouche, et le fou qui garde les yeux fermés tombe dans la fosse" ? C’est ce qu’il dit, en vérité, par conséquent nous devons répondre à la ruse par la ruse. Maintenant, certains d’entre vous se vêtiront en frères convers, d’autres en paysans rustiques, d’autres en chaudronniers, ou en mendiants, mais veillez à ce que chaque homme prenne un bon arc ou une épée large, au cas où le besoin s’en ferait sentir. Quant à moi, je tirerai pour cette même flèche d’or, et si je la gagne, nous l’accrocherons aux branches de notre bon arbre du bois vert pour la joie de toute la bande. Comment trouvez-vous le plan, mes joyeux hommes ? »

Alors « Bien, bien ! » s’écria toute la bande de bon cœur.

Un beau spectacle était la ville de Nottingham le jour du concours de tir. Tout le long du pré vert sous le mur de la ville s’étendait une rangée de bancs, les uns au-dessus des autres, destinés aux chevaliers et aux dames, aux écuyers et aux nobles dames, et aux riches bourgeois et à leurs épouses ; car nul, hormis ceux de rang et de qualité, ne devait s’y asseoir. Au bout du champ de tir, près de la cible, se trouvait un siège élevé orné de rubans, d’écharpes et de guirlandes de fleurs, pour le Shérif de Nottingham et sa dame. Le champ de tir avait quarante pas de large. À une extrémité se dressait la cible, à l’autre une tente de toile rayée, du mât de laquelle flottaient des drapeaux et des banderoles multicolores. Dans cette tente se trouvaient des tonneaux d’ale, ouverts à tous les archers qui pourraient souhaiter étancher leur soif.

De l’autre côté du champ de tir, là où les sièges pour les gens de qualité étaient surélevés, se trouvait une barrière pour empêcher les gens les plus pauvres de s’entasser devant la cible. Déjà, alors qu’il était tôt, les bancs commençaient à se remplir de gens de qualité, qui arrivaient constamment en petites charrettes ou sur des palefrois qui caracolaient joyeusement au tintement joyeux des grelots d’argent aux rênes des brides. Avec eux venaient aussi les gens du peuple, qui s’asseyaient ou s’étendaient sur l’herbe verte près de la barrière qui les tenait éloignés du champ de tir. Dans la grande tente, les archers se rassemblaient par deux ou par trois ; certains parlant à voix haute des beaux tirs que chacun avait faits en son temps ; certains inspectant attentivement leurs arcs, tirant une corde entre les doigts pour voir s’il n’y avait aucune effilochure, ou examinant les flèches, fermant un œil et scrutant le long d’un fût pour voir s’il n’était pas voilé, mais droit et véridique, car ni l’arc ni la flèche ne devaient faire défaut en un tel moment et pour un tel prix. Et jamais il n’y eut une telle compagnie de francs-tenanciers que ceux rassemblés à Nottingham ce jour-là, car les meilleurs archers de la joyeuse Angleterre étaient venus à ce concours de tir. Il y avait Gill o’ the Red Cap, l’archer en chef du Shérif lui-même, et Diccon Cruikshank de la ville de Lincoln, et Adam o’ the Dell, un homme de Tamworth, âgé de soixante ans et plus, pourtant encore sain et vigoureux, qui en son temps avait tiré lors du fameux concours de Woodstock, et y avait battu ce renommé archer, Clym o’ the Clough. Et bien d’autres hommes célèbres de l’arc long étaient là, dont les noms nous ont été transmis dans de bonnes ballades des temps anciens.

Mais maintenant tous les bancs étaient remplis d’invités, seigneurs et dames, bourgeois et épouses, quand enfin le Shérif lui-même vint avec sa dame, lui chevauchant avec une allure majestueuse sur son cheval blanc comme lait et elle sur sa pouliche brune. Sur sa tête, il portait un bonnet de velours pourpre, et pourpre était sa robe de velours, toute garnie de riches hermines ; son pourpoint et ses chausses étaient de soie vert de mer, et ses souliers de velours noir, les pointes attachées à ses jarretières avec des chaînes d’or. Une chaîne d’or pendait autour de son cou, et à son col se trouvait une grosse escarboucle sertie dans l’or rouge. Sa dame était vêtue de velours bleu, tout garni de duvet de cygne. Ainsi, ils formaient un spectacle galant tandis qu’ils chevauchaient côte à côte, et tout le peuple criait depuis l’endroit où ils s’entassaient de l’autre côté de l’espace réservé aux gens de qualité ; ainsi le Shérif et sa dame arrivèrent à leur place, où des hommes d’armes, avec haubert et lance, se tenaient autour, attendant pour eux.

Puis, quand le Shérif et sa dame se furent assis, il ordonna à son héraut de sonner de son cor d’argent ; ce dernier fit alors entendre trois sonneries qui revinrent en écho joyeux depuis les murs gris de Nottingham. Alors les archers s’avancèrent à leurs places, tandis que tout le peuple criait d’une voix puissante, chaque homme appelant son franc-tenancier favori. « Red Cap ! » criaient certains ; « Cruikshank ! » criaient d’autres ; « Hourra pour William o’ Leslie ! » criaient encore d’autres ; tandis que les dames agitaient des écharpes de soie pour exhorter chaque franc-tenancier à faire de son mieux.

Alors le héraut s’avança et proclama haut et fort les règles du jeu comme suit :

« Que chaque homme tire depuis cette marque, qui est à cent cinquante yards de la cible. Chaque homme tire d’abord une flèche, et parmi tous les archers, les dix qui auront décoché les traits les plus justes seront choisis pour tirer à nouveau. Chaque homme de ces dix tire deux flèches, puis les trois qui auront décoché les traits les plus justes seront choisis pour tirer à nouveau. Chaque homme de ces trois tire trois flèches, et à celui qui aura décoché les traits les plus justes, le prix sera remis. »

Alors le Shérif se pencha en avant, scrutant vivement parmi la presse des archers pour découvrir si Robin Hood était parmi eux ; mais nul n’était là vêtu du vert de Lincoln, tel que porté par Robin et sa bande. « Néanmoins, » se dit le Shérif, « il pourrait être là, et je pourrais le manquer parmi la foule des autres hommes. Mais voyons quand seulement dix hommes tireront, car je sais qu’il sera parmi les dix, ou alors je ne le connais pas. »

Et maintenant les archers tirèrent, chacun à son tour, et les bonnes gens ne virent jamais une telle maîtrise de l’arc que celle déployée ce jour-là. Six flèches furent dans le cercle, quatre dans le noir, et seulement deux frappèrent l’anneau extérieur ; si bien que lorsque la dernière flèche fila et frappa la cible, tout le peuple cria haut et fort, car c’était un tir noble.

Et maintenant, seuls dix hommes restaient de tous ceux qui avaient tiré auparavant, et parmi ces dix, six étaient célèbres à travers le pays, et la plupart des gens rassemblés là les connaissaient. Ces six hommes étaient Gilbert o’ the Red Cap, Adam o’ the Dell, Diccon Cruikshank, William o’ Leslie, Hubert o’ Cloud et Swithin o’ Hertford. Deux autres étaient des francs-tenanciers du joyeux Yorkshire, un autre était un grand inconnu en bleu, qui disait venir de la ville de Londres, et le dernier était un inconnu en haillons écarlates, qui portait un bandeau sur un œil.

« Maintenant, » dit le Shérif à un homme d’armes qui se tenait près de lui, « vois-tu Robin Hood parmi ces dix ? »

« Non, je ne le vois point, Votre Honneur, » répondit l’homme. « Six d’entre eux, je les connais fort bien. De ces francs-tenanciers du Yorkshire, l’un est trop grand et l’autre trop petit pour ce drôle hardi. La barbe de Robin est jaune comme l’or, tandis que ce mendiant en haillons vêtu d’écarlate a une barbe brune, en plus d’être borgne d’un œil. Quant à l’inconnu en bleu, les épaules de Robin, je crois, sont trois pouces plus larges que les siennes. »

« Alors, » dit le Shérif, frappant sa cuisse avec colère, « ce drôle est un lâche autant qu’un vaurien, et n’ose pas montrer son visage parmi les hommes bons et loyaux. »

Puis, après s’être reposés un court instant, ces dix hommes vigoureux s’avancèrent pour tirer à nouveau. Chaque homme tira deux flèches, et pendant qu’ils tiraient, pas un mot ne fut prononcé, mais toute la foule regardait sans presque un souffle ; mais quand le dernier eut tiré sa flèche, un autre grand cri s’éleva, tandis que beaucoup jetaient leurs bonnets en l’air pour la joie d’un tir si merveilleux.

« Maintenant, par notre gracieuse et belle Dame, » dit le vieux Sir Amyas o’ the Dell, qui, courbé par quatre-vingts ans et plus, était assis près du Shérif, « jamais je n’ai vu une telle maîtrise de l’arc de toute ma vie auparavant, et pourtant j’ai vu les meilleures mains à l’arc long depuis soixante ans et plus. »

Et maintenant seuls trois hommes restaient de tous ceux qui avaient tiré auparavant. L’un était Gill o’ the Red Cap, l’autre l’inconnu en haillons écarlates, et le troisième Adam o’ the Dell de la ville de Tamworth. Alors tout le peuple appela haut et fort, certains criant : « Hourra pour Gilbert o’ the Red Cap ! » et d’autres : « Hourra pour le vigoureux Adam de Tamworth ! » Mais pas un seul homme dans la foule n’appela l’inconnu en haillons écarlates.

« Maintenant, tire bien, Gilbert, » cria le Shérif, « et si ton trait est le meilleur, cent sous d’argent je te donnerai en plus du prix. »

« En vérité, je ferai de mon mieux, » dit Gilbert fort vaillamment. « Un homme ne peut rien faire d’autre que son mieux, mais c’est ce que je m’efforcerai de faire ce jour. » Ce disant, il tira une belle flèche lisse avec une plume large et l’ajusta adroitement à la corde, puis bandant son arc avec soin, il fit filer le trait. Tout droit vola la flèche et se planta joliment dans le cercle, à une largeur de doigt du centre. « Un Gilbert, un Gilbert ! » cria toute la foule ; et, « Maintenant, sur ma foi, » s’écria le Shérif, frappant ses mains l’une contre l’autre, « c’est un tir habile. »

Puis l’inconnu en haillons s’avança, et tout le peuple rit en voyant une pièce jaune qui apparaissait sous son bras lorsqu’il leva le coude pour tirer, et aussi de le voir viser avec un seul œil. Il banda son bon arc d’if rapidement, et décocha rapidement un trait ; si court fut le temps que nul ne put retenir son souffle entre le bandement et le tir ; pourtant sa flèche se logea plus près du centre que l’autre de deux fois la longueur d’un grain d’orge.

« Maintenant, par tous les saints du Paradis ! » cria le Shérif, « c’est un beau trait, en toute vérité ! »

Puis Adam o’ the Dell tira, prudemment et avec précaution, et sa flèche se logea tout près de celle de l’inconnu. Puis, après un court intervalle, ils tirèrent tous trois à nouveau, et une fois encore chaque flèche se logea dans le cercle, mais cette fois celle d’Adam o’ the Dell fut la plus éloignée du centre, et encore une fois le tir de l’inconnu en haillons fut le meilleur. Puis, après un autre moment de repos, ils tirèrent tous pour la troisième fois. Cette fois, Gilbert prit grand soin de sa visée, mesurant avec précision la distance et tirant avec le soin le plus extrême. Tout droit vola la flèche, et tous crièrent si bien que les drapeaux mêmes qui flottaient dans la brise tremblèrent au son, et les corbeaux et les choucas volèrent en criant autour des toits de la vieille tour grise, car le trait s’était logé tout près de l’endroit qui marquait le centre même.

« Bien joué, Gilbert ! » cria le Shérif avec joie. « Je veux croire que le prix est à toi, et fort justement gagné. Maintenant, toi, drôle en haillons, laisse-moi te voir tirer un meilleur trait que celui-là. »

Rien ne dit l’inconnu mais il prit sa place, tandis que tout était silencieux, et personne ne parlait ni même semblait respirer, tant était grand le silence par crainte de ce qu’il ferait. Pendant ce temps, l’inconnu resta immobile, tenant son arc à la main, tandis qu’on aurait pu compter jusqu’à cinq ; puis il banda son fidèle arc d’if, le tenant bandé un instant, puis lâcha la corde. Tout droit vola la flèche, et si juste qu’elle frappa une plume d’oie grise du trait de Gilbert, qui tomba en flottant dans l’air ensoleillé alors que la flèche de l’inconnu se logeait tout près de celle du Red Cap, et dans le centre même. Personne ne prononça un mot pendant un moment et personne ne cria, mais chaque homme regardait le visage de son voisin avec stupeur.

« Non, » dit le vieux Adam o’ the Dell peu après, prenant une longue inspiration et secouant la tête en parlant, « quarante ans et plus j’ai tiré du trait, et peut-être pas toujours mal, mais je ne tire plus ce jour, car nul homme ne peut rivaliser avec cet inconnu, qui qu’il puisse être. » Puis il enfonça son trait dans son carquois, en le faisant tinter, et désarma son arc sans un autre mot.

Alors le Shérif descendit de sa tribune et s’approcha, dans toutes ses soies et ses velours, là où l’inconnu en haillons se tenait appuyé sur son arc robuste, tandis que les bonnes gens se pressaient autour pour voir l’homme qui tirait si merveilleusement bien. « Ici, mon brave, » dit le Shérif, « prends le prix, et bien et justement tu l’as gagné, je l’admets. Quel peut être ton nom, et d’où viens-tu ? »

« Les hommes m’appellent Jock o’ Teviotdale, et c’est de là que je viens, » dit l’inconnu.

« Alors, par Notre Dame, Jock, tu es le plus bel archer que jamais mes yeux aient contemplé, et si tu veux entrer à mon service, je te vêtirai d’un manteau meilleur que celui que tu as sur le dos ; tu mangeras et boiras ce qu’il y a de meilleur, et à chaque Noël quatre-vingts marks seront ton salaire. Je crois que tu bandes mieux l’arc que ce même lâche drôle de Robin Hood, qui n’a pas osé montrer son visage ici ce jour. Dis, mon brave, veux-tu entrer à mon service ? »

« Non, je ne le ferai pas, » dit l’inconnu brusquement. « Je serai mon propre maître, et nul homme dans toute la joyeuse Angleterre ne sera mon maître. »

« Alors va-t’en, et qu’une peste t’emporte ! » cria le Shérif, et sa voix tremblait de colère. « Et sur ma foi et ma parole, j’ai bien envie de te faire rosser pour ton insolence ! » Puis il tourna les talons et s’éloigna à grands pas.

C’était une compagnie vraiment bigarrée qui se rassembla autour du noble arbre du bois vert dans les profondeurs de Sherwood ce même jour. Une vingtaine de frères pieds nus étaient là, et certains qui ressemblaient à des chaudronniers, et d’autres qui semblaient être de robustes mendiants et des rustres ; et assis sur un banc de mousse se trouvait un homme tout vêtu d’écarlate en haillons, avec un bandeau sur un œil ; et dans sa main il tenait la flèche d’or qui était le prix du grand concours de tir. Puis, au milieu d’un bruit de conversations et de rires, il retira le bandeau de son œil et déchira les haillons écarlates de son corps, se montrant tout vêtu du beau vert de Lincoln ; et il dit : « Facile à ôter, ces choses-là, mais la teinture de brou de noix ne s’en va pas si promptement des cheveux jaunes. » Alors tous rirent plus fort qu’auparavant, car c’était Robin Hood lui-même qui avait gagné le prix des mains mêmes du Shérif.

Puis tous s’assirent pour le festin dans les bois et parlèrent entre eux de la joyeuse farce qui avait été jouée au Shérif, et des aventures qui étaient arrivées à chaque membre de la bande sous son déguisement. Mais quand le festin fut terminé, Robin Hood emmena Little John à l’écart et lui dit : « En vérité, je suis vexé dans mon sang, car j’ai entendu le Shérif dire aujourd’hui : "Tu tires mieux que ce lâche drôle de Robin Hood, qui n’a pas osé montrer son visage ici ce jour." Je voudrais bien lui faire savoir qui était celui qui a gagné la flèche d’or de ses mains, et aussi que je ne suis pas un lâche tel qu’il me prend pour être. »

Alors Little John dit : « Bon maître, prenez-moi avec Will Stutely, et nous enverrons à ce gros Shérif des nouvelles de tout cela par un messager tel qu’il ne s’y attend pas. »

Ce jour-là, le Shérif était assis à table dans la grande salle de sa demeure de Nottingham Town. De longues tables s'étendaient tout le long de la salle, auxquelles étaient assis des hommes d'armes, des serviteurs de maison et de bons et solides vilains, en tout quatre-vingts et plus. Là, ils parlaient du tir de la journée tout en mangeant leur viande et en s'abreuvant d'ale. Le Shérif siégeait au bout de la table sur un siège élevé sous un dais, et à ses côtés siégeait sa dame.

« Par ma foi, dit-il, j'avais compté bien fermement que ce coquin de Robin Hood serait au jeu aujourd'hui. Je ne pensais pas qu'il fût un tel lâche. Mais qui pouvait bien être cet insolent drôle qui m'a répondu si bravement jusque dans la barbe ? Je m'étonne de ne pas l'avoir fait battre ; mais il y avait en lui quelque chose qui dénotait autre chose que des haillons et des loques. »

Alors, au moment même où il finissait de parler, quelque chose tomba en cliquetant parmi les plats sur la table, tandis que ceux qui étaient assis près de là sursautèrent, se demandant ce que cela pouvait être. Après un moment, l'un des hommes d'armes eut assez de courage pour le ramasser et l'apporter au Shérif. Alors, chacun vit qu'il s'agissait d'une flèche à pointe de corne émoussée, avec un fin parchemin, de l'épaisseur d'une plume d'oie, attaché près de son extrémité. Le Shérif ouvrit le parchemin et y jeta un coup d'œil, tandis que les veines de son front se gonflaient et que ses joues devenaient vermeilles de rage à mesure qu'il lisait, car voici ce qu'il vit :

« Que le Ciel bénisse Sa Grâce en ce jour Disent tous dans la douce Sherwood Car tu as donné le prix Au joyeux Robin Hood. »

« D'où vient ceci ? » cria le Shérif d'une voix puissante. « Par la fenêtre, Votre Honneur », dit l'homme qui lui avait remis la flèche.

Will Stutely secouru par ses compagnons

OR, LORSQUE LE SHÉRIF découvrit que ni la loi ni la ruse ne pouvaient venir à bout de Robin Hood, il fut fort perplexe et se dit à lui-même : « Fou que je suis ! Si je n'avais pas parlé de Robin Hood à notre Roi, je ne me serais pas fourré dans un tel pétrin ; mais maintenant, je dois soit le capturer, soit m'attirer la colère de sa très gracieuse Majesté. J'ai essayé la loi, j'ai essayé la ruse, et j'ai échoué dans les deux ; je vais donc tenter ce qui peut être fait par la force. »

Ainsi discourant en lui-même, il convoqua ses connétables et leur fit part de ses pensées. « Prenez chacun quatre hommes, tous armés à l'épreuve, dit-il, et allez-vous-en vers la forêt, par différents points, et tenez-vous aux aguets pour ce même Robin Hood. Mais si un connétable trouve trop d'hommes contre lui, qu'il fasse sonner un cor, et alors que chaque troupe à portée entende et vienne à toute vitesse rejoindre la partie qui les appelle. Ainsi, je pense, nous prendrons ce drôle vêtu de vert. De plus, à celui qui rencontrera le premier Robin Hood, cent livres d'argent seront données s'il m'est amené mort ou vif ; et à celui qui rencontrera l'un de sa troupe, quarante livres seront données s'il m'est amené mort ou vif. Soyez donc hardis et soyez rusés. »

C'est ainsi qu'ils s'en allèrent par soixante compagnies de cinq dans la forêt de Sherwood pour prendre Robin Hood, chaque connétable souhaitant être celui qui trouverait le hardi hors-la-loi, ou du moins l'un de ses hommes. Pendant sept jours et sept nuits, ils traquèrent à travers les clairières de la forêt, mais ne virent pas tant qu'un seul homme en vert de Lincoln ; car des nouvelles de tout cela avaient été portées à Robin Hood par le fidèle Eadom du Blue Boar.

Lorsqu'il apprit la nouvelle, Robin dit : « Si le Shérif ose opposer la force à la force, malheur sera pour lui et pour bien d'autres hommes meilleurs encore, car le sang coulera et ce sera un grand trouble pour tous. Mais je voudrais volontiers éviter le sang et la bataille, et je ne voudrais point apporter le chagrin aux femmes et aux épouses parce que de bons et solides yeomen perdent la vie. Une fois, j'ai tué un homme, et jamais je ne souhaite tuer un homme à nouveau, car il est amer pour l'âme d'y songer. Ainsi, nous resterons silencieusement dans la forêt de Sherwood, afin que tout aille bien pour chacun, mais si nous étions forcés de nous défendre, ou de défendre l'un des nôtres, alors que chaque homme tire arc et épée de toutes ses forces. »

À ce discours, beaucoup dans la troupe secouèrent la tête et se dirent : « Maintenant, le Shérif va penser que nous sommes des lâches, et les gens riront à travers tout le pays en disant que nous craignons d'affronter ces hommes. » Mais ils ne dirent rien tout haut, ravalant leurs paroles et faisant comme Robin leur demandait.

Ils se cachèrent ainsi dans les profondeurs de la forêt de Sherwood pendant sept jours et sept nuits et ne montrèrent pas leurs visages au dehors durant tout ce temps ; mais au petit matin du huitième jour, Robin Hood appela la troupe et dit : « Maintenant, qui ira découvrir ce que font les hommes du Shérif à cette heure ? Car je sais fort bien qu'ils ne resteront pas à jamais à l'ombre de Sherwood. »

À ces mots, un grand cri s'éleva, et chaque homme agita son arc en l'air et réclama d'être celui qui irait. Alors le cœur de Robin Hood fut fier lorsqu'il regarda autour de lui ses solides et braves compagnons, et il dit : « Braves et fidèles êtes-vous tous, mes joyeux hommes, et vous formez une troupe bien solide de bons camarades, mais vous ne pouvez tous y aller, alors je vais en choisir un parmi vous, et ce sera le bon Will Stutely, car il est aussi rusé qu'un vieux renard dans la forêt de Sherwood. »

Alors Will Stutely fit un bond en l'air et rit bruyamment, frappant dans ses mains de pure joie d'avoir été choisi parmi tous. « Merci, bon maître, dit-il, et si je ne te rapporte pas de nouvelles de ces drôles, ne m'appelle plus ton rusé Will Stutely. »

Il se revêtit alors d'une robe de frère, et sous la robe, il suspendit une bonne épée large à un endroit tel qu'il pût facilement y porter la main. Ainsi vêtu, il se mit en route pour sa quête, jusqu'à ce qu'il atteigne la lisière de la forêt, et ainsi la grande route. Il vit deux bandes d'hommes du Shérif, pourtant il ne tourna ni à droite ni à gauche, mais tira seulement son capuchon plus bas sur son visage, croisant ses mains comme en méditation. Ainsi, il finit par arriver à l'enseigne du Blue Boar. « Car, se dit-il à lui-même, notre bon ami Eadom me dira toutes les nouvelles. »

À l'enseigne du Blue Boar, il trouva une troupe d'hommes du Shérif buvant fort gaillardement ; sans parler à personne, il s'assit sur un banc éloigné, son bâton à la main, et la tête penchée en avant comme s'il méditait. Il resta assis là à attendre de pouvoir voir l'aubergiste à part, et Eadom ne le reconnut pas, le prenant pour un pauvre frère fatigué, si bien qu'il le laissa s'asseoir sans lui dire un mot ni le molester, bien qu'il n'aimât guère l'habit. « Car, se disait-il, c'est un cœur dur que celui qui chasse le chien boiteux du seuil. » Comme Stutely était ainsi assis, un gros chat de maison s'approcha et se frotta contre son genou, soulevant sa robe d'une largeur de paume. Stutely rabaissa rapidement sa robe, mais le connétable qui commandait les hommes du Shérif vit ce qui s'était passé, et vit aussi le beau vert de Lincoln sous la robe de frère. Il ne dit rien sur le moment, mais discoura en lui-même en ces termes : « Ce n'est pas là un frère de l'ordre gris, et aussi, je le sais, aucun honnête yeoman ne va par les chemins en habit de prêtre, et un voleur ne se déguise pas ainsi pour rien. Maintenant, je pense en vérité que c'est l'un des hommes de Robin Hood. » Alors, peu après, il dit tout haut : « Ô saint père, ne voulez-vous pas prendre une bonne pinte de bière de mars pour étancher votre âme assoiffée ? »

Mais Stutely secoua la tête en silence, car il se disait : « Peut-être y a-t-il ici ceux qui connaissent ma voix. »

Alors le connétable dit à nouveau : « Où vas-tu, saint frère, en cette chaude journée d'été ? »

« Je vais en pèlerin à la ville de Canterbury », répondit Will Stutely, d'une voix bourrue, afin que nul ne pût la reconnaître.

Alors le connétable dit, pour la troisième fois : « Maintenant, dis-moi, saint père, les pèlerins pour Canterbury portent-ils du bon vert de Lincoln sous leurs robes ? Ha ! Par ma foi, je te prends pour quelque vigoureux voleur, et peut-être l'un des hommes de la troupe de Robin Hood ! Maintenant, par la grâce de Notre-Dame, si tu bouges la main ou le pied, je te transperce le corps avec mon épée ! »

Alors il fit jaillir son épée brillante et se jeta sur Will Stutely, pensant le prendre au dépourvu ; mais Stutely tenait sa propre épée fermement en main, sous sa robe, si bien qu'il la tira avant que le connétable ne fût sur lui. Puis le solide connétable porta un coup puissant ; mais il ne porta plus aucun coup dans tout ce combat, car Stutely, parant le coup fort adroitement, frappa le connétable en retour de toutes ses forces. Ensuite, il aurait voulu s'échapper, mais ne le put, car l'autre, tout étourdi par la blessure et le sang qui coulait, le saisit par les genoux avec ses bras alors même qu'il chancelait et tombait. Puis les autres se ruèrent sur lui, et Stutely frappa encore un autre des hommes du Shérif, mais le casque d'acier fit dévier le coup, et bien que la lame mordît profondément, elle ne tua pas. Pendant ce temps, le connétable, défaillant comme il l'était, tira Stutely vers le bas, et les autres, voyant le yeoman ainsi gêné, se ruèrent à nouveau sur lui, et l'un lui asséna un coup sur le sommet du crâne si bien que le sang coula sur son visage et l'aveugla. Puis, chancelant, il tomba, et tous sautèrent sur lui, bien qu'il luttât si vaillamment qu'ils purent à peine le maintenir. Ils le lièrent alors avec de solides cordes de chanvre si bien qu'il ne put bouger ni main ni pied, et c'est ainsi qu'ils le vainquirent.

Robin Hood se tenait sous l'arbre de la forêt, songeant à Will Stutely et à ce qu'il pouvait devenir, quand soudain il vit deux de ses solides yeomen venir en courant le long du sentier forestier, et entre eux courait la fringante Maken du Blue Boar. Alors le cœur de Robin sombra, car il sut qu'ils étaient porteurs de mauvaises nouvelles.

« Will Stutely a été pris », crièrent-ils, lorsqu'ils furent parvenus là où il se tenait.

« Et est-ce toi qui apportes de si lugubres nouvelles ? » dit Robin à la jeune fille.

« Oui, par ma foi, car j'ai tout vu », cria-t-elle, haletant comme le lièvre quand il a échappé aux chiens, « et je crains qu'il ne soit grièvement blessé, car quelqu'un l'a frappé fort durement au crâne. Ils l'ont lié et emmené à Nottingham Town, et avant que je ne quitte le Blue Boar, j'ai entendu dire qu'il devait être pendu demain. »

« Il ne sera pas pendu demain », cria Robin ; « ou, s'il l'est, bien des gens rongeront le gazon, et bien d'autres auront cause de crier Hélas ! »

Alors il porta son cor à ses lèvres et fit retentir trois notes fort bruyantes, et bientôt ses bons yeomen accoururent à travers la forêt jusqu'à ce que sept fois vingt lames hardies fussent rassemblées autour de lui.

« Maintenant écoutez-moi tous ! » cria Robin. « Notre cher compagnon Will Stutely a été pris par les hommes de ce vil Shérif, il nous faut donc prendre arc et épée en main pour le délivrer ; car je sais que nous devons risquer vie et membre pour lui, comme il a risqué vie et membre pour nous. N'est-ce pas ainsi, mes joyeux hommes ? » Alors tous crièrent « Oui ! » d'une grande voix.

Le lendemain, ils se mirent tous en route depuis la forêt de Sherwood, mais par des chemins différents, car il leur fallait être fort rusés ; ainsi la troupe se divisa en groupes de deux ou trois, qui devaient tous se rejoindre dans un vallon inextricable situé près de Nottingham Town. Puis, lorsqu'ils se furent tous rassemblés au lieu de rendez-vous, Robin leur parla ainsi :

« Maintenant, nous resterons ici en embuscade jusqu'à ce que nous puissions avoir des nouvelles, car il nous faut être rusés et prudents si nous voulons arracher notre ami Will Stutely des griffes du Shérif. »

Ils restèrent cachés un long moment, jusqu'à ce que le soleil fût haut dans le ciel. La journée était chaude et la route poussiéreuse était vide de voyageurs, excepté un vieux palmer qui marchait lentement le long de la grand-route qui passait tout près du mur du château gris de Nottingham Town. Quand Robin vit qu'aucun autre voyageur n'était en vue, il appela le jeune David de Doncaster, qui était un homme avisé pour son âge, et lui dit : « Maintenant, va-t'en, jeune David, et parle à ce palmer qui marche près du mur de la ville, car il vient à l'instant de Nottingham Town et pourra peut-être te dire des nouvelles du bon Stutely. »

David s'élança, et quand il rejoignit le pèlerin, il le salua et dit : « Bonjour, saint père, peux-tu me dire quand Will Stutely sera pendu au gibet ? Je ne voudrais pas manquer le spectacle, car je viens de loin pour voir pendre un si solide coquin. »

« Fi de toi, jeune homme », cria le Palmer, « que tu parles ainsi alors qu'un bon et solide homme doit être pendu pour rien d'autre que d'avoir défendu sa propre vie ! » Et il frappa son bâton sur le sol avec colère. « Hélas, dis-je, que cette chose doive arriver ! Car ce jour même, vers le soir, quand le soleil déclinera, il sera pendu, à quatre-vingts perches de la grande porte de la ville de Nottingham, là où trois routes se rencontrent ; car là, le Shérif jure qu'il mourra en guise d'avertissement à tous les hors-la-loi du Nottinghamshire. Mais pourtant, je le dis encore, Hélas ! Car, bien que Robin Hood et sa troupe puissent être des hors-la-loi, il ne prend qu'aux riches, aux puissants et aux malhonnêtes, tandis qu'il n'est pas une pauvre veuve ni un paysan avec beaucoup d'enfants, près de Sherwood, qui n'ait assez de farine d'orge toute l'année grâce à lui. Mon cœur est navré de voir un homme aussi galant que ce Stutely mourir, car j'ai été un bon yeoman saxon en mon temps, avant de devenir palmer, et je connais bien une main solide, celle qui frappe durement un cruel Normand ou un fier abbé aux bourses bien garnies. Si seulement le maître du bon Stutely avait su comment son homme était entouré de périls, peut-être aurait-il envoyé des secours pour l'arracher de la main de ses ennemis. »

« Oui, par ma foi, c'est vrai », cria le jeune homme. « Si Robin et ses hommes sont près de cet endroit, je sais fort bien qu'ils s'efforceront de l'arracher à son péril. Mais adieu, bon vieil homme, et crois-moi, si Will Stutely meurt, il sera fort bien vengé. »

Il se tourna alors et s'éloigna à grands pas ; mais le Palmer le regarda s'éloigner, murmurant : « Je sais que ce jeune homme n'est pas un rustre de campagne venu voir mourir un brave homme. Eh bien, eh bien, peut-être Robin Hood n'est-il pas si loin que des actions solides ne se produisent ce jour. » Ainsi, il continua son chemin, en murmurant pour lui-même.

Quand David de Doncaster rapporta à Robin Hood ce que le Palmer lui avait dit, Robin appela la troupe autour de lui et leur parla ainsi :

« Allons maintenant tout droit à Nottingham Town et mêlons-nous aux gens ; mais gardez-vous les uns les autres en vue, en vous pressant aussi près du prisonnier et de ses gardes que vous le pouvez, lorsqu'ils sortiront des murs. Ne frappez aucun homme sans nécessité, car je voudrais éviter de faire couler le sang, mais si vous frappez, frappez fort, et veillez à ce qu'il ne soit pas nécessaire de frapper à nouveau. Ensuite, restez tous ensemble jusqu'à ce que nous revenions à Sherwood, et que nul ne quitte ses camarades. »

Le soleil était bas dans le ciel occidental lorsqu'une note de clairon retentit depuis le mur du château. Alors tout fut agitation à Nottingham Town et les foules remplirent les rues, car tous savaient que le célèbre Will Stutely devait être pendu ce jour-là. Soudain, les portes du château s'ouvrirent toutes grandes et une grande troupe d'hommes d'armes sortit dans un bruit de fracas, le Shérif, tout vêtu d'une cotte de mailles étincelante, chevauchant à leur tête. Au milieu de la garde, dans une charrette, avec une corde au cou, chevauchait Will Stutely. Son visage était pâle à cause de sa blessure et de la perte de sang, comme la lune en plein jour, et ses beaux cheveux étaient collés en mèches sur son front, là où le sang avait séché. Quand il sortit du château, il regarda en haut et en bas, mais bien qu'il vît quelques visages qui montraient de la pitié et d'autres de la sympathie, il n'en vit aucun qu'il connût. Alors son cœur s'effondra comme un plomb, mais néanmoins il parla avec hardiesse.

« Donnez une épée dans ma main, Monsieur le Shérif, dit-il, et homme blessé que je sois, je vous combattrai, toi et tous tes hommes, jusqu'à ce que la vie et la force me manquent. »

« Non, vil drôle, dit le Shérif, tournant la tête et regardant Will Stutely d'un air bien sombre, tu n'auras point d'épée mais tu mourras d'une mort ignoble, comme il sied à un vil voleur tel que toi. »

« Alors détache seulement mes mains et je vous combattrai, toi et tes hommes, sans autre arme que mes poings nus. Je ne réclame aucune arme, mais ne me laisse pas être pendu ignoblement ce jour. »

Alors le Shérif éclata de rire. « Eh bien, comment maintenant, dit-il, ton estomac fier est-il en train de faiblir ? Confesse-toi, vil coquin, car j'ai l'intention de te faire pendre ce jour, et là où trois routes se rencontrent, afin que tous les hommes te voient pendre, pour que les corbeaux charognards et les choucas viennent te picorer. »

« Ô toi au cœur lâche ! » cria Will Stutely, grinçant des dents contre le Shérif. « Toi, rustre couard ! Si jamais mon bon maître te rencontre, tu paieras cher le travail de ce jour ! Il te méprise, et tous les cœurs braves avec lui. Ne sais-tu pas que toi et ton nom êtes des railleries sur les lèvres de chaque brave yeoman ? Un homme comme toi, misérable poltron, ne sera jamais capable de soumettre le hardi Robin Hood. »

« Ha ! » cria le Shérif dans une rage, « en est-il donc ainsi ? Suis-je une risée pour ton maître, comme tu l'appelles ? Maintenant, je vais faire de toi une risée et une triste risée par-dessus le marché, car je te démembrerai membre par membre, après que tu auras été pendu. » Puis il éperonna son cheval et ne dit plus rien à Stutely.

Enfin, ils arrivèrent à la grande porte de la ville, à travers laquelle Stutely vit la belle campagne au-delà, avec des collines et des vallons tout couverts de verdure, et au loin la ligne sombre des lisières de Sherwood. Alors, quand il vit la lumière oblique du soleil se poser sur les champs et les jachères, brillant rougeoyante ici et là sur les chaumières et les fermes, et quand il entendit les doux oiseaux chanter leurs vêpres, et les moutons bêler sur le flanc de la colline, et qu'il contempla les hirondelles volant dans l'air brillant, une grande plénitude envahit son cœur si bien que tout devint trouble à sa vue à travers des larmes salées, et il baissa la tête de peur que les gens ne le prissent pour un faible en voyant les larmes dans ses yeux. Ainsi garda-t-il la tête baissée jusqu'à ce qu'ils eussent passé la porte et qu'ils fussent hors des murs de la ville. Mais lorsqu'il leva à nouveau les yeux, il sentit son cœur bondir en lui puis s'arrêter de pure joie, car il vit le visage de l'un de ses chers compagnons de la joyeuse Sherwood ; puis, jetant un coup d'œil rapide autour de lui, il vit des visages familiers de tous côtés, se pressant de près contre les hommes d'armes qui le gardaient. Alors, soudain, le sang monta à ses joues, car il vit un instant son propre bon maître dans la presse et, le voyant, sut que Robin Hood et toute sa troupe étaient là. Pourtant, entre lui et eux se trouvait une ligne d'hommes d'armes.

« Maintenant, reculez ! » cria le Shérif d'une voix puissante, car la foule se pressait de tous côtés. « Que voulez-vous dire, drôles, à nous bousculer ainsi ? Reculez, je vous dis ! »

Alors s'éleva une agitation et un tumulte, et quelqu'un s'efforça de se frayer un chemin parmi les hommes d'armes pour atteindre la charrette, et Stutely vit que c'était Little John qui causait tout ce remue-ménage.

« Recule donc ! » cria l'un des hommes d'armes que Little John bousculait de ses coudes.

« Recule donc toi-même », répliqua Little John, et il asséna aussitôt à l'homme un coup sur le côté de la tête qui l'abattit comme un boucher abat un bœuf, puis il bondit vers la charrette où Stutely était assis.

« Je te prie de prendre congé de tes amis avant de mourir, Will », dit-il, « ou peut-être mourrai-je avec toi s'il le faut, car je ne pourrais avoir meilleure compagnie. » Puis, d'un seul coup, il trancha les liens qui entravaient les bras et les jambes de son compagnon, et Stutely sauta aussitôt de la charrette.

« Par ma vie », s'écria le Shérif, « ce drôle-là, je le connais bien, c'est un rebelle endurci ! Saisissez-le, je vous le commande, et ne le laissez pas filer ! »

Ce disant, il lança son cheval sur Little John et, se dressant sur ses étriers, frappa de toutes ses forces, mais Little John plongea prestement sous le ventre de la bête et le coup siffla sans dommage au-dessus de sa tête.

« Non, bon Sire Shérif », cria-t-il en se redressant après le passage du coup, « il faut bien que j'emprunte ta très honorable épée. » Là-dessus, il arracha adroitement l'arme de la main du Shérif. « Tiens, Stutely », cria-t-il, « le Shérif t'a prêté son épée ! Dos à dos avec moi, l'ami, et défends-toi, car du secours est proche ! »

« Abattez-les ! » hurla le Shérif d'une voix pareille à celle d'un taureau en colère ; et il lança son cheval sur les deux hommes qui se tenaient maintenant dos à dos, oubliant dans sa rage qu'il n'avait aucune arme pour se défendre.

« Recule, Shérif ! » cria Little John ; et au moment même où il parlait, un cor sonna avec fracas et une flèche, longue d'une aune, siffla à un pouce de la tête du Shérif. Puis ce fut un balancement de droite et de gauche, des jurons, des cris et des gémissements, un fracas d'acier, des épées qui étincelaient dans le soleil couchant, et une vingtaine de flèches qui sifflèrent dans l'air. Certains criaient : « À l'aide, à l'aide ! » et d'autres : « Au secours, au secours ! »

« Trahison ! » cria le Shérif d'une voix forte. « En arrière ! En arrière ! Sinon nous sommes tous des hommes morts ! » Là-dessus, il fit reculer son cheval à travers la partie la plus dense de la foule.

Robin Hood et sa bande auraient pu tuer la moitié des hommes du Shérif s'ils l'avaient voulu, mais ils les laissèrent s'extraire de la cohue et s'en aller, ne décochant qu'une volée de flèches derrière eux pour presser leur fuite.

« Oh, restez ! » cria Will Stutely après le Shérif. « Tu n'attraperas jamais le hardi Robin Hood si tu ne restes pas pour l'affronter face à face. » Mais le Shérif, courbé sur l'encolure de son cheval, ne répondit rien et ne fit que galoper plus vite.

Alors Will Stutely se tourna vers Little John et le regarda en face jusqu'à ce que les larmes coulent de ses yeux et qu'il pleure à chaudes larmes ; et embrassant les joues de son ami : « Ô Little John ! » dit-il, « mon fidèle ami, celui que j'aime plus qu'aucun homme ou femme dans tout le monde ! J'étais loin de penser voir ton visage ce jour, ou de te rencontrer de ce côté du Paradis. » Little John ne put répondre, mais pleura également.

Puis Robin Hood rassembla sa bande en rang serré, avec Will Stutely au milieu, et c'est ainsi qu'ils s'éloignèrent lentement vers Sherwood, et disparurent, comme un nuage d'orage s'éloigne de l'endroit où la tempête a balayé la terre. Mais ils laissèrent dix des hommes du Shérif étendus sur le sol, blessés — les uns plus, les autres moins — et personne ne sut qui les avait terrassés.

Ainsi, le Shérif de Nottingham tenta par trois fois de capturer Robin Hood et échoua chaque fois ; et la dernière fois, il fut effrayé, car il sentit combien il avait été près de perdre la vie ; aussi dit-il : « Ces hommes ne craignent ni Dieu ni les hommes, ni le roi ni les officiers du roi. Je préfère perdre ma charge que ma vie, je ne les importunerai donc plus. » Il resta donc cloîtré dans son château pendant bien des jours et n'osa montrer son visage hors de sa propre demeure, et durant tout ce temps, il fut sombre et ne parla à personne, car il avait honte de ce qui s'était passé ce jour-là.

Robin Hood devient boucher

APRÈS QUE toutes ces choses furent arrivées, et qu'il fut su de Robin Hood comment le Shérif avait tenté par trois fois de le faire prisonnier, il se dit : « Si l'occasion se présente, je ferai payer cher à notre honorable Shérif ce qu'il m'a fait. Peut-être pourrai-je l'attirer un jour dans la forêt de Sherwood et lui offrir un joyeux festin avec nous. » Car lorsque Robin Hood attrapait un baron ou un écuyer, ou un abbé ou un évêque gras, il les emmenait sous l'arbre des bois verts et les régalait avant d'alléger leurs bourses.

Mais entre-temps, Robin Hood et sa bande vivaient tranquillement dans la forêt de Sherwood, sans montrer leur visage au dehors, car Robin savait qu'il ne serait pas sage pour lui d'être vu dans les environs de Nottingham, les autorités étant fort irritées contre lui. Mais bien qu'ils ne sortissent pas, ils menaient une vie joyeuse au sein des bois, passant leurs journées à tirer sur des guirlandes suspendues à une branche de saule au bout de la clairière, les allées feuillues résonnant de joyeuses plaisanteries et de rires : car quiconque manquait la guirlande recevait une vigoureuse taloche, qui, si elle était assénée par Little John, ne manquait jamais de faire basculer l'infortuné franc-tenancier. Ils avaient ensuite des séances de lutte et de combat au bâton, si bien que chaque jour, ils gagnaient en adresse et en force.

C'est ainsi qu'ils vécurent pendant près d'un an, et durant cette période, Robin Hood envisagea souvent maints moyens de rendre la monnaie de sa pièce au Shérif. Finalement, il commença à s'impatienter de sa réclusion ; alors, un jour, il prit son robuste bâton et partit en quête d'aventure, flânant joyeusement jusqu'à ce qu'il atteigne la lisière de Sherwood. Là, alors qu'il déambulait sur la route baignée de soleil, il rencontra un vigoureux jeune boucher conduisant une belle jument et chevauchant une solide charrette neuve, toute chargée de viande. Le boucher sifflait joyeusement en trottinant, car il se rendait au marché, et la journée était fraîche et douce, rendant son cœur léger.

« Bonjour à toi, joyeux compagnon », dit Robin, « tu sembles heureux en ce joyeux matin. »

« Oui, je le suis », répondit le joyeux boucher, « et pourquoi ne le serais-je pas ? Ne suis-je pas sain de corps et d'esprit ? N'ai-je pas la plus jolie fille de tout le Nottinghamshire ? Et enfin, ne dois-je pas l'épouser jeudi prochain dans la douce ville de Locksley ? »

« Ha », dit Robin, « viens-tu de la ville de Locksley ? Je connais bien ce bel endroit pour des lieues à la ronde, et je connais bien chaque haie et chaque doux ruisseau caillouteux, et même tous les petits poissons brillants qui s'y trouvent, car c'est là que je suis né et que j'ai grandi. Eh bien, où vas-tu avec ta viande, mon brave ami ? »

« Je vais au marché de la ville de Nottingham pour vendre mon bœuf et mon mouton », répondit le boucher. « Mais qui es-tu, toi qui viens de la ville de Locksley ? »

« Je suis un franc-tenancier, et les hommes m'appellent Robin Hood. »

« Or, par la grâce de Notre Dame », s'écria le boucher, « je connais bien ton nom, et maintes fois j'ai entendu tes exploits chantés et racontés. Mais le Ciel m'en préserve, que tu me prennes quoi que ce soit ! Je suis un honnête homme, et je n'ai fait de tort ni à homme ni à femme ; alors ne m'importune pas, bon maître, comme je ne t'ai jamais importuné. »

« Non, le Ciel m'en préserve, en effet », dit Robin, « que je prenne à quelqu'un comme toi, joyeux compagnon ! Pas même un liard ne te prendrais-je, car j'aime fort un beau visage saxon comme le tien — surtout quand il vient de la ville de Locksley, et plus spécialement quand l'homme qui le possède doit épouser une jolie fille jeudi prochain. Mais viens, dis-moi à quel prix tu me vendras toute ta viande, ton cheval et ta charrette. »

« À quatre marcs, j'estime la viande, la charrette et la jument », dit le boucher, « mais si je ne vends pas toute ma viande, je n'aurai pas quatre marcs de valeur. »

Alors Robin Hood tira la bourse de sa ceinture et dit : « Voici dans cette bourse six marcs. Eh bien, je voudrais être boucher pour la journée et vendre ma viande dans la ville de Nottingham. Veux-tu conclure le marché avec moi et prendre six marcs pour ton équipage ? »

« Puisse la bénédiction de tous les saints tomber sur ta tête honnête ! » s'écria le boucher tout joyeux, en sautant de sa charrette et en prenant la bourse que Robin lui tendait.

« Non », dit Robin en riant aux éclats, « beaucoup m'aiment et me veulent du bien, mais rares sont ceux qui me disent honnête. Maintenant, retourne vers ta promise, et donne-lui un doux baiser de ma part. » Ce disant, il revêtit le tablier du boucher, et, grimpant dans la charrette, il prit les rênes en main et partit à travers la forêt vers la ville de Nottingham.

Quand il arriva à Nottingham, il entra dans la partie du marché où se tenaient les bouchers, et prit place au meilleur endroit qu'il pût trouver. Ensuite, il ouvrit son étal et étala sa viande sur le banc, puis, prenant son couperet et son acier et les faisant résonner ensemble, il entonna à haute voix sur un ton joyeux :

« Venez, mesdemoiselles, et vous aussi mesdames, Et achetez votre viande chez moi ; Car trois deniers de viande, je vends Pour le prix d'un seul denier.

J'ai de l'agneau qui n'a été nourri Que des tendres pâquerettes, Et de la violette douce, et de la jonquille Qui poussent près des beaux ruisseaux.

Et j'ai du bœuf des landes bruyères, Et du mouton des vallons verdoyants, Et du veau aussi blanc que le front d'une pucelle, Avec le lait de sa mère, je le crois.

Alors venez, mesdemoiselles, et vous aussi mesdames, Venez, achetez votre viande chez moi, Car trois deniers de viande, je vends Pour le prix d'un seul denier. »

Ainsi chantait-il gaiement, tandis que tous ceux qui se trouvaient à proximité écoutaient avec stupéfaction. Puis, lorsqu'il eut fini, il fit résonner l'acier et le couperet encore plus fort, criant vigoureusement : « Alors, qui veut acheter ? Qui veut acheter ? J'ai quatre prix fixes. Trois deniers de viande, je les vends à un gros moine ou prêtre pour six pence, car je ne veux pas de leur clientèle ; aux gras échevins, je fais payer trois pence, car peu m'importe qu'ils achètent ou non ; aux dames bien en chair, je vends trois deniers de viande pour un denier, car j'aime bien leur clientèle ; mais à la jolie fille qui a de la sympathie pour un bon et vigoureux boucher, je ne fais payer rien d'autre qu'un beau baiser, car c'est sa clientèle que je préfère entre toutes. »

Alors tout le monde commença à regarder, à s'étonner et à se rassembler autour de lui en riant, car on n'avait jamais entendu pareille vente dans toute la ville de Nottingham ; mais quand ils vinrent acheter, ils trouvèrent que c'était comme il l'avait dit, car il donnait à la bonne femme ou à la dame autant de viande pour un denier qu'elles pouvaient en acheter ailleurs pour trois, et quand une veuve ou une pauvre femme venait à lui, il lui donnait de la chair pour rien ; mais quand une joyeuse fille arrivait et lui donnait un baiser, il ne lui faisait pas payer un seul denier pour sa viande ; et beaucoup de celles-là vinrent à son étal, car ses yeux étaient aussi bleus que le ciel de juin, et il riait gaiement, donnant à chacune pleine mesure. Ainsi, il vendit sa viande si vite qu'aucun boucher qui se tenait près de lui ne put rien vendre.

Alors ils commencèrent à parler entre eux, et certains dirent : « Ce doit être quelque voleur qui a volé la charrette, le cheval et la viande » ; mais d'autres dirent : « Non, quand avez-vous jamais vu un voleur qui se séparait de ses biens si librement et si joyeusement ? Ce doit être quelque prodigue qui a vendu les terres de son père, et qui veut vivre joyeusement tant que l'argent durera. » Et ces derniers étant les plus nombreux, les autres se rallièrent un par un à leur façon de penser.

Puis certains bouchers vinrent à lui pour faire sa connaissance. « Viens, frère », dit l'un d'eux qui était le chef de tous, « nous sommes tous du même métier, alors veux-tu venir dîner avec nous ? Car ce jour, le Shérif a invité toute la Guilde des Bouchers à festoyer avec lui à la Salle de la Guilde. Il y aura de la bonne chère et beaucoup à boire, et c'est ce que tu aimes, ou alors je me trompe fort sur ton compte. »

« Malédiction sur son cœur », dit le joyeux Robin, « à celui qui refuserait un boucher. Et, de plus, je viendrai dîner avec vous tous, mes doux garçons, et cela aussi vite que je peux me hâter. » Sur quoi, ayant vendu toute sa viande, il ferma son étal et les accompagna à la grande Salle de la Guilde.

Le Shérif y était déjà arrivé en grande pompe, et avec lui beaucoup de bouchers. Quand Robin et ceux qui étaient avec lui entrèrent, tous riant d'un joyeux trait d'esprit qu'il leur avait raconté, ceux qui étaient près du Shérif lui chuchotèrent : « Voilà un gaillard bien fou, car il a vendu plus de viande pour un denier ce jour que nous ne pourrions en vendre pour trois, et à toute joyeuse fille qui lui donnait un baiser, il donnait de la viande pour rien. » Et d'autres disaient : « C'est quelque prodigue qui a vendu ses terres pour de l'argent et de l'or, et qui entend tout dépenser joyeusement. »

Alors le Shérif appela Robin à lui, ne le reconnaissant pas dans sa tenue de boucher, et le fit asseoir près de lui à sa droite ; car il aimait un riche jeune prodigue — surtout quand il pensait qu'il pourrait alléger les poches de ce prodigue au profit de sa propre et très honorable bourse. Il fit donc grand cas de Robin, et rit et parla avec lui plus qu'avec aucun des autres.

Enfin, le dîner fut prêt à être servi et le Shérif pria Robin de dire le bénédicité, alors Robin se leva et dit : « Que le Ciel nous bénisse tous, ainsi que la bonne viande et le bon vin dans cette maison, et que tous les bouchers soient et restent des hommes aussi honnêtes que moi. »

À cela, tous rirent, le Shérif plus fort que tous, car il se disait : « Assurément, c'est bien là quelque prodigue, et peut-être pourrai-je vider sa bourse d'une partie de l'argent que l'idiot dépense si librement. » Puis il parla à haute voix à Robin, en disant : « Tu es un joyeux jeune gaillard, et je t'aime énormément » ; et il frappa Robin sur l'épaule.

Alors Robin rit bruyamment aussi. « Oui », dit-il, « je sais que tu aimes un joyeux gaillard, car n'as-tu pas eu le joyeux Robin Hood à ton concours de tir et ne lui as-tu pas volontiers donné une flèche d'or brillante pour lui tout seul ? »

À cela, le Shérif parut grave, et toute la guilde des bouchers aussi, si bien que personne ne rit sauf Robin, et que certains firent seulement des clins d'œil sournois les uns aux autres.

« Allons, remplis-nous du vin ! » cria Robin. « Soyons toujours joyeux tant que nous le pouvons, car l'homme n'est que poussière, et il n'a qu'un court instant à vivre ici avant que le ver ne l'ait, comme dit notre bon commère Swanthold ; alors que la vie soit joyeuse tant qu'elle dure, dis-je. Non, ne fais jamais grise mine, Sire Shérif. Qui sait si tu ne pourrais pas encore attraper Robin Hood, si tu buvais moins de bon vin et de Malvoisie, et si tu faisais descendre la graisse de ton ventre et la poussière de ton cerveau. Sois joyeux, l'homme. »

Alors le Shérif rit de nouveau, mais non comme s'il appréciait la plaisanterie, tandis que les bouchers se disaient les uns aux autres : « Devant le Ciel, jamais nous n'avons vu un gaillard aussi fou et chahuteur. Peut-être, cependant, rendra-t-il le Shérif fou. »

« Eh quoi, frères », cria Robin, « soyez joyeux ! Non, ne comptez jamais vos liards, car par ceci et par cela, je paierai moi-même cette addition, même si elle doit coûter deux cents livres. Alors que personne ne fasse la moue, ni ne plonge son index dans sa bourse, car je jure que ni boucher ni Shérif ne paieront un denier pour ce festin. »

« Tu es bien une âme joyeuse », dit le Shérif, « et je sais que tu dois avoir beaucoup de bêtes à cornes et beaucoup d'acres de terre, puisque tu dépenses ton argent si librement. »

« Oui, c'est vrai », dit Robin en riant de nouveau bruyamment, « cinq cents bêtes à cornes et plus, mes frères et moi avons, et nous n'avons pu en vendre aucune, sinon je ne serais pas devenu boucher. Quant à ma terre, je n'ai jamais demandé à mon intendant combien d'acres j'avais. »

À cela, les yeux du Shérif pétillèrent, et il gloussa en lui-même. « Non, bon jeune homme », dit-il, « si tu ne peux vendre ton bétail, il se peut que je trouve un homme qui te les soulagera ; peut-être cet homme sera-t-il moi-même, car j'aime un joyeux jeune homme et je voudrais aider un tel garçon sur le chemin de la vie. Alors combien veux-tu pour ton bétail à cornes ? »

« Eh bien », dit Robin, « ils valent au moins cinq cents livres. »

« Non », répondit lentement le Shérif, et comme s'il réfléchissait en lui-même, « je t'aime bien, et je voudrais volontiers t'aider, mais cinq cents livres en argent, c'est une belle somme ronde ; en plus, je ne les ai pas sur moi. Pourtant, je te donnerai trois cents livres pour le tout, et cela en bon argent comptant et en or. »

« Vieux misérable ! » dit Robin, « tu sais bien que tant de bêtes à cornes valent sept cents livres et plus, et même cela, c'est peu pour elles, et pourtant toi, avec tes cheveux gris et un pied dans la tombe, tu voudrais spéculer sur la folie d'un jeune sauvage. »

À cela, le Shérif regarda Robin avec sévérité. « Non », dit Robin, « ne me regarde pas comme si tu avais de la bière aigre dans la bouche, l'homme. J'accepterai ton offre, car mes frères et moi avons besoin d'argent. Nous menons une vie joyeuse, et personne ne mène une vie joyeuse pour un liard, alors je conclurai le marché avec toi. Mais fais attention à apporter trois cents bonnes livres avec toi, car je ne fais pas confiance à quelqu'un qui conclut un marché aussi serré. »

« J'apporterai l'argent », dit le Shérif. « Mais quel est ton nom, bon jeune homme ? »

« Les hommes m'appellent Robert o' Locksley », dit le hardi Robin.

« Alors, bon Robert o' Locksley », dit le Shérif, « je viendrai ce jour voir tes bêtes à cornes. Mais d'abord, mon clerc rédigera un document dans lequel tu seras lié à la vente, car tu n'auras pas mon argent sans que j'obtienne tes bêtes en échange. »

Alors Robin Hood rit de nouveau. « Qu'il en soit ainsi », dit-il en frappant sa paume sur la main du Shérif. « Vraiment, mes frères te seront reconnaissants pour ton argent. »

Ainsi le marché fut conclu, mais beaucoup de bouchers parlaient entre eux du Shérif, disant que c'était là un tour bien mesquin que de duper un pauvre jeune prodigue de cette façon.

L'après-midi était déjà avancée quand le Shérif monta sur son cheval et rejoignit Robin Hood, qui attendait devant la porte de la cour pavée, car il avait vendu son cheval et sa charrette à un marchand pour deux marcs. Ils se mirent alors en route, le Shérif chevauchant sa monture et Robin courant à côté de lui. Ils quittèrent ainsi la ville de Nottingham et voyagèrent le long de la grande route poussiéreuse, riant et plaisantant ensemble comme s'ils avaient été de vieux amis. Mais tout le temps, le Shérif se disait en lui-même : « Ta plaisanterie à mon sujet concernant Robin Hood te coûtera cher, mon brave, même quatre cents livres, idiot que tu es. » Car il pensait qu'il gagnerait au moins cette somme grâce à son marché.

Ils voyagèrent donc jusqu'à ce qu'ils atteignent la lisière de la forêt de Sherwood, quand soudain le Shérif regarda de haut en bas et à droite et à gauche de lui, puis devint silencieux et cessa de rire. « Maintenant », dit-il, « puissent le Ciel et ses saints nous préserver ce jour d'un vaurien que les hommes appellent Robin Hood. »

Alors Robin rit aux éclats. « Non », dit-il, « tu peux rester tranquille, car je connais bien Robin Hood et je sais bien que tu ne cours pas plus de danger de sa part aujourd'hui que de la mienne. »

À ces mots, le shérif jeta un regard de côté à Robin, se disant en lui-même : « Je n'aime pas que tu sembles si bien connaître ce hardi hors-la-loi, et je voudrais être bien loin de la forêt de Sherwood. »

Mais ils s'enfonçaient toujours plus avant dans l'ombre de la forêt, et plus ils avançaient, plus le shérif se faisait silencieux. Enfin, ils arrivèrent à un endroit où la route faisait un brusque détour, et devant eux, un troupeau de daims fauves traversait le chemin d'un pas léger. Alors Robin Hood s'approcha du shérif et, pointant le doigt, il dit : « Voici mes bêtes à cornes, bon maître shérif. Comment les trouves-tu ? Ne sont-elles pas grasses et belles à voir ? »

À cela, le shérif tira brusquement sur les rênes. « Maintenant, l'ami », dit-il, « je voudrais être bien loin de cette forêt, car je n'aime point ta compagnie. Va ton propre chemin, mon brave, et laisse-moi aller le mien. »

Mais Robin se contenta de rire et saisit la bride du cheval du shérif. « Non », cria-t-il, « reste un instant, car je veux que tu voies mes frères, qui possèdent ces belles bêtes à cornes avec moi. » En disant cela, il porta son cor à sa bouche et sonna trois notes joyeuses, et bientôt, bondissant sur le sentier, apparurent cent bons et vigoureux forestiers avec Petit Jean à leur tête.

« Que désires-tu, bon maître ? » demanda Petit Jean.

« Eh bien », répondit Robin, « ne vois-tu pas que j'ai amené une belle compagnie pour festoyer avec nous aujourd'hui ? Fi, quelle honte ! Ne vois-tu pas notre bon et honorable maître, le shérif de Nottingham ? Prends sa bride, Petit Jean, car il nous a fait l'honneur aujourd'hui de venir festoyer avec nous. »

Alors tous ôtèrent humblement leurs chapeaux, sans sourire ni paraître plaisanter, tandis que Petit Jean prenait la bride et menait le palefroi encore plus profondément dans la forêt, tous marchant en ordre, Robin Hood marchant aux côtés du shérif, le chapeau à la main.

Pendant tout ce temps, le shérif ne dit pas un mot, mais regardait autour de lui comme un homme soudainement réveillé de son sommeil ; mais lorsqu'il se trouva au plus profond de Sherwood, son cœur se serra, car il pensa : « À coup sûr, mes trois cents livres me seront prises, même s'ils ne prennent pas ma vie, car j'ai comploté contre eux plus d'une fois. » Mais tous semblaient humbles et doux, et pas un mot ne fut dit sur le danger, ni pour la vie ni pour l'argent.

Ainsi arrivèrent-ils enfin à cette partie de la forêt de Sherwood où un noble chêne étendait largement ses branches, et sous lequel se trouvait un siège tout fait de mousse, sur lequel Robin s'assit, plaçant le shérif à sa droite. « Maintenant, préparez-vous, mes joyeux compagnons », dit-il, « et apportez ce que nous avons de meilleur, tant en viande qu'en vin, car son excellence le shérif m'a régalé aujourd'hui dans la salle de la guilde de Nottingham, et je ne voudrais pas qu'il reparte les mains vides. »

Pendant tout ce temps, il n'avait pas été question de l'argent du shérif, si bien qu'il commença peu à peu à reprendre courage. « Car », se disait-il, « peut-être Robin Hood a-t-il tout oublié. »

Alors, tandis qu'au loin dans la forêt des feux clairs crépitaient et que des odeurs savoureuses de venaison rôtie à point et de chapons gras embaumaient la clairière, et que des pâtés dorés réchauffaient près de la flamme, Robin Hood divertit le shérif de façon royale. D'abord, plusieurs couples s'avancèrent au bâton, et si habiles étaient-ils au jeu, et si rapidement donnaient-ils coups et parades, que le shérif, qui aimait regarder tous les sports vigoureux de ce genre, battit des mains, oubliant où il se trouvait, et criant tout haut : « Bien frappé ! Bien frappé, toi l'homme à la barbe noire ! » ignorant que l'homme qu'il interpellait était le chaudronnier qui avait essayé de lui signifier son mandat contre Robin Hood.

Puis plusieurs forestiers s'avancèrent et étendirent des nappes sur l'herbe verte, et disposèrent un festin royal ; tandis que d'autres mettaient en perce des tonneaux de vin sec et de Malvoisie et de bonne bière forte, et les disposaient en pichets sur la nappe, avec des cornes à boire tout autour. Puis tous s'assirent et festoyèrent et burent joyeusement ensemble jusqu'à ce que le soleil fût bas et que la demi-lune scintillât d'une lueur pâle entre les feuilles des arbres au-dessus d'eux.

Alors le shérif se leva et dit : « Je vous remercie tous, bons forestiers, pour l'amusant divertissement que vous m'avez offert ce jour. Avec courtoisie vous m'avez traité, montrant en cela que vous avez beaucoup de respect pour notre glorieux roi et son délégué dans le brave Nottinghamshire. Mais les ombres s'allongent, et je dois partir avant que l'obscurité ne vienne, de peur de m'égarer dans la forêt. »

Alors Robin Hood et tous ses joyeux compagnons se levèrent aussi, et Robin dit au shérif : « Si tu dois partir, honorable monsieur, tu le dois ; mais tu as oublié une chose. »

« Non, je n'ai rien oublié », dit le shérif ; pourtant, son cœur se serra tout de même.

« Mais je dis que tu as oublié quelque chose », dit Robin. « Nous tenons une joyeuse auberge ici dans le bois vert, mais quiconque devient notre hôte doit payer son écot. »

Alors le shérif rit, mais son rire était creux. « Eh bien, joyeux garçons », dit-il, « nous avons passé un moment agréable ensemble aujourd'hui, et même si vous ne me l'aviez pas demandé, je vous aurais donné vingt livres pour l'aimable divertissement que j'ai reçu. »

« Non », dit Robin sérieusement, « il nous siérait mal de traiter Votre Excellence si chichement. Sur ma foi, monsieur le shérif, j'aurais honte de me montrer si je ne comptais pas le délégué du roi à trois cents livres. N'est-ce pas, mes joyeux compagnons ? »

Alors « Oui ! » crièrent tous d'une voix forte.

« Trois cents diables ! » rugit le shérif. « Pensez-vous que votre festin de gueux valait trois livres, sans parler de trois cents ? »

« Non », dit Robin gravement. « Ne parlez pas si brutalement, Excellence. Je vous aime pour le doux festin que vous m'avez offert ce jour dans la joyeuse ville de Nottingham ; mais il y a ici des gens qui ne vous aiment pas autant. Si vous regardez le long de la nappe, vous verrez Will Stutely, à qui vous n'êtes pas en grande faveur ; puis deux autres gaillards ici présents que vous ne connaissez pas, qui ont été blessés dans une rixe près de Nottingham, il y a quelque temps — vous savez quand ; l'un d'eux a été gravement blessé à un bras, mais il en a retrouvé l'usage. Bon shérif, suivez mon conseil ; payez votre écot sans plus tarder, ou peut-être cela pourrait-il mal tourner pour vous. »

Tandis qu'il parlait, les joues vermeilles du shérif devinrent pâles, et il ne dit rien de plus, mais regarda le sol et rongea sa lèvre inférieure. Puis, lentement, il tira sa grosse bourse et la jeta sur la nappe devant lui.

« Maintenant prends la bourse, Petit Jean », dit Robin Hood, « et vois si l'écot est juste. Nous ne voudrions pas douter de notre shérif, mais il pourrait ne pas apprécier de découvrir qu'il n'a pas payé son dû complet. »

Alors Petit Jean compta l'argent et trouva que le sac contenait trois cents livres en argent et en or. Mais pour le shérif, il semblait que chaque tintement de la monnaie brillante fût une goutte de sang de ses veines. Et quand il vit tout cela compté en un tas d'argent et d'or, remplissant un plat de bois, il se détourna et monta silencieusement sur son cheval.

« Jamais nous n'avons eu un invité si honorable ! » dit Robin, « et, comme le jour décline, je vais envoyer l'un de mes jeunes gens pour te guider hors des profondeurs de la forêt. »

« Non, le ciel m'en garde ! » cria le shérif précipitamment. « Je peux trouver mon chemin tout seul, brave homme, sans aide. »

« Alors je te mettrai sur le bon chemin moi-même », dit Robin, et, prenant le cheval du shérif par la bride, il le mena sur le sentier principal de la forêt. Puis, avant de le laisser partir, il dit : « Maintenant, adieu, bon shérif, et quand la prochaine fois tu penseras spolier quelque pauvre prodigue, souviens-toi de ton festin dans la forêt de Sherwood. "N'achète jamais un cheval, mon ami, sans d'abord regarder dans sa gueule", comme dit notre bon vieil Swanthold. Et ainsi, une fois de plus, adieu. » Puis il frappa la croupe du cheval, et le cheval et le shérif partirent au galop à travers les clairières de la forêt.

Alors le shérif regretta amèrement le jour où il s'en prit pour la première fois à Robin Hood, car tous les hommes se moquaient de lui et de nombreuses ballades furent chantées par les gens à travers tout le pays, sur la façon dont le shérif était allé tondre et était revenu tondu jusqu'à la peau. Car c'est ainsi que les hommes se font parfois prendre à leur propre piège par cupidité et ruse.

Petit Jean va à la foire de Nottingham

LE PRINTEMPS AVAIT PASSE depuis le festin du shérif à Sherwood, et l'été aussi, et le doux mois d'octobre était venu. L'air était frais et vif ; les récoltes étaient rentrées, les jeunes oiseaux avaient leur plumage complet, le houblon était cueilli et les pommes étaient mûres. Mais bien que le temps eût apaisé les choses au point que les hommes ne parlaient plus des bêtes à cornes que le shérif voulait acheter, il était toujours chagriné par cette affaire et ne pouvait supporter d'entendre le nom de Robin Hood prononcé en sa présence.

Avec octobre était venu le moment de tenir la grande foire qui était célébrée tous les cinq ans à la ville de Nottingham, où les gens venaient de près et de loin à travers tout le pays. En ces temps-là, le tir à l'arc était toujours le sport principal de la journée, car les forestiers du Nottinghamshire étaient les plus habiles à l'arc long de toute la joyeuse Angleterre, mais cette année, le shérif hésita longtemps avant de proclamer la foire, craignant que Robin Hood et sa bande ne vinssent y assister. Au début, il eut presque l'intention de ne pas proclamer la foire, mais une seconde réflexion lui dit que les hommes se moqueraient de lui et diraient entre eux qu'il avait peur de Robin Hood, alors il écarta cette pensée. Enfin, il se fixa dans son esprit qu'il offrirait un prix pour lequel ils ne voudraient pas concourir. En de telles occasions, il était d'usage d'offrir une demi-douzaine de marcs ou un tonneau de bière, alors cette année, il proclama qu'un prix de deux bœufs gras serait donné au meilleur archer.

Quand Robin Hood apprit ce qui avait été proclamé, il fut contrarié et dit : « Maudit soit ce shérif de vouloir offrir un tel prix que seuls des pâtres voudront tirer pour l'obtenir ! Je n'aurais rien aimé de plus que d'avoir une autre joute dans la joyeuse ville de Nottingham, mais si je devais gagner ce prix, cela ne me donnerait ni plaisir ni profit. »

Alors Petit Jean prit la parole : « Non, mais écoutez, bon maître », dit-il, « aujourd'hui même, Will Stutely, le jeune David de Doncaster et moi étions à l'enseigne du Sanglier Bleu, et là, nous avons entendu toutes les nouvelles de cette joyeuse foire, et aussi que le shérif a offert ce prix, afin que nous, de Sherwood, ne tenions pas à venir à la foire ; alors, bon maître, si vous le voulez, je voudrais aller tenter de gagner même cette piètre chose parmi les vigoureux forestiers qui tireront à la ville de Nottingham. »

« Non, Petit Jean », dit Robin, « tu es un gaillard solide et vigoureux, pourtant il te manque la ruse que possède le bon Stutely, et je ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur pour tout le Nottinghamshire. Néanmoins, si tu veux y aller, prends quelque déguisement de peur qu'il n'y ait là-bas des gens qui puissent te reconnaître. »

« Qu'il en soit ainsi, bon maître », dit Petit Jean, « pourtant tout le déguisement que je désire est un bon habit écarlate au lieu de celui-ci en vert Lincoln. Je tirerai le capuchon de ma veste sur ma tête de sorte qu'il cache mes cheveux bruns et ma barbe, et alors, je l'espère, personne ne me reconnaîtra. »

« C'est bien contre mon gré », dit Robin Hood, « néanmoins, si tu le souhaites, va-t'en, mais conduis-toi convenablement, Petit Jean, car tu es mon bras droit et je supporterais mal qu'il t'arrive malheur. »

Alors Petit Jean se vêtit tout en écarlate et partit pour la foire à la ville de Nottingham.

Bien joyeux étaient ces jours de foire à Nottingham, quand le terrain vert devant la grande porte de la ville était parsemé de stands disposés en rangs, avec des tentes de toile multicolore, suspendues de banderoles et de guirlandes de fleurs, et que les gens venaient de toute la campagne, tant les nobles que les gens du peuple. Dans certains stands, on dansait sur une musique joyeuse, dans d'autres coulaient la bière et la cervoise, et dans d'autres encore, on vendait des gâteaux sucrés et du sucre d'orge ; et le sport se pratiquait aussi à l'extérieur des stands, où quelque ménestrel chantait des ballades d'autrefois, jouant un accompagnement à la harpe, ou où les lutteurs s'affrontaient dans l'arène de sciure, mais les gens se rassemblaient surtout autour d'une estrade surélevée où de vigoureux gaillards jouaient au bâton.

Ainsi Petit Jean arriva à la foire. Ses chausses et son pourpoint étaient tout écarlates, et écarlate était son bonnet à capuchon, avec une plume écarlate plantée sur le côté. Sur ses épaules était suspendu un arc robuste en if, et sur son dos pendait un carquois de bonnes flèches bien rondes. Beaucoup se retournèrent pour regarder un si vigoureux et grand gaillard, car ses épaules étaient plus larges d'une largeur de paume que toutes celles qui étaient là, et il dépassait d'une tête tous les autres hommes. Les filles, aussi, le regardaient de travers, pensant n'avoir jamais vu un jeune homme plus vigoureux.

Tout d'abord, il alla au stand où l'on vendait de la bière forte et, se tenant debout sur un banc, il appela tous ceux qui étaient proches à venir boire avec lui. « Hé, braves gars ! » cria-t-il, « qui veut boire de la bière avec un vigoureux forestier ? Venez, tous ! Venez, tous ! Soyons joyeux, car la journée est douce et la bière est pétillante. Venez ici, bon forestier, et toi, et toi ; car pas un liard ne paiera aucun de vous. Non, tournez ici, toi le mendiant vigoureux, et toi le joyeux chaudronnier, car tous seront joyeux avec moi. »

Ainsi cria-t-il, et tous se pressèrent autour, riant, tandis que la bière brune coulait ; et ils appelaient Petit Jean un brave compagnon, chacun jurant qu'il l'aimait comme son propre frère ; car quand on a du divertissement sans rien payer, on aime l'homme qui vous l'offre.

Puis il flâna vers l'estrade où l'on jouait au bâton, car il aimait une joute au bâton comme il aimait manger et boire ; et ici se produisit une aventure qui fut chantée dans les ballades à travers tout le centre du pays pendant bien des jours.

Il y avait là un gaillard qui cassait les têtes de quiconque jetait son bonnet dans l'arène. C'était Eric o' Lincoln, de grande renommée, dont le nom avait été chanté dans des ballades à travers toute la campagne. Quand Petit Jean atteignit l'estrade, il ne trouva personne qui se battît, mais seulement le hardi Eric marchant de long en large sur l'estrade, faisant tournoyer son bâton et criant vigoureusement : « Maintenant, qui viendra et frappera un coup pour la fille qu'il aime le mieux, avec un bon forestier du Lincolnshire ? Comment, les gars ? Montez ! Montez ! Ou bien les yeux des filles ne sont pas brillants par ici, ou bien le sang de la jeunesse de Nottingham est lent et froid. Lincoln contre Nottingham, dis-je ! Car personne n'a mis le pied sur les planches ce jour tel que nous, ceux de Lincoln, appelons un joueur de bâton. »

À cela, l'un donnait un coup de coude à l'autre en disant : « Vas-y, Ned ! » ou « Vas-y, Thomas ! » mais aucun gars ne tenait à gagner une tête cassée pour rien.

Bientôt Eric vit où Petit Jean se tenait parmi les autres, une tête et des épaules au-dessus d'eux tous, et il l'appela haut et fort : « Holà, toi le grand échalas en écarlate ! Larges sont tes épaules et épaisse ta tête ; ta fille n'est-elle pas assez belle pour que tu prennes le bâton en main pour elle ? En vérité, je crois que les hommes de Nottingham se transforment en os et en tendons, car ils n'ont ni cœur ni courage ! Maintenant, toi le grand lourdaud, ne veux-tu pas faire tournoyer le bâton pour Nottingham ? »

« Si », dit Petit Jean, « si seulement j'avais mon propre bon bâton ici, cela me ferait grand plaisir de casser le crâne de ton coquin, espèce de vantard impertinent ! Je sais qu'il serait bon pour toi que ta crête de coq fût coupée ! » Ainsi parla-t-il, lentement d'abord, car il était lent à s'émouvoir ; mais sa colère gagnait du terrain comme une grosse pierre roulant sur une colline, si bien qu'à la fin il était empli de rage.

Alors Eric o' Lincoln rit aux éclats. « Bien parlé pour quelqu'un qui craint de me rencontrer loyalement, homme contre homme », dit-il. « Impertinent tu es toi-même, et si tu poses le pied sur ces planches, je ferai claquer ta langue impertinente à l'intérieur de tes dents ! »

« Maintenant », dit Petit Jean, « n'y a-t-il personne ici qui veuille me prêter un bon bâton robuste pour que j'essaie la trempe de ce gaillard ? » À cela, une dizaine lui tendirent leurs bâtons, et il prit le plus robuste et le plus lourd de tous. Puis, regardant le bâton de haut en bas, il dit : « Maintenant, je n'ai en main qu'une écharde de bois — une paille d'orge, pour ainsi dire — pourtant je pense qu'il devra me suffire, alors allons-y. » Là-dessus, il jeta le bâton sur l'estrade et, sautant légèrement après, il le saisit de nouveau dans sa main.

Alors chaque homme se tint à sa place et mesura l'autre avec des regards féroces jusqu'à ce que celui qui dirigeait le sport criât : « Jouez ! » À cela, ils s'avancèrent, chacun saisissant son bâton fermement au milieu. Alors ceux qui se tenaient autour virent le plus vigoureux jeu de bâton que la ville de Nottingham eût jamais contemplé. Au début, Eric o' Lincoln pensa qu'il obtiendrait un avantage facile, alors il s'avança comme s'il voulait dire : « Regardez, bonnes gens, comment je découpe ce coquelet bien rapidement » ; mais il s'aperçut bientôt que ce n'était pas une affaire si rapide. Très adroitement il frappa, et avec une grande habileté d'escrime, mais il avait trouvé son maître en Petit Jean. Une, deux, trois fois, il frappa, et trois fois Petit Jean détourna les coups à gauche et à droite. Puis rapidement et avec un délicat coup de revers, il frappa Eric sous sa garde si habilement que cela lui fit à nouveau résonner la tête. Alors Eric recula pour reprendre ses esprits, tandis qu'un grand cri s'élevait et que tous étaient heureux que Nottingham eût cassé la tête de Lincoln ; et ainsi se termina la première joute du jeu.

Puis bientôt le directeur du sport cria : « Jouez ! » et ils se rencontrèrent à nouveau ; mais maintenant Eric jouait avec prudence, car il trouvait que son homme était de très bonne trempe, et de plus il n'avait pas un doux souvenir du coup qu'il avait reçu ; si bien que lors de cette joute, ni Petit Jean ni l'homme de Lincoln ne reçurent de coup à l'intérieur de leur garde. Puis, après un moment, ils se séparèrent à nouveau, et cela fit la deuxième joute.

Puis, pour la troisième fois, ils se rencontrèrent, et au début Eric s'efforça d'être prudent, comme il l'avait été auparavant ; mais, devenant fou de se voir ainsi déjoué, il perdit ses esprits et commença à pleuvoir des coups si violemment et si vite qu'ils résonnaient comme de la grêle sur un toit de mansarde ; mais, malgré tout, il n'atteignit pas l'intérieur de la garde de Petit Jean. Alors enfin Petit Jean vit sa chance et la saisit très habilement. Une fois de plus, avec un coup rapide, il frappa Eric sur le côté de la tête, et avant qu'il ne puisse se reprendre, Petit Jean glissa sa main droite vers sa gauche et, avec un coup tournoyant, frappa l'autre si durement sur le crâne qu'il tomba comme s'il ne devait plus jamais bouger.

Alors le peuple cria si fort que les gens accoururent de partout pour voir ce qui se passait ; tandis que Petit Jean sautait de l'estrade et rendait le bâton à celui qui le lui avait prêté. Et ainsi se termina la fameuse joute entre Petit Jean et Eric o' Lincoln de grande renommée.

Mais voici venu le moment pour ceux qui devaient tirer à l'arc long de prendre leurs places, et le peuple commença à affluer vers les buttes où devait avoir lieu le tir. Près de la cible, en bonne place, le Shérif était assis sur une estrade surélevée, entouré de nombreux gentilshommes. Lorsque les archers eurent pris leurs places, le héraut s'avança et proclama les règles du jeu, à savoir que chacun tirerait trois flèches, et que celui qui tirerait le mieux remporterait le prix de deux bœufs gras. Une vingtaine de braves tireurs s'y étaient rassemblés, et parmi eux quelques-uns des plus fins archers de Lincoln et du Nottinghamshire ; et parmi eux Petit Jean se tenait plus grand que tous les autres. « Qui est cet étranger vêtu tout de rouge ? » dirent certains, et d'autres répondirent : « C'est lui qui, à l'instant, a si vigoureusement fendu le crâne d'Eric o' Lincoln. » Ainsi les gens parlaient-ils entre eux, jusqu'à ce qu'enfin cela parvienne aux oreilles du Shérif.

Et maintenant, chaque homme s'avança et tira à son tour ; mais bien que chacun tirât bien, Petit Jean fut le meilleur de tous, car trois fois il atteignit la marque, et une fois seulement à la longueur d'un grain d'orge du centre. « Hourra pour le grand archer ! » cria la foule, et certains parmi eux crièrent : « Hourra pour Reynold Greenleaf ! » car c'était le nom que Petit Jean s'était donné ce jour-là.

Alors le Shérif descendit du siège surélevé et vint là où se tenaient les archers, tandis que tous ceux qui le voyaient venir ôtaient leurs bonnets. Il regarda fixement Petit Jean mais ne le reconnut pas, bien qu'il dise, après un moment : « Eh bien, mon brave, il me semble qu'il y a quelque chose dans ton visage que j'ai déjà vu autrefois. »

« Il se peut qu'il en soit ainsi, » dit Petit Jean, « car souvent j'ai vu Votre Honneur. » Et, tandis qu'il parlait, il regarda fixement dans les yeux du Shérif, de sorte que ce dernier ne soupçonna point qui il était.

« Tu es une brave lame, mon bon ami, » dit le Shérif, « et j'entends dire que tu as bien soutenu l'habileté du Nottinghamshire contre celle de Lincoln ce jour. Quel peut être ton nom, mon brave ? »

« Les hommes m'appellent Reynold Greenleaf, Votre Honneur, » dit Petit Jean ; et la vieille ballade qui raconte cela ajoute : « Ainsi, en vérité, était-il une feuille verte, mais de quelle espèce d'arbre, le Shérif ne le savait point. »

« Or donc, Reynold Greenleaf, » dit le Shérif, « tu es le plus habile à l'arc long que mes yeux aient jamais contemplé, après ce faux larron, Robin Hood, des ruses duquel le Ciel me préserve ! Veux-tu entrer à mon service, mon brave ? Tu seras fort bien payé, car tu auras trois habits par an, avec de la bonne nourriture et autant d'ale que tu pourras en boire ; et, outre cela, je te paierai quarante marcs à chaque Saint-Michel. »

« Alors me voici homme libre, et c'est très volontiers que j'entrerai dans ta maison, » dit Petit Jean, car il pensa qu'il pourrait trouver quelque joyeuse plaisanterie s'il entrait au service du Shérif.

« Tu as honnêtement gagné les bœufs gras, » dit le Shérif, « et à cela j'ajouterai un tonneau de bonne bière de mars, pour la joie d'avoir trouvé un tel homme ; car, je le sais, tu tires une flèche aussi belle que Robin Hood lui-même. »

« Alors, » dit Petit Jean, « pour la joie de m'être mis à ton service, je donnerai les bœufs gras et l'ale brune à toutes ces bonnes gens, pour qu'ils puissent s'en réjouir avec moi. » À ces mots s'éleva un grand cri, beaucoup jetant leurs bonnets en l'air, pour la joie de ce don.

Alors certains bâtirent de grands feux et firent rôtir les bœufs, et d'autres mirent en perce le tonneau d'ale, avec lequel tous se réjouirent. Puis, quand ils eurent mangé et bu autant qu'ils purent, et quand le jour s'effaça et que la grande lune se leva, toute rouge et ronde, au-dessus des flèches et des tours de la ville de Nottingham, ils se prirent par la main et dansèrent autour des feux, au son des cornemuses et des harpes. Mais bien avant que ces réjouissances n'aient commencé, le Shérif et son nouveau serviteur Reynold Greenleaf étaient dans le château de Nottingham.

Comment Petit Jean vivait chez le Shérif

AINSI PETIT JEAN entra au service du Shérif et trouva la vie qu'il y menait assez facile, car le Shérif fit de lui son bras droit et le tint en grande faveur. Il s'asseyait près du Shérif lors des repas, et il courait à côté de son cheval quand il partait à la chasse ; si bien qu'entre la chasse et le faucon, et manger des plats riches et boire du bon vin, et dormir jusqu'à des heures avancées de la matinée, il devint aussi gras qu'un bœuf d'étable. Ainsi les choses flottaient-elles facilement au gré du courant, jusqu'au jour où, alors que le Shérif partait à la chasse, il arriva ce qui brisa la surface lisse des choses.

Ce matin-là, le Shérif et nombre de ses hommes partirent à la rencontre de certains seigneurs, pour aller chasser. Il regarda tout autour de lui pour trouver son bon homme, Reynold Greenleaf, mais, ne le trouvant pas, il fut vexé, car il souhaitait montrer l'habileté de Petit Jean à ses nobles amis. Quant à Petit Jean, il était au lit, ronflant vigoureusement, jusqu'à ce que le soleil fût haut dans les cieux. Enfin, il ouvrit les yeux et regarda autour de lui mais ne bougea point pour se lever. Brillamment brillait le soleil à la fenêtre, et tout l'air était doux de l'odeur du chèvrefeuille qui pendait en grappes sur le mur à l'extérieur, car le froid hiver était passé et le printemps était revenu, et Petit Jean restait étendu, pensant à quel point tout était doux en cette belle matinée. Juste à ce moment, il entendit, faible et lointaine, une note de cor distante sonnant claire et nette. Le son était petit, mais, comme un petit caillou jeté dans une fontaine de verre, il brisa toute la surface lisse de ses pensées, jusqu'à ce que toute son âme fût remplie de trouble. Son esprit sembla s'éveiller de sa torpeur, et sa mémoire lui rappela toute la joyeuse vie des bois — comment les oiseaux chantaient joyeusement là-bas en cette matinée lumineuse, et comment ses compagnons et amis aimés festoyaient et se réjouissaient, ou peut-être parlaient de lui avec des propos sobres ; car lorsqu'il était entré pour la première fois au service du Shérif, il l'avait fait par plaisanterie ; mais la pierre du foyer était chaude pendant l'hiver, et la nourriture était abondante, et ainsi il était resté, remettant de jour en jour son retour à Sherwood, jusqu'à ce que six longs mois fussent passés. Mais maintenant il pensait à son bon maître et à Will Stutely, qu'il aimait plus que quiconque au monde, et au jeune David de Doncaster, qu'il avait si bien entraîné à tous les sports virils, jusqu'à ce qu'une grande et amère nostalgie pour eux tous envahisse son cœur, si bien que ses yeux se remplirent de larmes. Alors il dit tout haut : « Ici je deviens gras comme un bœuf d'étable et toute ma virilité s'en va tandis que je deviens un paresseux et un niais. Mais je vais me réveiller et retourner auprès de mes chers amis une fois de plus, et jamais je ne les quitterai à nouveau tant que la vie ne quittera pas mes lèvres. » En disant cela, il bondit du lit, car il détestait sa paresse maintenant.

Lorsqu'il descendit l'escalier, il vit l'Intendant debout près de la porte du garde-manger — un homme grand et gras, avec un énorme trousseau de clés pendant à sa ceinture. Alors Petit Jean dit : « Holà, Maître Intendant, je suis un homme affamé, car je n'ai eu que néant pour toute cette matinée bénie. Par conséquent, donne-moi à manger. »

Alors l'Intendant le regarda sévèrement et fit tinter les clés à sa ceinture, car il détestait Petit Jean parce qu'il avait trouvé faveur auprès du Shérif. « Alors, Maître Reynold Greenleaf, tu es affamé, n'est-ce pas ? » dit-il. « Mais, beau jeune homme, si tu vis assez longtemps, tu trouveras que celui qui obtient trop de sommeil pour une tête oisive marche avec un estomac vide. Car que dit le vieil adage, Maître Greenleaf ? N'est-ce pas "L'oiseau tardif ne trouve que maigre pitance" ? »

« Maintenant, toi grand sac de graisse ! » cria Petit Jean, « je ne te demande pas la sagesse des fous, mais du pain et de la viande. Qui es-tu, pour me refuser à manger ? Par Saint Dunstan, tu ferais mieux de me dire où est mon petit-déjeuner, si tu veux éviter des os brisés ! »

« Ton petit-déjeuner, Maître Fireblaze, est dans le garde-manger, » répondit l'Intendant.

« Alors va le chercher ici ! » cria Petit Jean, qui s'irrita à ce moment-là.

« Va le chercher toi-même, » dit l'Intendant. « Suis-je ton esclave, pour aller et venir pour toi ? »

« Je dis, va, apporte-le-moi ! »

« Je dis, va, cherche-le toi-même ! »

« Oui, par ma foi, c'est ce que je ferai, et très vite ! » dit Petit Jean dans une rage. Et, disant cela, il se dirigea vers le garde-manger et essaya d'ouvrir la porte mais la trouva verrouillée, ce dont l'Intendant rit en faisant tinter ses clés. Alors la colère de Petit Jean déborda, et, levant son poing fermé, il frappa la porte du garde-manger, faisant éclater trois panneaux et faisant une ouverture si grande qu'il pouvait facilement se baisser et passer à travers.

Quand l'Intendant vit ce qui était fait, il devint fou de rage ; et, comme Petit Jean se penchait pour regarder à l'intérieur du garde-manger, il le saisit par derrière par la nuque, le pinçant douloureusement et le frappant sur la tête avec ses clés jusqu'à ce que les oreilles du yeoman en sifflent à nouveau. À cela, Petit Jean se tourna vers l'Intendant et lui asséna une telle gifle que l'homme gras tomba sur le sol et resta là comme s'il ne devait plus jamais bouger. « Tiens, » dit Petit Jean, « réfléchis bien à ce coup et ne prive plus jamais un homme affamé d'un bon petit-déjeuner. »

Disant cela, il rampa dans le garde-manger et regarda autour de lui pour voir s'il pouvait trouver quelque chose pour apaiser sa faim. Il vit un grand pâté de venaison et deux chapons rôtis, à côté desquels se trouvait un plateau d'œufs de pluvier ; de plus, il y avait un flacon de vin sec et un de vin de Canarie — une vue douce pour un homme affamé. Il les prit sur les étagères et les plaça sur un buffet, et se prépara à se réjouir.

Or le Cuisinier, dans la cuisine en travers de la cour, entendit la conversation bruyante entre Petit Jean et l'Intendant, ainsi que le coup que Petit Jean porta à l'autre, alors il accourut à travers la cour et monta l'escalier jusqu'au garde-manger de l'Intendant, portant dans ses mains la broche avec le rôti encore dessus. Pendant ce temps, l'Intendant avait repris ses esprits et s'était relevé, de sorte que lorsque le Cuisinier arriva au garde-manger de l'Intendant, il le vit luire à travers la porte cassée sur Petit Jean, qui se préparait pour un bon repas, comme un chien en regarde un autre qui a un os. Quand l'Intendant vit le Cuisinier, il vint à lui, et, passant un bras sur son épaule, « Hélas, doux ami ! » dit-il — car le Cuisinier était un homme grand et robuste — « vois-tu ce que ce vil larron Reynold Greenleaf a fait ? Il a fait irruption dans les biens de notre maître, et m'a asséné une gifle sur l'oreille, si bien que j'ai cru être mort. Bon Cuisinier, je t'aime bien, et tu auras un bon pot de notre meilleur vin de maître chaque jour, car tu es un serviteur ancien et fidèle. Aussi, bon Cuisinier, j'ai dix shillings que je compte te donner en cadeau. Mais ne détestes-tu pas voir un vil parvenu comme ce Reynold Greenleaf prendre ses aises si courageusement ? »

« Oui, par ma foi, c'est bien le cas, » dit le Cuisinier avec audace, car il aimait l'Intendant à cause de ses paroles sur le vin et les dix shillings. « Va-t'en tout de suite dans ta chambre, et je ferai sortir ce larron par les oreilles. » Disant cela, il posa sa broche et tira l'épée qui pendait à son côté ; sur quoi l'Intendant partit aussi vite qu'il put, car il détestait la vue de l'acier nu.

Alors le Cuisinier marcha droit vers la porte brisée du garde-manger, à travers laquelle il vit Petit Jean se glisser une serviette sous le menton et se préparer à se réjouir.

« Eh bien, quoi, Reynold Greenleaf ? » dit le Cuisinier, « tu n'es rien de mieux qu'un voleur, je le sais. Sors tout de suite, l'homme, ou je te découperai comme je découperais un cochon de lait. »

« Non, bon Cuisinier, comporte-toi plus décemment, sinon je sortirai à ton grand dam. La plupart du temps je suis comme un agneau d'un an, mais quand quelqu'un s'interpose entre moi et ma viande, je suis un lion rugissant, pour ainsi dire. »

« Lion ou pas lion, » dit le vaillant Cuisinier, « sors tout de suite, sinon tu es un cœur lâche aussi bien qu'un voleur de larron. »

« Ha ! » cria Petit Jean, « le nom de lâche, je ne l'ai jamais eu ; alors, prends garde à toi, bon Cuisinier, car je sors tout de suite, le lion rugissant dont je parlais à l'instant. »

Alors lui aussi tira son épée et sortit du garde-manger ; puis, se mettant en position, ils s'approchèrent lentement l'un de l'autre, avec des regards sombres et coléreux ; mais soudain Petit Jean baissa sa pointe. « Arrête, bon Cuisinier ! » dit-il. « Maintenant, je réalise qu'il serait mal de nous battre avec de bonnes victuailles si proches, et un tel festin qui conviendrait à deux robustes gaillards tels que nous sommes. Par ma foi, bon ami, je pense que nous devrions profiter de ce beau festin avant de nous battre. Qu'en dis-tu, joyeux Cuisinier ? »

À ce discours, le Cuisinier regarda de haut en bas, se grattant la tête dans le doute, car il aimait bien festoyer. Finalement, il prit une longue inspiration et dit à Petit Jean : « Eh bien, bon ami, j'aime fort ton plan ; alors, joli garçon, dis-je, festoyons, de tout mon cœur, car l'un de nous pourrait souper au Paradis avant la tombée de la nuit. »

Alors chacun remit son épée au fourreau et entra dans le garde-manger. Puis, après s'être assis, Petit Jean tira son poignard et le plongea dans la tourte. « Un homme affamé doit être nourri, » dit-il, « alors, doux compère, je me sers sans permission. » Mais le Cuisinier ne resta pas loin derrière, car aussitôt ses mains furent aussi profondément plongées dans le bon pâté. Après cela, aucun d'eux ne parla davantage, mais utilisa ses dents à meilleur escient. Mais bien que personne ne parlât, ils se regardèrent l'un l'autre, chacun pensant en lui-même qu'il n'avait jamais vu un gaillard plus robuste que celui qui était en face de lui sur la table.

Enfin, après qu'un long moment fut passé, le Cuisinier prit une inspiration pleine et profonde, comme de beaucoup de regret, et s'essuya les mains sur la serviette, car il ne pouvait plus manger. Petit Jean, aussi, en avait assez, car il poussa le pâté de côté, comme pour dire : « Je ne veux plus de toi près de moi, bon ami. » Puis il prit le pot de vin sec, et dit-il : « Maintenant, mon bon, je jure par tout ce qui est brillant, que tu es le plus robuste compagnon de table que j'aie jamais eu. Vois ! Je bois à ta santé. » Disant cela, il colla le flacon à ses lèvres et leva les yeux, tandis que le bon vin inondait sa gorge. Puis il passa le pot au Cuisinier, qui dit aussi : « Vois, je bois à ta santé, doux compagnon ! » Et il ne fut pas en reste derrière Petit Jean pour boire, pas plus qu'il ne l'avait été pour manger.

« Maintenant, » dit Petit Jean, « ta voix est ronde et douce, joyeux gars. Je ne doute pas que tu puisses chanter une ballade fort gaiement ; ne le peux-tu pas ? »

« Vraiment, j'en ai fredonné une de temps en temps, » dit le Cuisinier, « pourtant je ne voudrais pas chanter seul. »

« Non, vraiment, » dit Petit Jean, « ce ne serait que mauvaise courtoisie. Entame ta chanson, et j'en chanterai une ensuite pour l'égaler, si je le peux. »

« Qu'il en soit ainsi, joli garçon, » dit le Cuisinier. « Et as-tu déjà entendu la chanson de la Bergère abandonnée ? »

« Vraiment, je ne sais pas, » répondit Petit Jean, « mais chante et laisse-moi entendre. »

Alors le Cuisinier prit une autre gorgée du pot, et, s'éclaircissant la gorge, chanta fort doucement :

LA CHANSON DE LA BERGÈRE ABANDONNÉE

« En temps de Carême, quand les feuilles verdissent, Et que les jolis oiseaux commencent à s'accoupler, Quand l'alouette chante, et la grive, je présume, Et que la tourterelle roucoule tôt et tard, La belle Phillis était assise près d'une pierre, Et ainsi je l'entendis faire sa plainte : "Ô saule, saule, saule, saule ! Je prendrai tes belles branches Et tresserai une couronne pour orner mes cheveux.

"La grive s'est pris une femelle, Le rouge-gorge, aussi, et la colombe ; Mon Robin m'a abandonnée, Et m'a laissée pour un autre amour. Alors ici, au bord du ruisseau, toute seule, Je m'assieds et fais ma plainte. Ô saule, saule, saule, saule ! Je prendrai tes belles branches Et tresserai une couronne pour orner mes cheveux."

Mais jamais hareng ne vint de la mer, Mais aussi bon que lui dans la marée ; Le jeune Corydon vint à travers la prairie, Et s'assit près de Phillis. Alors, soudain, elle changea de ton, Et commença à cesser sa plainte, "Ô saule, saule, saule, saule ! Tu peux même garder tes guirlandes, Je n'en veux pas pour orner mes cheveux." »

« Maintenant, par ma foi, » cria Petit Jean, « cette chanson est fort bonne, et elle contient de la vérité aussi. »

« Je suis heureux que tu l'aimes, doux garçon, » dit le Cuisinier. « Maintenant chante-en une aussi, car jamais un homme ne devrait se réjouir seul, ou chanter sans écouter. »

« Alors je te chanterai une chanson sur un fort bon chevalier de la cour d'Arthur, et comment il guérit la blessure de son cœur sans courir à nouveau sur la fléchette, comme l'a fait ta Phillis ; car je sais qu'elle n'a fait que guérir un mal en s'en donnant un autre. Alors, écoute pendant que je chante :

LE BON CHEVALIER ET SON AMOUR

« Quand Arthur, le Roi, régnait sur cette terre, Un bon roi il était, Et avait-il de vaillants chevaliers une bande De joyeuse compagnie.

Parmi eux tous, grands et petits, Un bon chevalier robuste était là, Un enfant vigoureux, et aussi grand, Qui aimait une dame belle.

Mais rien ne voulait-elle faire avec lui, Mais détourna son visage ; Alors s'en alla-t-il dans un pays lointain, Et laissa cette dame gaie.

Là, tout seul, il fit sa plainte, Et aussi sanglota et soupira, Et pleura jusqu'à ce que cela puisse émouvoir une pierre, Et il était comme pour mourir.

Mais toujours son cœur ressentait la douleur, Et aussi la terrible détresse, Et plutôt grandissait sa peine plus aiguë À mesure que son corps diminuait.

Alors revint-il là où il y avait du bon vin sec Et joyeuse compagnie, Et bientôt cessa-t-il de crier "Hélas !" Quand gai et joyeux il fut.

De quoi je tiens, et me sens fort audacieux De dire, et aussi de croire, Que si le ventre ne va pas au froid Le cœur cessera de s'affliger. »

« Maintenant, par ma foi, » cria le Cuisinier, en faisant tinter le pot contre le buffet, « j'aime énormément cette chanson, et aussi le motif de celle-ci, qui repose comme un doux noyau dans une noisette. »

« Maintenant tu es un homme d'opinions avisées, » dit Petit Jean, « et je t'aime vraiment comme si tu étais mon frère. »

« Et moi je t'aime, aussi. Mais le jour avance, et j'ai ma cuisine à faire avant que notre maître ne rentre ; alors allons régler ce brave combat que nous avons en main. »

« Oui, par ma foi, » dit Petit Jean, « et cela très rapidement. Jamais je n'ai été plus lent à combattre qu'à manger et à boire. Alors viens tout de suite dans le passage, où il y a bonne place pour faire tournoyer une épée, et j'essaierai de te servir. »

Alors ils sortirent tous deux dans le large passage qui menait au garde-manger de l'Intendant, où chaque homme tira à nouveau son épée et sans plus attendre se jeta sur l'autre comme s'il voulait tailler son semblable membre par membre. Alors leurs épées s'entrechoquèrent avec grand fracas, et des étincelles volaient de chaque coup par averses. Ainsi se battirent-ils dans la salle pendant une heure et plus, aucun ne frappant l'autre, bien qu'ils fissent de leur mieux pour le faire ; car tous deux étaient habiles à l'escrime ; si bien que rien ne vint de tout leur labeur. De temps en temps ils se reposaient, haletants ; puis, après avoir repris leur souffle, ils s'y remettaient plus férocement que jamais. Enfin Petit Jean cria tout haut : « Arrête, bon Cuisinier ! » sur quoi chacun se reposa sur son épée, haletant.

« Maintenant je fais mon vœu, » dit Petit Jean, « tu es le tout meilleur escrimeur que mes yeux aient jamais contemplé. Vraiment, j'avais pensé te découper avant maintenant. »

« Et j'avais pensé en faire autant de toi, » dit le Cuisinier, « mais j'ai manqué mon coup, on ne sait comment. »

« Or, je me disais en moi-même, » dit Petit Jean, « pour quelle cause nous nous battons ; mais bien que je ne le sache point vraiment. »

« Pourquoi, je n'en sais pas plus long, » dit le Cuisinier. « Je ne porte nul amour à ce Sénéchal bouffi, mais je pensais que nous nous étions engagés à nous combattre l'un l'autre et que cela devait être fait. »

« Or, » dit Petit Jean, « il me semble qu'au lieu de nous efforcer de nous trancher la gorge, il vaudrait mieux que nous fussions bons compagnons. Que dis-tu, joyeux Cuisinier, veux-tu venir avec moi dans la forêt de Sherwood et te joindre à la bande de Robin Hood ? Tu mèneras une vie joyeuse sous les bois, et tu auras cent quarante bons compagnons, dont je suis l'un. Tu auras trois habits de vert Lincoln chaque année, et quarante marcs de gages. »

« Or, tu es un homme selon mon propre cœur ! » s'écria le Cuisinier très cordialement, « et, puisque tu en parles, c'est là le service qu'il me faut. J'irai avec toi, et ce très volontiers. Donne-moi ta paume, doux compagnon, et je serai ton propre frère d'armes dès maintenant. Quel peut être ton nom, l'ami ? »

« Les hommes m'appellent Petit Jean, bon camarade. »

« Comment ? Et es-tu vraiment Petit Jean, et le bras droit de Robin Hood en personne ? Maintes et maintes fois j'ai entendu parler de toi, mais jamais n'ai-je espéré poser les yeux sur toi. Et tu es vraiment le fameux Petit Jean ! » Et le Cuisinier semblait perdu dans l'émerveillement, et regardait son compagnon avec des yeux écarquillés.

« Je suis bien Petit Jean, et j'amènerai à Robin Hood ce jour un bien vigoureux gaillard pour rejoindre sa joyeuse bande. Mais avant que nous partions, bon ami, il me semble que ce serait grand dommage que, puisque nous avons eu tant de nourriture du Shérif, nous n'emportions pas aussi une partie de son argenterie pour Robin Hood, en guise de présent de la part de sa seigneurie. »

« Oui, par ma foi, c'en est un, » dit le Cuisinier. Et ainsi ils se mirent à chercher alentour, et prirent autant d'argent qu'ils purent en trouver, le fourrant dans un sac, et quand ils eurent rempli le sac ils se mirent en route pour la forêt de Sherwood.

S'enfonçant dans les bois, ils arrivèrent enfin à l'arbre de la forêt verte, où ils trouvèrent Robin Hood et soixante de ses joyeux hommes couchés sur l'herbe fraîche et verte. Quand Robin et ses hommes virent qui venait, ils bondirent sur leurs pieds. « Soyez les bienvenus ! » cria Robin Hood. « Soyez les bienvenus, Petit Jean ! Car il y a longtemps que nous n'avions eu de tes nouvelles, bien que nous sussions tous que tu avais rejoint le service du Shérif. Et comment t'es-tu porté durant tous ces longs jours ? »

« Bien joyeusement ai-je vécu chez le Seigneur Shérif, » répondit Petit Jean, « et je suis venu droit de là-bas. Vois, bon maître ! Je t'ai apporté son cuisinier, et même son argenterie. » Là-dessus, il raconta à Robin Hood et à ses joyeux hommes qui étaient là, tout ce qui lui était arrivé depuis qu'il les avait quittés pour aller à la foire de la ville de Nottingham. Alors tous éclatèrent de rire, sauf Robin Hood ; mais lui eut l'air grave.

« Non, Petit Jean, » dit-il, « tu es une lame brave et un compagnon fidèle. Je suis heureux que tu sois revenu à nous, et avec un aussi bon compagnon que le Cuisinier, que nous accueillons tous à Sherwood. Mais je n'aime pas tant que tu aies dérobé l'argenterie du Shérif comme un voleur mesquin. Le Shérif a été puni par nous, et a perdu trois cents livres, tout comme il cherchait à dépouiller autrui ; mais il n'a rien fait pour que nous devions lui voler son argenterie de maison. »

Bien que Petit Jean fût vexé de cela, il s'efforça de passer l'affaire par une plaisanterie. « Non, bon maître, » dit-il, « si tu penses que le Shérif ne nous a pas donné l'argenterie, j'irai le chercher, afin qu'il puisse nous dire de ses propres lèvres qu'il nous donne tout. » En disant cela, il bondit sur ses pieds, et fut parti avant que Robin ne pût le rappeler.

Petit Jean courut pendant cinq milles entiers jusqu'à ce qu'il arrivât là où le Shérif de Nottingham et une joyeuse compagnie chassaient près de la forêt. Quand Petit Jean arriva auprès du Shérif, il ôta son bonnet et plia le genou. « Dieu te garde, bon maître, » dit-il.

« Pourquoi, Reynold Greenleaf ! » s'écria le Shérif, « d'où viens-tu et où as-tu été ? »

« J'ai été dans la forêt, » répondit Petit Jean, parlant avec étonnement, « et là j'ai vu une vision telle que jamais auparavant les yeux d'un homme n'en avaient contemplé ! Là-bas, j'ai vu un jeune cerf tout de vert vêtu de la tête aux pieds, et autour de lui était un troupeau de soixante bêtes, et eux aussi étaient tout de vert de la tête aux pieds. Pourtant je n'osai tirer, bon maître, de peur qu'ils ne me tuassent. »

« Pourquoi, comment, Reynold Greenleaf, » cria le Shérif, « es-tu en train de rêver ou es-tu fou, pour que tu m'apportes un tel conte ? »

« Non, je ne rêve pas et je ne suis pas fou, » dit Petit Jean, « et si tu veux venir avec moi, je te montrerai cette belle vision, car je l'ai vue de mes propres yeux. Mais tu dois venir seul, bon maître, de peur que les autres ne les effraient et qu'ils ne s'échappent. »

Alors toute la troupe s'en alla de l'avant, et Petit Jean les mena en bas dans la forêt.

« Maintenant, bon maître, » dit-il enfin, « nous sommes près de l'endroit où j'ai vu ce troupeau. »

Alors le Shérif descendit de son cheval et leur ordonna de l'attendre jusqu'à ce qu'il revînt ; et Petit Jean le mena en avant à travers un fourré dense jusqu'à ce qu'ils arrivassent soudainement à une grande clairière, au bout de laquelle Robin Hood était assis sous l'ombre du grand chêne, avec ses joyeux hommes tout autour de lui. « Vois, bon Maître Shérif, » dit Petit Jean, « là-bas est le cerf dont je t'ai parlé. »

À cela, le Shérif se tourna vers Petit Jean et dit amèrement : « Il y a longtemps que je pensais me souvenir de ton visage, mais maintenant je te reconnais. Malheur à toi, Petit Jean, car tu m'as trahi ce jour. »

Entre-temps, Robin Hood était venu vers eux. « Maintenant sois le bienvenu, Maître Shérif, » dit-il. « Es-tu venu aujourd'hui faire un autre festin avec moi ? »

« Non, le Ciel m'en préserve ! » dit le Shérif d'un ton très sérieux. « Je ne me soucie d'aucun festin et n'ai point faim aujourd'hui. »

« Néanmoins, » dit Robin, « si tu n'as pas faim, peut-être as-tu soif, et je sais bien que tu prendras une coupe de sack avec moi. Mais je suis chagriné que tu ne veuilles festoyer avec moi, car tu pourrais avoir des victuailles à ton goût, car voici ton Cuisinier. »

Puis il mena le Shérif, bon gré mal gré, vers le siège qu'il connaissait si bien sous l'arbre de la forêt verte.

« Holà, les gars ! » cria Robin, « remplissez à notre bon ami le Shérif une coupe bien pleine de sack et apportez-la ici, car il est faible et las. »

Alors l'un de la bande apporta au Shérif une coupe de sack, s'inclinant bas tandis qu'il la lui tendait ; mais le Shérif ne put toucher au vin, car il vit qu'il était servi dans l'un de ses propres flacons d'argent, sur l'une de ses propres assiettes d'argent.

« Eh bien, » dit Robin, « ne plais-tu pas de notre nouveau service d'argent ? Nous en avons obtenu un sac ce jour. » En disant cela, il souleva le sac d'argent que Petit Jean et le Cuisinier avaient apporté avec eux.

Alors le cœur du Shérif fut amer en lui ; mais, n'osant rien dire, il ne fit que fixer le sol. Robin le regarda fixement pendant un temps avant de parler à nouveau. Puis il dit : « Maintenant, Maître Shérif, la dernière fois que tu es venu dans la forêt de Sherwood, tu es venu cherchant à dépouiller un pauvre dissipateur, et tu fus dépouillé toi-même ; mais maintenant tu viens ne cherchant à faire aucun mal, et je ne sache pas que tu aies dépouillé aucun homme. Je prends mes dîmes aux gras prêtres et aux lords écuyers, pour aider ceux qu'ils dépouillent et pour relever ceux qu'ils courbent ; mais je ne sais pas que tu aies des tenanciers à toi que tu aies lésés d'aucune façon. Par conséquent, reprends ton bien, et je ne te déposséderai pas aujourd'hui de la moindre obole. Viens avec moi, et je te mènerai de la forêt vers ta propre troupe à nouveau. »

Alors, jetant le sac sur son épaule, il se détourna, le Shérif le suivant, trop perplexe d'esprit pour parler. Ainsi ils allèrent de l'avant jusqu'à ce qu'ils arrivassent à un stade de l'endroit où les compagnons du Shérif l'attendaient. Puis Robin Hood rendit le sac d'argent au Shérif. « Reprends ton bien, » dit-il, « et écoute-moi, bon Shérif, prends un conseil avec cela. Éprouve bien tes serviteurs avant de les engager à nouveau si facilement. » Puis, se tournant, il laissa l'autre debout, stupéfait, avec le sac entre ses mains.

La compagnie qui attendait le Shérif fut toute étonnée de le voir sortir de la forêt portant un lourd sac sur ses épaules ; mais bien qu'ils l'interrogeassent, il ne répondit mot, agissant comme quelqu'un qui marche en rêve. Sans un mot, il plaça le sac en travers du dos de son bidet puis, montant, s'éloigna, tous le suivant ; mais tout le temps il y avait un grand tourbillon de pensées dans sa tête, culbutant l'une sur l'autre. Et ainsi finit le joyeux conte de Petit Jean et de la façon dont il entra au service du Shérif.

Petit Jean et le tanneur de Blyth

UN BEAU JOUR, peu de temps après que Petit Jean eut cessé de demeurer chez le Shérif et fut revenu, avec le cuisinier de sa seigneurie, dans la joyeuse forêt verte, comme il vient d'être conté, Robin Hood et quelques hommes choisis de sa bande étaient étendus sur le doux gazon sous l'arbre de la forêt verte où ils demeuraient. La journée était chaude et lourde, si bien que, tandis que la plupart de la bande étaient dispersés à travers la forêt pour telle ou telle mission, ces quelques gaillards restaient paresseusement à l'ombre de l'arbre, dans le doux après-midi, se lançant des plaisanteries et se racontant des histoires joyeuses, avec rires et gaieté.

Tout l'air était chargé du parfum amer de l'aubépine, et toutes les ombres touffues des bois au-delà résonnaient du doux chant des oiseaux — la grive, le coucou et le pigeon ramier — et au chant des oiseaux se mêlait le son frais du ruisseau gargouillant qui sautait hors des ombres de la forêt, et courait en bouillonnant au milieu de ses pierres brutes et grises à travers la clairière ensoleillée devant l'arbre de rendez-vous. Et c'était un beau spectacle que cette dizaine de grands, vigoureux forestiers, tous vêtus de vert Lincoln, couchés sous les branches largement étalées du grand chêne, au milieu des feuilles frémissantes desquelles la lumière du soleil tremblait et tombait en taches dansantes sur l'herbe.

Soudain, Robin Hood se frappa le genou.

« Par Saint Dunstan, » dit-il, « j'avais presque oublié que le terme arrive à grands pas, et pourtant aucun drap de vert Lincoln dans tout notre magasin. Il faut y voir, et ce en toute diligence. Allons, prépare-toi, Petit Jean ! Remue ces os paresseux qui sont les tiens, car tu dois te rendre aussitôt chez notre bon compère, le drapier Hugh Longshanks d'Ancaster. Ordonne-lui de nous envoyer séance tenante vingt fois vingt yards de beau drap de vert Lincoln ; et peut-être le voyage pourra-t-il ôter un peu de la graisse de tes os, que tu as acquise par une vie paresseuse chez notre cher Shérif. »

« Non, » grommela Petit Jean (car il avait tant entendu parler de ce sujet qu'il en était irrité), « non, en vérité, peut-être ai-je plus de chair sur mes jointures que je n'en avais jadis, pourtant, chair ou pas chair, je ne doute pas que je pourrais encore tenir ma place et mon pied sur un étroit pont contre n'importe quel forestier de Sherwood, ou du Nottinghamshire, pour ce qui est de cela, même s'il n'avait pas plus de graisse sur ses os que tu n'en as, bon maître. »

À cette réponse, un grand éclat de rire s'éleva, et tous regardèrent Robin Hood, car chaque homme savait que Petit Jean parlait d'un certain combat qui arriva entre leur maître et lui-même, par lequel ils firent d'abord connaissance.

« Non, » dit Robin Hood, riant plus fort que tous. « Le Ciel m'interdise de douter de toi, car je ne tiens nullement à goûter moi-même de ton bâton, Petit Jean. Je dois bien avouer qu'il en est dans ma bande qui peuvent manier un bâton de sept pieds plus adroitement que moi ; pourtant nul homme dans tout le Nottinghamshire ne peut tirer la flèche à plumes d'oie grise avec mes doigts. Néanmoins, un voyage à Ancaster ne peut être mauvais pour toi ; alors va, comme je l'ordonne, et tu ferais mieux d'y aller dès ce soir, car depuis que tu as séjourné chez le Shérif beaucoup connaissent ton visage, et si tu y vas en plein jour, tu pourrais te mettre en difficulté avec certains des hommes d'armes de sa seigneurie. Attends ici jusqu'à ce que je t'apporte l'argent pour payer notre bon Hugh. Je garantis qu'il n'a pas de meilleurs clients dans tout le Nottinghamshire que nous. » En disant cela, Robin les quitta et entra dans la forêt.

Non loin de l'arbre de rendez-vous se trouvait un grand rocher dans lequel une chambre avait été creusée, l'entrée étant barrée par une massive porte de chêne de deux largeurs de paume d'épaisseur, parsemée de pointes, et fermée avec un grand cadenas. C'était la maison au trésor de la bande, et là se rendit Robin Hood et, déverrouillant la porte, entra dans la chambre, d'où il rapporta un sac d'or qu'il donna à Petit Jean, pour payer Hugh Longshanks avec, pour le drap de vert Lincoln.

Alors Petit Jean se leva, et, prenant le sac d'or, qu'il enfonça dans son sein, il attacha une ceinture autour de ses reins, prit un vigoureux bâton pointu de sept pieds de long dans sa main, et se mit en route pour son voyage.

Il marcha donc en sifflant le long du sentier forestier feuillu qui menait à Fosse Way, ne tournant ni à main droite ni à main gauche, jusqu'à ce qu'enfin il arrivât là où le sentier bifurquait, menant d'une part vers Fosse Way, et de l'autre, comme Petit Jean le savait bien, à la joyeuse auberge du Sanglier Bleu. Ici Petit Jean cessa soudain de siffler et s'arrêta au milieu du sentier. D'abord il regarda en haut puis il regarda en bas, et puis, inclinant son bonnet sur un œil, il se gratta lentement l'arrière de la tête. Car il en était ainsi : à la vue de ces deux routes, deux voix commencèrent à s'élever en lui, l'une criant : « Là se trouve la route de l'auberge du Sanglier Bleu, une pinte d'octobre brune, et une nuit joyeuse avec de doux compagnons tels que tu peux en trouver là » ; l'autre : « Là se trouve le chemin d'Ancaster et le devoir dont tu es chargé. » Or la première de ces deux voix était bien la plus forte, car Petit Jean était devenu friand de bonne chère en demeurant à la maison du Shérif ; alors, bientôt, levant les yeux vers le ciel bleu, à travers lequel des nuages brillants naviguaient comme des bateaux d'argent, et des hirondelles rasaient dans un vol circulaire, il dit : « Je crains qu'il ne pleuve ce soir, alors je m'arrêterai au Sanglier Bleu jusqu'à ce que cela passe, car je sais que mon bon maître ne voudrait pas que je sois mouillé jusqu'aux os. » Alors, sans plus attendre, il s'en alla à grands pas sur le sentier qui suivait le chemin de ses penchants. Or il n'y avait aucun signe de mauvais temps, mais quand on souhaite faire une chose, comme Petit Jean le faisait, on ne trouve aucune pénurie de raisons pour la faire.

Quatre joyeux drilles étaient à l'auberge du Sanglier Bleu ; un boucher, un mendiant, et deux frères aux pieds nus. Petit Jean les entendit chanter de loin, alors qu'il marchait à travers le silence du crépuscule moelleux qui tombait maintenant sur les collines et les vallées. Bien heureux furent-ils d'accueillir une telle lame joyeuse que Petit Jean. De fraîches pintes de bière furent apportées, et avec plaisanteries et chansons et contes joyeux, les heures s'envolèrent sur des ailes fugaces. Aucun ne pensa au temps ni à la marée jusqu'à ce que la nuit fût si avancée que Petit Jean remît à plus tard l'idée de se remettre en route pour son voyage cette nuit-là, et ainsi séjourna à l'auberge du Sanglier Bleu jusqu'au lendemain.

Or ce fut une malchance pour Petit Jean qu'il laissât son devoir pour son plaisir, et il en paya un lourd prix, comme nous sommes tous enclins à le faire dans le même cas, comme vous allez voir.

Il se leva à l'aube du jour suivant, et, prenant son vigoureux bâton pointu dans sa main, il se remit en route pour son voyage une fois de plus, comme s'il voulait rattraper le temps perdu.

Dans la bonne ville de Blyth vivait un vigoureux tanneur, célèbre loin à la ronde pour ses prouesses de force et ses nombreux combats acharnés à la lutte et au bâton. Pendant cinq ans il avait détenu la ceinture de champion du pays pour la lutte, jusqu'à ce que le grand Adam o' Lincoln le jetât dans l'arène et lui brisât une de ses côtes ; mais au bâton il n'avait jamais encore rencontré son égal dans tout le pays alentour. Outre tout cela, il aimait tendrement l'arc long, et une escapade furtive dans la forêt quand la lune était pleine et le cerf brun de saison ; si bien que les gardes forestiers du Roi gardaient un œil avisé sur lui et ses faits et gestes, car la maison d'Arthur a Bland était portée à avoir en abondance de la viande qui ressemblait plus à du venison que la loi ne l'autorisait.

Or Arthur avait été à la ville de Nottingham la veille du jour où Petit Jean se mit en route pour sa course, pour y vendre une dizaine de peaux de vache tannées. À l'aube du même jour où Petit Jean quitta l'auberge, il partit de Nottingham, retournant chez lui pour Blyth. Son chemin menait, tout dans la rosée du matin, devant la lisière de la forêt de Sherwood, où les oiseaux accueillaient le beau jour avec un grand et joyeux jubilé. En travers des épaules du Tanneur était jeté son vigoureux bâton, toujours assez près de lui pour être saisi rapidement, et sur sa tête était un bonnet de peau de vache doublée, si coriace qu'il pouvait difficilement être fendu même par une épée large.

« Or, » dit Arthur a Bland à lui-même, quand il fut arrivé à cette partie de la route qui coupait un coin de la forêt, « sans aucun doute en cette période de l'année les cerfs bruns sortent des profondeurs de la forêt vers les terres de prairies ouvertes. Peut-être pourrai-je avoir la chance d'apercevoir les charmants petits bruns ainsi tôt le matin. » Car il n'y avait rien qu'il aimât mieux que de regarder un troupeau de cerfs trottant, même quand il ne pouvait leur chatouiller les côtes avec un trait d'une aune de long. En conséquence, quittant le sentier, il alla guettant de-ci et de-là à travers les broussailles, espionnant maintenant ici et maintenant là, avec toutes les ruses d'un maître de la chasse, et de quelqu'un qui avait plus d'une fois revêtu un pourpoint de vert Lincoln.

Or, comme Petit Jean avançait joyeusement, ne pensant à rien d'autre qu'à des choses telles que la douceur des bourgeons d'aubépine qui ornaient les haies, ou regardant vers le haut l'alouette, qui, s'élançant de l'herbe couverte de rosée, se suspendait en haut sur des ailes frémissantes dans la lumière jaune du soleil, déversant son chant qui tombait comme une étoile filante du ciel, sa chance le conduisit loin de la grande route, non loin de l'endroit où Arthur a Bland guettait de-ci et de-là à travers les feuilles des fourrés. Entendant un bruissement de branches, Petit Jean s'arrêta et aperçut bientôt le bonnet de peau de vache brune du Tanneur bougeant parmi les buissons.

« Je me demande bien, » dit Petit Jean à lui-même, « ce que ce coquin cherche, pour qu'il aille ainsi à guetter et à épier alentour. Je crois vraiment que ce vil maraud n'est rien de mieux qu'un voleur, et vient ici après les cerfs bruns du bon Roi et les nôtres. » Car à force de rôder dans la forêt, Petit Jean en était venu à considérer tous les cerfs de Sherwood comme appartenant à Robin Hood et à sa bande tout autant qu'au bon Roi Harry. « Non, » dit-il encore, après un temps, « cette affaire doit bien être examinée. » Alors, quittant la grande route, il entra lui aussi dans les fourrés, et commença à épier alentour après le vigoureux Arthur a Bland.

Ainsi, pendant un long moment, ils s’en allèrent tous deux à la chasse, Petit Jean à la poursuite du tanneur, et le tanneur à la poursuite du cerf. Enfin, Petit Jean marcha sur une branche qui craqua sous son pied ; entendant le bruit, le tanneur se retourna prestement et aperçut le franc-tenancier. Voyant que le tanneur l’avait repéré, Petit Jean prit un air assuré.

« Holà, » dit-il, « que fais-tu donc ici, mauvais garnement ? Qui es-tu, toi qui viens rôder sur les sentiers de Sherwood ? En vérité, tu as une vilaine mine, et je pense, vraiment, que tu n’es guère meilleur qu’un voleur, et que tu en veux au cerf de notre bon Roi. »

« Nenni, » dit le tanneur avec hardiesse — car, bien que pris par surprise, ce n’était pas un homme à s’effrayer de grands mots — « tu en as menti par les dents. Je ne suis point un voleur, mais un honnête artisan. Quant à ma mine, elle est ce qu’elle est ; et, pour ce qui est de la tienne, elle n’est guère plus jolie, vil compagnon. »

« Ha ! » fit Petit Jean d’une voix forte et sonore, « voudrais-tu me répondre sur ce ton ? Voici que j’ai fort envie de te fendre le crâne. Je te ferai savoir, l’ami, que je suis, pour ainsi dire, l’un des forestiers du Roi. Du moins, » murmura-t-il pour lui-même, « mes amis et moi prenons grand soin du cerf de notre bon souverain. »

« Je me soucie fort peu de savoir qui tu es, » répondit le brave tanneur, « et à moins que tu n’aies bien d’autres drôles comme toi à tes côtés, tu ne feras jamais dire « merci » à Arthur a Bland. »

« Est-ce ainsi ? » cria Petit Jean dans une grande colère. « Par ma foi, insolent fripon, ta langue t’a conduit dans un piège dont tu auras bien du mal à sortir ; car je vais t’administrer une telle rossée que tu n’en auras jamais reçu de semblable en toute ta vie. Prends ton bâton en main, l’ami, car je ne frapperai point un homme désarmé. »

« Vivent les ennuis ! » s’écria le tanneur, car lui aussi s’était mis en rage à force de parler. « Les grands mots n’ont jamais tué ne serait-ce qu’une souris. Qui es-tu pour parler si librement de fendre le crâne d’Arthur a Bland ? Si je ne tanne point ta peau aujourd’hui comme je n’ai jamais tanné celle d’un veau, puisse mon bâton être fendu en brochettes pour gigot, et ne m’appelle plus jamais homme de courage ! Maintenant, prends garde à toi, l’ami ! »

« Attends ! » dit Petit Jean. « Mesurons d’abord nos bâtons. J’estime que le mien est plus long que le tien, et je ne voudrais point tirer avantage sur toi, ne fût-ce que d’un pouce. »

« Nenni, je ne m’en soucie point de la longueur, » répondit le tanneur. « Mon bâton est assez long pour assommer un veau ; alors, prends garde à toi, l’ami, je le répète. »

Ainsi, sans plus attendre, chacun saisit son bâton par le milieu et, le regard sombre et courroucé, ils s’approchèrent lentement l’un de l’autre.

Or, la nouvelle avait été portée à Robin des Bois que Petit Jean, au lieu de suivre ses ordres, avait préféré le plaisir au devoir, et avait ainsi passé la nuit en joyeuse compagnie à l’auberge du Blue Boar, au lieu de se rendre droit à Ancaster. Aussi, navré au plus profond de lui-même par cette conduite, il s’était mis en route dès l’aube pour chercher Petit Jean au Blue Boar, ou du moins pour rencontrer le franc-tenancier en chemin et soulager son cœur de ce qu’il pensait de l’affaire. Tandis qu’il marchait ainsi, courroucé, assemblant les paroles qu’il emploierait pour tancer Petit Jean, il entendit soudain des voix fortes et en colère, comme d’hommes en fureur, s’échangeant des propos des plus virulents. À cela, Robin des Bois s’arrêta et écouta. « Sûrement, » se dit-il, « c’est la voix de Petit Jean, et il parle avec colère, qui plus est. Il me semble que l’autre voix m’est inconnue. Puisse le Ciel éviter à mon bon et fidèle Petit Jean d’être tombé entre les mains des gardes du Roi. Je dois voir ce qu’il en est, et au plus vite. »

Ainsi parla Robin des Bois en lui-même, toute sa colère s’évanouissant comme une buée sur une vitre, à la pensée que peut-être son fidèle bras droit courait quelque danger de mort. Il se fraya donc un chemin avec précaution à travers les fourrés d’où provenaient les voix et, écartant les feuilles, il lorgna dans la petite clairière où les deux hommes, bâton au poing, s’avançaient lentement l’un vers l’autre.

« Ha ! » dit Robin pour lui-même, « voilà un joyeux spectacle en vue. Je donnerais volontiers trois anges d’or de ma propre bourse si ce vigoureux gaillard pouvait donner à Petit Jean une bonne et solide rossée ! Il me plairait de le voir bien étrillé pour avoir manqué à mes ordres. Je crains, toutefois, qu’il y ait peu de chance que je voie pareille chose. » Ce disant, il s’allongea de tout son long sur le sol, afin non seulement de mieux voir le combat, mais encore de jouir de la scène à son aise.

Comme vous avez pu voir deux chiens qui songent à se battre, tournant lentement l’un autour de l’autre, aucun des deux ne voulant engager le combat, ainsi ces deux vigoureux francs-tenanciers se déplaçaient lentement, chacun guettant l’occasion de prendre l’autre au dépourvu pour porter le premier coup. Enfin, Petit Jean frappa comme l’éclair, et — « crac ! » — le tanneur para le coup et le dévia, puis riposta contre Petit Jean, qui para lui aussi le coup ; et ainsi commença cette bataille mémorable. Ils piétinèrent alors en long et en large, les coups tombant si dru et si vite que, de loin, on aurait cru que dix hommes se battaient. Ils luttèrent ainsi pendant près d’une demi-heure, jusqu’à ce que le sol fût labouré par leurs talons et que leur respiration devînt haletante comme celle d’un bœuf au sillon. Mais Petit Jean souffrait le plus, car il n’était plus habitué à un tel travail, et ses articulations n’étaient plus aussi souples qu’avant qu’il n’aille vivre chez le Shérif.

Pendant tout ce temps, Robin des Bois restait couché sous le buisson, se réjouissant d’un si beau combat de bâton. « Par ma foi ! » se dit-il, « jamais je n’aurais pensé voir Petit Jean si bien égalé de toute ma vie. Il est probable, cependant, qu’il aurait terrassé ce gaillard plus tôt s’il avait été dans sa forme d’antan. »

Enfin, Petit Jean vit sa chance et, jetant toute la force qui le quittait dans un coup qui aurait pu abattre un bœuf, il frappa le tanneur de toutes ses forces. Et voilà que le bonnet en cuir de vache du tanneur lui fut d’un grand secours ; sans lui, il n’aurait peut-être plus jamais tenu de bâton en main. Tel quel, le coup qu’il reçut sur le côté de la tête fut si rude qu’il l’envoya chanceler à travers la petite clairière, si bien que, si Petit Jean avait eu la force de poursuivre son avantage, il en aurait été mal pour le vaillant Arthur. Mais il se reprit rapidement et, à bout de bras, rendit un coup à Petit Jean ; cette fois, le coup atteignit sa cible, et Petit Jean s’effondra de tout son long, son bâton lui échappant des mains dans sa chute. Puis, levant son bâton, le brave Arthur lui asséna un autre coup sur les côtes.

« Arrête ! » rugit Petit Jean. « Frapperais-tu un homme à terre ? »

« Oui, par ma foi, je le ferais ! » dit le tanneur en lui donnant une autre bourrade avec son bâton.

« Halte ! » rugit Petit Jean. « À l’aide ! Arrête, je dis ! Je me rends ! Je me rends, je dis, brave compagnon ! »

« En as-tu assez ? » demanda le tanneur d’un ton sévère, tenant son bâton en l’air.

« Oui, par ma foi, et plus qu’assez. »

« Et tu reconnais que je suis le meilleur des deux ? »

« Oui, en vérité, et que la peste t’étouffe ! » dit Petit Jean, le premier mot tout haut, le dernier dans sa barbe.

« Alors tu peux aller ton chemin ; et remercie ton saint patron de ce que je sois un homme miséricordieux, » dit le tanneur.

« Maudite soit une telle miséricorde ! » dit Petit Jean en s’asseyant et en tâtant ses côtes là où le tanneur l’avait roué de coups. « Je fais vœu que mes côtes donnent l’impression que chacune d’elles est brisée en deux. Je te le dis, brave compagnon, je pensais qu’il n’y avait aucun homme dans tout le Nottinghamshire qui pût me faire ce que tu as fait ce jour. »

« Et moi aussi, je le pensais ! » cria Robin des Bois, jaillissant du fourré et éclatant de rire jusqu’à ce que les larmes lui coulent sur les joues. « Ô homme, homme ! » dit-il, aussi bien qu’il le put dans son hilarité, « tu es tombé comme une bouteille renversée d’un mur. J’ai vu tout le joyeux combat, et jamais je n’aurais pensé te voir te rendre ainsi, pieds et poings liés, à quelque homme que ce soit dans toute la joyeuse Angleterre. Je te cherchais pour te tancer de n’avoir point fait ce que je t’avais ordonné ; mais tu as été payé de tout ce que je te devais, pleine mesure, tassée et débordante, par ce brave compagnon. Par ma foi, il a allongé son bras alors que tu restais là à le regarder bouche bée, et, d’une jolie tape, t’a culbuté comme jamais je n’ai vu quelqu’un culbuter auparavant. » Ainsi parla le hardi Robin, tandis que Petit Jean restait assis sur le sol, avec l’air d’avoir du lait caillé plein la bouche. « Quel peut être ton nom, brave compagnon ? » dit ensuite Robin, se tournant vers le tanneur.

« Les gens m’appellent Arthur a Bland, » dit le tanneur avec audace, « et maintenant, quel peut être ton nom ? »

« Ha, Arthur a Bland ! » fit Robin, « j’ai déjà entendu ton nom, brave compagnon. Tu as brisé le crâne d’un de mes amis à la foire d’Ely en octobre dernier. Les gens là-bas l’appellent Jock o’ Nottingham ; nous, nous l’appelons Will Scathelock. Ce pauvre compagnon que tu as si bien étrillé est considéré comme le meilleur manieur de bâton de toute la joyeuse Angleterre. Son nom est Petit Jean, et le mien Robin des Bois. »

« Comment ! » cria le tanneur, « es-tu vraiment le grand Robin des Bois, et est-ce là le fameux Petit Jean ? Par ma foi, si j’avais su qui vous étiez, je n’aurais jamais été assez audacieux pour lever la main contre vous. Laissez-moi vous aider à vous remettre debout, bon maître Petit Jean, et laissez-moi brosser la poussière de votre habit. »

« Nenni, » dit Petit Jean d’un ton irritable, tout en se relevant avec précaution, comme si ses os avaient été faits de verre, « je peux m’aider moi-même, brave compagnon, sans ton secours ; et laisse-moi te dire que, sans ce vil bonnet en cuir de vache qui est le tien, il en aurait été mal pour toi ce jour. »

À cela, Robin rit encore, et se tournant vers le tanneur, il dit : « Veux-tu te joindre à ma bande, bon Arthur ? Car je fais vœu que tu es l’un des hommes les plus vigoureux que mes yeux aient jamais contemplés. »

« Si je veux me joindre à ta bande ? » cria le tanneur joyeusement. « Oui, par ma foi, je le veux ! Vive la joyeuse vie ! » cria-t-il, sautant en l’air et faisant claquer ses doigts, « et vive la vie que j’aime ! Adieu écorces de tan, cuves immondes et peaux de vache fétides ! Je te suivrai jusqu’au bout du monde, bon maître, et pas un troupeau de cerfs fauves dans toute la forêt ne méconnaîtra le son de ma corde d’arc. »

« Quant à toi, Petit Jean, » dit Robin en se tournant vers lui et en riant, « tu repartiras une fois encore pour Ancaster, et nous ferons un bout de chemin avec toi, car je ne veux pas que tu tournes à nouveau ni à droite ni à gauche avant que tu ne sois bel et bien sorti de Sherwood. Il y a d’autres auberges que tu connais encore, par ici. » Là-dessus, quittant les fourrés, ils regagnèrent la grande route et partirent pour leurs affaires.

Robin des Bois et Will Scarlet

AINSI VOYAGÈRENT-ILS le long de la route ensoleillée, trois vigoureux gaillards comme on en trouverait difficilement ailleurs dans toute la joyeuse Angleterre. Beaucoup s’arrêtaient pour les regarder passer tant leurs épaules étaient larges et leur allure robuste.

Robin des Bois dit à Petit Jean : « Pourquoi n’es-tu pas allé droit à Ancaster, hier, comme je te l’ai ordonné ? Tu ne te serais pas mis dans un tel pétrin si tu avais fait ce que je t’avais dit. »

« Je craignais la pluie qui menaçait, » dit Petit Jean d’un ton maussade, car il était vexé d’être ainsi raillé par Robin sur ce qui lui était arrivé.

« La pluie ! » cria Robin, s’arrêtant soudain au milieu de la route et regardant Petit Jean avec étonnement. « Pourquoi, grand benêt ! pas une goutte de pluie n’est tombée depuis trois jours, elle n’a pas menacé non plus, et il n’y a pas eu le moindre signe de mauvais temps, ni sur terre, ni au ciel, ni sur l’eau. »

« Néanmoins, » grommela Petit Jean, « le saint Swithin tient les eaux des cieux dans son pot d’étain, et il aurait pu les déverser, s’il l’avait voulu, même d’un ciel clair ; et aurais-tu voulu que je sois trempé jusqu’aux os ? »

À cela, Robin des Bois éclata d’un grand rire. « Ô Petit Jean ! » dit-il, « quelle cervelle de beurre as-tu dans ce crâne ! Qui pourrait garder rancune à quelqu’un comme toi ? »

Ce disant, ils reprirent tous la marche, le pied droit en avant, comme on dit.

Après avoir voyagé quelque distance, la journée étant chaude et la route poussiéreuse, Robin des Bois eut soif ; ainsi, y ayant une fontaine d’eau aussi froide que la glace, juste derrière la haie, ils franchirent l’échalier et arrivèrent là où l’eau bouillonnait sous une pierre moussue. Là, s’agenouillant et faisant des coupes avec le creux de leurs mains, ils burent à satiété, puis, l’endroit étant frais et ombragé, ils étendirent leurs membres et se reposèrent un moment.

Devant eux, au-delà de la haie, la route poussiéreuse s’étirait à travers la plaine ; derrière eux, les prairies et les champs vert brillant de blé tendre s’étendaient largement au soleil, et au-dessus d’eux s’étendait l’ombre des feuilles fraîches et bruissantes du hêtre. Le parfum tendre des violettes pourpres et du thym sauvage qui poussait dans l’humidité rosée du bord de la fontaine parvenait agréablement à leurs narines, ainsi que le doux gargouillis de l’eau. Tout était si plaisant et si plein de la douce joie du brillant mois de mai que, pendant un long moment, aucun des trois ne voulut parler, mais chacun restait allongé sur le dos, regardant à travers les feuilles tremblantes des arbres vers le ciel brillant au-dessus. Enfin, Robin, dont les pensées n’étaient pas aussi occupées à rêvasser que celles des autres, et qui avait regardé autour de lui de temps à autre, rompit le silence.

« Holà ! » dit-il, « voilà un oiseau au plumage bien gai, je fais vœu. »

Les autres regardèrent et virent un jeune homme marchant lentement le long de la grand-route. Gai, il l’était en effet, comme Robin l’avait dit, et il faisait belle figure, car son pourpoint était de soie écarlate ainsi que ses bas ; une belle épée pendait à son côté, le fourreau de cuir gaufré étant relevé de fins fils d’or ; son bonnet était de velours écarlate, et une large plume retombait derrière et à l’arrière d’une oreille. Ses cheveux étaient longs et blonds, bouclés sur ses épaules, et dans sa main il portait une rose précoce, qu’il humait délicatement de temps à autre.

« Par ma vie ! » dit Robin des Bois en riant, « avez-vous jamais vu un aussi joli petit minois ? »

« En vérité, ses vêtements ont trop de coquetterie à mon goût, » dit Arthur a Bland, « mais, néanmoins, ses épaules sont larges et ses hanches étroites, et voyez-vous, bon maître, comment ses bras pendent de son corps ? Ils ne pendent pas comme des quenouilles, mais restent raides et se plient au coude. Je fais vœu qu’il n’y a pas de membres de pain et de lait sous ces beaux vêtements, mais des articulations raides et des nerfs solides. »

« Il me semble que tu as raison, ami Arthur, » dit Petit Jean. « Je pense vraiment que ce n’est pas un tel galant de pétale de rose et de crème fouettée qu’il voudrait nous le faire croire. »

« Pah ! » dit Robin des Bois, « la vue d’un tel compagnon me laisse un goût infect dans la bouche ! Regardez comme il tient cette belle fleur entre son pouce et son doigt, comme pour dire : « Bonne rose, je ne t’aime pas si mal que je ne puisse supporter ton odeur pendant un petit moment. » Je pense que vous avez tort tous les deux, et je crois vraiment que si une souris furieuse traversait son chemin, il crierait « Hélas ! » ou « Quel malheur ! » et tomberait aussitôt en pâmoison. Je me demande bien qui il peut être. »

« Le fils de quelque grand baron, je n’en doute point, » répondit Petit Jean, « avec l’argent d’honnêtes gens pour garnir sa bourse. »

« Oui, par ma foi, c’est vrai, je n’en doute pas, » dit Robin. « Quel dommage que de tels hommes, qui n’ont d’autre pensée que de se promener dans des vêtements gais, aient de braves compagnons, dont ils ne sont pas dignes de nouer les chaussures, dansant à leur gré. Par saint Dunstan, saint Alfred, saint Withold et tous les bons hommes du calendrier saxon, cela me rend fou de voir de tels gais seigneurs d’outre-mer fouler aux pieds les Saxons qui possédaient cette terre bien avant que leurs arrière-grands-pères n’aient mâché de la couenne de porc ! Par le brillant arc du Ciel, je leur prendrai leurs gains mal acquis, dussé-je être pendu pour cela aussi haut qu’aucun arbre forestier de Sherwood ! »

« Pourquoi, comment donc, maître, » dit Petit Jean, « quelle est cette chaleur ? Tu mets ta marmite à bouillir, et peut-être n’as-tu pas de lard à cuire ! Il me semble que les cheveux de ce gaillard sont trop clairs pour des boucles normandes. Il peut être un homme bon et vrai pour tout ce que tu en sais. »

« Nenni, » dit Robin, « je parie ma tête contre un liard de plomb, il est ce que je dis. Alors, restez tous deux ici, je vous dis, jusqu’à ce que je vous montre comment je rosserai ce gaillard. » Ce disant, Robin des Bois sortit de l’ombre du hêtre, franchit l’échalier et se tint au milieu de la route, les mains sur les hanches, sur le chemin de l’inconnu.

Pendant ce temps, l’inconnu, qui marchait si lentement que toute cette conversation avait eu lieu avant qu’il ne parvînt à la hauteur de l’endroit où ils se trouvaient, ne pressa pas le pas et ne sembla pas voir qu’un homme comme Robin des Bois fût de ce monde. Robin se tint donc au milieu de la route, attendant tandis que l’autre avançait lentement, humant sa rose et regardant de çà et de là, et partout sauf vers Robin.

« Halte ! » cria Robin, quand enfin l’autre fut venu tout près de lui. « Halte ! Reste où tu es ! »

« Pourquoi devrais-je m’arrêter, brave compagnon ? » dit l’inconnu d’une voix douce et gentille. « Et pourquoi devrais-je rester où je suis ? Néanmoins, puisque tu désires que je reste, je vais demeurer un court instant, afin que je puisse entendre ce que tu pourrais avoir à me dire. »

« Alors, » dit Robin, « puisque tu fais si bien ce que je te dis, et que tu me donnes un discours si doux, je te traiterai aussi avec toute la courtoisie due. Je voudrais que tu saches, bel ami, que je suis, pour ainsi dire, un dévot au sanctuaire de saint Wilfred qui, tu le sais peut-être, prit, bon gré mal gré, tout leur or aux païens, et le fit fondre en chandeliers. C’est pourquoi, sur ceux qui viennent par ici, je lève un certain tribut, que j’utilise pour une meilleure cause, je l’espère, que celle de faire des chandeliers. Par conséquent, doux ami, je voudrais que tu me remettes ta bourse, afin que je puisse l’examiner, et juger, au mieux de mes faibles moyens, si tu as plus de richesses sur toi que notre loi ne l’autorise. Car, comme dit notre bon Gaffer Swanthold : « Celui qui est gras par excès de vie doit nécessairement perdre du sang. »

Pendant tout ce temps, le jeune homme avait reniflé la rose qu’il tenait entre son pouce et son doigt. « Nenni, » dit-il avec un sourire doux, quand Robin des Bois eut terminé, « j’aime t’entendre parler, joli compagnon, et si, par hasard, tu n’as pas encore fini, termine, je t’en prie. J’ai encore un peu de temps à rester. »

« J’ai tout dit, » dit Robin, « et maintenant, si tu veux me donner ta bourse, je te laisserai aller ton chemin sans entrave ni empêchement sitôt que j’aurai vu ce qu’elle peut contenir. Je ne te prendrai rien si tu n’as que peu. »

« Hélas ! Cela me chagrine fort », dit l'autre, « que je ne puisse faire comme tu le souhaites. Je n'ai rien à te donner. Laisse-moi poursuivre ma route, je t'en prie. Je ne t'ai fait aucun mal. »

« Non, tu ne t'en iras pas », déclara Robin, « tant que tu ne m'auras pas montré ta bourse. »

« Bon ami », dit l'autre avec douceur, « j'ai affaire ailleurs. Je t'ai accordé beaucoup de temps et je t'ai écouté patiemment. Je t'en prie, laisse-moi partir en paix. »

« Je t'ai parlé, l'ami », dit Robin sévèrement, « et je te le répète maintenant : tu ne feras pas un pas en avant tant que tu n'auras pas fait ce que je t'ordonne. » En disant cela, il leva son bâton au-dessus de sa tête d'une manière menaçante.

« Hélas ! » dit l'étranger tristement, « il me chagrine qu'il doive en être ainsi. Je crains fort de devoir te tuer, pauvre bougre ! » Ce disant, il tira son épée.

« Remets ton arme », dit Robin. « Je ne veux tirer aucun avantage de toi. Ton épée ne peut soutenir la comparaison avec un bâton de chêne comme le mien. Je pourrais la briser comme une paille d'orge. Là-bas, au bord du chemin, se trouve un bon fourré de chênes ; va t'y tailler un gourdin et défends-toi honnêtement, si tu as le goût d'une bonne correction. »

D'abord, l'étranger mesura Robin du regard, puis il mesura le bâton de chêne. « Tu as raison, brave compagnon », dit-il bientôt, « en vérité, mon épée n'est pas de taille face à ton gourdin. Attends un peu le temps que je me procure un bâton. » Ce disant, il jeta la rose qu'il tenait depuis tout ce temps, rengaina son épée et, d'un pas plus pressé qu'il ne l'avait fait jusque-là, se dirigea vers le bord de la route où poussait le petit groupe de chênes nains dont Robin avait parlé. En choisissant parmi eux, il trouva bientôt un jeune arbre à son goût. Il ne le coupa point mais, retroussant un peu ses manches, il le saisit, plaça son talon contre terre et, d'une traction puissante, arracha le jeune arbre par les racines du sol même. Puis il revint, taillant les racines et les tiges tendres avec son épée aussi tranquillement que s'il n'avait rien fait d'extraordinaire.

Petit Jean et le tanneur avaient observé tout ce qui s'était passé, mais lorsqu'ils virent l'étranger arracher le jeune arbre de terre et entendirent le déchirement et le craquement de ses racines, le tanneur pinça ses lèvres, aspirant son souffle dans un long sifflement intérieur.

« Par le souffle de mon corps ! » dit Petit Jean, dès qu'il put rassembler ses esprits après leur étonnement, « as-tu vu cela, Arthur ? Ma foi, je pense que notre pauvre maître n'aura qu'une piètre chance avec ce gaillard-là. Par Notre-Dame, il a arraché cet arbre vert comme s'il s'agissait d'une paille d'orge. »

Quoi qu'en pensât Robin des Bois, il tint bon, et maintenant, lui et l'étranger à la tunique écarlate se trouvaient face à face.

Robin des Bois se défendit bien ce jour-là, en vrai franc-tenancier du centre du pays. Ils se battirent dans tous les sens, en avant et en arrière, l'habileté de Robin contre la force de l'étranger. La poussière de la grand-route s'éleva autour d'eux comme un nuage, si bien que, par moments, Petit Jean et le tanneur ne voyaient rien, n'entendant que le choc des bâtons les uns contre les autres. À trois reprises, Robin des Bois frappa l'étranger ; une fois au bras et deux fois aux côtes, et pourtant il avait paré tous les coups de l'autre, dont un seul, s'il avait atteint sa cible, aurait envoyé le robuste Robin plus bas dans la poussière qu'il ne l'avait jamais été. À la fin, l'étranger frappa le gourdin de Robin si franchement au milieu qu'il put à peine le tenir en main ; il frappa encore, et Robin plia sous le coup ; il frappa une troisième fois, et cette fois non seulement il brisa la garde de Robin, mais il lui asséna un coup tel qu'il s'écroula dans la route poussiéreuse.

« Arrête ! » cria Robin des Bois, lorsqu'il vit l'étranger lever son bâton une fois de plus. « Je me rends ! »

« Arrête ! » cria Petit Jean, jaillissant de sa cachette, le tanneur sur ses talons. « Arrête ! Cesse, je te dis ! »

« Non », répondit l'étranger calmement, « s'il en est deux de plus, et chacun aussi solide que ce brave compagnon, je risque d'avoir fort à faire. Néanmoins, approchez, et je m'efforcerai de mon mieux de vous servir tous. »

« Arrête ! » cria Robin des Bois, « nous ne nous battrons plus. Je le jure, c'est une triste journée pour toi et pour moi, Petit Jean. Je crois vraiment que mon poignet, ainsi que mon bras, sont paralysés par la secousse du coup que cet étranger m'a porté. »

Alors Petit Jean se tourna vers Robin des Bois. « Eh bien, comment va, bon maître ? » dit-il. « Hélas ! Tu es dans un piteux état. Ma foi, ta jaquette est toute souillée par la poussière de la route. Laisse-moi t'aider à te relever. »

« Au diable ton aide ! » cria Robin avec colère. « Je peux me remettre sur mes pieds sans ton aide, bon compagnon. »

« Non, mais laisse-moi au moins épousseter ton manteau. Je crains que tes pauvres os ne soient terriblement endoloris », dit Petit Jean d'un ton sobre, mais avec un pétillement malicieux dans les yeux.

« Cesse, je te dis ! » dit Robin, furieux. « Mon manteau a déjà été assez épousseté sans ton aide. » Puis, se tournant vers l'étranger, il dit : « Quel peut être ton nom, bon compagnon ? »

« Mon nom est Gamwell », répondit l'autre.

« Ha ! » s'écria Robin, « en est-il ainsi ? J'ai des proches de ce nom. D'où viens-tu, cher ami ? »

« De Maxfield Town je viens », répondit l'étranger. « C'est là que je suis né et élevé, et c'est de là que je viens pour chercher le jeune frère de ma mère, que les hommes appellent Robin des Bois. Donc, si par hasard tu peux me diriger... »

« Ha ! Will Gamwell ! » cria Robin, posant ses deux mains sur les épaules de l'autre et le tenant à bout de bras. « Certes, ce ne peut être nul autre ! J'aurais dû te reconnaître à ton petit air de jeune fille, à cette démarche délicate et affectée. Ne me reconnais-tu pas, mon garçon ? Regarde-moi bien. »

« Maintenant, par le souffle de mon corps ! » cria l'autre, « je crois de tout mon cœur que tu es mon oncle Robin. Non, c'est certain ! » Et chacun passa ses bras autour de l'autre, l'embrassant sur la joue.

Puis, une fois de plus, Robin tint son parent à bout de bras et l'examina attentivement de haut en bas. « Eh bien, comment se fait-il », dit-il, « quel changement ici ? En vérité, il y a quelque huit ou dix ans, je t'ai laissé comme un adolescent, avec de grosses articulations et des membres mal proportionnés, et voici que tu es devenu un aussi beau gaillard que j'en ai jamais vu. Ne te souviens-tu pas, garçon, comment je t'ai montré la bonne manière de pincer la plume d'oie entre tes doigts et de lancer ton bras d'arc fermement ? Tu promettais beaucoup de devenir un archer habile. Et ne te souviens-tu pas comment je t'ai appris à te défendre et à parer avec le gourdin ? »

« Oui », dit le jeune Gamwell, « et je t'admirais tant, et je te croyais si supérieur à tous les autres hommes que, je le jure, si j'avais su qui tu étais, je n'aurais jamais osé lever la main contre toi ce jour-ci. J'espère ne t'avoir causé aucun grand mal. »

« Non, non », dit Robin précipitamment, et en jetant un regard de côté à Petit Jean, « tu ne m'as pas fait de mal. Mais ne parlons plus de cela, je t'en prie. Pourtant, je dirai, mon garçon, que j'espère ne jamais ressentir à nouveau un coup tel que celui que tu m'as porté. Par Notre-Dame, mon bras picote encore de l'ongle jusqu'au coude. Vraiment, je pensais être paralysé pour la vie. Je te le dis, cousin, tu es l'homme le plus fort que j'aie jamais vu. Je le jure, j'ai senti mon estomac trembler quand je t'ai vu arracher cet arbre vert comme tu l'as fait. Mais dis-moi, comment en es-tu venu à quitter Sir Edward et ta mère ? »

« Hélas ! » répondit le jeune Gamwell, « c'est une triste histoire, oncle, que j'ai à te raconter. L'intendant de mon père, qui est venu chez nous après la mort du vieux Giles Jambe-Crochue, a toujours été un valet insolent, et je ne sais pourquoi mon père l'a gardé, sinon qu'il administrait avec grand discernement. Cela m'agaçait de l'entendre parler si audacieusement à mon père qui, tu le sais, a toujours été un homme patient envers ceux qui l'entouraient, lent à la colère et aux mots durs. Eh bien, un jour — et ce fut un mauvais jour pour cet insolent — il a cherché à gronder mon père, alors que j'étais là. Je ne pouvais plus le supporter, bon oncle, alors, m'avançant, je lui ai donné une gifle, et — le croirais-tu ? — le type en est mort sur-le-champ. Je crois qu'ils ont dit que je lui avais brisé le cou, ou quelque chose de semblable. Alors ils m'ont expédié chercher ta protection et échapper à la loi. J'étais en chemin quand tu m'as vu, et me voici. »

« Eh bien, sur la foi de mon cœur », dit Robin des Bois, « pour quelqu'un qui échappe à la loi, tu t'y prenais avec la plus grande aisance que j'aie jamais vue de toute ma vie. Qui a jamais vu quelqu'un, ayant tué un homme et fuyant pour cela, sautiller sur la grand-route comme une demoiselle de cour délicate, en reniflant une rose en même temps ? »

« Non, oncle », répondit Will Gamwell, « la précipitation n'a jamais fait bon beurre, comme dit le vieux dicton. De plus, je crois vraiment que cette force excessive de mon corps a ôté de l'agilité à mes talons. Pourquoi, tu viens juste de me frapper trois fois, et je ne t'ai pas touché une seule fois, si ce n'est en te dominant par ma force. »

« Non », dit Robin, « n'en parlons plus. Je suis très heureux de te voir, Will, et tu apporteras un grand honneur et un grand crédit à ma troupe de joyeux compagnons. Mais tu dois changer de nom, car des mandats seront bientôt lancés contre toi ; alors, à cause de tes vêtements gais, tu seras désormais et pour toujours appelé Will Scarlet. »

« Will Scarlet », dit Petit Jean, s'avançant et tendant sa grande paume, que l'autre prit, « Will Scarlet, ce nom te va bien. Je suis très heureux de t'accueillir parmi nous. Je m'appelle Petit Jean ; et voici un nouveau membre qui vient de nous rejoindre, un robuste tanneur nommé Arthur a Bland. Tu es en passe d'atteindre la célébrité, Will, laisse-moi te le dire, car il y aura mainte joyeuse ballade chantée à travers le pays, et mainte joyeuse histoire racontée à Sherwood sur la façon dont Robin des Bois a enseigné à Petit Jean et Arthur a Bland la manière correcte d'utiliser le bâton ; de même, comment notre bon maître a mordu un morceau de gâteau si gros qu'il en a étouffé. »

« Non, bon Petit Jean », dit Robin doucement, car il n'aimait guère qu'on raconte une telle plaisanterie à son sujet. « Pourquoi devrions-nous parler de cette petite affaire ? Je t'en prie, gardons les événements de ce jour entre nous. »

« De tout mon cœur », dit Petit Jean. « Mais, bon maître, je pensais que tu aimais une histoire joyeuse, puisque tu as si souvent plaisanté sur un certain embonpoint de mes articulations, de chair accumulée par mon séjour avec le shérif de... »

« Non, bon Petit Jean », dit Robin précipitamment, « je me souviens en avoir assez dit à ce sujet. »

« C'est bien », dit Petit Jean, « car en vérité moi-même, je m'en suis un peu lassé. Mais maintenant que j'y pense, tu semblais aussi disposé à plaisanter sur la pluie qui menaçait hier soir ; donc... »

« Non, alors », dit Robin des Bois d'un ton irritable, « j'avais tort. Je me souviens maintenant qu'elle semblait menacer de pleuvoir. »

« Vraiment, je le pensais aussi moi-même », dit Petit Jean, « par conséquent, sans doute, tu penses qu'il était sage de ma part de rester toute la nuit à l'auberge du Sanglier Bleu, au lieu de m'aventurer par un temps si orageux ; n'est-ce pas ? »

« Au diable toi et tes agissements ! » cria Robin des Bois. « Si tu veux qu'il en soit ainsi, tu as eu raison de rester là où tu as choisi. »

« Une fois de plus, c'est bien », dit Petit Jean. « Quant à moi, j'ai été aveugle aujourd'hui. Je ne t'ai pas vu corrigé ; je ne t'ai pas vu culbuter la tête en bas dans la poussière ; et si quelqu'un dit que tu l'as été, je peux, en toute bonne conscience, faire claquer sa langue menteuse entre ses dents. »

« Viens », cria Robin, se mordant la lèvre inférieure, tandis que les autres ne pouvaient s'empêcher de rire. « Nous n'irons pas plus loin aujourd'hui, mais nous retournerons à Sherwood, et tu iras à Ancaster une autre fois, Petit Jean. »

Ainsi dit Robin, car maintenant que ses os étaient endoloris, il sentait qu'un long voyage serait une mauvaise chose pour lui. Alors, tournant les talons, ils revinrent sur leurs pas d'où ils étaient venus.

L'aventure avec Midge, le fils du meunier

QUAND LES quatre francs-tenanciers eurent voyagé pendant longtemps vers Sherwood à nouveau, le haut midi étant passé, ils commencèrent à avoir faim. Robin des Bois dit : « Je voudrais avoir quelque chose à manger. Je pense qu'un bon pain blanc, avec un morceau de fromage blanc comme neige, arrosé d'une rasade de bière moussante, serait un festin pour un roi. »

« Puisque tu en parles », dit Will Scarlet, « je pense que cela ne me déplairait pas. Il y a quelque chose en moi qui crie : "Des vivres, bon ami, des vivres !" »

« Je connais une maison tout près », dit Arthur a Bland, « et, si j'avais seulement l'argent, je vous apporterais ce dont vous parlez ; à savoir, un doux pain, un bon fromage, et une outre de bière brune. »

« Pour ce qui est de cela, tu sais que j'ai de l'argent sur moi, bon maître », dit Petit Jean.

« Eh bien, c'est vrai, Petit Jean », dit Robin. « Combien d'argent faudra-t-il, bon Arthur, pour nous acheter à manger et à boire ? »

« Je pense que six larges sous suffiront pour acheter assez de nourriture pour une douzaine d'hommes », dit le tanneur.

« Alors donne-lui six sous, Petit Jean », dit Robin, « car je pense que de la nourriture pour trois hommes conviendra à mon besoin. Maintenant va-t'en, Arthur, avec l'argent, et apporte la nourriture ici, car il y a une douce ombre dans ce fourré là-bas, à côté de la route, et là nous prendrons notre repas. »

Alors Petit Jean donna l'argent à Arthur, et les autres se dirigèrent vers le fourré, pour y attendre le retour du tanneur.

Après un certain temps, il revint, portant avec lui un grand pain brun, un beau fromage rond et une outre en peau de chèvre pleine de la forte bière de mars, en bandoulière. Puis Will Scarlet prit son épée et divisa le pain et le fromage en quatre parts égales, et chacun se servit. Puis Robin des Bois prit une profonde rasade de bière. « Aha ! » dit-il, en reprenant son souffle, « jamais je n'ai goûté boisson plus douce que celle-ci. »

Après cela, personne ne parla plus, mais chacun mâcha son pain et son fromage vigoureusement, avec de temps à autre une rasade de bière.

À la fin, Will Scarlet regarda un petit morceau de pain qu'il tenait encore à la main et dit : « Je pense que je vais donner ceci aux moineaux. » Alors, le jetant loin de lui, il brossa les miettes de sa jaquette.

« Moi aussi », dit Robin, « j'ai eu assez, je pense. » Quant à Petit Jean et au tanneur, ils avaient mangé jusqu'à la dernière miette de leur pain et de leur fromage.

« Maintenant », dit Robin, « je me sens un autre homme, et j'aimerais profiter de quelque chose d'agréable avant d'aller plus loin dans notre voyage. Je me souviens, Will, que tu avais autrefois une jolie voix, et qui s'accordait agréablement sur une chanson. Je t'en prie, donne-nous en une avant que nous voyagions plus loin. »

« Vraiment, cela ne me dérange pas de fredonner un air », répondit Will Scarlet, « mais je ne voudrais pas chanter seul. »

« Non, d'autres suivront. Commence, garçon », dit Robin.

« Dans ce cas, c'est bien », dit Will Scarlet. « Je me souviens d'une chanson qu'un certain ménestrel chantait dans la salle de mon père, à l'occasion. Je ne lui connais aucun nom et ne peux donc vous en donner aucun ; mais la voici. » Puis, s'éclaircissant la gorge, il chanta :

*« Au temps joyeux des floraisons, Quand le désir fleurit au cœur, Quand la fleur s'éveille aux frissons, Quand l'oiseau fait son nid, bonheur, Doux chante le rossignol Et la grive au chant si hardi ; Le coucou dans le vallon fol Et la tourterelle au midi. Mais le rouge-gorge m'est cher, Car il chante à travers l'hiver. Robin ! Robin ! Joyeux Robin ! Ainsi voudrais mon vrai amour : Ne pas fuir Au moindre soupir De l'adversité au grand jour.*

*« Quand le printemps porte les délices, Quand l'alouette monte au ciel, Les amants cherchent les prémices, Et les yeux des filles au miel, C'est le temps de l'églantier, Des pâquerettes sur le mont, Primevères au champ altier, Violettes près du pont. Mais le lierre vert croît toujours Quand le vent du nord fait ses tours. Lierre ! Lierre ! Fidèle et sincère ! Ainsi voudrais son amour pur : Ne pas mourir Au moindre frémir De l'adversité au ciel dur. »*

« C'est bien chanté », dit Robin, « mais, cousin, je te le dis franchement, j'aimerais mieux entendre un robuste gaillard comme toi chanter quelque ballade vigoureuse qu'une chanson délicate de fleurs et d'oiseaux, et que sais-je encore. Pourtant, tu l'as bien chantée, et ce n'est pas un si mauvais morceau de chanson, pour ce qui est de cela. Maintenant, tanneur, c'est ton tour. »

« Je ne sais pas », dit Arthur, souriant, la tête penchée, comme une jeune fille à qui l'on demande de danser, « je ne sais pas si je peux égaler la chanson de notre doux ami ; de plus, je crois vraiment que j'ai attrapé un rhume et que j'ai un certain chatouillement et un enrouement dans la gorge. »

« Non, chante, ami », dit Petit Jean, qui était assis à côté de lui, lui tapotant l'épaule. « Tu as une voix belle, ronde et mélodieuse ; laisse-nous en avoir un aperçu. »

« Non, si vous voulez quelque chose de médiocre », dit Arthur, « je ferai de mon mieux. Avez-vous déjà entendu parler de la cour faite par Sir Keith, le robuste jeune chevalier de Cornouailles, au temps du bon Roi Arthur ? »

« Je pense en avoir entendu parler un peu », dit Robin ; « mais néanmoins commence ta chanson et laisse-nous l'entendre, car, si je m'en souviens bien, c'est une chanson galante ; alors sors-la, bon compagnon. »

Là-dessus, s'éclaircissant la gorge, le tanneur, sans plus attendre, commença à chanter :

LA COUR DE SIR KEITH

*« Le roi Arthur siégeait en sa royale salle, Et autour, de chaque côté, Se tenait mainte noble stature égale, La plus grande en toute cité.

« Lancelot était là, aux mèches de corbeau, Gauvain aux cheveux d'or brillant, Sir Tristram, Keu qui gardait le niveau, Et maint autre, tous excellant.

« Et par les vitraux aux couleurs éclatantes, Par-delà les toits de tuiles de feu, La lumière du soleil, en flammes dansantes, Illuminait l'or et le bleu.

« Mais soudain, un silence se fit Autour de la Table Ronde, Car une dame entra, sans aucun profit, Courbée vers le sol, immonde.

« Son nez était crochu, ses yeux larmoyants, Ses mèches étaient maigres et blanches ; Sur son menton, des poils effrayants ; Elle était un spectacle aux tranches.

« Et d'un pas rampant elle s'avança Et s'agenouilla aux pieds d'Arthur ; Keu dit : "C'est la dame la plus laide, en ça, Que j'ai vue sous le firmament pur."

"Ô puissant Roi ! De toi je réclame Une faveur à genoux posés" ; Ainsi parla-t-elle. "Que veux-tu, dame ?" Dit Arthur, Roi, "de mes côtés ?"*

*« Elle dit : "J'ai un mal qui me ronge Le cœur même, avec cruauté, Et une seule chose peut, par son songe, Me guérir de cette âpreté.

"Il n'est nul repos, nulle aisance pour moi, Au nord, à l'est, à l'ouest ou au sud, Tant qu'un chevalier chrétien, avec foi, Trois fois mes lèvres n'aura en étude.

"Ni épousé ne doit être ce sire Qui m'apportera le soulagement ; Ni contraint il ne doit être, pour dire, Mais m'embrasser volontairement.

"Alors est-il ici un chevalier chrétien D'une lignée assez noble et fière Pour donner à une âme, en ce lien, Doux repos à sa peine mortière ?"

"Un homme marié", dit Arthur, Roi, "Un homme marié je suis, Sinon je jugerais, en toute foi, Noble de t'embrasser sans ennuis.

"Maintenant, Lancelot, aux yeux de tous, Tu es le chef et le premier De la chevalerie. Viens, chevalier doux, Et donne-lui soulagement entier."

Mais Lancelot se détourna alors, Et regarda vers le sol brun, Car son orgueil le piquait, en son corps, De les entendre rire en commun.

"Viens donc, Sir Tristram", dit le Roi. Il dit : "Cela ne peut se faire, Car jamais mon estomac, par ma foi, Ne pourra l'embrasser en mystère." »*

« "Voudrais-tu, Sire Kay, créature dédaigneuse ?" Demanda Kay, "Non, par ma foi ! Quelle noble dame embrasserait un chevalier Qui a embrassé une bouche si infecte ?"

" "Voudrais-tu, Gauvain ?" "Je ne le puis, Roi." "Sire Geraint ?" "Non, pas moi ; Mes baisers n'apporteraient aucun soulagement, Car je mourrais plus tôt."

Alors se leva et parla le plus jeune homme De tous ceux autour de la table, "Eh bien, un tel soulagement qu'un chrétien peut, Je le lui donnerai, mon seigneur."

C'était Sire Keith, un jeune chevalier, Pourtant fort de membres et hardi, Avec une barbe sur le menton aussi légère Que les fils d'or les plus fins.

Dit Kay, "Il n'a pas encore de maîtresse Qu'il puisse appeler la sienne, Mais en voici une qui est prompte à prendre, Comme elle l'a elle-même montré."

Il l'embrassa une fois, il l'embrassa deux fois, Il l'embrassa trois fois, Un changement merveilleux survint en un clin d'œil, Et elle ne fut plus infecte.

Ses joues devinrent rouges comme toute rose, Son front aussi blanc que la toile fine, Son sein comme les neiges de l'hiver, Ses yeux comme ceux d'un faon.

Son souffle devint doux comme la brise d'été Qui souffle sur les prés ; Sa voix devint douce comme les arbres qui bruissent, Et ne fut plus cassée ni rauque.

Ses cheveux devinrent scintillants, comme l'or, Ses mains aussi blanches que le lait ; Ses haillons immondes, si infects et vieux, Furent changés en robes de soie.

Dans un grand étonnement, les chevaliers fixèrent leur regard. Dit Kay, "Je fais le vœu S'il te plaît, noble dame, Je t'embrasserai volontiers maintenant."

"Mais le jeune Sire Keith s'agenouilla sur un genou Et embrassa ses robes si belles. "Oh, laisse-moi être ton esclave," dit-il, "Car personne n'est comparable à toi."

Elle se pencha, elle embrassa son front, Elle embrassa ses lèvres et ses yeux. Dit-elle, "Tu es mon maître maintenant, Mon seigneur, mon amour, lève-toi !

"Et toute la richesse qui est mienne, Mes terres, je te les donne, Car jamais chevalier n'a montré à dame Une telle noble courtoisie.

"J'étais ensorcelée, dans une douleur amère, Mais tu m'as libérée, Alors maintenant je suis moi-même à nouveau, Je me donne à toi." »

"Oui, vraiment", dit Robin Hood, quand le Tanneur eut fini de chanter, "c'est comme je m'en souviens, une belle ritournelle, et une ballade avec un air plaisant."

"Il m'a souvent semblé", dit Will Scarlet, "qu'il y a un certain motif là-dedans, tel que celui-ci : qu'un devoir qui nous semble parfois laid et dur, quand nous l'embrassons franchement sur la bouche, pour ainsi dire, n'est pas une chose si infecte après tout."

"Je pense que tu as raison", dit Robin, "et, à l'inverse, que lorsque nous embrassons un plaisir qui semble gai, il devient infect pour nous ; n'est-ce pas ainsi, Petit Jean ? Vraiment, une telle chose t'a valu de rudes coups aujourd'hui. Non, l'homme, ne regarde jamais vers le bas. Dégage tes tuyaux et chante-nous une chanson."

"Non", dit Petit Jean, "je n'en ai aucune aussi belle que celle que ce joyeux Arthur a fredonnée. Ce sont toutes de pauvres choses que je connais. De plus, ma voix n'est pas accordée aujourd'hui, et je ne voudrais pas gâcher même une chanson tolérable par un mauvais chant."

Là-dessus, tous pressèrent Petit Jean de chanter, si bien que, lorsqu'il les eut refusés pendant une durée appropriée, telle qu'il convient à celui à qui l'on demande de chanter, il céda aussitôt. Il dit : "Eh bien, si vous le voulez ainsi, je vous donnerai ce que je peux. Comme le beau Will, je n'ai pas de titre pour ma ritournelle, mais elle va ainsi :

" "Ô ma Dame, le printemps est là, Avec un hey nonny nonny ; La douce saison de l'amour de l'année, Avec un ninny ninny nonny ; Maintenant gars et fille S'allongent dans l'herbe Qui pousse verte Avec des fleurs entre. Le daim se repose Les feuilles commencent, Le coq chante, La brise souffle, Et toutes choses rient en--" "

"Qui peut être ce compagnon qui arrive sur la route ?" dit Robin, interrompant la chanson.

"Je ne sais pas", dit Petit Jean d'une voix bourrue. "Mais ceci je le sais, que c'est une mauvaise chose à faire que de freiner le flux d'une bonne chanson."

"Non, Petit Jean", dit Robin, "ne sois pas fâché, je t'en prie ; mais je l'ai regardé venir, courbé sous ce grand sac sur son épaule, depuis que tu as commencé ta chanson. Regarde, Petit Jean, je t'en prie, et vois si tu le connais."

Petit Jean regarda là où Robin Hood pointait. "Vraiment", dit-il, après un moment, "je pense que ce compagnon est un certain jeune meunier que j'ai vu de temps à autre autour de la lisière de Sherwood ; un pauvre bougre, je pense, pour gâcher une bonne chanson à son sujet."

"Maintenant que tu parles de lui", dit Robin Hood, "je pense que moi-même je l'ai vu de temps à autre. N'a-t-il pas un moulin au-delà de la ville de Nottingham, près de la route de Salisbury ?"

"Tu as raison ; c'est l'homme", dit Petit Jean.

"Un bon gars robuste", dit Robin. "Je l'ai vu casser la couronne de Ned o' Bradford il y a environ quinze jours, et jamais je n'ai vu de chevelure soulevée plus proprement de toute ma vie auparavant."

À ce moment, le jeune meunier était arrivé si près qu'ils pouvaient le voir clairement. Ses vêtements étaient saupoudrés de farine, et sur son dos il portait un grand sac de farine, se penchant de manière à porter tout le poids sur ses épaules, et à travers le sac se trouvait un épais bâton. Ses membres étaient robustes et forts, et il marchait le long de la route poussiéreuse très vigoureusement avec le lourd sac sur ses épaules. Ses joues étaient aussi vermeilles qu'un cynorhodon d'hiver, ses cheveux étaient couleur de lin, et sur son menton se trouvait une pousse duveteuse de barbe de lin.

"Un bon gars honnête", dit Robin Hood, "et tel qu'il fait honneur à la yeomanrie anglaise. Maintenant, amusons-nous un peu avec lui. Nous irons de l'avant comme si nous étions des voleurs communs et prétendrons le voler de ses gains honnêtes. Ensuite, nous l'emmènerons dans la forêt et lui donnerons un festin tel que son estomac n'en a jamais contenu de toute sa vie auparavant. Nous inonderons sa gorge de bon canary et l'enverrons à la maison avec des couronnes dans sa bourse pour chaque sou qu'il possède. Qu'en dites-vous, les gars ?"

"Vraiment, c'est une joyeuse pensée", dit Will Scarlet.

"C'est bien planifié", dit Petit Jean, "mais que tous les saints nous préservent de toute autre raclée ce jour ! Par ma foi, mes pauvres os me font si mal que je--"

"Je t'en prie, tais-toi, Petit Jean", dit Robin. "Ta langue folle nous fera encore bien rire tous les deux."

"Ma langue folle, en effet", grogna Petit Jean à Arthur a Bland. "Je voudrais qu'elle puisse empêcher notre maître de nous mettre dans un autre pétrin ce jour."

Mais maintenant, le Meunier, cheminant le long de la route, était arrivé en face de l'endroit où les yeomen étaient cachés, sur quoi tous les quatre coururent vers lui et l'entourèrent.

"Arrête, ami !" cria Robin au Meunier ; sur quoi il se tourna lentement, avec le poids du sac sur son épaule, et regarda chacun à son tour, tout déconcerté, car bien qu'homme robuste, son esprit ne sautait pas comme des châtaignes grillées.

"Qui me demande de rester ?" dit le Meunier d'une voix profonde et bourrue, comme le grognement d'un gros chien.

"Par ma foi, c'est moi", dit Robin ; "et laisse-moi te dire, ami, tu ferais mieux d'écouter ma demande."

"Et qui es-tu, bon ami ?" dit le Meunier, jetant le grand sac de farine de son épaule au sol, "et qui sont ceux avec toi ?"

"Nous sommes quatre bons hommes chrétiens", dit Robin, "et nous aimerions t'aider en portant une partie de ta lourde charge."

"Je vous remercie tous", dit le Meunier, "mais mon sac n'est pas si lourd que je ne puisse le porter moi-même."

"Non, tu te trompes", dit Robin, "je voulais dire que tu pourrais peut-être avoir quelques lourds farthings ou pence sur toi, sans parler d'argent et d'or. Notre bon Gaffer Swanthold dit que l'or est un fardeau trop lourd pour un âne à deux pattes ; nous voudrions donc te soulager d'une partie de ce fardeau."

"Hélas !" cria le Meunier, "que voulez-vous me faire ? Je n'ai pas sur moi autant qu'un groat coupé. Ne me faites aucun mal, je vous prie, mais laissez-moi partir en paix. De plus, laissez-moi vous dire que vous êtes sur les terres de Robin Hood, et s'il vous trouvait en train d'essayer de voler un artisan honnête, il vous couperait les oreilles jusqu'à la tête et vous fouetterait jusqu'aux murs de Nottingham."

"En vérité, je ne crains pas Robin Hood plus que moi-même", dit le joyeux Robin. "Tu dois ce jour me donner chaque sou que tu as sur toi. Non, si tu bouges d'un pouce, je ferai trembler ce bâton autour de tes oreilles."

"Non, ne me frappe pas !" cria le Meunier, levant son coude comme s'il craignait le coup. "Tu peux me fouiller si tu veux, mais tu ne trouveras rien sur moi, bourse, poche ou peau."

"Est-ce ainsi ?" dit Robin Hood, le regardant intensément. "Maintenant, je crois que ce que tu racontes n'est pas une histoire vraie. Si je ne me trompe pas beaucoup, tu as quelque chose au fond de ce sac de farine gras. Bon Arthur, vide le sac sur le sol ; je te garantis que tu trouveras un shilling ou deux dans la farine."

"Hélas !" cria le Meunier, tombant à genoux, "ne gâche pas toute ma bonne farine ! Cela ne peut vous profiter en rien, et cela me ruinera. Épargnez-la, et je donnerai l'argent dans le sac."

"Ha !" dit Robin, donnant un coup de coude à Will Scarlet. "Est-ce ainsi ? Et ai-je trouvé où se trouve ton argent ? Par ma foi, j'ai un nez merveilleux pour la sainte image du bon Roi Harry. Je pensais sentir l'or et l'argent sous la farine d'orge. Sors-le tout de suite, Meunier."

Alors, lentement, le Meunier se leva sur ses pieds, et lentement et à contrecœur il dénoua l'ouverture du sac, et lentement plongea ses mains dans la farine et commença à tâtonner avec ses bras enterrés jusqu'aux coudes dans la farine d'orge. Les autres se rassemblèrent autour de lui, la tête ensemble, regardant et se demandant ce qu'il en sortirait.

Ainsi restèrent-ils, tous la tête serrée ensemble à regarder dans le sac. Mais alors qu'il faisait semblant de chercher l'argent, le Meunier ramassa deux grandes poignées de farine. "Ha", dit-il, "les voilà, les beautés." Puis, comme les autres se penchaient encore plus en avant pour voir ce qu'il avait, il jeta soudainement la farine sur leurs visages, remplissant leurs yeux, leurs nez et leurs bouches de la farine, les aveuglant et les étouffant à moitié. Arthur a Bland était plus mal loti que n'importe qui, car sa bouche était ouverte, béante d'émerveillement de ce qui allait arriver, de sorte qu'un grand nuage de farine descendit dans sa gorge, le faisant tousser jusqu'à ce qu'il puisse à peine se tenir debout.

Puis, alors que tous les quatre trébuchaient, rugissant de la brûlure de la farine dans leurs yeux, et alors qu'ils se frottaient les yeux jusqu'à ce que les larmes fassent de grands sillons sur leurs visages à travers la farine, le Meunier saisit une autre poignée de farine, et une autre, et une autre, la jetant sur leurs visages, de sorte que même s'ils avaient eu une lueur de lumière auparavant, ils étaient maintenant aussi aveugles que n'importe quel mendiant du Nottinghamshire, tandis que leurs cheveux, leurs barbes et leurs vêtements étaient aussi blancs que la neige.

Puis, saisissant son grand bâton de crabier, le Meunier commença à frapper autour de lui comme s'il était devenu fou. Dans un sens et dans l'autre sautaient les quatre, comme des pois sur une peau de tambour, mais ils ne pouvaient ni se défendre ni s'enfuir. Pan ! pan ! faisait le gourdin du Meunier sur leurs dos, et à chaque coup, de grands nuages blancs de farine s'élevaient dans l'air depuis leurs vestes et allaient à la dérive dans la brise.

"Arrête !" rugit Robin enfin. "Cesse, bon ami, je suis Robin Hood !"

"Tu mens, maraud", cria le Meunier, lui donnant un coup sur les côtes qui envoya un grand nuage de farine comme un souffle de fumée. "Le robuste Robin n'a jamais volé un artisan honnête. Ha ! tu voulais mon argent, n'est-ce pas ?" Et il lui donna un autre coup. "Non, tu n'obtiens pas ta part, maraud aux longues jambes. Chacun sa part." Et il frappa Petit Jean à travers les épaules de sorte qu'il l'envoya sauter à travers la route. "Non, n'aie pas peur, c'est ton tour maintenant, barbe noire." Et il donna au Tanneur une gifle qui le fit rugir malgré sa toux. "Comment maintenant, manteau rouge, laisse-moi te brosser la poussière !" cria-t-il, frappant Will Scarlet. Et ainsi il leur donna des mots joyeux et des coups jusqu'à ce qu'ils puissent à peine tenir debout, et chaque fois qu'il en voyait un prêt à se nettoyer les yeux, il jetait plus de farine sur son visage. Enfin Robin Hood trouva son cor et, le portant à ses lèvres, souffla trois coups sonores dessus.

Or il se trouva que Will Stutely et un groupe d'hommes de Robin étaient dans la clairière non loin de l'endroit où ce joyeux sport se déroulait. Entendant le brouhaha des voix et les coups qui ressemblaient au bruit d'un fléau dans la grange en hiver, ils s'arrêtèrent, écoutant et se demandant ce qui se passait. Dit Will Stutely, "Maintenant, si je ne me trompe pas, il y a une bataille robuste avec des gourdins qui se déroule non loin d'ici. J'aimerais bien voir ce joli spectacle." Ainsi disant, lui et tout le groupe tournèrent leurs pas vers l'endroit d'où venait le bruit. Quand ils furent arrivés près de l'endroit où tout le tumulte résonnait, ils entendirent les trois coups du cor de Robin.

"Vite !" cria le jeune David de Doncaster. "Notre maître est dans un besoin urgent !" Alors, sans s'arrêter un instant, ils se précipitèrent avec force et vigueurs et firent irruption depuis la couverture sur la grande route.

Mais quel spectacle était-ce là qu'ils virent ! La route était toute blanche de farine, et cinq hommes se tenaient là, eux aussi blancs de farine de la tête aux pieds, car une grande partie de la farine d'orge était retombée sur le Meunier.

"Quel est ton besoin, maître ?" cria Will Stutely. "Et que signifie tout cela ?"

"Eh bien", dit Robin dans une passion puissante, "ce traître de mécréant est venu aussi près de me tuer qu'aucun homme au monde. Si tu n'étais pas venu rapidement, bon Stutely, ton maître serait mort."

Là-dessus, alors que lui et les trois autres frottaient la farine de leurs yeux, et que Will Stutely et ses hommes brossaient leurs vêtements, il leur raconta tout ; comment il avait voulu faire une plaisanterie au Meunier, laquelle s'était retournée si douloureusement contre eux.

"Vite, les hommes, saisissez le vil Meunier !" cria Stutely, qui s'étouffait presque de rire comme les autres ; sur quoi plusieurs coururent sur le gars robuste et, le saisissant, lièrent ses bras derrière son dos avec des cordes d'arc.

"Ha !" cria Robin, quand ils amenèrent le Meunier tremblant devant lui. "Tu voulais me tuer, n'est-ce pas ? Par ma foi"--Ici il s'arrêta et resta à regarder le Meunier avec sévérité. Mais la colère de Robin ne pouvait tenir, alors d'abord ses yeux pétillèrent, et puis, malgré tout, il éclata de rire.

Or, quand ils virent leur maître rire, les yeomen qui se tenaient autour ne purent plus se contenir, et un puissant cri de rire s'éleva de tous. Beaucoup ne pouvaient se tenir debout, mais roulaient sur le sol de pure gaieté.

"Quel est ton nom, bon gars ?" dit Robin enfin au Meunier, qui restait là, bouche bée, comme s'il était en plein étonnement.

"Hélas, monsieur, je suis Midge, le fils du meunier", dit-il d'une voix effrayée.

"Je fais le vœu", dit le joyeux Robin, le frappant sur l'épaule, "tu es le plus puissant Midge que jamais mes yeux aient contemplé. Maintenant, veux-tu quitter ton moulin poussiéreux et venir rejoindre ma bande ? Par ma foi, tu es un homme trop robuste pour passer tes jours entre la trémie et le tiroir-caisse."

"Alors vraiment, si vous me pardonnez les coups que j'ai portés, ne sachant pas qui vous étiez, je me joindrai à vous très joyeusement", dit le Meunier.

"Alors j'ai gagné ce jour", dit Robin, "les trois yeomen les plus robustes de tout le Nottinghamshire. Nous irons vers l'arbre du bois vert, et là, nous tiendrons un joyeux festin en l'honneur de nos nouveaux amis, et peut-être qu'une coupe ou deux de bon sack et de canary pourront adoucir la douleur de mes pauvres articulations et os, bien que je garantisse qu'il se passera bien des jours avant que je sois à nouveau l'homme que j'étais." Ainsi disant, il se tourna et ouvrit la marche, le reste suivant, et ainsi ils entrèrent à nouveau dans la forêt et furent perdus de vue.

Ainsi, cette nuit-là, tout était en feu avec des feux crépitants dans les bois, car bien que Robin et ceux dont il a été parlé, à l'exception de Midge, le fils du Meunier, aient eu bien des bosses et des bleus douloureux ici et là sur leurs corps, ils n'étaient pourtant pas si endoloris dans les articulations qu'ils ne puissent profiter d'un joyeux festin donné en bienvenue aux nouveaux membres de la bande. Ainsi, avec des chansons, des plaisanteries et des rires qui résonnaient à travers les recoins plus profonds et plus silencieux de la forêt, la nuit passa rapidement, comme ces moments joyeux ont l'habitude de le faire, jusqu'à ce qu'enfin chaque homme cherche son lit et que le silence tombe sur toutes choses et que tout semble dormir.

Mais la langue de Petit Jean était toujours une langue qui n'était pas facile à guider, si bien que, petit à petit, toute l'histoire de son combat avec le Tanneur et du combat de Robin avec Will Scarlet fut connue. Et ainsi je l'ai racontée pour que vous puissiez rire de la joyeuse histoire avec moi.

Robin Hood et Allan a Dale

IL VIENT d'être raconté comment trois aventures malheureuses arrivèrent à Robin Hood et Petit Jean, toutes en un seul jour, leur apportant des côtes douloureuses et des os endoloris. Donc, ensuite, nous dirons comment ils compensèrent ces mauvais événements par une bonne action qui survint non sans quelque petite douleur pour Robin.

Deux jours s'étaient écoulés, et quelque peu de la douleur avait disparu des articulations de Robin Hood, pourtant encore, quand il bougeait soudainement et sans réfléchir, la douleur ici et là, pour ainsi dire, le secouait, criant, "Tu as eu une raclée, bon gars."

Le jour était brillant et joyeux, et la rosée du matin reposait encore sur l'herbe. Sous l'arbre du bois vert était assis Robin Hood ; d'un côté était Will Scarlet, allongé de tout son long sur le dos, regardant le ciel clair, les mains jointes derrière la tête ; de l'autre côté était assis Petit Jean, façonnant un gourdin à partir d'un membre robuste de crabier ; ailleurs sur l'herbe étaient assis ou allongés beaucoup d'autres membres de la bande.

"Par la foi de mon cœur", dit le joyeux Robin, "je me rappelle que nous n'avons eu personne pour dîner avec nous depuis longtemps. Notre argent diminue dans la bourse, car personne n'est venu payer une note depuis bien des jours. Maintenant prépare-toi, bon Stutely, et choisis six hommes, et va-t'en vers Fosse Way ou aux alentours, et assure-toi que tu amènes quelqu'un pour manger avec nous ce soir. En attendant, nous préparerons un grand festin pour faire à celui qui viendra le plus grand honneur. Et attends, bon Stutely. Je voudrais que tu emmènes Will Scarlet avec toi, car il est convenable qu'il se familiarise avec les manières de la forêt."

"Maintenant, je te remercie, bon maître", dit Stutely, bondissant sur ses pieds, "que tu m'aies choisi pour cette aventure. Vraiment, mes membres deviennent mous à force de rester oisifs ici. Quant à deux de mes six, je choisirai Midge le Meunier et Arthur a Bland, car, comme tu le sais bien, bon maître, ils sont de rudes poings au bâton. N'est-ce pas, Petit Jean ?"

À cela, tous rirent sauf Petit Jean et Robin, qui tordit son visage. "Je peux parler pour Midge", dit-il, "et de même pour mon cousin Scarlet. Ce matin même, j'ai regardé mes côtes et je les ai trouvées de tant de couleurs qu'un manteau de mendiant."

Ainsi, ayant choisi quatre autres gars robustes, Will Stutely et sa bande partirent pour Fosse Way, pour voir s'ils ne pouvaient pas tomber sur quelque riche invité pour faire festin ce jour à Sherwood avec Robin et sa bande.

Durant tout le long du jour, ils demeurèrent près de cette grande route. Chaque homme avait apporté avec lui une bonne provision de viande froide et une bouteille de bière de mars forte pour calmer son estomac jusqu'au retour. Ainsi, lorsque le zénith fut atteint, ils s'assirent sur l'herbe douce, sous un buisson d'aubépine vert et largement étalé, et firent un festin copieux et jovial. Après quoi, l'un monta la garde tandis que les autres faisaient la sieste, car c'était une journée calme et lourde.

Ils passèrent ainsi le temps fort agréablement, mais aucun invité tel qu'ils le désiraient ne montra son visage durant tout le temps qu'ils restèrent cachés là. Beaucoup passèrent le long de la route poussiéreuse sous l'éclat du soleil : tantôt c'était une troupe de damoiselles bavardes trottinant joyeusement ; tantôt un chaudronnier cheminant d'un pas lourd ; tantôt un jeune berger enjoué ; tantôt un fermier vigoureux ; tous regardant droit devant eux sur la route, inconscients des sept gaillards robustes qui gisaient cachés si près d'eux. Tels furent les voyageurs sur le chemin ; mais un gros abbé, un riche écuyer ou un usurier chargé d'or, point n'en vint.

Enfin, le soleil commença à descendre bas dans les cieux ; la lumière devint rouge et les ombres s'allongèrent. L'air s'emplit de silence, les oiseaux gazouillaient avec langueur, et de loin venait, faible et clair, le chant mélodieux de la laitière appelant les vaches à la maison pour la traite.

Alors Stutely se leva de là où il était étendu. « Peste soit d'une telle malchance ! » dit-il. « Voilà que nous avons attendu toute la journée, et aucun oiseau digne d'être tiré, pour ainsi dire, n'est venu à portée de notre trait. Si j'étais parti pour une besogne innocente, j'aurais rencontré une douzaine de prêtres robustes ou une vingtaine de prêteurs sur gages ventripotents. Mais il en est toujours ainsi : le cerf brun n'est jamais si rare que lorsqu'on a une plume d'oie grise coincée entre les doigts. Allons, les gars, plions bagage et retournons à la maison, dis-je. »

En conséquence, les autres se levèrent et, sortant du fourré, ils tournèrent tous leurs pieds vers Sherwood. Après avoir fait quelque distance, Will Stutely, qui menait le groupe, s'arrêta soudain. « Chut ! » dit-il, car ses oreilles étaient aussi fines que celles d'un renard de cinq ans. « Écoutez, les gars ! Il me semble entendre un son. » À ces mots, tous s'arrêtèrent et écoutèrent, le souffle court, bien que, pendant un temps, ils ne pussent rien entendre, leurs oreilles étant plus sourdes que celles de Stutely. Finalement, ils entendirent un son faible et mélancolique, comme quelqu'un en lamentation.

« Ha ! » dit Will Scarlet, « cela doit être examiné. Il y a quelqu'un en détresse près d'ici. »

« Je ne sais pas », dit Will Stutely, en secouant la tête avec doute, « notre maître est toujours prompt à mettre le doigt dans une marmite bouillante ; mais, pour ma part, je ne vois pas l'utilité de nous fourrer dans des situations fâcheuses. C'est la voix d'un homme, si je ne m'abuse, et un homme devrait toujours être prêt à se sortir de ses propres embarras. »

Alors Will Scarlet parla hardiment. « Fi donc, de parler de la sorte, Stutely ! Reste, si tu le souhaites. Moi, je vais voir quel peut être le tourment de cette pauvre créature. »

« Non », dit Stutely, « tu bondis si vite que tu tomberas dans le fossé. Qui a dit que je n'irais pas ? Viens, dis-je. » En disant cela, il montra le chemin, les autres suivant, jusqu'à ce qu'après avoir fait une courte distance, ils arrivèrent à une petite clairière dans les bois, d'où un ruisseau, après avoir gargouillé sous l'enchevêtrement des buissons surplombants, s'étalait en une large mare aux galets vitreux. Au bord de cette mare, sous les branches d'un saule, gisait un jeune homme face contre terre, pleurant à haute voix, dont le son avait d'abord frappé les oreilles attentives de Stutely. Ses boucles dorées étaient emmêlées, ses vêtements étaient tout de travers, et tout en lui dénotait la douleur et le chagrin. Au-dessus de sa tête, aux branches de l'osier, pendait une belle harpe de bois poli incrustée d'or et d'argent aux motifs fantastiques. À côté de lui gisait un robuste arc en frêne et une dizaine de flèches belles et lisses.

« Holà ! » cria Will Stutely, lorsqu'ils furent sortis de la forêt dans la petite clairière. « Qui es-tu, compagnon, qui gît là à tuer toute l'herbe verte avec de l'eau salée ? »

Entendant la voix, l'étranger bondit sur ses pieds et, saisissant son arc et ajustant une flèche, se tint prêt à toute mauvaise rencontre.

« Vraiment », dit l'un des francs-archers, lorsqu'ils eurent vu le visage du jeune inconnu, « je connais fort bien ce garçon. C'est un certain ménestrel que j'ai vu ici plus d'une fois. Il n'y a qu'une semaine, je l'ai vu sautiller à travers la colline comme une biche d'un an. C'était un beau spectacle alors, avec une fleur à l'oreille et une plume de coq plantée dans son bonnet ; mais maintenant, il me semble que notre coquelet a été dépouillé de ses plumes gaies. »

« Bah ! » cria Will Stutely, s'approchant de l'étranger, « essuie tes yeux, l'homme ! Je déteste voir un grand et robuste gaillard pleurnicher comme une fille de quatorze ans sur un rouge-gorge mort. Pose ton arc, l'homme ! Nous ne te voulons aucun mal. »

Mais Will Scarlet, voyant combien l'étranger, qui avait l'air jeune et juvénile, était piqué par les mots que Stutely avait prononcés, vint à lui et posa sa main sur l'épaule du jeune homme. « Non, tu es dans la peine, pauvre garçon ! » dit-il gentiment. « Ne fais pas attention à ce que ces gars ont dit. Ils sont rudes, mais ils te veulent du bien. Peut-être ne comprennent-ils pas un jeune homme comme toi. Tu viendras avec nous, et peut-être pourrons-nous trouver quelqu'un qui pourra t'aider dans tes perplexités, quelles qu'elles soient. »

« Oui, vraiment, viens avec nous », dit Will Stutely brusquement. « Je ne te voulais aucun mal, et je pourrais peut-être te vouloir du bien. Décroche ton instrument de chant de ce bel arbre, et viens avec nous. »

Le jeune homme fit comme on lui demandait et, la tête basse et d'un pas chagrin, accompagna les autres, marchant aux côtés de Will Scarlet. Ainsi firent-ils leur chemin à travers la forêt. La lumière vive s'effaça du ciel et une lueur grise tomba sur toutes choses. Des profondeurs plus reculées de la forêt, les sons mystérieux et chuchotants de la nuit arrivaient à l'oreille ; tout le reste était silencieux, hormis le cliquetis de leurs pas au milieu des feuilles sèches et craquantes de l'hiver dernier. Enfin, une lueur rougeâtre brilla devant eux ici et là à travers les arbres ; un peu plus loin, ils arrivèrent à la clairière, maintenant baignée par la pâle lumière de la lune. Au centre de l'espace crépitait un grand feu, jetant une lueur rouge sur tout ce qui l'entourait. Au feu rôtissaient des steaks juteux de venaison, des faisans, des chapons et du poisson frais de la rivière. Tout l'air était empli de la douce odeur des bonnes choses qui cuisinaient.

La petite troupe fit son chemin à travers la clairière, de nombreux francs-archers se tournant avec des regards curieux et les suivant des yeux, mais aucun ne parlant ni ne les questionnant. Ainsi, avec Will Scarlet d'un côté et Will Stutely de l'autre, l'étranger arriva là où Robin Hood était assis sur un siège de mousse sous l'arbre des bois, avec Petit Jean debout à ses côtés.

« Bonsoir, bel ami », dit Robin Hood, se levant alors que l'autre approchait. « Et es-tu venu festoyer avec moi ce jour ? »

« Hélas ! Je ne sais », dit le garçon, regardant autour de lui avec des yeux hagards, car il était désorienté par tout ce qu'il voyait. « Vraiment, je ne sais si je suis dans un rêve », dit-il pour lui-même à voix basse.

« Non, par ma foi », dit Robin en riant, « tu es bien éveillé, comme tu le découvriras bientôt, car un beau festin est en train de cuire pour toi. Tu es notre invité d'honneur ce jour. »

Pourtant, le jeune étranger regardait autour de lui, comme dans un rêve. Bientôt, il se tourna vers Robin. « Il me semble », dit-il, « que je sais maintenant où je suis et ce qui m'est arrivé. N'es-tu pas le grand Robin Hood ? »

« Tu as frappé dans le mille », dit Robin, en le frappant sur l'épaule. « Les hommes d'ici m'appellent de ce nom. Puisque tu me connais, tu sais aussi que celui qui festoie avec moi doit payer son écot. J'espère que tu as une bourse bien garnie avec toi, bel étranger. »

« Hélas ! » dit l'étranger, « je n'ai ni bourse ni argent, si ce n'est la moitié d'un six pence, dont l'autre moitié est portée par ma propre amie chère dans son sein, suspendue à son cou par un fil de soie. »

À ce discours, un grand éclat de rire s'éleva de ceux qui étaient alentours, ce qui fit que le pauvre garçon sembla vouloir mourir de honte ; mais Robin Hood se tourna brusquement vers Will Stutely. « Eh bien, comment maintenant », dit-il, « est-ce là l'invité que tu nous as amené pour remplir notre bourse ? Il me semble que tu n'as amené qu'un coq bien maigre au marché. »

« Non, bon maître », répondit Will Stutely en souriant, « il n'est pas mon invité ; c'est Will Scarlet qui l'a amené ici. »

Alors Will Scarlet parla, et raconta comment ils avaient trouvé le garçon dans le chagrin, et comment il l'avait amené à Robin, pensant qu'il pourrait peut-être l'aider dans sa peine. Alors Robin Hood se tourna vers le jeune homme, et, plaçant sa main sur l'épaule de l'autre, le tint à bout de bras, examinant son visage de près.

« Un jeune visage », dit-il à voix basse, à moitié pour lui-même, « un visage bon, un visage honnête. C'est comme celui d'une jeune fille pour la pureté, et, avec cela, le plus beau que mes yeux aient jamais vu ; mais, si je peux juger honnêtement par tes traits, le chagrin vient aux jeunes aussi bien qu'aux vieux. » À ces mots, prononcés si gentiment, les yeux du pauvre garçon s'emplirent de larmes. « Non, non », dit Robin précipitamment, « courage, mon garçon ; je garantis que ton cas n'est pas si mauvais qu'il ne puisse être arrangé. Quel peut être ton nom ? »

« Allen a Dale est mon nom, bon maître. »

« Allen a Dale », répéta Robin, songeur. « Allen a Dale. Il me semble que le nom n'est pas tout à fait étranger à mes oreilles. Oui, assurément, tu es le ménestrel dont nous entendons parler dernièrement, dont la voix charme tant les hommes. Ne viens-tu pas de la vallée de Rotherstream, au-delà de Stavely ? »

« Oui, vraiment », répondit Allan, « j'en viens. »

« Quel âge as-tu, Allan ? » dit Robin.

« Je n'ai que vingt ans. »

« Il me semble que tu es bien jeune pour être tourmenté par le souci », dit Robin gentiment ; puis, se tournant vers les autres, il cria, « Allez, les gars, dépêchez-vous et préparez notre festin ; seulement toi, Will Scarlet, et toi, Petit Jean, restez ici avec moi. »

Puis, quand les autres furent partis, chacun à ses affaires, Robin se tourna une fois de plus vers le jeune homme. « Maintenant, mon garçon », dit-il, « raconte-nous tes ennuis, et parle librement. Un flot de paroles soulage toujours le cœur des chagrins ; c'est comme ouvrir l'écluse quand le barrage du moulin est trop plein. Viens, assieds-toi ici à côté de moi, et parle à ton aise. »

Alors, aussitôt, le jeune homme raconta aux trois francs-archers tout ce qu'il avait sur le cœur ; d'abord en mots et phrases brisés, puis librement et avec plus d'aisance quand il vit que tous écoutaient attentivement ce qu'il disait. Ainsi leur raconta-t-il comment il était venu de York jusqu'à la douce vallée de Rother, voyageant à travers le pays en ménestrel, s'arrêtant tantôt au château, tantôt au manoir, et tantôt à la ferme ; comment il avait passé une douce soirée dans une certaine ferme large et basse, où il avait chanté devant un robuste franc-tenancier et une jeune fille aussi pure et ravissante que le premier perce-neige du printemps ; comment il avait joué et chanté pour elle, et combien la douce Ellen o' the Dale l'avait écouté et l'avait aimé. Puis, d'une voix basse et douce, à peine plus forte qu'un murmure, il raconta comment il avait guetté pour elle et l'avait rencontrée de temps à autre quand elle sortait, mais était bien trop effrayé en sa douce présence pour lui parler, jusqu'à ce qu'enfin, sur les rives de la Rother, il eût parlé de son amour, et elle eût murmuré ce qui avait fait vibrer les cordes de son cœur de joie. Ensuite, ils brisèrent une pièce de six pence entre eux, et jurèrent de se rester fidèles pour toujours.

Ensuite, il raconta comment son père avait découvert ce qui se tramait, et l'avait éloignée de lui de sorte qu'il ne l'avait jamais revue, et son cœur était parfois sur le point de rompre ; comment ce matin, à peine un mois et demi depuis le jour où il l'avait vue pour la dernière fois, il avait entendu et savait que c'était ainsi, qu'elle devait épouser le vieux Sir Stephen de Trent, deux jours plus tard, car le père d'Ellen pensait que ce serait une chose grandiose que de voir sa fille faire un tel mariage, bien qu'elle ne le souhaitât point ; et ce n'était pas étonnant qu'un chevalier souhaitât épouser sa propre douce amie, qui était la plus belle jeune fille de tout le monde.

À tout cela, les francs-archers écoutèrent en silence, le cliquetis de nombreuses voix, plaisantant et riant, résonnant autour d'eux, et la lumière rouge du feu brillant sur leurs visages et dans leurs yeux. Si simples étaient les mots du pauvre garçon, et si profonde sa douleur, que même Petit Jean sentit une certaine boule noueuse monter dans sa gorge.

« Je ne m'étonne pas », dit Robin, après un moment de silence, « que ton vrai amour t'ait aimé, car tu as sûrement une croix d'argent sous la langue, tout comme le bon Saint François, qui pouvait charmer les oiseaux du ciel par sa parole. »

« Par le souffle de mon corps », éclata Petit Jean, cherchant à couvrir ses sentiments par des paroles colériques, « j'ai une grande envie d'aller tout droit et de rosser la vie abjecte hors du corps de ce même vil Sir Stephen. Par ma foi, dis-je — quelle peste — un vieux décrépit pense-t-il que les tendres jouvencelles doivent être achetées comme des poulets un jour de marché ? Fi de lui ! — Je — mais peu importe, qu'il prenne garde à lui. »

Alors Will Scarlet prit la parole. « Il me semble qu'il est bien mal agi de la part de la fille qu'elle change si vite sur l'ordre d'autrui, surtout quand il s'agit d'épouser un homme aussi âgé que ce même Sir Stephen. Je n'aime pas cela en elle, Allan. »

« Non », dit Allan avec véhémence, « tu lui fais tort. Elle est aussi douce et gentille qu'une tourterelle. Je la connais mieux que quiconque au monde. Elle peut obéir à son père, mais si elle épouse Sir Stephen, son cœur rompra et elle mourra. Ma propre douce amie, je... » Il s'arrêta et secoua la tête, car il ne pouvait rien dire de plus.

Pendant que les autres parlaient, Robin Hood avait été plongé dans ses pensées. « Il me semble que j'ai un plan qui pourrait convenir à ton cas, Allan », dit-il. « Mais dis-moi d'abord, penses-tu, garçon, que ton vrai amour ait assez d'esprit pour t'épouser si vous étiez ensemble à l'église, les bans publiés, et le prêtre trouvé, même si son père devait lui dire non ? »

« Oui, par ma foi, elle le ferait », cria Allan avec empressement.

« Alors, si son père est l'homme que je crois, je me charge qu'il vous donne à tous deux sa bénédiction comme homme et femme mariés, à la place du vieux Sir Stephen, et ce, le matin de ses noces. Mais attends, maintenant que j'y songe, il y a une chose non comptée — le prêtre. Vraiment, ceux du clergé ne m'aiment pas outre mesure, et quand il s'agit de faire comme je le désire dans une telle affaire, ils sont aussi susceptibles de se montrer têtus. Quant au bas clergé, ils craignent de me faire une faveur à cause de l'abbé ou de l'évêque. »

« Non », dit Will Scarlet en riant, « pour ce qui est de cela, je connais un certain frère qui, si tu pouvais te mettre dans ses bonnes grâces, ferait ton affaire même si la Papesse Jeanne elle-même se tenait là pour le bannir. Il est connu comme le Frère Curtal de l'Abbaye de Fountain, et demeure dans le Val de Fountain. »

« Mais », dit Robin, « l'Abbaye de Fountain est à une bonne centaine de milles d'ici. Si nous voulons aider ce garçon, nous n'avons pas le temps d'y aller et de revenir avant que son vrai amour ne soit mariée. Rien n'est à gagner là-bas, cousin. »

« Oui », dit Will Scarlet en riant encore, « mais cette Abbaye de Fountain n'est pas si loin que celle dont tu parles, oncle. L'Abbaye de Fountain dont je parle n'est pas un endroit aussi riche et fier que l'autre, mais une simple petite cellule ; pourtant, avec cela, un endroit aussi confortable que jamais un robuste anachorète ait habité. Je connais bien l'endroit, et je peux t'y guider, car, bien que ce soit une bonne distance, il me semble qu'une paire de jambes robustes pourrait porter un homme là-bas et revenir en un jour. »

« Alors donne-moi ta main, Allan », cria Robin, « et laisse-moi te dire, je jure par les cheveux brillants de Sainte AElfrida que, dans deux jours à cette heure, Ellen a Dale sera ta femme. Je chercherai ce même Frère de l'Abbaye de Fountain demain, et je garantis que je me mettrai dans ses bonnes grâces, même si je dois en rosser une pour obtenir la douceur. »

À cela, Will Scarlet rit encore. « Ne sois pas trop sûr de cela, bon oncle », dit-il, « néanmoins, d'après ce que je sais de lui, je pense que ce Frère Curtal joindra volontiers deux amants aussi beaux, surtout s'il y a de bons mets et boissons à la clé ensuite. »

Mais maintenant, l'un des membres de la bande vint dire que le festin était étalé sur l'herbe ; alors, Robin montrant le chemin, les autres suivirent là où le bon festin était étalé. Joyeux fut le repas. Plaisanteries et histoires circulaient librement, et tous riaient jusqu'à ce que la forêt retentisse à nouveau. Allan riait avec les autres, car ses joues étaient empourprées par l'espoir que Robin Hood lui avait donné.

Enfin, le festin fut terminé, et Robin Hood se tourna vers Allan, qui était assis à côté de lui. « Maintenant, Allan », dit-il, « tant de choses ont été dites sur ton chant que nous voudrions bien avoir un avant-goût de ton talent nous-mêmes. Ne peux-tu pas nous donner quelque chose ? »

« Sûrement », répondit Allan avec empressement ; car il n'était pas un chanteur de troisième ordre qu'il fallait prier encore et encore, mais disait « oui » ou « non » à la première demande ; alors, prenant sa harpe, il fit courir ses doigts légèrement sur les cordes aux sons doux, et tout fut calme autour de la nappe. Puis, soutenant sa voix par une douce musique sur sa harpe, il chanta :

LE MARIAGE DE MAY ELLEN

(Donnant un compte rendu de la façon dont elle fut aimée par un prince féerique, qui l'emmena dans sa propre demeure.)

« May Ellen était assise sous une épine Et dans une averse alentour Les fleurs tombaient à chaque brise Comme de la neige sur le sol, Et dans un tilleul tout près fut entendu Le chant doux d'un oiseau étrange et sauvage.

« Ô doux, doux, doux, ô perçant doux, Ô languissant doux le refrain ! Le cœur de May Ellen dans sa poitrine Resta immobile de béatitude douloureuse : Et ainsi, avec un visage écoutant et levé, Elle resta comme morte en ce bel endroit.

« "Descends de parmi les fleurs, oiseau ! Descends de parmi l'arbre, Et sur mon cœur je te laisserai reposer, Et t'aimerai tendrement !" Ainsi cria May Ellen, doucement et bas, De là où l'aubépine répandait sa neige.

« En bas tomba l'oiseau sur une aile tremblante, De parmi l'arbre en fleurs, Et se blottit dans sa poitrine de neige. "Mon amour ! mon amour !" cria-t-elle ; Puis aussitôt vers la maison, au milieu du soleil et de la fleur, Elle le porta vers sa propre douce tonnelle.

« Le jour a passé à la nuit moelleuse, La lune flotte au-dessus de la lande, Et dans sa lumière solennelle et pâle Un jeune homme se tient silencieusement : Un jeune homme d'une beauté étrange et rare, À l'intérieur de la tonnelle de May Ellen là.

« Il se tenait là où sur le pavé froid Les rayons de lune vacillants reposaient. May Ellen regardait avec de grands yeux effrayés, Ni ne pouvait-elle se détourner, Car, comme dans les rêves mystiques nous voyons Un esprit, il se tenait silencieusement.

« Tout d'une voix basse et sans souffle, "D'où viens-tu ?" dit-elle ; "Es-tu la créature d'un rêve, Ou une vision que je vois ?" Puis doucement parla-t-il, comme les vents de nuit frissonnent À travers les roseaux qui se tendent près de la rivière.

« "Je suis venu, oiseau sur une aile emplumée, Depuis le lointain pays des Fées Où les eaux murmurantes chantent doucement Sur le rivage doré, Où les doux arbres sont pour toujours verts ; Et là ma mère est la reine." »

. . . . . . .

« Plus jamais May Ellen ne quitte sa tonnelle Pour orner les fleurs magnifiques ; Mais dans l'heure silencieuse et de minuit Ils l'entendent parler là, Ou, quand la lune brille de blanc, Ils l'entendent chanter toute la nuit. »

« Oh, revêts tes soies et tes joyaux fins », Dit la mère de May Ellen, « Car voici venir le Lord of Lyne Et tu dois épouser ce seigneur. » May Ellen dit : « Cela ne se peut. Il ne trouvera jamais son épouse en moi. »

Son frère prit la parole, sombre et sévère : « Or, par le ciel bleu et brillant, Avant qu'un jour ne soit passé pour lui, Ton oiseau maudit mourra ! Car il t'a causé un tort amer, Par quelque art étrange ou charme rusé. »

Puis, sur un chant triste et plaintif, L'oiseau s'envola au loin, Et par-dessus les toits du château, et à travers Le ciel gris et venteux. « Sors ! » cria alors le frère sévère, « Pourquoi le regardes-tu ainsi après son départ ? »

C'est le jour du mariage de May Ellen, Le ciel est bleu et beau, Et nombre de lords et de dames en fête Sont rassemblés là dans l'église. Le marié était Sir Hugh le Hardi, Tout vêtu de soie et de drap d'or.

La mariée entra en samit blanc Avec une couronne blanche sur la tête ; Ses yeux étaient fixes d'un regard vitreux, Son visage était celui d'une morte, Et quand elle se tint parmi la foule, Elle chanta un air sauvage et merveilleux.

Puis vint un bruit étrange et impétueux Comme celui qu'apporte le vent qui se lève, Et dans les fenêtres ouvertes s'engouffrèrent Neuf cygnes sur des ailes sifflantes, Et haut au-dessus des têtes ils volèrent, Dans un vol étincelant à travers l'obscurité.

Autour de la tête de May Ellen ils volèrent Dans un vol large et venteux, Et trois fois ils dessinèrent le cercle. Les invités reculèrent d'effroi, Et le prêtre, près de l'autel, Se signa avec une prière murmurée.

Mais la troisième fois qu'ils firent le tour, La belle Ellen avait disparu, Et à sa place, sur le sol, Se tenait un cygne blanc comme neige. Puis, sur un chant sauvage et ravissant, Il rejoignit la troupe rapide et ailée.

Il est des hommes âgés ayant assisté à des mariages, Depuis soixante ans et plus, Mais un tel jour de noce merveilleux, Ils n'en avaient jamais vu auparavant. Mais nul ne put les arrêter et nul ne put retenir, Les cygnes qui emportèrent la mariée. »

Pas un bruit ne rompit le silence quand Allan a Dale eut fini, mais tous restaient à contempler le beau chanteur, car si douce était sa voix et la musique que chaque homme demeurait le souffle court, de peur qu'une goutte de plus ne vienne et qu'il ne la perdît.

« Par ma foi et ma parole », dit enfin Robin, en poussant un soupir profond, « mon garçon, tu es... Tu ne dois pas quitter notre compagnie, Allan ! Ne veux-tu pas rester avec nous ici, dans la douce forêt verte ? Vraiment, je sens mon cœur s'élancer vers toi avec une grande affection. »

Alors Allan prit la main de Robin et l'embrassa. « Je resterai avec toi pour toujours, cher maître », dit-il, « car jamais je n'ai connu pareille bonté que celle que tu m'as témoignée ce jour. »

Puis Will Scarlet tendit la main et serra celle d'Allan en signe de fraternité, tout comme le fit Little John. Et c'est ainsi que le célèbre Allan a Dale devint l'un des membres de la bande de Robin Hood.

Robin Hood cherche le frère Curtal

LES VAILLANTS YEOMEN de la forêt de Sherwood étaient toujours des lève-tôt le matin, plus particulièrement quand l'été était venu, car alors, dans la fraîcheur de l'aube, la rosée était toujours la plus éclatante et le chant des petits oiseaux le plus doux.

Robin dit : « Maintenant, je vais aller chercher ce même Frère de l'abbaye de Fountain dont nous parlions hier soir, et j'emmènerai avec moi quatre de mes bons hommes, et ces quatre seront Little John, Will Scarlet, David de Doncaster et Arthur a Bland. Restez ici, et Will Stutely sera votre chef pendant mon absence. » Puis, aussitôt, Robin Hood revêtit une belle cotte de mailles en acier, sur laquelle il passa une légère veste de vert de Lincoln. Il coiffa son chef d'un casque d'acier, qu'il recouvrit d'un bonnet de cuir blanc souple, où se dressait une plume de coq balancée. À son côté, il suspendit une bonne épée large d'acier trempé, la lame bleuie marquée de partout de figures étranges de dragons, de femmes ailées et autres. Un spectacle galant que Robin ainsi paré, je le sais, le scintillement de l'acier apparaissant çà et là tandis que la lumière du soleil accrochait vivement les maillons de la cotte polie qui se montrait sous sa veste verte.

Ainsi, s'étant paré, lui et les quatre yeomen se mirent en route, Will Scarlet ouvrant la marche, car il savait mieux que les autres où aller. Ainsi, kilomètre après kilomètre, ils marchèrent d'un bon pas, franchissant tantôt un ruisseau bruyant, tantôt longeant une route baignée de soleil, tantôt descendant quelque doux sentier forestier, sur lequel les arbres se rejoignaient en une voûte verte et bruissante, et au bout duquel un troupeau de cerfs effrayés s'élança, dans un fracas de feuilles et un craquement de branches. Ils continuèrent à marcher en chantant, plaisantant et riant jusqu'à ce que midi fût passé, quand enfin ils atteignirent les rives d'un large cours d'eau, calme et tapissé de nénuphars. Ici, un large sentier battu s'étendait le long des rives, sentier sur lequel peinaient les chevaux qui tiraient les barges à mouvement lent, chargées de farine d'orge ou autre, de la campagne vers la ville aux nombreuses tours. Mais à présent, dans le silence brûlant du milieu de la journée, aucun cheval n'était en vue, ni aucun homme en dehors d'eux-mêmes. Derrière eux et devant eux s'étendait la rivière, son sein placide ridé çà et là par le crépuscule pourpre d'une petite brise.

« Maintenant, bon oncle », dit enfin Will Scarlet, après qu'ils eurent marché pendant longtemps le long de cette douce et brillante rivière, « juste après ce coude devant nous se trouve un gué peu profond qui n'est en aucun endroit plus profond que le milieu de ta cuisse, et de l'autre côté du cours d'eau se trouve un certain petit ermitage caché au milieu de l'enchevêtrement buissonneux des fourrés, où habite le Frère de Fountain Dale. C'est là que je te mènerai, car j'en connais le chemin ; bien qu'il ne soit pas trop difficile à trouver. »

« Non », dit le joyeux Robin, s'arrêtant soudain, « si j'avais pensé que j'aurais dû patauger dans l'eau, même si elle était aussi cristalline que celle-ci, j'aurais revêtu d'autres vêtements que ceux que j'ai sur moi. Mais peu importe maintenant, car après tout, une mouillure ne lavera pas la peau, et ce qui doit être, doit être. Mais attendez ici, mes gars, car je voudrais profiter seul de cette joyeuse aventure. Néanmoins, écoutez bien, et si vous m'entendez sonner du cor, venez vite. » En disant cela, il se tourna et les quitta, marchant seul.

Robin n'avait pas marché plus loin que là où le coude de la route cachait ses bons hommes à sa vue, quand il s'arrêta soudain, car il crut entendre des voix. Il resta immobile et écouta, et entendit bientôt des paroles échangées entre ce qui semblait être deux hommes, et pourtant les deux voix étaient étrangement semblables. Le son venait de derrière la berge, qui était ici escarpée et haute, tombant du bord de la route d'une dizaine de pieds jusqu'au bord marécageux de la rivière.

« C'est étrange », murmura Robin pour lui-même après un moment, quand les voix eurent cessé de parler, « il y a sûrement deux personnes qui se sont parlé l'une à l'autre, et pourtant, il me semble que leurs voix sont étrangement semblables. Je fais le vœu que jamais je n'ai entendu pareille chose de toute ma vie. Vraiment, si ces deux-là doivent être jugés par leurs voix, jamais deux pois ne furent plus semblables. Je vais examiner cette affaire. » En disant cela, il s'approcha doucement de la rive et, s'allongeant sur l'herbe, il scruta le bord et regarda en bas.

Tout était frais et ombragé sous la berge. Un robuste osier poussait, non pas droit vers le haut, mais penché au-dessus de l'eau, ombrageant l'endroit de son feuillage doux. Tout autour poussait une masse de fougères plumeuses telles que celles qui se cachent et se nichent dans les endroits frais, et jusqu'aux narines de Robin montait l'odeur tendre du thym sauvage, qui aime les bords humides des ruisseaux courants. Ici, le dos large contre le tronc rugueux du saule, et à moitié caché par les douces fougères qui l'entouraient, était assis un individu robuste et musclé, mais il n'y avait aucun autre homme. Sa tête était ronde comme une boule et couverte d'une masse de cheveux noirs frisés, coupés court, qui poussaient bas sur son front. Mais son sommet était tondu aussi lisse que la paume de la main, ce qui, avec sa robe ample, son capuchon et son chapelet, montrait ce que son aspect n'aurait jamais trahi, qu'il était un frère. Ses joues étaient aussi rouges et brillantes qu'une pomme sauvage d'hiver, bien qu'elles fussent presque recouvertes d'une barbe noire frisée et serrée, tout comme son menton et sa lèvre supérieure également. Son cou était épais comme celui d'un taureau du pays du nord, et sa tête ronde était posée sur des épaules dignes de celles de Little John lui-même. Sous ses sourcils noirs et broussailleux dansaient une paire de petits yeux gris qui ne pouvaient rester en place tant ils débordaient d'humour. Nul homme ne pouvait regarder son visage sans sentir ses cordes sensibles chatouillées par la gaieté de leur regard. À ses côtés gisait un casque d'acier, qu'il avait ôté pour la fraîcheur de son sommet. Ses jambes étaient largement écartées, et entre ses genoux il tenait un grand pâté composé de viandes juteuses de diverses sortes, rendu savoureux par de tendres jeunes oignons, la viande et les oignons étant mélangés avec une bonne sauce riche. Dans son poing droit, il tenait un gros morceau de croûte brune qu'il mâchait vigoureusement, et de temps à autre il plongeait sa main gauche dans la tourte et la retirait pleine de viande ; il prenait ensuite une puissante rasade d'une grande bouteille de Malvoisie qui gisait à côté de lui.

« Par ma foi », dit Robin à lui-même, « je crois vraiment que c'est le festin le plus joyeux, l'individu le plus joyeux, l'endroit le plus joyeux et le spectacle le plus joyeux de toute la joyeuse Angleterre. Je pensais qu'il y en avait un autre ici, mais ce devait être ce saint homme se parlant à lui-même. »

Ainsi Robin restait à observer le Frère, et le Frère, tout ignorant qu'il était ainsi épié, mangeait son repas paisiblement. Enfin, il eut terminé et, après s'être d'abord essuyé les mains grasses sur les fougères et le thym sauvage (et jamais roi au monde n'eut serviette plus douce), il prit sa flasque et commença à se parler à lui-même comme s'il était un autre homme, se répondant comme s'il était quelqu'un d'autre.

« Cher garçon, tu es le plus doux compagnon du monde, je t'aime comme un amant aime sa mie. La, tu me fais honte de me parler ainsi dans ce lieu solitaire, personne n'étant présent, et pourtant, si tu veux que je le dise, je t'aime comme tu m'aimes. Non alors, ne veux-tu pas boire une gorgée de bonne Malvoisie ? Après toi, garçon, après toi. Non, je t'en supplie, adoucis le breuvage avec tes lèvres (ici il passa la flasque de sa main droite à sa main gauche). Si tu veux me forcer ainsi, je dois faire ce que tu demandes, mais avec d'autant plus de plaisir que je bois à ta très grande santé (ici il prit une longue et profonde gorgée). Et maintenant, doux garçon, c'est ton tour (ici il passa la bouteille de sa main gauche à sa main droite). Je la prends, doux compagnon, et je te souhaite autant de bien que tu m'en souhaites. » En disant cela, il prit une autre gorgée, et vraiment il en but assez pour deux.

Tout ce temps, le joyeux Robin restait sur la berge et écoutait, tandis que son estomac tremblait tellement de rire qu'il fut obligé de presser sa paume contre sa bouche pour l'empêcher d'éclater ; car, vraiment, il n'aurait pas gâché une telle plaisanterie pour la moitié du Nottinghamshire.

Ayant repris son souffle après sa dernière rasade, le Frère recommença à parler de cette manière : « Maintenant, doux garçon, ne peux-tu pas me chanter une chanson ? La, je ne sais pas, je n'ai pas la voix bien assurée aujourd'hui ; je t'en prie, ne me demande pas ; n'entends-tu pas comment je coasse comme une grenouille ? Non, non, ta voix est aussi douce que celle d'un bouvreuil ; allons, chante, je t'en prie, je préférerais t'entendre chanter plutôt que de manger un beau festin. Hélas, j'aimerais ne pas chanter devant quelqu'un qui sait si bien siffler et qui a entendu tant de bonnes chansons et ballades, néanmoins, si tu veux qu'il en soit ainsi, je ferai de mon mieux. Mais maintenant, je pense que toi et moi pourrions chanter une belle chanson ensemble ; ne connais-tu pas une certaine petite ritournelle délicate appelée "Le Jeune Amoureux et la Demoiselle Dédaigneuse" ? Pourquoi, vraiment, je crois l'avoir déjà entendue. Alors ne penses-tu pas que tu pourrais prendre le rôle de la demoiselle si je prends celui du jeune homme ? Je ne sais pas, mais je vais essayer ; commence avec le jeune homme et je suivrai avec la demoiselle. »

Puis, chantant d'abord d'une voix profonde et bourrue, puis d'une voix haute et grinçante, il entonna joyeusement la ritournelle gaie de

LE JEUNE AMOUREUX ET LA DEMOISELLE DÉDAIGNEUSE

LUI « Ah, veux-tu venir avec moi, mon amour ? Veux-tu, mon amour, être mienne ? Car je te donnerai, mon amour, De joyeux nœuds et des rubans si fins. Je te courtiserai, mon amour, à genoux, Et je jouerai des chansons douces pour toi seule. Alors, écoute ! écoute ! écoute ! L'alouette ailée Et écoute la colombe roucouler ! Et la jonquille brillante Pousse près du ruisseau, Alors viens et sois mon amour.

ELLE Va-t'en, jeune homme si beau ; Va-t'en, je dis ; Car mon véritable amour ne sera jamais le tien, Et il vaudrait mieux que tu ne restes pas. Tu n'es pas un garçon assez élégant pour moi, Alors j'attendrai de voir un meilleur jeune homme. Car, écoute ! écoute ! écoute ! L'alouette ailée, Et écoute la colombe roucouler ! Et la jonquille brillante Pousse près du ruisseau, Pourtant jamais je ne serai ton amour.

LUI Alors je chercherai tout droit une autre belle fille, Car beaucoup de demoiselles peuvent être trouvées, Et comme tu ne voudras jamais rien de moi, Par toi je ne serai jamais lié. Car jamais fleur dans les champs n'est si rare, Mais d'autres se trouvent qui sont tout aussi belles. Alors, écoute ! écoute ! écoute ! L'alouette joyeuse Et écoute la colombe roucouler ! Et la jonquille brillante Pousse près du ruisseau, Et je me chercherai un autre cher amour.

ELLE Jeune homme, ne te détourne pas si vite Pour trouver une autre belle fille. Je crois que j'ai parlé à la hâte aujourd'hui, Et je n'ai pas arrêté ma décision,

Et si seulement tu veux rester avec moi, Je n'aimerai personne d'autre, doux garçon, que toi. »

Ici, Robin ne put se contenir plus longtemps et éclata d'un rire puissant ; puis, le saint Frère continuant la chanson, il se joignit au chœur, et ensemble ils chantèrent, ou, comme on pourrait dire, beuglèrent :

« Alors, écoute ! écoute ! écoute ! L'alouette joyeuse Et écoute la colombe roucouler ! Car la jonquille brillante Pousse près du ruisseau Et je serai ton véritable amour. »

Ainsi chantèrent-ils ensemble, car le robuste Frère ne semblait pas avoir entendu le rire de Robin, et il ne semblait pas non plus savoir que le yeoman s'était joint à la chanson, mais, les yeux à moitié clos, regardant droit devant lui et balançant sa tête ronde de côté et d'autre en rythme avec la musique, il continua bravement jusqu'à la fin, lui et Robin finissant sur un rugissement puissant qui aurait pu être entendu à un mile. Mais à peine le dernier mot eut-il été chanté que le saint homme saisit son casque d'acier, le coiffa et, sautant sur ses pieds, cria d'une voix forte : « Quel espion avons-nous ici ? Sors, membre du mal, et je te découperai en un pudding aussi fin qu'aucune femme dans le Yorkshire n'en a jamais cuisiné un dimanche. » Sur ce, il tira de dessous ses robes une grande épée large aussi robuste que celle de Robin.

« Non, range ton fer à piquer, ami », dit Robin, se levant, les larmes de rire encore sur les joues. « Les gens qui ont chanté si doucement ensemble ne devraient pas se battre par la suite. » Sur ce, il sauta en bas de la berge vers l'endroit où l'autre se tenait. « Je te le dis, ami », dit-il, « ma gorge est aussi desséchée par cette chanson qu'un chaume d'orge en octobre. As-tu par hasard encore de la Malvoisie dans cette cruche robuste ? »

« Vraiment », dit le Frère d'une voix morne, « tu te sers librement là où tu n'es pas invité. Pourtant, je crois être un assez bon chrétien pour ne refuser à aucun homme assoiffé de boire. Tu es le bienvenu pour en boire ce qu'il en reste. » Et il tendit la cruche à Robin.

Robin la prit sans plus attendre et, la portant à ses lèvres, renversa la tête en arrière, tandis que ce qui était à l'intérieur faisait « glou ! glou ! glou ! » pendant plus de trois clignements d'œil, je le sais. Le robuste Frère observait Robin anxieusement pendant ce temps, et quand il eut fini, il reprit la cruche rapidement. Il la secoua, la tint entre ses yeux et la lumière, regarda le yeoman avec reproche, et la plaça aussitôt à ses propres lèvres. Quand elle en revint, il n'y avait plus rien dedans.

« Connais-tu le pays aux alentours, toi bon et saint homme ? » demanda Robin en riant.

« Oui, un peu », répondit l'autre sèchement.

« Et connais-tu un certain endroit appelé l'abbaye de Fountain ? »

« Oui, un peu. »

« Alors peut-être connais-tu aussi un certain individu qui va sous le nom du Frère Curtal de l'abbaye de Fountain. »

« Oui, un peu. »

« Eh bien alors, bon compagnon, saint père, ou quel que tu sois », dit Robin, « je voudrais savoir si ce même Frère se trouve de ce côté de la rivière ou de l'autre. »

« Ceci », dit le Frère, « est une question pratique sur laquelle les règles astucieuses appartenant à la logique ne touchent pas. Je te conseille de le découvrir par l'aide de tes propres cinq sens ; la vue, le toucher, et ainsi de suite. »

« Je souhaite beaucoup », dit Robin, regardant pensivement le robuste prêtre, « traverser ce gué et essayer de trouver ce même bon Frère. »

« Vraiment », dit l'autre pieusement, « c'est un bon souhait de la part de quelqu'un de si jeune. Loin de moi l'idée de t'arrêter dans une quête si sainte. Ami, la rivière est libre pour tous. »

« Oui, bon père », dit Robin, « mais tu vois que mes vêtements sont parmi les plus beaux et je n'aimerais pas les mouiller. Je pense que tes épaules sont robustes et larges ; ne pourrais-tu pas trouver dans ton cœur de me porter de l'autre côté ? »

« Maintenant, par la main blanche de la sainte Dame de la Fontaine ! » éclata le Frère dans une colère puissante, « oses-tu, toi pauvre gringalet, toi petit fat qui veut être embrassé ; toi... toi... Comment dois-je t'appeler ? Me demandes-tu, à moi, le saint Tuck, de te porter ? Maintenant, je jure... » Ici, il s'arrêta soudain, puis lentement la colère quitta son visage, et ses petits yeux pétillèrent une fois de plus. « Mais pourquoi ne le ferais-je pas ? » dit-il pieusement.

« Le saint Christophe n'a-t-il pas toujours porté l'étranger à travers la rivière ? Et devrais-je, pauvre pécheur que je suis, avoir honte d'en faire autant ? Viens avec moi, étranger, et je ferai ce que tu demandes dans un esprit d'humilité. » En disant cela, il grimpa sur la berge, suivi de près par Robin, et montra le chemin vers le gué peu profond et caillouteux, ricanant pour lui-même tout en ayant l'air de savourer quelque bonne plaisanterie intérieure.

Arrivé au gué, il retroussa ses robes autour de ses reins, coinça sa bonne épée large sous son bras et courba le dos pour prendre Robin dessus. Soudain, il se redressa. « Il me semble », dit-il, « que tu vas mouiller ton arme. Laisse-moi la glisser sous mon bras avec la mienne. »

« Non, bon père », dit Robin, « je ne voudrais pas t'accabler avec quoi que ce soit de moi, si ce n'est moi-même. »

« Penses-tu », dit le Frère doucement, « que le bon saint Christophe aurait cherché sa propre aisance ? Non, donne-moi ton outil comme je te le demande, car je voudrais le porter comme une pénitence pour mon orgueil. »

Là-dessus, sans plus de cérémonie, Robin Hood déboucla son épée de sa taille et la tendit à l'autre, qui la glissa avec la sienne sous son bras. Puis, une fois encore, le Frère courba le dos et, Robin étant monté dessus, il s'avança d'un pas ferme dans l'eau, progressant ainsi, éclaboussant le bas-fond et brisant toute la surface lisse en cercles toujours plus larges. Il atteignit enfin l'autre rive et Robin sauta légèrement de son dos.

« Mille mercis, bon père », dit-il. « Tu es vraiment un homme bon et saint. Je t'en prie, rends-moi mon épée et laisse-moi partir, car je suis pressé. »

À ces mots, le robuste Frère regarda Robin longuement, la tête penchée sur le côté et avec une grimace des plus facétieuses sur le visage ; puis, lentement, il fit un clin d'œil de l'œil droit. « Non, bon jeune homme », dit-il doucement, « je ne doute pas que tu sois pressé par tes affaires, mais tu ne penses nullement aux miennes. Les tiennes sont de nature charnelle ; les miennes sont de nature spirituelle, une œuvre sainte, pour ainsi dire ; de plus, mes affaires se trouvent de l'autre côté de ce cours d'eau. Je vois, à ta quête de ce même saint reclus, que tu es un bon jeune homme, très respectueux de l'habit. J'ai été mouillé en venant ici, et je crains fort que, si je devais traverser l'eau à nouveau, je ne sois pris de certaines courbatures et douleurs dans les articulations qui gâcheraient mes dévotions pour bien des jours à venir. Je sais que, puisque j'ai si humblement obéi à tes ordres, tu me porteras en retour. Tu vois comment saint Godrick, ce saint ermite dont c'est aujourd'hui le jour natal, a placé deux épées entre mes mains et aucune entre les tiennes. Laisse-toi donc persuader, bon jeune homme, et porte-moi de l'autre côté. »

Robin Hood leva les yeux, puis les baissa, se mordant la lèvre inférieure. Il dit : « Rusé Frère, tu me tiens bel et bien. Laisse-moi te dire qu'aucun de ton habit ne m'a ainsi berné de toute ma vie. J'aurais dû savoir à ton air que tu n'étais pas l'homme saint que tu prétendais être. »

« Non », interrompit le Frère, « je te prie de ne pas parler si grossièrement non plus, de peur que tu ne sentes par hasard la piqûre d'un pouce ou deux d'acier bleu. »

« Tut, tut », dit Robin, « ne parle pas ainsi, Frère ; le vaincu a toujours le droit d'user de sa langue comme bon lui semble. Rends-moi mon épée ; je promets de te porter en retour sur-le-champ. Non, je ne lèverai pas l'arme contre toi. »

« Tiens donc », dit le Frère, « je ne te crains pas, mon gaillard. Voici ta broche ; prépare-toi sans tarder, car je voudrais retourner au plus vite. »

Robin reprit donc son épée et la boucla à sa taille ; puis il courba son dos robuste et y prit le Frère.

Or, je sais que Robin Hood eut un fardeau plus lourd à porter avec le Frère que le Frère n'en avait eu avec lui. De plus, il ne connaissait pas le gué, si bien qu'il alla trébuchant parmi les pierres, mettant tantôt le pied dans un trou profond, tantôt manquant de trébucher sur un bloc de roche, tandis que la sueur ruisselait en perles sur son visage sous l'effort de son voyage et la lourdeur de sa charge. Pendant ce temps, le Frère ne cessait de lui enfoncer les talons dans les flancs en lui ordonnant de se hâter, tout en l'affublant de noms peu amènes. À tout cela, Robin ne répondit pas un mot, mais, ayant tâté doucement jusqu'à trouver la boucle de la ceinture qui retenait l'épée du Frère, il travailla sournoisement les attaches, cherchant à les desserrer. C'est ainsi que, lorsqu'il atteignit l'autre rive avec son chargement, la ceinture de l'épée du Frère était défaite sans qu'il le sût ; si bien que, lorsque Robin fut sur la terre ferme et que le Frère sauta de son dos, le franc-tenancier saisit l'épée de telle sorte que la lame, le fourreau et la courroie restèrent entre ses mains, laissant l'homme saint sans arme.

« Maintenant », dit le joyeux Robin, haletant tandis qu'il parlait et essuyant la sueur de son front, « je te tiens, mon gaillard. Cette fois, ce même saint dont tu parlais tout à l'heure a livré deux épées dans ma main et t'a dépouillé de la tienne. Maintenant, si tu ne me portes pas en retour, et cela prestement, je jure que je piquerai ta peau jusqu'à ce qu'elle soit aussi criblée de trous qu'un pourpoint tailladé. »

Le bon Frère ne dit mot pendant un moment, mais il regarda Robin avec un air sévère. « Eh bien », finit-il par dire, « je croyais que ton esprit était plutôt lourd et je ne savais pas que tu étais si rusé. En vérité, tu m'as eu. Rends-moi mon épée, et je promets de ne pas la tirer contre toi, sauf pour me défendre ; de plus, je promets d'obéir à tes ordres, de te prendre sur mon dos et de te porter. »

Le joyeux Robin lui rendit donc son épée, que le Frère boucla à sa taille, en veillant cette fois à ce qu'elle fût plus solidement attachée ; puis, retroussant à nouveau ses robes, il prit Robin Hood sur son dos et, sans un mot, entra dans l'eau, avançant en silence tandis que Robin restait à rire sur son dos. Il atteignit enfin le milieu du gué, là où l'eau était la plus profonde. Là, il s'arrêta un instant, puis, d'un coup de main soudain et d'un soulèvement d'épaules, projeta Robin par-dessus sa tête comme s'il eût été un sac de grain.

Robin plongea dans l'eau avec un bruit formidable. « Voilà », dit l'homme saint en retournant calmement vers la rive, « que cela rafraîchisse ton humeur brûlante, si faire se peut. »

Entre-temps, après force éclaboussures, Robin s'était remis sur ses pieds et restait là, hébété, l'eau ruisselant sur lui en jolis petits ruisseaux. Il finit par évacuer l'eau de ses oreilles et en cracher un peu de sa bouche, et, rassemblant ses esprits, il vit le robuste Frère debout sur la rive, en train de rire. Alors, je vous le dis, Robin Hood fut un homme fou de rage. « Reste là, misérable ! » rugit-il, « je suis à tes trousses à l'instant même, et si je ne te découpe pas tes chairs aujourd'hui, que je ne puisse plus jamais lever le petit doigt ! » Ce disant, il se précipita, en éclaboussant tout, vers la rive.

« Tu n'as pas besoin de te presser outre mesure », dit le robuste Frère. « Ne crains rien ; je resterai ici, et si tu ne cries pas "Hélas" avant peu, que je ne puisse plus jamais épier un cerf dans les fougères. »

Et maintenant, Robin, ayant atteint la rive, commença, sans plus tarder, à retrousser ses manches au-dessus de ses poignets. Le Frère, lui aussi, ajusta mieux ses robes autour de lui, révélant un bras grand et robuste dont les muscles saillaient comme les bosses d'un arbre noueux. Alors, Robin vit, ce qu'il n'avait pas remarqué auparavant, que le Frère portait aussi une cotte de mailles sous son habit.

« Défends-toi », cria Robin en dégainant sa bonne épée.

« Aye, par ma foi », dit le Frère, qui tenait déjà la sienne en main. Sans plus attendre, ils se rejoignirent, et là commença une bataille féroce et puissante. À gauche et à droite, en haut, en bas, en avant et en arrière, ils se battirent. Les épées étincelèrent au soleil puis se rencontrèrent avec un fracas qui résonna au loin. Je sais que ce n'était pas là un assaut amical au bâton, mais un combat sombre et sérieux, en toute vérité. Ils luttèrent ainsi pendant une heure ou plus, s'arrêtant de temps à autre pour reprendre haleine, moments durant lesquels chacun regardait l'autre avec étonnement, pensant n'avoir jamais vu un gaillard si vigoureux ; puis ils reprenaient de plus belle. Pourtant, en tout ce temps, aucun n'avait blessé l'autre ni fait couler son sang. À la fin, le joyeux Robin cria : « Arrête ta main, bon ami ! » sur quoi tous deux baissèrent leurs épées.

« Maintenant, je sollicite une faveur avant que nous ne recommencions », dit Robin, essuyant la sueur de son front ; car ils avaient lutté si longtemps qu'il commençait à penser qu'il serait malheureux de se faire frapper soi-même ou de frapper un homme si robuste et courageux.

« Que veux-tu de moi ? » demanda le Frère.

« Seulement ceci », dit Robin ; « que tu me laisses sonner trois fois de mon cor. »

Le Frère fronça les sourcils et regarda Robin Hood d'un air entendu. « Eh bien, je pense vraiment que tu as quelque tour de passe-passe derrière la tête », dit-il. « Néanmoins, je ne te crains pas, et je t'accorderai ton souhait, à condition que tu me laisses aussi sonner trois fois de ce petit sifflet. »

« De tout mon cœur », dit Robin, « alors, voici pour la première. » Ce disant, il porta son cor d'argent à ses lèvres et sonna trois fois, d'un ton clair et haut.

Entre-temps, le Frère restait à observer avec attention ce qui pourrait arriver, tenant entre ses doigts un joli sifflet d'argent, tel que les chevaliers en utilisent pour rappeler leurs faucons à leur poing, sifflet qui pendait toujours à sa ceinture avec son rosaire.

À peine l'écho de la dernière note du cor de Robin était-il revenu de l'autre côté de la rivière, que quatre hommes de haute taille, vêtus de vert Lincoln, accoururent au détour du chemin, chacun avec un arc à la main et une flèche déjà encochée sur la corde.

« Ha ! Est-ce ainsi, traître félon ! » cria le Frère. « Alors, par ma foi, défends-toi ! » Ce disant, il porta aussitôt le sifflet à ses lèvres et souffla un coup à la fois fort et strident. Et voilà qu'un craquement se fit entendre dans les buissons qui bordaient l'autre côté du chemin, et aussitôt quatre grands chiens hirsutes jaillirent du couvert. « Attrapez-les, Douce-Lèvre ! Attrapez-les, Gorge-de-Cloche ! Attrapez-les, Beauté ! Attrapez-les, Crocs ! » cria le Frère en désignant Robin.

Et ce fut une chance pour ce franc-tenancier qu'un arbre se trouvât près de lui au bord du chemin, sans quoi il aurait passé un mauvais quart d'heure. Avant que l'on ait pu dire « Gaffer Downthedale », les chiens étaient sur lui, et il n'eut que le temps de lâcher son épée et de sauter prestement dans l'arbre, autour duquel les chiens se rassemblèrent, levant les yeux vers lui comme s'il eût été un chat sur le toit. Mais le Frère rappela rapidement ses chiens. « Attrapez-les ! » cria-t-il en pointant le chemin où les hommes se tenaient immobiles, stupéfaits par ce qu'ils voyaient. Comme le faucon fond sur sa proie, les quatre chiens se précipitèrent sur eux ; mais quand les quatre hommes virent les chiens arriver, tous, d'un commun accord, à l'exception de Will Scarlet, tirèrent chacun leur plume d'oie jusqu'à l'oreille et décochèrent leur trait.

Et maintenant, la vieille ballade raconte une chose merveilleuse qui se produisit, car elle dit que chaque chien visé sauta lestement de côté, et, alors que la flèche passait en sifflant, la saisit dans sa gueule et la brisa en deux. C'eût été un mauvais jour pour ces quatre bons compagnons si Will Scarlet ne s'était pas placé devant les autres pour faire face aux chiens qui fonçaient. « Eh bien, comment maintenant, Crocs ! » cria-t-il sévèrement. « Bas, Beauté ! Bas, mon brave ! Que signifie ceci ? »

Au son de sa voix, chaque chien recula vivement, puis vint aussitôt vers lui pour lui lécher les mains et se frotter contre lui, comme font les chiens qui rencontrent quelqu'un qu'ils connaissent. Alors les quatre hommes s'avancèrent, les chiens sautant joyeusement autour de Will Scarlet. « Eh bien, comment maintenant ! » cria le robuste Frère, « que signifie ceci ? Es-tu un magicien pour changer ces loups en agneaux ? Ha ! » s'écria-t-il, quand ils furent arrivés encore plus près, « puis-je en croire mes yeux ? Que signifie le fait que je voie le jeune maître William Gamwell en pareille compagnie ? »

« Non, Tuck », dit le jeune homme, alors que les quatre s'approchaient de l'endroit où Robin descendait maintenant de l'arbre où il s'était perché, voyant que tout danger était écarté pour le moment ; « non, Tuck, mon nom n'est plus Will Gamwell, mais Will Scarlet ; et voici mon bon oncle, Robin Hood, chez qui je séjourne en ce moment. »

« Vraiment, bon maître », dit le Frère, l'air quelque peu décontenancé en tendant sa grande paume à Robin, « j'ai souvent entendu ton nom, tant chanté que prononcé, mais je n'aurais jamais pensé te rencontrer au combat. Je sollicite ton pardon, et je ne m'étonne pas d'avoir trouvé un homme si robuste face à moi. »

« En vérité, très saint père », dit Petit Jean, « je suis plus reconnaissant que je ne l'ai jamais été de ma vie que notre bon ami Scarlet te connaisse, toi et tes chiens. Je te le dis sérieusement, j'ai senti mon cœur se serrer quand j'ai vu mon trait manquer son but et tes grandes bêtes foncer droit sur moi. »

« Tu peux en effet être reconnaissant, ami », dit gravement le Frère. « Mais, maître Will, comment se fait-il que tu séjournes maintenant à Sherwood ? »

« Eh bien, Tuck, ne connais-tu pas ma mésaventure avec l'intendant de mon père ? » répondit Scarlet.

« Si, vraiment, pourtant je ne savais pas que tu étais en fuite à cause de cela. Par ma foi, les temps sont bien déréglés quand un gentilhomme doit se cacher pour si peu de chose. »

« Mais nous perdons du temps », dit Robin, « et j'ai encore à trouver ce fameux Frère de Fountain. »

« Pourquoi, oncle, tu n'as pas loin à aller », dit Will Scarlet en désignant le Frère, « car il se tient là, à côté de toi. »

« Comment ? » dit Robin, « es-tu l'homme que j'ai eu tant de mal à chercher toute la journée, et pour lequel j'ai pris un tel bain ? »

« Eh bien, en vérité », dit le Frère avec un air modeste, « certains m'appellent le Frère de Fountain Dale ; d'autres, par plaisanterie, l'Abbé de l'Abbaye de Fountain ; d'autres encore m'appellent simplement Frère Tuck. »

« Je préfère le dernier nom », dit Robin, « car il glisse plus facilement sur la langue. Mais pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu étais celui que je cherchais, au lieu de m'envoyer chercher des lunes noires ? »

« Eh bien, en vérité, tu ne me l'as pas demandé, bon maître », dit le robuste Tuck ; « mais que désirais-tu de moi ? »

« Non », dit Robin, « le jour décline, et nous ne pouvons rester plus longtemps à parler ici. Reviens avec nous à Sherwood, et je t'expliquerai tout en chemin. »

Ainsi, sans plus tarder, ils partirent tous, avec les robustes chiens sur leurs talons, et reprirent le chemin de Sherwood ; mais la nuit était tombée depuis longtemps lorsqu'ils atteignirent l'arbre des bois verts.

Écoutez maintenant, car je vais vous raconter comment Robin Hood assura le bonheur de deux jeunes amants, aidé par le joyeux Frère Tuck de Fountain Dale.

Robin Hood organise un mariage

ET VOICI venu le matin où la belle Ellen devait être mariée, matin où le joyeux Robin avait juré qu'Allan a Dale mangerait, pour ainsi dire, dans le plat qui avait été rempli pour Sir Stephen de Trent. Robin Hood se leva, joyeux et gai, ses joyeux compagnons se levèrent tous, et le dernier à se lever fut le robuste Frère Tuck, clignant des yeux pour chasser les derniers restes du sommeil. Puis, tandis que l'air semblait déborder du chant de nombreux oiseaux, tous mêlés les uns aux autres et se réjouissant de l'aube brumeuse, chaque homme se lava le visage et les mains dans le ruisseau bondissant, et ainsi commença la journée.

« Maintenant », dit Robin, lorsqu'ils eurent rompu le jeûne et que chacun eut mangé à sa faim, « il est temps pour nous de nous mettre en route pour l'entreprise que nous avons en main aujourd'hui. Je choisirai une vingtaine de mes bons hommes pour m'accompagner, car je pourrais avoir besoin d'aide ; et toi, Will Scarlet, tu resteras ici et seras le chef en mon absence. » Puis, passant en revue toute la bande, dont chaque homme s'avançait avec empressement pour être choisi, Robin appela par leur nom ceux qu'il souhaitait, jusqu'à avoir une vingtaine de robustes gaillards, la fine fleur de ses francs-tenanciers. Outre Petit Jean et Will Stutely, il y avait là presque tous ces fameux gars dont je vous ai déjà parlé. Puis, tandis que ceux qui avaient été choisis couraient, bondissants de joie, s'armer de leurs arcs, de leurs flèches et de leurs épées, Robin Hood s'écarta dans le couvert et y revêtit un habit gai et rubanné, tel que celui que pourrait porter un ménestrel ambulant, et se passa une harpe en bandoulière, pour mieux jouer son rôle.

Toute la bande le regarda et beaucoup rirent, car ils n'avaient jamais vu leur maître dans un accoutrement si fantastique.

« Vraiment », dit Robin, en levant les bras et en se regardant, « je pense que c'est une tenue quelque peu gaie, voyante, digne d'une sauterelle ; mais c'est une jolie chose malgré tout, et cela ne sied pas mal à l'allure de mon visage, même si je ne le porte que pour l'occasion. Mais attends, Petit Jean, voici deux sacs que je voudrais que tu gardes dans ta besace pour plus de sûreté. Je peux difficilement m'en occuper moi-même sous ce costume bigarré. »

« Pourquoi, maître », dit Petit Jean en prenant les sacs et en les pesant dans sa main, « voici le tintement de l'or. »

« Eh bien, qu'importe s'il y en a », dit Robin, « c'est ma propre monnaie et la bande ne s'en portera pas plus mal. Allez, en route, les gars », et il se détourna rapidement. « Préparez-vous sans tarder. » Puis, rassemblant la vingtaine en un rang serré, au milieu duquel se trouvaient Allan a Dale et le Frère Tuck, il les mena hors des ombres de la forêt.

Ils marchèrent longtemps, jusqu'à sortir de Sherwood et arriver dans la vallée de Rotherstream. Ici, les vues différaient de ce que l'on voyait dans la forêt ; des haies, de vastes champs d'orge, des terres de pâturage ondulant jusqu'au ciel et toutes parsemées de troupeaux de moutons blancs, des champs de foin d'où s'élevait l'odeur du foin fraîchement coupé qui gisait en larges andains sur lesquels survolaient les martinets en un vol rapide ; c'est ce qu'ils virent, et c'était différent, je le sais, des profondeurs enchevêtrées des douces terres boisées, mais tout aussi beau. Ainsi, Robin mena sa bande, marchant d'un pas joyeux, la poitrine en avant et la tête haute, humant les odeurs de la douce brise qui dérivait par-dessus les champs de foin.

« Vraiment », dit-il, « le cher monde est aussi beau ici que dans les ombres des bois. Qui appelle cela une vallée de larmes ? Il me semble que ce n'est que l'obscurité dans nos esprits qui apporte la tristesse au monde. Car que dit cette joyeuse chanson que tu chantes, Petit Jean ? N'est-ce pas ainsi ?

"Car quand les yeux de mon amour font les tiens, font les tiens, Et quand ses lèvres sourient si tendrement, Le jour est joyeux et beau, si beau, Qu'il pleuve ou qu'il fasse clair, Et quand la bière forte coule si vite, Nos chagrins et nos troubles sont choses du passé." »

« Non », dit le Frère Tuck pieusement, « vous ne pensez qu'aux choses profanes et à rien d'autre ; pourtant, en vérité, il existe de meilleures protections contre le souci et le malheur que la bière et les yeux brillants, à savoir, le jeûne et la méditation. Regardez-moi, ai-je l'air d'un homme chagrin ? »

À cela, un grand éclat de rire s'éleva de toute part, car la veille, le robuste Frère avait vidé deux fois plus de chopes de bière que n'importe lequel des joyeux compagnons.

« Vraiment », dit Robin, lorsqu'il put parler entre deux rires, « je dirais que tes chagrins sont à la mesure de ta piété. »

Ils cheminaient donc, devisant, chantant, plaisantant et riant, jusqu’à ce qu’ils arrivent à une petite église appartenant aux vastes domaines du riche prieuré d’Emmet. C’était là que la belle Ellen devait être mariée ce matin-là, et c’était le lieu vers lequel les francs-tenanciers avaient dirigé leurs pas. De l’autre côté de la route, là où s’élevait l’église entourée de champs d’orge onduleux, courait un mur de pierre le long du chemin. Par-delà le mur, depuis la grand-route, s’étendait une bordure de jeunes arbres et de buissons, et, çà et là, le mur lui-même était recouvert d’une masse de chèvrefeuilles en fleurs qui remplissait tout l’air chaud, aux alentours, de son doux parfum estival. Aussitôt, les francs-tenanciers sautèrent par-dessus le mur, atterrissant sur l’herbe haute et tendre de l’autre côté, effrayant un troupeau de moutons qui gisait là, à l’ombre, si bien qu’ils s’éparpillèrent en tous sens. Il y avait là une ombre douce et fraîche, projetée à la fois par le mur et par les beaux jeunes arbres et buissons, et les francs-tenanciers s’y assirent, fort heureux de se reposer après leur longue marche du matin.

« Maintenant, dit Robin, je voudrais que l’un de vous monte la garde et me dise lorsqu’il verra quelqu’un venir à l’église, et celui que je choisis, ce sera le jeune David de Doncaster. Grimpe donc sur le mur, David, et cache-toi sous le chèvrefeuille pour monter la garde. »

En conséquence, le jeune David fit comme il lui avait été ordonné, les autres s’étendant de tout leur long sur l’herbe, certains bavardant ensemble et d’autres dormant. Puis tout fut calme, hormis les voix basses de ceux qui conversaient, et les pas agités d’Allan qui faisait les cent pas, car son âme était si troublée qu’il ne pouvait rester en place, et hormis, aussi, le ronflement mélodieux de Frère Tuck, qui savourait son sommeil avec un bruit semblable à celui d’un homme sciant très lentement du bois tendre. Robin était étendu sur le dos et contemplait les feuilles des arbres, ses pensées à des lieues de là, et ainsi s’écoula une longue période.

Puis Robin prit la parole : « Dis-nous maintenant, jeune David de Doncaster, que vois-tu ? »

David répondit : « Je vois les nuages blancs flotter, je sens le vent souffler et trois corneilles noires survolent la lande ; mais je ne vois rien d’autre, bon maître. »

Le silence retomba donc et un autre laps de temps passa, troublé seulement comme je l’ai dit, jusqu’à ce que Robin, s’impatientant, reprenne la parole. « Dis-moi maintenant, jeune David, que vois-tu à présent ? »

Et David répondit : « Je vois les moulins à vent tourner et trois hauts peupliers se balancer contre le ciel, et une volée de grives mauvis survole la colline ; mais je ne vois rien d’autre, bon maître. »

Un autre temps passa encore, jusqu’à ce qu’enfin Robin demande une fois de plus au jeune David ce qu’il voyait ; et David dit : « J’entends le coucou chanter, et je vois comment le vent fait des vagues dans le champ d’orge ; et voilà qu’au-dessus de la colline, vers l’église, vient un vieux frère, et dans ses mains il porte un gros trousseau de clés ; et voici ! Il arrive maintenant à la porte de l’église. »

Alors Robin des Bois se leva et secoua Frère Tuck par l’épaule. « Allons, réveille-toi, saint homme ! » cria-t-il ; sur quoi, avec force grognements, le robuste Tuck se mit sur pied. « Parbleu, remue-toi, dit Robin, car là-bas, sur le seuil de l’église, se tient un homme de ton ordre. Va lui parler, et ainsi, introduis-toi dans l’église, afin d’y être quand on aura besoin de toi ; en attendant, Petit Jean, Will Stutely et moi te suivrons bientôt. »

Frère Tuck enjamba donc le mur, traversa la route et parvint à l’église, où le vieux frère peinait encore avec la grande clé, la serrure étant quelque peu rouillée et lui-même un peu vieux et faible.

« Holà, frère, dit Tuck, laisse-moi t’aider. » En disant cela, il prit la clé des mains de l’autre et ouvrit prestement la porte d’un tour de main.

« Qui es-tu, bon frère ? » demanda le vieux frère d’une voix haut perchée et sifflante. « D’où viens-tu, et où vas-tu ? » Et il clignait des yeux en direction du robuste Frère Tuck, tel un hibou face au soleil.

« Voici comment je réponds à tes questions, frère, dit l’autre. Mon nom est Tuck, et je ne vais pas plus loin que cet endroit, si tu veux bien, par bonheur, me laisser rester pendant que ce mariage aura lieu. Je viens de Fountain Dale et, en vérité, je suis un pauvre ermite, si l’on peut dire, car je vis dans une cellule près de la fontaine bénie par cette sainte Ethelrada. Mais, si je comprends bien, il doit y avoir un joyeux mariage ici aujourd’hui ; alors, si cela ne te déplaît pas, j’aimerais me reposer dans la fraîcheur de l’ombre à l’intérieur, car je voudrais voir ce beau spectacle. »

« Vraiment, tu es le bienvenu, frère », dit le vieil homme en lui ouvrant le passage. Entre-temps, Robin des Bois, sous son déguisement de harpiste, accompagné de Petit Jean et de Will Stutely, était arrivé à l’église. Robin s’assit sur un banc près de la porte, mais Petit Jean, portant les deux sacs d’or, entra à l’intérieur, tout comme Will Stutely.

Robin resta donc assis près de la porte, regardant la route en haut et en bas pour voir qui pourrait venir, jusqu’à ce qu’après un moment, il voie six cavaliers arriver posément et lentement, comme il convenait à leur rang, car c’étaient des hommes d’Église de haut rang. Puis, lorsqu’ils furent plus proches, Robin vit qui ils étaient et les reconnut. Le premier était l’évêque de Hereford, et il faisait belle figure, je vous l’assure. Ses vêtements étaient de la soie la plus riche, et autour de son cou pendait une belle chaîne d’or battu. La calotte qui cachait sa tonsure était de velours noir, et sur les bords étaient rangées des bijoux qui étincelaient au soleil, chaque pierre étant sertie dans l’or. Ses chausses étaient de soie couleur flamme, et ses chaussures de velours noir, les longs bouts pointus étant retroussés et attachés à ses genoux, et sur chaque cou-de-pied était brodée une croix en fil d’or. À côté de l’évêque chevauchait le prieur d’Emmet sur un palefroi aux allures saccadées. Ses vêtements étaient riches aussi, mais pas aussi gais que ceux du robuste évêque. Derrière eux se trouvaient deux des frères supérieurs d’Emmet, et derrière eux encore, deux valets appartenant à l’évêque ; car le seigneur évêque de Hereford s’efforçait d’être aussi semblable aux grands barons que le pouvait un homme en habit ecclésiastique.

Lorsque Robin vit ce cortège s’approcher, avec l’éclat des bijoux et de la soie et le tintement des grelots d’argent sur le harnachement des montures, il les regarda d’un air mauvais. Il se dit à lui-même : « Cet évêque est par trop voyant pour un saint homme. Je me demande si son patron, qui, je crois, était saint Thomas, était enclin à porter des chaînes d’or autour du cou, des vêtements de soie sur le corps et des chaussures pointues aux pieds ; l’argent pour tout cela, Dieu le sait, a été extorqué à la sueur des pauvres tenanciers. Évêque, évêque, ton orgueil pourrait bien tomber avant que tu ne t’y attendes. »

Les saints hommes arrivèrent donc à l’église ; l’évêque et le prieur plaisantant et riant entre eux de certaines belles dames, leurs propos étant plus dignes, me semble-t-il, des lèvres de laïcs que de celles de saints clercs. Puis ils mirent pied à terre, et l’évêque, regardant autour de lui, aperçut bientôt Robin debout sur le seuil. « Holà, mon bon ami, dit-il d’une voix joviale, qui es-tu pour te pavaner dans de si beaux atours ? »

« Je suis un harpiste du pays du nord, dit Robin, et je sais toucher les cordes, je vous l’assure, comme nul autre homme dans toute la joyeuse Angleterre ne saurait le faire. Vraiment, mon bon seigneur évêque, bien des chevaliers et des bourgeois, clercs et laïcs, ont dansé au son de ma musique, bon gré mal gré, et le plus souvent fort contre leur gré ; telle est la magie de ma harpe. Or, ce jour, mon seigneur évêque, si je puis jouer à ce mariage, je vous promets de faire en sorte que la belle mariée aime l’homme qu’elle épouse d’un amour qui durera aussi longtemps que ces deux-là vivront ensemble. »

« Ha ! Est-ce vrai ? cria l’évêque. Le penses-tu vraiment ? » Et il regarda Robin avec insistance, qui plongea son regard audacieux dans le sien. « Eh bien, si tu veux faire en sorte que cette jeune fille (qui a bel et bien ensorcelé mon pauvre cousin Stephen) aime l’homme qu’elle doit épouser, comme tu prétends pouvoir le faire, je te donnerai ce que tu me demanderas, dans la mesure du raisonnable. Laisse-moi avoir un avant-goût de ton talent, compère. »

« Non, dit Robin, ma musique ne vient pas sans que je le veuille, même à la demande d’un seigneur évêque. En vérité, je ne jouerai pas avant que la mariée et le marié ne soient arrivés. »

« Voilà que tu es un insolent vaurien pour parler ainsi à mon rang, dit l’évêque en fronçant les sourcils devant Robin. Pourtant, je dois te supporter. Regarde, Prieur, voici venir notre cousin, messire Stephen, et sa bien-aimée. »

Et maintenant, au détour de la grand-route, arrivèrent d’autres personnes, à cheval. Le premier de tous était un homme grand et mince, à la prestance chevaleresque, vêtu tout de soie noire, avec une toque de velours noir sur la tête, relevée d’écarlate. Robin regarda, et n’eut aucun doute qu’il s’agissait de messire Stephen, tant par sa démarche de chevalier que par ses cheveux gris. À ses côtés chevauchait un robuste franc-tenancier saxon, le père d’Ellen, Edward de Deirwold ; derrière ces deux-là venait une litière portée par deux chevaux, et à l’intérieur se trouvait une jeune fille que Robin sut être Ellen. Derrière cette litière chevauchaient six hommes d’armes, le soleil brillant sur leurs casques d’acier tandis qu’ils arrivaient en tintant sur la route poussiéreuse.

Ceux-ci arrivèrent donc aussi à l’église, et là, messire Stephen sauta de son cheval et, s’approchant de la litière, en fit descendre la belle Ellen. Alors Robin des Bois la regarda, et ne put plus s’étonner de la façon dont un chevalier aussi fier que messire Stephen de Trent avait pu vouloir épouser la fille d’un simple franc-tenancier ; et il ne s’étonna pas non plus qu’on n’en fit pas grand cas, car c’était la plus belle jeune fille qu’il eût jamais vue. Or, cependant, elle était toute pâle et abattue, tel un beau lys blanc dont la tige est brisée ; et ainsi, la tête baissée et le regard triste, elle entra dans l’église, messire Stephen la tenant par la main.

« Pourquoi ne joues-tu pas, compère ? » dit l’évêque en regardant sévèrement Robin.

« Parbleu, dit Robin calmement, je jouerai d’une manière plus grandiose que Votre Seigneurie ne le pense, mais pas avant que le moment opportun ne soit venu. »

L’évêque se dit à lui-même, tout en regardant Robin d’un air sombre : « Quand ce mariage sera passé, je ferai bien fouetter ce gaillard pour sa langue insolente et ses propos audacieux. »

Et maintenant la belle Ellen et messire Stephen se tenaient devant l’autel, et l’évêque lui-même s’approcha dans ses habits sacerdotaux et ouvrit son livre, devant quoi la belle Ellen leva les yeux et regarda autour d’elle dans un désespoir amer, comme la biche qui sent les chiens sur ses talons. Alors, dans tous ses rubans et ses nœuds flottants de rouge et de jaune, Robin des Bois s’avança à grands pas. Il fit trois pas depuis le pilier contre lequel il s’appuyait, et se tint entre la mariée et le marié.

« Laissez-moi regarder cette jeune fille, dit-il d’une voix forte. Eh bien, qu’avons-nous là ? Voilà des lys sur les joues, et non des roses comme il sied à une jolie mariée. Ce n’est pas un mariage convenable. Toi, messire chevalier, si vieux, et elle si jeune, et tu penses faire d’elle ton épouse ? Je te dis que cela ne se peut, car tu n’es pas son véritable amour. »

À cela, tous restèrent stupéfaits, ne sachant où regarder ni que penser ou dire, car ils étaient tous déconcertés par l’événement ; si bien que, pendant que tout le monde regardait Robin comme s’ils avaient été changés en pierre, il porta son cor de chasse à ses lèvres et souffla trois notes si fortes et si claires qu’elles résonnèrent de la dalle aux chevrons comme si elles avaient été sonnées par la trompette du jugement dernier. Puis, aussitôt, Petit Jean et Will Stutely arrivèrent en bondissant et se tinrent de chaque côté de Robin des Bois, et dégainèrent prestement leurs épées, tandis qu’une voix puissante roulait au-dessus des têtes de tous : « Me voici, bon maître, quand tu as besoin de moi » ; car c’était Frère Tuck qui appelait ainsi depuis la tribune de l’orgue.

Et maintenant, tout n’était que vacarme et tumulte. Le robuste Edward s’avança, furieux, et aurait voulu saisir sa fille pour l’entraîner de force, mais Petit Jean s’interposa et le repoussa. « Recule, vieil homme, dit-il, tu es un cheval entravé, ce jour. »

« À bas les scélérats ! » cria messire Stephen, et tâta son côté à la recherche de son épée, mais elle ne pendait pas à sa ceinture en ce jour de mariage.

Alors les hommes d’armes tirèrent leurs épées, et il sembla que le sang allait mouiller les pierres ; mais soudain, il y eut une agitation à la porte et des voix fortes, l’acier brilla dans la lumière, et le fracas des coups retentit. Les hommes d’armes reculèrent, et dix-huit robustes francs-tenanciers, tous vêtus de vert Lincoln, bondirent dans l’allée, avec Allan a Dale à leur tête. Dans sa main, il portait le bon et solide arc en if de Robin des Bois, et il le lui tendit, tout en s’agenouillant sur un genou.

Alors Edward de Deirwold prit la parole d’une voix grave et courroucée : « Est-ce toi, Allan a Dale, qui as causé tout ce désordre dans une église ? »

« Non, dit le joyeux Robin, c’est moi qui l’ai fait, et je ne me soucie pas de qui le sait, car mon nom est Robin des Bois. »

À ce nom, un silence soudain tomba. Le prieur d’Emmet et ceux qui lui appartenaient se regroupèrent comme un troupeau de moutons effrayés quand l’odeur du loup est proche, tandis que l’évêque de Hereford, posant son livre, se signa avec dévotion. « Que le ciel nous garde, en ce jour, dit-il, de cet homme malfaisant ! »

« Non, dit Robin, je ne vous veux aucun mal ; mais voici le promis de la belle Ellen, et elle l’épousera, sinon la douleur sera infligée à certains d’entre vous. »

Alors le robuste Edward prit la parole d’une voix forte et colérique : « Eh bien, je dis non ! Je suis son père, et elle épousera messire Stephen et nul autre. »

Or, tout ce temps, alors que tout était en émoi autour de lui, messire Stephen était resté dans un silence fier et méprisant. « Non, compère, dit-il froidement, tu peux reprendre ta fille ; je ne l’épouserais pas après les agissements de ce jour si je pouvais en gagner toute la joyeuse Angleterre. Je te le dis clairement, j’aimais ta fille, vieux que je suis, et je l’aurais ramassée tel un bijou dans la boue ; pourtant, en vérité, je ne savais pas qu’elle aimait ce gaillard, et qu’elle était aimée de lui. Demoiselle, si tu préfères un ménestrel gueux à un chevalier de haut rang, fais ton choix. J’éprouve de la honte à rester ainsi à discuter au milieu de ce troupeau, et je vous laisse donc. » En disant cela, il se tourna et, rassemblant ses hommes autour de lui, marcha fièrement le long de l’allée. Alors tous les francs-tenanciers furent réduits au silence par le mépris de ses paroles. Seul Frère Tuck se pencha par-dessus le rebord de la tribune du chœur et l’interpella avant qu’il ne fût parti : « Bonsoir, messire chevalier. Tu sais bien que les vieux os doivent toujours laisser la place au sang jeune. » Messire Stephen ne répondit ni ne leva les yeux, mais sortit de l’église comme s’il n’avait rien entendu, ses hommes le suivant.

Alors l’évêque de Hereford parla précipitamment : « Moi aussi, je n’ai rien à faire ici, et je vais donc partir. » Et il fit mine de vouloir s’en aller. Mais Robin des Bois saisit ses vêtements et le retint. « Restez, monseigneur l’évêque, dit-il, j’ai encore quelque chose à vous dire. » Le visage de l’évêque s’assombrit, mais il resta comme Robin le lui ordonnait, car il vit qu’il ne pouvait partir.

Puis Robin des Bois se tourna vers le robuste Edward de Deirwold, et dit : « Donne ta bénédiction au mariage de ta fille avec ce franc-tenancier, et tout ira bien. Petit Jean, donne-moi les sacs d’or. Regarde, fermier. Voici deux cents brillants anges d’or ; donne ta bénédiction, comme je le dis, et je te les compterai pour la dot de ta fille. Ne donne pas ta bénédiction, et elle sera mariée tout de même, mais pas une obelée ébréchée ne franchira le seuil de ta paume. Choisis. »

Alors Edward regarda le sol, les sourcils froncés, retournant la chose encore et encore dans son esprit ; mais c’était un homme avisé et, avec cela, quelqu’un qui tirait le meilleur parti d’un pot fêlé ; alors, enfin, il leva les yeux et dit, mais sans entrain : « Si la fille veut suivre sa propre voie, qu’elle y aille. J’avais pensé faire d’elle une dame ; pourtant, si elle choisit d’être ce qu’elle est susceptible de devenir, je n’ai plus rien à faire avec elle dorénavant. Néanmoins, je lui donnerai ma bénédiction quand elle sera dûment mariée. »

« Cela ne se peut pas, s’écria l’un des gens d’Emmet. Les bans n’ont pas été dûment publiés, et il n’y a aucun prêtre ici pour les marier. »

« Comment dis-tu ? rugit Tuck depuis la tribune du chœur. Aucun prêtre ? Parbleu, voici un homme aussi saint que toi, n’importe quel jour de la semaine, un clerc ordonné, je veux que tu le saches. Quant à la question des bans, ne trébuche pas sur cette paille, frère, car je vais les publier. » En disant cela, il publia les bans ; et, dit la vieille ballade, de peur que trois fois ne suffisent pas, il les publia neuf fois de suite. Puis, aussitôt, il descendit de la tribune et célébra sur-le-champ le service de mariage ; et ainsi Allan et Ellen furent dûment mariés.

Et maintenant, Robin compta deux cents anges d’or à Edward de Deirwold, et celui-ci, de son côté, donna sa bénédiction, bien que pas, je vous l’assure, comme s’il le pensait avec trop de bonne volonté. Alors les robustes francs-tenanciers se pressèrent autour et saisirent la main d’Allan, et celui-ci, tenant la main d’Ellen dans la sienne, regarda autour de lui, tout étourdi par son bonheur.

Puis, enfin, le joyeux Robin se tourna vers l’évêque de Hereford, qui avait observé tout ce qui s’était passé avec un regard sombre. « Monseigneur l’évêque, dit-il, vous vous rappellerez peut-être que vous m’aviez promis que si je jouais de telle sorte que cette belle jeune fille aime son mari, vous me donneriez tout ce que je demanderais, dans la raison. J’ai joué mon jeu, et elle aime son mari, ce qu’elle n’aurait pas fait sans moi ; alors maintenant, remplissez votre promesse. Vous avez sur vous ce dont, me semble-t-il, vous vous porteriez mieux sans ; par conséquent, je vous prie, donnez-moi cette chaîne d’or qui pend autour de votre cou comme cadeau de mariage pour cette belle mariée. »

Alors les joues de l’évêque devinrent rouges de rage et ses yeux étincelèrent. Il regarda Robin avec un regard féroce, mais vit dans le visage du franc-tenancier ce qui l’incita à faire une pause. Puis, lentement, il retira la chaîne de son cou et la tendit à Robin, qui la lança autour du cou d’Ellen de telle sorte qu’elle pendait, scintillante, sur ses épaules. Puis le joyeux Robin dit : « Je vous remercie, de la part de la mariée, pour votre beau cadeau, et en vérité, vous êtes vous-même plus seyant sans elle. Maintenant, si jamais vous passez près de Sherwood, j’espère bien vous y offrir un festin tel que vous n’en avez jamais eu de votre vie auparavant. »

« Que le Ciel nous en préserve ! » cria l’évêque avec ferveur ; car il savait fort bien quel genre de festin Robin des Bois offrait à ses invités dans la forêt de Sherwood.

Mais maintenant, Robin des Bois rassembla ses hommes, et, avec Allan et sa jeune mariée au milieu d’eux, ils tournèrent tous leurs pas vers les bois. En chemin, Frère Tuck s’approcha de Robin et le tira par la manche. « Tu mènes une vie joyeuse, bon maître, dit-il, mais ne penses-tu pas qu’il serait pour le bien-être de toutes vos âmes d’avoir un bon et robuste aumônier, tel que moi, pour superviser les affaires saintes ? Vraiment, j’aime beaucoup cette vie. » À cela, le joyeux Robin des Bois éclata de rire, et l’invita à rester et à devenir l’un de leur bande s’il le souhaitait.

Cette nuit-là, il y eut un festin tenu dans les bois verts comme le Nottinghamshire n’en avait jamais vu auparavant. À ce festin, vous et moi n’étions pas conviés, et c’est dommage que nous n’y étions pas ; alors, de peur que nous ne ressentions tous deux la chose plus vivement, je n’en dirai pas plus.

AINSI PASSA le doux printemps dans la beauté de ses bourgeons ; ses averses d’argent et son soleil, ses vertes prairies et ses fleurs. Ainsi passa de même l’été avec sa lumière jaune, sa chaleur frémissante et son feuillage sombre et touffu, ses longs crépuscules et ses nuits moelleuses, au cours desquelles les grenouilles coassaient et où l’on disait que les fées sortaient sur les flancs des collines. Tout cela avait passé et le temps de l’automne était venu, apportant avec lui ses plaisirs et son allégresse ; car maintenant que la récolte était rentrée, des bandes joyeuses de glaneurs parcouraient le pays, chantant le long des routes le jour et dormant sous les haies et les meules de foin la nuit. À présent, les cynorhodons brûlaient de rouge dans les fourrés enchevêtrés et les baies de houx noircissaient dans les haies, le chaume gisait tout craquant et nu sous le ciel, et les feuilles vertes viraient rapidement au roux et au brun. Aussi, en cette joyeuse saison, les bons produits de l’année sont-ils récoltés en grande abondance. La bière brune fermente à la cave, les jambons et le lard pendent au fumoir, et les pommes sauvages sont mises en réserve dans la paille pour être rôties durant l’hiver, quand le vent du nord amoncelle la neige en congères autour des pignons et que le feu crépite chaudement dans l’âtre.

Ainsi passaient les saisons alors, ainsi passent-elles maintenant, et ainsi passeront-elles dans les temps à venir, tandis que nous allons et venons comme les feuilles de l’arbre qui tombent et sont bientôt oubliées.

Robin des Bois, reniflant l’air, dit : « Voici une belle journée, Petit Jean, et que nous pouvons mal gaspiller dans l’oisiveté. Choisis les hommes dont tu as besoin et pars vers l’est pendant que je me dirigerai vers l’ouest, et veille à ce que chacun de nous ramène quelque bon hôte pour dîner ce jour sous l’arbre de la forêt verte. »

« Par ma foi », s’écria Petit Jean en frappant dans ses mains de joie, « ton ordre convient à mon goût comme le manche à la lame. Je te ramènerai un hôte aujourd’hui, ou je ne reviendrai pas moi-même. »

Alors ils choisirent chacun ceux de la bande qu’ils souhaitaient, et s’en allèrent ainsi par des chemins différents depuis la forêt.

Or, vous et moi ne pouvons pas aller dans deux directions à la fois tout en participant à ces joyeuses entreprises ; nous laisserons donc Petit Jean suivre son propre chemin tandis que nous retrousserons nos jupes pour suivre Robin des Bois. Et c’est aussi une bonne compagnie ; Robin des Bois, Will Scarlet, Allan a Dale, Will Scathelock, Midge, le fils du Meunier, et d’autres encore. Une vingtaine de gaillards vigoureux étaient restés dans la forêt, avec Frère Tuck, pour préparer le retour, mais tous les autres étaient partis avec Robin des Bois ou Petit Jean.

Ils poursuivirent leur route, Robin suivant sa fantaisie et les autres suivant Robin. Ils cheminèrent maintenant à travers un vallon ouvert où gisaient chaumières et fermes, puis ils entrèrent à nouveau dans les bois. Passant devant la belle ville de Mansfield, avec ses tours, ses créneaux et ses flèches souriant au soleil, ils finirent par sortir des terres forestières. Ils voyagèrent ainsi, par les grandes routes et les sentiers, à travers des villages où les bonnes femmes et les joyeuses filles lorgnaient à travers les fenêtres ce beau spectacle de jeunes hommes, jusqu’à ce qu’ils arrivent enfin au-delà d’Alverton dans le Derbyshire. À cette heure, le plein midi était arrivé, pourtant ils n’avaient rencontré aucun hôte qui valût la peine d’être ramené à Sherwood ; aussi, arrivant enfin à un endroit où un sanctuaire se dressait au croisement de deux routes, Robin leur ordonna de s’arrêter, car ici, de chaque côté, se trouvait l’abri de hautes haies, derrière lesquelles il y avait de bonnes cachettes d’où ils pouvaient observer les routes à leur aise tout en mangeant leur repas de midi. Le joyeux Robin dit : « Voici, ce me semble, un bon logis, où les gens paisibles, tels que nous sommes, peuvent manger en toute tranquillité ; nous nous reposerons donc ici, et verrons ce qui pourra, par hasard, tomber dans notre marmite. » Ils franchirent donc un échalier et arrivèrent derrière une haie où la lumière du soleil, douce et chaude, était vive et où l’herbe était tendre, et ils s’y assirent. Puis chaque homme tira de la besace qui pendait à son côté ce qu’il avait apporté pour manger, car une joyeuse marche telle que celle-ci aiguise l’appétit jusqu’à le rendre aussi tranchant qu’un vent de mars. On n’échangea donc plus de paroles, chacun réservant ses dents pour un meilleur usage, mâchant croûtes brunes et viande froide de bon cœur.

Devant eux, l’une des grandes routes montait la colline escarpée pour plonger soudainement de l’autre côté de sa crête, découpée nettement par la haie et l’herbe hirsute sur fond de ciel. Par-dessus le sommet de la colline venteuse, on apercevait les toits de quelques maisons du village qui retombait dans la vallée derrière ; là, se voyait aussi le sommet d’un moulin à vent, dont les ailes montaient et descendaient lentement derrière la colline contre le ciel bleu limpide, à mesure que le vent léger les faisait bouger avec un balancement grinçant et laborieux.

Ainsi les francs-tenanciers restèrent étendus derrière la haie et terminèrent leur repas de midi ; mais le temps s’écoulait toujours et personne ne venait. Enfin, un homme arriva, chevauchant lentement par-dessus la colline et descendant la route pierreuse vers l’endroit où Robin et sa bande étaient cachés. C’était un chevalier bien bâti, mais au visage triste et à l’air abattu. Ses vêtements étaient simples et riches, mais aucune chaîne d’or, telle que les gens de son rang portaient la plupart du temps, ne pendait à son cou, et aucun bijou ne l’ornait ; pourtant, personne n’aurait pu le prendre pour autre chose qu’un homme de sang fier et noble. Sa tête était inclinée sur sa poitrine et ses mains retombaient molles de chaque côté ; il avançait ainsi en chevauchant lentement, comme plongé dans de tristes pensées, tandis que son bon cheval lui-même, les rênes lâches sur l’encolure, marchait la tête basse, comme s’il partageait le chagrin de son maître.

Robin des Bois dit : « Voilà assurément un gentilhomme à la mine bien triste, et il semble avoir endossé le mécontentement avec son pourpoint ce matin ; néanmoins, je vais sortir et parler avec lui, car il pourrait y avoir quelques profits à tirer ici pour un geai affamé. Je trouve que son habit est riche, bien qu’il soit lui-même si abattu. Attendez ici pendant que je m’occupe de cette affaire. » En disant cela, il se leva et les quitta, traversa la route jusqu’au sanctuaire, et là, il attendit que le triste chevalier s’approchât de lui. Ainsi, lorsque le chevalier arriva en chevauchant lentement, le joyeux Robin fit un pas en avant et posa la main sur la rêne. « Halte, Messire Chevalier », dit-il. « Je t’en prie, retarde ta route un court instant, car j’ai quelques mots à te dire. »

« Qui es-tu, l’ami, pour arrêter un voyageur de cette manière sur la route de Sa Très Gracieuse Majesté ? » dit le Chevalier.

« Ma foi », dit Robin, « c’est une question difficile à répondre. Un homme me traite de bon, un autre de cruel ; celui-ci me nomme honnête homme, et celui-là, vil voleur. En vérité, le monde a autant d’yeux pour regarder un homme qu’il y a de taches sur un crapaud ; ainsi, la paire d’yeux avec laquelle tu me considères ne dépend que de toi-même. Mon nom est Robin des Bois. »

« Vraiment, bon Robin », dit le Chevalier, un sourire étirant le coin de ses lèvres, « tu as une étrange façon de voir les choses. Quant à la paire d’yeux avec laquelle je te considère, je dirais qu’ils sont aussi favorables qu’ils peuvent l’être, car j’entends beaucoup de bien de toi et peu de mal. Que me veux-tu ? »

« À présent, je fais serment, Messire Chevalier », dit Robin, « tu as sûrement appris ta sagesse du bon Gaffer Swanthold, car il dit : "Les belles paroles sont aussi faciles à prononcer que les mauvaises, et elles attirent la bonne volonté au lieu des coups." Maintenant, je te montrerai la vérité de ce dicton ; car, si tu veux venir avec moi aujourd’hui dans la forêt de Sherwood, je te donnerai un festin aussi joyeux que jamais tu n’en eus de toute ta vie. »

« Tu es certes aimable », dit le Chevalier, « mais je crains que tu ne me trouves qu’un hôte à la mine sombre et pleine de chagrin. Tu ferais mieux de me laisser poursuivre mon chemin en paix. »

« Non », dit Robin, « tu pourrais poursuivre ton propre chemin n’était une chose, et je vais te la dire. Nous tenons une auberge, pour ainsi dire, dans les profondeurs mêmes de Sherwood, mais si loin des grandes routes et des sentiers battus que les hôtes ne viennent pas souvent nous voir ; ainsi, mes amis et moi partons joyeusement à leur recherche quand nous nous ennuyons de nous-mêmes. Voilà donc la situation, Messire Chevalier ; pourtant, je te dirai en outre que nous comptons sur nos hôtes pour régler l’addition. »

« Je comprends ce que tu veux dire, l’ami », dit gravement le Chevalier, « mais je ne suis pas ton homme, car je n’ai pas d’argent sur moi. »

« Est-ce la vérité ? » dit Robin, regardant le Chevalier avec acuité. « Je peux difficilement choisir de ne pas te croire ; pourtant, Messire Chevalier, il en est de ton ordre dont la parole ne doit pas être autant crue qu’ils voudraient le faire croire. Tu ne penseras pas à mal si je vérifie moi-même cette affaire. » Puis, tenant toujours le cheval par la bride, il porta ses doigts à ses lèvres et souffla dans un sifflet aigu, sur quoi quatre-vingts francs-tenanciers sautèrent par-dessus l’échalier et coururent là où se tenaient le Chevalier et Robin. « Ceux-ci », dit Robin en les regardant avec fierté, « sont quelques-uns de mes joyeux hommes. Ils partagent avec moi, à parts égales, toutes les joies et les peines, les gains et les pertes. Messire Chevalier, je t’en prie, dis-moi quel argent tu as sur toi. »

Pendant un moment, le Chevalier ne dit pas un mot, mais une rougeur lente monta à ses joues ; à la fin, il regarda Robin en face et dit : « Je ne sais pourquoi j’aurais honte, car ce ne devrait pas être une honte pour moi ; mais, l’ami, je te dis la vérité, quand je dis que dans ma bourse se trouvent dix shillings, et que c’est là chaque denier que Messire Richard de la Lea possède dans tout le vaste monde. »

Quand Messire Richard eut fini, un silence s’installa, jusqu’à ce qu’enfin Robin dise : « Et me donnes-tu ta parole de chevalier que c’est tout ce que tu as sur toi ? »

« Oui », répondit Messire Richard, « je te donne ma parole la plus solennelle, en vrai chevalier, que c’est tout l’argent que je possède au monde. Tiens, voici ma bourse, vous pouvez constater par vous-mêmes la vérité de ce que je dis. » Et il tendit sa bourse à Robin.

« Garde ta bourse, Messire Richard », dit Robin. « Loin de moi l’idée de douter de la parole d’un chevalier si noble. Les fiers, je m’efforce de les abaisser, mais ceux qui cheminent dans le chagrin, je voudrais les aider si je le pouvais. Viens, Messire Richard, réjouis ton cœur et viens avec nous dans la forêt verte. Même moi, je pourrais peut-être t’aider, car tu sais sûrement comment le bon Athelstane fut sauvé par la petite taupe aveugle qui creusa une tranchée sur laquelle trébucha celui qui cherchait la vie du roi. »

« Vraiment, l’ami », dit Messire Richard, « je crois que tu veux être gentil à ta manière ; néanmoins, mes ennuis sont tels qu’il est peu probable que tu puisses les guérir. Mais je viendrai avec toi ce jour à Sherwood. » Sur ce, il tourna la tête de son cheval, et ils se dirigèrent tous vers les bois, Robin marchant d’un côté du Chevalier et Will Scarlet de l’autre, tandis que le reste de la bande traînait derrière.

Après avoir voyagé ainsi quelque temps, Robin des Bois parla. « Messire Chevalier », dit-il, « je ne voudrais pas t’importuner avec des questions oiseuses ; mais trouves-tu en ton cœur de me confier tes chagrins ? »

« Vraiment, Robin », dit le Chevalier, « je ne vois aucune raison pour laquelle je ne le ferais pas. Voici : mon château et mes terres sont en gage pour une dette que je dois. Dans trois jours, l’argent devra être payé ou bien tout mon domaine sera perdu pour toujours, car alors il tombera entre les mains du Prieuré d’Emmet, et ce qu’ils avalent, ils ne le rendent jamais. »

Robin dit : « Je ne comprends pas pourquoi ceux de ton espèce vivent de telle manière que toute leur richesse s’en va d’eux comme la neige sous le soleil du printemps. »

« Tu me juges mal, Robin », dit le Chevalier, « car écoute : j’ai un fils qui n’a que vingt hivers, néanmoins il a gagné ses éperons de chevalier. L’an dernier, un certain jour funeste, les joutes furent tenues à Chester, et mon fils s’y rendit, tout comme moi et ma dame épouse. Je sais que ce fut un moment de fierté pour nous, car il désarçonna chaque chevalier contre lequel il jouta. À la fin, il courut une passe contre un certain grand chevalier, Messire Walter de Lancaster, pourtant, bien que mon fils fût si jeune, il resta en selle, bien que les deux lances fussent brisées jusqu’à la garde ; mais il advint qu’une écharde de la lance de mon garçon passa à travers la visière du heaume de Messire Walter et lui perça l’œil jusqu’au cerveau, de sorte qu’il mourut avant que son écuyer pût défaire les lacets de son heaume. Maintenant, Robin, Messire Walter avait de grands amis à la cour, c’est pourquoi ses parents excitèrent les choses contre mon fils de sorte que, pour le sauver de la prison, je dus payer une rançon de six cents livres d’or. Tout aurait pu bien aller encore, n’était que, par les détours et la rouerie des lois, je fus tondu comme un mouton que l’on rase jusqu’au vif. Ainsi advint-il que je dus mettre mes terres en gage au Prieuré d’Emmet pour plus d’argent, et ils tirèrent un dur marché de moi à l’heure de mon besoin. Pourtant, je veux que tu comprennes que je ne suis affligé pour mes terres qu’à cause de ma chère dame épouse. »

« Mais où est ton fils maintenant ? » demanda Robin, qui avait écouté attentivement tout ce que le Chevalier avait dit.

« En Palestine », dit Messire Richard, « combattant comme un brave soldat chrétien pour la croix et le saint sépulcre. Vraiment, l’Angleterre était un mauvais endroit pour lui à cause de la mort de Messire Walter et de la haine des parents de Lancaster. »

« Vraiment », dit Robin, très ému, « le tien est un sort difficile. Mais dis-moi, que dois-tu à Emmet pour tes domaines ? »

« Seulement quatre cents livres », dit Messire Richard.

À cela, Robin se frappa la cuisse de colère. « Ô les suceurs de sang ! » cria-t-il. « Un noble domaine à perdre pour quatre cents livres ! Mais que t’arrivera-t-il si tu perds tes terres, Messire Richard ? »

« Ce n’est pas mon propre sort qui m’inquiète dans ce cas », dit le Chevalier, « mais celui de ma chère dame ; car si je perdais ma terre, elle devrait se retirer chez quelque parent et y vivre de charité, ce qui, je crois, briserait son fier cœur. Quant à moi, j’irai par-delà la mer salée, et ainsi en Palestine pour rejoindre mon fils dans le combat pour le saint sépulcre. »

Alors Will Scarlet prit la parole. « Mais n’as-tu aucun ami qui t’aidera dans ton besoin extrême ? »

« Aucun », dit Messire Richard. « Tant que j’étais assez riche chez moi, et que j’avais des amis, ils se vantaient bruyamment de combien ils m’aimaient. Mais quand le chêne tombe dans la forêt, les porcs s’enfuient de dessous de peur d’être frappés eux aussi. Ainsi, mes amis m’ont quitté ; car non seulement je suis pauvre, mais j’ai de grands ennemis. »

Alors Robin dit : « Tu dis que tu n’as pas d’amis, Messire Richard. Je ne me vante pas, mais beaucoup ont trouvé en Robin des Bois un ami dans leurs ennuis. Réjouis-toi, Messire Chevalier, je pourrais peut-être encore t’aider. »

Le Chevalier secoua la tête avec un faible sourire, mais malgré tout, les paroles de Robin lui rendirent le cœur plus léger, car en vérité l’espoir, si faible soit-il, apporte une lueur dans l’obscurité, comme une petite bougie qui ne coûte qu’un denier.

Le jour était presque fini quand ils approchèrent de l’arbre de la forêt verte. Même de loin, ils virent au nombre d’hommes que Petit Jean était revenu avec quelque hôte, mais quand ils furent assez près, qui trouvèrent-ils sinon le Lord Évêque de Hereford ! Le bon Évêque était dans un beau pétrin, je le sais. Il marchait de long en large sous l’arbre comme un renard pris dans un poulailler. Derrière lui, trois Frères Noirs se tenaient serrés les uns contre les autres dans un groupe effrayé, comme trois moutons noirs dans la tempête. Attachés aux branches des arbres tout proches, il y avait six chevaux, dont un barbe avec des harnachements gais que l’Évêque avait coutume de monter, et les autres chargés de ballots de formes et de sortes diverses, dont l’un fit briller les yeux de Robin, car c’était un coffre pas trop grand, mais fortement lié par des bandes et des cerclages de fer.

Quand l’Évêque vit Robin et ceux qui l’accompagnaient arriver dans la clairière, il fit comme s’il voulait courir vers le franc-tenancier, mais le gaillard qui gardait l’Évêque et les trois frères tendit son bâton devant lui, si bien que Sa Seigneurie fut contrainte de reculer, bien qu’avec un sourcil froncé et des paroles coléreuses.

« Restez, mon Lord Évêque », cria le joyeux Robin d’une voix forte, quand il vit ce qui s’était passé, « je viendrai à vous avec toute la célérité, car je préférerais vous voir plutôt que tout autre homme dans la joyeuse Angleterre. » En disant cela, il pressa le pas et arriva bientôt là où l’Évêque se tenait en bouillonnant.

« Eh bien », dit l’Évêque d’une voix forte et courroucée, quand Robin fut arrivé devant lui, « est-ce là la façon dont toi et ta bande traitez quelqu’un d’aussi haut placé dans l’Église que je le suis ? Moi et ces frères, nous passions paisiblement le long de la grande route avec nos chevaux de bât, et une dizaine d’hommes pour les garder, quand arrive un grand gaillard vigoureux de sept pieds de haut, avec quatre-vingts hommes ou plus derrière lui, et m’ordonne de m’arrêter — moi, le Lord Évêque de Hereford, notez-le ! Sur quoi mes gardes armés — maudits soient-ils pour des lâches ! — s’enfuirent tout droit. Mais regardez ; non seulement ce gaillard m’a arrêté, mais il m’a menacé, disant que Robin des Bois me dépouillerait aussi nu qu’une haie d’hiver. Puis, en plus de tout cela, il m’a traité de noms aussi vils que "prêtre gras", "évêque mangeur d’hommes", "usurier gobeur d’argent", et quoi encore, comme si je n’étais rien de plus qu’un mendiant ambulant ou un chaudronnier. »

À cela, l’Évêque lança des regards comme un chat en colère, tandis que Messire Richard lui-même riait ; seul Robin garda un visage grave. « Hélas ! monseigneur », dit-il, « que vous ayez été si mal traité par ma bande ! Je vous dis en vérité que nous révérons grandement votre soutane. Petit Jean, avancez sans tarder. »

À ces mots, Petit Jean s’avança en tordant son visage en une expression fantaisiste, comme pour dire : « Ayez pitié de moi, bon maître. » Puis Robin se tourna vers l’Évêque de Hereford et dit : « Était-ce cet homme qui a parlé si hardiment à Votre Seigneurie ? »

« Oui, en vérité, c’était le même », dit l’Évêque, « un vilain personnage, je le sais. »

« Et avez-vous, Petit Jean », dit Robin d’une voix triste, « traité sa seigneurie de prêtre gras ? »

« Oui », dit Petit Jean avec tristesse.

« Et d’évêque mangeur d’hommes ? »

« Oui », dit Petit Jean, plus tristement encore qu’auparavant.

« Et d’usurier gobeur d’argent ? »

« Oui », dit Petit Jean d’une voix si triste qu’elle aurait pu tirer des larmes au Dragon de Wentley.

« Hélas, que ces choses arrivent ! » dit le joyeux Robin en se tournant vers l’Évêque, « car j’ai toujours trouvé Petit Jean être un homme véridique. »

À cela, un éclat de rire monta, sur quoi le sang se précipita au visage de l’Évêque jusqu’à ce qu’il fût rouge cerise du sommet jusqu’au menton ; mais il ne dit rien et ne fit qu’avaler ses paroles, bien qu’elles l’étouffassent presque.

« Non, mon Lord Évêque », dit Robin, « nous sommes des hommes rudes, mais j’ai confiance, pas des hommes aussi mauvais que vous le pensez, après tout. Il n’y a pas un homme ici qui voudrait faire de mal à un cheveu de la tête de votre révérence. Je sais que vous êtes irrité par nos plaisanteries, mais nous sommes tous égaux ici dans la forêt verte, car il n’y a ni évêques, ni barons, ni comtes parmi nous, mais seulement des hommes, aussi devez-vous partager notre vie avec nous pendant que vous demeurez ici. Allons, dépêchez-vous, mes joyeux hommes, et préparez le festin. En attendant, nous montrerons à nos hôtes nos sports sylvestres. »

Ainsi, tandis que certains allaient allumer les feux pour rôtir les viandes, d'autres couraient en bondissant pour chercher leurs gourdins et leurs arcs longs. Puis Robin fit avancer Sir Richard of the Lea. « Monseigneur l'évêque, dit-il, voici un autre convive que nous recevons aujourd'hui. Je souhaite que vous puissiez mieux le connaître, car mes hommes et moi-même nous efforcerons de vous honorer tous deux lors de cette réjouissance. »

« Sir Richard, dit l'évêque d'un ton de reproche, il me semble que vous et moi sommes compagnons et compagnons d'infortune dans cette tanière de... » Il était sur le point de dire « voleurs », mais il s'arrêta soudain et jeta un regard de côté à Robin Hood.

« Parlez franchement, évêque, dit Robin en riant. Nous, gens de Sherwood, ne retenons pas le flot facile des mots. C'est « tanière de voleurs » que vous alliez dire. »

L'évêque dit : « Peut-être était-ce ce que je voulais dire, Sir Richard ; mais ceci, je le dirai : je vous ai vu à l'instant rire des railleries grossières de ces gaillards. Il aurait été plus seyant de votre part, me semble-t-il, de les réprimer par des froncements de sourcils au lieu de les encourager par vos rires. »

« Je ne vous voulais aucun mal, dit Sir Richard, mais une joyeuse plaisanterie est une joyeuse plaisanterie, et je puis dire en vérité que j'en aurais ri si elle avait été tournée contre moi-même. »

Mais à présent, Robin Hood fit appel à certains des siens qui étendirent de la mousse douce sur le sol et y déposèrent des peaux de cerf. Puis Robin pria ses hôtes de s'asseoir, et ils s'assirent ainsi tous les trois, tandis que certains des hommes principaux, tels que Little John, Will Scarlet, Allan a Dale et d'autres, s'étendaient sur le sol tout près. Ensuite, une guirlande fut dressée à l'extrémité de la clairière, et les archers tirèrent sur celle-ci ; et ce jour-là, on vit des tirs tels qu'ils auraient fait bondir le cœur de n'importe qui. Et tout du long, Robin parla si singulièrement à l'évêque et au chevalier que, l'un oubliant son dépit et l'autre ses soucis, ils rirent tous deux aux éclats encore et encore.

Puis Allan a Dale s'avança et accorda sa harpe, et tout se tut autour, et il chanta de sa voix merveilleuse des chansons d'amour, de guerre, de gloire et de tristesse, et tous écoutèrent sans un mouvement ni un bruit. Ainsi chanta Allan jusqu'à ce que la grande lune d'argent toute ronde luise de sa claire lumière blanche au milieu de l'enchevêtrement supérieur des branches entrelacées des arbres. Enfin, deux gaillards vinrent dire que le festin était prêt, alors Robin, menant ses hôtes par chaque main, les conduisit là où de grands plats fumants, répandant des odeurs savoureuses au loin, se trouvaient le long de la nappe de lin blanc étendue sur l'herbe. Tout autour régnait un éclat de torches qui éclairait tout d'une lueur rouge. Puis, s'asseyant aussitôt, tous commencèrent à manger avec bruit et tumulte, le cliquetis des plats se mêlant au son des conversations bruyantes et des rires. Le festin dura longtemps, mais à la fin tout fut terminé, et le vin brillant ainsi que la bière mousseuse circulèrent vivement. Puis Robin Hood demanda le silence à haute voix, et tout se tut jusqu'à ce qu'il parlât.

« J'ai une histoire à vous raconter à tous, alors écoutez ce que j'ai à dire », dit-il ; sur quoi, sans plus attendre, il leur raconta tout au sujet de Sir Richard, et comment ses terres étaient en gage. Mais, à mesure qu'il poursuivait, le visage de l'évêque, qui avait été naguère souriant et vermeil de gaieté, devint sérieux, et il écarta la corne à vin qu'il tenait à la main, car il connaissait l'histoire de Sir Richard, et son cœur sombra en lui avec de sombres pressentiments. Puis, quand Robin Hood eut fini, il se tourna vers l'évêque de Hereford. « Maintenant, monseigneur l'évêque, dit-il, ne pensez-vous pas que c'est une mauvaise action de la part de quiconque, et bien plus encore d'un homme d'Église, qui devrait vivre dans l'humilité et la charité ? »

À cela, l'évêque ne répondit pas un mot mais regarda le sol avec des yeux maussades.

Robin dit : « Or, vous êtes l'évêque le plus riche de toute l'Angleterre ; ne pouvez-vous aider ce frère nécessiteux ? » Mais l'évêque ne répondit toujours pas un mot.

Alors Robin se tourna vers Little John et dit : « Va, toi et Will Stutely, et amenez ces cinq chevaux de bât là-bas. » Sur quoi les deux forestiers firent comme ils étaient ordonnés, ceux qui se trouvaient autour de la nappe faisant place sur la pelouse, là où la lumière était la plus vive, pour les cinq chevaux que Little John et Will Stutely menèrent bientôt en avant.

« Qui détient le compte des marchandises ? » demanda Robin Hood en regardant les Frères Noirs.

Alors le plus petit de tous prit la parole, d'une voix tremblante — c'était un vieil homme au visage doux et ridé. « C'est moi ; mais, je vous en prie, ne me faites point de mal. »

« Non, dit Robin, je n'ai jamais fait de mal à un homme inoffensif ; mais donne-le-moi, bon père. » Ainsi le vieil homme fit comme il lui était ordonné, et tendit à Robin la tablette sur laquelle était noté le compte des divers paquets sur les chevaux. Robin la remit à Will Scarlet, lui ordonnant d'en faire la lecture. Alors Will Scarlet, élevant la voix pour que tous puissent entendre, commença :

« Trois balles de soie pour Quentin, le mercier d'Ancaster. »

« Cela, nous n'y touchons pas, dit Robin, car ce Quentin est un honnête homme, qui s'est élevé par sa propre épargne. » Ainsi, les balles de soie furent mises de côté, non ouvertes.

« Une balle de velours de soie pour l'abbaye de Beaumont. »

« Que veulent ces prêtres avec du velours de soie ? » dit Robin. « Néanmoins, bien qu'ils n'en aient pas besoin, je ne leur prendrai pas tout. Mesurez-le en trois parts, une pour être vendue pour la charité, une pour nous, et une pour l'abbaye. » Ainsi, cela fut fait comme Robin Hood l'avait ordonné.

« Quarante grandes bougies de cire pour la chapelle de Saint Thomas. »

« Cela appartient légitimement à la chapelle, dit Robin, alors mettez cela de côté. Loin de nous l'idée de prendre au bienheureux Saint Thomas ce qui lui appartient. » Ainsi, cela fut fait aussi selon les ordres de Robin, et les bougies furent mises de côté, avec les balles de soie non ouvertes de l'honnête Quentin. Ainsi la liste fut parcourue, et les marchandises jugées selon ce que Robin estimait le plus approprié. Certaines choses furent mises de côté sans être touchées, et beaucoup furent ouvertes et divisées en trois parts égales, pour la charité, pour eux-mêmes, et pour les propriétaires. Et maintenant, tout le sol dans la lumière des torches était couvert de soies, de velours, d'étoffes d'or et de caisses de vins riches, et ainsi ils arrivèrent à la dernière ligne sur la tablette : « Une boîte appartenant à monseigneur l'évêque de Hereford. »

À ces mots, l'évêque trembla comme s'il avait un frisson, et la boîte fut posée sur le sol.

« Monseigneur l'évêque, avez-vous la clé de cette boîte ? » demanda Robin.

L'évêque secoua la tête.

« Va, Will Scarlet, dit Robin, tu es l'homme le plus fort ici ; apporte une épée aussitôt, et coupe cette boîte, si tu peux. » Alors Will Scarlet se leva et les quitta, revenant peu après, portant une grande épée à deux mains. Trois fois il frappa cette forte boîte cerclée de fer, et au troisième coup, elle éclata et un grand tas d'or se déversa, brillant de rouge à la lumière des torches. À cette vue, un murmure parcourut toute la bande, comme le son du vent dans des arbres lointains ; mais aucun homme ne s'avança ni ne toucha l'argent.

Robin dit : « Toi, Will Scarlet, toi, Allan a Dale, et toi, Little John, comptez-le. »

Cela prit longtemps de compter tout l'argent, et quand il fut dûment totalisé, Will Scarlet cria qu'il y avait quinze cents livres d'or au total. Mais parmi l'or, ils trouvèrent un papier, et Will Scarlet le lut d'une voix forte, et tous entendirent que cet argent était le loyer, les amendes et les confiscations provenant de certains domaines appartenant à l'évêché de Hereford.

« Monseigneur l'évêque, dit Robin Hood, je ne vous dépouillerai pas, comme Little John l'a dit, comme une haie d'hiver, car vous reprendrez un tiers de votre argent. Un tiers, vous pouvez bien nous le céder pour votre divertissement et celui de votre suite, car vous êtes très riche ; un tiers, vous pouvez mieux le céder à la charité, car, évêque, j'apprends que vous êtes un maître dur envers ceux qui sont sous vos ordres et un avare thésauriseur de gains que vous pourriez mieux, et avec plus d'honneur pour vous-même, donner à la charité que dépenser selon vos propres goûts. »

À cela, l'évêque leva les yeux, mais il ne put dire un seul mot ; pourtant, il était reconnaissant de garder une partie de sa fortune.

Puis Robin se tourna vers Sir Richard of the Lea et dit : « Maintenant, Sir Richard, l'Église semblait vouloir vous spolier, c'est pourquoi une partie du surplus des gains de l'Église peut bien être utilisée pour vous aider. Vous prendrez ces cinq cents livres mises de côté pour des gens plus nécessiteux que ne l'est l'évêque, et paierez vos dettes à Emmet avec cela. »

Sir Richard regarda Robin jusqu'à ce que quelque chose monte dans ses yeux qui fit se brouiller toutes les lumières et les visages. Enfin, il dit : « Je vous remercie, ami, du fond du cœur, pour ce que vous faites pour moi ; pourtant, ne prenez pas en mauvaise part si je ne puis accepter votre don librement. Mais ceci, je le ferai : je prendrai l'argent et paierai mes dettes, et dans un an et un jour, je le rendrai sain et sauf soit à vous, soit à monseigneur l'évêque de Hereford. Pour cela, je donne ma plus solennelle parole de chevalier. Je me sens libre d'emprunter, car je ne connais pas d'homme qui devrait être plus tenu de m'aider que celui si haut placé dans cette Église qui a imposé un marché si dur. » « En vérité, Sir Chevalier, dit Robin, je ne comprends pas ces scrupules raffinés qui pèsent sur ceux de votre espèce ; mais, néanmoins, tout sera comme vous le souhaitez. Mais vous feriez mieux de m'apporter l'argent à la fin de l'année, car peut-être pourrai-je en faire un meilleur usage que l'évêque. » Sur ce, se tournant vers ceux près de lui, il donna ses ordres, et cinq cents livres furent comptées et liées dans un sac de cuir pour Sir Richard. Le reste du trésor fut divisé, et une partie emportée vers le trésor de la bande, et une partie mise de côté avec les autres choses pour l'évêque.

Puis Sir Richard se leva. « Je ne puis rester plus longtemps, bons amis, dit-il, car ma dame s'inquiétera si je ne rentre pas ; je demande donc la permission de partir. »

Alors Robin Hood et tous ses joyeux hommes se levèrent, et Robin dit : « Nous ne pouvons vous laisser partir d'ici sans escorte, Sir Richard. »

Alors Little John prit la parole : « Bon maître, laissez-moi choisir une vingtaine de gaillards robustes dans la bande, et armons-nous de manière convenable et servons ainsi de gens d'armes à Sir Richard jusqu'à ce qu'il puisse en obtenir d'autres à notre place. »

« Tu as bien parlé, Little John, et il en sera fait ainsi », dit Robin.

Alors Will Scarlet prit la parole : « Donnons-lui une chaîne d'or à porter autour du cou, telle qu'il sied à quelqu'un de son rang, et aussi des éperons d'or à porter à ses talons. »

Alors Robin Hood dit : « Tu as bien parlé, Will Scarlet, et il en sera fait ainsi. »

Alors Will Stutely prit la parole : « Donnons-lui cette balle de velours riche et ce rouleau d'étoffe d'or à rapporter chez lui à sa noble dame épouse en cadeau de la part de Robin Hood et de tous ses joyeux hommes. »

À cela, tous frappèrent dans leurs mains de joie, et Robin dit : « Tu as bien parlé, Will Stutely, et il en sera fait ainsi. »

Alors Sir Richard of the Lea regarda tout autour et s'efforça de parler, mais y parvint à peine tant les sentiments l'étouffaient ; enfin, il dit d'une voix rauque et tremblante : « Vous verrez tous, bons amis, que Sir Richard of the Lea se souviendra toujours de votre bonté en ce jour. Et si vous êtes à tout moment dans le besoin ou la détresse, venez à moi et à ma dame, et les murs du château de Lea seront abattus avant que le moindre mal ne vous atteigne. Je... » Il ne put rien dire de plus, mais se détourna précipitamment.

Mais à présent, Little John et dix-neuf gaillards robustes qu'il avait choisis pour sa troupe s'avancèrent, tout prêts pour le voyage. Chaque homme portait sur sa poitrine une cotte de mailles, et sur sa tête un casque d'acier, et à son côté une bonne épée robuste. Ils faisaient belle figure en se tenant tous en rang. Puis Robin s'approcha et jeta une chaîne d'or autour du cou de Sir Richard, et Will Scarlet s'agenouilla et boucla les éperons d'or sur ses talons ; et maintenant Little John amena le cheval de Sir Richard, et le chevalier monta. Il regarda Robin un moment, puis tout à coup se pencha et l'embrassa sur la joue. Toutes les clairières de la forêt retentirent des cris qui s'élevèrent tandis que le chevalier et les forestiers partaient à travers les bois avec l'éclat des torches et la lueur de l'acier, et furent ainsi partis.

Alors l'évêque de Hereford prit la parole d'une voix mélancolique : « Je dois, moi aussi, me mettre en route, brave homme, car la nuit avance. »

Mais Robin posa sa main sur le bras de l'évêque et le retint. « Ne soyez pas si pressé, monseigneur l'évêque, dit-il. Dans trois jours, Sir Richard devra payer ses dettes à Emmet ; jusqu'à ce moment, vous devez vous contenter de demeurer avec moi, de peur que vous ne causiez des ennuis au chevalier. Je vous promets que vous aurez grand plaisir, car je sais que vous êtes friand de la chasse au cerf. Laissez de côté votre manteau de mélancolie, et efforcez-vous de mener une joyeuse vie de forestier pendant trois jours complets. Je vous promets que vous regretterez de partir quand le moment sera venu. »

Ainsi, l'évêque et sa suite demeurèrent avec Robin pendant trois jours, et sa seigneurie eut beaucoup de plaisir en ce temps, si bien que, comme Robin l'avait dit, quand le moment fut venu pour lui de partir, il était désolé de quitter la forêt verte. Au bout de trois jours, Robin le libéra et l'envoya hors de la forêt avec une garde de forestiers pour empêcher les pillards de s'emparer de ce qui restait des paquets et des ballots.

Mais, tandis que l'évêque s'éloignait, il jura en lui-même qu'il ferait un jour regretter à Robin le jour où il l'avait arrêté à Sherwood.

Mais à présent, nous suivrons Sir Richard ; alors écoutez, et vous entendrez ce qui lui advint, et comment il paya ses dettes à l'abbaye d'Emmet, et de même en temps voulu à Robin Hood.

Comment Sir Richard of the Lea paya ses dettes

LA LONGUE GRANDE ROUTE s'étendait tout droit, grise et poussiéreuse sous le soleil. De chaque côté, des fossés pleins d'eau étaient bordés d'osiers, et au loin, dans la distance, se dressaient les tours de l'abbaye d'Emmet avec de grands peupliers tout autour.

Le long de la chaussée chevauchait un chevalier avec une vingtaine de robustes hommes d'armes derrière lui. Le chevalier était vêtu d'une simple longue robe de serge grise, resserrée à la taille par une large ceinture de cuir, à laquelle pendaient un long poignard et une solide épée. Mais bien qu'il fût si simplement vêtu lui-même, le cheval qu'il montait était un noble barbe, et ses harnais étaient riches de soie et de clochettes d'argent.

C'est ainsi que la troupe voyagea le long de la chaussée entre les fossés, jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin la grande porte de l'abbaye d'Emmet. Là, le chevalier appela l'un de ses hommes et lui ordonna de frapper à la loge du portier avec le pommeau de son épée.

Le portier somnolait sur son banc à l'intérieur de la loge, mais au coup, il se réveilla et, ouvrant le guichet, sortit en claudiquant et salua le chevalier, tandis qu'un étourneau apprivoisé qui pendait dans une cage d'osier à l'intérieur sifflait : « In coelo quies ! In coelo quies ! » tels étant les mots que le pauvre vieux portier boiteux lui avait appris à dire.

« Où est votre prieur ? » demanda le chevalier au vieux portier.

« Il est en train de manger, bon chevalier, et il attend votre venue, dit le portier, car, si je ne me trompe, vous êtes Sir Richard of the Lea. »

« Je suis Sir Richard of the Lea ; alors je vais aller le chercher sur-le-champ », dit le chevalier.

« Mais ne dois-je pas envoyer votre cheval à l'écurie ? » dit le portier. « Par Notre-Dame, c'est le plus noble coursier, et le mieux harnaché, que j'aie jamais vu de toute ma vie. » Et il caressa le flanc du cheval avec sa paume.

« Non, dit Sir Richard, les écuries de cet endroit ne sont pas pour moi, alors faites place, je vous prie. » Ce disant, il poussa en avant, et, les portes ayant été ouvertes, il entra dans la cour dallée de l'abbaye, ses hommes derrière lui. Ils entrèrent avec fracas d'acier et cliquetis d'épées, et le bruit des pieds des chevaux sur les pavés, ce qui fit qu'une volée de pigeons qui se pavanait au soleil s'envola en battant des ailes vers les hauts avant-toits des tours rondes.

Alors que le chevalier chevauchait le long de la chaussée vers Emmet, un joyeux festin se préparait dans le réfectoire. Le soleil de l'après-midi pénétrait par les grandes fenêtres cintrées et s'étalait en larges carrés de lumière sur le sol en pierre et sur la table couverte d'une nappe de lin neigeux, où était dressé un festin princier. Au bout de la table siégeait le prieur Vincent d'Emmet, tout vêtu de robes souples de drap fin et de soie ; sur sa tête, un bonnet de velours noir rehaussé d'or, et autour de son cou pendait une lourde chaîne d'or, avec un grand médaillon pendant. À côté de lui, sur le bras de son grand fauteuil, était perché son faucon favori, car le prieur était friand du noble art de la fauconnerie. À sa droite siégeait le shérif de Nottingham dans de riches robes de pourpre toutes garnies de fourrure, et à sa gauche un célèbre docteur en droit dans un vêtement sombre et sobre. En dessous d'eux siégeaient le grand cellérier d'Emmet, et d'autres parmi les principaux frères.

Plaisanteries et rires circulaient, et tout était aussi joyeux que possible. Le visage ridé de l'homme de loi était tordu en un sourire plissé, car dans sa bourse se trouvaient quatre-vingts anges d'or que le prieur lui avait payés en honoraires pour le procès entre lui et Sir Richard of the Lea. Le savant docteur avait été payé à l'avance, car il n'avait pas trop confiance dans le saint Vincent d'Emmet.

Le shérif de Nottingham dit : « Mais êtes-vous sûr, Monsieur le Prieur, que vous avez les terres en toute sécurité ? »

« Oui, par ma foi, dit le prieur Vincent, en se léchant les lèvres après une longue rasade de vin, j'ai gardé un œil attentif sur lui, bien qu'il en fût inconscient, et je sais très bien qu'il n'a pas d'argent pour me payer. »

« Oui, vrai, dit l'homme de loi d'une voix sèche et rauque, sa terre est assurément confisquée s'il ne vient pas payer ; mais, Monsieur le Prieur, vous devez obtenir une libération sous sa signature manuelle, sinon vous ne pouvez espérer conserver la terre sans ennuis de sa part. »

« Oui, dit le prieur, c'est ce que vous m'avez déjà dit, mais je sais que ce chevalier est si pauvre qu'il signera volontiers ses terres pour deux cents livres d'argent sonnant. »

Alors le grand cellérier prit la parole : « Il me semble que c'est une honte de pousser ainsi un chevalier malheureux dans le fossé. Je trouve triste que le plus noble domaine du Derbyshire doive lui échapper ainsi pour une misérable somme de cinq cents livres. Vraiment, je... »

« Comment maintenant, coupa le prieur d'une voix tremblante, ses yeux brillant et ses joues rouges de colère, est-ce que tu babilles devant ma barbe, maraud ? Par saint Hubert, tu ferais mieux d'économiser ton souffle pour refroidir ton potage, sinon il pourrait t'ébouillanter la bouche. »

« Non, dit l'homme de loi avec douceur, j'ose jurer que ce même chevalier ne viendra jamais à un règlement ce jour, mais se montrera félon. Néanmoins, nous chercherons quelque moyen d'obtenir ses terres, alors ne craignez rien. »

Mais alors même que le docteur parlait, il y eut un soudain fracas de sabots de chevaux et un tintement de cotte de mailles dans la cour en contrebas. Alors le prieur prit la parole et appela l'un des frères qui siégeait au-dessous du sel, et lui ordonna de regarder par la fenêtre et de voir qui était là, bien qu'il sût très bien que ce ne pouvait être que Sir Richard.

Le frère se leva, alla regarder, et dit : « Je vois en bas une vingtaine de robustes hommes d'armes et un chevalier qui vient de descendre de cheval. Il est vêtu de longues robes grises qui, ce me semble, sont de pauvre apparence ; mais la monture qu'il chevauche possède le plus riche harnachement que j'aie jamais vu. Le chevalier met pied à terre, ils viennent par ici et sont à présent en bas, dans la grande salle. »

« Tiens, voyez-vous cela maintenant, » dit le prieur Vincent. « Voici un chevalier à la bourse si maigre qu'il peut à peine s'acheter une croûte de pain à mâcher, et pourtant il entretient une troupe de serviteurs et couvre la peau de son cheval de riches atours, tandis que son propre dos va nu. N'est-il pas juste que de tels hommes soient rabaissés ? »

« Mais es-tu sûr, » dit le petit docteur en tremblant, « que ce chevalier ne nous fera aucun mal ? Ceux de son espèce sont féroces quand on les contrarie, et il a une bande d'hommes turbulents à ses talons. Peut-être vaudrait-il mieux que tu lui accordes un délai pour sa dette. » Ainsi parla-t-il, car il craignait que Sir Richard ne lui fît du mal.

« Tu n'as rien à craindre, » dit le prieur en regardant le petit homme à ses côtés. « Ce chevalier est un gentilhomme et songerait autant à faire du mal à une vieille femme qu'à toi. »

Comme le prieur achevait ces mots, une porte à l'extrémité basse du réfectoire s'ouvrit, et Sir Richard entra, les mains jointes et la tête inclinée sur la poitrine. C'est humblement qu'il remonta lentement la salle, tandis que ses hommes d'armes restaient près de la porte. Lorsqu'il fut arrivé là où le prieur était assis, il mit un genou en terre. « Dieu vous garde, Monsieur le Prieur, » dit-il, « je suis venu pour honorer mon jour. »

Alors, le premier mot que le prieur lui adressa fut : « As-tu apporté mon argent ? »

« Hélas ! Je n'ai pas un seul penny sur moi, » dit le chevalier ; à quoi les yeux du prieur brillèrent.

« Voilà qui est un débiteur rusé, je le sais, » dit-il. Puis : « Monsieur le shérif, je bois à votre santé. »

Mais le chevalier restait agenouillé sur les pierres dures, alors le prieur se tourna de nouveau vers lui. « Que veux-tu ? » dit-il sèchement.

À ces mots, une rougeur lente monta aux joues du chevalier ; mais il restait agenouillé. « Je voudrais implorer votre miséricorde, » dit-il. « Comme vous espérez la miséricorde du Ciel, ayez miséricorde de moi. Ne me dépouillez pas de mes terres pour réduire ainsi un vrai chevalier à la pauvreté. »

« Ton délai est passé et tes terres sont confisquées, » dit l'homme de loi, reprenant courage devant le discours humble du chevalier.

Sir Richard dit : « Vous, homme de loi, ne voulez-vous pas m'être ami en mon heure de besoin ? »

« Non, » dit l'autre, « je m'en tiens à ce saint prieur, qui m'a payé mes honoraires en or sonnant, de sorte que je lui suis lié. »

« Ne voulez-vous pas être mon ami, Monsieur le shérif ? » dit Sir Richard.

« Non, par le Ciel, » dit le shérif de Nottingham, « ce n'est pas mon affaire, toutefois je ferai ce que je peux, » et il donna un coup de coude au prieur sous la nappe avec son genou. « Ne voulez-vous pas l'alléger de quelques-unes de ses dettes, Monsieur le Prieur ? »

À cela, le prieur sourit durement. « Payez-moi trois cents livres, Sir Richard, » dit-il, « et je vous donnerai quittance de votre dette. »

« Vous savez, Monsieur le Prieur, qu'il m'est aussi facile de payer quatre cents livres que trois cents, » dit Sir Richard. « Mais ne voulez-vous pas me donner une année de plus pour payer ma dette ? »

« Pas un jour de plus, » dit le prieur sévèrement.

« Et est-ce là tout ce que vous voulez faire pour moi ? » demanda le chevalier.

« Oh, hors d'ici, faux chevalier ! » s'écria le prieur, éclatant de colère. « Payez votre dette comme je l'ai dit, ou renoncez à votre terre et sortez de ma salle. »

Alors Sir Richard se leva. « Vous, prêtre faux et menteur ! » dit-il d'une voix si sévère que l'homme de loi se recroquevilla, effrayé, « je ne suis pas un faux chevalier, comme vous le savez fort bien, mais j'ai même tenu ma place dans la mêlée et le tournoi. Avez-vous si peu de courtoisie que vous vouliez voir un vrai chevalier rester à genoux tout ce temps, ou le voir entrer dans votre salle sans jamais lui offrir à manger ni à boire ? »

Alors l'homme de loi dit d'une voix tremblante : « C'est assurément une mauvaise façon de parler des affaires ; soyons doux dans nos propos. Que voulez-vous payer à ce chevalier, Monsieur le Prieur, pour qu'il vous libère de ses terres ? »

« J'aurais voulu lui donner deux cents livres, » dit le prieur, « mais puisqu'il m'a parlé si vilement au visage, il n'obtiendra pas un liard de plus que cent livres. »

« Si vous m'aviez offert mille livres, faux prieur, » dit le chevalier, « vous n'auriez pas obtenu un pouce de ma terre. » Puis, se tournant vers l'endroit où ses hommes d'armes se tenaient près de la porte, il appela : « Venez ici, » et fit un signe de la main ; sur quoi le plus grand d'entre eux s'avança et lui tendit une longue bourse de cuir. Sir Richard prit la bourse et en fit jaillir sur la table un ruissellement étincelant de pièces d'or. « Gardez en mémoire, Monsieur le Prieur, » dit-il, « que vous m'avez promis quittance pour trois cents livres. Pas un farthing de plus ne vous sera versé. » Ce disant, il compta trois cents livres et les poussa vers le prieur.

Mais voilà que les mains du prieur retombèrent le long de son corps et sa tête pendit sur son épaule, car non seulement il avait perdu tout espoir d'obtenir la terre, mais il avait fait remise au chevalier de cent livres sur sa dette et avait inutilement payé quatre-vingts anges à l'homme de loi. Il se tourna vers lui et lui dit : « Rends-moi mon argent que tu as. »

« Non, » cria l'autre d'une voix aiguë, « ce ne sont que mes honoraires que tu m'as payés, et tu ne les récupéreras pas. » Et il serra sa robe contre lui.

« Maintenant, Monsieur le Prieur, » dit Sir Richard, « j'ai honoré mon jour et payé toutes les dettes exigées de moi ; ainsi, comme il n'y a plus rien entre nous, je quitte ce lieu vil sur-le-champ. » Ce disant, il tourna les talons et s'en alla à grands pas.

Pendant tout ce temps, le shérif était resté à fixer avec des yeux écarquillés et la bouche béante le grand homme d'armes, qui se tenait là comme s'il était taillé dans la pierre. Enfin, il haleta : « Reynold Greenleaf ! »

À cela, le grand homme d'armes, qui n'était autre que Petit Jean, se tourna en souriant vers le shérif. « Je vous salue bien, beau compère, » dit-il. « Je dirais, doux shérif, que j'ai entendu toute votre jolie conversation de ce jour, et elle sera dûment rapportée à Robin Hood. Alors, adieu pour le moment, jusqu'à ce que nous nous revoyions dans la forêt de Sherwood. » Puis lui aussi se tourna et suivit Sir Richard à travers la salle, laissant le shérif, tout pâle et stupéfait, recroquevillé sur sa chaise.

C'était un joyeux festin auquel Sir Richard était venu, mais il laissa derrière lui une bien triste compagnie, et ils n'avaient guère d'appétit pour la nourriture princière étalée devant eux. Seul le savant docteur était heureux, car il avait reçu ses honoraires.

Une année et un jour s'écoulèrent depuis que le prieur Vincent d'Emmet était assis au festin, et une fois de plus le doux automne d'une autre année était venu. Mais l'année avait apporté un grand changement, je le sais, aux terres de Sir Richard of the Lea ; car, là où poussaient auparavant des herbes sauvages et broussailleuses sur les prairies, tout s'étendait maintenant en chaumes dorés, signe qu'une récolte riche et abondante en avait été retirée. Une année avait également apporté un grand changement au château, car là où il n'y avait que des douves vides et les décombres de la négligence, tout était maintenant ordonné et bien entretenu.

Le soleil brillait vivement sur les remparts et les tours, et dans l'air bleu au-dessus, une nuée de choucas bruyants volait autour de la girouette et de la flèche dorées. Puis, dans la clarté du matin, le pont-levis tomba sur les douves avec un fracas de chaînes, la porte du château s'ouvrit lentement, et un beau déploiement d'hommes d'armes en acier, avec un chevalier tout vêtu de cotte de mailles, aussi blanche que le givre sur les ronces et les épines d'un matin d'hiver, sortit en étincelant de la cour du château. Dans sa main, le chevalier tenait une grande lance, à la pointe de laquelle flottait un pennon rouge sang, large comme la paume de la main. Ainsi cette troupe sortit du château, et au milieu d'eux marchaient trois chevaux de bât chargés de paquets de formes et de sortes diverses.

Ainsi partit le bon Sir Richard of the Lea pour payer sa dette à Robin Hood en ce matin brillant et joyeux. Ils firent leur chemin le long de la grand-route, au pas cadencé et avec le cliquetis et le tintement des épées et des harnais. Ils marchèrent jusqu'à approcher de Denby, où, du haut d'une colline, ils virent, au-delà de la ville, de nombreux drapeaux et banderoles gais flotter dans l'air lumineux. Alors Sir Richard se tourna vers l'homme d'armes le plus proche. « Que se passe-t-il là-bas à Denby aujourd'hui ? » dit-il.

« S'il plaît à Votre Honneur, » répondit l'homme d'armes, « une joyeuse foire s'y tient aujourd'hui, ainsi qu'un grand tournoi de lutte, auquel beaucoup de gens sont venus, car un prix a été offert : une barrique de vin rouge, un beau anneau d'or et une paire de gants, le tout allant au meilleur lutteur. »

« Or, foi de moi, » dit Sir Richard, qui aimait fort les bons sports virils, « ce sera une chose belle à voir. Il me semble que nous devons nous attarder un peu sur notre chemin pour voir ce joyeux sport. » Il tourna donc la tête de son cheval vers Denby et la foire, et c'est là que lui et ses hommes se rendirent.

Ils y trouvèrent un grand tumulte de réjouissances. Des drapeaux et des banderoles flottaient, des saltimbanques faisaient des culbutes sur la pelouse, des cornemuses jouaient, et des gars et des filles dansaient au son de la musique. Mais la foule était surtout rassemblée autour d'un cercle où se déroulait la lutte, et c'est là que Sir Richard et ses hommes se dirigèrent.

Lorsque les juges de la lutte virent arriver Sir Richard et surent qui il était, le chef d'entre eux descendit du banc où il était assis avec les autres, alla vers le chevalier et le prit par la main, le suppliant de venir s'asseoir avec eux pour juger le sport. Sir Richard descendit donc de cheval et alla avec les autres s'asseoir sur le banc surélevé à côté du cercle.

Il y avait eu de grandes prouesses ce matin-là, car un certain paysan nommé Egbert, venu de Stoke dans le Staffordshire, avait terrassé avec aisance tous ceux qui s'étaient mesurés à lui ; mais un homme de Denby, bien connu dans tout le pays sous le nom de William of the Scar, avait attendu son heure avec l'homme de Stoke ; ainsi, quand Egbert eut terrassé tous les autres, le robuste William sauta dans le cercle. Alors un dur combat s'ensuivit, et à la fin il terrassa Egbert lourdement, ce qui provoqua de grands cris et des poignées de main, car tous les hommes de Denby étaient fiers de leur lutteur.

Quand Sir Richard arriva, il trouva le robuste William, gonflé par les acclamations de ses amis, marchant de long en large dans le cercle, défiant quiconque de venir tenter une prise avec lui. « Venez tous ! » disait-il. « Me voici, William of the Scar, contre n'importe qui. S'il n'y a personne dans le Derbyshire pour m'affronter, venez tous ceux qui le voudront, de Nottingham, Stafford ou York, et si je ne les fais pas tous, un par un, fouiller le sol de leur nez comme des pourceaux dans les forêts, ne m'appelez plus le brave William le lutteur. »

À cela, tous rirent ; mais par-dessus tous les rires, une voix forte s'éleva pour crier : « Puisque tu parles si grand, en voici un du Nottinghamshire pour essayer une chute avec toi, camarade » ; et aussitôt un grand jeune homme avec un robuste bâton à la main fendit la foule et finit par sauter légèrement par-dessus la corde dans le cercle. Il n'était pas aussi massif que le robuste William, mais il était plus grand et plus large d'épaules, et toutes ses articulations étaient bien nouées. Sir Richard l'observa avec attention, puis, se tournant vers l'un des juges, il dit : « Sais-tu qui est ce jeune homme ? Il me semble l'avoir déjà vu. »

« Non, » dit le juge, « c'est un étranger pour moi. »

Pendant ce temps, sans un mot, le jeune homme, déposant son bâton, commença à ôter sa veste et ses vêtements de dessus jusqu'à ce qu'il se tînt devant eux les bras et le corps nus ; et c'était un spectacle plaisant que de le voir ainsi mis à nu, car ses muscles étaient dessinés ronds, lisses et saillants comme une eau courante et rapide.

Alors chacun cracha dans ses mains et, les frappant sur ses genoux, ils s'accroupirent, s'observant attentivement afin de prendre l'avantage dans la prise. Puis, comme un éclair, ils bondirent l'un sur l'autre, et un grand cri s'éleva, car William avait obtenu la meilleure prise des deux. Pendant un court instant, ils se tendirent, luttèrent et se tordirent, puis le robuste William fit sa prise et son jet les plus rusés, mais l'étranger y répondit avec plus d'habileté que lui, et la prise fut vaine. Puis, soudain, avec une torsion et une secousse, l'étranger se dégagea, et celui de la cicatrice se retrouva enfermé dans une paire de bras qui firent craquer ses côtes. Ainsi, haletants, la respiration chaude, ils restèrent un moment à lutter, leurs corps tout luisants de sueur, de grosses gouttes de sueur ruisselant sur leurs visages. Mais l'étreinte de l'étranger était si étroite qu'à la fin les muscles du robuste William s'amollirent sous sa prise, et il poussa un sanglot. Alors le jeune homme déploya toute sa force et donna un coup de talon soudain avec un jet par-dessus sa hanche droite, et le robuste William tomba avec un bruit sourd et écœurant, et resta étendu comme s'il ne devait plus jamais bouger ni pied ni main.

Mais alors, aucun cri ne s'éleva pour l'étranger, mais un murmure de colère fut entendu parmi la foule, tant il avait facilement gagné le match. Alors l'un des juges, un parent de William of the Scar, se leva avec une lèvre tremblante et un regard malveillant. Il dit : « Si tu as tué cet homme, cela ira mal pour toi, laisse-moi te le dire, camarade. » Mais l'étranger répondit hardiment : « Il a tenté sa chance avec moi comme j'ai tenté la mienne avec lui. Aucune loi ne peut m'atteindre pour me faire du mal, même si je l'avais tué, pourvu que ce fût fait loyalement dans le cercle de lutte. »

« Nous verrons cela, » dit le juge en lançant des regards noirs au jeune homme, tandis qu'une fois de plus un murmure de colère parcourait la foule ; car, comme je l'ai dit, les hommes de Denby étaient fiers du robuste William of the Scar.

Alors Sir Richard parla doucement. « Non, » dit-il, « le jeune homme a raison ; si l'autre meurt, il meurt dans le cercle de lutte, où il a tenté sa chance, et il a été terrassé assez loyalement. »

Mais entre-temps, trois hommes s'étaient avancés et avaient soulevé le robuste William du sol et découvrirent qu'il n'était pas mort, bien que fortement secoué par sa chute lourde. Puis le juge en chef se leva et dit : « Jeune homme, le prix t'est dûment acquis. Voici l'anneau d'or rouge, et voici les gants, et là-bas se trouve la barrique de vin pour en faire ce que tu voudras. »

À cela, le jeune homme, qui avait revêtu ses vêtements et repris son bâton, s'inclina sans un mot, puis, prenant les gants et l'anneau, glissant l'un dans sa ceinture et passant l'autre à son pouce, il se tourna et, sautant légèrement par-dessus les cordes, fendit la foule et disparut.

« Tiens, je me demande qui peut être ce jeune homme, » dit le juge en se tournant vers Sir Richard, « il semble être un robuste Saxon avec ses joues rouges et ses cheveux clairs. Ce William, à nous, est aussi un homme robuste, et je ne l'ai jamais vu terrassé dans le cercle auparavant, bien qu'il n'ait pas encore lutté contre d'aussi grands lutteurs que Thomas of Cornwall, Diccon of York et le jeune David of Doncaster. N'a-t-il pas le pied ferme dans le cercle, penses-tu, Sir Richard ? »

« Oui, en vérité, et pourtant ce jeune homme l'a terrassé loyalement, et avec une aisance merveilleuse. Je me demande bien qui il peut être. » Ainsi parla Sir Richard d'une voix pensive.

Pendant un moment, le chevalier resta à parler avec ceux qui l'entouraient, mais enfin il se leva et se prépara à partir, aussi appela-t-il ses hommes autour de lui et, serrant les sangles de sa selle, il remonta sur son cheval une fois de plus.

Pendant ce temps, le jeune étranger s'était frayé un chemin à travers la foule, mais, alors qu'il passait, il entendit tout autour de lui des mots murmurés tels que : « Regardez le coquelet ! » « Voyez comment il se pavane ! » « Je jurerais qu'il a terrassé le bon William déloyalement ! » « Oui, vraiment, n'avez-vous pas vu de la glu sur ses mains ? » « Il serait bon de lui couper la crête ! » À tout cela, l'étranger ne prêta aucune attention, mais marchait fièrement comme s'il n'avait rien entendu. Il traversa donc lentement la pelouse jusqu'à l'endroit où se trouvait la tente où l'on dansait, et, debout à l'entrée, il regarda le spectacle. Alors qu'il se tenait ainsi, une pierre frappa soudainement son bras avec un choc sec, et, se retournant, il vit qu'une foule en colère l'avait suivi depuis le cercle de lutte. Puis, quand ils le virent se retourner ainsi, un grand huée et des cris s'élevèrent de partout, de sorte que les gens sortirent en courant de la tente de danse pour voir ce qui se passait. Enfin, un forgeron grand, large d'épaules et trapu s'avança de la foule en faisant tournoyer un puissant gourdin de prunellier dans sa main.

« Viendrais-tu ici à notre foire de Denby, espèce de diable en boîte, pour vaincre un bon gars honnête avec de vils tours de passe-passe ? » grogna-t-il d'une voix profonde comme le beuglement d'un taureau en colère. « Prends cela, alors ! » Et soudain, il porta au jeune homme un coup qui aurait pu abattre un bœuf. Mais l'autre détourna le coup habilement, et en rendit un autre si terrible que l'homme de Denby tomba avec un gémissement, comme s'il avait été frappé par la foudre. Quand ils virent leur chef tomber, la foule poussa un autre cri de colère ; mais l'étranger plaça son dos contre la tente près de laquelle il se tenait, faisant tournoyer son terrible bâton, et le coup qu'il avait porté au robuste forgeron avait été si dur que personne n'osa s'approcher à portée de son gourdin ; aussi la presse recula, comme une meute de chiens devant un ours aux abois. Mais voilà qu'une main lâche, par derrière, jeta une pierre pointue et dentelée qui frappa l'étranger au sommet du crâne, si bien qu'il chancela, et le sang rouge jaillit de la coupure et coula sur son visage et sur sa veste. Alors, le voyant étourdi par ce vil coup, la foule se rua sur lui, si bien qu'ils le submergèrent et qu'il tomba sous leurs pieds.

Il aurait pu en aller mal pour le jeune homme, jusqu'à perdre sa jeune vie, si Sir Richard n'était pas venu à cette foire ; car soudain, des cris furent entendus, l'acier brilla dans l'air, et des coups furent portés avec le plat des épées, tandis qu'au milieu de la foule, Sir Richard of the Lea arrivait au galop sur son cheval blanc. Alors la foule, voyant le chevalier en acier et les hommes armés, fondit comme neige sur un foyer chaud, laissant le jeune homme tout ensanglanté et poussiéreux sur le sol.

Se sentant libre, le jeune homme se leva et, essuyant le sang de son visage, leva les yeux. Il dit : « Sir Richard of the Lea, peut-être m'avez-vous sauvé la vie ce jour. »

« Qui es-tu, toi qui connais si bien Sir Richard of the Lea ? » dit le chevalier. « Il me semble avoir déjà vu ton visage, jeune homme. »

« Oui, c'est le cas, » dit le jeune homme, « car les hommes m'appellent David of Doncaster. »

« Ha ! » dit Sir Richard, « je m'étonne de ne pas t'avoir reconnu, David ; mais ta barbe a poussé et tu t'es fait plus homme en cette année écoulée. Viens ici sous la tente, David, et lave le sang de ton visage. Et toi, Ralph, apporte-lui sans tarder une tunique propre. Certes, je te plains, mais je me réjouis fort d'avoir eu l'occasion d'acquitter une part de ma dette de reconnaissance envers ton bon maître Robin Hood, car il aurait pu mal t'en prendre si je n'étais point venu, jeune homme. »

Cela dit, le chevalier conduisit David dans la tente, où le jeune homme lava le sang de son visage et revêtit la tunique propre.

Entre-temps, un murmure s'était propagé parmi ceux qui se trouvaient là que ce n'était nul autre que le grand David of Doncaster, le meilleur lutteur de tout le pays, qui, au printemps dernier seulement, avait terrassé le robuste Adam o' Lincoln sur le ring à Selby, dans le Yorkshire, et détenait désormais la ceinture de champion de la région. Ainsi advint-il que lorsque le jeune David sortit de la tente en compagnie de Sir Richard, le sang lavé de son visage et sa tunique souillée remplacée par une propre, nul cri de colère ne se fit entendre ; au contraire, tous se pressèrent pour voir le jeune homme, fiers qu'un des grands lutteurs d'Angleterre fût entré dans l'arène à la foire de Denby. Car telle est la versatilité d'une foule.

Alors Sir Richard cria : « Amis, voici David of Doncaster ; ne voyez donc point là une honte que votre homme de Denby ait été terrassé par un tel lutteur. Il ne vous garde aucune rancune pour ce qui s'est passé, mais que cela vous serve d'avertissement quant à la manière dont vous traiterez les étrangers à l'avenir. Si vous l'aviez tué, cela eût été un mauvais jour pour vous, car Robin Hood aurait saccagé votre ville comme l'épervier saccage le colombier. J'ai acheté la barrique de vin à son compte, et je vous l'offre maintenant pour que vous la buviez à votre guise. Mais ne tombez plus jamais sur un homme sous prétexte que c'est un robuste franc-tenancier. »

À ces mots, ils poussèrent tous de grands cris ; mais en vérité, ils pensaient davantage au vin qu'aux paroles du chevalier. Puis Sir Richard, avec David à ses côtés et ses hommes d'armes autour de lui, fit volte-face et quitta la foire.

Mais plus tard, lorsque les hommes qui virent ce combat de lutte furent courbés par l'âge, ils secouaient la tête en entendant parler de quelque jeu vigoureux et disaient : « Oui, oui ; mais il aurait fallu voir le grand David of Doncaster terrasser le robuste William of the Scar à la foire de Denby. »

Robin Hood se tenait dans la joyeuse forêt verte avec Little John et la plupart de ses robustes francs-tenanciers, attendant l'arrivée de Sir Richard. Enfin, une lueur d'acier apparut à travers les feuilles brunes de la forêt, et Sir Richard sortit du couvert pour chevaucher dans la clairière à la tête de ses hommes. Il vint droit vers Robin Hood et, sautant à bas de son cheval, serra le franc-tenancier dans ses bras.

« Eh bien, qu'est-ce à dire, » dit Robin après un moment, en tenant Sir Richard à distance et en le regardant de pied en cap, « il me semble que tu es un oiseau plus paré que lorsque je t'ai vu pour la dernière fois. »

« Oui, grâce à toi, Robin, » dit le chevalier, posant la main sur l'épaule du franc-tenancier. « Sans toi, j'aurais erré dans la misère en terre étrangère à l'heure qu'il est. Mais j'ai tenu parole, Robin, et j'ai rapporté l'argent que tu m'avais prêté, que j'ai quadruplé, devenant ainsi riche à nouveau. Avec cet argent, j'ai apporté un petit cadeau pour toi et tes braves hommes de la part de ma chère dame et de moi-même. » Puis, se tournant vers ses hommes, il cria : « Amenez les chevaux de bât. »

Mais Robin l'arrêta. « Non, Sir Richard, » dit-il, « ne vois point là de l'audace à contrarier tes ordres, mais nous autres de Sherwood ne faisons point affaire avant d'avoir mangé et bu. » Sur quoi, prenant Sir Richard par la main, il le conduisit au siège sous l'arbre de la forêt verte, tandis que d'autres chefs de la bande venaient s'asseoir autour. Puis Robin demanda : « Comment se fait-il que j'aie vu le jeune David of Doncaster avec toi et tes hommes, messire chevalier ? »

Alors, le chevalier raconta aussitôt son séjour à Denby et ce qui était arrivé à la foire, et comment il avait failli aller mal pour le jeune David ; ainsi narra-t-il son histoire, et il ajouta : « C'est cela, bon Robin, qui m'a retenu si tard en chemin, sans quoi j'aurais été ici il y a une heure. »

Puis, lorsqu'il eut fini de parler, Robin tendit la main et saisit celle du chevalier. Il dit d'une voix tremblante : « Je te dois une dette que je n'espère jamais pouvoir rembourser, Sir Richard, car laisse-moi te dire que je préférerais perdre ma main droite plutôt que de voir un tel malheur arriver au jeune David of Doncaster tel qu'il semblait devoir s'abattre sur lui à Denby. »

Ils discutèrent ainsi jusqu'à ce que, après un moment, quelqu'un s'avança pour dire que le festin était servi ; sur quoi tous se levèrent et s'y rendirent. Quand enfin ce fut terminé, le chevalier demanda à ses hommes d'avancer les chevaux de bât, ce qu'ils firent selon ses ordres. Alors un des hommes apporta au chevalier un coffret, qu'il ouvrit pour en sortir une bourse, et il compta cinq cents livres, la somme qu'il avait reçue de Robin.

« Sir Richard, » dit Robin, « tu nous feras plaisir à tous si tu conserves cet argent comme un don de nous autres de Sherwood. N'est-ce pas, mes gars ? »

Alors tous crièrent « Oui » d'une voix puissante.

« Je vous remercie tous profondément, » dit le chevalier avec ferveur, « mais ne voyez point de mal en moi si je ne puis l'accepter. Je l'ai emprunté à vous avec joie, mais il ne se peut pas que je le prenne comme un don. »

Alors Robin Hood ne dit plus rien, mais donna l'argent à Little John pour qu'il le rangeât dans le trésor, car il avait assez de sagesse pour savoir que rien ne suscite autant la rancœur et l'amertume que des cadeaux imposés à quelqu'un qui ne peut faire autrement que de les accepter.

Puis Sir Richard fit déposer les ballots au sol et les fit ouvrir, sur quoi un grand cri s'éleva qui fit résonner la forêt, car voici, il y avait deux cents arcs du plus fin if d'Espagne, tous polis jusqu'à briller, et chaque arc incrusté de figures fantaisistes en argent, mais sans que cela n'altère leur robustesse. À côté se trouvaient deux cents carquois de cuir brodés de fil d'or, et dans chaque carquois il y avait vingt flèches à la pointe polie brillant comme l'argent ; chaque flèche était empennée de plumes de paon et encochée d'argent.

Sir Richard donna à chaque franc-tenancier un arc et un carquois de flèches, mais à Robin il donna un arc robuste incrusté avec le plus grand savoir-faire en or, tandis que chaque flèche dans son carquois était encochée d'or.

Alors tous crièrent à nouveau pour la joie de ce beau cadeau, et tous jurèrent entre eux qu'ils mourraient, s'il le fallait, pour Sir Richard et sa dame.

Enfin vint le moment où Sir Richard dut partir, sur quoi Robin Hood appela sa bande autour de lui, et chaque homme prit une torche à la main pour éclairer le chemin à travers les bois. Ils parvinrent ainsi à la lisière de Sherwood, et là, le chevalier embrassa Robin sur les joues, le quitta et s'en alla.

Ainsi Robin Hood aida un noble chevalier à sortir de ses terribles malheurs, qui, sans cela, auraient étouffé le bonheur de sa vie.

Little John devient frère franciscain

Le FROID HIVER était passé et le printemps était arrivé. Aucune épaisseur de feuilles n'avait encore revêtu les bois, mais les feuilles bourgeonnantes pendaient comme une tendre brume autour des arbres. Dans la campagne ouverte, les prairies étaient d'un vert luisant, les champs de blé d'une couleur sombre et veloutée, car ils étaient épais et doux avec les pousses qui grandissaient. Le laboureur criait sous le soleil, et dans les sillons pourpres fraîchement retournés, des volées d'oiseaux cherchaient de gras vers. Toute la terre large et humide souriait sous la lumière chaude, et chaque petite colline verte battait des mains de joie.

Sur une peau de cerf, étendue sur le sol devant l'arbre de la forêt verte, Robin Hood était assis, se prélassant au soleil comme un vieux renard. Penché en arrière, les mains jointes autour des genoux, il regardait paresseusement Little John rouler une corde d'arc robuste à partir de longs fils de chanvre, mouillant ses paumes de temps à autre et roulant la corde sur sa cuisse. Près de là, Allan a Dale ajustait une nouvelle corde à sa harpe.

Robin dit enfin : « Il me semble que je préférerais parcourir cette forêt au doux printemps plutôt que d'être roi de toute la joyeuse Angleterre. Quel palais, dans le vaste monde, est aussi beau que ce doux bois en ce moment, et quel roi dans tout le monde a un tel appétit pour les œufs de pluvier et les lamproies que moi pour le gibier juteux et l'ale pétillante ? Gaffer Swanthold dit vrai quand il affirme : "Mieux vaut une croûte avec contentement qu'un miel avec un cœur aigri." »

« Oui, » dit Little John en frottant sa nouvelle corde d'arc avec de la cire d'abeille jaune, « la vie que nous menons est celle qu'il me faut. Tu parles du printemps, mais il me semble que même l'hiver a ses joies. Toi et moi, bon maître, avons eu plus d'un jour joyeux, cet hiver dernier, au Blue Boar. Ne te souviens-tu pas de cette nuit que toi, Will Stutely, frère Tuck et moi avons passée dans cette même hôtellerie avec les deux mendiants et le frère itinérant ? »

« Oui, » dit le joyeux Robin en riant, « c'est cette nuit-là que Will Stutely a dû arracher un baiser à la robuste aubergiste, et a reçu un pot d'ale vidé sur la tête pour ses peines. »

« En vérité, c'était la même, » dit Little John en riant aussi. « Il me semble que c'était une bien belle chanson que chantait le frère itinérant. Frère Tuck, tu as l'oreille fine pour un air, ne t'en souviens-tu pas ? »

« J'en avais attrapé le refrain une fois, » dit Tuck. « Voyons, » et il posa son index sur son front en réfléchissant, fredonnant pour lui-même, et s'arrêtant de temps à autre pour ajuster ce qu'il avait trouvé à ce qu'il cherchait dans son esprit. Enfin, il le trouva tout entier et, s'éclaircissant la gorge, il chanta joyeusement :

« _Dans la haie en fleurs, le rouge-gorge chante, Car le soleil est joyeux et brillant, Et il sautille avec joie et bat des ailes, Car son cœur est tout empli de délice. Car le mois de mai fleurit magnifiquement, Et il y a peu de soucis, Et beaucoup à manger en cette rare saison. Quand les fleurs meurent toutes, Alors il s'envolera, Pour se garder au chaud Dans quelque vieille grange joyeuse Où la neige et le vent ne le glacent ni ne lui font de mal.

Et telle est la vie du frère itinérant, Avec de quoi manger et boire à profusion ; Car la bonne femme lui gardera une place près du feu, Et les jolies filles sourient à son clin d'œil. Alors il entonne avec entrain Tandis qu'il poursuit sa route, Une chanson joyeuse pour le salut des âmes. Quand le vent souffle, Avec l'arrivée de la neige, Il y a une place près du feu Pour le frère paternel, Et une pomme dans le bol pour le désir de son cœur._ »

Ainsi frère Tuck chanta d'une voix riche et mélodieuse, balançant sa tête de gauche à droite au rythme de la musique, et quand il eut fini, tous applaudirent et éclatèrent de rire, car la chanson lui allait à merveille.

« En vérité, » dit Little John, « c'est une belle chanson, et, si je n'étais pas un franc-tenancier de la forêt de Sherwood, j'aurais préféré être un frère itinérant plutôt que toute autre chose au monde. »

« Oui, c'est une belle chanson, » dit Robin Hood, « mais il m'a semblé que ces deux robustes mendiants racontaient des histoires plus joyeuses et menaient une vie plus gaie. Ne te souviens-tu pas de ce que ce grand gaillard à la barbe noire a raconté sur sa mendicité à la foire de York ? »

« Oui, » dit Little John, « mais qu'a raconté le frère de la fête de la moisson dans le Kentshire ? Je soutiens qu'il menait une vie plus gaie que les deux autres. »

« Vraiment, pour l'honneur de la robe, » dit frère Tuck, « je suis d'accord avec mon bon compère, Little John. »

« Maintenant, » dit Robin, « je m'en tiens à mon propre avis. Mais que dis-tu, Little John, d'une joyeuse aventure en ce beau jour ? Prends une robe de frère dans notre coffre de vêtements étranges, et revêts-la, et j'arrêterai le premier mendiant que je rencontrerai pour échanger mes vêtements avec les siens. Puis errons dans le pays, en ce doux jour, et voyons ce qui arrive à chacun de nous. »

« Cela me convient, » dit Little John, « alors allons-y, dis-je. »

Là-dessus, Little John et frère Tuck allèrent au magasin de la bande, et choisirent pour le franc-tenancier la robe d'un frère gris. Puis ils en ressortirent, et un immense éclat de rire s'éleva, car non seulement la bande n'avait jamais vu Little John sous un tel accoutrement auparavant, mais la robe était trop courte pour lui d'une bonne largeur de main. Mais les mains de Little John étaient croisées dans ses manches larges, les yeux de Little John étaient baissés vers le sol, et à sa ceinture pendait un long chapelet de perles.

Et maintenant, Little John prit son robuste bâton, au bout duquel pendait une petite flasque de cuir dodue, telle que les pèlerins en portent au bout de leurs bâtons ; mais il y avait dedans, je le sais, quelque chose qui ressemblait plus à du bon Malvoisie qu'à l'eau froide de source que portent les pieux pèlerins. Puis Robin se leva et prit aussi son robuste bâton à la main, et glissa dix anges d'or dans sa bourse ; car aucun vêtement de mendiant ne se trouvait parmi les réserves de la bande, il dut donc courir le risque de rencontrer un mendiant et de lui acheter ses vêtements.

Ainsi, tout étant prêt, les deux francs-tenanciers se mirent en route, marchant d'un pas vigoureux dans la matinée brumeuse. Ils descendirent ainsi le sentier forestier jusqu'à la grande route, puis suivirent la route jusqu'à ce qu'elle se sépare en deux, menant d'un côté à Blyth et de l'autre à Gainsborough. Ici, les francs-tenanciers s'arrêtèrent.

Le joyeux Robin dit : « Prends la route de Gainsborough, et je prendrai celle de Blyth. Alors, adieu, saint père, et puisses-tu ne pas avoir à compter tes perles en toute hâte avant que nous nous revoyions. »

« Bonsoir, bon mendiant à venir, » dit Little John, « et puisses-tu ne pas avoir à mendier merci avant que je te voie la prochaine fois. »

Ainsi chacun s'engagea vigoureusement sur sa voie jusqu'à ce qu'une colline verte s'élève entre eux, et que l'un soit caché à la vue de l'autre.

Little John marchait en sifflant, car il n'y avait personne sur toute la route. Dans les haies bourgeonnantes, les petits oiseaux gazouillaient joyeusement, et de chaque côté les collines vertes s'élevaient vers le ciel, les grands nuages blancs du printemps naviguant lentement au-dessus de leurs sommets dans un vol paresseux. De colline en colline, Little John marchait, le vent frais soufflant sur son visage et ses robes flottant derrière lui, et il arriva enfin à un carrefour qui menait à Tuxford. Ici, il rencontra trois jolies filles, portant chacune un panier d'œufs au marché. Il dit : « Où allez-vous, belles jouvencelles ? » Et il se tint sur leur chemin, tenant son bâton devant elles, pour les arrêter.

Alors elles se serrèrent les unes contre les autres et se donnèrent des coups de coude, et l'une prit bientôt la parole et dit : « Nous allons au marché de Tuxford, saint frère, pour vendre nos œufs. »

« Oh, fie ! » dit Little John, en les regardant la tête penchée sur le côté. « C'est sûrement dommage que de si jolies filles soient forcées de porter des œufs au marché. Laissez-moi vous dire que, si j'avais eu à façonner les choses en ce monde, vous auriez toutes trois été vêtues des plus fines soies, et auriez monté des chevaux blanc de lait, avec des pages à vos côtés, et ne vous seriez nourries que de crème fouettée et de fraises ; car une telle vie conviendrait sûrement à votre apparence. »

À ce discours, toutes trois regardèrent en bas, rougissant et minaudant. L'une dit : « Là ! » une autre, « Par ma foi, il se moque de nous ! » et la troisième, « Écoutez donc le saint homme ! » Mais en même temps, elles regardaient Little John du coin de l'œil.

« Maintenant, regardez, » dit Little John, « je ne peux voir de si délicates demoiselles porter des paniers le long d'une grande route. Laissez-moi les prendre moi-même, et l'une de vous, si vous voulez, pourra porter mon bâton pour moi. »

« Non, » dit l'une des filles, « mais tu ne peux pas porter trois paniers en même temps. »

« Si, mais je peux, » dit Little John, « et je vous le montrerai dans un instant. Je remercie le bon saint Wilfrid de m'avoir donné un peu d'esprit. Regardez donc. Ici, je prends ce grand panier, ainsi ; ici, j'attache mon chapelet autour de la poignée, de cette façon ; et ici, je passe le chapelet autour de mon cou et je porte le panier sur mon dos, comme ceci. » Et Little John fit selon ses paroles, le panier pendant derrière lui comme le sac d'un colporteur ; puis, donnant son bâton à l'une des filles, et prenant un panier sur chaque bras, il tourna son visage vers la ville de Tuxford et s'avança joyeusement, une fille riante de chaque côté, et une marchant devant, portant le bâton. C'est ainsi qu'ils voyagèrent, et tous ceux qu'ils rencontraient s'arrêtaient et les regardaient passer, en riant, car personne n'avait jamais vu un spectacle aussi joyeux que ce grand frère gris, aux robes trop courtes pour lui, chargé d'œufs, et arpentant la route avec trois jolies filles. À cela, Little John ne se souciait pas le moins du monde, mais quand de telles gens lui lançaient des mots plaisants, il répondait tout aussi joyeusement, parole pour parole.

Ils marchèrent ainsi vers Tuxford, bavardant et riant, jusqu'à ce qu'ils arrivent près de la ville. Ici, Little John s'arrêta et posa les paniers, car il ne tenait pas à entrer dans la ville de peur de rencontrer, par hasard, quelques-uns des hommes du shérif. « Hélas ! douces petites, » dit-il, « ici je dois vous quitter. Je n'avais pas pensé venir par ici, mais je suis heureux de l'avoir fait. Maintenant, avant de nous séparer, nous devons boire à la douce amitié. » Cela dit, il détacha la flasque de cuir du bout de son bâton, et, en retirant le bouchon, il la tendit à la fille qui avait porté son bâton, après avoir d'abord essuyé l'ouverture de la flasque sur sa manche. Alors chaque fille prit une bonne gorgée de ce qui était à l'intérieur, et quand cela fut passé de main en main, Little John finit ce qui restait, de sorte qu'aucune goutte ne put en être tirée. Puis, embrassant chaque fille tendrement, il leur souhaita à toutes le bonsoir et les quitta. Mais les filles restèrent à le regarder s'éloigner en sifflant. « Quel dommage, » dit l'une, « qu'un si robuste et vigoureux garçon soit dans les ordres. »

« Par ma foi, » se dit Little John à lui-même, alors qu'il avançait à grands pas, « ce n'était pas une si mauvaise aventure ; que saint Dunstan m'en envoie d'autres pareilles. »

Après avoir marché un moment, il commença à avoir soif à nouveau sous la chaleur du jour. Il secoua sa flasque de cuir près de son oreille, mais aucun son n'en sortit. Puis il la porta à ses lèvres et la pencha bien haut, mais il n'y avait pas une goutte dedans. « Little John ! Little John ! » se dit-il tristement, tout en secouant la tête, « la femme sera encore ta ruine, si tu ne prends pas mieux soin de toi. »

Mais enfin, il atteignit la crête d'une certaine colline et vit en contrebas, dans la vallée, une charmante petite auberge au toit de chaume vers laquelle la route descendait en forte pente. À cette vue, une voix en lui s'écria : « Réjouis-toi, mon brave ami, car voici le délice de ton cœur, à savoir un doux repos et une pinte de bière brune. » Il pressa donc le pas dans la descente et parvint à la petite auberge, au-dessus de laquelle était suspendue une enseigne peinte à l'effigie d'une tête de cerf. Devant la porte, une poule caquetante grattait la poussière, suivie par sa couvée, tandis que les moineaux jacassaient de leurs affaires domestiques sous les avant-toits ; tout était si doux et paisible que le cœur de Little John en riait d'aise. Près de la porte se tenaient deux chevaux robustes aux selles larges et rembourrées, bien adaptés aux voyages confortables et témoignant de la présence de riches clients dans le salon. Devant l'entrée, trois joyeux drilles — un chaudronnier, un colporteur et un mendiant — étaient assis sur un banc au soleil, s'enivrant de bière forte.

« Je vous donne le bonsoir, doux amis », dit Little John en s'approchant à grands pas de l'endroit où ils étaient assis.

« Le bonsoir à toi, saint père », répondit le joyeux mendiant avec un sourire en coin. « Mais regarde, ta robe est bien courte. Tu ferais mieux de couper un morceau en haut pour le recoudre en bas, afin qu'elle soit assez longue. Mais viens, assieds-toi près de nous et goûte à cette bière, si tes vœux ne te l'interdisent point. »

« Non », répondit Little John en souriant lui aussi, « le bienheureux saint Dunstan m'a accordé une dispense totale pour toute indulgence en ce domaine. » Et il plongea la main dans sa bourse pour payer son écot.

« Vraiment », dit le chaudronnier, « si ton apparence ne te trahit pas, saint frère, le bon saint Dunstan a été sage, car sans une telle dispense, son dévot risque fort d'avoir bien des pénitences à accomplir. Non, retire ta main de ta bourse, mon frère, car tu ne paieras pas cette tournée. Holà, aubergiste, une pinte de bière ! »

La bière fut apportée et remise à Little John. Après avoir un peu soufflé sur la mousse pour laisser passer ses lèvres, il inclina le fond du pot de plus en plus haut, jusqu'à ce qu'il pointe vers le ciel, l'obligeant à fermer les yeux pour éviter l'éclat du soleil. Puis il retira le pot, car il était vide, et poussa un soupir profond, regardant les autres avec des yeux humides tout en secouant la tête solennellement.

« Holà, aubergiste ! » cria le colporteur, « apporte à ce brave compagnon une autre pinte de bière, car c'est tout à notre honneur d'avoir parmi nous quelqu'un qui peut vider un hanap avec tant de vigueur. »

Ils bavardèrent donc joyeusement entre eux, jusqu'à ce qu'au bout d'un moment, Little John demande : « Qui monte ces deux chevaux là-bas ? »

« Deux saints hommes comme toi, mon frère », dit le mendiant. « Ils font un bon festin à l'intérieur, car j'ai senti l'odeur d'une poularde bouillie il y a un instant. L'aubergiste dit qu'ils viennent de l'abbaye de Fountain, dans le Yorkshire, et qu'ils se rendent à Lincoln pour affaires. »

« C'est une joyeuse paire », dit le chaudronnier, « car l'un est aussi maigre que le fuseau d'une vieille femme, et l'autre aussi gras qu'un pudding de suif. »

« En parlant de gras », dit le colporteur, « toi-même tu n'as pas l'air trop mal nourri, saint frère. »

« Non, vraiment », dit Little John, « tu vois en moi ce que le saint Dunstan peut faire pour ceux qui le servent avec une poignée de pois secs et un filet d'eau froide. »

À ces mots, un grand éclat de rire retentit. « Vraiment, c'est une chose merveilleuse », dit le mendiant. « J'aurais parié, en voyant la manière magistrale dont tu as englouti cette pinte de bière, que tu n'avais pas goûté à de l'eau claire depuis une paire de mois. Ce même saint Dunstan ne t'a-t-il pas appris une chanson ou deux ? »

« Eh bien, pour ce qui est de cela », répondit Little John en souriant, « peut-être m'a-t-il aidé à apprendre une ritournelle ou deux. »

« Alors, je t'en prie, fais-nous entendre ce qu'il t'a appris », dit le chaudronnier.

À ces mots, Little John s'éclaircit la gorge et, après avoir mentionné un certain enrouement qui le gênait, chanta ainsi :

« *Ah, jolie, jolie pucelle, où donc t'en vas-tu ? Je t'en prie, je t'en prie, attends aussi ton amant, Et nous cueillerons la rose Tandis qu'elle fleurit doucement, Car les joyeux, joyeux vents sou-ou-ou-fflent.* »

Il sembla que les chansons de Little John ne devaient jamais être terminées, car il n'était pas allé plus loin que cela quand la porte de l'auberge s'ouvrit et que les deux frères de l'abbaye de Fountain sortirent, suivis par l'aubergiste qui, comme on dit, se lavait les mains avec un savon d'humilité. Mais quand les frères de l'abbaye virent qui chantait et comment il était vêtu des robes d'un moine gris, ils s'arrêtèrent net, le petit frère gras fronçant ses sourcils épais dans une terrible grimace, et le frère maigre tordant son visage comme s'il avait de la bière aigre en bouche. Puis, alors que Little John reprenait son souffle pour un nouveau couplet, « Comment, là », tonna le frère gras, sa voix sortant comme un coup de tonnerre d'un petit nuage, « espèce de vaurien, est-ce là un endroit convenable pour quelqu'un dans ton habit pour boire et chanter des chansons profanes ? »

« Non », répondit Little John, « puisque je ne peux boire et chanter, comme la révérence de Votre Grâce, dans un lieu aussi saint que l'abbaye de Fountain, je dois bien boire et chanter là où je peux. »

« Fi donc ! » cria le grand frère maigre d'une voix dure, « fi donc, que tu puisses ainsi déshonorer ton habit par ces discours et ce comportement. »

« Holà ! » dit Little John. « Déshonorer, dis-tu ? Il me semble qu'il est plus déshonorant pour l'un de notre habit de soutirer des liards durement gagnés de la poigne de pauvres paysans faméliques. N'est-il pas vrai, frère ? »

À ces mots, le chaudronnier, le colporteur et le mendiant se donnèrent des coups de coude, tous sourirent, et les moines lancèrent des regards noirs à Little John ; mais ne trouvant rien d'autre à dire, ils se tournèrent vers leurs chevaux. Alors, Little John se leva soudain du banc où il était assis et courut là où les frères de l'abbaye de Fountain montaient en selle. Il dit : « Laissez-moi tenir les brides de vos chevaux. Vraiment, vos paroles ont frappé mon cœur pécheur, si bien que je ne resterai pas plus longtemps dans ce repaire du mal, mais je poursuivrai la route avec vous. Aucune vile tentation, je le sais, ne me tombera dessus en si sainte compagnie. »

« Non, l'ami », dit le frère maigre avec rudesse, car il voyait que Little John se moquait d'eux, « nous ne voulons pas de ta compagnie, alors va-t'en. »

« Hélas », dit Little John, « je suis vraiment désolé que je ne vous plaise pas, ni ma compagnie, mais quant à vous quitter, il ne saurait en être question, car mon cœur est si ému que, bon gré mal gré, je dois vous accompagner pour l'amour de votre sainte compagnie. »

À ces mots, tous les bons compagnons sur le banc sourirent jusqu'à ce que leurs dents brillent, et même l'aubergiste ne put s'empêcher de sourire. Quant aux moines, ils se regardèrent avec un air perplexe, ne sachant que faire. Ils étaient si fiers que l'idée de parcourir la grand-route avec un moine errant, vêtu de robes bien trop courtes pour lui, courant à leurs côtés, leur donnait la nausée de honte, mais ils ne pouvaient forcer Little John à rester contre son gré, car ils savaient qu'il pourrait briser les os de chacun d'eux en un clin d'œil s'il le voulait. Alors le frère gras prit la parole, plus doucement qu'auparavant. « Non, bon frère », dit-il, « nous allons monter rapidement, et tu seras épuisé par cette allure. »

« Vraiment, je te suis reconnaissant de penser à moi », dit Little John, « mais n'aie crainte, frère ; mes membres sont vigoureux, et je pourrais courir comme un lièvre d'ici à Gainsborough. »

À ces mots, un éclat de rire monta du banc, ce qui fit bouillir la colère du frère maigre, comme de l'eau jetée sur le feu, avec grand fracas. « Fi donc, espèce de vaurien ! » cria-t-il. « N'as-tu pas honte de déshonorer ainsi notre habit ? Reste ici, ivrogne, avec ces pourceaux. Tu n'es pas une compagnie digne de nous. »

« Oh, écoutez ça ! » dit Little John. « Tu entends, aubergiste ; tu n'es pas une compagnie digne de ces saints hommes ; retourne à ton auberge. Non, si ces très saints frères ne me donnent pas le mot, je te frapperai la tête avec ce bâton robuste jusqu'à ce qu'elle soit aussi molle que des œufs fouettés. »

À ces mots, un grand éclat de rire retentit de la part de ceux sur le banc, et le visage de l'aubergiste devint rouge comme une cerise à force d'étouffer son rire ; mais il réprima sa gaieté, car il ne voulait pas s'attirer la mauvaise volonté des frères de l'abbaye de Fountain par une hilarité déplacée. Ainsi, les deux frères, ne pouvant faire autrement, montèrent sur leurs chevaux, tournèrent vers Lincoln et s'en allèrent.

« Je ne peux rester plus longtemps, doux amis », dit Little John en se faufilant entre les deux chevaux, « je vous souhaite donc le bonsoir. En route, nous trois ! » Ce disant, il fit balancer son bâton robuste sur son épaule et s'en alla d'un pas égal à celui des deux chevaux.

Les deux frères lancèrent des regards noirs à Little John lorsqu'il se glissa ainsi entre eux, puis ils s'écartèrent le plus possible, si bien que le franc-tenancier marchait au milieu de la route, tandis qu'ils trottaient sur le bas-côté de chaque côté du chemin. Alors qu'ils s'éloignaient, le chaudronnier, le colporteur et le mendiant sortirent en sautillant au milieu de la chaussée, chacun un pot à la main, et les regardèrent s'éloigner en riant.

Tant qu'ils furent en vue de ceux de l'auberge, les frères firent marcher leurs chevaux sobrement, ne voulant pas aggraver les choses en ayant l'air de fuir Little John, car ils ne pouvaient s'empêcher de penser à ce que diraient les gens en apprenant que les frères de l'abbaye de Fountain avaient fui devant un moine errant, tel le Malin, quand le bienheureux saint Dunstan libéra son nez des tenailles rougies au feu où il l'avait maintenu ; mais lorsqu'ils eurent franchi la crête de la colline et que l'auberge fut hors de vue, le frère gras dit au frère maigre : « Frère Ambrose, ne devrions-nous pas accélérer le pas ? »

« Pourquoi, vraiment, compère », prit la parole Little John, « il me semble qu'il serait bon de faire bouillir notre marmite un peu plus vite, car le jour avance. Si cela ne secoue pas trop ta graisse, en avant, dis-je. »

À cela, les deux moines ne dirent rien, mais ils fixèrent à nouveau Little John avec des regards malveillants ; puis, sans un mot de plus, ils firent claquer leurs langues contre leurs chevaux, qui se mirent tous deux au galop. Ils galopèrent ainsi pendant un mille et plus, et Little John courait entre eux aussi légèrement qu'un cerf, sans même être essoufflé par la course. Finalement, le frère gras tira sur la bride de son cheval avec un gémissement, car il ne pouvait plus supporter les secousses. « Hélas », dit Little John, sans la moindre hésitation dans le souffle, « je craignais fort que la rudesse de cette allure ne secoue ta pauvre vieille panse grasse. »

À cela, le frère gras ne dit pas un mot, mais il regarda droit devant lui, en se mordant la lèvre inférieure. Ils poursuivirent leur chemin plus tranquillement, Little John au milieu de la route, sifflant joyeusement, et les deux moines sur le bas-côté, de chaque côté, ne disant mot.

Puis, peu après, ils rencontrèrent trois joyeux ménestrels, tous vêtus de rouge, qui restèrent stupéfaits de voir un moine gris avec des robes si courtes marcher au milieu de la route, et deux frères, la tête basse de honte, montant des chevaux richement caparaçonnés sur les bas-côtés. Lorsqu'ils furent proches des ménestrels, Little John agita son bâton comme un huissier ouvrant le chemin. « Place ! » cria-t-il d'une voix forte. « Place ! place ! Car nous voilà, nous trois ! » Alors, comme les ménestrels écarquillèrent les yeux, et comme ils rirent ! Mais le frère gras tremblait comme s'il avait la fièvre, et le frère maigre baissa la tête sur le cou de son cheval.

Ensuite, ils rencontrèrent deux nobles chevaliers dans une riche parure, faucon au poing, ainsi que deux belles dames vêtues de soie et de velours, tous montant de nobles coursiers. Ceux-ci firent de la place, stupéfaits, alors que Little John et les deux moines avançaient sur la route. Little John s'inclina humblement devant eux. « Je vous salue, seigneurs et dames », dit-il. « Mais voici que nous passons, nous trois. »

Alors tous rirent, et l'une des belles dames s'écria : « Quels trois entends-tu, joyeux ami ? »

Little John regarda par-dessus son épaule, car ils s'étaient maintenant croisés, et il cria : « Le gros Jack, le maigre Jack et l'entremetteur Jack. »

À ces mots, le frère gras poussa un gémissement et sembla sur le point de tomber de sa selle de honte ; l'autre frère ne dit rien, mais il regarda devant lui avec un air sombre et figé.

Juste devant eux, la route fit un virage soudain autour d'une haute haie, et une quarantaine de pas après le virage, une autre route croisait celle sur laquelle ils voyageaient. Lorsqu'ils furent arrivés au carrefour et bien loin de ceux qu'ils avaient laissés, le frère maigre tira soudain sur les rênes. « Écoute, l'ami », dit-il d'une voix tremblante de rage, « nous en avons assez de ta vile compagnie, et nous ne tenons plus à servir de risée. Va ton chemin, et laisse-nous aller au nôtre en paix. »

« Oh, voilà maintenant ! » dit Little John. « Je pensais que nous étions une si joyeuse compagnie, et voilà que tu t'enflammes comme de la graisse dans la poêle. Mais vraiment, j'en ai assez de vous aujourd'hui, bien que je puisse difficilement me passer de votre compagnie. Je sais que vous me regretterez, mais si vous me voulez encore, murmurez-le au bon vent, et il m'en apportera la nouvelle. Mais vous voyez, je suis un pauvre homme et vous êtes riches. Je vous prie de me donner un sou ou deux pour m'acheter du pain et du fromage à la prochaine auberge. »

« Nous n'avons pas d'argent, l'ami », dit le frère maigre avec rudesse. « Viens, frère Thomas, avançons. »

Mais Little John attrapa les chevaux par les rênes, une dans chaque main. « N'avez-vous vraiment pas d'argent sur vous, quel qu'il soit ? » dit-il. « Maintenant, je vous en prie, frères, pour l'amour de la charité, donnez-moi de quoi acheter une croûte de pain, ne serait-ce qu'un sou. »

« Je te dis, l'ami, que nous n'avons pas d'argent », tonna le petit frère gras d'une voix puissante.

« N'avez-vous, en toute sainte vérité, pas d'argent ? » demanda Little John.

« Pas un liard », dit le frère maigre avec aigreur.

« Pas un groat », dit le frère gras avec force.

« Non », dit Little John, « cela ne peut être. Loin de moi l'idée de voir de tels saints hommes que vous partir sans le moindre argent. Descendez tous deux immédiatement de vos chevaux, et nous nous agenouillerons ici, au milieu du carrefour, et nous prierons le bienheureux saint Dunstan de nous envoyer un peu d'argent pour poursuivre notre voyage. »

« Que dis-tu, membre du mal ! » cria le frère maigre, grinçant presque des dents de rage. « M'ordonnes-tu, à moi, le grand cellérier de l'abbaye de Fountain, de descendre de mon cheval et de m'agenouiller dans la route sale pour prier quelque saint saxon de bas étage ? »

« Maintenant », dit Little John, « j'ai bien envie de te fendre la tête pour avoir parlé ainsi du bon saint Dunstan ! Mais descends immédiatement, car ma patience ne durera plus longtemps, et je pourrais oublier que vous êtes tous deux dans les ordres. » Ce disant, il fit tournoyer son bâton robuste jusqu'à ce qu'il siffle.

À ces mots, les deux moines devinrent aussi pâles que de la pâte. Le frère gras glissa de son cheval d'un côté, et le frère maigre glissa de l'autre.

« Maintenant, frères, à genoux et priez », dit Little John ; sur quoi, posant ses mains lourdes sur l'épaule de chacun, il les força à s'agenouiller, s'agenouillant lui-même. Puis Little John commença à supplier saint Dunstan pour de l'argent, ce qu'il fit d'une voix forte. Après avoir ainsi supplié le saint pendant un moment, il ordonna aux moines de tâter leurs bourses pour voir si le saint leur avait envoyé quelque chose ; chacun mit donc lentement la main dans la bourse qui pendait à son côté, mais n'en tira rien.

« Ha ! » dit Little John, « vos prières ont-elles si peu de vertu ? Alors, remettons-nous y. » Aussitôt, il commença à invoquer à nouveau saint Dunstan, à peu près en ces termes : « Ô gracieux saint Dunstan ! Envoie de l'argent immédiatement à ces pauvres gens, de peur que le gros ne dépérisse et ne devienne aussi maigre que le maigre, et que le maigre ne dépérisse jusqu'à ne plus rien être du tout avant d'atteindre la ville de Lincoln ; mais n'envoie-leur que dix shillings chacun, de peur qu'ils ne s'enflent d'orgueil. Tout ce que tu enverras de plus, envoie-le-moi. »

« Maintenant », dit-il en se levant, « voyons ce que chacun possède. » Il plongea la main dans sa bourse et en tira quatre anges d'or. « Qu'avez-vous, frères ? » dit-il.

Puis, une fois encore, chaque moine plongea lentement la main dans sa bourse, et une fois encore, la ressortit vide.

« N'avez-vous rien ? » dit Little John. « Non, je parie qu'il y a quelque chose qui s'est glissé dans les coutures de vos bourses, et que vous l'avez manqué. Laissez-moi voir. »

Il alla d'abord vers le frère maigre et, en glissant sa main dans la bourse, il en tira un sac de cuir et en compta cent dix livres d'or. « Je pensais », dit Little John, « que tu avais manqué, dans quelque coin de ta bourse, l'argent que le bienheureux saint t'avait envoyé. Et maintenant, laisse-moi voir si tu n'en as pas aussi, frère. » Là-dessus, il plongea sa main dans la bourse du frère gras et en tira un sac semblable à l'autre, et en compta soixante-dix livres. « Regardez maintenant », dit-il, « je savais que le bon saint t'avait envoyé une pitance que tu avais manquée, toi aussi. »

Puis, leur donnant une livre à partager, il glissa le reste de l'argent dans sa propre bourse en disant : « Vous m'avez engagé votre parole sacrée que vous n'aviez pas d'argent. Étant des hommes saints, j'ai confiance que vous ne démentiriez pas votre parole ainsi engagée, donc je sais que le bon saint Dunstan a envoyé cela en réponse à mes prières. Mais comme je n'ai prié que pour dix shillings par personne, tout ce qui dépasse cela m'appartient de droit, et c'est donc ce que je prends. Je vous donne le bonsoir, frères, et puissiez-vous faire un agréable voyage désormais. » Ce disant, il se tourna et les laissa là, s'éloignant à grands pas. Les moines se regardèrent avec un air navré, et lentement et tristement, ils remontèrent sur leurs chevaux et s'en allèrent sans dire un mot.

Mais Little John reprit le chemin de la forêt de Sherwood, et il sifflait joyeusement en marchant.

Et maintenant, nous allons voir ce qu'il advint de Robin Hood dans son entreprise de mendiant.

APRÈS QUE JOLLY ROBIN eut quitté Little John au croisement des routes, il poursuivit sa marche d'un pas allègre sous le soleil radieux qui l'enveloppait. De temps à autre, il sautillait, bondissait ou fredonnait quelque bribe de chanson, par pure joie de vivre ; car, grâce à la douceur du printemps, son cœur était aussi vigoureux en lui que celui d'un poulain tout juste mis au pré. Parfois, il marchait longuement, les yeux levés vers les grands nuages blancs et cotonneux qui dérivaient lentement dans le ciel d'un bleu profond ; bientôt, il s'arrêtait pour s'abreuver de la plénitude de vie de toutes choses, car les haies bourgeonnaient tendrement et l'herbe des prés verdissait et s'allongeait ; puis, il demeurait immobile à écouter le joli chant des petits oiseaux dans les fourrés ou le cri clair du coq défiant le ciel de pleuvoir, ce qui le faisait rire, car il fallait peu de chose pour mettre le cœur de Robin en joie. Il cheminait ainsi vaillamment, toujours enclin à s'arrêter pour telle ou telle raison, et toujours prêt à bavarder avec les joyeuses filles qu'il croisait çà et là. La matinée s'écoula ainsi, mais il ne rencontra aucun mendiant avec qui échanger ses vêtements. Il se dit : « Si je ne change pas de chance promptement, je risque d'avoir perdu ma journée, car elle est déjà bien entamée et, bien que j'aie fait une joyeuse promenade à travers la campagne, je ne connais rien à la vie d'un mendiant. »

Puis, après un moment, il commença à avoir faim, si bien que ses pensées délaissèrent le printemps, les fleurs et les oiseaux pour se porter avec une grande tendresse sur des chapons bouillis, du vin de Malvoisie, du pain blanc et autres mets semblables. Il se dit en lui-même : « Si seulement j'avais la cape à souhaits de Willie Wynkin ; je sais fort bien ce que je demanderais, et voici ce que ce serait. » Il désigna alors sur les doigts de sa main gauche, avec l'index de sa droite, les choses qu'il désirait. « Premièrement, je voudrais une douce tourte brune de tendres alouettes ; marquez bien, pas cuite à sec, mais avec une bonne rasade de jus pour l'imbiber. Ensuite, je voudrais une jolie poulette, convenablement bouillie, avec des œufs de pigeons tendres, finement tranchés, garnissant le plat autour. Avec cela, je voudrais une longue et mince miche de pain de froment qui aurait été cuite au foyer ; elle devrait être chaude, sortant du feu, avec une croûte brune et brillante, de la couleur des cheveux de ma propre Maid Marian, et cette même croûte devrait être aussi croustillante et cassante que la mince glace blanche qui recouvre les sillons au petit matin d'hiver. Cela suffira pour les mets solides ; mais avec cela, il me faut trois pots, gras et ronds, l'un plein de Malvoisie, l'un de Canary, et un troisième débordant de mon cher et vigoureux sack. » Ainsi parla Robin à lui-même, sa bouche s'humidifiant aux commissures à la pensée des bonnes choses qu'il avait fait naître dans son esprit.

Ainsi, tout en parlant seul, il parvint à l'endroit où la route poussiéreuse tournait brusquement autour de la haie, toute tendre de la verdeur des feuilles à venir, et là, il vit devant lui un robuste gaillard assis sur un échalier, balançant ses jambes avec oisiveté. Autour de ce joyeux drôle pendaient diverses besaces et sacs de tailles et de sortes variées, une douzaine ou plus, avec de grandes gueules béantes, semblables à une couvée de choucas affamés. Son manteau était serré à la taille et rapiécé de toutes les couleurs qui ornent les rubans d'un mât de mai au printemps. Sur sa tête, il portait un grand bonnet de cuir haut de forme, et sur ses genoux reposait un robuste bâton de prunellier, aussi long et lourd que celui de Robin. C'était le plus joyeux mendiant qui ait jamais foulé les chemins et sentiers du Nottinghamshire, car ses yeux étaient gris comme l'ardoise, pétillaient, scintillaient et dansaient de gaieté, et ses cheveux noirs bouclaient serré sur toute sa tête en petits anneaux crépus.

« Holà, brave homme, » dit Robin lorsqu'il fut près de l'autre, « que fais-tu là en ce jour joyeux, alors que les fleurs pointent et que les bourgeons gonflent ? »

Alors l'autre fit un clin d'œil et entonna aussitôt d'une voix enjouée :

« _Je m'assieds sur l'échalier, Et je chante un moment à l'écart En attendant ma douce amie, ô, Car le soleil brille d'éclat, Et les feuilles dansent avec légèreté, Et le petit oiseau chante qu'elle est proche, ô_.

« Et c'est ainsi pour moi, mon beau gars, si ce n'est que ma douce ne vient pas. »

« Voilà une bien douce chanson, » dit Robin, « et si j'étais d'humeur à t'écouter, je supporterais volontiers d'en entendre davantage ; mais j'ai deux choses sérieuses à te demander ; alors écoute, je t'en prie. »

À ces mots, le joyeux Mendiant pencha la tête sur le côté, tel un drôle de pie. Il dit : « Je suis une mauvaise cruche pour y verser des choses lourdes, mon bon ami, et, si je ne m'abuse, tu n'as que peu de paroles sérieuses à prodiguer en tout temps. »

« Nenni, » dit le joyeux Robin, « ce que je veux dire d'abord est la plus sérieuse de toutes les pensées pour moi, à savoir : "Où trouverai-je quelque chose à manger et à boire ?" »

« Dis-tu cela ? » fit le Mendiant. « Par ma foi, je ne me fais pas de telles pensées sérieuses à ce sujet. Je mange quand je peux l'obtenir, et je mâche ma croûte quand je n'ai pas de miette ; de même, quand il n'y a pas d'ale, je lave la poussière de ma gorge avec un filet d'eau froide. J'étais assis ici, quand tu es arrivé sur moi, me demandant si je devais rompre le jeûne ou non. J'aime laisser ma faim devenir puissamment vive avant de manger, car alors une croûte sèche m'est aussi bonne qu'un pâté de venaison avec du suif et des raisins l'est pour le vigoureux Roi Harry. J'ai une faim aiguë en ce moment, mais je pense que dans peu de temps elle mûrira en un appétit fort moelleux. »

« Or, en vérité, » dit le joyeux Robin en riant, « tu as une langue bien singulière entre les dents. Mais n'as-tu vraiment rien d'autre qu'une croûte sèche sur toi ? Il me semble que tes sacs et besaces sont gras et vigoureux pour une si maigre pitance. »

« Pourquoi, peut-être y a-t-il quelque autre froide victuaille là-dedans, » dit le Mendiant avec ruse.

« Et n'as-tu rien à boire que de l'eau froide ? » dit Robin.

« Jamais une goutte de plus, » dit le Mendiant. « Par-delà ce bouquet d'arbres se trouve une petite auberge aussi douce que jamais tu aies posé les yeux ; mais je ne m'y rends pas, car ils ont une méchante manière avec moi. Une fois, alors que le bon Prieur d'Emmet y dînait, l'aubergiste plaça une chère petite tarte aux crabes étuvés et sucre candi sur le rebord de la fenêtre pour la refroidir, et, la voyant là, craignant qu'elle ne soit perdue, je l'emportai jusqu'à ce que je puisse en trouver le propriétaire. Depuis lors, ils ont très mal agi envers moi ; pourtant la vérité m'oblige à dire qu'ils ont là la meilleure ale qui ait jamais roulé sur ma langue. »

À ces mots, Robin éclata de rire. « Par ma foi, » dit-il, « ils ont mal agi envers toi pour ta bonté. Mais dis-moi vraiment, qu'as-tu dans tes besaces ? »

« Pourquoi, » dit le Mendiant en jetant un œil dans l'ouverture de ses sacs, « je trouve ici un bon morceau de tourte au pigeon, enveloppé dans une feuille de chou pour en garder le jus. Ici, je vois un délicat morceau de lard persillé, et ici un beau morceau de pain blanc. Ici, je trouve quatre gâteaux d'avoine et un jarret de jambon froid. Ha ! En vérité, c'est étrange ; mais ici je vois six œufs qui ont dû venir par accident de quelque basse-cour des environs. Ils sont crus, mais rôtis sur les charbons et tartinés avec un morceau de beurre que je vois... »

« Paix, bon ami ! » cria Robin, levant la main. « Tu fais trembler mon pauvre estomac de joie pour ce que tu me racontes si doucement. Si tu veux me donner à manger, je m'en irai aussitôt à cette petite auberge dont tu parlais à l'instant, et j'en rapporterai une outre d'ale pour ta soif et la mienne. »

« Ami, tu en as assez dit, » dit le Mendiant en descendant de l'échalier. « Je te régalerai avec ce que j'ai de meilleur et je bénirai Saint Cédric pour ta compagnie. Mais, doux compère, je t'en prie, apporte trois pintes d'ale au moins, une pour toi et deux pour moi, car ma soif est telle que je pense pouvoir boire de l'ale comme les sables de la Rivière Dee boivent l'eau salée. »

Robin quitta aussitôt le Mendiant qui, de son côté, alla vers un tilleul en bourgeons derrière la haie, et y étendit son festin sur l'herbe, faisant rôtir ses œufs sur un petit feu de fagots avec une dextérité acquise par un long travail en ce domaine. Après un moment, Robin revint portant une belle outre d'ale sur son épaule, qu'il déposa sur l'herbe. Puis, regardant le festin étalé sur le sol — et c'était un beau spectacle à contempler — il se frotta lentement la main sur l'estomac, car à ses yeux affamés, c'était le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu de sa vie.

« Ami, » dit le Mendiant, « laisse-moi tâter le poids de cette outre. »

« Certes, » dit Robin, « sers-toi, doux compère, et en attendant laisse-moi voir si ta tourte au pigeon est fraîche ou non. »

L'un se saisit donc de l'ale et l'autre de la tourte, et on n'entendit rien pendant un moment que le bruit de la nourriture qu'on mâche et le gargouillis de l'ale quittant l'outre.

Enfin, après un long moment, Robin écarta la nourriture et poussa un grand soupir de profonde satisfaction, car il se sentait comme refait à neuf.

« Et maintenant, bon ami, » dit-il en s'appuyant sur un coude, « j'aimerais t'entretenir de cette autre affaire sérieuse dont je parlais tout à l'heure. »

« Comment ! » dit le Mendiant avec reproche, « tu ne voudrais sûrement pas parler de choses relevant d'affaires sérieuses avec une telle ale ! »

« Nenni, » dit Robin en riant. « Je ne voudrais pas freiner ta soif, doux ami ; bois pendant que je te parle. Il en est ainsi : je veux que tu saches que j'ai pris goût à ton métier et que j'aimerais moi-même avoir un avant-goût de la vie de mendiant. »

Le Mendiant répondit : « Je ne m'étonne pas que tu aies pris goût à mon genre de vie, bon compagnon, mais "aimer" et "faire" sont deux choses de natures différentes. Je te le dis, ami, il faut faire un long apprentissage avant de pouvoir apprendre à être ne serait-ce qu'un mendiant de bas étage, et encore moins un gueux ou un vagabond de profession. Je te le dis, mon garçon, tu es trop vieux pour entamer ce qui pourrait te prendre des années à maîtriser. »

« Peut-être est-ce ainsi, » dit Robin, « car je me rappelle que Gaffer Swanthold dit : Jacques le Cordonnier fait du mauvais pain ; Tom le Boulanger fait de mauvais souliers. Néanmoins, j'ai envie de goûter à la vie de mendiant, et il ne me manque que les vêtements pour être aussi bien loti que n'importe qui. »

« Je te le dis, gaillard, » dit le Mendiant, « même si tu étais vêtu aussi joliment que le bon Saint Wynten, le patron de notre métier, tu ne ferais jamais un mendiant. Par ma foi, le premier joyeux voyageur que tu rencontrerais te battrait comme plâtre pour avoir fourré ton nez dans un métier qui ne t'appartient pas. »

« Néanmoins, » dit Robin, « je veux essayer ; et je crois bien que je vais échanger mes vêtements avec les tiens, car ta défroque semble être jolie, pour ne pas dire gaie. Ainsi non seulement je changerai d'habits, mais je te donnerai deux anges d'or en sus. J'ai apporté mon solide bâton avec moi, pensant que je pourrais avoir à assener un coup sur la tête de quelque frère de ton étoffe par manière d'argument dans cette affaire, mais je t'aime tant pour le festin que tu m'as offert que je ne voudrais pas lever même mon petit doigt contre toi, alors ne crains rien. »

Le Mendiant écouta cela, les articulations des doigts posées sur les hanches, et quand Robin eut fini, il pencha la tête sur le côté et poussa sa langue dans sa joue.

« Par ma foi, en voilà du propre, » dit-il enfin. « Lever ton doigt contre moi, vraiment ! As-tu perdu la tête, l'homme ? Mon nom est Riccon Hazel, et je viens de Holywell, dans le Flintshire, près de la Rivière Dee. Je te le dis, coquin, j'ai fendu la tête de plus d'un homme meilleur que toi, et même maintenant je t'échauderais la cervelle sans l'ale que tu m'as offerte. Maintenant, tu n'auras pas ne serait-ce qu'une guenille de mon manteau, même si cela pouvait te sauver de la corde. »

« Or, gaillard, » dit Robin, « il me siérait mal de t'abîmer ta jolie tête, mais je te dis clairement que, sans ce festin, je te ferais subir quelque chose qui t'empêcherait de voyager dans le pays pour maints jours à venir. Garde tes lèvres closes, mon garçon, ou ta chance sortira de ta bouche avec ton discours ! »

« Hélas pour toi, l'homme, car tu as mal agi en ce jour ! » cria le Mendiant en se levant et en saisissant son bâton. « Prends ton bâton et défends-toi, compagnon, car non seulement je te battrai, mais je te prendrai ton argent et je ne te laisserai pas même un gros rogné pour t'acheter une livre de graisse d'oie pour frotter ton crâne fendu. Défends-toi, je dis. »

Alors le joyeux Robin bondit et saisit lui aussi son bâton. « Prends mon argent, si tu peux, » dit-il. « Je promets librement de te donner chaque farthing si tu me touches. » Et il fit tournoyer son bâton dans ses doigts jusqu'à ce qu'il siffle.

Alors le Mendiant fit tournoyer son bâton lui aussi et porta un coup puissant à Robin, que le franc-tenancier para. Le Mendiant porta trois coups, mais aucun ne toucha ne serait-ce qu'un cheveu de la tête de Robin. Alors le robuste Robin vit sa chance et, avant que l'on puisse compter jusqu'à trois, le bâton de Riccon fut par-delà la haie, et Riccon lui-même gisait sur l'herbe verte, sans plus de mouvement qu'on n'en trouverait dans un sac de pudding vide.

« Comment donc ! » dit le joyeux Robin en riant. « Veux-tu ma peau ou mon argent, doux compère ? » Mais à cela l'autre ne répondit rien. Alors Robin, voyant son état, et qu'il était étourdi par le coup, courut, toujours en riant, et apporta l'outre d'ale et en versa un peu sur la tête du Mendiant et un peu dans sa gorge, si bien qu'il ouvrit bientôt les yeux et regarda autour de lui comme s'il se demandait pourquoi il était étendu sur le dos.

Alors Robin, voyant qu'il avait quelque peu recouvré l'esprit que le coup venait de lui faire perdre, dit : « Maintenant, bon compagnon, veux-tu échanger tes vêtements avec les miens, ou devrai-je te taper encore ? Voici deux anges d'or si tu me donnes librement toutes tes guenilles, tes sacs, ton bonnet et tes affaires. Si tu ne les donnes pas librement, je crains fort que je ne doive... » et il examina son bâton de haut en bas.

Alors Riccon s'assit et frotta la bosse sur son crâne. « Oh, maudite soit-elle ! » dit-il. « Je pensais te rosser gentiment, compagnon. Je ne sais comment il se fait, mais il semble que j'aie, pour ainsi dire, acheté plus de bière que je ne peux en boire. Si je dois abandonner mes vêtements, soit, mais promets-moi d'abord, sur ta parole de franc-tenancier, que tu ne me prendras rien d'autre que mes vêtements. »

« Je promets sur la parole d'un franc-tenancier, » dit Robin, pensant que le compagnon avait quelques sous qu'il voulait garder.

Là-dessus, le Mendiant tira un petit couteau qui pendait à sa ceinture et, déchirant la doublure de son manteau, en tira dix brillantes livres d'or, qu'il posa sur le sol à côté de lui avec un clin d'œil malicieux à Robin. « Maintenant tu peux avoir mes vêtements et tu es le bienvenu, » dit-il, « et tu aurais pu les avoir en échange des tiens sans le coût d'un seul farthing, et encore moins deux anges d'or. »

« Par ma foi, » dit Robin en riant, « tu es un rusé compagnon, et je te dis en vérité que, si j'avais su que tu avais tant d'argent sur toi, peut-être ne l'aurais-tu pas emporté, car je gage que tu ne l'as pas acquis honnêtement. »

Alors chacun retira ses vêtements et revêtit ceux de l'autre, et un mendiant aussi vigoureux que Robin Hood, vous n'en trouveriez point par un jour d'été. Mais le robuste Riccon de Holywell sautait, bondissait et dansait de joie pour le bel habit de vert Lincoln qu'il avait ainsi obtenu. Il dit : « Je suis un oiseau au plumage gai maintenant. En vérité, ma chère Moll Peascod ne me reconnaîtrait jamais dans ce costume. Tu peux garder les restes froids du festin, ami, car j'entends vivre bien et vigoureusement tant que mon argent durera et que mes vêtements seront gais. »

Alors il se tourna et quitta Robin et, franchissant l'échalier, disparut, mais Robin l'entendit chanter par-delà la haie alors qu'il s'éloignait à grands pas :

« _Car Polly sourit et Molly est heureuse Quand le mendiant entre par la porte, Et Jack et Dick l'appellent un beau gaillard vigoureux, Et l'hôtesse gonfle la note.

Alors hé, Willy Waddykin, Reste, Billy Waddykin, Et laisse couler l'ale brune, couler librement, Le mendiant est l'homme pour moi_. »

Robin écouta jusqu'à ce que la chanson s'éteigne au loin, puis il franchit lui aussi l'échalier vers la route, mais tourna les talons dans la direction opposée à celle du Mendiant. La route menait à une colline en pente douce et Robin la monta, une dizaine de sacs ou plus pendant le long de ses jambes. Il avança ainsi pendant longtemps, mais ne trouva point d'autre aventure. La route était nue, hormis lui-même, alors qu'il soulevait de petits nuages de poussière à chaque pas ; car c'était le midi, le moment le plus paisible de la journée, après le crépuscule. Toute la terre était silencieuse dans le repos de l'heure du repas ; les chevaux de labour se tenaient dans le sillon, mâchant, avec de grands sacs sur leurs naseaux contenant une nourriture douce, le laboureur était assis sous la haie et le valet de charrue aussi, et ils mâchaient, eux aussi, tenant chacun un grand morceau de pain dans un poing et un grand morceau de fromage dans l'autre.

Ainsi Robin, avec toute la route vide pour lui seul, avançait à grands pas en sifflotant joyeusement, ses sacs et besaces oscillant et pendant à ses cuisses. Il parvint enfin à l'endroit où un petit sentier herbeux quittait la route et, passant par un échalier et descendant une colline, menait dans un petit vallon, traversait un ruisseau dans la vallée et remontait la colline de l'autre côté, jusqu'à atteindre un moulin à vent qui se dressait sur la crête où le vent faisait plier les arbres dans un mouvement ondulant. Robin regarda l'endroit et l'apprécia, et, sans autre raison que le caprice qui le guidait, il prit le petit sentier et descendit la pente herbeuse et ensoleillée du pré ouvert, et parvint ainsi au petit vallon et, avant même qu'il s'en rendît compte, sur quatre vigoureux gaillards qui étaient assis, jambes étendues, autour d'un bon festin étalé sur le sol.

C'étaient quatre joyeux mendiants, et chacun avait suspendu à son cou une petite planchette qui reposait sur sa poitrine. Une planchette portait l'inscription : « Je suis aveugle », une autre, « Je suis sourd », une autre, « Je suis muet », et la quatrième, « Ayez pitié du boiteux ». Mais bien que tous ces maux inscrits sur les planchettes parussent si pénibles, les quatre robustes gaillards étaient assis à festoyer aussi joyeusement que si la femme de Caïn n'avait jamais ouvert le pot qui contenait les malheurs et ne les avait jamais lâchés comme un nuage de mouches pour nous tourmenter.

Le sourd fut le premier à entendre Robin, car il dit : « Écoutez, frères, j'entends quelqu'un qui vient. » Et l'aveugle fut le premier à le voir, car il dit : « C'est un honnête homme, frères, et de même métier que nous. » Alors le muet l'interpella d'une voix forte et dit : « Bienvenue, frère ; approche et assieds-toi tant qu'il reste un peu de festin et un peu de malvoisie dans le pot. » À ces mots, le boiteux, qui avait ôté sa jambe de bois et délié sa propre jambe, et était assis, celle-ci allongée sur l'herbe pour la reposer, fit une place à Robin parmi eux. « Nous sommes heureux de te voir, frère », dit-il en lui tendant le flacon de malvoisie.

« Ma foi, » dit Robin en riant et en pesant le flacon dans ses mains avant de boire, « il me semble qu'il n'est que bienséant de votre part à tous d'être heureux de me voir, puisque j'apporte la vue à l'aveugle, la parole au muet, l'ouïe au sourd, et une jambe si vigoureuse au boiteux. Je bois à votre bonheur, frères, puisque je ne puis boire à votre santé, vu que vous êtes déjà sains de corps et de membres. »

À cela, tous sourirent, et le mendiant aveugle, qui était le chef parmi eux, et le plus large d'épaules et le plus vigoureux de tous, frappa Robin sur l'épaule en jurant que c'était un joyeux compagnon.

« D'où viens-tu, mon gars ? » demanda le muet.

« Eh bien, » dit Robin, « je viens ce matin d'avoir passé la nuit à dormir dans Sherwood. »

« Est-ce bien vrai ? » dit le sourd. « Je ne voudrais pas, pour tout l'argent que nous quatre transportons à Lincoln Town, dormir une seule nuit dans Sherwood. Si Robin Hood attrapait l'un de notre métier dans ses bois, il lui couperait les oreilles, je pense. »

« Je pense qu'il le ferait, en effet, » dit Robin en riant. « Mais quel est cet argent dont vous parlez ? »

Alors le boiteux prit la parole. « Notre roi, Pierre d'York, » dit-il, « nous a envoyés à Lincoln avec ces sommes qui... »

« Doucement, frère Hodge, » dit l'aveugle, interrompant la conversation, « je ne voudrais pas douter de notre frère ici présent, mais n'oublie pas que nous ne le connaissons pas. Que fais-tu, frère ? Es-tu un Upright-man, un Jurkman, un Clapper-dudgeon, un Dommerer ou un Abraham-man ? »

À ces mots, Robin regarda les hommes les uns après les autres, la bouche bée. « Vraiment, » dit-il, « j'ose espérer que je suis un homme droit, du moins je m'efforce de l'être ; mais je ne sais ce que tu entends par ce jargon, frère. Il serait bien plus seyant, me semble-t-il, que ce muet, qui a une voix douce, nous gratifie d'une chanson. »

À ces mots, un silence se fit, et après un moment, l'aveugle parla de nouveau. Il dit : « Tu plaisantes assurément quand tu prétends ne pas comprendre ces mots. Réponds-moi ceci : As-tu jamais rossé un quidam sur la grand-route pour l'argent de sa bourse ? »

« Eh bien, au diable ! » dit Robin Hood avec irritation, « si vous vous amusez à mes dépens en débitant un tel galimatias, il en ira mal pour vous tous, je vous le dis. J'ai bien envie de vous casser la tête à tous les quatre, et je le ferais, n'eût été la douce malvoisie que vous m'avez offerte. Frère, passe le pot de peur qu'il ne refroidisse. »

Mais les quatre mendiants bondirent sur leurs pieds quand Robin eut fini de parler, et l'aveugle saisit un lourd bâton noueux qui gisait près de lui sur l'herbe, tout comme les autres. Alors Robin, voyant que les choses allaient mal tourner pour lui, bien qu'il ne sût pas ce que signifiait tout ce remue-ménage, bondit aussi sur ses pieds et, attrapant son bâton fidèle, s'adossa à l'arbre et se tint sur ses gardes contre eux. « Comment, maintenant ! » cria-t-il en faisant tournoyer son bâton entre ses doigts, « voudriez-vous, vous quatre gaillards, vous en prendre à un seul homme ? Arrière, vauriens, ou je vous marquerai le crâne jusqu'à ce qu'il porte autant de marques qu'une porte de taverne ! Êtes-vous fous ? Je ne vous ai fait aucun mal. »

« Tu mens ! » dit celui qui prétendait être aveugle et qui, étant le plus vigoureux des scélérats, était le chef des autres, « tu mens ! Car tu es venu parmi nous comme un vil espion. Mais tes oreilles en ont trop entendu pour le bien de ton corps, et tu ne sortiras pas de cet endroit à moins que ce ne soit les pieds devant, car aujourd'hui tu mourras ! Venez, frères, tous ensemble ! À bas avec lui ! » Puis, faisant tournoyer son bâton, il se rua sur Robin comme un taureau en colère sur un chiffon rouge. Mais Robin était paré à toute éventualité. « Cric ! Crac ! » il porta deux coups aussi rapides qu'un clin d'œil, et l'aveugle tomba, roulant par terre sur l'herbe.

À ce spectacle, les autres reculèrent et restèrent à quelque distance à lancer des regards noirs à Robin. « Approchez, racaille ! » cria-t-il joyeusement. « Voici des gâteaux et de la bière pour tous. Maintenant, qui sera le prochain servi ? »

À ce discours, les mendiants ne répondirent rien, mais ils regardèrent Robin comme le grand Blunderbore regardait le vaillant Jack, le tueur de géants, comme s'ils auraient voulu le manger, chair et os ; néanmoins, ils ne se soucièrent pas de s'approcher davantage de lui et de son terrible bâton. Alors, les voyant ainsi hésiter, Robin bondit soudainement sur eux, frappant au moment même où il sautait. Le muet tomba, et son bâton s'envola de sa main tandis qu'il chutait. À cela, les autres se baissèrent pour éviter un autre coup, puis, prenant leurs jambes à leur cou, s'enfuirent, l'un d'un côté et l'autre de l'autre, comme s'ils avaient les bottes du vent d'ouest aux pieds. Robin les suivit du regard en riant, et pensa qu'il n'avait jamais vu un coureur aussi rapide que le boiteux ; mais aucun des mendiants ne s'arrêta ni ne se retourna, car chacun sentait encore sur sa peau le souffle du bâton de Robin.

Puis Robin se tourna vers les deux solides gaillards allongés sur le sol. Il dit : « Ces individus parlaient de certaines sommes qu'ils emportaient à Lincoln ; il me semble que je pourrais les trouver sur ce robuste aveugle, qui a une vue aussi perçante que n'importe quel forestier entraîné du Nottinghamshire ou du Yorkshire. Ce serait dommage de laisser de l'argent sain dans les poches de tels fripons de voleurs. » En disant cela, il se pencha sur le vigoureux scélérat et fouilla parmi ses haillons et ses guenilles, jusqu'à ce que ses doigts sentent une bourse de cuir attachée autour de son corps sous son manteau rapiécé et en lambeaux. Il l'arracha et, la pesant dans ses mains, se dit qu'elle était fort lourde. « Ce serait une belle chose, » se dit-il, « si elle était remplie d'or au lieu de sous de cuivre. » Puis, s'asseyant sur l'herbe, il ouvrit la poche et y regarda. Il y trouva quatre rouleaux ronds enveloppés dans de la peau de mouton apprêtée ; il ouvrit l'un de ces rouleaux ; alors sa bouche s'ouvrit et ses yeux s'écarquillèrent, je vous le garantis, comme s'ils ne devaient jamais se refermer, car que vit-il sinon cinquante livres de brillant argent doré ? Il ouvrit les autres poches et trouva dans chacune la même chose, cinquante livres d'or neuves et frappées. Robin dit : « J'ai souvent entendu dire que la Guilde des Mendiants était trop riche, mais jamais je n'aurais cru qu'ils envoyassent de telles sommes à leur trésor. Je vais l'emporter, car elle sera mieux utilisée pour la charité et le bien de ma joyeuse troupe que pour enrichir de tels vauriens. » En disant cela, il roula à nouveau l'argent dans la peau de mouton, et le remettant dans la bourse, il glissa la sacoche dans son propre corsage. Puis, ramassant le flacon de malvoisie, il le tendit vers les deux gaillards allongés sur l'herbe et dit : « Doux amis, je bois à votre santé et vous remercie infiniment pour ce que vous m'avez si gentiment offert ce jour, et sur ce, je vous souhaite bonsoir. » Puis, prenant son bâton, il quitta les lieux et poursuivit joyeusement son chemin.

Mais quand les deux solides mendiants qui avaient été frappés à la tête reprirent leurs esprits et s'assirent, et quand les autres eurent surmonté leur peur et furent revenus, ils furent aussi tristes et déconfits que quatre grenouilles par temps sec, car deux d'entre eux avaient le crâne fendu, leur malvoisie avait disparu, et ils n'avaient pas le moindre liard pour se faire une croix dans la main.

Mais après que Robin eut quitté le petit vallon, il marcha joyeusement en chantant ; et il était si gai et un si robuste mendiant, et, de surcroît, si frais et propre, que chaque joyeuse fille qu'il rencontrait avait un mot doux pour lui et ne ressentait aucune peur, tandis que les chiens eux-mêmes, qui, le plus souvent, détestent la vue d'un mendiant, reniflaient ses jambes de manière amicale et remuaient la queue avec plaisir ; car les chiens reconnaissent un honnête homme à son odeur, et Robin était un honnête homme — à sa manière.

C'est ainsi qu'il alla jusqu'à ce qu'il atteignît enfin la croix de chemin près d'Ollerton, et, étant quelque peu fatigué, il s'assit pour se reposer sur la rive herbeuse devant celle-ci. « Il commence à se faire tard, » se dit-il, « et il faudrait que je retourne à Sherwood ; pourtant, cela me plairait bien de vivre encore une aventure joyeuse avant de retourner auprès de ma joyeuse troupe. »

Alors il regarda le long de la route pour voir qui pouvait arriver, jusqu'à ce qu'il vît enfin quelqu'un approcher à cheval. Quand le voyageur fut assez près pour qu'il puisse bien le voir, Robin rit, car il avait une figure assez étrange. C'était un homme maigre et ratatiné, et, à le regarder, on ne pouvait dire s'il avait trente ou soixante ans, tant il était desséché, réduit à la peau et aux os. Quant à la haridelle, elle était aussi maigre que le cavalier, et tous deux semblaient avoir été cuits dans le four de Mère Huddle, où les gens sont séchés de telle sorte qu'ils vivent éternellement.

Mais bien que Robin rît de ce spectacle cocasse, il reconnut le passant comme étant un certain riche accapareur de blé de Worksop qui, plus d'une fois, avait acheté tout le grain de la campagne et l'avait retenu jusqu'à ce qu'il atteigne des prix de famine, gagnant ainsi beaucoup d'argent grâce aux besoins des pauvres, et pour cela il était détesté partout par tous ceux qui savaient quelque chose de lui.

Alors, après un moment, l'accapareur de blé arriva à cheval là où Robin était assis ; sur quoi le joyeux Robin s'avança aussitôt, dans tous ses haillons et guenilles, ses sacs et bourses pendant autour de lui, et posa la main sur la bride du cheval, demandant à l'autre de s'arrêter.

« Qui es-tu, compagnon, qui oses m'arrêter ainsi sur la route du Roi ? » dit l'homme maigre, d'une voix sèche et aigre.

« Ayez pitié d'un pauvre mendiant, » dit Robin. « Donnez-moi seulement un liard pour m'acheter un morceau de pain. »

« Au diable ! » grogna l'autre. « De tels vauriens robustes comme toi seraient mieux en sécurité dans les prisons ou à danser dans le vide, avec un collier de chanvre autour du cou, plutôt que de flâner si librement sur les routes. »

« Doucement, » dit Robin, « comme tu parles ! Toi et moi sommes frères, l'homme. Ne prenons-nous pas tous deux aux pauvres gens ce dont ils peuvent difficilement se passer ? Ne gagnons-nous pas notre vie en ne faisant rien de bon ? Ne vivons-nous pas tous deux sans jamais mettre la main à un travail honnête ? L'un ou l'autre d'entre nous a-t-il jamais touché des liards gagnés honnêtement ? Allons ! Nous sommes frères, dis-je ; seulement toi, tu es riche et moi, je suis pauvre ; c'est pourquoi, je t'en prie encore une fois, donne-moi un sou. »

« Tu me fais la leçon, maraud ? » cria l'accapareur de blé dans une rage. « Maintenant, je te ferai fouetter comme il faut si jamais je t'attrape dans une ville où la loi peut mettre la main sur toi ! Quant à te donner un sou, je te jure que je n'ai pas ne serait-ce qu'un seul denier dans ma bourse. Si Robin Hood lui-même devait me prendre, il pourrait me fouiller de la tête aux pieds sans trouver la plus petite pièce d'argent sur moi. J'ose espérer être assez rusé pour ne pas voyager si près de Sherwood avec de l'argent dans ma poche, et ce voleur en liberté dans les bois. »

Alors le joyeux Robin regarda de tous côtés, comme pour voir si personne n'était proche, et puis, s'approchant de l'accapareur de blé, il se mit sur la pointe des pieds et lui parla à l'oreille : « Crois-tu en vérité que je suis un mendiant, comme je semble l'être ? Regarde-moi. Il n'y a pas un grain de saleté sur mes mains, mon visage ou mon corps. As-tu jamais vu un mendiant ainsi ? Je te dis que je suis un homme aussi honnête que toi. Regarde, ami. » Ici, il prit la bourse d'argent de son corsage et montra aux yeux éblouis de l'accapareur de blé les brillantes pièces d'or. « Ami, ces haillons ne servent qu'à cacher un honnête homme riche aux yeux de Robin Hood. »

« Range ton argent, mon gars, » cria l'autre rapidement. « Es-tu fou de faire confiance à des haillons de mendiant pour te protéger de Robin Hood ? S'il t'attrapait, il te dépouillerait jusqu'à la peau, car il déteste un mendiant robuste autant qu'il déteste un prêtre gras ou ceux de mon genre. »

« En est-il vraiment ainsi ? » dit Robin. « Si j'avais su cela, peut-être ne serais-je pas venu ici dans cette tenue. Mais je dois aller de l'avant maintenant, car beaucoup de choses dépendent de mon voyage. Où vas-tu, ami ? »

« Je vais à Grantham, » dit l'accapareur de blé, « mais je logerai ce soir à Newark, si je peux aller jusque-là. »

« Eh bien, moi-même je suis en route pour Newark, » dit le joyeux Robin, « alors, comme deux honnêtes hommes valent mieux qu'un sur des routes infestées par un tel individu que ce Robin Hood, je ferai un bout de chemin avec toi, si ma compagnie ne te déplaît pas. »

« Eh bien, puisque tu es un honnête compagnon et un riche compagnon, » dit l'accapareur de blé, « ta compagnie ne me dérange pas ; mais, en vérité, je n'ai pas grand goût pour les mendiants. »

« Alors en avant, » dit Robin, « car le jour décline et il fera sombre avant que nous n'atteignions Newark. » Alors ils partirent, le cheval maigre trottinant comme avant, et Robin courant à côté, bien qu'il fût si tremblant de rire intérieurement qu'il pouvait à peine tenir debout ; pourtant, il n'osait pas rire aux éclats, de peur que l'accapareur de blé ne soupçonnât quelque chose. Ils voyagèrent ainsi jusqu'à ce qu'ils atteignissent une colline juste aux abords de Sherwood. Ici, l'homme maigre fit ralentir son cheval maigre pour le faire marcher, car la route était raide, et il souhaitait économiser les forces de son cheval, ayant encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre Newark. Puis il se tourna sur sa selle et parla à nouveau à Robin, pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté la croix. « Voici ton plus grand danger, ami, » dit-il, « car ici nous sommes au plus près de ce vil voleur Robin Hood, et de l'endroit où il demeure. Au-delà, nous retrouvons la campagne ouverte et honnête, et nous sommes donc plus en sécurité dans notre voyage. »

« Hélas ! » dit Robin, « je voudrais avoir aussi peu d'argent sur moi que toi, car je crains qu'aujourd'hui Robin Hood n'obtienne chaque denier de ma fortune. »

Alors l'autre regarda Robin et fit un clin d'œil rusé. Il dit : « Je te le dis, ami, que j'ai presque autant sur moi que toi, mais c'est caché de telle sorte qu'aucun vaurien de Sherwood ne pourrait le trouver. »

« Tu plaisantes assurément, » dit Robin. « Comment pourrait-on cacher une somme comme deux cents livres sur sa personne ? »

« Maintenant, puisque tu es un compagnon si honnête, et, avec cela, beaucoup plus jeune que moi, je vais te dire ce que je n'ai dit à personne au monde auparavant, et ainsi tu pourras apprendre à ne plus jamais faire une chose aussi stupide que de te fier à un costume de mendiant pour te protéger contre Robin Hood. Vois-tu ces sabots à mes pieds ? »

« Oui, » dit Robin en riant, « vraiment, ils sont assez grands pour que tout homme puisse les voir, même si sa vue était aussi brumeuse que celle de Peter Patter, qui ne pouvait jamais voir quand il était temps d'aller travailler. »

« Paix, ami, » dit l'accapareur de blé, « car ce n'est pas un sujet de plaisanterie. Les semelles de ces sabots ne sont pas ce qu'elles semblent être, car chacune est une petite boîte ravissante ; et en tournant le deuxième clou à partir de l'orteil, le dessus de la chaussure et une partie de la semelle se soulèvent comme un couvercle, et dans les espaces intérieurs se trouvent quatre-vingt-dix brillantes livres d'or dans chaque chaussure, toutes enveloppées dans des cheveux, pour les empêcher de tinter et de révéler ainsi leur existence. »

Quand l'accapareur de blé eut raconté cela, Robin éclata d'un rire tonitruant et, posant ses mains sur la bride, arrêta le cheval à l'air triste. « Reste, bon ami, » dit-il, entre deux éclats de rire, « tu es le plus rusé vieux renard que j'aie jamais vu de toute ma vie ! — Dans les semelles de ses chaussures, dit-il ! — Si jamais je fais confiance à un homme à l'air pauvre, qu'on me rase la tête et qu'on me la peigne en bleu ! Un marchand de blé, un maquignon, un agent immobilier, et une pie pour la ruse, dis-je ! » Et il rit à nouveau jusqu'à en trembler dans ses chaussures de plaisir.

Tout ce temps, l'accapareur de blé avait dévisagé Robin, la bouche béante d'étonnement. « Es-tu fou, » dit-il, « de parler de cette façon, si fort et dans un tel endroit ? Avançons, et garde ta gaieté jusqu'à ce que nous soyons sains et saufs à Newark. »

« Non, » dit Robin, les larmes de joie humides sur ses joues, « à la réflexion, je ne vais pas plus loin qu'ici, car j'ai de bons amis par ici. Tu peux aller de l'avant si tu le souhaites, mon doux et joli compagnon, mais tu devras aller de l'avant pieds nus, car je crains que tes chaussures ne doivent rester derrière. Ôte-les, ami, car je te dis que j'ai pris un grand goût pour elles. »

À ces mots, le marchand de blé devint pâle comme une serviette de lin. « Qui es-tu pour parler ainsi ? » dit-il.

Alors le joyeux Robin rit à nouveau, et il dit : « Les gens par ici m'appellent Robin Hood ; donc, doux ami, tu ferais mieux d'obéir à mes ordres et de me donner tes chaussures, alors dépêche-toi, je t'en prie, sinon tu n'arriveras pas à la belle ville de Newark avant la tombée de la nuit. »

Au nom de Robin Hood, le marchand de blé trembla de peur, si bien qu'il dut saisir son cheval par la crinière pour éviter de tomber de son dos. Puis aussitôt, et sans plus de mots, il retira ses sabots et les laissa tomber sur la route. Robin, tenant toujours la bride, se pencha et les ramassa. Puis il dit : « Doux ami, j'ai l'habitude de demander à ceux avec qui j'ai affaire de venir festoyer à Sherwood avec moi. Je ne te demanderai pas, à cause de notre agréable voyage ensemble ; car je te dis qu'il y a des gens à Sherwood qui ne seraient pas aussi doux avec toi que je l'ai été. Le nom d'accapareur de blé laisse un goût désagréable sur la langue de tous les honnêtes hommes. Suis le conseil d'un fou et ne t'approche plus aussi près de Sherwood, sinon peut-être qu'un jour tu trouveras soudainement une flèche d'aune entre tes côtes. Donc, sur ce, je te souhaite bonsoir. » Sur ce, il frappa le flanc du cheval et le cheval et le cavalier partirent. Mais le visage de l'homme était tout trempé de la sueur de la peur, et jamais plus, je le garantis, il ne fut trouvé aussi près de la forêt de Sherwood qu'il l'avait été ce jour-là.

Robin resta là et le regarda s'éloigner, et, quand il fut bien parti, se retourna en riant et entra dans la forêt en portant les chaussures à la main.

Cette nuit-là, dans le doux Sherwood, les feux rouges brillaient vivement d'une lumière vacillante sur les arbres et les buissons, et tout autour étaient assis ou allongés les vaillants compagnons de la bande pour écouter Robin Hood et Petit Jean raconter leurs aventures. Tous écoutaient attentivement, et encore et encore les bois résonnaient de cris de rire.

Lorsque tout fut raconté, Frère Tuck prit la parole. « Bon maître, dit-il, tu as connu une bien belle aventure, mais je persiste à dire que la vie du frère va-nu-pieds est la plus joyeuse des deux. »

« Non, déclara Will Stutely, je suis l'avis de notre maître ; il a connu les péripéties les plus plaisantes, car il a eu deux belles passes d'armes au bâton aujourd'hui. »

Ainsi, une partie de la troupe penchait pour Robin Hood et une autre pour Petit Jean. Quant à moi, je pense… Mais je vous laisse dire vous-mêmes quel parti vous prenez.

Robin Hood tire devant la reine Éléonore

LA GRANDE ROUTE s'étirait, blanche et poussiéreuse, sous le soleil ardent d'un après-midi d'été, et les arbres se dressaient immobiles le long du chemin. Sur toutes les prairies, l'air chaud dansait et frémissait ; dans les eaux limpides du ruisseau de la vallée, enjambé par un petit pont de pierre, les poissons restaient suspendus sans mouvement au-dessus du gravier jaune, et la libellule se tenait tout immobile, perchée sur la pointe acérée d'un jonc, ses ailes brillant au soleil.

Un jeune homme arrivait au trot sur un superbe barbe blanc comme lait, et les gens qu'il croisait s'arrêtaient, se retournaient et le suivaient du regard, car jamais on n'avait vu à Nottingham un garçon si charmant ni si gaiement vêtu. Il ne devait pas avoir plus de seize ans et était aussi beau qu'une jeune fille. Ses longs cheveux blonds flottaient derrière lui tandis qu'il chevauchait, tout paré de soie et de velours, les bijoux étincelant et le poignard tintant contre le pommeau de sa selle. C'est ainsi que le page de la reine, le jeune Richard Partington, arrivait de la célèbre ville de Londres jusque dans le Nottinghamshire, sur l'ordre de Sa Majesté, pour chercher Robin Hood dans la forêt de Sherwood.

La route était chaude et poussiéreuse, et son voyage avait été long, car il venait ce jour-là de la ville de Leicester, distante de vingt bonnes milles et plus ; c'est pourquoi le jeune Partington fut fort aise de voir devant lui une charmante petite auberge, toute ombragée et fraîche sous les arbres, devant la porte de laquelle pendait une enseigne portant l'image d'un sanglier bleu. Il y retint sa monture et demanda à haute voix qu'on lui apportât une pinte de vin du Rhin, car la forte bière du pays était une boisson trop grossière pour ce jeune gentilhomme. Cinq gaillards étaient assis sur le banc sous l'agréable ombre du large chêne devant la porte de l'auberge, buvant de la bière et de la cervoise, et ils dévisagèrent avec étonnement ce beau et galant garçon. Deux des plus robustes étaient vêtus du vert de Lincoln, et un grand bâton de chêne massif était appuyé contre le tronc noueux de l'arbre à côté de chacun d'eux.

L'aubergiste vint apporter une pinte de vin et un long verre étroit sur un plateau, qu'il tendit au page alors qu'il était assis sur son cheval. Le jeune Partington versa le vin jaune brillant et, levant le verre, s'écria : « Voici à la santé et au bonheur durable de ma royale maîtresse, la noble reine Éléonore ; et puissent mon voyage et ses désirs prendre fin bientôt, et que je trouve un certain vaillant franc-tenancier que les hommes appellent Robin Hood. »

À ces mots, tous restèrent stupéfaits, mais bientôt les deux vaillants hommes en vert de Lincoln se mirent à chuchoter. Puis l'un des deux, que Partington jugea être le plus grand et le plus robuste qu'il eût jamais vu, prit la parole et dit : « Que cherches-tu auprès de Robin Hood, Monsieur le Page ? Et que veut de lui notre bonne reine Éléonore ? Je te demande cela, non par sottise, mais avec raison, car je connais un peu ce vaillant homme. »

« Si tu sais quelque chose de lui, mon brave, dit le jeune Partington, tu rendras un grand service à lui et un grand plaisir à notre royale reine en m'aidant à le trouver. »

Alors l'autre homme prit la parole, un beau garçon au visage hâlé et aux cheveux bruns et bouclés : « Tu as un air honnête, Monsieur le Page, et notre reine est bonne et fidèle envers tous les vaillants hommes. Je pense que mon compagnon et moi pourrions te conduire sans risque auprès de Robin Hood, car nous savons où on peut le trouver. Pourtant, je te le dis clairement, nous ne voudrions pour tout l'Angleterre que le moindre mal ne lui arrive. »

« Rassure-toi ; je n'apporte rien de mal avec moi, dit Richard Partington. J'apporte un message bienveillant de la part de notre reine, c'est pourquoi, si vous savez où il se trouve, je vous prie de m'y conduire. »

Alors les deux hommes se regardèrent à nouveau, et le grand dit : « Certes, il serait sans risque de faire cela, Will » ; ce à quoi l'autre acquiesça. Là-dessus, tous deux se levèrent, et le grand homme dit : « Nous pensons que tu es sincère, Monsieur le Page, et que tu ne veux aucun mal, c'est pourquoi nous te conduirons à Robin Hood comme tu le souhaites. »

Alors Partington paya son écot, et les deux hommes s'avancèrent ; ils partirent aussitôt en chemin.

Sous l'arbre des bois verts, dans l'ombre fraîche qui s'étendait sur la pelouse, avec des lumières vacillantes ici et là, Robin Hood et nombre de ses compagnons étaient étendus sur l'herbe douce, tandis qu'Allan a Dale chantait et jouait de sa harpe au son mélodieux. Tous écoutaient en silence, car le chant du jeune Allan était l'une des plus grandes joies au monde pour eux ; mais tandis qu'ils écoutaient ainsi, survint soudain le bruit des pieds d'un cheval, et bientôt Petit Jean et Will Stutely sortirent du sentier de la forêt dans la clairière, le jeune Richard Partington montant entre eux sur son cheval blanc. Tous trois se dirigèrent vers l'endroit où était assis Robin Hood, toute la bande les regardant avec une curiosité extrême, car jamais ils n'avaient vu un spectacle aussi gai que ce jeune page, ni personne si richement vêtu de soies, de velours, d'or et de bijoux. Alors Robin se leva et s'avança pour l'accueillir, et Partington sauta de son cheval et, ôtant son bonnet de velours cramoisi, salua Robin à son approche. « Soyez le bienvenu ! s'écria Robin. Soyez le bienvenu, beau jeune homme, et dites-moi, je vous prie, ce qui amène une personne d'une si belle allure et vêtue d'habits si nobles dans notre pauvre forêt de Sherwood ? »

Alors le jeune Partington dit : « Si je ne me trompe, tu es le célèbre Robin Hood, et ceux-ci sont ta vaillante bande d'hommes hors-la-loi. Je t'apporte les salutations de notre noble reine Éléonore. Elle a souvent entendu parler de toi et de tes joyeuses aventures, et elle désirerait ardemment contempler ton visage ; c'est pourquoi elle me charge de te dire que si tu viens sans tarder à Londres, elle fera tout son possible pour te protéger de tout mal, et te renverra sain et sauf dans la forêt de Sherwood. Dans quatre jours, à Finsbury Fields, notre bon roi Henri, de grande renommée, tient un grand tournoi de tir, et tous les archers les plus célèbres de la joyeuse Angleterre y seront. Notre reine voudrait te voir rivaliser avec eux, sachant que si tu viens, tu remporteras sans nul doute le prix. C'est pourquoi elle m'a envoyé avec ce message et, de plus, t'envoie, en signe de grande bienveillance, cet anneau d'or retiré de son propre beau pouce, que je remets ici entre tes mains. »

Alors Robin Hood inclina la tête et, prenant l'anneau, l'embrassa très loyalement, puis le glissa à son petit doigt. Il dit : « Plutôt perdre la vie que cet anneau ; et avant qu'il ne me quitte, ma main sera froide dans la mort ou tranchée au poignet. Beau Monsieur le Page, je ferai la volonté de notre reine, et je m'en irai bientôt avec toi à Londres ; mais, avant de partir, je te régalerai ici dans les bois avec ce que nous avons de meilleur. »

« Cela ne se peut, dit le page ; nous n'avons pas le temps de nous attarder, prépare-toi donc sans délai ; et s'il y a quelqu'un dans ta bande que tu souhaites emmener, notre reine me charge de dire qu'elle les accueillera également avec joie. »

« En vérité, tu as raison, dit Robin, et nous n'avons que peu de temps ; je vais donc me préparer aussitôt. Je ne choisirai que trois de mes hommes pour m'accompagner, et ces trois seront Petit Jean, mon fidèle bras droit, Will Scarlet, mon cousin, et Allan a Dale, mon ménestrel. Allez, mes gars, préparez-vous sans délai, et nous partirons au plus vite. Toi, Will Stutely, tu seras le chef de la bande pendant mon absence. »

Alors Petit Jean, Will Scarlet et Allan a Dale coururent en bondissant, pleins de joie, pour se préparer, tandis que Robin se disposait lui aussi pour le voyage. Après un moment, ils sortirent tous les quatre, et ils faisaient fort belle figure, car Robin était vêtu de bleu de la tête aux pieds, Petit Jean et Will Scarlet du bon vert de Lincoln, et quant à Allan a Dale, il était habillé d'écarlate du sommet de la tête aux pointes de ses souliers. Chacun portait sous son bonnet une petite protection en acier poli sertie de rivets d'or, et sous sa jaquette une cotte de mailles, aussi fine que de la laine cardée, mais si résistante qu'aucune flèche ne pouvait la percer. Puis, voyant que tous étaient prêts, le jeune Partington remonta sur son cheval, et les hommes s'étant serré la main, les cinq compagnons partirent.

Cette nuit-là, ils firent étape à Melton Mowbray, dans le Leicestershire, et la nuit suivante ils logèrent à Kettering, dans le Northamptonshire ; la suivante à Bedford, et la dernière à St Albans, dans le Hertfordshire. Ils quittèrent cet endroit peu après le milieu de la nuit, et voyageant rapidement à travers la douce aube du jour d'été, quand la rosée brillait dans les prés et que de légères brumes flottaient dans les vallées, quand les oiseaux chantaient de leur mieux et que les toiles d'araignées sous les haies miroitaient comme une étoffe féerique d'argent, ils arrivèrent enfin aux tours et aux murs de la célèbre ville de Londres, alors que le matin était encore jeune et tout doré vers l'est.

La reine Éléonore était assise dans son boudoir royal, par les fenêtres ouvertes duquel se déversait le doux soleil jaune en grandes flots de lumière dorée. Autour d'elle se tenaient ses dames d'honneur, bavardant à voix basse, tandis qu'elle-même restait assise, songeuse, là où l'air doux dérivait doucement dans la pièce, chargé des parfums frais des douces roses rouges qui fleurissaient dans le grand jardin sous le mur. On vint lui annoncer que son page, Richard Partington, et quatre vaillants hommes attendaient son bon vouloir dans la cour en contrebas. Alors la reine Éléonore se leva joyeusement et ordonna qu'on les fît entrer sans tarder en sa présence.

C'est ainsi que Robin Hood, Petit Jean, Will Scarlet et Allan a Dale parurent devant la reine dans son boudoir royal. Alors Robin s'agenouilla devant la reine, les mains jointes sur la poitrine, disant en termes simples : « Me voici, Robin Hood. Tu m'as ordonné de venir, et voici, j'obéis à ton ordre. Je me donne à toi comme ton fidèle serviteur, et j'accomplirai tes volontés, dût cela me coûter jusqu'à la dernière goutte de mon sang. »

Mais la bonne reine Éléonore lui sourit aimablement, lui faisant signe de se lever. Puis elle les fit tous asseoir pour se reposer après leur long voyage. Une nourriture riche leur fut apportée, ainsi que des vins nobles, et elle fit servir les hommes par ses propres pages. Enfin, après qu'ils eurent mangé à leur faim, elle commença à les interroger sur leurs joyeuses aventures. Ils lui racontèrent alors toutes les prouesses dont il est ici question, et entre autres celle concernant l'évêque de Hereford et Sir Richard de la Lea, et comment l'évêque avait passé trois jours dans la forêt de Sherwood. À ce récit, la reine et ses dames rirent encore et encore, car elles s'imaginaient le robuste évêque séjournant dans la forêt et parcourant les bois dans de joyeux ébats avec Robin et sa bande. Puis, quand ils eurent raconté tout ce dont ils pouvaient se souvenir, la reine demanda à Allan de chanter pour elle, car sa renommée de ménestrel était parvenue jusqu'à la cour de Londres. Aussitôt, Allan prit sa harpe en main et, sans autre demande, effleura les cordes légèrement jusqu'à ce qu'elles résonnent doucement, puis il chanta ainsi :

« Douce rivière, douce rivière, Clair coule ton cristal, Glissant où tremblent les trembles, Glissant où soufflent les lys,

Chantant sur les hauts-fonds de galets, Baisant les fleurs qui s'inclinent, Se brisant sous les hirondelles qui plongent, Se teintant de pourpre au souffle du vent.

Flottant sur ton sein pour toujours, Je pourrais glisser au fil de ton courant ; Le chagrin et la douleur ne m'atteindraient jamais Sur ta marée claire et douce.

Ainsi mon cœur en peine cherche le tien, mon amour, Pour y trouver repos et paix, Car, en aimant, la félicité est mienne, mon amour, Et mes nombreux tourments s'apaisent. »

Ainsi chanta Allan, et tandis qu'il chantait, tous les yeux étaient fixés sur lui et aucun son ne rompit le calme, et même après qu'il eut fini, le silence plana pendant un court instant. Le temps passa ainsi jusqu'à ce que l'heure approche pour la tenue du grand tournoi de tir à Finsbury Fields.

Les célèbres Finsbury Fields offraient un spectacle gai en ce matin ensoleillé et brillant d'un été vigoureux. Le long du bord de la prairie se trouvaient les pavillons des différentes bandes d'archers, car les hommes du roi étaient divisés en compagnies de quatre-vingts hommes, et chaque compagnie avait son capitaine ; ainsi, sur la verte pelouse, se dressaient dix pavillons de toile rayée, un pavillon pour chaque bande d'archers royaux, et au sommet de chacun flottait un drapeau dans l'air tiède, de la couleur propre au capitaine de chaque bande. Du pavillon central pendait le drapeau jaune de Tepus, le célèbre porte-arc du roi ; à côté, d'un côté, le drapeau bleu de Gilbert à la Main Blanche, et de l'autre la bannière rouge sang du vaillant jeune Clifton du Buckinghamshire. Les sept autres capitaines archers étaient aussi des hommes de grande renommée ; parmi eux se trouvaient Egbert de Kent et William de Southampton ; mais les premiers nommés étaient les plus célèbres de tous. Le bruit de nombreuses voix dans les conversations et les rires s'échappait des pavillons, et les serviteurs couraient de long en large comme des fourmis autour d'une fourmilière. Certains portaient de la bière et de la cervoise, d'autres des paquets de cordes d'arc ou des carquois de flèches. De chaque côté du champ de tir se trouvaient des rangées sur rangées de sièges s'élevant très haut, et au centre du côté nord se dressait une estrade surélevée pour le roi et la reine, ombragée par une toile aux couleurs gaies et entourée de bannières de soie flottantes rouges, bleues, vertes et blanches. Le roi et la reine n'étaient pas encore arrivés, mais tous les autres bancs étaient pleins de gens, s'élevant tête sur tête si haut que cela donnait le vertige de les regarder. À huit-vingts pas de la marque d'où les archers devaient tirer se trouvaient dix belles cibles, chacune marquée par un drapeau de la couleur appartenant à la bande qui devait y tirer. Tout était donc prêt pour l'arrivée du roi et de la reine.

Enfin, une grande fanfare de clairons retentit, et six trompettistes entrèrent dans la prairie avec des trompettes d'argent, auxquelles pendaient des bannières de velours lourdes de riches ouvrages de fils d'argent et d'or. Derrière eux arrivait le robuste roi Henri sur un étalon gris pommelé, avec sa reine à ses côtés sur une haquenée blanche comme lait. De chaque côté d'eux marchaient les gardes du corps, le soleil brillant faisant éclater les lames polies des hallebardes d'acier qu'ils portaient. Derrière eux suivait la Cour en une grande foule, si bien que bientôt toute la pelouse fut vivante de couleurs vives, de soie et de velours, de plumes agitées et d'or étincelant, de bijoux brillants et de gardes d'épée ; un spectacle galant en ce brillant jour d'été.

Alors tout le peuple se leva et cria, si bien que leurs voix résonnaient comme la tempête sur la côte de Cornouailles, quand les vagues sombres accourent sur le rivage et sautent et se brisent, déferlant parmi les rochers ; ainsi, au milieu du rugissement et de la houle de la foule, et de l'agitation des écharpes et des mouchoirs, le roi et la reine arrivèrent à leur place et, descendant de leurs chevaux, montèrent les larges marches qui menaient à la plate-forme surélevée, et y prirent place sur deux trônes parés de soies pourpres et d'étoffes d'argent et d'or.

Quand tout fut calme, un clairon sonna, et aussitôt les archers vinrent marcher en bon ordre depuis leurs tentes. Ils étaient quarante-vingts en tout, une bande d'hommes aussi vaillants qu'on pouvait en trouver dans le vaste monde. Ils marchèrent donc de façon ordonnée et se tinrent devant l'estrade où siégeaient le roi Henri et sa reine. Le roi Henri regarda leurs rangs avec fierté, car son cœur s'échauffait à la vue d'une si vaillante bande de franc-tenanciers. Puis il ordonna à son héraut Sir Hugh de Mowbray de s'avancer et de proclamer les règles régissant le jeu. Sir Hugh s'avança donc jusqu'au bord de la plate-forme et parla d'une voix haute et claire, et dit ainsi :

Que chaque homme devrait tirer sept flèches à la cible appartenant à sa bande, et, sur les quatre-vingts hommes de chaque bande, les trois qui tireraient le mieux seraient choisis. Ces trois devraient tirer trois flèches chacun, et celui qui tirerait le mieux serait à nouveau choisi. Ensuite, chacun d'eux devrait tirer à nouveau trois flèches chacun, et celui qui tirerait le mieux aurait le premier prix, celui qui tirerait le mieux ensuite aurait le deuxième, et celui qui tirerait le mieux ensuite aurait le troisième prix. Chacun des autres aurait quatre-vingts deniers d'argent pour son tir. Le premier prix devait être deux-vingts et dix livres d'or, un cor de chasse en argent incrusté d'or, et un carquois avec dix flèches blanches pointées d'or et empennées de plumes d'aile de cygne blanc. Le deuxième prix devait être cinq-vingts des plus gras cerfs courant dans Dallen Lea, à chasser quand l'homme qui les aurait gagnés le choisirait. Le troisième prix devait être deux tonneaux de bon vin du Rhin.

Ainsi parla Sir Hugh, et quand il eut fini, tous les archers agitèrent leurs arcs en l'air et crièrent. Puis chaque bande fit demi-tour et marcha en bon ordre pour retourner à sa place.

Et maintenant le tir commença, les capitaines prenant d'abord position et décochant leurs flèches, puis laissant la place aux hommes qui tiraient, chacun à son tour, après eux. Deux cent quatre-vingts fois vingt flèches furent tirées en tout, et elles furent décochées avec tant d'adresse que, lorsque le tir fut terminé, chaque cible ressemblait au dos d'un hérisson quand le chien de ferme le renifle. Ce tir prit beaucoup de temps, et quand il fut terminé, les juges s'avancèrent, examinèrent attentivement les cibles et proclamèrent à haute voix quels étaient les trois qui avaient le mieux tiré parmi les différentes bandes. Alors un grand brouhaha de voix s'éleva, chaque homme parmi la foule qui regardait appelant son archer favori. Puis dix nouvelles cibles furent apportées, et tout bruit fut étouffé tandis que les archers reprenaient leurs places.

Cette fois, le tir fut plus rapide, car seules neuf flèches furent tirées par chaque bande. Aucune flèche ne manqua les cibles, mais dans celle de Gilbert à la Main Blanche, cinq flèches se trouvaient dans le petit point blanc qui marquait le centre ; de ces cinq, trois avaient été décochées par Gilbert. Puis les juges s'avancèrent à nouveau, et regardant les cibles, appelèrent à haute voix les noms des archers choisis comme les meilleurs de chaque bande. Parmi eux, Gilbert à la Main Blanche menait, car six des dix flèches qu'il avait tirées s'étaient logées dans le centre ; mais le robuste Tepus et le jeune Clifton le talonnaient de près ; cependant les autres avaient une chance raisonnable pour la deuxième ou la troisième place.

Et maintenant, au milieu du rugissement de la foule, ces dix vaillants compagnons qui restaient retournèrent à leurs tentes pour se reposer un moment et changer leurs cordes d'arc, car rien ne devait faillir à ce prochain tour, et aucune main ne devait trembler ni aucun œil se troubler à cause de la fatigue.

Alors, tandis que le bourdonnement sourd et le murmure des conversations retentissaient tout autour comme le bruit du vent dans la forêt feuillue, la reine Éléonore se tourna vers le roi et dit : « Penses-tu que ces archers ainsi choisis soient les meilleurs archers de toute la joyeuse Angleterre ? »

« Oui, en vérité, » dit le roi en souriant, car il était très satisfait du spectacle auquel il avait assisté ; « et je te le dis, non seulement ce sont les meilleurs archers de toute la joyeuse Angleterre, mais aussi de tout le vaste monde. »

« Mais que dirais-tu, » demanda la reine Éléonore, « si je trouvais trois archers capables de rivaliser avec les trois meilleurs archers de toute ta garde ? »

« Je dirais que tu as accompli ce que je ne pourrais faire, » répondit le roi en riant, « car je te dis qu'il n'existe pas dans le monde entier trois archers capables de tenir tête à Tepus, Gilbert et Clifton du Buckinghamshire. »

« Eh bien, » dit la reine, « je connais trois archers, et à vrai dire je les ai vus il n'y a pas longtemps, que je ne craindrais pas de confronter à n'importe quels trois que tu pourrais choisir parmi tes quatre cents archers ; de plus, je les confronterai ici même, aujourd'hui. Mais je ne les confronterai à tes archers qu'à la condition que tu accordes un pardon total à tous ceux qui viendront en mon nom. »

À cela, le roi rit longuement et bruyamment. « Vraiment, » dit-il, « tu t'occupes d'étranges affaires pour une reine. Si tu amènes ces trois gaillards dont tu parles, je promets fidèlement de leur accorder un pardon total pour quarante jours, afin qu'ils puissent aller et venir où bon leur semble, et je ne leur ferai pas le moindre mal durant tout ce temps. De plus, si ceux que tu amènes tirent mieux que mes archers, homme contre homme, ils auront les prix pour eux-mêmes selon leur tir. Mais puisque tu t'es prise soudainement de passion pour des jeux de ce genre, aurais-tu envie de faire un pari ? »

« Pourquoi, en vérité, » dit la reine Éléonore en riant, « je ne connais rien à de telles choses, mais si tu as envie de faire quelque chose dans ce genre, je m'efforcerai de te faire plaisir. Que veux-tu miser sur tes hommes ? »

Alors le joyeux roi rit de nouveau, car il aimait tendrement les bons mots ; ainsi dit-il, au milieu de ses rires : « Je te parie dix tonneaux de vin du Rhin, dix tonneaux de la plus forte bière, et deux cents arcs en if espagnol trempé, avec les carquois et les flèches assortis. »

Tous ceux qui se tenaient alentour sourirent à cela, car cela semblait un joyeux pari pour un roi à offrir à une reine ; mais la reine Éléonore inclina doucement la tête. « J'accepte ton pari, » dit-elle, « car je sais fort bien où placer ces choses dont tu as parlé. Maintenant, qui sera de mon côté dans cette affaire ? » Et elle regarda autour d'elle ceux qui se tenaient là ; mais personne ne parla ni ne prit le risque de parier du côté de la reine contre des archers tels que Tepus, Gilbert et Clifton. Alors la reine parla de nouveau : « Maintenant, qui me soutiendra dans ce pari ? Le feras-tu, monseigneur l'évêque de Hereford ? »

« Non, » dit l'évêque avec empressement, « il sied mal à quelqu'un de mon rang de traiter de telles affaires. De plus, il n'existe pas de tels archers que ceux de Sa Majesté dans le monde entier ; par conséquent, je ne ferais que perdre mon argent. »

« Il me semble que la pensée de ton or pèse plus lourdement sur toi que l'offense faite à ton rang, » dit la reine en souriant, et à cela une onde de rire parcourut l'assemblée, car chacun savait combien l'évêque était attaché à son argent. Puis la reine se tourna vers un chevalier qui se tenait près d'elle, nommé sir Robert Lee. « Veux-tu me soutenir dans cette affaire ? » dit-elle. « Tu es sûrement assez riche pour risquer tant pour l'amour d'une dame. »

« Pour faire plaisir à ma reine, je le ferai, » dit sir Robert Lee, « mais pour l'amour de personne d'autre au monde je ne parierais un liard, car nul homme ne peut tenir tête à Tepus, Gilbert et Clifton. »

Puis, se tournant vers le roi, la reine Éléonore dit : « Je ne veux d'aucune aide telle que celle que m'offre sir Robert ; mais contre ton vin, ta bière et tes robustes arcs d'if, je parie cette ceinture toute garnie de joyaux qui entoure ma taille ; et elle vaut sûrement plus que la tienne. »

« Eh bien, j'accepte ton pari, » dit le roi. « Fais venir tes archers sur-le-champ. Mais voici que les autres s'avancent ; qu'ils tirent, et ensuite je confronterai ceux qui gagneront au monde entier. »

« Qu'il en soit ainsi, » dit la reine. Là-dessus, faisant signe au jeune Richard Partington, elle lui murmura quelque chose à l'oreille, et aussitôt le page s'inclina et quitta les lieux, traversant la prairie pour se rendre de l'autre côté du champ de tir, où il fut bientôt perdu dans la foule. À cela, tous ceux qui se tenaient autour chuchotèrent entre eux, se demandant ce que tout cela signifiait, et quels trois hommes la reine allait opposer à ces célèbres archers de la garde du roi.

Et maintenant, les dix archers de la garde du roi reprirent leur position, et toute la grande foule fut plongée dans un silence de mort. Lentement et avec soin, chaque homme tira ses flèches, et le silence était si profond que l'on pouvait entendre chaque flèche frapper la cible. Puis, quand la dernière flèche eut été décochée, un grand rugissement s'éleva ; et le tir, je l'assure, était bien digne de ce bruit. Une fois de plus, Gilbert avait logé trois flèches dans le blanc ; Tepus arriva second avec deux dans le blanc et une dans le cercle noir adjacent ; mais le robuste Clifton avait échoué et Hubert de Suffolk avait pris la troisième place, car, alors que ces deux bons archers avaient logé deux flèches dans le blanc, Clifton en avait perdu une sur le quatrième cercle, et Hubert en avait une dans le troisième.

Tous les archers autour de la tente de Gilbert crièrent de joie jusqu'à en être enroués, jetant leurs bonnets en l'air et se serrant la main les uns les autres.

Au milieu de tout ce bruit et de cette agitation, cinq hommes vinrent à travers la pelouse vers le pavillon du roi. Le premier était Richard Partington, et il était connu de la plupart des gens présents, mais les autres étaient des inconnus pour tous. À côté du jeune Partington marchait un archer vêtu de bleu, et derrière venaient trois autres, deux en vert de Lincoln et un en écarlate. Ce dernier archer portait trois robustes arcs d'if, deux incrustés de façon fantaisiste d'argent et un d'or. Pendant que ces cinq hommes traversaient la prairie, un messager vint en courant de la tente du roi et somma Gilbert, Tepus et Hubert de l'accompagner. Et maintenant, les cris cessèrent rapidement, car tous comprirent que quelque chose d'inhabituel se préparait, alors les gens se levèrent à leur place et se penchèrent pour voir ce qui se passait.

Quand Partington et les autres arrivèrent devant l'endroit où le roi et la reine étaient assis, les quatre archers plièrent les genoux et ôtèrent leurs bonnets devant elle. Le roi Henri se pencha en avant et les fixa intensément, mais l'évêque de Hereford, quand il vit leurs visages, sursauta comme s'il avait été piqué par une guêpe. Il ouvrit la bouche comme pour parler, mais, levant les yeux, il vit la reine qui le regardait avec un sourire aux lèvres, alors il ne dit rien, mais mordit sa lèvre inférieure, tandis que son visage était aussi rouge qu'une cerise.

Alors la reine se pencha et parla d'une voix claire. « Locksley, » dit-elle, « j'ai fait un pari avec le roi que toi et deux de tes hommes pouvez surpasser n'importe quels trois archers qu'il peut envoyer contre vous. Feras-tu de ton mieux pour mon amour ? »

« Oui, » dit Robin des Bois, à qui elle s'adressait, « je ferai de mon mieux pour ton amour, et, si j'échoue, je fais le vœu de ne plus jamais toucher une corde d'arc. »

Or, bien que Petit Jean eût été quelque peu décontenancé dans le boudoir de la reine, il se sentit redevenir le gaillard robuste qu'il était dès que la plante de ses pieds pressa à nouveau l'herbe verte ; il dit donc avec audace : « Maintenant, bénédictions sur ton doux visage, dis-je. S'il existait un homme qui ne ferait pas de son mieux pour toi... je ne dirai rien, sinon que j'aimerais bien lui casser la tête ! »

« Paix, Petit Jean ! » dit Robin des Bois précipitamment, à voix basse ; mais la bonne reine Éléonore rit aux éclats, et une onde d'hilarité résonna dans tout le pavillon.

L'évêque de Hereford ne rit pas, pas plus que le roi, qui se tourna vers la reine et dit : « Qui sont ces hommes que tu as amenés devant nous ? »

Alors l'évêque prit la parole avec empressement, car il ne pouvait plus se contenir : « Votre Majesté, » dit-il, « ce gaillard en bleu est un certain voleur hors-la-loi de la région centrale, nommé Robin des Bois ; ce grand vaurien athlétique répond au nom de Petit Jean ; l'autre en vert est un certain gentilhomme dévoyé, connu sous le nom de Will Scarlet ; l'homme en rouge est un coquin de ménestrel du nord, nommé Allan a Dale. »

À ces mots, les sourcils du roi se froncèrent sombrement, et il se tourna vers la reine. « Est-ce vrai ? » dit-il sévèrement.

« Oui, » dit la reine en souriant, « l'évêque a dit la vérité ; et en vérité, il devrait bien les connaître, car lui et deux de ses frères ont passé trois jours en joyeux divertissement avec Robin des Bois dans la forêt de Sherwood. Je ne pensais pas que le bon évêque trahirait ainsi ses amis. Mais souviens-toi que tu as donné ta promesse pour la sécurité de ces bons archers pendant quarante jours. »

« Je tiendrai ma promesse, » dit le roi d'une voix profonde qui trahissait la colère en son cœur, « mais quand ces quarante jours seront écoulés, que ce hors-la-loi prenne garde à lui, car peut-être que les choses n'iront pas aussi facilement pour lui qu'il le voudrait. » Puis il se tourna vers ses archers, qui se tenaient près des archers de Sherwood, écoutant et s'étonnant de tout ce qui se passait. Il dit : « Gilbert, et toi, Tepus, et toi, Hubert, je me suis engagé à ce que vous tiriez contre ces trois gaillards. Si vous surpassez ces coquins, je remplirai vos bonnets de pennies d'argent ; si vous échouez, vous perdrez les prix que vous avez si honnêtement gagnés, et ils iront à ceux qui tirent contre vous, homme contre homme. Faites de votre mieux, les gars, et si vous gagnez cette joute, vous vous en féliciterez jusqu'à la fin de vos jours. Allez maintenant, et rendez-vous aux cibles. »

Alors les trois archers du roi se retournèrent et retournèrent à leurs tentes, et Robin et ses hommes allèrent à leur place, à la marque d'où ils devaient tirer. Ensuite, ils bandèrent leurs arcs et se préparèrent, examinant leurs carquois de flèches, et choisissant les plus rondes et les mieux empennées.

Mais quand les archers du roi allèrent à leurs tentes, ils racontèrent à leurs amis tout ce qui s'était passé, et comment ces quatre hommes étaient le célèbre Robin des Bois et trois de sa bande, à savoir Petit Jean, Will Scarlet et Allan a Dale. La nouvelle en circula parmi les archers dans les tentes, car il n'y avait pas un homme là-bas qui n'eût entendu parler de ces grands archers de la région centrale. Des archers, la nouvelle fut reprise par la foule qui assistait au tir, si bien qu'à la fin tout le monde se leva, allongeant le cou pour apercevoir les célèbres hors-la-loi.

Six nouvelles cibles furent alors installées, une pour chaque homme qui devait tirer ; sur quoi Gilbert, Tepus et Hubert sortirent aussitôt des tentes. Puis Robin des Bois et Gilbert à la Main Blanche jetèrent un farthing en l'air pour voir qui mènerait le tir, et le sort tomba du côté de Gilbert ; là-dessus, il appela Hubert de Suffolk à commencer.

Hubert prit sa place, planta fermement son pied et ajusta une belle flèche lisse ; puis, soufflant sur le bout de ses doigts, il tira la corde lentement et avec soin. La flèche vola droit et se logea dans le blanc ; il tira de nouveau, et atteignit encore la cible ; il décocha une troisième flèche, mais cette fois manqua le centre et ne frappa que le noir, bien qu'à pas plus d'une largeur de doigt du blanc. À cela, une clameur s'éleva, car c'était le meilleur tir qu'Hubert eût accompli ce jour-là.

Le joyeux Robin rit et dit : « Tu auras du mal à améliorer ce tour, Will, car c'est à toi ensuite. Affermis tes muscles, mon gars, et n'apporte pas la honte sur Sherwood. »

Alors Will Scarlet prit sa place ; mais, par excès de prudence, il gâcha sa cible avec la toute première flèche qu'il décocha, car il atteignit le cercle suivant le noir, le deuxième à partir du centre. À cela, Robin se mordit les lèvres. « Gars, gars, » dit-il, « ne retiens pas la corde si longtemps ! Ne t'ai-je pas souvent dit ce que dit le vieux Swanthold, que 'l'excès de prudence renverse le lait' ? » À cela Will Scarlet prit garde, si bien que la flèche suivante qu'il tira se logea parfaitement dans le cercle central ; il tira encore, et atteignit encore le centre ; mais, malgré tout, le robuste Hubert l'avait surpassé et montré une meilleure cible. Alors tous ceux qui regardaient applaudirent de joie parce qu'Hubert avait vaincu l'étranger.

Le roi dit sévèrement à la reine : « Si tes archers ne tirent pas mieux que cela, tu risques fort de perdre ton pari, ma dame. » Mais la reine Éléonore sourit, car elle attendait mieux de Robin des Bois et de Petit Jean.

Et maintenant Tepus prit sa place pour tirer. Lui aussi fit trop attention à ce qu'il faisait, et il tomba dans l'erreur de Will Scarlet. La première flèche, il la planta dans le cercle central, mais la deuxième manqua sa cible et frappa le noir ; la dernière flèche fut favorisée par la chance, car elle frappa le centre même de la cible, sur le point noir qui le marquait. Robin des Bois dit : « C'est le plus beau tir qui ait été décoché ce jour ; mais néanmoins, ami Tepus, ton gâteau est brûlé, me semble-t-il. Petit Jean, c'est à ton tour. »

Alors Petit Jean prit sa place comme ordonné, et tira ses trois flèches rapidement. Il n'abaissa jamais son bras d'arc pendant tout le tir, mais ajusta chaque flèche avec son long arc levé ; pourtant, ses trois flèches frappèrent le centre à une distance facile du noir. À cela, aucun cri ne fut entendu, car, bien que ce fût le meilleur tir de la journée, les gens de la ville de Londres n'aimaient pas voir le robuste Tepus vaincu par un gaillard de la campagne, même s'il était aussi célèbre que Petit Jean.

Et maintenant le robuste Gilbert à la Main Blanche prit sa place et tira avec le plus grand soin ; et encore, pour la troisième fois en un jour, il logea ses trois flèches dans la cible.

« Bien joué, Gilbert ! » dit Robin des Bois, le frappant sur l'épaule. « Je fais le vœu, tu es l'un des meilleurs archers que mes yeux aient jamais vus. Tu devrais être un libre et joyeux forestier comme nous, mon gars, car tu es mieux fait pour la forêt que pour les pavés et les murs gris de la ville de Londres. » Ce disant, il prit sa place et tira une belle flèche ronde de son carquois, qu'il retourna et retourna avant de l'ajuster à la corde de son arc.

Alors le roi murmura dans sa barbe : « Maintenant, béni saint Hubert, si tu pouvais seulement secouer le coude de ce coquin pour le faire frapper ne serait-ce que le deuxième cercle, je donnerais huit cents cierges de cire de trois doigts d'épaisseur à ta chapelle près de Matching. » Mais il se peut que les oreilles de saint Hubert fussent bouchées avec de l'étoupe, car il ne sembla pas entendre la prière du roi ce jour-là.

Ayant obtenu trois flèches à son goût, le joyeux Robin vérifia soigneusement sa corde d'arc avant de tirer. « Oui, » dit-il à Gilbert, qui se tenait près de lui pour observer son tir, « tu devrais nous rendre visite à la joyeuse Sherwood. » Ici, il tira la corde de l'arc jusqu'à son oreille. « À Londres » — ici il lâcha sa flèche — « tu ne trouves rien sur quoi tirer que des corbeaux et des choucas ; là-bas, on peut chatouiller les côtes des plus nobles cerfs d'Angleterre. » Ainsi, il tira tout en parlant, pourtant la flèche ne se logea pas à plus d'un demi-pouce du centre même.

« Par mon âme ! » cria Gilbert. « Es-tu le diable en bleu, pour tirer de la sorte ? »

« Non, » dit Robin en riant, « pas tout à fait aussi mal que cela, je l'espère. » Et il prit une autre flèche et l'ajusta à la corde. Il tira encore, et encore il fit porter sa flèche près du centre ; une troisième fois il lâcha sa corde d'arc et fit tomber sa flèche juste entre les deux autres et en plein centre, de sorte que les plumes des trois étaient entremêlées, semblant de loin n'être qu'une seule flèche épaisse.

Et maintenant un murmure sourd courut dans toute cette grande foule, car jamais auparavant Londres n'avait vu un tel tir ; et jamais plus elle ne le verrait après que le jour de Robin des Bois fut passé. Tous virent que les archers du roi étaient honnêtement battus, et le robuste Gilbert frappa la paume de Robin, reconnaissant qu'il ne pourrait jamais espérer tirer une telle corde d'arc que Robin des Bois ou Petit Jean. Mais le roi, plein de colère, ne voulut pas l'admettre, bien qu'il sût dans son esprit que ses hommes ne pouvaient tenir tête à ces gaillards. « Non ! » cria-t-il, serrant les mains sur les bras de son siège, « Gilbert n'est pas encore battu ! N'a-t-il pas frappé la cible trois fois ? Bien que j'aie perdu mon pari, il n'a pas encore perdu le premier prix. Ils tireront encore, et encore, jusqu'à ce que lui ou ce coquin de Robin des Bois soit vainqueur. Va, sir Hugh, et ordonne-leur de tirer une autre manche, et une autre, jusqu'à ce que l'un ou l'autre soit vaincu. » Alors sir Hugh, voyant à quel point le roi était courroucé, ne dit pas un mot, mais s'en alla immédiatement pour exécuter ses ordres ; ainsi il arriva là où Robin des Bois et l'autre se tenaient, et leur dit ce que le roi avait ordonné.

« De tout mon cœur, » dit le joyeux Robin, « je tirerai de ce moment jusqu'à demain si cela peut plaire à mon très gracieux seigneur et roi. Prends ta place, mon gars Gilbert, et tire. »

Alors Gilbert prit sa place une fois de plus, mais cette fois il échoua, car, un petit vent soudain s'étant levé, sa flèche manqua le cercle central, mais de pas plus que la largeur d'un brin d'orge.

« Tes œufs sont cassés, Gilbert, » dit Robin en riant ; et aussitôt il lâcha une flèche, et une fois de plus frappa le cercle blanc du centre.

Alors le roi se leva de sa place, et il ne dit pas un mot, mais il regarda autour de lui avec un regard malveillant, et cela aurait été un mauvais jour pour quiconque il voyait avec un air joyeux ou gai sur le visage. Puis lui, sa reine et toute la cour quittèrent les lieux, mais le cœur du roi débordait de colère.

Après que le roi fut parti, tous les archers de la garde vinrent se presser autour de Robin, et de Petit Jean, et de Will, et d'Allan, pour jeter un coup d'œil à ces célèbres gaillards de la région centrale ; et avec eux vinrent beaucoup de ceux qui avaient été spectateurs du sport, dans le même but. Ainsi arriva-t-il bientôt que les archers, à qui Gilbert parlait, furent tous entourés par une foule de gens qui formèrent un cercle autour d'eux.

Après un moment, les trois juges qui étaient chargés de distribuer les prix s'avancèrent, et le chef d'entre eux parla à Robin et dit : « Selon l'accord, le premier prix t'appartient légitimement ; alors ici, je te donne le clairon d'argent, ici le carquois de dix flèches d'or, et ici une bourse de cinquante livres d'or. » Et comme il parlait, il tendit ces choses à Robin, puis se tourna vers Petit Jean. « À toi, » dit-il, « appartient le deuxième prix, à savoir cent des plus beaux cerfs qui courent à Dallen Lea. Tu pourras les chasser quand bon te semblera. » En dernier lieu, il se tourna vers le robuste Hubert. « Toi, » dit-il, « tu as tenu ton rang contre les archers avec lesquels tu as tiré, et ainsi tu as conservé le prix qui t'est dû, à savoir deux tonneaux de bon vin du Rhin. Ils te seront livrés quand bon te semblera. » Puis il appela les sept autres archers du roi qui avaient tiré en dernier, et donna à chacun quatre-vingts pennies d'argent.

Alors Robin prit la parole et dit : « Ce clairon d'argent, je le garde en l'honneur de ce concours de tir ; mais toi, Gilbert, tu es le meilleur archer de toute la garde du Roi, et c'est à toi que je donne volontiers cette bourse d'or. Prends-la, l'ami, et plût au ciel qu'elle fût dix fois plus lourde, car tu es un franc forestier, bon et loyal. De plus, à chacun des dix qui ont tiré en dernier, j'offre une de ces flèches dorées. Gardez-les toujours auprès de vous, afin que vous puissiez raconter à vos petits-enfants, si jamais vous avez le bonheur d'en avoir, que vous êtes les plus vaillants forestiers de tout le vaste monde. »

À ces mots, tous poussèrent des cris de joie, car il leur plaisait d'entendre Robin parler ainsi d'eux.

Alors Petit Jean prit la parole. « Bon ami Tepus, » dit-il, « je ne veux pas de ces cerfs de Dallen Lea dont ce robuste juge parlait tout à l'heure, car, en vérité, nous en avons assez et plus qu'il n'en faut dans notre propre pays. Je t'en donne quarante-dix pour ton propre tir, et j'en donne cinq à chaque bande pour leur plaisir. »

À cela, un autre grand cri s'éleva, et beaucoup jetèrent leurs bonnets en l'air, jurant entre eux qu'aucun meilleur compagnon n'avait jamais foulé le sol que Robin Hood et ses robustes forestiers.

Tandis qu'ils criaient ainsi à voix haute, un grand forestier corpulent de la garde du Roi s'avança et tira Robin par la manche. « Bon maître, » dit-il, « j'ai quelque chose à te dire à l'oreille ; une chose sotte, Dieu le sait, pour qu'un robuste forestier la dise à un autre ; mais un jeune paon de page, un certain Richard Partington, te cherchait en vain dans la foule et, ne pouvant te trouver, m'a dit qu'il portait un message pour toi de la part d'une certaine dame que tu connais bien. Ce message, il m'a prié de te le dire en secret, mot pour mot, et le voici. Laisse-moi voir... j'espère ne pas l'avoir oublié... oui, le voici : "Le lion gronde. Prends garde à ta tête." »

« En est-il ainsi ? » dit Robin en sursautant ; car il savait fort bien que c'était la Reine qui envoyait le message, et qu'elle parlait de la colère du Roi. « Maintenant, je te remercie, bon compagnon, car tu m'as rendu un plus grand service que tu ne le sais en ce jour. » Puis il appela ses trois forestiers et leur dit en privé qu'ils feraient mieux de déguerpir, car il risquait de faire mauvais pour eux si près de la joyeuse ville de Londres. Sans attendre davantage, ils se frayèrent un chemin à travers la foule jusqu'à ce qu'ils fussent sortis de la presse. Alors, sans s'arrêter, ils quittèrent la ville de Londres et se mirent en route vers le nord.

La Chasse à Robin Hood

AINSI ROBIN HOOD et les autres quittèrent le champ de tir de Finsbury Fields et, ne s'attardant point, se mirent aussitôt en route pour le voyage du retour. Il fut heureux pour eux qu'ils agissent ainsi, car ils n'avaient pas fait plus de trois ou quatre milles de chemin que six des forestiers de la garde du Roi arrivèrent en se bousculant au milieu de la foule qui s'attardait encore, cherchant Robin et ses hommes pour se saisir d'eux et les faire prisonniers. En vérité, c'était une chose mal faite de la part du Roi que de rompre sa promesse, mais tout cela arriva par le fait de l'évêque de Hereford, car voici comment cela se passa :

Après que le Roi eut quitté le champ de tir, il se rendit directement à son cabinet, et l'évêque de Hereford et Sir Robert Lee l'accompagnèrent ; mais le Roi ne dit pas un mot à ces deux-là, et resta assis à se ronger la lèvre inférieure, car son cœur était aigri par ce qui était arrivé. Enfin, l'évêque de Hereford parla d'une voix basse et mélancolique : « C'est une triste chose, Votre Majesté, que ce brigand de hors-la-loi soit autorisé à s'échapper ainsi ; car, s'il parvient à regagner la forêt de Sherwood sain et sauf, il pourra narguer le roi et les hommes du roi. »

À ces mots, le Roi leva les yeux et regarda l'évêque d'un air sombre. « Dis-tu cela ? » dit-il. « Eh bien, je te montrerai, en temps opportun, à quel point tu te trompes, car, quand les quarante jours seront passés, je me saisirai de ce hors-la-loi voleur, dût-il me falloir raser tout Sherwood pour le trouver. Penses-tu que les lois du Roi d'Angleterre puissent être ainsi éludées par un pauvre coquin sans amis ni argent ? »

Alors l'évêque reprit la parole, de sa voix douce et onctueuse :

« Pardonnez mon audace, Votre Majesté, et croyez que je n'ai à cœur que le bien de l'Angleterre et les désirs de Votre Majesté ; mais à quoi servirait-il que mon gracieux seigneur déracinât chaque arbre de Sherwood ? N'y a-t-il pas d'autres endroits pour la cachette de Robin Hood ? Cannock Chase n'est pas loin de Sherwood, et la grande forêt d'Arden n'est pas loin de Cannock Chase. Outre celles-ci, il y a bien d'autres bois dans le Nottingham, le Derby, le Lincoln et le York, au milieu desquels Votre Majesté pourrait tout aussi bien espérer se saisir de Robin Hood que de mettre la main sur un rat parmi la poussière et les débris d'un grenier. Non, mon gracieux seigneur, s'il pose une seule fois le pied dans les bois, il est perdu pour la loi à jamais. »

À ces mots, le Roi tapota du bout des doigts sur la table à côté de lui avec irritation. « Que voudrais-tu que je fasse, évêque ? » dit-il. « Ne m'as-tu pas entendu donner ma parole à la Reine ? Ton discours est aussi stérile que le vent des soufflets sur des charbons éteints. »

« Loin de moi, » dit l'évêque rusé, « l'idée d'indiquer la voie à quelqu'un d'aussi clairvoyant que Votre Majesté ; mais, si j'étais Roi d'Angleterre, j'envisagerais la question de cette manière : j'ai promis à ma Reine, disons, que pendant quarante jours, le plus rusé coquin de toute l'Angleterre aurait la liberté d'aller et venir ; mais voilà ! Je trouve ce hors-la-loi en mon pouvoir ; devrais-je alors m'accrocher sottement à une promesse si hâtivement donnée ? Supposez que j'eusse promis d'obéir aux ordres de Sa Majesté, sur quoi elle m'aurait ordonné de me donner la mort ; devrais-je alors fermer les yeux et courir aveuglément sur mon épée ? Ainsi, je raisonnerais en moi-même. De plus, je me dirais qu'une femme ne sait rien des grandes choses qui touchent au gouvernement de l'État ; et, de même, je sais qu'une femme est toujours encline à s'éprendre d'une fantaisie, tout comme elle cueillerait une marguerite sur le bord du chemin, pour la jeter ensuite quand elle n'en a plus le goût ; par conséquent, bien qu'elle se soit éprise de ce hors-la-loi, cela s'éteindra bientôt et sera oublié. Quant à moi, j'ai le plus grand scélérat de toute l'Angleterre en mon pouvoir ; devrais-je alors ouvrir la main et le laisser glisser entre mes doigts ? Ainsi, Votre Majesté, je me dirais, si j'étais Roi d'Angleterre. » Ainsi parla l'évêque, et le Roi prêta l'oreille à son mauvais conseil, jusqu'à ce qu'après un moment, il se tournât vers Sir Robert Lee et lui ordonnât d'envoyer six des forestiers de la garde pour faire prisonniers Robin Hood et ses trois hommes.

Or, Sir Robert Lee était un chevalier doux et noble, et il fut navré au cœur de voir le Roi rompre ainsi sa promesse ; néanmoins, il ne dit rien, car il voyait à quel point le Roi était acharné contre Robin Hood ; mais il n'envoya pas les forestiers de la garde sur-le-champ, et alla d'abord trouver la Reine pour lui raconter tout ce qui s'était passé et lui demander d'envoyer un mot à Robin pour l'avertir du danger. Il fit cela non pas pour le bien-être de Robin Hood, mais parce qu'il voulait sauver l'honneur de son seigneur s'il le pouvait. C'est ainsi qu'il advint que, lorsque les forestiers de la garde se rendirent au champ de tir, ils ne trouvèrent ni Robin ni les autres, et ne mangèrent donc point de gâteaux à cette foire.

L'après-midi était déjà bien avancée lorsque Robin Hood, Petit Jean, Will et Allan se mirent en route pour le retour, marchant joyeusement dans la lumière jaune et oblique, qui vira rapidement au rouge rosé à mesure que le soleil déclinait dans les cieux. Les ombres s'allongèrent et finirent par se fondre dans la grisaille du doux crépuscule. La grand-route poussiéreuse s'étendait toute blanche entre les haies sombres, et quatre compagnons y marchaient comme quatre ombres, le battement de leurs pas résonnant fort, et leurs voix, tandis qu'ils parlaient, sonnant clair dans le silence de l'air. La grande lune ronde flottait sans souffle dans le ciel oriental quand ils virent devant eux les lumières scintillantes de la ville de Barnet, à quelque dix ou douze milles de Londres. Ils descendirent les rues pavées et passèrent devant les maisons confortables aux pignons surplombants, devant les portes desquelles, dans le doux clair de lune, étaient assis les bourgeois et les artisans avec leurs familles, et arrivèrent enfin, à l'autre bout du hameau, à une petite auberge, toute ombragée de roses et de chèvrefeuilles. Devant cette auberge, Robin Hood s'arrêta, car l'endroit lui plaisait fort. Il dit : « Ici, nous prendrons notre gîte et nous nous reposerons pour la nuit, car nous sommes bien loin de la ville de Londres et de la colère de notre Roi. De plus, si je ne m'abuse, nous trouverons bonne chère en ces lieux. Qu'en dites-vous, les gars ? »

« En vérité, bon maître, » dit Petit Jean, « tes ordres et mes actes s'accordent toujours comme les gâteaux et la bière. Entrons, dis-je aussi. »

Alors Will Scarlet prit la parole : « Je suis toujours prêt à faire ce que tu dis, oncle, mais j'aurais souhaité que nous fussions plus avancés sur notre chemin avant de nous reposer pour la nuit. Néanmoins, si tu penses que c'est le mieux, entrons pour la nuit, dis-je aussi. »

Ainsi, ils entrèrent et demandèrent ce que l'endroit offrait de meilleur. Alors un très bon festin leur fut servi, avec deux robustes bouteilles de vieux vin pour l'arroser. Ces choses furent servies par une servante aussi rondelette et avenante que vous pourriez en trouver dans tout le pays, si bien que Petit Jean, qui avait toujours l'œil pour une jolie fille, même quand la nourriture et la boisson étaient là, mit ses bras sur ses hanches et fixa ses yeux sur elle, lui faisant des clins d'œil affectueux chaque fois qu'il la voyait regarder vers lui. Alors vous auriez dû voir comment la fille gazouillait de rire, et comment elle regardait Petit Jean du coin de l'œil, une fossette apparaissant sur chaque joue ; car le compagnon avait toujours une façon séduisante avec les femmes.

Ainsi le festin se passa joyeusement, et jamais cette auberge n'avait vu de mangeurs aussi vigoureux que ces quatre robustes compagnons ; mais finalement, ils eurent fini de manger, bien qu'il semblât qu'ils ne finiraient jamais, et restèrent à traîner autour du vin. Alors qu'ils étaient assis, l'aubergiste entra soudainement et dit qu'il y avait quelqu'un à la porte, un certain jeune écuyer, Richard Partington, de la maison de la Reine, qui souhaitait voir le gars en bleu et parler avec lui, sans perdre une minute. Alors Robin se leva vivement et, priant l'aubergiste de ne pas le suivre, laissa les autres se regarder les uns les autres, se demandant ce qui allait arriver.

Quand Robin sortit de l'auberge, il trouva le jeune Richard Partington assis sur son cheval dans le clair de lune blanc, attendant sa venue.

« Quelles nouvelles apportes-tu, Monsieur le Page ? » dit Robin. « J'espère qu'elles ne sont pas de mauvaise nature. »

« Eh bien, » dit le jeune Partington, « pour ce qui est de cela, elles sont assez mauvaises. Le Roi a été amèrement excité contre toi par ce vil évêque de Hereford. Il a envoyé des hommes pour t'arrêter sur les champs de tir de Finsbury Fields, mais ne t'y trouvant pas, il a rassemblé ses hommes armés, cinquante fois vingt et plus, et les envoie en hâte le long de cette route même vers Sherwood, soit pour t'attraper en chemin, soit pour t'empêcher de retourner dans les bois. Il a donné à l'évêque de Hereford le commandement sur tous ces hommes, et tu sais ce que tu as à attendre de l'évêque de Hereford : une confession courte et une longue corde. Deux bandes de cavaliers sont déjà sur la route, non loin derrière moi, tu ferais donc mieux de quitter cet endroit sur-le-champ, car, si tu t'attardes davantage, tu risques de dormir cette nuit dans un froid cachot. Ce mot, la Reine m'a ordonné de te l'apporter. »

« Maintenant, Richard Partington, » dit Robin, « c'est la deuxième fois que tu me sauves la vie, et si le moment propice vient jamais, je te montrerai que Robin Hood n'oublie jamais ces choses. Quant à cet évêque de Hereford, si jamais je le rattrape près de Sherwood, les choses risquent de mal tourner pour lui. Tu peux dire à la bonne Reine que je quitterai cet endroit sans délai, et que je laisserai l'aubergiste penser que nous allons à Saint Albans ; mais quand nous serons de nouveau sur la grand-route, j'irai d'un côté à travers le pays et j'enverrai mes hommes de l'autre, de sorte que si l'un tombe entre les mains du Roi, les autres puissent par bonheur s'échapper. Nous irons par des chemins détournés, et ainsi, j'espère, atteindrons Sherwood en toute sécurité. Et maintenant, Monsieur le Page, je te souhaite adieu. »

« Adieu, hardi forestier, » dit le jeune Partington, « et puisses-tu atteindre ta cachette sain et sauf. » Ainsi, chacun secoua la main de l'autre, et le garçon, tournant la tête de son cheval, repartit vers Londres, tandis que Robin rentrait une fois de plus dans l'auberge.

Là, il trouva ses forestiers assis en silence, attendant sa venue ; l'aubergiste était également là, car il était curieux de savoir ce que Maître Partington avait à faire avec le gars en bleu. « Debout, mes joyeux hommes ! » dit Robin, « ceci n'est pas une place pour nous, car ceux-là sont à nos trousses avec lesquels nous n'aurions qu'une maigre chance si nous tombions entre leurs mains. Nous allons donc avancer encore, et nous ne nous arrêterons pas cette nuit avant d'atteindre Saint Albans. » Là-dessus, sortant sa bourse, il paya son compte à l'aubergiste, et ils quittèrent l'auberge.

Quand ils furent arrivés sur la grand-route à l'extérieur de la ville, Robin s'arrêta et leur raconta tout ce qui s'était passé entre le jeune Partington et lui, et comment les hommes du Roi étaient à leurs trousses à talons pressés. Puis il leur dit qu'ici ils devaient se séparer ; eux trois allant vers l'est et lui vers l'ouest, et ainsi, en contournant les grandes routes, ils arriveraient par des chemins détournés à Sherwood. « Soyez donc rusés, » dit Robin Hood, « et restez bien loin des routes du nord jusqu'à ce que vous soyez bien arrivés vers l'est. Et toi, Will Scarlet, prends la tête des autres, car tu as l'esprit rusé. » Puis Robin embrassa les trois sur les joues, et ils l'embrassèrent, et ainsi ils se séparèrent.

Peu de temps après cela, une vingtaine ou plus d'hommes du Roi arrivèrent en cliquetant jusqu'à la porte de l'auberge à Barnet Town. Là, ils sautèrent de leurs chevaux et entourèrent rapidement l'endroit, le chef de la bande et quatre autres entrant dans la salle où les forestiers avaient été. Mais ils trouvèrent que leurs oiseaux s'étaient envolés à nouveau, et que le Roi avait été contré une seconde fois.

« Je pensais que c'étaient des compagnons turbulents, » dit l'hôte, quand il apprit qui les hommes d'armes cherchaient. « Mais j'ai entendu ce coquin en bleu dire qu'ils allaient tout droit à Saint Albans ; donc, si vous vous dépêchez, vous pourrez peut-être les rattraper sur la grand-route entre ici et là. » Pour cette nouvelle, le chef de la bande remercia très cordialement l'hôte et, rassemblant ses hommes, monta à cheval et repartit, galopant vers Saint Albans dans une chasse à l'oiseau rare.

Après que Petit Jean, Will Scarlet et Allan a Dale eurent quitté la grand-route près de Barnet, ils voyagèrent vers l'est, sans s'arrêter, aussi longtemps que leurs jambes purent les porter, jusqu'à ce qu'ils arrivent à Chelmsford, dans l'Essex. De là, ils tournèrent vers le nord et passèrent par Cambridge et le Lincolnshire, jusqu'à la bonne ville de Gainsborough. Puis, piquant vers l'ouest et le sud, ils arrivèrent enfin aux frontières nord de la forêt de Sherwood, sans avoir rencontré en tout ce temps ne fût-ce qu'une seule bande d'hommes du Roi. Ils voyagèrent ainsi pendant huit jours avant d'atteindre les bois en toute sécurité, mais quand ils arrivèrent dans la clairière verdoyante, ils trouvèrent que Robin n'était pas encore revenu.

Car Robin n'eut pas autant de chance pour revenir que ses hommes, comme vous allez bientôt l'entendre.

Après avoir quitté la grande route du nord, il tourna son visage vers l'ouest, et arriva ainsi après Aylesbury, à la belle Woodstock, dans l'Oxfordshire. De là, il tourna ses pas vers le nord, voyageant sur une longue distance par la ville de Warwick, jusqu'à ce qu'il arrivât à Dudley, dans le Staffordshire. Il lui fallut sept jours pour arriver jusque-là, et alors il pensa qu'il était allé assez loin vers le nord, donc, tournant vers l'est, évitant les routes principales, et choisissant des chemins détournés et des sentiers herbeux, il alla, par Litchfield et Ashby de la Zouch, vers Sherwood, jusqu'à ce qu'il arrivât à un endroit appelé Stanton. Et maintenant, le cœur de Robin commença à rire tout haut, car il pensait que son danger était passé, et que ses narines humeraient bientôt l'air épicé des bois une fois de plus. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, et Robin devait l'apprendre. Car voici comment cela se passa :

Quand les hommes du Roi se trouvèrent déjoués à Saint Albans, et que Robin et ses hommes ne purent être trouvés nulle part, ils ne surent que faire. Bientôt, une autre bande de cavaliers arriva, puis une autre, jusqu'à ce que toutes les rues au clair de lune fussent pleines d'hommes armés. Entre minuit et l'aube, une autre bande arriva à la ville, et avec eux vint l'évêque de Hereford. Quand il apprit que Robin Hood s'était encore une fois glissé hors du piège, il n'attendit pas une minute, mais, rassemblant ses bandes, il poussa vers le nord à toute vitesse, laissant des ordres à toutes les troupes qui arrivaient à Saint Albans de le suivre sans tarder. Le soir du quatrième jour, il atteignit la ville de Nottingham, et là, divisa aussitôt ses hommes en bandes de six ou sept, et les envoya tous à travers la campagne, bloquant chaque route et chemin vers l'est, le sud et l'ouest de Sherwood. Le shérif de Nottingham appela également tous ses hommes et se joignit à l'évêque, car il vit que c'était la meilleure chance qui se fût jamais présentée de rendre la monnaie de sa pièce à Robin Hood. Will Scarlet, Petit Jean et Allan a Dale avaient juste manqué les hommes du Roi vers l'est, car le jour même après qu'ils eurent passé la ligne et pénétré dans Sherwood, les routes par lesquelles ils avaient voyagé furent bloquées, si bien que, s'ils s'étaient attardés dans leur voyage, ils seraient sûrement tombés entre les mains de l'évêque.

Pourtant, cette nouvelle ne parvint nullement aux oreilles de Robin ; il sifflotait donc joyeusement en arpentant la route au-delà de Stanton, le cœur aussi exempt de souci que le jaune d'un œuf l'est de toiles d'araignées. Il finit par atteindre un endroit où un petit ruisseau s'étalait sur la chaussée en une nappe peu profonde, tintant et scintillant tandis qu'il se frayait un chemin sur son lit de gravier doré. Ici, Robin s'arrêta, car il avait soif, et, s'agenouillant, il forma une coupe avec le creux de ses mains et commença à boire. De chaque côté de la route, sur une longue distance, se dressaient des fourrés enchevêtrés de buissons et de jeunes arbres, et le cœur de Robin se réjouit d'entendre les petits oiseaux y chanter, car cela lui faisait penser à Sherwood, et il lui semblait qu'une vie entière s'était écoulée depuis qu'il avait respiré l'air des bois. Mais soudain, tandis qu'il était ainsi penché à boire, quelque chose siffla à son oreille et frappa avec un clapotis le gravier et l'eau à ses côtés. Prompt comme l'éclair, Robin bondit sur ses pieds et, d'un seul saut, traversa le ruisseau et le bas-côté, puis plongea tête baissée dans le fourré, sans regarder derrière lui, car il savait fort bien que ce qui avait sifflé si venimeusement près de son oreille était une flèche à plumes d'oie grise, et que s'attarder ne fût-ce qu'un instant signifiait la mort. Alors même qu'il sautait dans le fourré, six autres flèches ricochèrent parmi les branches à sa suite, dont l'une perça son pourpoint et aurait pénétré profondément dans son flanc sans la solide cotte de mailles qu'il portait. Puis, arrivèrent au galop sur la route quelques hommes du Roi. Ils sautèrent de leurs chevaux et se précipitèrent aussitôt dans le fourré à la poursuite de Robin. Mais Robin connaissait le terrain mieux qu'eux ; en rampant par-ci, en se courbant par-là, et, bientôt, en traversant quelque petite clairière, il les laissa vite loin derrière lui, débouchant enfin sur une autre route à quelque huit cents pas de celle qu'il avait quittée. Ici, il resta un moment, écoutant les cris lointains des sept hommes qui battaient les fourrés comme des chiens ayant perdu la trace du gibier. Puis, serrant davantage sa ceinture autour de sa taille, il courut prestement le long de la route vers l'est et Sherwood.

Mais Robin n'avait pas fait plus de trois stades dans cette direction qu'il arriva soudain au sommet d'une colline et vit en contrebas une autre troupe d'hommes du Roi, assis à l'ombre le long de la route dans la vallée. Alors il ne s'attarda pas un instant, mais, voyant qu'ils ne l'avaient pas aperçu, il fit demi-tour et courut d'où il venait, sachant qu'il valait mieux courir le risque d'échapper à ceux qui étaient encore dans les fourrés que de se jeter dans les bras de ceux de la vallée. Il retourna donc en courant à toute vitesse et avait dépassé sans encombre les fourrés quand les sept hommes débouchèrent sur la route ouverte. Ils poussèrent un grand cri en le voyant, tel celui du chasseur quand le cerf force l'enceinte, mais Robin était alors à plus d'un quart de mille d'eux, filant sur le sol comme un lévrier. Il ne ralentit jamais son allure, mais courut, mille après mille, jusqu'à ce qu'il fût près de Mackworth, au-delà de la rivière Derwent, non loin de Derby Town. Ici, voyant qu'il était hors de danger immédiat, il ralentit sa course et finit par s'asseoir sous une haie là où l'herbe était la plus haute et l'ombre la plus fraîche, pour s'y reposer et reprendre son souffle. « Par mon âme, Robin, se dit-il, ce fut là l'esquive la plus étroite que tu aies jamais faite de toute ta vie. Je dis très solennellement que la plume de ce trait maudit a chatouillé mon oreille en sifflant. Cette course m'a donné un appétit dévorant pour les victuailles et la boisson. Maintenant, je prie saint Dunstan de m'envoyer promptement de la viande et de la bière. »

Il semblait que saint Dunstan fût disposé à exaucer sa prière, car le long de la route arriva en trottinant un certain cordonnier, nommé Quince, de Derby, qui était allé porter une paire de chaussures à un fermier près de Kirk Langly, et qui revenait maintenant chez lui, avec un beau chapon bouilli dans sa besace et un solide pot de bière à son côté, que le fermier lui avait donnés pour se réjouir d'une si robuste paire de souliers. Le brave Quince était un honnête homme, mais son intelligence était quelque peu pesante, semblable à de la pâte non levée, si bien que la seule chose qui occupait son esprit était : « Trois shillings six pence et demi pour tes souliers, brave Quince — trois shillings six pence et demi pour tes souliers », et cela tournait en rond à l'intérieur de sa tête, sans qu'aucune autre pensée ne pût pénétrer dans sa caboche, comme un pois roule dans un pot vide.

« Holà, bon ami », dit Robin depuis le dessous de la haie, quand l'autre fut assez près, « où vas-tu si joyeusement en ce beau jour ? »

S'entendant ainsi interpeller, le Cordonnier s'arrêta et, voyant un étranger bien vêtu de bleu, il lui parla de manière convenable. « Dieu vous donne le bonsoir, beau sire, et je dirais que je viens de Kirk Langly, où j'ai vendu mes souliers et obtenu trois shillings six pence et demi pour eux, en monnaie aussi belle que vous en ayez jamais vu, et honnêtement gagnée aussi, je vous le fais savoir. Mais si je peux être si audacieux, mon beau sire, que faites-vous là sous la haie ? »

« Ma foi », dit le joyeux Robin, « je m'assieds sous la haie ici pour mettre du sel sur la queue des oiseaux dorés ; mais en vérité, tu es le premier poussin d'une quelconque valeur que j'aie vu en ce jour béni. »

À ces mots, les yeux du Cordonnier s'agrandirent, et sa bouche devint ronde d'étonnement, comme un trou de nœud dans une palissade. « Pardieu », dit-il, « regardez donc ! Je n'ai jamais vu ces fameux oiseaux dorés. Et en vérité, en trouvez-vous dans ces haies, bon homme ? Je vous en prie, dites-moi, y en a-t-il beaucoup ? Je voudrais bien en trouver moi-même. »

« Oui, vraiment », dit Robin, « ils sont ici aussi denses que les harengs frais à Cannock Chase. »

« Regardez donc ! » dit le Cordonnier, tout noyé d'étonnement. « Et en vérité, les attrapez-vous en mettant du sel sur leur jolie queue ? »

« Oui », dit Robin, « mais ce sel est d'une sorte étrange, laisse-moi te dire, car on ne peut l'obtenir qu'en faisant bouillir un quart de rayons de lune dans un plat de bois, et alors on n'en a qu'une pincée. Mais dis-moi, mon cher esprit, qu'as-tu là dans cette besace à ton côté et dans ce pot ? »

À ces mots, le Cordonnier regarda les choses dont parlait le joyeux Robin, car les pensées sur l'oiseau doré les avaient chassées de son esprit, et il lui fallut quelque temps pour en rappeler le souvenir. « Eh bien », dit-il enfin, « dans l'un, il y a de la bonne bière de mars, et dans l'autre, un chapon gras. Vraiment, Quince le Cordonnier fera un beau festin ce jour, si je ne me trompe. »

« Mais dis-moi, bon Quince », dit Robin, « as-tu envie de me vendre ces choses ? Car leur simple évocation résonne doucement à mes oreilles. Je te donnerai ces beaux vêtements bleus que je porte sur mon corps et dix shillings par-dessus pour tes vêtements, ton tablier de cuir, ta bière et ton chapon. Qu'en dis-tu, mon gaillard ? »

« Non, vous vous jouez de moi », dit le Cordonnier, « car mes vêtements sont grossiers et rapiécés, et les vôtres sont d'une étoffe fine et très jolis. »

« Je ne plaisante jamais », dit Robin. « Viens, ôte ta veste et je te montrerai, car je te dis que tes vêtements me plaisent bien. De plus, je serai bon pour toi, car je ferai festin séance tenante des bonnes choses que tu as avec toi, et tu seras convié au repas. » À ces mots, il commença à retirer son pourpoint, et le Cordonnier, le voyant si sérieux, commença à ôter ses vêtements lui aussi, car la tenue de Robin Hood flattait son regard. Ainsi, chacun revêtit les vêtements de l'autre, et Robin donna à l'honnête Cordonnier dix shillings neufs et brillants. Le joyeux Robin dit : « J'ai été bien des choses dans ma vie, mais jamais je n'ai été un honnête cordonnier. Viens, ami, mettons-nous à table et mangeons, car quelque chose en moi réclame à grands cris ce bon chapon gras. » Ils s'assirent donc tous deux et commencèrent à festoyer si vigoureusement que, lorsqu'ils eurent fini, les os du chapon furent nettoyés aussi parfaitement que la charité.

Puis Robin étendit ses jambes avec un doux sentiment de confort en lui. Il dit : « Au timbre de ta voix, bon Quince, je sais que tu as une belle chanson ou deux qui trottent dans ta tête comme des poulains dans un pré. Je t'en prie, fais-m'en sortir une. »

« Une chanson ou deux, j'en ai », dit le Cordonnier, « de pauvres choses, de pauvres choses, mais telles qu'elles sont, tu es le bienvenu pour en entendre une. » Alors, s'humectant la gorge d'une gorgée de bière, il chanta :

« De toutes les joies, celle que j'aime le mieux, Chante hé, ma vive Nan, ô, Et celle qui remue le plus mon âme, C'est le pot qui tinte, ô.

« Tout autre bonheur, je le jetterais, Chante hé, ma vive Nan, ô, Mais celui-ci... »

Le robuste Cordonnier ne put aller plus loin dans sa chanson, car soudain six cavaliers firent irruption là où ils étaient assis et saisirent brutalement l'honnête artisan, le tirant sur ses pieds et manquant d'arracher ses vêtements tandis qu'ils le faisaient. « Ha ! » rugit le chef de la bande d'une voix tonitruante de joie, « t'avons-nous donc enfin attrapé, toi, le vaurien vêtu de bleu ? Maintenant, béni soit le nom de saint Hubert, car nous sommes plus riches de quatre-vingts livres cette minute que nous ne l'étions auparavant, car le bon évêque de Hereford a promis autant à la bande qui te lui amènerait. Oho ! rusé fripon ! tu voudrais avoir l'air si innocent, ma foi ! Nous te connaissons, vieil ours. Mais tu t'en vas avec nous pour te faire rogner la crinière sans délai. » À ces mots, le pauvre Cordonnier regarda tout autour de lui avec ses grands yeux bleus, aussi ronds que ceux d'un poisson mort, tandis que sa bouche restait béante comme s'il avait avalé toutes ses paroles et ainsi perdu l'usage de la parole.

Robin, lui aussi, resta bouche bée et regarda d'un air étonné, tout comme le Cordonnier l'aurait fait à sa place. « Hélas, pauvre de moi », dit-il. « Je ne sais si je suis assis ici ou au pays de nulle part ! Que signifie tout ce remue-ménage, chers et bons messieurs ? C'est sûrement un doux et honnête homme. »

« "Honnête homme", dis-tu, clown ? » dit l'un des hommes. « Pourquoi, je te dis que c'est ce même vaurien que les hommes appellent Robin Hood. »

À ce discours, le Cordonnier écarquilla les yeux et resta plus bouche bée que jamais, car il y avait un tel battage de pensées à l'intérieur de sa pauvre tête que son esprit était tout embrumé par la poussière et la paille de celles-ci. De plus, comme il regardait Robin Hood et voyait le franc-tenancier ressembler tant à ce qu'il savait être lui-même, il commença à douter et à penser que peut-être il était le grand hors-la-loi en vérité. Il dit d'une voix lente et étonnée : « Suis-je en vérité cet homme-là ? — Maintenant, j'avais pensé — mais non, Quince, tu te trompes — pourtant — le suis-je ? — Non, je dois être en vérité Robin Hood ! Pourtant, vraiment, je n'avais jamais pensé passer du statut d'honnête artisan à celui de si grand franc-tenancier. »

« Hélas ! » dit Robin Hood, « regardez donc ! Voyez comment votre mauvais traitement a caillé l'esprit de ce pauvre garçon et l'a tourné tout aigre ! Moi-même, je suis Quince, le Cordonnier de Derby Town. »

« Est-ce ainsi ? » dit Quince. « Alors, en vérité, je suis quelqu'un d'autre, et ne peux être personne d'autre que Robin Hood. Prenez-moi, messieurs ; mais laissez-moi vous dire que vous avez mis la main sur le plus robuste franc-tenancier qui ait jamais foulé les bois. »

« Tu veux jouer les fous, hein ? » dit le chef de la bande. « Ici, Giles, va chercher une corde et lie les mains de ce vaurien derrière son dos. Je vous garantis que nous lui rendrons ses esprits quand nous l'aurons mis en sécurité devant notre bon évêque à Tutbury Town. » Là-dessus, ils lièrent les mains du Cordonnier derrière son dos et l'emmenèrent avec une corde, comme le fermier emmène le veau qu'il a ramené de la foire. Robin resta à les regarder s'éloigner, et quand ils furent partis, il rit jusqu'à ce que les larmes lui roulent sur les joues ; car il savait qu'aucun mal n'arriverait à l'honnête homme, et il imaginait le visage de l'évêque quand le brave Quince lui serait amené en tant que Robin Hood. Puis, tournant ses pas une fois de plus vers l'est, il s'en alla le pied droit en avant vers le Nottinghamshire et la forêt de Sherwood.

Mais Robin Hood avait traversé plus d'épreuves qu'il ne l'imaginait. Son voyage depuis Londres avait été dur et long, et en une semaine, il avait parcouru cent quarante milles et plus. Il pensait maintenant poursuivre sa route sans s'arrêter jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Sherwood, mais avant d'avoir fait une dizaine de milles, il sentit ses forces se dérober sous lui comme une rive de rivière que les eaux auraient sapée. Il s'assit et se reposa, mais il savait en lui-même qu'il ne pouvait aller plus loin ce jour-là, car ses pieds ressemblaient à des blocs de plomb, tant ils étaient alourdis par la fatigue. Une fois de plus, il se leva et avança, mais après avoir parcouru une paire de milles, il dut renoncer, si bien qu'arrivant alors devant une auberge, il entra et, appelant l'aubergiste, lui demanda de lui montrer une chambre, bien que le soleil fût à peine en train de sombrer dans le ciel occidental. Il n'y avait que trois chambres à coucher dans l'endroit, et l'aubergiste montra à Robin Hood la plus humble de celles-ci, mais le petit Robin se souciait peu de l'aspect de l'endroit, car il aurait pu dormir cette nuit-là sur un lit de pierres brisées. Aussi, enlevant ses vêtements sans plus attendre, il se glissa dans le lit et fut endormi presque avant que sa tête ne touchât l'oreiller.

Peu après que Robin fut allé se reposer, un grand nuage apparut sombrement au-dessus des collines vers l'ouest. Plus haut et plus haut, il s'éleva jusqu'à s'empiler dans la nuit comme une montagne de ténèbres. Tout autour, sous lui, venait de temps à autre un éclair rouge terne, et bientôt, un court et sinistre grondement de tonnerre fut entendu. Puis arrivèrent quatre robustes bourgeois de la ville de Nottingham, car c'était la seule auberge à cinq milles à la ronde, et ils ne tenaient pas à être surpris par un tel orage qui s'abattait sur eux. Laissant leurs montures au palefrenier, ils entrèrent dans la meilleure chambre de l'auberge, où des joncs verts et frais étaient étalés sur tout le sol, et y demandèrent la meilleure chère que l'endroit pût offrir. Après avoir mangé copieusement, ils demandèrent à l'aubergiste de leur montrer leurs chambres, car ils étaient harassés, ayant chevauché toute la journée depuis Dronfield. Ils s'en allèrent donc, grommelant d'avoir à dormir à deux dans un lit, mais leurs soucis à cet égard, ainsi que tous les autres, furent bientôt perdus dans le calme du sommeil.

Et voici que vint la première rafale de vent, se précipitant devant l'endroit, faisant claquer et battre les portes et les volets, sentant la pluie à venir, et tout enveloppé dans un nuage de poussière et de feuilles. Comme si le vent avait amené un invité avec lui, la porte s'ouvrit soudain et entra un frère du prieuré d'Emmet, et un homme de haut rang, comme le montraient la finesse et la douceur de ses robes et la richesse de son rosaire. Il appela l'aubergiste et lui ordonna d'abord de faire bien nourrir et coucher sa mule dans l'écurie, puis de lui apporter ce qu'il y avait de mieux dans la maison. Ainsi, bientôt, un ragoût savoureux de tripes et d'oignons, avec de petits boulettes grasses et douces, fut mis devant lui, de même qu'un bon pot de malvoisie, et aussitôt le saint frère s'y attaqua avec grand courage et cœur, si bien qu'en peu de temps il ne restait plus rien qu'une petite mare de jus au centre du plat, pas assez grande pour maintenir la vie d'une souris affamée.

Pendant ce temps, l'orage éclata. Une autre rafale de vent passa en se précipitant, et avec elle tombèrent quelques lourdes gouttes de pluie qui, bientôt, se mirent à tomber en averses, battant contre les fenêtres comme une centaine de petites mains. Des éclairs brillants illuminaient chaque goutte de pluie, et avec eux venaient des craquements de tonnerre qui s'éloignaient en grondant et en cognant comme si saint Swithin était occupé à rouler de grands tonneaux d'eau sur un sol rocailleux au-dessus de leurs têtes. Les femmes criaient, et les joyeux drilles dans la salle commune passaient leurs bras autour de leur taille pour les apaiser.

Enfin, le saint frère demanda à l'aubergiste de lui montrer sa chambre ; mais quand il apprit qu'il devait coucher avec un cordonnier, il fut un homme aussi mécontent que vous puissiez en trouver dans toute l'Angleterre ; néanmoins, il n'y avait rien à faire, et il devait dormir là ou nulle part ; aussi, prenant sa chandelle, il s'en alla, grommelant comme le tonnerre désormais lointain. Quand il arriva à la chambre où il devait dormir, il tint la lumière au-dessus de Robin et le regarda de haut en bas ; alors il se sentit plus satisfait, car, au lieu d'un homme à la barbe rude et sale, il contempla un garçon aussi frais et propre que l'on puisse en trouver en une semaine de dimanches ; aussi, glissant hors de ses vêtements, il se pelotonna lui aussi dans le lit, où Robin, grognant et grommelant dans son sommeil, lui fit de la place. Robin était plus profondément endormi, je le jure, qu'il ne l'avait été depuis bien des jours, sinon il ne se serait jamais reposé si tranquillement avec l'un de la trempe du frère si près de lui. Quant au frère, s'il avait su qui était Robin Hood, vous pouvez bien croire qu'il aurait presque aussi volontiers dormi avec une vipère qu'avec l'homme qu'il avait pour compagnon de lit.

Ainsi la nuit passa assez confortablement, mais à la première aube du jour, Robin ouvrit les yeux et tourna la tête sur l'oreiller. Alors, comme il ouvrit la bouche et comme il fixa son regard, car là, à côté de lui, gisait quelqu'un tout rasé et tonsuré, si bien qu'il sut que ce devait être un homme en ordres sacrés. Il se pinça vivement, mais, constatant qu'il était éveillé, il s'assit dans son lit, tandis que l'autre sommeillait aussi paisiblement que s'il était sain et sauf chez lui au prieuré d'Emmet. « Maintenant », se dit Robin, « je me demande comment cette chose a atterri dans mon lit pendant la nuit. » En disant cela, il se leva doucement pour ne pas réveiller l'autre, et regardant autour de la chambre, il aperçut les vêtements du frère posés sur un banc près du mur. D'abord, il regarda les vêtements, la tête penchée, puis il regarda le frère et ferma lentement un œil. Il dit : « Bon Frère Quel-que-soit-ton-nom, puisque tu as emprunté mon lit si librement, je vais moi-même emprunter tes vêtements en retour. » En disant cela, il endossa aussitôt la tenue du saint homme, mais laissa aimablement les vêtements du cordonnier à leur place. Puis il sortit dans la fraîcheur du matin, et le palefrenier qui était debout et s'affairait aux écuries ouvrit les yeux comme s'il voyait une souris verte devant lui, car des hommes tels que les frères d'Emmet n'avaient pas l'habitude d'être des lève-tôt ; mais l'homme garda ses pensées pour lui, et demanda seulement à Robin s'il voulait qu'on amenât sa mule de l'écurie.

« Oui, mon fils », dit Robin — bien qu'il ne sût rien de la mule — « et amène-la rapidement, je t'en prie, car je suis en retard et dois me mettre en route. » Ainsi, le palefrenier amena bientôt la mule, et Robin la monta et poursuivit son chemin en se réjouissant.

Quant au saint frère, lorsqu’il se réveilla, il était dans un embarras aussi grand qu’homme au monde, car ses riches et souples robes avaient disparu, de même que sa bourse contenant dix livres d’or, et il ne lui restait rien que des vêtements rapiécés et un tablier de cuir. Il rugit et jura comme n’importe quel laïc, mais comme ses jurons ne réparaient rien et que l’aubergiste ne pouvait lui venir en aide, et comme, de plus, il était contraint d’être au prieuré d’Emmet ce matin-là même pour affaires, il fut bien obligé d’endosser les habits du cordonnier ou de voyager sur la route en nudité. Il revêtit donc les vêtements, et, toujours rugissant et jurant vengeance contre tous les cordonniers du Derbyshire, il se mit en route à pied ; mais ses maux n’avaient pas fini avec lui, car il n’était pas allé bien loin qu’il tomba entre les mains des hommes du Roi, qui le conduisirent de force, bon gré mal gré, à la ville de Tutbury et devant l’évêque de Hereford. En vain jura-t-il qu’il était un saint homme, et montra-t-il sa tonsure ; il lui fallut partir, car rien ne pouvait les convaincre qu’il n’était pas Robin Hood.

Pendant ce temps, le joyeux Robin chevauchait avec contentement, passant sans encombre auprès de deux bandes d’hommes du Roi, jusqu’à ce que son cœur commençât à danser en lui à cause de la proximité de Sherwood ; il voyagea donc sans cesse vers l’est, jusqu’à ce qu’il rencontrât soudain un noble chevalier dans un chemin ombragé. Alors Robin arrêta vivement sa mule et sauta de son dos. « Soyez le bienvenu, Sir Richard of the Lea, s’écria-t-il, car je préférerais voir ton bon visage aujourd’hui à celui de tout autre homme en Angleterre ! » Puis il raconta à Sir Richard toutes les péripéties qui lui étaient arrivées, et comment, enfin, il se sentait en sécurité, étant si proche de Sherwood à nouveau. Mais quand Robin eut terminé, Sir Richard secoua tristement la tête. « Tu es en plus grand danger maintenant, Robin, que tu ne l’as jamais été, dit-il, car devant toi se trouvent des bandes d’hommes du Shérif qui bloquent chaque route et ne laissent personne passer les lignes sans les examiner de près. Je le sais moi-même, pour les avoir passées à l’instant. Devant toi se trouvent les hommes du Shérif et derrière toi ceux du Roi, et tu ne peux espérer passer ni d’un côté ni de l’autre, car à cette heure ils connaîtront ton déguisement et seront aux aguets pour se saisir de toi. Mon château et tout ce qu’il contient sont à toi, mais rien n’y serait gagné, car je ne pourrais espérer le tenir face à une telle force que celle qui se trouve maintenant à Nottingham, composée des hommes du Roi et du Shérif. » Ayant ainsi parlé, Sir Richard pencha la tête en signe de réflexion, et Robin sentit son cœur faiblir comme celui du renard qui entend les chiens à ses trousses et trouve son terrier obstrué de terre, si bien qu’il n’y a plus de cachette pour lui. Mais bientôt Sir Richard reprit la parole : « Une chose tu peux faire, Robin, et une seule. Retourne à Londres et jette-toi à la merci de notre bonne Reine Eleanor. Viens avec moi sur-le-champ à mon château. Ôte ces vêtements et revêts ceux que portent mes gens. Alors je me rendrai à la ville de Londres avec une troupe d’hommes derrière moi, et tu te mêleras à eux ; c’est ainsi que je t’amènerai là où tu pourras voir et parler à la Reine. Ton unique espoir est de gagner Sherwood, car là nul ne peut t’atteindre, et tu n’atteindras jamais Sherwood autrement. »

Ainsi Robin partit avec Sir Richard of the Lea, et fit comme il lui avait dit, car il comprit la sagesse de ce que conseillait le chevalier, et que c’était sa seule chance de salut.

La Reine Eleanor se promenait dans son jardin royal, au milieu des roses qui fleurissaient délicatement, accompagnée de six de ses dames d’honneur, devisant joyeusement ensemble. Soudain, un homme sauta au sommet du mur depuis l’autre côté et, se suspendant un instant, retomba légèrement sur l’herbe à l’intérieur. Toutes les dames d’honneur poussèrent des cris à la soudaineté de son apparition, mais l’homme courut vers la Reine et s’agenouilla à ses pieds, et elle vit que c’était Robin Hood.

« Eh bien, quoi, Robin ! s’écria-t-elle, oses-tu venir jusque dans la gueule même du lion rugissant ? Hélas, pauvre compagnon ! Tu es bel et bien perdu si le Roi te trouve ici. Ne sais-tu pas qu’il te cherche par tout le pays ? »

« Oui, dit Robin, je sais fort bien que le Roi me cherche, et c’est pourquoi je suis venu ; car, assurément, aucun mal ne peut m’advenir quand il a engagé sa parole royale auprès de Votre Majesté pour ma sécurité. De plus, je connais la bonté et la douceur de cœur de Votre Majesté, et je dépose donc librement ma vie entre vos mains gracieuses. »

« Je comprends ce que tu veux dire, Robin Hood, dit la Reine, et que tu m’adresses un reproche, comme tu en as bien le droit, car je sais que je n’ai pas agi envers toi comme j’aurais dû le faire. Je sais fort bien que tu as dû être pressé par le péril pour sauter si audacieusement dans un danger afin d’en fuir un autre. Une fois encore, je te promets mon aide, et je ferai tout ce que je peux pour te renvoyer en sécurité dans la forêt de Sherwood. Attends ici mon retour. » Ce disant, elle laissa Robin dans le jardin des roses, et fut absente pendant une longue période.

Lorsqu’elle revint, Sir Robert Lee était avec elle, et les joues de la Reine étaient brûlantes et ses yeux brillants, comme si elle avait eu une discussion vive. Puis Sir Robert s’avança droit là où se tenait Robin Hood, et il parla au franc-tenancier d’une voix froide et sévère. Il dit : « Notre gracieux Souverain le Roi a atténué sa colère à ton égard, compagnon, et a promis une fois encore que tu repartirais en paix et en sécurité. Non seulement il a promis cela, mais dans trois jours il enverra l’un de ses pages pour t’accompagner et veiller à ce que personne n’arrête ton voyage de retour. Tu peux remercier ton saint patron d’avoir une si bonne amie en notre noble Reine, car, sans ses persuasions et ses arguments, tu aurais été un homme mort, je peux te le dire. Que ce péril que tu as traversé t’enseigne deux leçons. Premièrement, sois plus honnête. Deuxièmement, ne sois pas si audacieux dans tes allées et venues. Un homme qui marche dans les ténèbres comme tu le fais peut échapper quelque temps, mais il finira inévitablement par tomber dans la fosse. Tu as mis ta tête dans la gueule du lion en colère, et pourtant tu en as réchappé par miracle. Ne retente pas l’expérience. » Ce disant, il se tourna et quitta Robin, et il disparut.

Pendant trois jours, Robin demeura à Londres au sein de la maisonnée de la Reine, et au terme de ce délai, le premier Page du Roi, Edward Cunningham, vint, et emmenant Robin avec lui, partit vers le nord sur le chemin de Sherwood. De temps à autre, ils croisaient des bandes d’hommes du Roi revenant à Londres, mais aucune de ces bandes ne les arrêta, et ainsi, enfin, ils atteignirent les bois doux et feuillus.

Robin Hood et Guy of Gisbourne

BEAUCOUP DE TEMPS passa après le grand concours de tir, et durant cette période Robin suivit une partie du conseil de Sir Robert Lee, à savoir, d’être moins audacieux dans ses allées et venues ; car bien qu’il ne fût peut-être pas devenu plus honnête (au sens où la plupart des gens considèrent l’honnêteté), il prit grand soin de ne pas voyager si loin de Sherwood qu’il ne pût y retourner facilement et rapidement.

De grands changements étaient survenus durant ce temps ; car le Roi Henry était mort et le Roi Richard était monté sur le trône, qui lui allait si bien après de nombreuses et rudes épreuves, et des aventures aussi passionnantes que toutes celles qui arrivèrent jamais à Robin Hood. Mais bien que de grands changements fussent venus, ils n’atteignirent pas les ombres de Sherwood, car là, Robin Hood et ses hommes vivaient aussi joyeusement qu’ils l’avaient toujours fait, avec la chasse, les festins, les chants et les joyeux sports forestiers ; car les luttes du monde extérieur les troublaient peu.

L’aube d’une journée d’été était fraîche et brillante, et les oiseaux chantaient doucement dans un grand tumulte de sons. Si fort était leur chant qu’il réveilla Robin Hood là où il dormait, si bien qu’il remua, se retourna et se leva. Little John se leva aussi, ainsi que tous les joyeux hommes ; puis, après avoir rompu leur jeûne, ils s’en furent ici et là pour les occupations du jour.

Robin Hood et Little John descendaient un sentier forestier où, tout autour, les feuilles dansaient et scintillaient tandis que la brise les faisait trembler et que la lumière du soleil filtrait en bas. Robin Hood dit : « Je fais le vœu, Little John, que mon sang chatouille mes veines tandis qu’il coule en elles en cette joyeuse matinée. Que dirais-tu si nous cherchions des aventures, chacun pour son propre compte ? »

« De tout mon cœur, dit Little John. Nous avons eu plus d’une plaisante affaire de cette manière, bon maître. Voici deux sentiers ; prends celui de droite, et je prendrai celui de gauche, et laissons-nous aller tout droit devant nous jusqu’à ce que l’un de nous tombe sur quelque joyeuse affaire ou une autre. »

« J’aime ton plan, dit Robin, c’est pourquoi nous nous séparerons ici. Mais prends garde, Little John, ne te fourre pas dans les ennuis, car je ne voudrais pas qu’un mal t’arrive pour rien au monde. »

« Par ma foi, dit Little John, comme tu parles ! Je crois que tu as plus souvent l’habitude de te mettre dans des situations plus serrées que je ne risque de le faire. »

À cela, Robin Hood rit. « Eh bien, en vérité, Little John, dit-il, tu as une manière maladroite et entêtée qui semble toujours te remettre sur tes pieds dans toutes tes difficultés ; mais voyons qui s’en sortira le mieux aujourd’hui. » Ce disant, il frappa sa paume contre celle de Little John et chacun partit de son côté, les arbres cachant rapidement l’un à la vue de l’autre.

Robin Hood flâna jusqu’à ce qu’il arrivât à un large chemin forestier qui s’étendait devant lui. Au-dessus, les branches des arbres s’entrelaçaient en un feuillage scintillant, tout doré là où il s’éclaircissait sous le soleil ; sous ses pieds, le sol était souple et humide à cause de l’ombre protectrice. Ici, en ce lieu agréable, l’aventure la plus vive qui arriva jamais à Robin Hood fondit sur lui ; car, tandis qu’il marchait sur le sentier boisé en ne pensant à rien d’autre qu’aux chants des oiseaux, il arriva soudain là où un homme était assis sur les racines moussues sous l’ombre d’un chêne au large houppier. Robin Hood vit que l’étranger ne l’avait pas aperçu, alors il s’arrêta et resta parfaitement immobile, regardant l’autre un long moment avant d’avancer. Et l’étranger, je le sais, méritait bien qu’on le regarde, car jamais Robin n’avait vu une silhouette comme celle-là assise sous l’arbre. De la tête aux pieds, il était vêtu d’une peau de cheval, préparée avec le poil dessus. Sur sa tête se trouvait un capuchon qui cachait son visage à la vue, fait de la peau du cheval, dont les oreilles pointaient comme celles d’un lapin. Son corps était vêtu d’une veste faite de cette peau, et ses jambes étaient recouvertes de la même peau velue. À son côté se trouvaient une lourde épée à deux mains et un poignard acéré à double tranchant. Un carquois de flèches rondes et lisses pendait à ses épaules, et son arc robuste en if était appuyé contre l’arbre à côté de lui.

« Holà, ami, cria Robin, s’avançant enfin, qui es-tu qui es assis là ? Et qu’est-ce donc que tu as sur ton corps ? Je fais le vœu que je n’ai jamais vu un tel spectacle de toute ma vie. Si j’avais fait une mauvaise action, ou si ma conscience me troublait, j’aurais peur de toi, pensant que tu es quelqu’un d’en bas apportant un message me sommant de venir sur-le-champ devant le Roi Nicolas. »

À ce discours, l’autre ne répondit pas un mot, mais il rejeta le capuchon de sa tête et montra un front plissé, un nez crochu et une paire d’yeux noirs féroces et agités, qui firent dans l’ensemble penser à Robin à un faucon lorsqu’il regarda son visage. Mais outre cela, il y avait quelque chose dans les traits du visage de l’étranger, sa fine bouche cruelle et l’éclat dur de ses yeux, qui faisait frissonner rien qu’à le regarder.

« Qui es-tu, vaurien ? » dit-il enfin, d’une voix forte et rauque.

« Tut, tut, dit le joyeux Robin, ne parle pas si aigrement, frère. T’es-tu nourri de vinaigre et d’orties ce matin pour que ton discours soit si piquant ? »

« Si tu n’aimes pas mes paroles, dit l’autre férocement, tu ferais mieux de déguerpir, car je te le dis clairement, mes actes les égalent. »

« Non, mais j’aime tes paroles, toi, douce et jolie chose, dit Robin, s’accroupissant sur l’herbe devant l’autre. De plus, je te dis que ton discours est plein d’esprit et de gaieté comme aucun autre que j’aie jamais entendu de toute ma vie. »

L’autre ne dit pas un mot, mais il fixa Robin d’un regard mauvais et funeste, tel celui qu’un chien féroce jette à un homme avant de se jeter à sa gorge. Robin rendit le regard avec une innocence aux yeux grands ouverts, pas l’ombre d’un sourire ne scintillant dans ses yeux ou ne tressaillant aux coins de sa bouche. Ils restèrent donc assis à se fixer l’un l’autre pendant un long moment, jusqu’à ce que l’étranger brisât soudain le silence. « Quel est ton nom, compagnon ? » dit-il.

« Eh bien, dit Robin, je suis très heureux de t’entendre parler, car je commençais à craindre que ma vue ne t’eût rendu muet. Quant à mon nom, il peut être ceci ou cela ; mais je pense qu’il est plus approprié que tu me dises le tien, étant donné que tu es le plus étranger dans ces parages. Je t’en prie, dis-moi, doux compagnon, pourquoi portes-tu cette tenue délicate sur ton joli corps ? » À ces mots, l’autre éclata d’un rire court et rauque. « Par les os du Démon Odin, dit-il, tu es l’homme qui parle le plus hardiment que j’aie jamais vu de toute ma vie. Je ne sais pourquoi je ne t’assomme pas là où tu es assis, car il y a seulement deux jours, j’ai embroché un homme derrière la ville de Nottingham pour n’avoir pas dit la moitié de ce que tu as fait. Je porte cette tenue, espèce d’idiot, pour garder mon corps au chaud ; de même, elle vaut presque autant qu’une cotte d’acier contre un coup d’épée ordinaire. Quant à mon nom, je me moque de savoir qui le connaît. C’est Guy of Gisbourne, et tu en as peut-être déjà entendu parler. Je viens des bois du Herefordshire, sur les terres de l’évêque du même nom. Je suis un hors-la-loi, et je gagne ma vie par tous les moyens, d’une manière qu’il n’est pas nécessaire de raconter maintenant. Il n’y a pas longtemps, l’évêque a envoyé me chercher, et a dit que si je faisais une certaine chose que le Shérif de Nottingham me demanderait, il m’obtiendrait un pardon total, et me donnerait en prime deux cents livres. Alors je suis venu droit à la ville de Nottingham et j’ai trouvé mon doux Shérif ; et que penses-tu qu’il voulait de moi ? Eh bien, ma foi, de venir ici à Sherwood pour traquer un certain Robin Hood, lui aussi hors-la-loi, et de le prendre vivant ou mort. Il semble qu’ils n’aient personne ici pour affronter ce fier compagnon, et ils ont donc envoyé chercher jusqu’au Herefordshire, et jusqu’à moi, car tu connais le vieux dicton : “À voleur, voleur et demi”. Quant à tuer ce gaillard, cela ne me contrarie pas le moins du monde, car je verserais le sang de mon propre frère pour la moitié de deux cents livres. »

À tout cela, Robin écouta, et tandis qu’il écoutait, son dégoût monta. Il connaissait bien ce Guy of Gisbourne, et tous les actes sanglants et meurtriers qu’il avait commis dans le Herefordshire, car ses méfaits étaient célèbres dans tout le pays. Pourtant, bien qu’il exécrât la présence même de cet homme, il garda le silence, car il avait un but à atteindre. « Vraiment, dit-il, j’ai entendu parler de tes douces actions. Je crois qu’il n’y a personne au monde que Robin Hood aimerait mieux rencontrer que toi. »

À cela, Guy of Gisbourne eut un autre rire rauque. « Eh bien, dit-il, c’est une chose joyeuse que de penser à un solide hors-la-loi comme Robin Hood rencontrant un autre solide hors-la-loi comme Guy of Gisbourne. Seulement, dans ce cas, ce sera un mauvais jour pour Robin Hood, car le jour où il rencontrera Guy of Gisbourne, il mourra. »

« Mais toi, esprit doux et joyeux, dit Robin, ne penses-tu pas que peut-être ce même Robin Hood pourrait être le meilleur homme des deux ? Je le connais fort bien, et beaucoup pensent qu’il est l’un des hommes les plus solides du voisinage. »

« Il peut être le plus solide des hommes du voisinage, dit Guy of Gisbourne, pourtant, je te le dis, compagnon, cette porcherie qui est la tienne n’est pas le monde entier. Je parie ma vie que je suis le meilleur des deux. Lui, un hors-la-loi, vraiment ! Pourquoi, j’ai entendu dire qu’il n’a jamais versé le sang de sa vie, sauf lorsqu’il est arrivé pour la première fois dans la forêt. Certains l’appellent un grand archer ; par ma foi, je n’aurais pas peur de l’affronter tous les jours de l’année avec un arc en main. »

« Eh bien, vraiment, certains gens l’appellent un grand archer, dit Robin Hood, mais nous autres du Nottinghamshire sommes des mains célèbres avec l’arc long. Même moi, bien que simple artisan dans cet art, je ne craindrais pas de tenter une joute avec toi. »

À ces mots, Guy of Gisbourne regarda Robin avec des yeux étonnés, puis eut un nouveau rugissement de rire qui fit résonner les bois. « Eh bien, dit-il, tu es un compagnon audacieux pour me parler de la sorte. J’aime ton esprit à me tenir tête, car peu d’hommes ont osé le faire. Place une guirlande, mon gars, et je tenterai une joute avec toi. »

« Tut, tut, dit Robin, seuls les enfants tirent sur des guirlandes par ici. Je vais placer une bonne cible de Nottingham pour toi. » Ce disant, il se leva, et allant vers un taillis de coudriers non loin de là, il coupa une baguette d’environ deux fois l’épaisseur du pouce d’un homme. Il en écorça l’écorce et, aiguisant la pointe, la planta dans le sol devant un grand chêne. De là, il mesura quatre-vingts pas, ce qui le ramena près de l’arbre où l’autre était assis. « Voilà, dit-il, le genre de cible sur laquelle tirent les francs-tenanciers de Nottingham. Maintenant, laisse-moi te voir fendre cette baguette si tu es un archer. »

Alors Guy of Gisbourne se leva. « Eh bien, à bas cela ! s’écria-t-il. Le Diable lui-même ne pourrait atteindre une telle cible ! »

« Peut-être pourrait-il et peut-être ne pourrait-il pas, dit le joyeux Robin, mais nous ne le saurons jamais tant que tu n’auras pas tiré dessus. »

À ces mots, Guy of Gisbourne regarda Robin avec des sourcils froncés, mais, comme le franc-tenancier semblait toujours innocent de toute mauvaise intention, il ravala ses paroles et banda son arc en silence. Il tira deux fois, mais aucune des deux fois il ne toucha la baguette, la manquant la première fois d’une main et la seconde d’une bonne paume. Robin rit et rit encore. « Je vois maintenant, dit-il, que le Diable lui-même ne pourrait atteindre cette cible. Bon compagnon, si tu n’es pas meilleur à l’épée que tu ne l’es à l’arc et à la flèche, tu ne vaincras jamais Robin Hood. »

À ces mots, Guy of Gisbourne fixa Robin avec sauvagerie. Il dit : « Tu as une langue bien pendue, scélérat ; mais prends garde de ne pas en abuser, ou je pourrais bien te l’arracher de la gorge. »

Robin Hood banda son arc et prit position sans dire un mot, bien que les cordes de son cœur tremblassent de colère et de dégoût. Il tira deux fois ; la première flèche passa à un pouce de la baguette, la seconde la fendit net en son milieu. Puis, sans laisser à l'autre la possibilité de répondre, il jeta son arc au sol. « Voilà, misérable assassin ! » cria-t-il avec fougue, « que cela te montre combien tu ignores tout des jeux d'hommes. Et maintenant, contemple une dernière fois la lumière du jour, car la bonne terre a été assez souillée par toi, vile créature ! Ce jour, si Notre-Dame le veut, tu mourras ; je suis Robin Hood. » En disant cela, il fit luire son épée éclatante sous le soleil.

Pendant un instant, Guy of Gisbourne fixa Robin comme s'il avait perdu l'esprit ; mais son étonnement fit place à une rage folle. « Es-tu vraiment Robin Hood ? » cria-t-il. « Alors je suis heureux de te rencontrer, pauvre hère ! Confesse-toi, car tu n'auras point le temps de te confesser quand j'en aurai fini avec toi. » Ce disant, il dégaina aussi son épée.

Et commença alors le plus féroce combat que Sherwood eût jamais vu ; car chaque homme savait que l'un ou l'autre devait périr, et qu'aucune merci ne serait accordée dans cette lutte. Ils se battirent dans un va-et-vient incessant, jusqu'à ce que toute la douce herbe verte fût écrasée et broyée sous le piétinement de leurs talons. Plus d'une fois, la pointe de l'épée de Robin Hood sentit la mollesse de la chair, et bientôt le sol commença à être aspergé de gouttes rouge vif, bien qu'aucune ne vînt des veines de Robin. Enfin, Guy of Gisbourne porta une estocade féroce et mortelle à Robin Hood, qui bondit prestement en arrière, mais dans ce saut, il accrocha son talon à une racine et tomba lourdement sur le dos. « Sainte Marie, aide-moi ! » murmura-t-il, tandis que l'autre se jetait sur lui, un rictus de rage sur le visage. Guy of Gisbourne poignarda violemment son adversaire avec sa grande épée, mais Robin saisit la lame à main nue et, bien qu'elle lui coupât la paume, il détourna la pointe si bien qu'elle s'enfonça profondément dans le sol juste à côté de lui ; puis, avant qu'un nouveau coup ne pût être porté, il sauta sur ses pieds, son épée en main. Alors, le désespoir tomba sur le cœur de Guy of Gisbourne tel un nuage noir, et il regarda autour de lui avec égarement, tel un faucon blessé. Voyant que ses forces l'abandonnaient, Robin s'élança, et, rapide comme l'éclair, porta un coup de revers sous le bras armé. L'épée échappa à l'emprise de Guy of Gisbourne, qui chancela sous le choc, et, avant qu'il ne pût se reprendre, l'épée de Robin lui traversa le corps de part en part. Il tourna sur ses talons et, jetant les mains en l'air avec un cri aigu et sauvage, tomba face contre terre sur le gazon vert.

Alors, Robin Hood essuya son épée et la remit au fourreau, et, s'approchant là où gisait Guy of Gisbourne, il se tint au-dessus de lui, les bras croisés, se parlant à lui-même. « C'est le premier homme que j'ai tué depuis que j'ai abattu le garde forestier du Roi aux jours brûlants de ma jeunesse. Je songe encore souvent avec amertume à cette première vie que j'ai prise, mais de celle-ci, je suis aussi joyeux que si j'avais abattu un sanglier sauvage qui ravageait un beau pays. Puisque le Shérif de Nottingham a envoyé un tel individu contre moi, je vais revêtir les habits de ce drôle et partir voir si je ne peux trouver ce monsieur, et peut-être lui rembourser une partie de la dette que j'ai contractée envers lui à ce sujet. »

Ainsi parlant, Robin Hood dépouilla l'homme mort de ses vêtements poilus et les endossa, tout ensanglantés qu'ils fussent. Puis, s'attachant l'épée et la dague de l'autre autour du corps et portant la sienne à la main, avec les deux arcs d'if, il tira la cagoule en peau de cheval sur son visage, afin que nul ne pût dire qui il était, et quitta la forêt, tournant ses pas vers l'est et la ville de Nottingham. Tandis qu'il marchait le long des routes, hommes, femmes et enfants se cachaient à son approche, car la terreur du nom de Guy of Gisbourne et de ses actes s'était répandue au loin.

Et voyons maintenant ce qui advint de Little John tandis que ces choses se produisaient.

Little John poursuivit son chemin à travers les sentiers de la forêt jusqu'à ce qu'il atteigne la lisière des bois, là où, çà et là, des champs d'orge, de blé ou des prairies verdoyantes souriaient au soleil. Il parvint ainsi à la grand-route et à une petite chaumière au toit de chaume, située derrière un bouquet de pommiers sauvages tordus, avec des fleurs sur le devant. Là, il s'arrêta soudain, car il crut entendre le son d'une plainte. Il écouta et découvrit que cela venait de la chaumière ; alors, dirigeant ses pas vers celle-ci, il poussa le portillon et entra. Il y vit une dame aux cheveux gris assise près d'un foyer froid, se balançant d'avant en arrière et pleurant amèrement.

Or, Little John avait le cœur sensible aux malheurs d'autrui ; s'approchant de la vieille femme et lui tapotant gentiment l'épaule, il lui adressa des paroles réconfortantes, l'invitant à reprendre courage et à lui confier ses tourments, car il pourrait peut-être faire quelque chose pour les soulager. À cela, la brave dame secoua la tête ; mais néanmoins, ses mots aimables l'apaisèrent quelque peu, et, après un moment, elle lui raconta tout ce qui lui pesait sur le cœur. Que ce matin même, elle avait encore trois fils aussi beaux et vaillants qu'on pût en trouver dans tout le Nottinghamshire, mais qu'ils lui avaient été enlevés et étaient sur le point d'être pendus sans délai ; que, la disette étant survenue, son fils aîné était sorti, la nuit précédente, dans la forêt, et avait abattu une biche au clair de lune ; que les gardes du Roi avaient suivi les traces de sang sur l'herbe jusqu'à sa chaumière, et y avaient trouvé la venaison dans le buffet ; que, comme aucun des plus jeunes fils ne voulait trahir son frère, les forestiers les avaient emmenés tous les trois, en dépit des affirmations de l'aîné qui jurait avoir abattu le cerf seul ; que, tandis qu'ils partaient, elle avait entendu les gardes parler entre eux, disant que le Shérif avait juré de mettre un terme au grand massacre de cerfs qui sévissait ces derniers temps en pendant le tout premier drôle pris sur le fait à l'arbre le plus proche, et qu'ils emmenaient les trois jeunes gens à l'auberge du King's Head, près de la ville de Nottingham, où le Shérif séjournait ce jour-là, pour y attendre le retour d'un certain individu qu'il avait envoyé dans Sherwood chercher Robin Hood.

À tout cela, Little John écouta, secouant tristement la tête de temps à autre. « Hélas, » dit-il, quand la bonne dame eut fini son récit, « c'est en vérité une triste affaire. Mais qui est cet homme qui va dans Sherwood à la poursuite de Robin Hood, et pourquoi va-t-il le chercher ? Mais peu importe cela pour l'instant ; je voudrais seulement que Robin Hood fût ici pour nous conseiller. Néanmoins, il ne faut perdre aucun temps pour le faire prévenir à cette heure, si nous voulons sauver la vie de tes trois fils. Dis-moi, as-tu ici des vêtements que je puisse mettre à la place de ceux-ci, de vert Lincoln ? Ma foi, si notre robuste Shérif m'attrape sans déguisement, je risque d'être pendu plus rapidement que tes fils, laisse-moi te le dire, dame. »

Alors, la vieille femme lui dit qu'elle avait dans la maison quelques vêtements de son bon mari, qui était mort deux ans auparavant seulement. Elle les apporta à Little John qui, quittant sa tenue de vert Lincoln, les endossa à la place. Puis, confectionnant une perruque et une fausse barbe en laine non cardée, il couvrit ses propres cheveux et sa barbe brune, et, coiffant un grand chapeau haut de forme qui avait appartenu au vieux paysan, il prit son bâton d'une main et son arc de l'autre, et partit à toute vitesse vers l'endroit où le Shérif avait pris ses quartiers.

À un mille ou plus de la ville de Nottingham, et non loin des lisières méridionales de la forêt de Sherwood, se trouvait l'auberge accueillante portant l'enseigne du King's Head. C'était une grande agitation et un grand remue-ménage en ce matin radieux, car le Shérif et une vingtaine de ses hommes étaient venus loger là en attendant le retour de Guy of Gisbourne de la forêt. Un grand sifflement et une grande activité de cuisine régnaient dans la cuisine, et de grands coups et tapotements sur les fûts de vin et les tonneaux de bière résonnaient dans la cave. Le Shérif était assis à l'intérieur, festoyant joyeusement des meilleurs mets que l'endroit offrait, et les hommes du Shérif étaient assis sur le banc devant la porte, s'enivrant de bière, ou étendus sous l'ombre des chênes à large ramure, parlant, plaisantant et riant. Tout autour se trouvaient les chevaux de la troupe, dans un grand bruit de pieds frappant le sol et un grand battement de queues. C'est à cette auberge que vinrent les gardes du Roi, poussant devant eux les trois fils de la veuve. Les mains des trois jeunes gens étaient liées étroitement derrière leur dos, et une corde attachée de cou en cou les maintenait tous ensemble. Ils furent ainsi menés jusqu'à la pièce où le Shérif mangeait, et se tinrent tremblants devant lui tandis qu'il les dévisageait avec sévérité.

« Ainsi, » dit-il, d'une voix forte, coléreuse et tonitruante, « vous avez braconné le gibier du Roi, n'est-ce pas ? Maintenant, je vais en finir promptement avec vous ce jour, car je vous pendrai tous les trois comme un fermier pendrait trois corbeaux pour effrayer les autres de l'espèce hors de son champ. Notre beau comté de Nottingham a été trop longtemps un lieu d'élevage pour de tels vauriens que vous êtes. J'ai toléré ces choses pendant de nombreuses années, mais maintenant je vais les éradiquer une fois pour toutes, et c'est par vous que je commencerai. »

Alors, l'un des pauvres garçons ouvrit la bouche pour parler, mais le Shérif lui hurla d'une voix forte de se taire, et ordonna aux gardes de les emmener jusqu'à ce qu'il eût fini son repas et pût s'occuper des affaires les concernant. Ainsi, les trois pauvres jeunes gens furent conduits dehors, où ils restèrent la tête basse et le cœur plein de désespoir, jusqu'à ce qu'après un moment le Shérif sortît. Alors, il appela ses hommes autour de lui, et dit : « Ces trois scélérats seront pendus sans délai, mais pas ici, de peur qu'ils ne portent malheur à cette bonne auberge. Nous les emmènerons là-bas, vers cette bande de bois, car je voudrais bien les pendre aux arbres mêmes de Sherwood, pour montrer à ces vils hors-la-loi qui s'y cachent ce qu'ils peuvent attendre de moi si jamais j'ai la bonne chance de mettre la main sur eux. » Ce disant, il monta à cheval, tout comme ses hommes d'armes, et tous ensemble ils se mirent en route vers la bande de bois dont il avait parlé, les pauvres jeunes gens marchant au milieu d'eux, gardés par les forestiers. Ils arrivèrent enfin à l'endroit, et là, des nœuds coulants furent passés autour du cou des trois, et les extrémités des cordes jetées par-dessus la branche d'un grand chêne qui se trouvait là. Alors, les trois jeunes gens tombèrent à genoux et demandèrent bruyamment merci au Shérif ; mais le Shérif de Nottingham rit avec mépris. « Maintenant, » dit-il, « je voudrais avoir ici un prêtre pour vous confesser ; mais, comme il n'en est point aux alentours, vous devrez bien parcourir votre route avec tous vos péchés chargés sur vos dos, et vous en remettre à Saint Pierre pour vous laisser entrer par les portes du Paradis comme trois colporteurs dans la ville. »

Entre-temps, tandis que tout cela se déroulait, un vieil homme s'était approché et se tenait appuyé sur son bâton, observant la scène. Ses cheveux et sa barbe étaient tout bouclés et blancs, et sur son dos se trouvait un arc d'if qui semblait bien trop puissant pour qu'il pût le bander. Alors que le Shérif regardait autour de lui avant d'ordonner à ses hommes de pendre les trois jeunes gens au chêne, ses yeux tombèrent sur cet étrange vieillard. Alors, le magistrat lui fit signe, disant : « Viens ici, mon père, j'ai quelques mots à te dire. » Ainsi, Little John, car ce n'était nul autre que lui, s'avança, et le Shérif le regarda, pensant qu'il y avait quelque chose d'étrangement familier dans le visage qui se trouvait devant lui. « Eh bien, » dit-il, « il me semble t'avoir déjà vu. Quel peut être ton nom, mon père ? »

« S'il plaît à Votre Honneur, » dit Little John, d'une voix cassée comme celle d'un vieil homme, « mon nom est Giles Hobble, au service de Votre Honneur. »

« Giles Hobble, Giles Hobble, » grommela le Shérif pour lui-même, passant en revue les noms qu'il avait en tête pour essayer d'en trouver un qui convînt à celui-ci. « Je ne me souviens pas de ton nom, » dit-il enfin, « mais cela n'a pas d'importance. As-tu envie de gagner six pence en ce radieux matin ? »

« Oui, ma foi, » dit Little John, « car l'argent n'est pas si abondant chez moi que je doive jeter six pence si je peux les gagner par une action honnête. Que voulez-vous que je fasse, Votre Honneur ? »

« Eh bien, ceci, » dit le Shérif. « Voici trois hommes qui ont besoin d'être pendus autant que quiconque j'aie jamais vu. Si tu veux les pendre, je te paierai deux pence par tête. Je n'aime pas que mes hommes d'armes deviennent des bourreaux. Veux-tu t'y essayer ? »

« En vérité, » dit Little John, toujours de la voix du vieil homme, « je n'ai jamais fait une telle chose auparavant ; mais si six pence peuvent être gagnés si facilement, je pourrais tout aussi bien les prendre que n'importe qui. Mais, Votre Honneur, ces vilains drôles sont-ils confessés ? »

« Non, » dit le Shérif, en riant, « pas le moins du monde ; mais tu peux t'occuper de cela aussi si le cœur t'en dit. Mais hâte-toi, je t'en prie, car je voudrais retourner à mon auberge au plus tôt. »

Ainsi, Little John s'approcha de l'endroit où les trois jeunes gens se tenaient en tremblant, et, plaçant son visage contre la joue du premier garçon comme s'il l'écoutait, il murmura doucement à son oreille : « Reste immobile, mon frère, quand tu sentiras tes liens coupés, mais quand tu me verras jeter ma perruque et ma barbe de laine de ma tête et de mon visage, retire le nœud de ton cou et cours vers les bois. » Puis il coupa furtivement la corde qui liait les mains du jeune homme ; celui-ci, de son côté, resta immobile comme s'il était encore lié. Puis il alla vers le deuxième, et lui parla de la même manière, et coupa aussi ses liens. Il en fit de même pour le troisième, mais tout cela si furtivement que le Shérif, qui était assis sur son cheval en riant, ne vit point ce qui se tramait, ni ses hommes non plus.

Alors, Little John se tourna vers le Shérif. « S'il plaît à Votre Honneur, » dit-il, « me donnerez-vous la permission de bander mon arc ? Car je voudrais bien aider ces drôles en chemin, quand ils se balanceront, avec une flèche sous les côtes. »

« De tout mon cœur, » dit le Shérif, « seulement, comme je l'ai dit, hâte-toi dans tes besognes. »

Little John posa le bout de son arc sur son cou-de-pied et banda l'arme avec une telle dextérité que tous s'émerveillèrent de voir un vieil homme si fort. Ensuite, il tira une bonne flèche lisse de son carquois et l'ajusta à la corde ; puis, regardant tout autour pour voir que la voie était libre derrière lui, il jeta soudainement la laine de sa tête et de son visage, criant d'une voix puissante : « Courez ! » Rapides comme l'éclair, les trois jeunes gens jetèrent les nœuds coulants de leurs cous et filèrent à travers la plaine vers les bois comme la flèche s'élance de l'arc. Little John vola aussi vers le couvert comme un lévrier, tandis que le Shérif et ses hommes le regardaient, tout stupéfaits par cette action soudaine. Mais avant que le yeoman ne fût allé bien loin, le Shérif se reprit. « Après lui ! » rugit-il d'une voix puissante ; car il savait maintenant à qui il avait affaire, et s'étonnait de ne pas l'avoir reconnu plus tôt.

Little John entendit les paroles du Shérif, et voyant qu'il ne pouvait espérer atteindre les bois avant qu'ils ne fussent sur lui, il s'arrêta et se retourna brusquement, tenant son arc comme s'il était sur le point de tirer. « Reculez ! » cria-t-il avec fougue. « Le premier homme qui fait un pas en avant, ou touche du doigt la corde de l'arc, mourra ! »

À ces mots, les hommes du Shérif restèrent immobiles comme des statues, car ils savaient fort bien que Little John tiendrait parole, et que lui désobéir signifiait la mort. En vain le Shérif leur hurla-t-il après, les traitant de lâches et les poussant à avancer en groupe ; ils ne voulurent pas bouger d'un pouce, mais restèrent à regarder Little John tandis qu'il s'éloignait lentement vers la forêt, gardant son regard fixé sur eux. Mais quand le Shérif vit son ennemi ainsi lui échapper entre les doigts, il devint fou de rage, si bien que sa tête tourna et qu'il ne savait plus ce qu'il faisait. Soudain, il tourna la tête de son cheval et, plongeant ses éperons dans ses flancs, il poussa un grand cri et, se dressant sur ses étriers, se rua sur Little John comme le vent. Alors, Little John leva son arc mortel et tira la plume d'oie grise jusqu'à sa joue. Mais hélas pour lui ! Car, avant qu'il ne pût lâcher le trait, le bon arc qui l'avait servi si longtemps se fendit dans ses mains, et la flèche tomba inoffensive à ses pieds. Voyant ce qui était arrivé, les hommes du Shérif poussèrent un cri, et, suivant leur maître, se précipitèrent sur Little John. Mais le Shérif était en tête des autres, et rattrapa ainsi le yeoman avant qu'il n'atteignît l'abri des bois, puis se penchant en avant, il porta un coup puissant. Little John se baissa et l'épée du Shérif tourna dans sa main, mais le plat de la lame frappa l'autre à la tête et l'abattit, étourdi et sans connaissance.

« Maintenant, je suis bien content, » dit le Shérif, quand les hommes arrivèrent et constatèrent que Little John n'était pas mort, « de ne pas avoir tué cet homme dans ma précipitation ! Je préférerais perdre cinq cents livres plutôt que de le voir mourir ainsi au lieu d'être pendu, comme un vil voleur tel que lui devrait l'être. Va, cherche un peu d'eau à cette fontaine, William, et verse-la sur sa tête. »

L'homme fit comme il lui était ordonné, et bientôt Little John ouvrit les yeux et regarda autour de lui, tout étourdi et hébété par le choc du coup. Alors, ils lièrent ses mains derrière son dos, et le soulevant, le placèrent sur le dos de l'un des chevaux, le visage tourné vers la queue et les pieds attachés sous le ventre de la bête. Ils le ramenèrent ainsi à l'auberge du King's Head, riant et se réjouissant en chemin. Mais entre-temps, les trois fils de la veuve s'étaient échappés sains et saufs et étaient cachés dans les bois.

Une fois de plus, le Shérif de Nottingham était assis dans l'auberge du King's Head. Son cœur se réjouissait, car il avait enfin accompli ce qu'il cherchait à faire depuis des années : faire de Little John son prisonnier. Il se dit à lui-même : « Demain à cette heure, le drôle sera pendu à l'arbre du gibet devant la grande porte de la ville de Nottingham, et ainsi je solderai mes vieux comptes avec lui. » Ce disant, il prit une longue gorgée de Canaries. Mais il sembla que le Shérif eût avalé une pensée avec son vin, car il secoua la tête et posa la coupe précipitamment. « Maintenant, » murmura-t-il, « je ne voudrais pour mille livres que ce type me glisse entre les doigts ; pourtant, si son maître échappait à ce maudit Guy of Gisbourne, on ne sait ce qu'il pourrait faire, car c'est le plus rusé vaurien du monde entier, ce même Robin Hood. Il vaudrait mieux, peut-être, ne pas attendre demain pour pendre ce compagnon. » En disant cela, il repoussa sa chaise précipitamment, et sortant de l'auberge, appela ses hommes. Il dit : « Je n'attendrai pas davantage pour la pendaison de ce drôle, mais elle sera faite séance tenante, et cela à l'arbre même d'où il a sauvé ces trois jeunes vauriens en se plaçant entre eux et la loi. Alors, tenez-vous prêts sans délai. »

Puis, une fois de plus, ils firent monter Little John sur le cheval, le visage tourné vers la queue ; et ainsi, l’un menant la bête sur laquelle il était assis et les autres chevauchant autour de lui, ils s'en furent vers cet arbre aux branches duquel ils avaient songé à pendre les braconniers. Ils allèrent leur chemin, faisant résonner et tinter leurs harnais tout le long de la route jusqu’à ce qu’ils parviennent à l’arbre. Là, l'un des hommes s’adressa soudain au Shérif. « Votre Seigneurie, » cria-t-il, « n’est-ce pas là ce Guy of Gisbourne qui vient vers nous, celui-là même que vous avez envoyé dans la forêt pour traquer Robin Hood ? » À ces mots, le Shérif se voila les yeux et regarda avec avidité. « Pourquoi, certes, » dit-il, « c’est bien lui. Maintenant, fasse le Ciel qu’il ait occis le maître des brigands, tout comme nous occirons bientôt l’homme ! »

Quand Little John entendit ce propos, il leva les yeux et, aussitôt, son cœur se déchira en lui, car non seulement les vêtements de l’homme étaient tout couverts de sang, mais il portait le cor de chasse de Robin Hood et tenait son arc et son épée à deux mains.

« Eh bien ! » cria le Shérif, lorsque Robin Hood, vêtu des habits de Guy of Gisbourne, fut arrivé près d’eux. « Quelle chance as-tu rencontrée dans la forêt ? Pourquoi, l’homme, tes vêtements sont-ils tout ensanglantés ! »

« Si mes vêtements ne te plaisent pas, » dit Robin d’une voix rauque semblable à celle de Guy of Gisbourne, « tu peux fermer les yeux. Par ma foi, le sang qui me souille est celui du plus vil hors-la-loi qui ait jamais foulé les bois, celui-là même que j’ai tué ce jour, bien que non sans recevoir moi-même une blessure. »

Alors, Little John prit la parole pour la première fois depuis qu’il était tombé entre les mains du Shérif. « Ô toi, misérable souillé de sang ! Je te connais, Guy of Gisbourne, car qui n’a jamais entendu parler de toi et ne t’a maudit pour tes vils actes de sang et de rapine ? Est-ce par une main telle que la tienne que le cœur le plus doux qui ait jamais battu est frappé de mort ? En vérité, tu es un instrument digne de ce lâche Shérif de Nottingham. Maintenant, je meurs joyeusement, et peu m’importe comment, car la vie n’est plus rien pour moi ! » Ainsi parla Little John, les larmes salées roulant sur ses joues brunes.

Mais le Shérif de Nottingham frappa dans ses mains de joie. « Maintenant, Guy of Gisbourne, » cria-t-il, « si ce que tu me dis est vrai, ce sera pour toi la meilleure journée que tu aies jamais vécue de toute ton existence. »

« Ce que je t’ai dit est la vérité, et je ne mens point, » dit Robin, toujours de la voix de Guy of Gisbourne. « Regarde, n’est-ce pas là l’épée de Robin Hood, et n’est-ce pas là son bon arc d’if, et n’est-ce pas là son cor de chasse ? Crois-tu qu’il les aurait donnés à Guy of Gisbourne de son plein gré ? »

Alors le Shérif éclata de rire de joie. « C’est un beau jour ! » s'écria-t-il. « Le grand hors-la-loi est mort et son bras droit est entre mes mains ! Demande ce que tu voudras, Guy of Gisbourne, et cela t’est acquis ! »

« Alors voici ce que je te demande, » dit Robin. « Puisque j’ai tué le maître, je voudrais maintenant tuer l’homme. Livre-moi la vie de ce gaillard, Monsieur le Shérif. »

« Tu es bien fou ! » cria le Shérif. « Tu aurais pu obtenir assez d'argent pour la rançon d'un chevalier si tu l'avais demandé. Il m'en coûte de laisser ce gaillard m'échapper, mais puisque je l'ai promis, tu l'auras. »

« Je te remercie bien sincèrement pour ton présent, » cria Robin. « Faites descendre le coquin du cheval, mes hommes, et appuyez-le contre cet arbre, pendant que je vous montre comment nous saignons un porc là d’où je viens ! »

À ces mots, quelques hommes du Shérif secouèrent la tête ; car, bien qu’ils ne se souciassent guère de savoir si Little John était pendu ou non, ils avaient horreur de le voir massacré de sang-froid. Mais le Shérif les appela d’une voix forte, leur ordonnant de faire descendre le franc-tenancier de cheval et de l’adosser à l’arbre, comme l’autre l’exigeait.

Pendant qu’ils faisaient cela, Robin Hood banda à la fois son arc et celui de Guy of Gisbourne, bien qu’aucun d’eux ne remarquât son geste. Puis, quand Little John fut debout contre l’arbre, il tira le poignard tranchant à deux tranchants de Guy of Gisbourne. « Reculez ! Reculez ! » cria-t-il. « Voulez-vous vous presser ainsi autour de mon plaisir, coquins malotrus ? En arrière, je vous dis ! Plus loin encore ! » Ils se reculèrent donc, comme il l’ordonnait, beaucoup d’entre eux détournant le visage pour ne pas voir ce qui allait arriver.

« Viens ! » cria Little John. « Voici ma poitrine. Il est juste que la même main qui a tué mon cher maître me massacre aussi ! Je te connais, Guy of Gisbourne ! »

« Paix, Little John ! » dit Robin d'une voix basse. « Deux fois tu as dit que tu me connais, et pourtant tu ne me connais pas du tout. N’as-tu pas pu me reconnaître sous cette peau de bête sauvage ? Là-bas, juste devant toi, gisent mon arc et mes flèches, ainsi que mon épée à deux mains. Prends-les quand je couperai tes liens. Maintenant ! Saisis-les prestement ! » En disant cela, il trancha les liens, et Little John, prompt comme l'éclair, bondit en avant et ramassa l'arc, les flèches et l'épée. Au même instant, Robin Hood rejeta la capuche de peau de cheval qui couvrait son visage et banda l'arc de Guy of Gisbourne, une flèche acérée et barbelée ajustée à la corde. « En arrière ! » cria-t-il d'un ton sévère. « Le premier homme qui pose le doigt sur une corde d'arc mourra ! J'ai tué ton homme, Shérif ; prends garde que ce ne soit ton tour ensuite. » Puis, voyant que Little John s'était armé, il porta son cor de chasse à ses lèvres et souffla trois notes, à la fois fortes et stridentes.

Or, quand le Shérif de Nottingham vit quel visage se cachait sous la capuche de Guy of Gisbourne, et quand il entendit ces notes de cor résonner à ses oreilles, il sentit que son heure était venue. « Robin Hood ! » hurla-t-il, et sans un mot de plus, il fit faire volte-face à son cheval sur la route et s'enfuit dans un nuage de poussière. Les hommes du Shérif, voyant leur maître fuir ainsi pour sauver sa peau, pensèrent qu'il n'était pas de leur ressort de s'attarder davantage ; aussi, enfonçant les éperons dans les flancs de leurs montures, ils s'élancèrent à sa suite. Mais, bien que le Shérif de Nottingham allât bon train, il ne pouvait distancer une flèche de longueur d'aune. Little John fit vibrer la corde de son arc avec un cri, et quand le Shérif s'engouffra à toute bride par les portes de la ville de Nottingham, une flèche de bois gris dépassait derrière lui comme un moineau en mue avec une seule plume à la queue. Pendant tout un mois, le pauvre Shérif ne put s'asseoir que sur les coussins les plus moelleux qu'il pût trouver.

Ainsi, le Shérif et une vingtaine d'hommes s'enfuirent devant Robin Hood et Little John ; si bien que lorsque Will Stutely et une douzaine de francs-tenanciers robustes jaillirent du couvert, ils ne virent rien des ennemis de leur maître, car le Shérif et ses hommes déguerpissaient au loin, dissimulés dans un nuage de poussière semblable à un petit orage.

Ensuite, ils retournèrent tous dans la forêt une fois de plus, où ils trouvèrent les trois fils de la veuve, qui coururent vers Little John et baisèrent ses mains. Mais il ne leur était plus possible d'errer librement dans la forêt ; ils promirent donc qu'après être allés dire à leur mère qu'ils étaient sains et saufs, ils viendraient cette nuit même à l'arbre du bois vert, pour désormais devenir des hommes de la troupe.

Le Roi Richard vient dans la forêt de Sherwood

Il n'était pas passé plus de deux mois depuis que ces aventures palpitantes étaient arrivées à Robin Hood et à Little John, que tout le Nottinghamshire était en grand émoi et tumulte, car le Roi Richard Cœur de Lion accomplissait un voyage royal à travers la joyeuse Angleterre, et chacun s'attendait à ce qu'il vînt dans la ville de Nottingham au cours de son périple. Des messagers allaient et venaient entre le Shérif et le Roi, jusqu'à ce qu'enfin le moment fût fixé où Sa Majesté s'arrêterait à Nottingham, en tant qu'invité de Monsieur le Shérif.

Et maintenant, ce fut plus d'agitation que jamais ; une grande course de çà et là, un martèlement de marteaux et un babillage de voix résonnaient partout dans la cité, car les gens érigeaient de grands arcs de triomphe à travers les rues, sous lesquels le Roi devait passer, et ils drapaient ces arcs de bannières de soie et de banderoles aux mille couleurs. Un grand vacarme régnait également dans la Halle des Corporations de la ville, car c'est là qu'un grand banquet devait être donné au Roi et aux nobles de sa suite, et les meilleurs maîtres charpentiers étaient occupés à construire un trône où le Roi et le Shérif devaient s'asseoir au bout de la table, côte à côte.

Il semblait à maints braves gens de l'endroit que le jour qui devait amener le Roi dans la cité ne viendrait jamais ; mais, quoi qu'il en soit, il arriva en son temps, et le soleil brilla avec éclat sur les rues pavées, toutes animées d'une mer de gens en proie à l'agitation. De chaque côté du chemin, de grandes foules de citadins et de campagnards se tenaient serrées comme des harengs séchés dans une boîte, si bien que les hommes du Shérif, hallebardes en mains, pouvaient à peine les refouler pour laisser l'espace nécessaire au passage du cortège royal.

« Prends garde à qui tu pousses ! » cria un grand moine corpulent à l'un de ces hommes. « Veux-tu me planter tes coudes dans les côtes, maraud ? Par Notre-Dame de la Fontaine, si tu ne me traites pas avec plus de déférence, je te fracasserai le crâne, même si tu es l'un des hommes du puissant Shérif. »

À cela, un grand éclat de rire s'éleva d'un nombre de francs-tenanciers de haute taille, vêtus de vert de Lincoln, qui étaient dispersés dans la foule aux alentours ; mais l'un d'eux, qui semblait détenir plus d'autorité que les autres, poussa le saint homme du coude. « Paix, Tuck, » dit-il, « ne m'avais-tu pas promis, avant de venir ici, que tu mettrais un frein à ta langue ? »

« Oui, par ma foi, » grogna l'autre, « mais je ne m'attendais pas à ce qu'un malotru aux pieds lourds me piétine les orteils comme s'ils n'étaient que glands dans la forêt. »

Mais soudain, toutes ces querelles cessèrent, car un son clair de nombreux cors de chasse vint serpenter dans la rue. Alors tout le peuple tendit le cou et regarda dans la direction d'où provenait le son, et la bousculade, les poussées et le balancement de la foule devinrent plus intenses que jamais. Et voici qu'un déploiement galant d'hommes apparut, étincelant, et les acclamations du peuple coururent à travers la foule comme le feu dans l'herbe sèche.

Vingt-huit hérauts, vêtus de velours et de drap d'or, chevauchaient en avant. Au-dessus de leurs têtes flottait un nuage de plumes blanches comme neige, et chaque héraut portait à la main une longue trompette d'argent, dont il jouait avec musicalité. À chaque trompette était suspendue une lourde bannière de velours et de drap d'or, où étaient blasonnées les armes royales d'Angleterre. Après eux chevauchaient cent nobles chevaliers, deux par deux, tous entièrement armés, si ce n'est que leurs têtes étaient découvertes. Dans leurs mains, ils portaient de hautes lances, au sommet desquelles flottaient des pennons de couleurs et d'emblèmes variés. Aux côtés de chaque chevalier marchait un page vêtu de riches habits de soie et de velours, et chaque page portait dans ses mains le heaume de son maître, d'où ondulaient de longs panaches de plumes. Nottingham n'avait jamais vu spectacle plus beau que ces cent nobles chevaliers, dont l'armure faisait jaillir le soleil en une lumière éblouissante tandis qu'ils chevauchaient leurs grands chevaux de guerre, dans un fracas d'armes et un tintement de chaînes. Derrière les chevaliers venaient les barons et les nobles du centre du pays, en robes de soie et de drap d'or, avec des chaînes d'or autour du cou et des joyaux à leurs ceinturons. Derrière eux encore venait une grande troupe d'hommes d'armes, avec des lances et des hallebardes, et, au milieu d'eux, deux cavaliers côte à côte. L'un des cavaliers était le Shérif de Nottingham dans ses robes d'office. L'autre, qui dépassait le Shérif d'une tête, était vêtu d'une parure riche mais simple, avec une large et lourde chaîne autour du cou. Ses cheveux et sa barbe étaient comme des fils d'or, et ses yeux étaient bleus comme le ciel d'été. Tandis qu'il chevauchait, il saluait à droite et à gauche, et un rugissement puissant de voix le suivait à son passage ; car c'était le Roi Richard.

Puis, par-dessus tout le tumulte et les cris, une voix puissante se fit entendre, rugissant : « Que le Ciel et ses saints te bénissent, notre gracieux Roi Richard ! Et de même, que Notre-Dame de la Fontaine te bénisse ! » Alors le Roi Richard, regardant vers l'endroit d'où provenait le son, vit un prêtre grand, corpulent et vigoureux, debout devant toute la foule, les jambes écartées tandis qu'il s'appuyait contre ceux qui étaient derrière lui.

« Par mon âme, Shérif, » dit le Roi en riant, « vous avez les prêtres les plus grands du Nottinghamshire que j'aie jamais vus de toute ma vie. Si le Ciel n'exauçait jamais les prières par surdité, je pense que j'obtiendrais quand même des bénédictions, car cet homme là-bas ferait frotter les oreilles à la grande statue de pierre de Saint Pierre pour l'écouter. Je voudrais avoir une armée de tels hommes. »

À cela, le Shérif ne répondit pas un mot, mais tout le sang quitta ses joues, et il saisit le pommeau de sa selle pour ne pas tomber ; car il vit lui aussi le gaillard qui criait ainsi, et il reconnut en lui Frère Tuck ; et, de plus, derrière Frère Tuck, il vit les visages de Robin Hood, de Little John, de Will Scarlet, de Will Stutely, d'Allan a Dale et d'autres membres de la troupe.

« Eh bien, » dit le Roi précipitamment, « êtes-vous malade, Shérif, pour devenir si pâle ? »

« Non, Votre Majesté, » dit le Shérif, « ce n'était rien qu'une douleur soudaine qui passera bientôt. » Ainsi parla-t-il, car il avait honte que le Roi sût que Robin Hood le craignait si peu qu'il osait ainsi pénétrer dans les portes mêmes de la ville de Nottingham.

C'est ainsi que le Roi fit son entrée à Nottingham en cette après-midi lumineuse du début de l'automne ; et nul ne se réjouit plus que Robin Hood et ses joyeux compagnons de le voir arriver si royalement sur ses terres.

La soirée était venue ; le grand festin dans la Halle des Corporations de Nottingham était terminé, et le vin coulait à flots. Un millier de lumières de cire brillaient le long de la table, à laquelle étaient assis lords, nobles, chevaliers et écuyers dans une belle ordonnance. Au bout de la table, sur un trône tendu de drap d'or, siégeait le Roi Richard avec le Shérif de Nottingham à ses côtés.

Le Roi dit au Shérif, en riant tout en parlant : « J'ai ouï dire beaucoup de choses concernant les agissements de certains gaillards dans ces parages, un certain Robin Hood et sa troupe, qui sont des hors-la-loi et demeurent dans la forêt de Sherwood. Ne pouvez-vous m'en dire quelque chose, Monsieur le Shérif ? Car j'apprends que vous avez eu affaire à eux plus d'une fois. »

À ces mots, le Shérif de Nottingham baissa les yeux d'un air sombre, et l'Évêque de Hereford, qui était présent, se mordit la lèvre inférieure. Le Shérif dit : « Je ne puis dire à Votre Majesté que peu de chose concernant les faits et gestes de ces mauvais drôles, si ce n'est qu'ils sont les plus audacieux violateurs de loi dans tout le pays. »

Alors le jeune Sir Henry of the Lea prit la parole, grand favori du Roi, sous lequel il avait combattu en Palestine. « Plaise à Votre Majesté, » dit-il, « lorsque j'étais en Palestine, j'ai entendu maintes fois parler de mon père, et dans la plupart des cas, j'entendais parler de ce même Robin Hood. Si Votre Majesté le souhaite, je vous raconterai une certaine aventure de ce hors-la-loi. »

Alors le Roi, en riant, l'invita à raconter son histoire, sur quoi il raconta comment Robin Hood avait aidé Sir Richard of the Lea avec de l'argent qu'il avait emprunté à l'Évêque de Hereford. Encore et encore, le Roi et les personnes présentes éclatèrent de rire, tandis que le pauvre Évêque rougissait comme une cerise de contrariété, car l'affaire lui était restée sur le cœur. Quand Sir Henry of the Lea eut terminé, d'autres personnes présentes, voyant combien le Roi appréciait ce joyeux récit, racontèrent d'autres histoires concernant Robin et ses joyeux compagnons.

« Par la garde de mon épée, » dit le robuste Roi Richard, « c'est là un drôle aussi audacieux et joyeux que jamais j'en ai entendu parler. Par ma foi, je dois prendre cette affaire en main et faire ce que vous n'avez pu faire, Shérif, à savoir purger la forêt de lui et de sa troupe. »

Cette nuit-là, le Roi siégeait à l'endroit qui lui était réservé pour son logement pendant son séjour à Nottingham. Avec lui se trouvaient le jeune Sir Henry of the Lea, deux autres chevaliers et trois barons du Nottinghamshire ; mais l'esprit du Roi s'attardait toujours sur Robin Hood. « Maintenant, » dit-il, « je donnerais volontiers cent livres pour rencontrer ce gaillard de Robin Hood, et pour voir un peu de ses exploits dans la forêt de Sherwood. »

Alors Sir Hubert of Gingham prit la parole en riant : « Si Votre Majesté a un tel désir, il n'est pas si difficile à satisfaire. Si Votre Majesté est prête à perdre cent livres, je m'engage à faire en sorte non seulement que vous rencontriez ce gaillard, mais que vous festoyiez avec lui dans Sherwood. »

« Par ma foi, Sir Hubert, » dit le Roi, « cela me plaît fort. Mais comment me ferez-vous rencontrer Robin Hood ? »

« Eh bien, ainsi, » dit Sir Hubert, « que Votre Majesté et nous-mêmes ici présents revêtions les robes de sept membres de l'Ordre des Frères Noirs, et que Votre Majesté suspende une bourse de cent livres sous votre robe ; puis engageons-nous à chevaucher d'ici jusqu'à la ville de Mansfield demain, et, à moins que je ne me trompe fort, nous rencontrerons Robin Hood et dînerons avec lui avant que le jour ne soit passé. »

« Ton plan me plaît, Sir Hubert, » dit le Roi joyeusement, « et demain nous l'essaierons pour voir s'il y a de la vertu en lui. »

Il advint donc que lorsque, tôt le lendemain matin, le Shérif vint trouver son suzerain là où il logeait, pour lui rendre hommage, le Roi lui raconta ce dont ils avaient discuté la veille au soir, et quelle joyeuse aventure ils étaient résolus à entreprendre ce matin-là. Mais quand le Shérif entendit cela, il se frappa le front du poing. « Hélas ! » dit-il, « quel mauvais conseil vous a-t-on donné ! Ô mon gracieux seigneur et Roi, vous ne savez ce que vous faites ! Ce scélérat que vous allez ainsi chercher n'a aucun respect ni pour le Roi ni pour les lois du Roi. »

« Mais n'ai-je pas bien entendu lorsqu'on m'a dit que ce Robin Hood n'a versé aucun sang depuis qu'il est hors-la-loi, sauf seulement celui de ce vil Guy of Gisbourne, pour la mort duquel tous les honnêtes gens devraient le remercier ? »

« Oui, Votre Majesté, » dit le Shérif, « vous avez bien entendu. Néanmoins... »

« Alors, » dit le Roi, interrompant le discours du Shérif, « qu'ai-je à craindre en le rencontrant, ne lui ayant fait aucun mal ? En vérité, il n'y a aucun danger là-dedans. Mais peut-être viendrez-vous avec nous, Monsieur le Shérif. »

« Non, » dit le Shérif précipitamment, « le Ciel m'en préserve ! »

Mais à présent, sept habits tels que ceux que portent les Frères Noirs furent apportés, et le Roi ainsi que ceux qui l'entouraient s'en étant revêtus, et Sa Majesté ayant suspendu une bourse contenant cent livres d'or sous ses robes, ils partirent tous et montèrent sur les mules qui avaient été amenées à la porte pour eux. Puis le Roi ordonna au Shérif de garder le silence sur leurs faits et gestes, et c'est ainsi qu'ils se mirent en route. Ils voyagèrent, riant et plaisantant, jusqu'à ce qu'ils eussent traversé la campagne ouverte ; entre des champs de récoltes dépouillés d'où la moisson avait été rentrée ; à travers des clairières éparses qui commençaient à s'épaissir à mesure qu'ils avançaient, jusqu'à ce qu'ils atteignent l'ombre épaisse de la forêt elle-même. Ils voyagèrent dans la forêt pendant plusieurs milles sans rencontrer personne de ceux qu'ils cherchaient, jusqu'à ce qu'ils arrivassent à la partie de la route qui se trouvait le plus près de l'Abbaye de Newstead.

« Par le saint Saint Martin, » dit le Roi, « je voudrais avoir une meilleure mémoire pour les choses de grande nécessité. Voici que nous sommes partis sans même apporter une goutte de quoi que ce soit à boire avec nous. Maintenant, je donnerais cinquante livres pour quelque chose de quoi étancher ma soif. »

À peine le Roi eut-il parlé qu'un grand gaillard à la barbe et aux cheveux jaunes, affublé d'une paire d'yeux bleus pleins de gaieté, sortit du couvert qui bordait le chemin. « En vérité, saint frère, » dit-il en posant la main sur la bride du cheval du Roi, « ce serait chose peu chrétienne de ne pas répondre comme il convient à un si beau marché. Nous tenons une auberge dans les environs, et pour cinquante livres, non seulement nous vous donnerons une bonne rasade de vin, mais nous vous offrirons un festin aussi noble que tout ce dont vous ayez jamais pu chatouiller votre gosier. » Ayant dit cela, il porta ses doigts à ses lèvres et siffla d'un ton aigu. Aussitôt, les buissons et les branches de chaque côté de la route se mirent à osciller et à craquer, et soixante francs yeomen aux larges épaules, vêtus de vert Lincoln, firent irruption hors du fourré.

« Comment, l'ami, » dit le Roi, « qui es-tu donc, vil coquin ? N'as-tu aucun respect pour de saints hommes tels que nous ? »

« Pas le moins du monde, » répliqua le joyeux Robin Hood, car c'était lui, « car en vérité, toute la sainteté des riches moines tels que vous pourrait tenir dans un dé à coudre sans que la ménagère ne la sente sous le bout de son doigt. Quant à mon nom, c'est Robin Hood, et il se peut que tu l'aies déjà entendu. »

« Arrière, maraud ! » s'écria le Roi Richard. « Tu es un drôle audacieux et sans foi ni loi, ainsi que je l'ai souvent entendu dire. Maintenant, je te prie, laisse-moi, ainsi que mes frères, poursuivre notre route en paix et en tranquillité. »

« Il ne se peut pas, » dit Robin, « car il serait fort mal vu de notre part de laisser de si saints hommes continuer leur chemin l'estomac vide. Mais je ne doute point que tu aies une bourse bien garnie pour payer ton écot à notre auberge, puisque tu offres si généreusement une telle somme pour une pauvre rasade de vin. Montre-moi ta bourse, révérend frère, ou je pourrais bien être contraint de te dépouiller de tes robes pour la chercher moi-même. »

« Non, n'use point de force, » dit le Roi d'un ton sévère. « Voici ma bourse, mais ne pose pas tes mains impies sur notre personne. »

« Hut, tut, » fit le joyeux Robin, « quels sont ces mots pleins d'orgueil ? Es-tu le Roi d'Angleterre pour me parler ainsi ? Tiens, Will, prends cette bourse et vois ce qu'elle contient. »

Will Scarlet prit la bourse et en compta l'argent. Puis Robin lui ordonna d'en garder cinquante livres pour eux et d'en remettre cinquante dans la bourse, qu'il tendit alors au Roi. « Voici, frère, » dit-il, « prends cette moitié de ton argent et remercie Saint Martin, que tu invoquais tout à l'heure, d'être tombé entre les mains de brigands si doux qui ne te dépouilleront pas jusqu'à la corde comme ils auraient pu le faire. Mais ne veux-tu pas rabattre ton capuchon ? Car j'aimerais voir ton visage. »

« Non, » dit le Roi en se reculant, « je ne puis rabattre mon capuchon, car nous avons fait vœu, nous sept, de ne montrer nos visages avant vingt-quatre heures. »

« Alors gardez-les couverts en paix, » dit Robin, « et loin de moi l'idée de vous faire rompre vos vœux. »

Il appela alors sept de ses yeomen et leur ordonna de prendre chacun une mule par la bride ; puis, tournant leurs pas vers les profondeurs des bois, ils s'avancèrent jusqu'à ce qu'ils atteignissent la clairière dégagée et l'arbre de la forêt verte.

Little John, avec soixante yeomen à ses trousses, était lui aussi parti ce matin-là pour guetter le long des routes et amener un riche invité à la clairière de Sherwood, si la chance lui souriait, car beaucoup de gens aux bourses bien garnies devaient voyager en ces temps où de si grandes choses se passaient dans le Nottinghamshire. Mais, bien que Little John et tant d'autres fussent partis, Frère Tuck et une quarantaine de vigoureux yeomen étaient assis ou étendus autour du grand arbre, et lorsque Robin et les autres arrivèrent, ils bondirent sur leurs pieds pour l'accueillir.

« Par mon âme, » dit le joyeux Roi Richard lorsqu'il fut descendu de sa mule et qu'il se tint là à regarder autour de lui, « tu as en vérité une belle troupe de jeunes gens autour de toi, Robin. Je crois que le Roi Richard lui-même serait heureux d'avoir une telle garde du corps. »

« Ce ne sont pas là tous mes compagnons, » dit Robin avec fierté, « car soixante autres sont partis en affaire avec mon fidèle bras droit, Little John. Mais quant au Roi Richard, je te le dis, frère, il n'est pas un homme parmi nous qui ne verserait son sang comme de l'eau pour lui. Vous, gens d'église, ne pouvez comprendre notre Roi à sa juste valeur ; mais nous, yeomen, nous l'aimons loyalement pour ses actes de bravoure qui ressemblent tant aux nôtres. »

Mais voici que Frère Tuck accourut. « Bien le bonsoir, frères, » dit-il. « Je suis fort heureux d'accueillir certains de mon état dans ce lieu de perdition. Vraiment, je pense que ces brigands de hors-la-loi courraient grand risque s'il n'y avait les prières du Saint Tuck, qui travaille si durement pour leur bien-être. » Ici, il fit un clin d'œil malicieux et passa sa langue dans sa joue.

« Qui es-tu, prêtre fou ? » dit le Roi d'une voix sérieuse, bien qu'il souriât sous son capuchon.

À ces mots, Frère Tuck promena un regard lent tout autour. « Voyez-vous cela, » dit-il, « ne me laissez jamais dire à nouveau que je ne suis pas un homme patient. Voici un drôle de moine qui me traite de prêtre fou, et pourtant je ne le frappe point. Mon nom est Frère Tuck, l'ami — le saint Frère Tuck. »

« Assez, Tuck, » dit Robin, « tu en as assez dit. Je t'en prie, cesse ton bavardage et apporte du vin. Ces révérends hommes ont soif, et puisqu'ils ont si richement payé leur écot, ils doivent avoir le meilleur. »

Frère Tuck se rengorgea d'avoir été ainsi repris, mais il alla néanmoins aussitôt obéir aux ordres de Robin ; peu après, une grande cruche fut apportée, et le vin fut servi à tous les invités ainsi qu'à Robin Hood. Puis Robin leva sa coupe bien haut. « Attendez ! » cria-t-il. « Retenez votre soif jusqu'à ce que je vous propose un toast. À la santé du bon Roi Richard de grand renom, et puissent tous ses ennemis être confondus. »

Tous burent à la santé du Roi, y compris le Roi lui-même. « Il me semble, mon brave, » dit-il, « que tu as bu à ta propre confusion. »

« Pas le moins du monde, » répliqua le joyeux Robin, « car je te dis que nous, de Sherwood, nous sommes plus loyaux envers notre seigneur le Roi que ceux de ton ordre. Nous donnerions nos vies pour son profit, tandis que vous vous contentez de rester bien au chaud dans vos abbayes et vos prieurés, laissant régner qui veut. »

À cela, le Roi rit. Il dit : « Peut-être le bien-être du Roi Richard m'importe-t-il plus que tu ne le penses, l'ami. Mais assez de ce sujet. Nous avons bien payé notre pitance, ne pourrais-tu donc nous offrir quelque divertissement ? J'ai souvent entendu dire que vous étiez des archers merveilleux ; ne nous montrerez-vous pas un peu de votre adresse ? »

« De tout mon cœur, » dit Robin, « nous sommes toujours heureux de montrer à nos hôtes tout le sport qu'il y a à voir. Comme le dit Gaffer Swanthold : "C'est un cœur bien dur qui ne donnera pas le meilleur à un étourneau en cage" ; et des étourneaux en cage, vous l'êtes chez nous. Holà, les gars ! Dressez une guirlande au bout de la clairière. »

Puis, alors que les yeomen couraient pour obéir à leur maître, Tuck se tourna vers l'un des faux moines. « Entends-tu notre maître ? » dit-il avec un clin d'œil sournois. « Chaque fois qu'il trouve quelque pauvre trait d'esprit, il le met aussitôt sur le dos de ce Gaffer Swanthold — quel qu'il soit — de sorte que le pauvre homme se promène avec toutes les bribes et les morceaux du cerveau de notre maître entassés sur son dos. » Ainsi parla Frère Tuck, mais à voix basse pour que Robin ne pût l'entendre, car il se sentait quelque peu piqué de voir Robin couper son discours si court.

Entre-temps, la cible sur laquelle ils devaient tirer fut placée à cent vingt pas de distance. C'était une guirlande de feuilles et de fleurs de deux empans de large, suspendue à un piquet devant le tronc d'un large arbre. « Voilà, » dit Robin, « voilà une belle cible, les gars. Chacun de vous tirera trois flèches ; et si l'un d'entre vous manque sa cible d'une seule flèche, il recevra une taloche du poing de Will Scarlet. »

« Écoutez-le ! » fit Frère Tuck. « Eh quoi, maître, tu distribues des taloches de ton vigoureux neveu comme s'il s'agissait de caresses d'une fille pleine de vie. Je gage que tu es sûr de toucher la guirlande toi-même, sinon tu ne serais pas si prodigue de ses gifles. »

D'abord David de Doncaster tira et logea ses trois flèches dans la guirlande. « Bien joué, David ! » cria Robin, « tu as sauvé tes oreilles d'une chauffe aujourd'hui. » Ensuite, Midge le Meunier tira, et lui aussi logea ses flèches dans la guirlande. Puis vint Wat le Chaudronnier, mais hélas pour lui ! Car l'un de ses traits manqua la cible de la largeur de deux doigts.

« Approche, mon ami, » dit Will Scarlet de sa voix douce et légère, « je te dois quelque chose que je voudrais payer sans tarder. » Alors Wat le Chaudronnier s'avança et se tint devant Will Scarlet, crispant son visage et fermant les yeux très fort, comme s'il sentait déjà ses oreilles tinter sous la gifle. Will Scarlet retroussa sa manche et, se mettant sur la pointe des pieds pour donner plus de élan à son bras, il frappa de toutes ses forces. « PAF ! » sa paume s'abattit sur la tête du Chaudronnier, et le robuste Wat s'effondra dans l'herbe, la tête la première, comme l'image en bois à la foire quand le joueur adroit lui lance un bâton. Puis, tandis que le Chaudronnier s'asseyait dans l'herbe, se frottant l'oreille et clignant des yeux devant les étoiles brillantes qui dansaient devant lui, les yeomen éclatèrent d'un rire qui fit résonner la forêt. Quant au Roi Richard, il rit jusqu'à ce que les larmes lui coulent sur les joues. Ainsi la bande tira, chacun à son tour, certains s'en tirant à bon compte, d'autres gagnant une taloche qui les envoyait toujours dans l'herbe. Et enfin, Robin prit sa place, et tout devint silencieux pendant qu'il tirait. La première flèche qu'il décocha fendit un morceau du piquet auquel était suspendue la guirlande ; la seconde se logea à un pouce de la première. « Par ma foi, » se dit le Roi Richard, « je donnerais mille livres pour que cet homme soit l'un de mes gardes ! » Et maintenant, pour la troisième fois, Robin tira ; mais hélas pour lui ! La flèche était mal empennée et, vacillant sur le côté, elle frappa à un pouce hors de la guirlande.

À cela, un grand rugissement s'éleva, les yeomen assis sur l'herbe se roulant par terre en hurlant de rire, car jamais auparavant ils n'avaient vu leur maître manquer ainsi sa cible ; mais Robin jeta son arc à terre avec dépit. « Ah, malheur ! » cria-t-il. « Ce trait avait une mauvaise plume, je l'ai senti au moment où il quittait mes doigts. Donnez-moi une flèche bien faite, et je m'engage à fendre la baguette avec. »

À ces mots, les yeomen rirent plus fort que jamais. « Non, mon bon oncle, » dit Will Scarlet de sa voix douce et sucrée, « tu as eu ta chance et tu as manqué ton but tout à fait. Je jure que la flèche était aussi bonne que toutes celles qui ont été décochées aujourd'hui. Approche ; je te dois quelque chose et je voudrais bien le payer. »

« Vas-y, bon maître, » rugit Frère Tuck, « et que ma bénédiction t'accompagne. Tu as distribué ces caresses de Will Scarlet avec une grande liberté. Ce serait dommage que tu n'aies pas ta propre part. »

« Il ne se peut pas, » dit le joyeux Robin. « Je suis roi ici, et nul sujet ne peut lever la main contre le roi. Mais même notre grand Roi Richard peut céder au Saint-Père sans honte, et même recevoir une tape de lui en guise de pénitence ; c'est pourquoi je m'en remettrai à ce saint frère, qui semble être une autorité, et j'accepterai ma punition de lui. » Ainsi disant, il se tourna vers le Roi : « Je t'en prie, frère, veux-tu prendre ma punition entre tes saintes mains ? »

« De tout mon cœur, » dit le joyeux Roi Richard, se levant d'où il était assis. « Je te dois quelque chose pour m'avoir délesté d'un poids de cinquante livres de ma bourse. Alors faites-lui de la place sur le vert, les gars. »

« Si tu me fais tomber, » dit Robin, « je te rendrai volontiers tes cinquante livres ; mais je te le dis, frère, si tu ne me fais pas sentir l'herbe tout le long de mon dos, je prendrai chaque farthing que tu possèdes pour tes vantardises. »

« Qu'il en soit ainsi, » dit le Roi, « je suis prêt à tenter le coup. » Là-dessus, il retroussa sa manche et montra un bras qui fit écarquiller les yeux des yeomen. Mais Robin, les pieds largement écartés, se tenait fermement planté, attendant l'autre, tout souriant. Puis le Roi balança son bras en arrière et, s'équilibrant un instant, il asséna à Robin une taloche qui tomba comme un coup de tonnerre. Robin s'effondra tête la première dans l'herbe, car le coup aurait fait s'écrouler un mur de pierre. Alors, comme les yeomen hurlèrent de rire jusqu'à s'en faire mal aux côtes, car jamais ils n'avaient vu une telle taloche donnée de toute leur vie. Quant à Robin, il finit par s'asseoir et regarder tout autour de lui, comme s'il était tombé d'un nuage et avait atterri dans un endroit qu'il n'avait jamais vu auparavant. Après un moment, tout en observant ses yeomen hilares, il porta doucement le bout de ses doigts à son oreille et la tâta tendrement. « Will Scarlet, » dit-il, « compte à ce gaillard ses cinquante livres ; je ne veux plus rien ni de son argent, ni de lui. Que la peste l'étouffe, lui et sa taloche ! J'aurais dû accepter mon dû de toi, car je crois en vérité qu'il m'a rendu l'oreille sourde pour toujours. »

Puis, tandis que des éclats de rire secouaient encore la bande, Will Scarlet compta les cinquante livres, et le Roi les remit dans sa bourse. « Je te remercie, mon ami, » dit-il, « et si jamais tu souhaites une autre gifle pour égaler celle que tu as reçue, viens me trouver et je t'en donnerai une pour rien. »

Ainsi parla le joyeux Roi ; mais, alors qu'il finissait, le son de nombreuses voix se fit soudain entendre, et Little John et soixante hommes surgirent du couvert, avec Sir Richard de la Lea au milieu d'eux. Ils coururent à travers la clairière, et en approchant, Sir Richard cria à Robin : « Hâte-toi, cher ami, rassemble ta bande et viens avec moi ! Le Roi Richard a quitté la ville de Nottingham ce matin même et vient te chercher dans les bois. Je ne sais comment il vient, car ce n'était qu'une rumeur qui m'est parvenue ; néanmoins, je sais que c'est la vérité. Hâte-toi donc avec tous tes hommes et viens au Château de la Lea, car là, tu pourras rester caché jusqu'à ce que le danger actuel passe. Qui sont ces étrangers que tu as avec toi ? »

« Eh bien, » dit le joyeux Robin en se levant de l'herbe, « ce sont de nobles invités qui sont venus avec nous depuis la grand-route près de l'Abbaye de Newstead. Je ne connais pas leurs noms, mais j'ai appris à bien connaître la paume de ce gaillard ce matin. Ma foi, le plaisir de cette connaissance m'a coûté une oreille sourde et cinquante livres par-dessus le marché ! »

Sir Richard regarda attentivement le grand frère, qui, se redressant de toute sa hauteur, soutint fixement le regard du chevalier. Puis, soudain, les joues de Sir Richard pâlirent, car il reconnut celui qu'il regardait. Il sauta vivement de son cheval et se jeta à genoux devant lui. À ce spectacle, le Roi, voyant que Sir Richard l'avait reconnu, rejeta son capuchon, et tous les yeomen virent son visage et le reconnurent aussi, car il n'en était aucun qui n'eût été dans la foule de la bonne ville de Nottingham, et ne l'eût vu chevaucher aux côtés du Shérif. Ils tombèrent à genoux sans pouvoir dire un mot. Puis le Roi regarda tout autour de lui d'un air fort sévère, et enfin son regard revint se poser sur Sir Richard de la Lea.

« Comment est-ce, Sir Richard ? » dit-il sévèrement. « Comment oses-tu t'interposer entre moi et ces gens ? Et comment oses-tu offrir ton château de chevalier, le Château de la Lea, comme refuge pour eux ? Veux-tu en faire une cachette pour les plus célèbres hors-la-loi d'Angleterre ? »

Alors Sir Richard de la Lea leva les yeux vers le visage du Roi. « Loin de moi, » dit-il, « l'idée de faire quoi que ce soit qui pourrait attirer la colère de Votre Majesté sur moi. Pourtant, je préférerais affronter la colère de Votre Majesté plutôt que de souffrir qu'un quelconque mal, que je pouvais empêcher, frappe Robin Hood et sa bande ; car c'est à eux que je dois la vie, l'honneur, tout. Devrais-je donc les abandonner à l'heure de leur besoin ? »

Avant que le chevalier n'eût fini de parler, l'un des faux moines qui se tenait près du Roi s'avança et s'agenouilla aux côtés de Sir Richard, et en rejetant son capuchon, montra le visage du jeune Sir Henry de la Lea. Puis Sir Henry saisit la main de son père et dit : « Ici s'agenouille quelqu'un qui t'a bien servi, Roi Richard, et qui, comme tu le sais, s'est interposé entre toi et la mort en Palestine ; pourtant, je demeure fidèle à mon cher père, et je dis ici aussi que j'offrirais volontiers refuge à ce noble hors-la-loi, Robin Hood, même si cela devait attirer ta colère sur moi, car l'honneur et le bien-être de mon père me sont aussi chers que les miens. »

Le Roi Richard regarda l'un après l'autre les chevaliers agenouillés, et enfin le froncement de sourcils s'effaça de son front et un sourire effleura les coins de ses lèvres. « Ma foi, Sir Richard, » dit le Roi, « tu es un chevalier à la langue bien pendue, et ta liberté de parole ne pèse pas lourdement contre toi à mes yeux. Ce jeune fils tient de son père tant par l'audace de ses paroles que par ses actes, car, comme il le dit, il s'est une fois interposé entre moi et la mort ; c'est pourquoi je te pardonnerais pour son amour, même si tu avais fait plus que tu ne l'as fait. Levez-vous tous, car vous ne subirez aucun mal de ma part aujourd'hui, car ce serait dommage qu'un moment de joie se termine de façon à en gâcher l'allégresse. »

Alors tous se levèrent et le Roi fit signe à Robin Hood de venir à lui. « Eh bien, » dit-il, « ton oreille est-elle encore trop sourde pour m'entendre parler ? »

« Mes oreilles seraient sourdes dans la mort avant qu'elles ne cessent d'entendre la voix de Votre Majesté, » dit Robin. « Quant au coup que Votre Majesté m'a porté, je dirais que bien que mes péchés soient peut-être nombreux, je crois qu'ils ont été payés en totalité par là. »

« Le penses-tu ? » dit le Roi avec une certaine sévérité dans la voix. « Maintenant je te dis que sans trois choses, à savoir ma miséricorde, mon amour pour un vigoureux homme des bois, et la loyauté que tu m'as avouée, tes oreilles, peut-être, auraient pu être plus étroitement fermées qu'aucune taloche de ma part n'aurait pu le faire. Ne parle pas à la légère de tes péchés, bon Robin. Mais viens, relève la tête. Ton danger est passé, car par la présente je t'accorde, à toi et à toute ta bande, un pardon total. Mais, en vérité, je ne peux vous laisser errer dans la forêt comme vous l'avez fait par le passé ; c'est pourquoi je te prendrai au mot quand tu as dit que tu me donnerais ton service, et tu retourneras à Londres avec moi. Nous prendrons aussi ce drôle audacieux, Little John, ainsi que ton cousin, Will Scarlet, et ton ménestrel, Allan a Dale. Quant au reste de ta bande, nous prendrons leurs noms et les ferons dûment enregistrer en tant que rangers royaux ; car je pense qu'il serait plus sage de les transformer en gardiens respectueux des lois de nos cerfs à Sherwood que de les laisser courir en liberté comme des tueurs hors-la-loi. Mais maintenant, préparez un festin ; je veux voir comment vous vivez dans les bois. »

Alors Robin ordonna à ses hommes de préparer un grand festin. Aussitôt, de grands feux furent allumés et brûlèrent brillamment, sur lesquels des mets savoureux rôtirent délicieusement. Pendant que cela se déroulait, le Roi demanda à Robin d'appeler Allan a Dale, car il voulait l'entendre chanter. Le mot fut passé pour Allan, et il vint bientôt, apportant sa harpe.

« Par ma foi, » dit le roi Richard, « si ton chant égale ta prestance, c’est bien assez beau. Je te prie, entonne une ritournelle et laisse-nous goûter à ton talent. »

Alors Allan effleura sa harpe avec légèreté, et toutes les voix se turent tandis qu’il chantait ainsi :

« « Où es-tu allée, ma fille ? Où es-tu allée ce jour, Ma fille, ma douce fille ? » « Oh, je suis allée au bord de la rivière, Là où les eaux s’étendent grises et larges, Et où le ciel gris couve la marée de plomb, Tandis que le vent aigu soupire en forçant. »

« « Qu’as-tu vu là-bas, ma fille ? Qu’as-tu vu là-bas ce jour, Ma fille, ma douce fille ? » « Oh, j’ai vu une barque venir à la dérive, Où les joncs frémissants sifflent et soupirent, Et l’eau murmure en gargouillant, Tandis que le vent aigu soupire en forçant. »

« « Qu’est-ce qui voguait dans la barque, ma fille ? Qu’est-ce qui voguait dans la barque ce jour, Ma fille, ma douce fille ? » « Oh, il y avait quelqu’un tout vêtu de blanc, Et autour de son visage pendait une lueur livide, Et ses yeux brillaient, aigus comme les étoiles dans la nuit, Tandis que le vent aigu soupirait en forçant. »

« « Et qu’a-t-il dit, ma fille ? Qu’a-t-il dit à toi ce jour, Ma fille, ma douce fille ? » « Oh, il n’a rien dit, mais il a fait ceci : Trois fois sur mes lèvres il a posé un baiser, Et les cordes de mon cœur se sont serrées dans une félicité terrible, Tandis que le vent aigu soupirait en forçant. »

« « Pourquoi deviens-tu si froide, ma fille ? Pourquoi deviens-tu si froide et si blanche, Ma fille, ma douce fille ? » Oh, jamais un mot la fille ne dit, Mais elle resta droite, la tête penchée, Car son cœur était apaisé et son visage mort : Et le vent aigu soupirait en forçant. » »

Tous écoutèrent en silence ; et quand Allan a Dale eut terminé, le roi Richard laissa échapper un soupir. « Par le souffle de mon corps, Allan, » dit-il, « tu as une voix si merveilleusement douce qu’elle émeut étrangement mon cœur. Mais quelle complainte lugubre est-ce là pour les lèvres d’un vaillant franc-tenancier ? J’aimerais mieux t’entendre chanter une chanson d’amour et de bataille qu’une chose triste comme celle-là. De plus, je ne la comprends pas ; que veux-tu dire par ces paroles ? »

« Je ne sais, Votre Majesté, » dit Allan en secouant la tête, « car bien souvent je chante ce que je ne comprends pas clairement moi-même. »

« Bien, bien, » dit le Roi, « passons ; seulement je te dis ceci, Allan, tu devrais tourner tes chansons vers des sujets tels que ceux dont j’ai parlé, à savoir l’amour ou la guerre ; car en vérité, tu as une voix plus douce que celle de Blondel, et je pensais qu’il était le meilleur ménestrel que j’eusse jamais entendu. »

Mais voici qu’un homme s’avança et annonça que le festin était prêt ; alors Robin Hood conduisit le roi Richard et ceux qui l’accompagnaient là où il était étalé sur de beaux draps de lin blanc posés sur l’herbe douce et verte. Puis le roi Richard s’assit et festoya et but, et quand il eut fini, il jura haut et fort qu’il ne s’était jamais assis à un repas aussi copieux de toute sa vie.

Cette nuit-là, il dormit dans la forêt de Sherwood sur un lit de douces feuilles vertes, et au petit matin suivant, il partit des bois pour la ville de Nottingham, accompagné de Robin Hood et de toute sa bande. Vous pouvez deviner quel émoi régna dans la bonne ville quand tous ces célèbres hors-la-loi entrèrent en marchant dans les rues. Quant au Shérif, il ne savait que dire ni où regarder lorsqu’il vit Robin Hood en si grande faveur auprès du Roi, tandis que tout son cœur était rempli de fiel à cause du dépit qui l’accablait.

Le lendemain, le Roi prit congé de la ville de Nottingham ; ainsi Robin Hood, Petit Jean, Will Scarlet et Allan a Dale serrèrent la main à tout le reste de la troupe, embrassant les joues de chaque homme, et jurant qu’ils viendraient souvent à Sherwood les voir. Puis chacun monta son cheval et s’en alla dans le cortège du Roi.

Épilogue

AINSI FINISSENT les Joyeuses Aventures de Robin Hood ; car, en dépit de sa promesse, il s’écoula bien des années avant qu’il ne revît Sherwood.

Après un an ou deux à la cour, Petit Jean revint dans le Nottinghamshire, où il vécut de façon ordonnée, bien qu’en vue de Sherwood, et où il acquit une grande renommée en tant que champion de toute l’Angleterre au bâton. Will Scarlet, après quelque temps, revint dans son propre foyer, d’où il avait été chassé par le meurtre malheureux de l’intendant de son père. Le reste de la bande accomplit son devoir de garde royal fort bien. Mais Robin Hood et Allan a Dale ne revinrent pas à Sherwood si rapidement, car il en fut ainsi :

Robin, grâce à sa grande renommée d’archer, devint un favori du Roi, si bien qu’il s’éleva rapidement en rang pour devenir le chef de tous les francs-tenanciers. À la fin, le Roi, voyant combien il était fidèle et loyal, le fit comte de Huntingdon ; ainsi Robin suivit le Roi dans les guerres, et trouva son temps si rempli qu’il n’eut pas l’occasion de revenir à Sherwood, ne serait-ce que pour un jour. Quant à Allan a Dale et sa femme, la belle Ellen, ils suivirent Robin Hood et partagèrent tous les hauts et les bas de sa vie.

Et maintenant, cher ami, vous qui avez voyagé avec moi dans toutes ces joyeuses entreprises, je ne vous demanderai pas de me suivre plus loin, mais je lâcherai votre main ici avec un « bonsoir », si vous le souhaitez ; car ce qui vient ensuite parle de la fin des choses, et montre comment les joies et les plaisirs qui sont morts et enterrés ne peuvent jamais être remis sur pied pour marcher à nouveau. Je ne m’attarderai pas trop longtemps sur le sujet, mais je raconterai aussi promptement que possible comment ce brave compagnon, Robin Hood, mourut comme il avait vécu, non pas à la cour en tant que comte de Huntingdon, mais l’arc à la main, le cœur dans la forêt verte, et lui-même en vrai franc-tenancier.

Le roi Richard mourut sur le champ de bataille, d’une manière qui convenait bien à un roi au cœur de lion, comme vous le savez sans doute vous-même ; ainsi, après quelque temps, le comte de Huntingdon — ou Robin Hood, comme nous l’appelons encore comme autrefois — ne trouvant rien à faire à l’étranger, revint dans la joyeuse Angleterre. Avec lui vinrent Allan a Dale et sa femme, la belle Ellen, car ces deux-là avaient été les chefs de la maisonnée de Robin depuis qu’il avait quitté la forêt de Sherwood.

C’était au printemps lorsqu’ils débarquèrent une fois de plus sur les rivages de l’Angleterre. Les feuilles étaient vertes et les petits oiseaux chantaient joyeusement, tout comme ils avaient l’habitude de le faire dans la belle Sherwood quand Robin Hood parcourait les ombres des bois avec un cœur libre et un pas léger. Toute la douceur de la saison et la joie de chaque chose rappelèrent à l’esprit de Robin sa vie forestière, si bien qu’un grand désir le prit de contempler les bois une fois de plus. Il alla donc tout droit trouver le roi Jean et sollicita la permission de visiter Nottingham pour une courte période. Le Roi lui donna la permission d’aller et venir, mais lui ordonna de ne pas rester plus de trois jours à Sherwood. Ainsi, Robin Hood et Allan a Dale partirent sans délai pour le Nottinghamshire et la forêt de Sherwood.

La première nuit, ils prirent leur auberge dans la ville de Nottingham, pourtant ils n’allèrent pas rendre hommage au Shérif, car ce notable nourrissait une rancune amère contre Robin Hood, rancunes qui n’avaient pas été atténuées par l’ascension de Robin dans le monde. Le lendemain, à une heure matinale, ils montèrent à cheval et partirent pour les bois. Tandis qu’ils passaient sur la route, il semblait à Robin qu’il connaissait chaque brin d’herbe et chaque pierre sur lesquels ses yeux se posaient. Là-bas se trouvait un sentier qu’il avait souvent foulé par un doux soir, avec Petit Jean à ses côtés ; ici en était un, maintenant presque étouffé par les ronces, le long duquel lui et une petite troupe avaient marché lorsqu’ils étaient partis à la recherche d’un certain moine trapu.

Ainsi ils chevauchèrent lentement, parlant de ces choses anciennes et familières ; vieilles et pourtant nouvelles, car ils y trouvaient plus de sens qu’ils ne l’avaient jamais pensé auparavant. Ainsi, ils arrivèrent enfin à la clairière, et au large arbre de la forêt verte qui fut leur demeure pendant tant d’années. Aucun des deux ne parla lorsqu’ils se tinrent sous cet arbre. Robin regarda tout autour de lui les choses bien connues, si semblables à ce qu’elles étaient et pourtant si différentes ; car, là où régnait autrefois l’agitation de nombreux compagnons affairés, régnait maintenant le calme de la solitude ; et, alors qu’il regardait, les bois, la pelouse et le ciel se brouillèrent tous devant ses yeux à travers des larmes salées, car un tel désir l’envahit en regardant ces choses (aussi connues de lui que les doigts de sa main droite) qu’il ne put empêcher l’eau de couler de ses yeux.

Ce matin-là, il avait passé son bon vieux cor de chasse en bandoulière, et maintenant, avec ce désir, vint une grande envie de faire sonner son cor une fois de plus. Il l’éleva à ses lèvres ; il souffla une note. « Tirila, lirila », les notes douces et claires s’enroulèrent le long des sentiers de la forêt, revenant des ombres feuillues plus lointaines en de faibles échos de sons, « Tirila, lirila, tirila, lirila », jusqu’à ce que cela s’éteigne et se perde.

Or, il arriva que ce matin-là, Petit Jean marchait à travers un embranchement de la forêt pour certaines affaires, et tandis qu’il avançait, plongé dans ses méditations, les notes faibles et claires d’un cor lointain parvinrent à ses oreilles. Comme bondit le cerf lorsqu’il sent la flèche dans son cœur, ainsi bondit Petit Jean lorsque ce son lointain atteignit son oreille. Tout le sang de son corps sembla se précipiter comme une flamme dans ses joues tandis qu’il penchait la tête et écoutait. À nouveau vint la note du cor, fine et claire, et encore elle résonna. Alors Petit Jean poussa un grand cri sauvage de désir, de joie, et pourtant de chagrin, et, baissant la tête, il s’élança dans le fourré. Il plongea en avant, craquant et déchirant, comme le sanglier sauvage se précipite à travers les broussailles. Il se souciait peu des épines et des ronces qui griffaient sa chair et déchiraient ses vêtements, car tout ce à quoi il pensait était d’atteindre, par le plus court chemin, la clairière de la forêt verte d’où il savait que venait le son du cor. Il jaillit enfin du couvert, une pluie de petites brindilles cassées tombant autour de lui, et, sans s’arrêter un instant, se précipita en avant et se jeta aux pieds de Robin. Puis il passa ses bras autour des genoux de son maître, et tout son corps fut secoué de grands sanglots ; ni Robin ni Allan a Dale ne purent parler, mais restèrent à regarder Petit Jean, les larmes roulant sur leurs joues.

Tandis qu’ils se tenaient ainsi, sept gardes royaux se précipitèrent dans la clairière et poussèrent un grand cri de joie à la vue de Robin ; et à leur tête se trouvait Will Stutely. Puis, après un moment, en arrivèrent quatre autres, haletants de leur course, et deux de ces quatre étaient Will Scathelock et Midge le Meunier ; car tous avaient entendu le son du cor de Robin Hood. Tous coururent vers Robin et baisèrent ses mains et ses vêtements, avec grand bruit de pleurs.

Après un moment, Robin regarda autour de lui avec des yeux embués de larmes et dit, d’une voix rauque : « Maintenant, je jure que plus jamais je ne quitterai ces chers bois. J’en ai été éloigné, et éloigné de vous, trop longtemps. Maintenant, je mets de côté le nom de Robert, comte de Huntingdon, et reprends ce titre plus noble, Robin Hood, le Franc-tenancier. » À cela, un grand cri s’éleva, et tous les francs-tenanciers se serrèrent la main pour la joie.

La nouvelle que Robin Hood était revenu vivre à Sherwood comme autrefois se répandit comme une traînée de poudre dans toute la campagne, si bien qu’avant qu’une semaine ne se fût écoulée, presque tous ses anciens francs-tenanciers s’étaient rassemblés autour de lui à nouveau. Mais quand la nouvelle de tout cela parvint aux oreilles du roi Jean, il jura à la fois haut et fort, et fit un vœu solennel qu’il ne se reposerait pas avant d’avoir Robin Hood en son pouvoir, mort ou vif. Or, il se trouvait à la cour un certain chevalier, Sir William Dale, un soldat aussi galant qu’il en ait jamais revêtu l’armure. Sir William Dale connaissait bien la forêt de Sherwood, car il était garde en chef sur la partie qui se trouvait près de la bonne ville de Mansfield ; c’est donc vers lui que le Roi se tourna, et lui ordonna de prendre une armée d’hommes et d’aller tout droit chercher Robin Hood. De même, le Roi donna à Sir William son anneau sigillaire pour le montrer au Shérif, afin qu’il pût lever tous ses hommes armés pour aider les autres dans leur poursuite de Robin. Ainsi Sir William et le Shérif partirent pour accomplir les ordres du Roi et chercher Robin Hood ; et pendant sept jours ils chassèrent en long et en large, sans toutefois le trouver.

Or, si Robin Hood avait été aussi pacifique qu’autrefois, tout aurait pu finir en fumée, comme d’autres entreprises de ce genre l’avaient toujours fait auparavant ; mais il avait combattu pendant des années sous le roi Richard, et avait changé de ce qu’il était autrefois. Cela blessait son orgueil de fuir ainsi devant ceux envoyés contre lui, comme un renard chassé fuit devant les chiens ; c’est ainsi qu’il arriva, finalement, que Robin Hood et ses francs-tenanciers rencontrèrent Sir William et le Shérif et leurs hommes dans la forêt, et un combat sanglant s’ensuivit. Le premier homme tué dans ce combat fut le Shérif de Nottingham, car il tomba de son cheval avec une flèche dans le cerveau avant qu’une dizaine de traits n’eussent été tirés. Plus d’un homme meilleur que le Shérif embrassa le gazon ce jour-là, mais à la fin, Sir William Dale étant blessé et la plupart de ses hommes tués, il se retira, battu, et quitta la forêt. Mais des dizaines de bons compagnons furent laissés derrière lui, étendus tout raides sous les douces branches vertes.

Mais bien que Robin Hood eût repoussé ses ennemis dans un combat loyal, tout cela pesait lourdement sur son esprit, si bien qu’il y rumina jusqu’à ce qu’une fièvre s’empare de lui. Pendant trois jours elle le tint, et bien qu’il s’efforçât de la combattre, il fut forcé de céder enfin. C’est ainsi qu’au matin du quatrième jour, il appela Petit Jean à lui, et lui dit qu’il ne pouvait secouer la fièvre, et qu’il irait voir sa cousine, la prieure du couvent près de Kirklees, dans le Yorkshire, qui était une habile guérisseuse, et qu’il lui demanderait de lui ouvrir une veine au bras et de lui tirer un peu de sang, pour l’amélioration de sa santé. Puis il ordonna à Petit Jean de se préparer à venir aussi, car il pourrait peut-être avoir besoin d’aide dans son voyage. Ainsi Petit Jean et lui prirent congé des autres, et Robin Hood ordonna à Will Stutely d’être le capitaine de la bande jusqu’à leur retour. Ils vinrent ainsi par étapes faciles et un voyage lent jusqu’à ce qu’ils atteignissent le couvent de Kirklees.

Or, Robin avait beaucoup fait pour aider cette cousine à lui ; car c’était grâce à l’amour que lui portait le roi Richard qu’elle avait été faite prieure de l’endroit. Mais il n’est rien au monde d’aussi facilement oublié que la gratitude ; ainsi, quand la Prieure de Kirklees eut appris comment son cousin, le comte de Huntingdon, avait jeté aux orties son comté pour retourner à Sherwood, elle en fut vexée jusqu’au fond de l’âme, et craignit que son lien de parenté avec lui n’attirât aussi la colère du Roi sur elle. C’est ainsi qu’il arriva que, lorsque Robin vint à elle et lui dit combien il souhaitait ses services de guérisseuse, elle commença à comploter le mal contre lui dans son esprit, pensant qu’en lui faisant du mal, elle pourrait trouver faveur auprès de ses ennemis. Néanmoins, elle garda cela pour elle et reçut Robin avec une apparente bonté. Elle le conduisit par le vieil escalier de pierre en colimaçon vers une chambre qui se trouvait juste sous les combles d’une haute tour ronde ; mais elle ne voulut pas laisser Petit Jean venir avec lui.

Ainsi, le pauvre franc-tenancier détourna ses pas de la porte du couvent, et laissa son maître entre les mains des femmes. Mais, bien qu’il ne fût pas entré, il ne s’en alla pas loin pour autant ; car il s’allongea dans une petite clairière voisine, d’où il pouvait surveiller l’endroit où séjournait Robin, comme un grand chien fidèle renvoyé de la porte où son maître est entré.

Après que les femmes eurent installé Robin Hood dans la chambre sous les combles, la Prieure renvoya toutes les autres ; puis, prenant un petit cordon, elle le noua étroitement autour du bras de Robin, comme si elle était sur le point de lui faire une saignée. Et elle le saigna en effet, mais la veine qu’elle ouvrit n’était pas l’une de celles qui sont proches et bleues sous la peau ; elle coupa plus profondément que cela, car elle ouvrit l’une de ces veines par lesquelles le sang rouge vif court bondissant du cœur. De cela, Robin ne savait rien ; car, bien qu’il vît le sang couler, il ne coulait pas assez vite pour lui faire penser qu’il y eût quoi que ce soit de mal.

Ayant accompli ce vil acte, la Prieure se tourna et quitta son cousin, fermant la porte à clé derrière elle. Durant toute cette longue journée, le sang coula du bras de Robin Hood, et il ne put l’arrêter, bien qu’il s’efforçât par tous les moyens de le faire. Mainte et mainte fois, il appela à l’aide, mais aucune aide ne vint, car sa cousine l’avait trahi, et Petit Jean était trop loin pour entendre sa voix. Il saigna donc jusqu’à ce qu’il sentît sa force s’échapper de lui. Puis il se leva, chancelant, et se soutenant de la paume des mains contre le mur, il atteignit enfin son cor de chasse. Trois fois il le fit sonner, mais faiblement et doucement, car son souffle s’envolait à cause de la maladie et de la perte de force ; néanmoins, Petit Jean l’entendit là où il reposait dans la clairière, et, le cœur tout malade d’effroi, il vint en courant et en bondissant vers le couvent. Il frappa bruyamment à la porte, et d’une voix forte cria de le laisser entrer, mais la porte était de chêne massif, fortement verrouillée, et cloutée de pointes, si bien qu’ils se sentirent en sécurité, et ordonnèrent à Petit Jean de s’en aller.

Alors le cœur de Petit Jean devint fou de chagrin et de peur pour la vie de son maître. Il regarda sauvagement autour de lui, et son regard tomba sur un lourd mortier de pierre, tel que trois hommes ne pourraient le soulever de nos jours. Petit Jean fit trois pas en avant, et, courbant le dos, souleva le mortier de pierre de l’endroit où il était profondément enraciné. Chancelant sous son poids, il s’avança et le projeta en fracas contre la porte. La porte vola en éclats, et les religieuses effrayées s’enfuirent en poussant des cris à son arrivée. Alors Petit Jean entra à grands pas, et ne dit pas un mot, mais il monta les marches de pierre en colimaçon jusqu’à ce qu’il atteignît la chambre où se trouvait son maître. Ici, il trouva la porte également verrouillée, mais, plaçant son épaule contre elle, il fit sauter les verrous comme s’ils étaient faits de glace cassante.

Là, il vit son propre maître chéri appuyé contre le mur de pierre grise, son visage tout blanc et tiré, et sa tête se balançant d’avant en arrière avec la faiblesse. Alors, avec un grand cri sauvage d’amour, de chagrin et de pitié, Petit Jean bondit en avant et rattrapa Robin Hood dans ses bras. Il le souleva comme une mère soulève son enfant, et, le portant jusqu’au lit, l’y déposa tendrement.

Et maintenant la Prieure entra précipitamment, car elle était effrayée par ce qu’elle avait fait, et redoutait la vengeance de Petit Jean et des autres membres de la bande ; alors elle arrêta le sang avec des bandages habiles, si bien qu’il ne coula plus. Tout le temps, Petit Jean se tint là, sombre, et après qu’elle eut terminé, il lui ordonna sévèrement de s’en aller, et elle obéit, pâle et tremblante. Puis, après qu’elle fut partie, Petit Jean prononça des paroles réconfortantes, riant bruyamment, et disant que tout cela n’était qu’une frayeur d’enfant, et qu’aucun vaillant franc-tenancier ne mourrait pour la perte de quelques gouttes de sang. « Pourquoi, » dit-il, « donne-toi une semaine et tu seras en train de parcourir les bois aussi hardiment que jamais. »

Mais Robin secoua la tête et sourit faiblement là où il était étendu. « Mon cher Petit Jean, murmura-t-il, que le Ciel bénisse ton cœur aimable et rude. Mais, mon cher ami, nous ne parcourrons plus jamais les bois ensemble. »

« Ah, mais si, nous le ferons ! » s’écria Petit Jean d'une voix forte. « Je le répète, oui — fi donc — qui ose dire qu’un autre malheur doit t'arriver ? Ne suis-je pas auprès de toi ? Laisse-moi voir qui oserait toucher... » Ici, il s’arrêta soudain, car ses paroles l’étouffaient. Finalement, il dit, d'une voix grave et rauque : « Or donc, s’il t’arrive le moindre mal à cause des événements de ce jour, je jure par saint Georges que le coq rouge chantera sur le faîte de cette maison, car les flammes ardentes lécheront chaque fissure et chaque recoin de cet endroit. Quant à ces femmes... » ici, il grinça des dents, « ce sera un triste jour pour elles ! »

Mais Robin Hood prit le poing brun et calleux de Petit Jean dans ses mains blanches, et le réprimanda doucement de sa voix faible et basse, lui demandant depuis quand Petit Jean songeait à faire du mal aux femmes, même pour se venger. Il parla ainsi jusqu’à ce que l’autre, enfin, promît d'une voix étranglée qu’aucun mal ne frapperait ce lieu, quoi qu’il advienne. Puis un silence s’installa, et Petit Jean demeura assis, la main de Robin Hood dans la sienne, regardant par la fenêtre ouverte, avalant de temps à autre une grosse boule qui lui montait à la gorge. Pendant ce temps, le soleil déclina lentement vers l’ouest, jusqu’à ce que tout le ciel fût embrasé d’une gloire rouge. Alors, Robin Hood, d’une voix faible et tremblante, pria Petit Jean de le soulever afin qu’il puisse contempler une dernière fois les bois ; le franc-tenancier le souleva donc dans ses bras, comme il le demandait, et la tête de Robin Hood reposa sur l’épaule de son ami. Il contempla longuement le paysage, d’un regard vaste et persistant, tandis que l’autre restait assis, la tête basse, les larmes brûlantes roulant l'une après l'autre de ses yeux pour venir tremper sa poitrine, car il sentait que l'heure de la séparation était proche. Puis, peu après, Robin Hood le pria de bander son arc robuste pour lui, et de choisir une flèche lisse et belle dans son carquois. Petit Jean s’exécuta, sans toutefois déranger son maître ni se lever de là où il était assis. Les doigts de Robin Hood s’enroulèrent avec affection autour de son bon arc, et il sourit faiblement lorsqu’il le sentit dans sa poigne, puis il encocha la flèche sur la partie de la corde que le bout de ses doigts connaissait si bien. « Petit Jean, dit-il, Petit Jean, mon cher ami, toi que j’aime plus que tous les autres au monde, marque, je t’en prie, l’endroit où cette flèche se logera, et que ma tombe y soit creusée. Couche-moi face à l’Orient, Petit Jean, et veille à ce que ma dernière demeure soit gardée verte, et que mes pauvres os ne soient point troublés. »

Dès qu’il eut fini de parler, il se redressa soudain et s’assit droit. Sa force ancienne sembla lui revenir, et, tirant la corde de l’arc jusqu’à son oreille, il décocha la flèche par la croisée ouverte. Tandis que le trait volait, sa main retomba lentement avec l’arc jusqu’à ce qu’il repose sur ses genoux, et son corps s’affaissa de même dans les bras aimants de Petit Jean ; mais quelque chose s’était échappé de ce corps, tout comme la flèche ailée s’était échappée de l’arc.

Pendant quelques minutes, Petit Jean resta immobile, puis, doucement, il déposa ce qu’il tenait, croisa les mains sur la poitrine, recouvrit le visage, tourna les talons et quitta la pièce sans un mot ni un bruit.

Sur l’escalier escarpé, il rencontra la Prieure et quelques-unes des principales sœurs. Il leur parla d’une voix grave et tremblante, et dit : « Si vous vous approchez à moins de vingt pas de cette chambre, je démolirai votre nid de corbeaux sur vos têtes, de sorte qu’il ne restera pas pierre sur pierre. Gardez bien mes paroles en mémoire, car je parle sérieusement. » Cela dit, il se détourna et les laissa ; elles le virent bientôt courir rapidement à travers l’espace découvert, dans la tombée du crépuscule, jusqu’à ce qu’il fût englouti par la forêt.

La grisaille matinale commençait à peine à éclaircir le ciel noir vers l’est quand Petit Jean et six autres membres de la bande traversèrent rapidement la clairière en direction du couvent. Ils ne virent personne, car les sœurs étaient toutes cachées, effrayées par les paroles de Petit Jean. Ils montèrent l’escalier de pierre, et un grand bruit de pleurs se fit bientôt entendre. Après un moment, cela cessa, puis vinrent le piétinement et le froissement des pas des hommes qui portaient un poids lourd dans l'escalier escarpé et tortueux. Ils sortirent ainsi du couvent, et, tandis qu’ils franchissaient les portes, un grand et bruyant gémissement s’éleva de la clairière qui restait sombre dans l’aube, comme si de nombreux hommes, cachés dans les ombres, avaient élevé la voix dans la douleur.

Ainsi mourut Robin Hood, au couvent de Kirklees, dans le beau Yorkshire, avec la miséricorde au cœur envers ceux qui avaient causé sa perte ; car c’est ainsi qu’il fit preuve de miséricorde pour ceux qui s’égarent et de pitié pour les faibles tout au long de sa vie.

Ses francs-tenanciers furent dispersés par la suite, mais aucun grand malheur ne leur advint, car un shérif plus clément, qui ne les connaissait pas aussi bien, succéda à celui qui n’était plus, et, se trouvant séparés ici et là à travers le pays, ils vécurent dans la paix et la tranquillité, si bien que beaucoup vécurent assez longtemps pour transmettre ces récits à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants.

Certains disent que sur une pierre à Kirklees se trouve une vieille inscription. Je la donne dans l’anglais ancien sous lequel elle fut écrite, et elle se lit ainsi :

HEAR UNDERNEAD DIS LAITL STEAN LAIS ROBERT EARL OF HUNTINGTUN NEA ARCIR VER AS HIE SAE GEUD AN PIPL KAULD IM ROBIN HEUD SICK UTLAWS AS HI AN IS MEN VIL ENGLAND NIDIR SI AGEN OBIIT 24 KAL. DEKEMBRIS 1247.

Et maintenant, cher ami, nous devons aussi nous séparer, car nos joyeux voyages ont pris fin, et ici, sur la tombe de Robin Hood, nous nous tournons, chacun allant son propre chemin.

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